France

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (10) - Rafles et résistance à Paris : l’incident de la rue Rampal, 20 mars 2007

Par Fausto Giudice, 24 mars 2007

 

Depuis plusieurs mois, la tension monte dans les quartiers populaires du nord-est de Paris, où la police, sur ordre de son ministre, procède à des arrestations au faciès d’étrangers suspects d’être sans papiers de séjour. Les lieux de rafles privilégiés sont autour des stations d métro Belleville, Ménilmontant, Couronnes, Goncourt et Stalingrad. Mais cette semaine, la population en a eu marre et a opposé une résistance ouverte aux rafles.

Tout a commencé lundi 19 mars devant l’école maternelle Rampal, rue Rampal à Belleville. Les policiers ont interpellé une femme venue chercher sa petite fille. Les parents d’élève et les enseignants présents ont protesté, bientôt rejoints par d’autres habitants de ce quartier populaire. Les policiers ont tenté de s’enfuir avec leur otage mais, suivis par les protestataires, ils ont finalement lâché leur proie et lui ont rendu sa liberté.

 

Le lendemain mardi 20 mars à 17 heures, les policiers sont revenus et ont fait une descente au café « Le petit Rampal », lançant à la cantonade : « Dégagez, ou on lâche les chiens ». Ils voulaient compléter la fournée de sans-papiers qu’ils avaient déjà raflé dans le coin et qui attendaient dans un fourgon de police. Ils ont jeté leur dévolu sur un grand-père chinois venu chercher ses deux petits-enfants dans deux des quatre écoles proches du café qui composent le groupe scolaire Rampal.

 

La population a engagé alors une nouvelle protestation à laquelle les policiers, qui ont rapidement reçu des renforts, ont répondu par des jets de gaz lacrymogènes et des coups de matraque, d’abord dans le café, puis dans la rue, une fois que les manifestants ont fait le siège non-violent de la voiture dans laquelle les policiers avaient enfermé le grand-père chinois, l’empêchant de démarrer.

 

La directrice de l’école maternelle Rampal, Valérie Boukobza, a alors ouvert son école aux enfants et à leurs parents pour qu’ils s’y réfugient. Au bout d’une heure et demie de face-à-face agité, les policiers ont finalement pu échapper avec leur otage, le grand-père chinois, qu’ils ont relâché le lendemain matin après une nuit de garde à vue.

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

 

Vendredi 23 mars, les policiers sont venus interpeller Valérie Boukobza dans son école et l’ont maintenue en garde à vue pendant sept heures, pour "outrage et dégradation de biens public en réunion" ( ???). Ils ont aussi interpellé deux autres personnes. Les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves, ont protesté. Le Réseau Éducation sans frontières a rappelé que la Préfecture de police de Paris avait promis à deux reprises (le 5 juillet et le 27 juillet 2006) qu'il n'y aurait pas d'interpellations dans et aux abords des établissements scolaires. « Désormais, devons-nous tenir pour caducs ces engagements ? », interroge RESF.

 

Pendant toute la semaine, les rafles au faciès ont continué dans les arrondissements de l’est parisien.

 

Interrogé samedi matin sur France-Inter, un responsable de l’Académie de Paris a refusé de défendre Valérie Boukobza et a de fait donné sa bénédiction à son interpellation « en tant que citoyenne et non en tant que directrice d’école ». Bref l’Académie de Paris se lave les mains des agissements de la police contre son personnel.

 

Quant au successeur de Sarkozy (qui va quitter son poste place Beauvau la semaine prochaine), il aura tout intérêt à rappeler ses chiens s’il veut avoir une campagne électorale sans émeutes.
Regardez les scènes incroyables de « l’affaire du 20 mars » sur http://www.dailymotion.com/video/x1i5mm_rafle-20-mars-2007-rampal-paris-19e#comment-5393981

et http://www.dailymotion.com/related/2559007/video/x1iz7q_lejt2zero-police-a-lecole-rampal/1

Source : http://azls.blogspot.com/2007/03/chroniques-de-la-vie-quotidienne-dans_24.html

 

Jugée pour refus de prélèvement génétique, elle est relaxée

 

Un soir de septembre 2006, Camille Baud, 26 ans, s’est faite contrôler par une patrouille de gendarmerie, alors qu’elle se trouvait avec son petit ami sur le parking d’un petit village près de Mâcon. Sans motif, les gendarmes ont fouillé la voiture et trouvé dans la boîte à gants une pipe à eau, qui sert généralement à fumer du haschisch. Ils ont alors arrêté le petit ami de Camille et l’ont placé en garde à vue avant de le relâcher avec un simple rappel à la loi. Mais le lendemain, Camille a été convoquée à la gendarmerie pour un prélèvement de son ADN. Ce qu’elle a immédiatement refusé.

Elle comparaissait donc mercredi 21 mars devant le tribunal de Mâcon pour refus de prélèvement d'ADN, refus qui est puni par la Loi sur la sécurité interieure, une des lois Sarkozy, adoptée en 2003, d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende.

Le tribunal a purement et simplement relaxé Camille : les gendarmes étaient hors-la-loi en lui imposant un dépistage biologique car la consommation de cannabis, déclarée par Camille mais non avérée, est du ressort du code de la Santé publique et non du pénal… C’est donc pas un des multiples crimes ou délits qui permettent de demander un prélèvement ADN. Désormais, les policers et geandrmes savent qu'ils ne peuvent plus faire n'importe quoi en matière de prélèvement génétique.

Source : http://azls.blogspot.com/2007/03/juge-pour-refus-de-prlvement-gntique.html