S
quibla.net

   

France - Intifada française

La réponse des rapeurs d' Axiomfirst

Monsieur le Président,

Avec tout le respect que je dois à votre fonction
Je vous demanderais un peu d’attention
Je me présente à vous en tant que citoyen,
Sain de corps et d’esprit, en pleine possession de mes moyens
À l’heure où je vous parle, dans le pays le couvre-feu résonne
Je fais appel à l’article 19 de la déclaration des droits de l’homme
Sans étiquette, je ne jugerai que vos actes
D’avance veuillez recevoir mes excuses les plus plates

 

Monsieur le Président,
Je vous fais part de ma grande indignation
Face aux événements, comprenez ma position
Je suis français, ai grandi dans les quartiers populaires
Mes grands-parents ont défendu ce pays pendant la guerre
Mes parents eux aussi l’ont reconstruite cette république
Rappelez vous ces ouvriers qu’on a fait venir d’Afrique
Et Leurs enfants ignorés par le droit du sol
Citoyens de seconde zone, de la naissance à l’école
J’accuse trente ans de racisme et d’ignorance
La répression sans prévention en France
J’accuse votre politique, vos méthodes archaïques
La centralisation, la défense unique de la loi du fric
Au lieu de rassembler car tous français,
Vous n’avez fait que diviser, laissant l’ extrême droite avancer.

Monsieur le Président,
Ne le prenez pas comme une offense,
Mais moi aussi je crois en la démocratie de France
Je crois en la république, la vraie
Car c’est le rêve du peuple et des opprimés
Colonisation, chômage, et précarité
Ont engendré violence, inégalités (JPG)
La Discrimination, à l’embauche, à l’emploi, cela va sans dire
Provoque la fuite des cerveaux, laisse une jeunesse sans avenir
Est-ce un hasard si votre ministre séduit l’extrême droite ?
Ces gens qui auraient livré la France sans jamais combattre

Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre, une lettre que vous lirez peut-être
Monsieur le Président, je vous écris une lettre
Dans les rues, la sixième république vient de naître

Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission

Monsieur le Président
Tout ne peut être de votre seul chef
Je le comprends même si je formule mes griefs
Votre gouvernement plonge le pays dans le chaos
Incapable de discernement, incapable de vents nouveaux
Le peuple a besoin de solutions, non de mensonges
« Liberté, égalité, fraternité » n’est pas un songe
Incapables de protéger nos policiers, nos enfants
D’un affrontement qui restera sans précédent
Nous sommes l’avenir, en notre cœur le plus beau des rêves
Pacifiquement, la sixième république en est la sève
La république a besoin d’un nouveau vent
Celui de l’espoir, du cœur, un vent plus tolérent
Monsieur le président,
Votre ministre instaure la terreur
Et l’histoire dira bientôt que ce fut une erreur
Où est passé cet humanisme qui a fait la grandeur de ce pays ? (JPG)
Est-il dans la rue ou dans ces treillis ?
Le peuple d’en bas ne veut pas d’école en apprentissage
Mais plus d’égalité de chance et plus de partage
Monsieur le Président de la peur découle la haine
Les luttes politiques sont loin des valeurs républicaines
La France est un idéal qu’il faut sans cesse bâtir
Dans l’honnêteté, la transparence, l’altruisme et dans l’avenir
Marchons, marchons, vive la France oui,
Mais dans la paix et le respect des différences
Monsieur comment aurait on pu faire mieux il aurait déjà fallu moins attiser le feu
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république est en train de naître

Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission

Monsieur le Président
Vous remerciant de votre attention
Veuillez agréer mes sentiments les plus distingués.

A dieu.

Cliquez sur le lien http://www.axiomfirst.com/video.swf pour voir la vidéo de la lettre


Éditorial, 1er décembre 2005


Cherchez l'erreur


Les banlieues des grandes villes françaises ont connu pendant trois semaines un soulèvement dont les protagonistes étaient des jeunes exclus et marginalisés, souvent enfants ou petits-enfants d'immigrés. Sur les 3 000 personnes interpellées, 7,5% étaient de nationalité étrangère et quelques-unes en situation irrégulière.
Dans la recherche des causes de cette intifada française, des hommes politiques se sont distingués : ce sont ceux de l'UMP qui ont trouvé le grand responsable des émeutes. Ce serait...la polygamie !
Le temps des mesures est venu. Il est évident que ce n'est pas l'instauration d'un couvre-feu qui peut règler les problèmes sociaux. Ni non plus l'abaissement de l'âge d'entrée en apprentissage de 16 à 14 ans.
Paralysé par l'affrontement au couteau entre Villepin et Sarközy, le gouvernement semble dépourvu d'idées et de moyens. Il ne lui reste donc plus qu'à remettre le char de l'État dans les vieilles ornières creusées depuis 30 ans : il faut "maîtriser", "contrôler", "choisir" l'immigration. Et Villepin et Sarközy se sont donc partagés le boulot : le premier part en lutte contre "l'immigration légale", le second contre "l"immigration clandestine".
Villepin vient donc d'annoncer qu'on va serrer la vis aux mariages mixtes - toujours soupçonnés d'être "blancs" -, aux possibilités de regroupement familial et aux étudiants étrangers, qui vont être sélectionnés à la source, pour que seuls les meilleurs arrivent à passer les filtres.
Comme l'a dit Sarközy : «Nous voulons choisir ceux qui seront accueillis sur le territoire de la République (...), mais nous ne voulons plus de ceux dont on ne veut nulle part ailleurs dans le monde.»
Il faudrait nous expliquer le lien existant entre mariages blancs, étudiants étrangers, demandeurs d'asile et émeutes de banlieue. Franchement, nous ne le voyons pas.

Le premier ministre durcit sa politique d'immigration


par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 30 novembre 2005
Pour bien montrer que l'immigration n'était pas le domaine réservé du seul ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin a tenu lui aussi à afficher sa "fermeté", à l'issue de la réunion du Comité interministériel de contrôle de l'immigration (CICI), qui s'est tenue, mardi 29 novembre, en annonçant une batterie de mesures visant à mieux maîtriser l'immigration, pour partie déjà dévoilées au cours de ces dernières semaines (Le Monde du 30 novembre).
Première cible : les mariages célébrés à l'étranger. "Ces mariages sont passés de 13 000 en 1995 à 34 000 en 2004 (hors Europe), a relevé le premier ministre. Le nombre de personnes venant en France à la suite d'un mariage avec un Français dépasse aujourd'hui le nombre de personnes qui entrent au titre du regroupement familial. C'est donc la première source de l'immigration légale." Dès lors, pour lutter contre les mariages blancs ou forcés qui ne visent qu'à permettre d'obtenir la nationalité française, le gouvernement veut mettre un terme à l'automaticité de la transcription de ces unions, qui seront également soumises à un contrôle plus strict, en amont, du consul.
Dominique de Villepin n'entend pas s'arrêter là. Après le mariage, il a d'ores et déjà annoncé qu'il entendait sévir sur le regroupement familial, tout en soulignant qu'il s'agissait d'un "droit garanti par la Constitution" et qu'il n'était "pas question de le remettre en cause". Il souhaite allonger à deux ans (contre un actuellement) le délai de séjour à l'issu duquel un étranger vivant en France peut faire une demande de regroupement familial.

ETUDIANTS ÉTRANGERS
Le premier ministre souhaite aussi faire de la "maîtrise de la langue française" une condition pour faire venir sa famille. "Nous devons être plus vigilants sur le degré d'intégration du demandeur du regroupement familial. Nous devons également être en mesure de vérifier le respect de la loi qui interdit la polygamie", a-t-il insisté.
L'autre grand chantier où le gouvernement veut afficher sa rigueur concerne les 50 000 étudiants étrangers qui s'inscrivent chaque année dans les établissements d'enseignement supérieur français. Fini le temps où il suffisait d'une inscription universitaire pour venir étudier en France. "Nous voulons orienter nos efforts pour accueillir les meilleurs étudiants, les plus motivés, ceux qui ont un projet d'études de haut niveau", a expliqué le premier ministre. Ainsi, "la réalité et le sérieux des projets" des étudiants candidats seront "contrôlés dès le pays d'origine", grâce à des "centres pour les études en France" (CEF), à l'image de ceux qui existe déjà en Chine, au Maghreb, au Sénégal et au Vietnam.
Enfin, l'asile qui a pourtant déjà fait l'objet d'une réforme fin 2003, est à nouveau remis en chantier. Dominique de Villepin a clairement affiché son objectif : "parvenir à une durée maximale de six mois en incluant la procédure de recours devant la commission de recours des réfugiés". Pour ce faire, les préfectures devront désormais, dans un délai maximum de quinze jours, délivrer ‹ ou refuser ‹ les autorisations provisoires de séjour permettant de faire une demande d'asile à l'Ofpra. Mais, surtout, le demandeur d'asile n'aura plus désormais que quinze jours, au lieu d'un mois, pour saisir la commission de recours. En outre, l'allocation d'insertion, rebaptisée dans le projet de loi de finances "allocation temporaire d'attente" ne sera plus attribuée au demandeur d'asile qui refuse une proposition d'hébergement.
En annonçant qu'il présiderait à nouveau le CICI en février, M. de Villepin a voulu bien signifier qu'il garde la haute main sur une des attributions du ministre de l'intérieur. Cependant, auditionné en fin d'après-midi par la commission d'enquête sur l'immigration clandestine du Sénat, Nicolas Sarkozy a montré qu'il n'entendait pas se laisser damer le pion. Il a annoncé qu'il entendait en 2006 mettre encore plus haut la barre, en se fixant pour objectif 25 000 reconduites à la frontière "effectives", après les 20 000 réalisées en 2005. Et renchérissant sur les mesures annoncées par le premier ministre, il a proposé de "supprimer l'acquisition automatique d'un titre de séjour" après un mariage mixte.

