La réponse des rapeurs d' Axiomfirst
Monsieur
le Président,
Avec tout le respect que je dois à votre fonction
Je vous demanderais un peu d’attention
Je me présente à vous en tant que citoyen,
Sain de corps et d’esprit, en pleine possession de mes moyens
À l’heure où je vous parle, dans le pays le couvre-feu
résonne
Je fais appel à l’article 19 de la déclaration
des droits de l’homme
Sans étiquette, je ne jugerai que vos actes
D’avance veuillez recevoir mes excuses les plus plates
Monsieur le Président,
Je vous fais part de ma grande indignation
Face aux événements, comprenez ma position
Je suis français, ai grandi dans les quartiers populaires
Mes grands-parents ont défendu ce pays pendant la guerre
Mes parents eux aussi l’ont reconstruite cette république
Rappelez vous ces ouvriers qu’on a fait venir d’Afrique
Et Leurs enfants ignorés par le droit du sol
Citoyens de seconde zone, de la naissance à l’école
J’accuse trente ans de racisme et d’ignorance
La répression sans prévention en France
J’accuse votre politique, vos méthodes archaïques
La centralisation, la défense unique de la loi du fric
Au lieu de rassembler car tous français,
Vous n’avez fait que diviser, laissant l’ extrême
droite avancer.
Monsieur le Président,
Ne le prenez pas comme une offense,
Mais moi aussi je crois en la démocratie de France
Je crois en la république, la vraie
Car c’est le rêve du peuple et des opprimés
Colonisation, chômage, et précarité
Ont engendré violence, inégalités (JPG)
La Discrimination, à l’embauche, à l’emploi,
cela va sans dire
Provoque la fuite des cerveaux, laisse une jeunesse sans avenir
Est-ce un hasard si votre ministre séduit l’extrême
droite ?
Ces gens qui auraient livré la France sans jamais combattre
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre, une lettre que vous lirez peut-être
Monsieur le Président, je vous écris une lettre
Dans les rues, la sixième république vient de naître
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission
Monsieur le Président
Tout ne peut être de votre seul chef
Je le comprends même si je formule mes griefs
Votre gouvernement plonge le pays dans le chaos
Incapable de discernement, incapable de vents nouveaux
Le peuple a besoin de solutions, non de mensonges
« Liberté, égalité, fraternité »
n’est pas un songe
Incapables de protéger nos policiers, nos enfants
D’un affrontement qui restera sans précédent
Nous sommes l’avenir, en notre cœur le plus beau des rêves
Pacifiquement, la sixième république en est la sève
La république a besoin d’un nouveau vent
Celui de l’espoir, du cœur, un vent plus tolérent
Monsieur le président,
Votre ministre instaure la terreur
Et l’histoire dira bientôt que ce fut une erreur
Où est passé cet humanisme qui a fait la grandeur de
ce pays ? (JPG)
Est-il dans la rue ou dans ces treillis ?
Le peuple d’en bas ne veut pas d’école en apprentissage
Mais plus d’égalité de chance et plus de partage
Monsieur le Président de la peur découle la haine
Les luttes politiques sont loin des valeurs républicaines
La France est un idéal qu’il faut sans cesse bâtir
Dans l’honnêteté, la transparence, l’altruisme
et dans l’avenir
Marchons, marchons, vive la France oui,
Mais dans la paix et le respect des différences
Monsieur comment aurait on pu faire mieux il aurait déjà
fallu moins attiser le feu
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république est en train de naître
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission
Monsieur le Président
Vous remerciant de votre attention
Veuillez agréer mes sentiments les plus distingués.
A dieu.
Cliquez sur le lien http://www.axiomfirst.com/video.swf
pour voir la vidéo de la lettre
Éditorial, 1er décembre 2005
Cherchez l'erreur
Les banlieues des grandes villes françaises ont connu pendant
trois semaines un soulèvement dont les protagonistes étaient
des jeunes exclus et marginalisés, souvent enfants ou petits-enfants
d'immigrés. Sur les 3 000 personnes interpellées, 7,5%
étaient de nationalité étrangère et quelques-unes
en situation irrégulière.
Dans la recherche des causes de cette intifada française, des
hommes politiques se sont distingués : ce sont ceux de l'UMP
qui ont trouvé le grand responsable des émeutes. Ce
serait...la polygamie !
Le temps des mesures est venu. Il est évident que ce n'est
pas l'instauration d'un couvre-feu qui peut règler les problèmes
sociaux. Ni non plus l'abaissement de l'âge d'entrée
en apprentissage de 16 à 14 ans.
Paralysé par l'affrontement au couteau entre Villepin et Sarközy,
le gouvernement semble dépourvu d'idées et de moyens.
Il ne lui reste donc plus qu'à remettre le char de l'État
dans les vieilles ornières creusées depuis 30 ans :
il faut "maîtriser", "contrôler",
"choisir" l'immigration. Et Villepin et Sarközy se
sont donc partagés le boulot : le premier part en lutte contre
"l'immigration légale", le second contre "l"immigration
clandestine".
Villepin vient donc d'annoncer qu'on va serrer la vis aux mariages
mixtes - toujours soupçonnés d'être "blancs"
-, aux possibilités de regroupement familial et aux étudiants
étrangers, qui vont être sélectionnés à
la source, pour que seuls les meilleurs arrivent à passer les
filtres.
Comme l'a dit Sarközy : «Nous voulons choisir ceux qui
seront accueillis sur le territoire de la République (...),
mais nous ne voulons plus de ceux dont on ne veut nulle part ailleurs
dans le monde.»
Il faudrait nous expliquer le lien existant entre mariages blancs,
étudiants étrangers, demandeurs d'asile et émeutes
de banlieue. Franchement, nous ne le voyons pas.
Le premier ministre durcit sa politique d'immigration
par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 30 novembre 2005
Pour bien montrer que l'immigration n'était pas le domaine
réservé du seul ministre de l'intérieur, Dominique
de Villepin a tenu lui aussi à afficher sa "fermeté",
à l'issue de la réunion du Comité interministériel
de contrôle de l'immigration (CICI), qui s'est tenue, mardi
29 novembre, en annonçant une batterie de mesures visant à
mieux maîtriser l'immigration, pour partie déjà
dévoilées au cours de ces dernières semaines
(Le Monde du 30 novembre).
Première cible : les mariages célébrés
à l'étranger. "Ces mariages sont passés
de 13 000 en 1995 à 34 000 en 2004 (hors Europe), a relevé
le premier ministre. Le nombre de personnes venant en France à
la suite d'un mariage avec un Français dépasse aujourd'hui
le nombre de personnes qui entrent au titre du regroupement familial.
C'est donc la première source de l'immigration légale."
Dès lors, pour lutter contre les mariages blancs ou forcés
qui ne visent qu'à permettre d'obtenir la nationalité
française, le gouvernement veut mettre un terme à l'automaticité
de la transcription de ces unions, qui seront également soumises
à un contrôle plus strict, en amont, du consul.
Dominique de Villepin n'entend pas s'arrêter là. Après
le mariage, il a d'ores et déjà annoncé qu'il
entendait sévir sur le regroupement familial, tout en soulignant
qu'il s'agissait d'un "droit garanti par la Constitution"
et qu'il n'était "pas question de le remettre en cause".
Il souhaite allonger à deux ans (contre un actuellement) le
délai de séjour à l'issu duquel un étranger
vivant en France peut faire une demande de regroupement familial.
ETUDIANTS ÉTRANGERS
Le premier ministre souhaite aussi faire de la "maîtrise
de la langue française" une condition pour faire venir
sa famille. "Nous devons être plus vigilants sur le degré
d'intégration du demandeur du regroupement familial. Nous devons
également être en mesure de vérifier le respect
de la loi qui interdit la polygamie", a-t-il insisté.