Les "you-you" de Grosdidier


Le député-maire UMP de Woippy (Moselle) François Grosdidier a provoqué mercredi à l'Assemblée nationale la colère de la gauche, en posant une question sur les mariages blancs et en affirmant qu'un "mariage sur deux" dans sa commune se terminait par "des you-you".

"Ma question ne porte pas sur le racisme anti-blanc", a commencé M. Grosdidier, mais "dans ma commune lors d'un mariage sur deux, l'Hôtel de ville résonne des you-you".

Cette affirmation, pendant la séance des questions au gouvernement, a aussitôt déclenché huées et claquements de pupitres chez les députés socialistes et communistes outrés par ces propos. Ils ont ensuite largement couvert la voix du député, qui tentait d'ajouter que c'était "de formidables moments de bonheur, des moments de chaleur humaine que nous partageons avec les familles".

Le député PS Gérard Bapt a dessiné une croix gammée sur la feuille jaune indiquant le déroulé de la séance et l'a brandie en direction du député de Moselle. "Mais pour près d'un mariage sur cinq, il n'y avait que les futurs époux et les témoins, qui ne se connaissaient manifestement pas. J'ai vu des époux qui avait 40 ou 50 ans de différence, l'amour ne connaît pas la différence d'âge mais...", a poursuivi M. Grosdidier sous les cris de la gauche. Lors de sa réponse, le ministre Pascal Clément (Justice) a eu toutes les peines du monde à parler.

Le président du groupe PS Jean-Marc Ayrault est allé au perchoir pour parler au président Jean-Louis Debré qui, à la fin de la réponse du ministre, a enjoint l'Assemblée de "garder la mesure et faire attention à certains propos". M. Ayrault a en outre fait passer un mot en séance à Dominique de Villepin.

Le premier secrétaire du PS François Hollande, qui avait aussi claqué du pupitre et levé les bras au ciel, a encouragé l'orateur socialiste suivant, Victorin Lurel, à réagir au nom du groupe. Condamnant "avec véhémence" l'intervention de M. Grosdidier, M. Lurel a déclaré: "on ne peut pas accepter de tels dérapages". Le député UMP avait fait parler de lui, quelques semaines plus tôt, en s'attaquant aux rappeurs.
Troisième orateur PS, Jean-Yves Le Déaut a lancé: "Après le Kärcher, après le charter, après les racailles, M. Grosdidier a manifestement dérapé". "En stigmatisant en permanence les étrangers, c'est des Français, comme nous, que nous insultons". Source : AFP, 30 novembre 2005

 

La fédération noire divise


par Solenn de ROYER, La Croix, 29 novembre 2005
Plus de 60 associations ont lancé, samedi 26 novembre à Paris, une fédération des associations noires de France, le Cran.
Y a-t-il une « question noire » en France, comme elle existe aux États-Unis ? Le regroupement des Noirs de France dans une fédération visant à défendre les intérêts de la communauté noire signe-t-il la faillite du modèle républicain ?
La création, samedi 26 novembre à Paris, du Conseil représentatif des associations noires (Cran) n'est pas sans susciter un malaise au sein de la classe politique française. Si certains ne contestent pas la légitimité de cette démarche, pourtant clairement communautaire, tous s'accordent à dire que le Cran traduit la faillite du modèle français d'intégration.
« Se fédérer à partir de la couleur de la peau est inquiétant », affirme ainsi le porte-parole de l'UMP, Luc Chatel, qui appelle toutefois à « repenser » le modèle français d'intégration. « Appréhender quelqu'un en tant que membre d'une communauté plutôt qu'en tant qu'individu va à l'encontre de la devise d'égalité, qui est au c¦ur de notre modèle républicain. » Pour le porte-parole du parti majoritaire, le lancement de la fédération des associations noires de France est un « signal fort » qui traduit « un manque de repères » et « un repli sur soi ».
Mêmes réserves de la part du maire (UDF) de Drancy, Jean- Christophe Lagarde. Pour le député de Seine-Saint-Denis, la création du Cran n'est « pas une bonne nouvelle ». « Il n'est pas bon que les gens s'identifient à une communauté, estime-t-il. Plutôt que d'apporter des réponses, cela enferme et ghettoïse. »
Le député UMP de Moselle, François Grosdidier, qui compte 70 % de logements sociaux à Woippy, la commune dont il est maire, estime au contraire qu'une telle fédération peut être utile pour « animer le débat public » et permettre à ses membres « d'exprimer leurs frustrations », notamment concernant les discriminations. La création du Cran pose toutefois un certain nombre de questions, insiste le député. D'abord, observe-t-il, les discriminations ne touchent pas seulement les Noirs : « Alors pourquoi s'organiser selon des critères raciaux ? »
Ensuite, poursuit-il, les attentes, y compris mémorielles, et les difficultés que connaissent les Antillais ­ qui ont vécu l'esclavage ­ et les Africains ­ qui ont vécu la colonisation ­ ne sont pas les mêmes. « Le seul dénominateur commun est la couleur de la peau », dénonce-t-il, en mettant en garde contre « la logique de victimisation » et « l'enfermement communautaire ».
Communautarisme. Le mot fait bondir Yves Jégo, député sarkozyste de Seine-et-Marne. Favorable à la discrimination positive et aux quotas ethniques, le député UMP se félicite au contraire de la création de la fédération. Parce qu'il est sain que « les minorités et tous ceux qui se sentent exclus s'organisent et s'expriment ». Dans une moindre mesure, c'est aussi ce que croit le secrétaire national du PS chargé des questions de société.

«Quel dommage que notre pays n'ait pas su faire vivre son idéal !»


Pour Malek Boutih, la « question noire » se pose indiscutablement en France, même si elle recouvre des réalités différentes selon que l'on est antillais ou africain. «On a toujours mis en avant les Arabes, jamais les Noirs, constate l'ancien président de SOS Racisme. Or, ce sont eux qui occupent les logements insalubres, les emplois les plus ingrats. Les Noirs sont marginalisés en France.»
Pour Malek Boutih, s'organiser et prendre la parole peut donc être « une bonne chose », même si le secrétaire national du PS voit deux écueils à éviter dans l'avenir du mouvement : promouvoir un discours d'exclusion, voire de racisme, envers d'autres communautés ; s'enfermer dans un rôle d'interlocuteur institutionnel des pouvoirs publics.
Pour le maire PS de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, la fondation du Cran traduit « la faillite d'une certaine représentation du modèle républicain, tel qu'il a été rêvé et mythifié », mais qui ne correspond pas à la réalité. « On agite le chiffon rouge du communautarisme, dit-il, mais les communautés et les revendications identitaires existent en France. » Pour l'ancien membre du Haut Conseil à l'intégration, il n'y a pas de retour en arrière possible. « Quel dommage que notre pays n'ait pas su faire vivre son idéal ! », conclut-il.

Dans d'autres pays aussi
Louis-Georges Tin, chercheur en sciences humaines à l'université d'Orléans et membre du Cran (Conseil représentatif des associations noires), se dit étonné qu'un tel mouvement n'ait pas été créé plus tôt en France.
« Cela existe dans des pays comparables au nôtre, où vit une forte population noire : en Allemagne, en Espagne et surtout en Angleterre où ces mouvements ont bien fait bouger les choses. Il suffit de regarder comment les minorités sont représentées dans les médias. »
Pour le chercheur, la France est trop longtemps restée enfermée dans ses contradictions entre les théories racistes et les théories antiracistes. « Les premières nous rejettent, les secondes nous ignorent parce que les races ne sont pas censées exister. D'où l'invisibilité des Noirs ici. »
La grande référence à laquelle se rattache le Cran reste cependant, pour Pap Ndiaye, chercheur à l'École des hautes études en sciences sociales (Ehess), lui aussi membre du Cran, le NAACP (Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur) américain : « Né en 1909, il a joué un rôle majeur, notamment pour la naissance du Mouvement pour les droits civiques », explique-t-il.

 

Des adeptes du Tabligh arrêtés dans le centre et l’ouest de la France


Six islamistes présumés, dont un surveillant de prison, ont été interpellés mardi dans l'ouest et le centre de la France dans le cadre d'une enquête préliminaire du parquet de Paris portant sur des mouvements de fonds suspects, selon des sources proches du dossier.A l'issue des gardes à vue qui peuvent durer quatre jours, le parquet peut relâcher les interpellés sans poursuite ou ouvrir une information judiciaire en vue de les présenter, tout ou partie, à un juge antiterroriste.
Le gardien de prison, en poste à la maison d'arrêt de Bourges, intéresse particulièrement les enquêteurs de la Division nationale antiterroriste (DNAT) qui signe avec cette opération son retour dans les affaires d'islamisme, une volonté exprimée par Martine Monteil à son arrivée au printemps à la tête de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Consécutive à un renseignement de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG), l'enquête préliminaire a été ouverte le 24 mai pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "non justification de ressources", ce chef concernant le gardien de prison, 37 ans.
"C'est la première fois que dans une enquête antiterroriste (...) on traite l'affaire par le biais de l'infraction de non justification de ressources", explique une source judiciaire.
Selon plusieurs sources, les investigations n'ont pour l'heure pas mis à jour de projet d'action violente, en France ou à l'étranger, de la part de ces six Français.
Mais les voyages que "presque tous" auraient effectué dans des pays "sensibles", notamment le Pakistan et la Bosnie, peuvent être source d'inquiétude même si le détail et l'objet exact de ces déplacements est en cours de vérification, selon une source judiciaire.
Ces adeptes du Tabligh, doctrine fondamentaliste qui ne prône pas la violence, se connaissent pour avoir fréquenté la salle de prière al Fath de Bourges, dont l'animateur est le surveillant.
Selon un de ses fidèles, elle accueille une soixantaine de tablighs en sous-sol d'un centre commercial. "Nous appartenons à la mouvance Tabligh. Nous voulons la paix. Des salafistes ont essayé d'entrer mais on a refusé", assure un habitué selon qui le surveillant n'est ni "un radical, ni un intégriste".
Ce dernier devrait avoir à expliquer d'importants mouvements de fonds sur son compte, sans que ces entrées et sorties de liquide se justifient par son traitement. Les enquêteurs veulent comprendre l'usage de cet argent.
Selon une source proche du dossier, certaines des personnes interpellées, âgées de 27 à 41 ans, se sont faites remarquer par leur prosélytisme même s'il ne semble "pas s'être accompagné d'appel à la violence".
Parmi les interpellés figure un homme qui a fait fonction d'aumônier musulman de la maison d'arrêt de Bourges, activité mal réglementée dans les prisons françaises.
Ces interpellations surviennent alors que des responsables policiers mettent régulièrement en garde contre l'action prosélyte des islamistes radicaux dans les prisons françaises, un sujet de travail constant des RG.
Dans un récent entretien au Monde, leur directeur central Pascal Mailhos, a mis en garde contre cet activisme. "C'est là, en détention, que se tissent effectivement des liens entre une minorité d'activistes islamistes, soit une centaine de détenus, et d'autres individus ancrés dans la délinquance, qui trouvent ou retrouvent le chemin de la religion sous sa forme radicale".
Source : AFP, 29 novembre 2005