L'autre grand chantier où le gouvernement veut afficher sa
rigueur concerne les 50 000 étudiants étrangers qui
s'inscrivent chaque année dans les établissements d'enseignement
supérieur français. Fini le temps où il suffisait
d'une inscription universitaire pour venir étudier en France.
"Nous voulons orienter nos efforts pour accueillir les meilleurs
étudiants, les plus motivés, ceux qui ont un projet
d'études de haut niveau", a expliqué le premier
ministre. Ainsi, "la réalité et le sérieux
des projets" des étudiants candidats seront "contrôlés
dès le pays d'origine", grâce à des "centres
pour les études en France" (CEF), à l'image de
ceux qui existe déjà en Chine, au Maghreb, au Sénégal
et au Vietnam.
Enfin, l'asile qui a pourtant déjà fait l'objet d'une
réforme fin 2003, est à nouveau remis en chantier. Dominique
de Villepin a clairement affiché son objectif : "parvenir
à une durée maximale de six mois en incluant la procédure
de recours devant la commission de recours des réfugiés".
Pour ce faire, les préfectures devront désormais, dans
un délai maximum de quinze jours, délivrer ‹ ou
refuser ‹ les autorisations provisoires de séjour permettant
de faire une demande d'asile à l'Ofpra. Mais, surtout, le demandeur
d'asile n'aura plus désormais que quinze jours, au lieu d'un
mois, pour saisir la commission de recours. En outre, l'allocation
d'insertion, rebaptisée dans le projet de loi de finances "allocation
temporaire d'attente" ne sera plus attribuée au demandeur
d'asile qui refuse une proposition d'hébergement.
En annonçant qu'il présiderait à nouveau le CICI
en février, M. de Villepin a voulu bien signifier qu'il garde
la haute main sur une des attributions du ministre de l'intérieur.
Cependant, auditionné en fin d'après-midi par la commission
d'enquête sur l'immigration clandestine du Sénat, Nicolas
Sarkozy a montré qu'il n'entendait pas se laisser damer le
pion. Il a annoncé qu'il entendait en 2006 mettre encore plus
haut la barre, en se fixant pour objectif 25 000 reconduites à
la frontière "effectives", après les 20 000
réalisées en 2005. Et renchérissant sur les mesures
annoncées par le premier ministre, il a proposé de "supprimer
l'acquisition automatique d'un titre de séjour" après
un mariage mixte.
Les "you-you" de Grosdidier
Le député-maire UMP de Woippy (Moselle) François
Grosdidier a provoqué mercredi à l'Assemblée
nationale la colère de la gauche, en posant une question sur
les mariages blancs et en affirmant qu'un "mariage sur deux"
dans sa commune se terminait par "des you-you".
"Ma question ne porte pas sur le racisme anti-blanc",
a commencé M. Grosdidier, mais "dans ma commune lors d'un
mariage sur deux, l'Hôtel de ville résonne des you-you".
Cette affirmation, pendant la séance des questions au gouvernement,
a aussitôt déclenché huées et claquements
de pupitres chez les députés socialistes et communistes
outrés par ces propos. Ils ont ensuite largement couvert la
voix du député, qui tentait d'ajouter que c'était
"de formidables moments de bonheur, des moments de chaleur humaine
que nous partageons avec les familles".
Le député PS Gérard Bapt a dessiné une
croix gammée sur la feuille jaune indiquant le déroulé
de la séance et l'a brandie en direction du député
de Moselle. "Mais pour près d'un mariage sur cinq, il
n'y avait que les futurs époux et les témoins, qui ne
se connaissaient manifestement pas. J'ai vu des époux qui avait
40 ou 50 ans de différence, l'amour ne connaît pas la
différence d'âge mais...", a poursuivi M. Grosdidier
sous les cris de la gauche. Lors de sa réponse, le ministre
Pascal Clément (Justice) a eu toutes les peines du monde à
parler.
Le président du groupe PS Jean-Marc Ayrault est allé
au perchoir pour parler au président Jean-Louis Debré
qui, à la fin de la réponse du ministre, a enjoint l'Assemblée
de "garder la mesure et faire attention à certains propos".
M. Ayrault a en outre fait passer un mot en séance à
Dominique de Villepin.
Le premier secrétaire du PS François Hollande, qui
avait aussi claqué du pupitre et levé les bras au ciel,
a encouragé l'orateur socialiste suivant, Victorin Lurel, à
réagir au nom du groupe. Condamnant "avec véhémence"
l'intervention de M. Grosdidier, M. Lurel a déclaré:
"on ne peut pas accepter de tels dérapages". Le député
UMP avait fait parler de lui, quelques semaines plus tôt, en
s'attaquant aux rappeurs.
Troisième orateur PS, Jean-Yves Le Déaut a lancé:
"Après le Kärcher, après le charter, après
les racailles, M. Grosdidier a manifestement dérapé".
"En stigmatisant en permanence les étrangers, c'est des
Français, comme nous, que nous insultons". Source : AFP,
30 novembre 2005
La fédération noire divise
par Solenn de ROYER, La Croix, 29 novembre 2005
Plus de 60 associations ont lancé, samedi 26 novembre à
Paris, une fédération des associations noires de France,
le Cran.
Y a-t-il une « question noire » en France, comme elle
existe aux États-Unis ? Le regroupement des Noirs de France
dans une fédération visant à défendre
les intérêts de la communauté noire signe-t-il
la faillite du modèle républicain ?
La création, samedi 26 novembre à Paris, du Conseil
représentatif des associations noires (Cran) n'est pas sans
susciter un malaise au sein de la classe politique française.
Si certains ne contestent pas la légitimité de cette
démarche, pourtant clairement communautaire, tous s'accordent
à dire que le Cran traduit la faillite du modèle français
d'intégration.
« Se fédérer à partir de la couleur de
la peau est inquiétant », affirme ainsi le porte-parole
de l'UMP, Luc Chatel, qui appelle toutefois à « repenser
» le modèle français d'intégration. «
Appréhender quelqu'un en tant que membre d'une communauté
plutôt qu'en tant qu'individu va à l'encontre de la devise
d'égalité, qui est au c¦ur de notre modèle
républicain. » Pour le porte-parole du parti majoritaire,
le lancement de la fédération des associations noires
de France est un « signal fort » qui traduit « un
manque de repères » et « un repli sur soi ».
Mêmes réserves de la part du maire (UDF) de Drancy, Jean-
Christophe Lagarde. Pour le député de Seine-Saint-Denis,
la création du Cran n'est « pas une bonne nouvelle ».
« Il n'est pas bon que les gens s'identifient à une communauté,
estime-t-il. Plutôt que d'apporter des réponses, cela
enferme et ghettoïse. »
Le député UMP de Moselle, François Grosdidier,
qui compte 70 % de logements sociaux à Woippy, la commune dont
il est maire, estime au contraire qu'une telle fédération
peut être utile pour « animer le débat public »
et permettre à ses membres « d'exprimer leurs frustrations
», notamment concernant les discriminations. La création
du Cran pose toutefois un certain nombre de questions, insiste le
député. D'abord, observe-t-il, les discriminations ne
touchent pas seulement les Noirs : « Alors pourquoi s'organiser
selon des critères raciaux ? »
Ensuite, poursuit-il, les attentes, y compris mémorielles,
et les difficultés que connaissent les Antillais qui
ont vécu l'esclavage et les Africains qui ont vécu
la colonisation ne sont pas les mêmes. « Le seul
dénominateur commun est la couleur de la peau », dénonce-t-il,
en mettant en garde contre « la logique de victimisation »
et « l'enfermement communautaire ».
Communautarisme. Le mot fait bondir Yves Jégo, député
sarkozyste de Seine-et-Marne. Favorable à la discrimination
positive et aux quotas ethniques, le député UMP se félicite
au contraire de la création de la fédération.
Parce qu'il est sain que « les minorités et tous ceux
qui se sentent exclus s'organisent et s'expriment ». Dans une
moindre mesure, c'est aussi ce que croit le secrétaire national
du PS chargé des questions de société.