Matignon durcit le contrôle de l'immigration : tour de vis sur les mariages à l'étranger, l'accueil des étudiants étrangers et le regroupement familial


Quinze jours après la fin des violences urbaines, le Premier ministre annonce un net durcissement du contrôle de l'immigration en France.
Ce tour de vis porte sur les mariages à l'étranger, l'accueil des étudiants étrangers et le regroupement familial.
"Le gouvernement agira avec fermeté et sens des responsabilités", a proclamé Dominique de Villepin dans une brève déclaration à la presse à l'issue du troisième comité interministériel sur le contrôle de l'immigration (CICI).
Son entourage avait indiqué lundi que le regroupement familial - la possibilité pour un travailleur étranger d'être rejoint par sa famille en France - ne serait pas évoqué précisément lors de ce CICI et que la réunion de mardi n'avait aucun lien avec la récente crise des banlieues.
Mais le souhait du président Jacques Chirac de voir le gouvernement "strict dans l'application des règles", la pression de la majorité, où certains élus ont établi un lien direct entre le regroupement familial, la polygamie et les violences urbaines ont conduit Dominique de Villepin à se prononcer.
"Aujourd'hui, la durée du séjour à l'issue duquel on peut faire une demande de regroupement familial est d'un an. Ce délai ne me paraît pas suffisant : deux ans me paraîtraient plus raisonnables", a-t-il dit, reconnaissant toutefois que les chiffres d'étrangers admis sur le sol français au titre du regroupement familial sont "stables depuis plusieurs années".
Le regroupement familial a concerné 25.000 personnes en 2004.
"L'intégration à notre société, notamment la maîtrise de la langue française, devrait être une condition pour faire venir sa famille. En effet, l'avenir du conjoint et des enfants est engagé, mais aussi celui de la société tout entière. Nous devons donc être plus vigilants sur le degré d'intégration du demandeur du regroupement familial", a précisé le Premier ministre.

"DROITE DÉCOMPLEXÉE"
Dominique de Villepin, qui avait appelé sa majorité à ne pas céder à la tentation des "amalgames" et du "bouc émissaire" après la crise des banlieues, a estimé que les pouvoirs publics devaient également "être en mesure de vérifier le respect de la loi qui interdit la polygamie" en France.
Il a dit avoir demandé au ministre de l'Intérieur de lui remettre ses conclusions sur les questions liées au regroupement familial en février.
Nicolas Sarközy, candidat déclaré à la présidentielle de 2007, défend depuis des mois l'idée d'une "droite décomplexée", notamment vis-à-vis des questions d'immigration.
Il a fait le pari de ramener en 2007 les cinq millions d'électeurs du Front national dans le giron de la droite républicaine. Au prix d'une radicalisation du discours qui lui vaut pour l'instant le soutien des Français dans les sondages.
Dominique de Villepin a par ailleurs annoncé que le gouvernement renforcerait le contrôle des mariages à l'étranger - 34.000 en 2004 hors Union européenne et Suisse - et de l'accueil des étudiants étrangers.
Le délai à l'issue duquel un étranger qui a fait un mariage avec un Français peut demander la nationalité était de deux ans si le couple résidait en France. Il passe à quatre ans. Il était de trois ans si le couple ne résidait pas en France. Il passe à cinq ans.
Le gouvernement français souhaite qu'une sélection des étudiants étrangers s'exerce en amont, avec une extension de l'expérience des centres pour les études en France (CEF).
Les étudiants qui seront passés par les CEF se verront immédiatement attribuer un titre de séjour à leur arrivée en France, qui souhaite attirer "les meilleurs". Ceux qui iront au-delà du mastère pourront obtenir à l'issue de leurs études un visa de six mois pour travailler ou chercher un emploi en France.
Enfin, l'objectif est de parvenir à une durée maximale de six mois pour le traitement des demandes d'asile, en réduisant à 15 jours le délai d'un mois accordé jusqu'ici aux demandeurs pour déposer un recours devant la commission des recours.
Dominique de Villepin a souhaité que l'ensemble des mesures législatives nécessaires - réforme du Code civil notamment - "puissent être présentées très rapidement". Les dispositions sur le mariage et le contrôle des actes d'état civil pourraient être adoptées à la fin du premier semestre 2006.
Source : Reuters, 29 septembre 2005

Projet anti-terrorisme: Union sacrée à l’Assemblée nationale


Les députés socialistes ont décidé de s'abstenir mardi après-midi sur le projet de loi de Nicolas Sarközy de lutte contre le terrorisme, a annoncé mardi le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault.
Il s'agit d'"une abstention constructive et responsable", a expliqué M. Ayrault lors de son point de presse hebdomadaire.
"Nous ne voulons pas entraver la politique du gouvernement" dans ce domaine, a-t-il poursuivi, en précisant que les députés socialistes avaient décidé de s'abstenir car "un certain nombre de leurs amendements n'ont pas été retenus".
"Ce texte n'est ni liberticide, ni attentatoire à l'état de droit et il est hors de question que nous votions contre", a-t-il ajouté. M. Ayrault a toutefois regretté que le gouvernement ait rejeté les propositions socialistes concernant l'intervention du juge des libertés lors de la prolongation de la garde à vue, la création d'une commission de contrôle parlementaire des services secrets.
Selon un participant à la réunion mardi du groupe socialiste, une dizaine de députés étaient favorables à un vote positif dont Jean Glavany (Hautes-Pyrénées), Daniel Vaillant (Paris), Manuel Valls (Essonne), David Habib (Pyrénées-Orientales). Un seul a préconisé le rejet du texte, Philippe Martin (Gers).
L'Assemblée nationale doit voter ce mardi vers 17 heures le projet de Nicolas Sarközy qui renforce le dispositif antiterroriste concernant la prévention et la répression d'actes terroristes.
Le texte, débattu en urgence, sera ensuite transmis au Sénat, mi décembre, pour un vote définitif avant la fin de l'année.
Le projet autorise notamment le développement de la vidéosurveillance, des contrôles administratifs et prévoit une aggravation des sanctions pénales.
Fait rare dans l'hémicycle, les débats se sont déroulés, la semaine dernière, de manière consensuelle entre le gouvernement, la majorité et le PS, M. Sarközy n'hésitant pas à saluer le "sens de la responsabilité" des socialistes, tandis que Daniel Vaillant, son prédécesseur place Beauvau, appelait les responsables politiques à s'abstenir de toute polémique.
Source : AFP, 29 novembre 2005

 

Le "rôle positif" de la colonisation reste inscrit dans la loi


Les députés ont rejeté par 183 voix contre 94 une proposition de loi socialiste visant à abroger l'article de la loi de février 2005 sur les rapatriés qui souligne le "rôle positif" de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord.
Le groupe UMP, qui dispose de la majorité absolue au Palais-Bourbon, a voté contre l'examen de l'article unique du texte, ce qui a entraîné le rejet de cette proposition.
Le groupe communiste et républicain, les élus Verts mais aussi le groupe UDF ont voté avec les socialistes pour l'examen de cette proposition de loi. Quelques centristes ont toutefois voté avec l'UMP.
"L'article de loi dont nous demandons l'abrogation est un contre-exemple éducatif, un anachronisme historique et une faute politique", a dit Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste. "Il renoue avec ces temps immémoriaux où l'Etat croyait fabriquer de bons Français en sommant l'école de leur enseigner une histoire officielle."
"Au lieu d'unir les Français dans la complexité de leur histoire, il créé des mémoires séparées, des mémoires conflictuelles", a-t-il affirmé après avoir souligné qu'il ne s'agissait "pas de faire repentance".
Comme plusieurs orateurs de l'opposition, il a estimé que cet article controversé avait contribué à "l'enlisement" du traité d'amitié franco-algérien.
Jacques Chirac a réitéré lundi à Barcelone le souhait que Paris et Alger signent ce traité d'ici la fin de l'année.
"Cet article 4 vise à nier les réalités du passé et à imposer une révision de l'histoire", a dit Martine Billard (Verts). "Nous ne pouvons qu'approuver cette proposition de loi qui abroge un article dictant le sens dans lequel les historiens se doivent d'écrire l'histoire de la présence française en Algérie et la façon dont l'école de la République doit enseigner aux élèves les bienfaits de la politique coloniale", a dit François Liberti (communiste et républicain).