«Quel dommage que notre pays n'ait pas
su faire vivre son idéal !»
Pour Malek Boutih, la « question noire » se pose indiscutablement
en France, même si elle recouvre des réalités
différentes selon que l'on est antillais ou africain. «On
a toujours mis en avant les Arabes, jamais les Noirs, constate l'ancien
président de SOS Racisme. Or, ce sont eux qui occupent les
logements insalubres, les emplois les plus ingrats. Les Noirs sont
marginalisés en France.»
Pour Malek Boutih, s'organiser et prendre la parole peut donc être
« une bonne chose », même si le secrétaire
national du PS voit deux écueils à éviter dans
l'avenir du mouvement : promouvoir un discours d'exclusion, voire
de racisme, envers d'autres communautés ; s'enfermer dans un
rôle d'interlocuteur institutionnel des pouvoirs publics.
Pour le maire PS de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, la fondation du Cran
traduit « la faillite d'une certaine représentation du
modèle républicain, tel qu'il a été rêvé
et mythifié », mais qui ne correspond pas à la
réalité. « On agite le chiffon rouge du communautarisme,
dit-il, mais les communautés et les revendications identitaires
existent en France. » Pour l'ancien membre du Haut Conseil à
l'intégration, il n'y a pas de retour en arrière possible.
« Quel dommage que notre pays n'ait pas su faire vivre son idéal
! », conclut-il.
Dans d'autres pays aussi
Louis-Georges Tin, chercheur en sciences humaines à l'université
d'Orléans et membre du Cran (Conseil représentatif des
associations noires), se dit étonné qu'un tel mouvement
n'ait pas été créé plus tôt en France.
« Cela existe dans des pays comparables au nôtre, où
vit une forte population noire : en Allemagne, en Espagne et surtout
en Angleterre où ces mouvements ont bien fait bouger les choses.
Il suffit de regarder comment les minorités sont représentées
dans les médias. »
Pour le chercheur, la France est trop longtemps restée enfermée
dans ses contradictions entre les théories racistes et les
théories antiracistes. « Les premières nous rejettent,
les secondes nous ignorent parce que les races ne sont pas censées
exister. D'où l'invisibilité des Noirs ici. »
La grande référence à laquelle se rattache le
Cran reste cependant, pour Pap Ndiaye, chercheur à l'École
des hautes études en sciences sociales (Ehess), lui aussi membre
du Cran, le NAACP (Association nationale pour l'avancement des personnes
de couleur) américain : « Né en 1909, il a joué
un rôle majeur, notamment pour la naissance du Mouvement pour
les droits civiques », explique-t-il.
Des adeptes du Tabligh arrêtés
dans le centre et l’ouest de la France
Six islamistes présumés, dont un surveillant de prison,
ont été interpellés mardi dans l'ouest et le
centre de la France dans le cadre d'une enquête préliminaire
du parquet de Paris portant sur des mouvements de fonds suspects,
selon des sources proches du dossier.A l'issue des gardes à
vue qui peuvent durer quatre jours, le parquet peut relâcher
les interpellés sans poursuite ou ouvrir une information judiciaire
en vue de les présenter, tout ou partie, à un juge antiterroriste.
Le gardien de prison, en poste à la maison d'arrêt de
Bourges, intéresse particulièrement les enquêteurs
de la Division nationale antiterroriste (DNAT) qui signe avec cette
opération son retour dans les affaires d'islamisme, une volonté
exprimée par Martine Monteil à son arrivée au
printemps à la tête de la direction centrale de la police
judiciaire (DCPJ).
Consécutive à un renseignement de la Direction centrale
des Renseignements généraux (DCRG), l'enquête
préliminaire a été ouverte le 24 mai pour "association
de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et
"non justification de ressources", ce chef concernant le
gardien de prison, 37 ans.
"C'est la première fois que dans une enquête antiterroriste
(...) on traite l'affaire par le biais de l'infraction de non justification
de ressources", explique une source judiciaire.
Selon plusieurs sources, les investigations n'ont pour l'heure pas
mis à jour de projet d'action violente, en France ou à
l'étranger, de la part de ces six Français.
Mais les voyages que "presque tous" auraient effectué
dans des pays "sensibles", notamment le Pakistan et la Bosnie,
peuvent être source d'inquiétude même si le détail
et l'objet exact de ces déplacements est en cours de vérification,
selon une source judiciaire.
Ces adeptes du Tabligh, doctrine fondamentaliste qui ne prône
pas la violence, se connaissent pour avoir fréquenté
la salle de prière al Fath de Bourges, dont l'animateur est
le surveillant.
Selon un de ses fidèles, elle accueille une soixantaine de
tablighs en sous-sol d'un centre commercial. "Nous appartenons
à la mouvance Tabligh. Nous voulons la paix. Des salafistes
ont essayé d'entrer mais on a refusé", assure un
habitué selon qui le surveillant n'est ni "un radical,
ni un intégriste".
Ce dernier devrait avoir à expliquer d'importants mouvements
de fonds sur son compte, sans que ces entrées et sorties de
liquide se justifient par son traitement. Les enquêteurs veulent
comprendre l'usage de cet argent.
Selon une source proche du dossier, certaines des personnes interpellées,
âgées de 27 à 41 ans, se sont faites remarquer
par leur prosélytisme même s'il ne semble "pas s'être
accompagné d'appel à la violence".
Parmi les interpellés figure un homme qui a fait fonction d'aumônier
musulman de la maison d'arrêt de Bourges, activité mal
réglementée dans les prisons françaises.
Ces interpellations surviennent alors que des responsables policiers
mettent régulièrement en garde contre l'action prosélyte
des islamistes radicaux dans les prisons françaises, un sujet
de travail constant des RG.
Dans un récent entretien au Monde, leur directeur central Pascal
Mailhos, a mis en garde contre cet activisme. "C'est là,
en détention, que se tissent effectivement des liens entre
une minorité d'activistes islamistes, soit une centaine de
détenus, et d'autres individus ancrés dans la délinquance,
qui trouvent ou retrouvent le chemin de la religion sous sa forme
radicale".
Source : AFP, 29 novembre 2005
Matignon durcit le contrôle de l'immigration
: tour de vis sur les mariages à l'étranger, l'accueil
des étudiants étrangers et le regroupement familial
Quinze jours après la fin des violences urbaines, le Premier
ministre annonce un net durcissement du contrôle de l'immigration
en France.
Ce tour de vis porte sur les mariages à l'étranger,
l'accueil des étudiants étrangers et le regroupement
familial.
"Le gouvernement agira avec fermeté et sens des responsabilités",
a proclamé Dominique de Villepin dans une brève déclaration
à la presse à l'issue du troisième comité
interministériel sur le contrôle de l'immigration (CICI).
Son entourage avait indiqué lundi que le regroupement familial
- la possibilité pour un travailleur étranger d'être
rejoint par sa famille en France - ne serait pas évoqué
précisément lors de ce CICI et que la réunion
de mardi n'avait aucun lien avec la récente crise des banlieues.
Mais le souhait du président Jacques Chirac de voir le gouvernement
"strict dans l'application des règles", la pression
de la majorité, où certains élus ont établi
un lien direct entre le regroupement familial, la polygamie et les
violences urbaines ont conduit Dominique de Villepin à se prononcer.
"Aujourd'hui, la durée du séjour à l'issue
duquel on peut faire une demande de regroupement familial est d'un
an. Ce délai ne me paraît pas suffisant : deux ans me
paraîtraient plus raisonnables", a-t-il dit, reconnaissant
toutefois que les chiffres d'étrangers admis sur le sol français
au titre du regroupement familial sont "stables depuis plusieurs
années".
Le regroupement familial a concerné 25.000 personnes en 2004.
"L'intégration à notre société, notamment
la maîtrise de la langue française, devrait être
une condition pour faire venir sa famille. En effet, l'avenir du conjoint
et des enfants est engagé, mais aussi celui de la société
tout entière. Nous devons donc être plus vigilants sur
le degré d'intégration du demandeur du regroupement
familial", a précisé le Premier ministre.
"DROITE DÉCOMPLEXÉE"
Dominique de Villepin, qui avait appelé sa majorité
à ne pas céder à la tentation des "amalgames"
et du "bouc émissaire" après la crise des
banlieues, a estimé que les pouvoirs publics devaient également
"être en mesure de vérifier le respect de la loi
qui interdit la polygamie" en France.
Il a dit avoir demandé au ministre de l'Intérieur de
lui remettre ses conclusions sur les questions liées au regroupement
familial en février.
Nicolas Sarközy, candidat déclaré à la présidentielle
de 2007, défend depuis des mois l'idée d'une "droite
décomplexée", notamment vis-à-vis des questions
d'immigration.
Il a fait le pari de ramener en 2007 les cinq millions d'électeurs
du Front national dans le giron de la droite républicaine.
Au prix d'une radicalisation du discours qui lui vaut pour l'instant
le soutien des Français dans les sondages.
Dominique de Villepin a par ailleurs annoncé que le gouvernement
renforcerait le contrôle des mariages à l'étranger
- 34.000 en 2004 hors Union européenne et Suisse - et de l'accueil
des étudiants étrangers.
Le délai à l'issue duquel un étranger qui a fait
un mariage avec un Français peut demander la nationalité
était de deux ans si le couple résidait en France. Il
passe à quatre ans. Il était de trois ans si le couple
ne résidait pas en France. Il passe à cinq ans.
Le gouvernement français souhaite qu'une sélection des
étudiants étrangers s'exerce en amont, avec une extension
de l'expérience des centres pour les études en France
(CEF).
Les étudiants qui seront passés par les CEF se verront
immédiatement attribuer un titre de séjour à
leur arrivée en France, qui souhaite attirer "les meilleurs".
Ceux qui iront au-delà du mastère pourront obtenir à
l'issue de leurs études un visa de six mois pour travailler
ou chercher un emploi en France.
Enfin, l'objectif est de parvenir à une durée maximale
de six mois pour le traitement des demandes d'asile, en réduisant
à 15 jours le délai d'un mois accordé jusqu'ici
aux demandeurs pour déposer un recours devant la commission
des recours.
Dominique de Villepin a souhaité que l'ensemble des mesures
législatives nécessaires - réforme du Code civil
notamment - "puissent être présentées très
rapidement". Les dispositions sur le mariage et le contrôle
des actes d'état civil pourraient être adoptées
à la fin du premier semestre 2006.
Source : Reuters, 29 septembre 2005
Projet anti-terrorisme: Union sacrée
à l’Assemblée nationale
Les députés socialistes ont décidé de
s'abstenir mardi après-midi sur le projet de loi de Nicolas
Sarközy de lutte contre le terrorisme, a annoncé mardi
le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault.
Il s'agit d'"une abstention constructive et responsable",
a expliqué M. Ayrault lors de son point de presse hebdomadaire.
"Nous ne voulons pas entraver la politique du gouvernement"
dans ce domaine, a-t-il poursuivi, en précisant que les députés
socialistes avaient décidé de s'abstenir car "un
certain nombre de leurs amendements n'ont pas été retenus".
"Ce texte n'est ni liberticide, ni attentatoire à l'état
de droit et il est hors de question que nous votions contre",
a-t-il ajouté. M. Ayrault a toutefois regretté que le
gouvernement ait rejeté les propositions socialistes concernant
l'intervention du juge des libertés lors de la prolongation
de la garde à vue, la création d'une commission de contrôle
parlementaire des services secrets.
Selon un participant à la réunion mardi du groupe socialiste,
une dizaine de députés étaient favorables à
un vote positif dont Jean Glavany (Hautes-Pyrénées),
Daniel Vaillant (Paris), Manuel Valls (Essonne), David Habib (Pyrénées-Orientales).
Un seul a préconisé le rejet du texte, Philippe Martin
(Gers).
L'Assemblée nationale doit voter ce mardi vers 17 heures le
projet de Nicolas Sarközy qui renforce le dispositif antiterroriste
concernant la prévention et la répression d'actes terroristes.
Le texte, débattu en urgence, sera ensuite transmis au Sénat,
mi décembre, pour un vote définitif avant la fin de
l'année.
Le projet autorise notamment le développement de la vidéosurveillance,
des contrôles administratifs et prévoit une aggravation
des sanctions pénales.
Fait rare dans l'hémicycle, les débats se sont déroulés,
la semaine dernière, de manière consensuelle entre le
gouvernement, la majorité et le PS, M. Sarközy n'hésitant
pas à saluer le "sens de la responsabilité"
des socialistes, tandis que Daniel Vaillant, son prédécesseur
place Beauvau, appelait les responsables politiques à s'abstenir
de toute polémique.
Source : AFP, 29 novembre 2005
Le "rôle positif" de la colonisation
reste inscrit dans la loi
Les députés ont rejeté par 183 voix contre 94
une proposition de loi socialiste visant à abroger l'article
de la loi de février 2005 sur les rapatriés qui souligne
le "rôle positif" de la présence française
outre-mer, notamment en Afrique du Nord.
Le groupe UMP, qui dispose de la majorité absolue au Palais-Bourbon,
a voté contre l'examen de l'article unique du texte, ce qui
a entraîné le rejet de cette proposition.
Le groupe communiste et républicain, les élus Verts
mais aussi le groupe UDF ont voté avec les socialistes pour
l'examen de cette proposition de loi. Quelques centristes ont toutefois
voté avec l'UMP.
"L'article de loi dont nous demandons l'abrogation est un contre-exemple
éducatif, un anachronisme historique et une faute politique",
a dit Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste. "Il
renoue avec ces temps immémoriaux où l'Etat croyait
fabriquer de bons Français en sommant l'école de leur
enseigner une histoire officielle."
"Au lieu d'unir les Français dans la complexité
de leur histoire, il créé des mémoires séparées,
des mémoires conflictuelles", a-t-il affirmé après
avoir souligné qu'il ne s'agissait "pas de faire repentance".
Comme plusieurs orateurs de l'opposition, il a estimé que cet
article controversé avait contribué à "l'enlisement"
du traité d'amitié franco-algérien.
Jacques Chirac a réitéré lundi à Barcelone
le souhait que Paris et Alger signent ce traité d'ici la fin
de l'année.
"Cet article 4 vise à nier les réalités
du passé et à imposer une révision de l'histoire",
a dit Martine Billard (Verts). "Nous ne pouvons qu'approuver
cette proposition de loi qui abroge un article dictant le sens dans
lequel les historiens se doivent d'écrire l'histoire de la
présence française en Algérie et la façon
dont l'école de la République doit enseigner aux élèves
les bienfaits de la politique coloniale", a dit François
Liberti (communiste et républicain).
"OCCULTER LES MÉFAITS DU COLONIALISME" ?
"Il ne relève pas de la compétence des législateurs
de vouloir gommer les aspects négatifs de la colonisation et
affirmer que le rôle de la présence française
outre-mer puisse être qualifié de globalement positif
sans que les travaux relevant d'une démarche scientifique n'aient
établi ces faits", a dit François Rochebloine,
avant d'annoncer que le groupe UDF était "favorable"
à la proposition de loi socialiste.
"Cet article cherche à rétablir un équilibre
dans la représentation de la colonisation française
en particulier en Algérie", a dit Lionnel Luca (UMP).
"Et surtout à rendre hommage aux combattants de nos territoires
qui ont défendu la France durant toutes les guerres du XXe
siècle", a poursuivi le député des Alpes-Maritimes,
membre du groupe d'amitié de l'Assemblée sur les rapatriés.
"Cet article 4 n'est pas normatif. Il est purement déclaratif.