"OCCULTER LES MÉFAITS DU COLONIALISME" ?
"Il ne relève pas de la compétence des législateurs de vouloir gommer les aspects négatifs de la colonisation et affirmer que le rôle de la présence française outre-mer puisse être qualifié de globalement positif sans que les travaux relevant d'une démarche scientifique n'aient établi ces faits", a dit François Rochebloine, avant d'annoncer que le groupe UDF était "favorable" à la proposition de loi socialiste.
"Cet article cherche à rétablir un équilibre dans la représentation de la colonisation française en particulier en Algérie", a dit Lionnel Luca (UMP).
"Et surtout à rendre hommage aux combattants de nos territoires qui ont défendu la France durant toutes les guerres du XXe siècle", a poursuivi le député des Alpes-Maritimes, membre du groupe d'amitié de l'Assemblée sur les rapatriés.
"Cet article 4 n'est pas normatif. Il est purement déclaratif. Il laisse, de ce fait, aux responsables de l'enseignement la mission d'élaborer les programmes", a pour sa part déclaré le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera.
"Au nom du gouvernement, je le redis de la façon la plus nette et la plus ferme: il n'est pas question d'imposer une histoire officielle", a-t-il affirmé avant d'annoncer que le gouvernement "s'en tient à ce qui a été débattu et voté lors des examens dans les assemblées en première et deuxième lectures".
L'article controversé - article 4 - de la loi de février souligne "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord".
Lors de l'examen du projet de loi en faveur des rapatriés, l'Assemblée avait alors adopté un amendement de Christian Vanneste (UMP) qui dispose que les programmes scolaires "reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'Armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".
Plusieurs semaines après l'adoption définitive du projet de loi, des historiens, des leaders de formations de gauche et des dirigeants d'Etat nord-africains comme le président algérien Bouteflika, avaient vivement réagi à cette disposition, affirmant qu'elle revenait "à occulter les méfaits du colonialisme".
Source : Reuters, 29 novembre 2005

Un résultat des rafles de M. Sarközy : des sans papiers en grève de la faim au Centre de rétention de Vincennes


par la Coordination nationale des sans-papiers, 23 novembre 2005
Vingt-six (26) sans papiers ont entamé depuis le 23 novembre une grève de la faim au centre de rétention de Vincennes. Dans une lettre adressée « aux autorités françaises et au chef du centre de rétention de Vincennes », les 26 sans papiers, dont la liste avec nom, prénom, n° de chambre, nationalité et signature est jointe disent : « Nous les détenus du centre de rétention de Vincennes nous vous informons que nous venons d’entamer une grève de la faim depuis aujourd’hui car nous refusons cette situation et nous jugeons que nous avons été victimes des derniers événements ». En effet, le point commun aux grévistes de la faim de Vincennes est d’avoir été tous arrêtés lors de contrôles dans le cadre de l’état d’urgence. Et ils dénoncent le fait que « les autorités françaises ont profité de cette situation (la révolte des jeunes dans les quartiers populaires) pour mener une vague d’arrestations contre les sans papiers ». Refusant d’être « traités comme de vulgaires bandits » et les « boucs émissaires d’une politique discriminatoire », les 26 réclament leur « libération, l’annulation des APRF et la régularisation ».
Il apparaît encore une fois que toutes les occasions sont bonnes pour M. Sarközy dans sa « politique du chiffre ». Les rafles de l'été sur réquisitions fourre-tout du parquet ont eu comme "seul résultat connu (...) le placement en rétention en vue de leur expulsion de plusieurs dizaines d'étrangers sans-papiers"(GISTI).L'instauration de l'état d'urgence est en passe de donner le même résultat. La fin de l’année est proche, et les « objectifs chiffrés » du dangereux Sarközy vont continuer de faire des victimes au niveau des sans papiers.
La « surenchère guerrière » du gouvernement n’épargnera personne. Les graves atteintes aux droits des étrangers, les attaques contre les syndicalistes, les travailleurs en grève de la SNCM, de la RTM, les procès contre les dirigeants lycéens, les tribunaux qui fonctionnent à feu continu pour juger et condamner les jeunes des banlieues qui ont exprimé par leur révolte des problèmes de société incontournables, les projets de construction de nouveaux centres de rétention et le renforcement des capacités d’accueil de ceux existants : tout cela, surmédiatisé, « légitimé » par des gens bien-pensants, concourre à la lepénisation des esprits ! M. Le Pen peut se pourlécher les babines, car tout indique qu’on se dirige à nouveau droit vers un nouveau « 21 avril 2002 ».
Ne laissons pas faire !
La CNSP appelle toutes les organisations démocratiques à soutenir les 26 de Vincennes en intervenant massivement auprès du ministère de l’intérieur et de la Préfecture de Police de Paris par fax (voir n° de fax ci-dessous).
Paris, le 23 novembre
Le Collège des Délégués
Fax Cabinet du Ministre de l’Intérieur : 01 40 07 28 24 01 40 07 21 09
Fax Cabinet du Préfet de Police : 01 53 71 57 79
Rappel : A l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, Manifestation Nationale à Paris, Samedi 10 Décembre à 14 H, de la Place de la République à Saint-Bernard

Proposition de loi anti-émeute


ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 9 novembre 2005.
PROPOSITION DE LOI
anti-émeute,
(Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de
l'administration générale de la République, à défaut de constitution d'une
commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du
Règlement.)
PRÉSENTÉE
par M. Jean-Paul GARRAUD
Député.

EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames, Messieurs,
Depuis une dizaine de jours, l'autorité de l'Etat est bafouée dans les
quartiers dits « sensibles ». Le comportement des délinquants qui s'attaquent
aux personnes et aux biens de simples citoyens est inacceptable.
L'ordre doit donc être rétabli au plus vite.
Je propose donc la mise en place d'une loi donnant aux forces de l'ordre des
moyens d'actions efficaces contre les bandes organisées qui sèment la terreur
dans les grandes villes de France.
Face à cette stratégie de la terreur mise en place par des bandes organisées,
il faut donner les outils juridiques pour lutter contre les meneurs, les
instigateurs et les participants à ces actions.
Interpeller les auteurs d'actes isolés ne suffit pas pour démanteler
efficacement ces réseaux.
C'est pourquoi, je dépose cette proposition de loi pour incriminer les
instigateurs et les organisateurs d'actions concertées, menées à force ouverte,
commises avec violences contre les personnes et les biens.
Cette proposition vise également ceux qui, en connaissance de cause,
participent activement à des rassemblements conduisant à des violences, des
voies de fait, des destructions et dégradations, ces actions ne recevant
actuellement aucune qualification pénale.
En complément de la proposition de loi de Nicolas Dupont-Aignan, ma proposition
consiste à ajouter un article 412-9 au code pénal sous le livre IV : Des crimes
et délits contre la Nation, l'Etat et la Paix publique.

PROPOSITION DE LOI
Article unique
Après l'article 412-8 du code pénal, il est inséré un article 412-9 ainsi
rédigé :
« Art. 412-9. - Lorsque, du fait d'une action concertée, menée à force ouverte
par un groupe, des violences ou voies de fait auront été commises contre les
personnes ou que des destructions ou dégradations auront été causées aux biens,
les instigateurs et les organisateurs de cette action, ainsi que ceux qui y
auront participé volontairement seront punis, sans préjudice de l'application
des peines plus fortes prévues par la loi, d'un emprisonnement de un à cinq
ans.
« Lorsque, du fait d'un rassemblement illicite ou légalement interdit par
l'autorité administrative, des violences, voies de fait, destructions ou
dégradations qualifiées crimes ou délits auront été commises, seront punis :
« 1° Les instigateurs et les organisateurs de ce rassemblement qui n'auront pas
donné l'ordre de dislocation dès qu'ils auront eu connaissance de ces
violences, voies de fait, destructions ou dégradations, d'un emprisonnement de
six mois à trois ans ;
« 2° Ceux qui auront continué à participer activement à ce rassemblement, après
le commencement et en connaissance des violences, voies de fait, destructions
ou dégradations, d'un emprisonnement de trois mois à deux ans.
« Seront punis d'un emprisonnement de un à cinq ans ceux qui se seront
introduits dans un rassemblement, même licite, en vue d'y commettre ou de faire
commettre par les autres participants des violences, voies de fait,
destructions ou dégradations. Lorsqu'une condamnation est prononcée en
application de cette disposition, le juge peut décider que la provocation ainsi
sanctionnée vaut excuse absolutoire pour les instigateurs, organisateurs et
participants du rassemblement.
« Les personnes reconnues coupables des délits définis au présent article sont
responsables des dommages corporels ou matériels. Toutefois, le juge pourra
limiter la réparation à une partie seulement de ces dommages et fixer la part
imputable à chaque condamné, qu'il pourra dispenser de la solidarité. »
Source : Assemblée nationale

 

Encore un mensonge de Sarközy réfuté


Contrairement aux affirmations du ministère de l'intérieur, la majorité des mineurs qui ont été interpellés et présentés à des juges lors des violences urbaines, entre le 29 octobre et le 18 novembre, étaient inconnus des tribunaux.
Le Monde a enquêté dans les tribunaux de la région parisienne. Magistrats et éducateurs soulignent qu'ils n'ont pas eu affaire, au cours des dernières semaines, au lot commun des mineurs déférés à la justice. La plupart des 577 mineurs qui ont été présentés à des juges des enfants étaient des jeunes gens "ordinaires". Âgés de 16- 17 ans, souvent français, ils ont obtenu au cours de leurs études des résultats moyens. La majorité d'entre eux sont
inscrits dans des formations professionnelles, souvent en apprentissage. 118 de ces mineurs ont été placés sous mandat de dépôt.
Source : Le Monde, 26 novembre 2005