Il laisse, de ce fait, aux responsables de l'enseignement la mission
d'élaborer les programmes", a pour sa part déclaré
le ministre délégué aux Anciens combattants,
Hamlaoui Mekachera.
"Au nom du gouvernement, je le redis de la façon la plus
nette et la plus ferme: il n'est pas question d'imposer une histoire
officielle", a-t-il affirmé avant d'annoncer que le gouvernement
"s'en tient à ce qui a été débattu
et voté lors des examens dans les assemblées en première
et deuxième lectures".
L'article controversé - article 4 - de la loi de février
souligne "le rôle positif de la présence française
outre-mer, notamment en Afrique du Nord".
Lors de l'examen du projet de loi en faveur des rapatriés,
l'Assemblée avait alors adopté un amendement de Christian
Vanneste (UMP) qui dispose que les programmes scolaires "reconnaissent
en particulier le rôle positif de la présence française,
notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et
aux sacrifices des combattants de l'Armée française
issus de ces territoires la place éminente à laquelle
ils ont droit".
Plusieurs semaines après l'adoption définitive du projet
de loi, des historiens, des leaders de formations de gauche et des
dirigeants d'Etat nord-africains comme le président algérien
Bouteflika, avaient vivement réagi à cette disposition,
affirmant qu'elle revenait "à occulter les méfaits
du colonialisme".
Source : Reuters, 29 novembre 2005
Un résultat des rafles de M. Sarközy
: des sans papiers en grève de la faim au Centre de rétention
de Vincennes
par la Coordination nationale des sans-papiers, 23 novembre 2005
Vingt-six (26) sans papiers ont entamé depuis le 23 novembre
une grève de la faim au centre de rétention de Vincennes.
Dans une lettre adressée « aux autorités françaises
et au chef du centre de rétention de Vincennes », les
26 sans papiers, dont la liste avec nom, prénom, n° de
chambre, nationalité et signature est jointe disent : «
Nous les détenus du centre de rétention de Vincennes
nous vous informons que nous venons d’entamer une grève
de la faim depuis aujourd’hui car nous refusons cette situation
et nous jugeons que nous avons été victimes des derniers
événements ». En effet, le point commun aux grévistes
de la faim de Vincennes est d’avoir été tous arrêtés
lors de contrôles dans le cadre de l’état d’urgence.
Et ils dénoncent le fait que « les autorités françaises
ont profité de cette situation (la révolte des jeunes
dans les quartiers populaires) pour mener une vague d’arrestations
contre les sans papiers ». Refusant d’être «
traités comme de vulgaires bandits » et les « boucs
émissaires d’une politique discriminatoire », les
26 réclament leur « libération, l’annulation
des APRF et la régularisation ».
Il apparaît encore une fois que toutes les occasions sont bonnes
pour M. Sarközy dans sa « politique du chiffre ».
Les rafles de l'été sur réquisitions fourre-tout
du parquet ont eu comme "seul résultat connu (...) le
placement en rétention en vue de leur expulsion de plusieurs
dizaines d'étrangers sans-papiers"(GISTI).L'instauration
de l'état d'urgence est en passe de donner le même résultat.
La fin de l’année est proche, et les « objectifs
chiffrés » du dangereux Sarközy vont continuer de
faire des victimes au niveau des sans papiers.
La « surenchère guerrière » du gouvernement
n’épargnera personne. Les graves atteintes aux droits
des étrangers, les attaques contre les syndicalistes, les travailleurs
en grève de la SNCM, de la RTM, les procès contre les
dirigeants lycéens, les tribunaux qui fonctionnent à
feu continu pour juger et condamner les jeunes des banlieues qui ont
exprimé par leur révolte des problèmes de société
incontournables, les projets de construction de nouveaux centres de
rétention et le renforcement des capacités d’accueil
de ceux existants : tout cela, surmédiatisé, «
légitimé » par des gens bien-pensants, concourre
à la lepénisation des esprits ! M. Le Pen peut se pourlécher
les babines, car tout indique qu’on se dirige à nouveau
droit vers un nouveau « 21 avril 2002 ».
Ne laissons pas faire !
La CNSP appelle toutes les organisations démocratiques à
soutenir les 26 de Vincennes en intervenant massivement auprès
du ministère de l’intérieur et de la Préfecture
de Police de Paris par fax (voir n° de fax ci-dessous).
Paris, le 23 novembre
Le Collège des Délégués
Fax Cabinet du Ministre de l’Intérieur : 01 40 07 28
24 01 40 07 21 09
Fax Cabinet du Préfet de Police : 01 53 71 57 79
Rappel : A l’occasion de la Journée Internationale des
Droits de l’Homme, Manifestation Nationale à Paris, Samedi
10 Décembre à 14 H, de la Place de la République
à Saint-Bernard
Proposition de loi anti-émeute
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée
nationale le 9 novembre 2005.
PROPOSITION DE LOI
anti-émeute,
(Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles,
de la législation et de
l'administration générale de la République, à
défaut de constitution d'une
commission spéciale dans les délais prévus par
les articles 30 et 31 du
Règlement.)
PRÉSENTÉE
par M. Jean-Paul GARRAUD
Député.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames, Messieurs,
Depuis une dizaine de jours, l'autorité de l'Etat est bafouée
dans les
quartiers dits « sensibles ». Le comportement des délinquants
qui s'attaquent
aux personnes et aux biens de simples citoyens est inacceptable.
L'ordre doit donc être rétabli au plus vite.
Je propose donc la mise en place d'une loi donnant aux forces de l'ordre
des
moyens d'actions efficaces contre les bandes organisées qui
sèment la terreur
dans les grandes villes de France.
Face à cette stratégie de la terreur mise en place par
des bandes organisées,
il faut donner les outils juridiques pour lutter contre les meneurs,
les
instigateurs et les participants à ces actions.
Interpeller les auteurs d'actes isolés ne suffit pas pour démanteler
efficacement ces réseaux.
C'est pourquoi, je dépose cette proposition de loi pour incriminer
les
instigateurs et les organisateurs d'actions concertées, menées
à force ouverte,
commises avec violences contre les personnes et les biens.
Cette proposition vise également ceux qui, en connaissance
de cause,
participent activement à des rassemblements conduisant à
des violences, des
voies de fait, des destructions et dégradations, ces actions
ne recevant
actuellement aucune qualification pénale.
En complément de la proposition de loi de Nicolas Dupont-Aignan,
ma proposition
consiste à ajouter un article 412-9 au code pénal sous
le livre IV : Des crimes
et délits contre la Nation, l'Etat et la Paix publique.
PROPOSITION DE LOI
Article unique
Après l'article 412-8 du code pénal, il est inséré
un article 412-9 ainsi
rédigé :
« Art. 412-9. - Lorsque, du fait d'une action concertée,
menée à force ouverte
par un groupe, des violences ou voies de fait auront été
commises contre les
personnes ou que des destructions ou dégradations auront été
causées aux biens,
les instigateurs et les organisateurs de cette action, ainsi que ceux
qui y
auront participé volontairement seront punis, sans préjudice
de l'application
des peines plus fortes prévues par la loi, d'un emprisonnement
de un à cinq
ans.
« Lorsque, du fait d'un rassemblement illicite ou légalement
interdit par
l'autorité administrative, des violences, voies de fait, destructions
ou
dégradations qualifiées crimes ou délits auront
été commises, seront punis :
« 1° Les instigateurs et les organisateurs de ce rassemblement
qui n'auront pas
donné l'ordre de dislocation dès qu'ils auront eu connaissance
de ces
violences, voies de fait, destructions ou dégradations, d'un
emprisonnement de
six mois à trois ans ;
« 2° Ceux qui auront continué à participer
activement à ce rassemblement, après
le commencement et en connaissance des violences, voies de fait, destructions
ou dégradations, d'un emprisonnement de trois mois à
deux ans.