Circulaire Sarközy : une application a géométrie variable


par le Réseau Éducation sans frontières, 25 novembre 2005. educsansfrontieres@free.fr / www.educationsansfrontieres.org. Contact sur ce dossier : Richard Moyon 06 12 17 63 81

Il semble que les dispositions de la circulaire du 31 octobre 2005 par lesquelles Monsieur Sarközy demande aux préfet de suspendre jusqu’à la fin de l’année scolaire les reconduites à la frontières des jeunes majeurs scolarisés et des parents d’enfants scolarisés aient bien du mal à être comprises et appliquées par certaines préfectures.
Depuis la parution de la circulaire ministérielle, plus d’une douzaine de cas de parents d’enfants scolarisés placés en rétention ont été signalés au RESF à Paris et en Eure et Loir, en Moselle (une mère Sri Lankaise et son fils de 10 ans transportés de Metz au centre de rétention de Rouen) et celui d’une lycéenne malgache de Decize (Nièvre) placée au Mesnil-Amelot (Voir BLIS n°21 sur le site RESF). Aujourd’hui, dans le Lot et Garonne, c’est un père d’enfants scolarisés (Monsieur Enbir), et un autre père (Monsieur Abdelouahab) et son fils Mohamed (majeur) marocains qui ont été mis en rétention à Bordeaux, la mère et les frères et sœurs cadets (scolarisés) étant laissés en liberté « par souci humanitaire ».
A l’exception de ces derniers cas toujours en cours, tous les autres, adultes, enfants ou jeunes majeurs ont fini par être libérés grâce à des début de mobilisation des écoles et aux intervention du réseau auprès du Cabinet du Ministre. Le Ministère fait donc respecter ses consignes… pour autant que les parents d’enfants scolarisés trouvent des relais et que la divulgation de leur situation risque de prouver l’incapacité du Ministre à se faire obéir de ses services… ou la duplicité de son discours.
Ainsi, un certain nombre de préfets s’obstinent à tenter d’atteindre les records d’expulsions exigés par M. Sarközy en persistant à interpeller les adultes ou les jeunes que M. Sarközy dit vouloir épargner provisoirement. Gymnastique difficile, dont des parents et des enfants font les frais, en journées ou en semaines d’angoisse, en mauvais traitements, en humiliations pour ceux qui finissent par être libérés. Et par un sort pire encore pour ceux dont les préfectures parviennent à garder l’expulsion secrète. En outre, même si c’est loin d’être l’essentiel dans ces affaires, ces pratiques représentent un véritable gâchis des moyens de l’État. Les crédits gaspillés dans ces démarches trouveraient, à n’en pas douter, à s’employer utilement dans d’autres secteurs (aide sociale, éducation).
Même limités, l’État a pris des engagements. Ils doivent être tenus, y compris par les Préfets qui rechigneraient pour plaire au Ministre.
Il faut que dès le stade de la vérification d’identité, la réalité de la scolarisation des enfants (ou du jeune majeur lui-même) soit vérifiée par les services de police et que les scolaires et les parents de scolaires soient libérés sans délai et sans avoir à subir toutes les étapes de la garde à vue, les menottes, la mise en cellule, le transfert et les conditions souvent indignes du centre de rétention, véritable répétition générale du sort que leur promet M. Sarközy en guise de vacances d’été.
On ne peut pas, d’un côté, se parer de préoccupations humanitaires comme l’a fait M. Sarközy en présentant sa circulaire et de l’autre condamner à d’éternelles persécutions ceux dont on prétend soulager (très temporairement) le sort.
Il faut que des consignes claires soient données au préfectures et aux services de police.

Immigration familiale et de travail : les projets du gouvernement


par Carine Fouteau, lesechos.fr, 25 novembre 2005
Le gouvernement, à moyen terme, veut permettre aux étudiants étrangers en doctorat d'obtenir, à l'issue de leurs études, une carte de séjour de six mois leur permettant de chercher un travail en France.
En faisant preuve d'une rare discrétion sur les questions d'immigration, le PS laisse le champ libre à la droite : après un durcissement de la législation en novembre 2003, le gouvernement prépare un nouveau tour de vis. Objectif : réduire, dans un premier temps, l'immigration familiale, pour ensuite accroître l'immigration de travail en ciblant les étudiants et les salariés les plus qualifiés.
Mais, alors que le ministère de l'Intérieur veut aller vite en proposant une loi à portée large, Matignon et l'Élysée, doutant de l'intérêt d'en passer par une loi unique, tentent de tempérer ses ardeurs.

Audition devant le consul
Le Premier ministre présidera mardi le prochain Comité interministériel de contrôle de l'immigration (Cici) - alors qu'il l'est habituellement par le ministre de l'Intérieur -, manière de montrer que c'est lui qui prend les choses en main. Il n'entend d'ailleurs pas venir les mains vides.
De premières mesures devraient être annoncées par les différents ministres concernés. Pour essayer de réduire le flux de l'immigration familiale, le gouvernement veut accroître les contrôles sur les mariages conclus à l'étranger. Pascal Clément, le garde des Sceaux, veut faire précéder ces unions d'une audition devant le consul qui pourrait faire part de ses éventuelles réserves au procureur de la République (à Nantes), qui lui-même aurait le pouvoir de s'y opposer. Si les mariés passaient outre un refus du procureur, leur union ne pourrait être validée en France qu'après une procédure devant le juge.
Dans la même veine, Pascal Clément veut réformer le Code civil pour faire passer de deux ans actuellement à quatre ans le délai nécessaire au conjoint étranger pour demander la nationalité française. Pour les couples n'ayant pas résidé au moins trois ans sur le territoire depuis leur mariage, ce délai serait de cinq ans, contre trois aujourd'hui.
Le ministre de l'Outre-mer, François Baroin, devrait, lui, aborder la situation spécifique de Mayotte, tandis que le ministre délégué à l'Enseignement supérieur, François Goulard, entend présenter les expérimentations de sélection des étudiants étrangers.

Cibler les « haut potentiels »
Sur le marché mondial des qualifications, le gouvernement cherche en effet les moyens d'attirer les « cerveaux », d'où le projet de mettre en place un système de carte à point en fonction des besoins du marché du travail français, de « l'intérêt du pays d'origine » et de la maîtrise de la langue française.
Selon nos informations, à moyen terme, les étudiants de « haut potentiel » (niveau doctorat) pourraient obtenir à l'issue de leurs études une carte de séjour de six mois leur permettant de chercher un travail et de s'installer en France. De même, les cadres à « haut potentiel » pourraient bénéficier de procédures d'entrée sur le territoire ainsi que de naturalisation accélérées.
D'autres mesures sont dans les tuyaux : la ministre déléguée à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, veut rendre obligatoire la signature du Contrat d'accueil et d'intégration - qui comprend une évaluation linguistique - pour obtenir un titre de séjour, et, a fortiori, la naturalisation. Place Beauvau, enfin, on travaille à des mesures visant à durcir les conditions de ressources et de logement pour ouvrir droit au regroupement familial. Celles-ci devraient être présentées début janvier.
A un an et demi de la présidentielle, le gouvernement occupe le terrain, soucieux de ne pas être accusé, en 2007, de ne rien avoir fait sur l'immigration, comme le PS l'avait été en 2002 sur la sécurité. Mais ces mesures sont-elles susceptibles de changer le cours des choses ? C'est évidemment la grande inconnue. La majorité fait pression comme jamais sur le gouvernement (surtout depuis la crise des banlieues) pour des mesures nettement plus radicales, en particulier sur le regroupement familial et la polygamie.

 

 

“Prime d’émeute” de 300 € pour 22 000 fonctionnaires : sur quels crédits ? Où vont-ils trouver le 6 600 000 € ?


Un calcul simple : 300 X 22 000 = 6 600 000 €. Où vont-ils trouver les 6 600 000 € ?
Une prime de 300 Euro pour "quelque 22.000 fonctionnaires" ayant lutté contre les violences urbaines a été annoncée jeudi par le directeur général de la police nationale, a-t-on appris de sources syndicales policières vendredi.
Selon ces sources, cette annonce a été faite jeudi par Michel Gaudin, le directeur général de la police nationale (DGPN), lors d'un comité central de la police (CTPN) qui réunit à parité l'administration policière et les représentants syndicaux de la police.
Lors de ce CTPN/police, M. Gaudin a de nouveau "tenu à remercier tous les fonctionnaires de police pour leur implication dans la gestion des violences urbaines", selon ces même sources.
Toujours selon ces sources, il a "confirmé" le versement d'une prime, d'ici la fin de l'année, "de 300 euros pour environ 22.000 fonctionnaires" ayant participé à la lutte contre les émeutes urbaines "sans en préciser les modalités" qui seront, selon M. Gaudin, "finalisées dans les prochains jours".
Certains syndicats de policiers ont exprimé des interrogations, se demandant par exemple "sur quels crédits" cette prime sera prélevée et quel sera le nombre de fonctionnaires choisis par le DGPN.
Le Syndicat national des officiers de police (SNOP - majoritaire) a, lors de ce CTPN, "réaffirmé ses inquiétudes quant à l'attribution de cette prime" et "son attachement à ce que tous les fonctionnaires concernés par la gestion des événements précités en soient bénéficiaires", a précisé vendredi le SNOP à l'AFP.
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarközy avait annoncé le 17 novembre que le "principe d'une prime" pour les forces de l'ordre ayant lutté contre les violences urbaines, était "acquis" en clôturant le congrès statutaire d'Alliance (1er syndicat de gardiens de la paix).
Source : AFP, 25 novembre 2005

Analyses


Figures du Multiple: La France peut-elle réinventer son identité ?


par Achille Mbembe, Le Messager, Douala (Cameroun), 15 novembre 2005
L’auteur est professeur d’histoire et de science politique à l’Université du Witwatersrand, Johannesbourg, Afrique du Sud.
La crise dans les banlieues de France a pour origine la manière dont la France a historiquement voulu esquiver la question raciale tout en multipliant, à tous les niveaux de la vie quotidienne, des pratiques de « racialisation ». Elle révèle au grand jour l’impasse à laquelle a conduit le refus, par ce pays, de s’auto-décoloniser. Si la France tient encore à exercer un minimum d’attraction dans l’imagination contemporaine, il faudra, très vite, qu’elle en vienne au fait qu’urgence.