« Seront punis d'un emprisonnement de un à cinq ans ceux
qui se seront
introduits dans un rassemblement, même licite, en vue d'y commettre
ou de faire
commettre par les autres participants des violences, voies de fait,
destructions ou dégradations. Lorsqu'une condamnation est prononcée
en
application de cette disposition, le juge peut décider que
la provocation ainsi
sanctionnée vaut excuse absolutoire pour les instigateurs,
organisateurs et
participants du rassemblement.
« Les personnes reconnues coupables des délits définis
au présent article sont
responsables des dommages corporels ou matériels. Toutefois,
le juge pourra
limiter la réparation à une partie seulement de ces
dommages et fixer la part
imputable à chaque condamné, qu'il pourra dispenser
de la solidarité. »
Source : Assemblée nationale
Encore un mensonge de Sarközy réfuté
Contrairement aux affirmations du ministère de l'intérieur,
la majorité des mineurs qui ont été interpellés
et présentés à des juges lors des violences urbaines,
entre le 29 octobre et le 18 novembre, étaient inconnus des
tribunaux.
Le Monde a enquêté dans les tribunaux de la région
parisienne. Magistrats et éducateurs soulignent qu'ils n'ont
pas eu affaire, au cours des dernières semaines, au lot commun
des mineurs déférés à la justice. La plupart
des 577 mineurs qui ont été présentés
à des juges des enfants étaient des jeunes gens "ordinaires".
Âgés de 16- 17 ans, souvent français, ils ont
obtenu au cours de leurs études des résultats moyens.
La majorité d'entre eux sont
inscrits dans des formations professionnelles, souvent en apprentissage.
118 de ces mineurs ont été placés sous mandat
de dépôt.
Source : Le Monde, 26 novembre 2005
Circulaire Sarközy : une application
a géométrie variable
par le Réseau Éducation sans frontières, 25 novembre
2005. educsansfrontieres@free.fr / www.educationsansfrontieres.org.
Contact sur ce dossier : Richard Moyon 06 12 17 63 81
Il semble que les dispositions de la circulaire du 31 octobre 2005
par lesquelles Monsieur Sarközy demande aux préfet de
suspendre jusqu’à la fin de l’année scolaire
les reconduites à la frontières des jeunes majeurs scolarisés
et des parents d’enfants scolarisés aient bien du mal
à être comprises et appliquées par certaines préfectures.
Depuis la parution de la circulaire ministérielle, plus d’une
douzaine de cas de parents d’enfants scolarisés placés
en rétention ont été signalés au RESF
à Paris et en Eure et Loir, en Moselle (une mère Sri
Lankaise et son fils de 10 ans transportés de Metz au centre
de rétention de Rouen) et celui d’une lycéenne
malgache de Decize (Nièvre) placée au Mesnil-Amelot
(Voir BLIS n°21 sur le site RESF). Aujourd’hui, dans le
Lot et Garonne, c’est un père d’enfants scolarisés
(Monsieur Enbir), et un autre père (Monsieur Abdelouahab) et
son fils Mohamed (majeur) marocains qui ont été mis
en rétention à Bordeaux, la mère et les frères
et sœurs cadets (scolarisés) étant laissés
en liberté « par souci humanitaire ».
A l’exception de ces derniers cas toujours en cours, tous les
autres, adultes, enfants ou jeunes majeurs ont fini par être
libérés grâce à des début de mobilisation
des écoles et aux intervention du réseau auprès
du Cabinet du Ministre. Le Ministère fait donc respecter ses
consignes… pour autant que les parents d’enfants scolarisés
trouvent des relais et que la divulgation de leur situation risque
de prouver l’incapacité du Ministre à se faire
obéir de ses services… ou la duplicité de son
discours.
Ainsi, un certain nombre de préfets s’obstinent à
tenter d’atteindre les records d’expulsions exigés
par M. Sarközy en persistant à interpeller les adultes
ou les jeunes que M. Sarközy dit vouloir épargner provisoirement.
Gymnastique difficile, dont des parents et des enfants font les frais,
en journées ou en semaines d’angoisse, en mauvais traitements,
en humiliations pour ceux qui finissent par être libérés.
Et par un sort pire encore pour ceux dont les préfectures parviennent
à garder l’expulsion secrète. En outre, même
si c’est loin d’être l’essentiel dans ces
affaires, ces pratiques représentent un véritable gâchis
des moyens de l’État. Les crédits gaspillés
dans ces démarches trouveraient, à n’en pas douter,
à s’employer utilement dans d’autres secteurs (aide
sociale, éducation).
Même limités, l’État a pris des engagements.
Ils doivent être tenus, y compris par les Préfets qui
rechigneraient pour plaire au Ministre.
Il faut que dès le stade de la vérification d’identité,
la réalité de la scolarisation des enfants (ou du jeune
majeur lui-même) soit vérifiée par les services
de police et que les scolaires et les parents de scolaires soient
libérés sans délai et sans avoir à subir
toutes les étapes de la garde à vue, les menottes, la
mise en cellule, le transfert et les conditions souvent indignes du
centre de rétention, véritable répétition
générale du sort que leur promet M. Sarközy en
guise de vacances d’été.
On ne peut pas, d’un côté, se parer de préoccupations
humanitaires comme l’a fait M. Sarközy en présentant
sa circulaire et de l’autre condamner à d’éternelles
persécutions ceux dont on prétend soulager (très
temporairement) le sort.
Il faut que des consignes claires soient données au préfectures
et aux services de police.
Immigration familiale et de travail : les
projets du gouvernement
par Carine Fouteau, lesechos.fr, 25 novembre 2005
Le gouvernement, à moyen terme, veut permettre aux étudiants
étrangers en doctorat d'obtenir, à l'issue de leurs
études, une carte de séjour de six mois leur permettant
de chercher un travail en France.
En faisant preuve d'une rare discrétion sur les questions d'immigration,
le PS laisse le champ libre à la droite : après un durcissement
de la législation en novembre 2003, le gouvernement prépare
un nouveau tour de vis. Objectif : réduire, dans un premier
temps, l'immigration familiale, pour ensuite accroître l'immigration
de travail en ciblant les étudiants et les salariés
les plus qualifiés.
Mais, alors que le ministère de l'Intérieur veut aller
vite en proposant une loi à portée large, Matignon et
l'Élysée, doutant de l'intérêt d'en passer
par une loi unique, tentent de tempérer ses ardeurs.
Audition devant le consul
Le Premier ministre présidera mardi le prochain Comité
interministériel de contrôle de l'immigration (Cici)
- alors qu'il l'est habituellement par le ministre de l'Intérieur
-, manière de montrer que c'est lui qui prend les choses en
main. Il n'entend d'ailleurs pas venir les mains vides.
De premières mesures devraient être annoncées
par les différents ministres concernés. Pour essayer
de réduire le flux de l'immigration familiale, le gouvernement
veut accroître les contrôles sur les mariages conclus
à l'étranger. Pascal Clément, le garde des Sceaux,
veut faire précéder ces unions d'une audition devant
le consul qui pourrait faire part de ses éventuelles réserves
au procureur de la République (à Nantes), qui lui-même
aurait le pouvoir de s'y opposer. Si les mariés passaient outre
un refus du procureur, leur union ne pourrait être validée
en France qu'après une procédure devant le juge.
Dans la même veine, Pascal Clément veut réformer
le Code civil pour faire passer de deux ans actuellement à
quatre ans le délai nécessaire au conjoint étranger
pour demander la nationalité française. Pour les couples
n'ayant pas résidé au moins trois ans sur le territoire
depuis leur mariage, ce délai serait de cinq ans, contre trois
aujourd'hui.
Le ministre de l'Outre-mer, François Baroin, devrait, lui,
aborder la situation spécifique de Mayotte, tandis que le ministre
délégué à l'Enseignement supérieur,
François Goulard, entend présenter les expérimentations
de sélection des étudiants étrangers.