Dans aucun pays, ni la paix civile et l’ordre public, encore moins le contrat social, n’ont jamais été obtenus par la répression seule. Ainsi en a-t-il été de toutes les sociétés postcoloniales en particulier - catégorie à laquelle appartiennent presque toutes les démocraties européennes autrefois détentrices d’un empire colonial.

Les banlieues de France n’échapperont point à cette règle, en dépit des interpellations et arrestations massives, des jugements et condamnations à la chaîne, sur fonds d’exhumation de vieux cadavres dont on n’a cessé de dire, au cours des dix dernières années notamment, qu’ils n’ont jamais fait l’objet d’un enterrement digne de ce nom – un passé esclavagiste et colonial qui refuse de passer !

Il est désormais clair que la grande victime des événements récents, c’est la démocratie française, sa crédibilité et sa respectabilité dans le monde. De fait, si la France tient encore à exercer un minimum d’attraction dans l’imagination contemporaine, il faudra, très vite, qu’elle en vienne au fait qu’urgence il y a effectivement. Cette urgence, elle est ailleurs : non dans la résurrection de vieilles lois coloniales datant de la guerre d’Algérie et décrétant, dans l’Hexagone même, l’état d’exception en plein XXIe siècle, mais dans le lent et patient travail par lequel ce pays se forgera une nouvelle identité à l’âge de la globalisation.

Il faut, en effet, souhaiter qu’une fois un semblant d’ordre ré-établi, l’on fasse rapidement preuve du courage nécessaire pour traiter des causes structurelles d’un problème qui, loin de relever de l’accident, révèle au grand jour l’impasse à laquelle a conduit le refus, par ce pays, de s’auto-décoloniser.

Cette crise – on ne l’a pas suffisamment répété – a pour origine la manière dont la France a historiquement voulu esquiver la question raciale tout en multipliant, à tous les niveaux de la vie quotidienne, des pratiques de « racialisation ».

La nouveauté est que « les étrangers » ne sont plus les seules cibles privilégiées de ces pratiques. De plus en plus, celles-ci s’appliquent également à ceux des citoyens français les plus vulnérables et, surtout, les plus ethniquement typés et stigmatisés. À travers les émeutes récentes, la France paie donc le salaire de la double taxe qu’elle n’a cessé d’imposer à ces secteurs de la population : la taxe de la « classe » et la taxe de la « race ».

Par-devers les problèmes sociaux réels que pose la vie dans les banlieues, la question raciale constitue le sous-sol de « l’insurrection des invisibles» à laquelle on vient d’assister. Comme on le voit bien à travers l’état d’exception qui pèse désormais sur certaines cités, la « race » est également au fondement des dispositifs visant à réprimer cette « révolte des sans-parts » que nous avons, dans un bel élan d’unanimisme, vite fait de criminaliser. Ne se satisfaisant plus de ne se manifester que souterrainement, dans l’Inconscient, la Bête a surgi, brutalement, au grand jour, corrompant au passage le droit, la loi et la justice, et s’ouvrant des chemins qui laisseront, pendant longtemps, d’indélébiles scarifications sur la peau et le visage même de cette nation.

Auto-collision

Si l’auto-collision a été si spectaculaire et à bien des égards si comique, c’est parce que la France s’est fait, finalement, prendre au piège de sa propre hypocrisie. Après tant d’années d’arrogance et de mauvaise foi, elle est soudain rattrapée par un passé dont elle a voulu nier sa part de responsabilité et dont elle n’a guère su, par conséquent, guérir les blessures alors qu’elle en avait largement les moyens. Sur le plan intellectuel, le drame – ou faut-il dire la farce - est d’autant plus grave que pendant longtemps, ce pays a refusé de se doter des outils conceptuels qui lui auraient permis d’analyser adéquatement ce qui lui arrive.

Comment expliquer, par exemple, l’hostilité des élites bien pensantes et leur mépris à l’égard des « études postcoloniales » ou de la « critique de la race » - deux paradigmes dont on connaît les limites, mais qui ont, ailleurs, puissamment contribué à l’approfondissement de la réflexion sur la citoyenneté et l’altérité ? C’est que, depuis longtemps déjà, les élites et l’intelligentsia françaises ont choisi de ne se baigner désormais que dans les eaux du narcissisme et de « l’exception culturelle » au moment même où le monde s’élargissait à leur insu, tandis qu’elles passaient leur temps à proclamer bruyamment une version de l’universalisme trop belle pour être vraie - anachronique.

Du coup, elles n’ont pas compris qu’au lendemain de l’effondrement des empires coloniaux et, récemment, du communisme, le grand défi des démocraties européennes de surcroît exposées aux flux de la globalisation est désormais la négociation politique et symbolique des différences raciales et religieuses. Une fois le spectre du communisme vaincu, la reconnaissance explicite du pluralisme religieux, racial et culturel né de la rencontre coloniale devient un préalable à l’invention des nouvelles identités nationales.

Chaque nation est désormais transnationale et diasporique. Le creuset dans lequel se forge la nation se trouve désormais autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières territoriales. L’ailleurs, le lointain et l’ici se rejoignent. À cause de ce déplacement, poser le problème de cette identité nouvelle en termes d’ « intégration » ne signifie plus grand-chose. Le passage au cosmopolitisme devient une nécessité si l’on veut transcender les nouvelles fractures nées de l’enchevêtrement des histoires sur la longue durée. En France au cours des dix dernières années, le délire et les fantasmes autour de l’Islam et du « communautarisme » n’ont-ils pas eu pour effet de brouiller les termes de cette discussion et de déférer chaque fois la venue au réel ?

Faute de concepts adéquats pour analyser ce qui lui arrive, la France se braque donc. Ce faisant, elle dévoile l’énorme handicap culturel dont elle souffre et qui fait qu’elle ne comprend pas que l’implosion, en prime time, de ses banlieues discrédite internationalement son discours sur l’intégration sociale tout en aiguisant le faible attrait qu’accusait déjà son modèle de citoyenneté et de démocratie sur l’imagination contemporaine.

Les causes de ce handicap culturel sont trop nombreuses pour faire, ici, l’objet d’un examen approfondi. Qu’il suffise d’indiquer qu’elles tiennent, pour l’essentiel, au blocage épistémique qu’a fini par constituer, dans ce pays, l’idéologie du républicanisme laïc. Révolutionnaire à ses origines, cette idéologie s’est malheureusement transformée en une sorte de religion sans Livre ni théologie – à la manière de tous les fondamentalismes. Certes, il ne s’agit pas ici de revenir sur la séparation de l’Église et de l’État – principe dont on sait par ailleurs qu’il a toujours caché (et continue de cacher) parfois de bien utiles collusions.

Mais devant l’ampleur de l’échec, comment ne pas s’étonner qu’un pays si cultivé et regorgeant de tant de cerveaux manifeste tant d’incapacité à comprendre que le concept abstrait d’égalité radicale peut paradoxalement servir de voile derrière lequel se cache le racisme d’État ?

La société française, dans son ensemble, serait-elle donc frappée de cécité au point de ne pas voir le danger que représente, pour sa démocratie, son système politique aussi bien que pour son aura, l’utilisation des « étrangers » comme victimes expiatoires d’une « souveraineté nationale » désormais placée hors-les-mains de la nation et rongée aussi bien par le processus d’européisation que par la globalisation néo-libérale ?

Est-il donc si compliqué que cela de comprendre que « le problème social » ne se réduit pas aux seules différences et inégalités de « classe » ? Ou encore que l’horizon tracé par la république – à savoir l’égalité sociale radicale – passe également par la reconnaissance et la dignité, et par la prise au sérieux de « la question de la race » tout autant que celle de la « différence sexuée » ?

Symptôme et refoulement

Toute aussi profonde est la puissance du déni. Nombreux sont ceux des Français qui refusent de reconnaître que la majorité des émeutiers sont nés sur le territoire français - qu’ils sont de nationalité française. Nombreux également sont ceux qui estiment que ces « fils d’immigrés » n’apportent rien à la nation : ils jouissent peut-être de la « nationalité française », mais ils ne sont pas, véritablement, des « citoyens français » au même titre que nous. On pourrait, à la limite, tolérer leur présence au milieu de nous. Mais en tout état de cause, ils ne sont manifestement pas des nôtres. Peu importe que la plupart n’aient jamais mis les pieds en Algérie, au Maroc, au Sénégal, au Mali ou en Guinée ! Ce qui compte vraiment, ce sont les origines, la race et la religion de leurs parents et grands-parents. Telles sont les marques originaires de leur identité profonde – ce qui les distingue de nous autres.

Voici comment, embourbé dans les rêts du refoulement, le débat français sur la démocratie et la citoyenneté a fini par être vidé de sens. Aujourd’hui, il est dominé par des considérations sur l’autochtonie et l’allochtonie. Le discours sur ce que, depuis plusieurs années, l’on appelle ici le « communautarisme » apparaît, du coup, sous son vrai jour. Loin de désigner une réalité objective, ce discours est avant tout la manifestation de pulsions et de peurs elles-mêmes nourries à la source d’un inconscient dont la « race » est l’obscur symptôme.

Que le symptôme ait pris une telle chair, un tel corps et une telle densité au sortir de la guerre froide et, à présent, dans le contexte de « la fabrique de la peur » que sont la globalisation, l’européisation et la guerre contre le terrorisme – cela ne devrait guère étonner. Depuis plusieurs années, ne fait-on pas croire aux Français qu’après les guerres de religion et les guerres révolutionnaires d’autrefois, le pays serait au bord d’une nouvelle guerre civile ? Celle-ci opposerait désormais les « autochtones » (gens-d’ici) aux « allogènes » (gens certes implantés ici, mais venus-d’ailleurs). Puisque ces gens-venus-d’ailleurs ont une couleur de peau différente de la nôtre, parlent occasionnellement des langues que nous ne comprenons pas et louent des divinités qui nous sont étrangères, la nouvelle guerre civile serait à la fois une guerre des races, une guerre des langues et une guerre de religions.

Une simple analyse de classe n’est pas de nature à rendre compte de passions aussi obscures et de fantasmes si profondément enracinés dans la culture populaire. Certes, ce qui se passe dans les banlieues a une très forte dimension « sociale ». Le chômage n’est-il pas endémique ? « Sur les 100 CV que j’ai envoyés, j’ai eu trois entretiens », entend-on dire souvent. Marginalité et précarité sont le lot de beaucoup. Il en est de même de l’échec scolaire, de cette prison qu’est devenu l’environnement urbain lui-même, de cet espace carcéral que sont les tours grises – l’absence de loisirs, la diminution de l’espérance de vie. Il ne suffira pourtant pas de s’attaquer aux conditions matérielles de ceux qui habitent les cités pour que le malaise soit résolu.

Dans un acte de refoulement collectif, l’opinion publique, les médias et le gouvernement préfèrent parler de « violences urbaines » alors que la « race » est une dimension centrale de ces « émeutes ». En fait, elles se situent en droite ligne des expériences des ghettos nord-américains depuis le milieu du XXe siècle, des quartiers pauvres d’Angleterre dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ou encore des townships sud-africains pendant la période de la lutte contre l’apartheid.

La fabrique de la race et l’apparition des « sans-parts »

Dans chacun de ces cas, la ségrégation spatiale et urbaine ainsi que la discrimination à l’embauche constituaient, en eux-mêmes, des facteurs structurants de la fabrique de la race. Loin de relever de l’accident, le racisme d’État était devenu, en soi, une machine de production des inégalités. La production des inégalités allait chaque fois de pair avec l’infliction, aux victimes du racisme, de blessures psychiques considérables.

Chaque fois qu’ils prennent eux-mêmes la parole pour décrire leurs vies calcinées, c’est un constat relativement similaire que font les jeunes émeutiers des cités françaises : la discrimination scolaire, l’absence de reconnaissance et de respect, le harcèlement permanent des forces de police, la surveillance généralisée, le travail au faciès (dévalué, répétitif, précaire, mal payé lorsqu’on en trouve), l’ennui au pied des tours grises, l’état de siège mental et physique, bref, la galère. Pour qui prend intérêt à leurs productions culturelles, c’est la même antienne qu’ils ne cessent de répéter depuis les années quatre-vingt, que ce soit dans le rap ou le hip-hop, la poésie ou la chanson.

Il est tout à fait significatif que dans ces récits, une place centrale soit accordée aux contrôles policiers. « On n’a pas les mots pour exprimer ce qu’on ressent », dit l’un d’entre eux. « Aujourd’hui, j’ai été contrôlé deux fois, raconte un autre. Les flics m’ont plaqué au sol en me plantant un flash-ball [arme de poing à balles en caoutchouc] dans la gueule et m’ont insulté ».

Des nombreuses descriptions faites par les jeunes, il apparaît clairement que les violences policières ne sont pas seulement physiques. Parce qu’elles ont quelque chose à voir avec la race de ceux qui les subissent, elles finissent chaque fois par causer à leurs victimes de profondes blessures psychiques. Dans le vocabulaire des jeunes, c’est ce que signifie notamment la notion d’ « insulte ».

On aurait tort de sous-estimer la colère que nourrissent et qu’entretiennent les brimades quotidiennes et les violences policières dans les cités. La police française, tout comme bien des secteurs de l’administration territoriale (préfets), différents niveaux de la représentation démocratique (municipalités, conseils régionaux, Parlement, partis politiques), voire des pans entiers de la vie publique (presse écrite, télévision, publicité) et des institutions académiques, sont monocolores.

Comme autrefois dans les États-Unis de la période de la ségrégation raciale, les minorités raciales ne sont visibles que dans les sports (football, boxe et athlétisme notamment ). Et comme en Afrique du Sud sous l’apartheid, la répression des émeutes récentes a essentiellement été le fait de policiers blancs pourchassant des gamins de couleur, procédant à leur arrestation avant de les envoyer devant un système judiciaire totalement blanc qui les condamnera à des peines de prison. Ils purgeront leurs peines dans des institutions carcérales dont les gardiens sont presque tous blancs.

D’aucuns objecteront qu’en dépit de tout ceci, les banlieues de France n’ont que peu de similarités avec les ghettos nord-américains et les townships sud-africains. Sans doute. Le racisme d’État à la française s’est, en effet, toujours exprimé sous des formes très originales. De ses nombreux âges, une chronologie sommaire permet de distinguer quatre moments tantôt superposés, tantôt enchevêtrés, et parfois distincts.

Le premier âge se donne à voir au cours d’une très longue période qui combine la Traite des nègres (le Code noir) et l’antisémitisme européen. Au cours de cet âge, l’Autre est considéré soit comme une « propriété » dont on peut disposer à loisir, à la manière d’un objet, soit, simplement, comme un « rebut ». Cet âge se clôt avec, d’un côté, les grandes révoltes et insurrections des esclaves (cas de Saint Domingue) et, de l’autre, les ghettos et pogroms, l’Émancipation des Juifs, et, à peine la citoyenneté acquise, les rafles des innocents et l’apparition des camps de concentration.

Le deuxième âge est typique de l’impérialisme colonial et se joue autour d’un système d’inclusion sélective caractérisé par l’opposition entre le citoyen et le sujet/indigène. C’est l’époque des Codes de l’Indigénat, avec leur segmentation et hiérarchisation des droits, la ségrégation spatiale et l’établissement de frontières instituant des différences entre les personnes en fonction de la couleur de leur peau ou encore de leur niveau d’« assimilation. «

C’est aussi l’époque au cours de laquelle, appliqué aux indigènes, le droit cesse d’être l’_expression d’une éthique universelle pour devenir une forme de violence originaire. Grâce à l’interpénétration croissante des institutions pénales et administratives, la loi se transforme en un moyen de continuation, par d’autres moyens et au sein de la société, des processus d’assujettissement inaugurés par les guerres de conquête et les opérations dites de « pacification ».

Le troisième âge du racisme d’État à la française commence avec le rapatriement des colons d’Algérie et, à partir de 1973, l’accélération des migrations autour du Bassin méditerranéen. C’est la période du racisme fonctionnel, quasi-souterrain, presqu’invisible, marqué ici et là par quelques éruptions. Au cours de cette période, l’on assiste à la mise en place progressive de dispositifs de contrôle dont les effets discriminatoires touchent en particulier ceux que l’on nomme alors « les travailleurs immigrés ». Ces effets ne se limitent pas au marché du travail. En fait, ils annoncent en pointillés le régime d’apartheid social dont les banlieues sont, aujourd’hui, l’_expression la plus manifeste.

Le quatrième âge – celui de la globalisation – coïncide avec l’apparition de la figure de l’étranger sur la scène du fantasme. On peut également le caractériser comme l’âge du ressentiment. Le « Le Pénisme » - dont la surface électorale sur l’échiquier français est l’une des plus importantes de toutes les démocraties européennes - en est la traduction la plus vulgaire.

Il est utile de s’appesantir sur cette nouvelle phase du racisme d’État parce qu’elle permet de comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

À partir des années 1980 en effet, la France rentre inexorablement dans un climat de violence culturelle et de ressentiment à l’égard de l’étranger que l’on présente déjà, à cette époque, comme un problème social insoluble par nature. Afin de répondre au ressentiment des subalternes, l’on voit se développer, à partir de ce moment, une série de législations visant à rendre intolérable la vie des migrants en France. Ces législations visent à les affaiblir autant que possible, à les harceler en permanence, à les humilier chaque fois que cela est possible, et à les plonger le plus tôt possible dans une précarité de nature structurelle.

Il est fort significatif que, depuis 1980, les deux principales sources du droit français concernant les étrangers soient, d’un côté, les lois qui s’appliquaient aux Juifs avant leur Émancipation et, de l’autre, celles qui étaient appliquées aux indigènes des colonies au temps de l’Empire. Pour fonder le droit contre les étrangers au cours du dernier quart du vingtième siècle, la République puise donc dans ses propres « archives de la honte ». Elle met en place des techniques de gouvernement des étrangers dont l’objectif est de dépouiller ces derniers de tout droit, grâce précisément à l’édiction de lois dont la fonction est d’annuler le droit et d’assurer l’extra-territorialisation.

L’on se trouve donc devant le paradoxe d’un régime démocratique qui, sur sa face diurne, prétend assurer la justice, la sécurité et la liberté mais qui, sur son versant nocturne, opère par suspension dérogatoire du droit et recours constant aux techniques coloniales de juridiction, de contrôle et de punition. Il s’agit d’une démocratie qui, ayant procédé à une segmentation du droit, s’accommode fort bien de sphères d’exception.