Cibler les « haut potentiels »
Sur le marché mondial des qualifications, le gouvernement cherche
en effet les moyens d'attirer les « cerveaux », d'où
le projet de mettre en place un système de carte à point
en fonction des besoins du marché du travail français,
de « l'intérêt du pays d'origine » et de
la maîtrise de la langue française.
Selon nos informations, à moyen terme, les étudiants
de « haut potentiel » (niveau doctorat) pourraient obtenir
à l'issue de leurs études une carte de séjour
de six mois leur permettant de chercher un travail et de s'installer
en France. De même, les cadres à « haut potentiel
» pourraient bénéficier de procédures d'entrée
sur le territoire ainsi que de naturalisation accélérées.
D'autres mesures sont dans les tuyaux : la ministre déléguée
à la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, veut rendre
obligatoire la signature du Contrat d'accueil et d'intégration
- qui comprend une évaluation linguistique - pour obtenir un
titre de séjour, et, a fortiori, la naturalisation. Place Beauvau,
enfin, on travaille à des mesures visant à durcir les
conditions de ressources et de logement pour ouvrir droit au regroupement
familial. Celles-ci devraient être présentées
début janvier.
A un an et demi de la présidentielle, le gouvernement occupe
le terrain, soucieux de ne pas être accusé, en 2007,
de ne rien avoir fait sur l'immigration, comme le PS l'avait été
en 2002 sur la sécurité. Mais ces mesures sont-elles
susceptibles de changer le cours des choses ? C'est évidemment
la grande inconnue. La majorité fait pression comme jamais
sur le gouvernement (surtout depuis la crise des banlieues) pour des
mesures nettement plus radicales, en particulier sur le regroupement
familial et la polygamie.
“Prime d’émeute”
de 300 € pour 22 000 fonctionnaires : sur quels crédits
? Où vont-ils trouver le 6 600 000 € ?
Un calcul simple : 300 X 22 000 = 6 600 000 €. Où vont-ils
trouver les 6 600 000 € ?
Une prime de 300 Euro pour "quelque 22.000 fonctionnaires"
ayant lutté contre les violences urbaines a été
annoncée jeudi par le directeur général de la
police nationale, a-t-on appris de sources syndicales policières
vendredi.
Selon ces sources, cette annonce a été faite jeudi par
Michel Gaudin, le directeur général de la police nationale
(DGPN), lors d'un comité central de la police (CTPN) qui réunit
à parité l'administration policière et les représentants
syndicaux de la police.
Lors de ce CTPN/police, M. Gaudin a de nouveau "tenu à
remercier tous les fonctionnaires de police pour leur implication
dans la gestion des violences urbaines", selon ces même
sources.
Toujours selon ces sources, il a "confirmé" le versement
d'une prime, d'ici la fin de l'année, "de 300 euros pour
environ 22.000 fonctionnaires" ayant participé à
la lutte contre les émeutes urbaines "sans en préciser
les modalités" qui seront, selon M. Gaudin, "finalisées
dans les prochains jours".
Certains syndicats de policiers ont exprimé des interrogations,
se demandant par exemple "sur quels crédits" cette
prime sera prélevée et quel sera le nombre de fonctionnaires
choisis par le DGPN.
Le Syndicat national des officiers de police (SNOP - majoritaire)
a, lors de ce CTPN, "réaffirmé ses inquiétudes
quant à l'attribution de cette prime" et "son attachement
à ce que tous les fonctionnaires concernés par la gestion
des événements précités en soient bénéficiaires",
a précisé vendredi le SNOP à l'AFP.
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarközy avait annoncé
le 17 novembre que le "principe d'une prime" pour les forces
de l'ordre ayant lutté contre les violences urbaines, était
"acquis" en clôturant le congrès statutaire
d'Alliance (1er syndicat de gardiens de la paix).
Source : AFP, 25 novembre 2005
Analyses
Figures du Multiple: La France peut-elle réinventer son identité
?
par Achille Mbembe, Le Messager, Douala (Cameroun), 15 novembre 2005
L’auteur est professeur d’histoire et de science politique
à l’Université du Witwatersrand, Johannesbourg,
Afrique du Sud.
La crise dans les banlieues de France a pour origine la manière
dont la France a historiquement voulu esquiver la question raciale
tout en multipliant, à tous les niveaux de la vie quotidienne,
des pratiques de « racialisation ». Elle révèle
au grand jour l’impasse à laquelle a conduit le refus,
par ce pays, de s’auto-décoloniser. Si la France tient
encore à exercer un minimum d’attraction dans l’imagination
contemporaine, il faudra, très vite, qu’elle en vienne
au fait qu’urgence.
Dans aucun pays, ni la paix civile et l’ordre public, encore
moins le contrat social, n’ont jamais été obtenus
par la répression seule. Ainsi en a-t-il été
de toutes les sociétés postcoloniales en particulier
- catégorie à laquelle appartiennent presque toutes
les démocraties européennes autrefois détentrices
d’un empire colonial.
Les banlieues de France n’échapperont point à
cette règle, en dépit des interpellations et arrestations
massives, des jugements et condamnations à la chaîne,
sur fonds d’exhumation de vieux cadavres dont on n’a cessé
de dire, au cours des dix dernières années notamment,
qu’ils n’ont jamais fait l’objet d’un enterrement
digne de ce nom – un passé esclavagiste et colonial qui
refuse de passer !
Il est désormais clair que la grande victime des événements
récents, c’est la démocratie française,
sa crédibilité et sa respectabilité dans le monde.
De fait, si la France tient encore à exercer un minimum d’attraction
dans l’imagination contemporaine, il faudra, très vite,
qu’elle en vienne au fait qu’urgence il y a effectivement.
Cette urgence, elle est ailleurs : non dans la résurrection
de vieilles lois coloniales datant de la guerre d’Algérie
et décrétant, dans l’Hexagone même, l’état
d’exception en plein XXIe siècle, mais dans le lent et
patient travail par lequel ce pays se forgera une nouvelle identité
à l’âge de la globalisation.
Il faut, en effet, souhaiter qu’une fois un semblant d’ordre
ré-établi, l’on fasse rapidement preuve du courage
nécessaire pour traiter des causes structurelles d’un
problème qui, loin de relever de l’accident, révèle
au grand jour l’impasse à laquelle a conduit le refus,
par ce pays, de s’auto-décoloniser.
Cette crise – on ne l’a pas suffisamment répété
– a pour origine la manière dont la France a historiquement
voulu esquiver la question raciale tout en multipliant, à tous
les niveaux de la vie quotidienne, des pratiques de « racialisation
».
La nouveauté est que « les étrangers » ne
sont plus les seules cibles privilégiées de ces pratiques.
De plus en plus, celles-ci s’appliquent également à
ceux des citoyens français les plus vulnérables et,
surtout, les plus ethniquement typés et stigmatisés.
À travers les émeutes récentes, la France paie
donc le salaire de la double taxe qu’elle n’a cessé
d’imposer à ces secteurs de la population : la taxe de
la « classe » et la taxe de la « race ».
Par-devers les problèmes sociaux réels que pose la vie
dans les banlieues, la question raciale constitue le sous-sol de «
l’insurrection des invisibles» à laquelle on vient
d’assister. Comme on le voit bien à travers l’état
d’exception qui pèse désormais sur certaines cités,
la « race » est également au fondement des dispositifs
visant à réprimer cette « révolte des sans-parts
» que nous avons, dans un bel élan d’unanimisme,
vite fait de criminaliser. Ne se satisfaisant plus de ne se manifester
que souterrainement, dans l’Inconscient, la Bête a surgi,
brutalement, au grand jour, corrompant au passage le droit, la loi
et la justice, et s’ouvrant des chemins qui laisseront, pendant
longtemps, d’indélébiles scarifications sur la
peau et le visage même de cette nation.