Le grand basculement de ce début de siècle, c’est l’extension, aux citoyens français non-blancs, des ignobles traitements infligés autrefois aux sujets coloniaux et, de nos jours, aux migrants, aux réfugiés et à ceux que l’on nomme, simplement, « les étrangers ». Comme autrefois en Afrique du Sud sous l’apartheid, l’idée est de fractionner davantage les antagonismes de classe en transformant en sujets expiatoires une classe d’ « intrus » et de gens « sans-parts » (Rancière) que l’on cherche à rejeter du côté négatif de la frontière de l’humanité.

En réalité cela fait plus d’un quart de siècle que la banlieue a été transformée en nouvelle colonie pénale. La ségrégation spatiale aidant, la loi d’exception s’exerce désormais ici sur des citoyens internés depuis longtemps déjà. C’est ce qui explique la limitation systématique des libertés - à commencer par la liberté de se déplacer, la multiplication des contrôles et des fouilles sur le corps, les entraves à la vie familiale, les artifices de confinement dans les tours, la discrimination quasi-institutionnelle sur le marché du travail même pour les plus qualifiés. L’obligation du port permanent d’un document sur soi rappelle, à bien des égards, le pass sud-africain, le livret de travail du temps de l’apartheid, ou encore les méthodes israéliennes des check points en Palestine. Le ghetto racial a donc été inventé et activement produit. Il n’a jamais été spontané.

Imaginer l’au-delà de la race

Faut-il rappeler qu’à chacun des âges sommairement décrits plus haut, les luttes pour la reconnaissance, l’égalité et la dignité ont pris des formes différentes ? Que l’on pense par exemple aux luttes des années de la Négritude. En fait, dès 1920, une génération de penseurs et d’écrivains noirs radicaux développent déjà, en France même, une critique de la citoyenneté républicaine et dévoilent les impasses de l’idéologie de l’intégration qui, à l’époque, est déclinée sous le terme d’ « assimilation ».

Ils démontrent, par exemple, que la citoyenneté universelle et l’égalité radicale ne sauraient faire ménage avec la pratique du racisme d’État. Ce faisant, ils mettent à nu la contradiction au cœur de l’idéal civique français depuis la Révolution. Cette contradiction prend une forme singulière dans la mesure où, affirment-ils, le nationalisme français (c’est-à-dire, en dernière instance, une certaine idée de la race et de l’ethnie) se drape des oripeaux de la liberté, de l’égalité et de la fraternité pour mieux masquer sa violence à l’égard des colonisés. En d’autres termes, la France doit faire de ses sujets coloniaux des citoyens français tout court, ou à défaut, leur restituer leur souveraineté.

Les penseurs de la Négritude, à l’exemple de Léopold Senghor ou d’Aimé Césaire, et, plus tard, Édouard Glissant, enrichiront cette critique politique de la démocratie et de la citoyenneté en faisant valoir que l’universalité consiste avant tout en la mise en commun et le partage des différences. Ce partage est total puisque chez Senghor par exemple, il a une composante biologique et culturelle de laquelle résulte le métissage.

Glissant parlera, lui, de créolité. Toujours est-il qu’au-delà des différences d’inflexion, les penseurs nègres de l’époque montreront en quoi il est possible que, de la rencontre entre la France et les peuples lointains, résulte une forme d’humanisme critique où le souci de soi est inséparable du souci de l’autre et du souci du monde dans sa généralité.

Tous indiquent clairement que la république pourrait se renouveler et la France se forger une nouvelle culture et une nouvelle identité en se pensant désormais comme ce pays dont la particularité est de réunir, en son sein, les différentes facettes du monde en un tout. Chez tous ces penseurs, la migration, voire la colonisation, font l’objet d’une transfiguration. Elles deviennent, en quelque sorte, cet « heureux péché » grâce auquel « le rendez-vous du donner et du recevoir » devient possible, tandis que l’horizon utopique de la « Civilisation de l’universel » pour la première fois dans l’histoire humaine, enfin s’ouvre.

Ce sont donc les voies d’un passage au cosmopolitisme que les penseurs nègres de l’époque ouvrent pour la France. Ils lui offrent, dès le début du vingtième siècle, les outils intellectuels pour assumer sa condition postcoloniale. Ils lui proposent de transfigurer une mémoire et un passé de violence en nouveau souci pour l’Autre et pour le monde – manière d’enrichir son propre legs révolutionnaire et de parvenir à l’idée d’un universalisme sage et raisonnable parce que capable de négocier la différence et de célébrer l’unité du genre humain dans la multiplicité des figures de l’homme.

La République ne les écoutera. Au contraire, elle appliquera un modèle d’intégration en droit fil de son idéologie jacobine. Comme on le voit aujourd’hui, ce modèle repose sur un inconscient modelé par la peur de l’Autre et par un vieux fonds d’intolérance religieuse. C’est en partie ce qui explique la grève des migrants contre le racisme en 1973, l’émergence du mouvement SOS-Racisme dans les années quatre-vingt ou encore du mouvement des Beurs, les luttes des sans-papiers des années quatre-vingt-dix.

Il faut donc replacer la question de la race au cœur de la production de la démocratie et de la réflexion sur la citoyenneté française. Pour être crédible, le projet d’égalité radicale doit, chaque fois, être conscient de sa contingence. Il ne peut être ni arithmétique, ni géométrique. La race, couplée à la pauvreté et au chômage, finit par créer une classe de « sans parts », c’est-à-dire de pseudo-citoyens qui, à cause de leur race, sont non seulement exclus des mécanismes distributifs, mais encore à qui l’on refuse reconnaissance, dignité et respect. Ce que les émeutes récentes permettent d’interrompre, c’est la fausse certitude selon laquelle la démocratie française serait donnée une fois pour toutes, et la présence de citoyens européens non-blancs temporaire sur le sol d’Europe.

Comment forger une nouvelle identité

Depuis le début des années quatre-vingt, une nouvelle phase du racisme d’État s’est ouverte dans le contexte de la globalisation, de la mise en place de l’Union européenne, et surtout de la guerre contre le terrorisme. Dans ce contexte, le risque pour les banlieues est de devenir l’une des cibles privilégiées des populismes autoritaires dont on a noté la montée en puissance dans toutes les démocraties européennes au cours du dernier quart du XXe siècle.

La stratégie de ces populismes est d’exacerber la peur d’un ennemi imaginaire dans l’espoir de re-légitimer la violence d’État contre les plus vulnérables en particulier. En inventant de toute pièce un ennemi et en faisant de la peur de cet ennemi la pierre d’angle de la vie quotidienne et de la culture, on cherche à légitimer le rôle de la puissance publique en tant que pourvoyeur de la protection et de la sécurité. Cette protection et cette sécurité s’obtiennent en échange de l’abdication à penser pour soi, de façon critique, l’obéissance aveugle à la figure du Père devenant de ce fait le socle même du patriotisme.

On l’a vu aux États-Unis : pour les couches les plus démunies de la population et surtout pour les minorités raciales désavantagées, cela signifie le passage « de l’État social à l’État pénal », ainsi que rappelle fort à propos Josep Ramoneda, éditorialiste au quotidien espagnol El Pais. Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’apparaissent bientôt en France, sous le couvert de l’opposition à « l’assistanat » et derrière le masque du discours sur les devoirs, obligations et responsabilités individuelles, des propositions visant à démanteler les « filets sociaux » qui, jusqu’à présent, ont permis à plusieurs de ne pas tomber dans l’indigence tout court. Comme aux États-Unis, l’amalgame entre indigence et délinquance, puis délinquance et insécurité permet de criminaliser toute une partie de la population et de « racialiser » des problèmes sociaux que l’on peut ensuite présenter comme ne pouvant être résolus que par l’institution carcérale. Ainsi s’explique, au demeurant, la présence disproportionnée des minorités raciales dans les prisons américaines.

Dans ce contexte, le gouvernement français est confronté à deux choix. Le premier consiste à radicaliser la répression policière et pénale dans les directions que je viens d’esquisser, en la couplant à des formes de punition économique appliquées de préférence aux minorités raciales.

Le deuxième est d’embrasser politiquement le caractère désormais pluri-culturel, pluri-racial et pluri-religieux de la nation et d’ouvrir ainsi la voie vers une société véritablement cosmopolite, qui se définit explicitement comme telle, et qui cherche à traduire cet idéal dans ses institutions, ses politiques et sa culture.

Plus d’un demi-siècle après la tentative d’extermination des Juifs sur le sol européen, il s’agirait pour la France et pour l’Europe de faire faire un saut qualitatif supplémentaire à l’idée démocratique, de compléter les idéaux des Lumières en négociant l’assimilation réciproque des peuples, des religions et des races mis en mouvement par l’esclavage, la rencontre coloniale et la globalisation.

Mais pour bâtir une nation conviviale, symbole d’une véritable « cité universelle », il faut que soit mis fin à la crise de la mal-représentation qui frappe toutes les institutions de la vie publique française (partis politiques, représentations nationale et municipale, police, armée, administration territoriale, universités). La même remarque s’applique aux institutions de la société civile.

Ceci suppose également que soit mis en place un programme intelligent de discrimination positive qui, sans épouser une politique des quotas pure et simple, ne s’applique pas non plus sur des critères exclusivement raciaux. Un tel programme devrait être limité dans le temps et toucherait des domaines aussi variés que l’accès à la petite propriété, la scolarité, les loisirs, la mise en place de zones de développement économique prioritaire assortie d’avantages fiscaux pour les entreprises qui accepteraient de s’implanter dans ces lieux.

Bien qu’elle soit susceptible d’être manipulée à des fins politico-idéologiques, la question de l’ordre et de la sécurité dans les banlieues est réelle. Comme on l’a vu ailleurs, pauvreté et criminalité vont de pair, notamment là où de profondes inégalités séparent ceux qui n’ont rien à