Auto-collision
Si l’auto-collision a été si spectaculaire et
à bien des égards si comique, c’est parce que
la France s’est fait, finalement, prendre au piège de
sa propre hypocrisie. Après tant d’années d’arrogance
et de mauvaise foi, elle est soudain rattrapée par un passé
dont elle a voulu nier sa part de responsabilité et dont elle
n’a guère su, par conséquent, guérir les
blessures alors qu’elle en avait largement les moyens. Sur le
plan intellectuel, le drame – ou faut-il dire la farce - est
d’autant plus grave que pendant longtemps, ce pays a refusé
de se doter des outils conceptuels qui lui auraient permis d’analyser
adéquatement ce qui lui arrive.
Comment expliquer, par exemple, l’hostilité des élites
bien pensantes et leur mépris à l’égard
des « études postcoloniales » ou de la «
critique de la race » - deux paradigmes dont on connaît
les limites, mais qui ont, ailleurs, puissamment contribué
à l’approfondissement de la réflexion sur la citoyenneté
et l’altérité ? C’est que, depuis longtemps
déjà, les élites et l’intelligentsia françaises
ont choisi de ne se baigner désormais que dans les eaux du
narcissisme et de « l’exception culturelle » au
moment même où le monde s’élargissait à
leur insu, tandis qu’elles passaient leur temps à proclamer
bruyamment une version de l’universalisme trop belle pour être
vraie - anachronique.
Du coup, elles n’ont pas compris qu’au lendemain de l’effondrement
des empires coloniaux et, récemment, du communisme, le grand
défi des démocraties européennes de surcroît
exposées aux flux de la globalisation est désormais
la négociation politique et symbolique des différences
raciales et religieuses. Une fois le spectre du communisme vaincu,
la reconnaissance explicite du pluralisme religieux, racial et culturel
né de la rencontre coloniale devient un préalable à
l’invention des nouvelles identités nationales.
Chaque nation est désormais transnationale et diasporique.
Le creuset dans lequel se forge la nation se trouve désormais
autant à l’intérieur qu’à l’extérieur
de ses frontières territoriales. L’ailleurs, le lointain
et l’ici se rejoignent. À cause de ce déplacement,
poser le problème de cette identité nouvelle en termes
d’ « intégration » ne signifie plus grand-chose.
Le passage au cosmopolitisme devient une nécessité si
l’on veut transcender les nouvelles fractures nées de
l’enchevêtrement des histoires sur la longue durée.
En France au cours des dix dernières années, le délire
et les fantasmes autour de l’Islam et du « communautarisme
» n’ont-ils pas eu pour effet de brouiller les termes
de cette discussion et de déférer chaque fois la venue
au réel ?
Faute de concepts adéquats pour analyser ce qui lui arrive,
la France se braque donc. Ce faisant, elle dévoile l’énorme
handicap culturel dont elle souffre et qui fait qu’elle ne comprend
pas que l’implosion, en prime time, de ses banlieues discrédite
internationalement son discours sur l’intégration sociale
tout en aiguisant le faible attrait qu’accusait déjà
son modèle de citoyenneté et de démocratie sur
l’imagination contemporaine.
Les causes de ce handicap culturel sont trop nombreuses pour faire,
ici, l’objet d’un examen approfondi. Qu’il suffise
d’indiquer qu’elles tiennent, pour l’essentiel,
au blocage épistémique qu’a fini par constituer,
dans ce pays, l’idéologie du républicanisme laïc.
Révolutionnaire à ses origines, cette idéologie
s’est malheureusement transformée en une sorte de religion
sans Livre ni théologie – à la manière
de tous les fondamentalismes. Certes, il ne s’agit pas ici de
revenir sur la séparation de l’Église et de l’État
– principe dont on sait par ailleurs qu’il a toujours
caché (et continue de cacher) parfois de bien utiles collusions.
Mais devant l’ampleur de l’échec, comment ne pas
s’étonner qu’un pays si cultivé et regorgeant
de tant de cerveaux manifeste tant d’incapacité à
comprendre que le concept abstrait d’égalité radicale
peut paradoxalement servir de voile derrière lequel se cache
le racisme d’État ?
La société française, dans son ensemble, serait-elle
donc frappée de cécité au point de ne pas voir
le danger que représente, pour sa démocratie, son système
politique aussi bien que pour son aura, l’utilisation des «
étrangers » comme victimes expiatoires d’une «
souveraineté nationale » désormais placée
hors-les-mains de la nation et rongée aussi bien par le processus
d’européisation que par la globalisation néo-libérale
?
Est-il donc si compliqué que cela de comprendre que «
le problème social » ne se réduit pas aux seules
différences et inégalités de « classe »
? Ou encore que l’horizon tracé par la république
– à savoir l’égalité sociale radicale
– passe également par la reconnaissance et la dignité,
et par la prise au sérieux de « la question de la race
» tout autant que celle de la « différence sexuée
» ?
Symptôme et refoulement
Toute aussi profonde est la puissance du déni. Nombreux sont
ceux des Français qui refusent de reconnaître que la
majorité des émeutiers sont nés sur le territoire
français - qu’ils sont de nationalité française.
Nombreux également sont ceux qui estiment que ces « fils
d’immigrés » n’apportent rien à la
nation : ils jouissent peut-être de la « nationalité
française », mais ils ne sont pas, véritablement,
des « citoyens français » au même titre que
nous. On pourrait, à la limite, tolérer leur présence
au milieu de nous. Mais en tout état de cause, ils ne sont
manifestement pas des nôtres. Peu importe que la plupart n’aient
jamais mis les pieds en Algérie, au Maroc, au Sénégal,
au Mali ou en Guinée ! Ce qui compte vraiment, ce sont les
origines, la race et la religion de leurs parents et grands-parents.
Telles sont les marques originaires de leur identité profonde
– ce qui les distingue de nous autres.
Voici comment, embourbé dans les rêts du refoulement,
le débat français sur la démocratie et la citoyenneté
a fini par être vidé de sens. Aujourd’hui, il est
dominé par des considérations sur l’autochtonie
et l’allochtonie. Le discours sur ce que, depuis plusieurs années,
l’on appelle ici le « communautarisme » apparaît,
du coup, sous son vrai jour. Loin de désigner une réalité
objective, ce discours est avant tout la manifestation de pulsions
et de peurs elles-mêmes nourries à la source d’un
inconscient dont la « race » est l’obscur symptôme.
Que le symptôme ait pris une telle chair, un tel corps et une
telle densité au sortir de la guerre froide et, à présent,
dans le contexte de « la fabrique de la peur » que sont
la globalisation, l’européisation et la guerre contre
le terrorisme – cela ne devrait guère étonner.
Depuis plusieurs années, ne fait-on pas croire aux Français
qu’après les guerres de religion et les guerres révolutionnaires
d’autrefois, le pays serait au bord d’une nouvelle guerre
civile ? Celle-ci opposerait désormais les « autochtones
» (gens-d’ici) aux « allogènes » (gens
certes implantés ici, mais venus-d’ailleurs). Puisque
ces gens-venus-d’ailleurs ont une couleur de peau différente
de la nôtre, parlent occasionnellement des langues que nous
ne comprenons pas et louent des divinités qui nous sont étrangères,
la nouvelle guerre civile serait à la fois une guerre des races,
une guerre des langues et une guerre de religions.
Une simple analyse de classe n’est pas de nature à rendre
compte de passions aussi obscures et de fantasmes si profondément
enracinés dans la culture populaire. Certes, ce qui se passe
dans les banlieues a une très forte dimension « sociale
». Le chômage n’est-il pas endémique ? «
Sur les 100 CV que j’ai envoyés, j’ai eu trois
entretiens », entend-on dire souvent. Marginalité et
précarité sont le lot de beaucoup. Il en est de même
de l’échec scolaire, de cette prison qu’est devenu
l’environnement urbain lui-même, de cet espace carcéral
que sont les tours grises – l’absence de loisirs, la diminution
de l’espérance de vie. Il ne suffira pourtant pas de
s’attaquer aux conditions matérielles de ceux qui habitent
les cités pour que le malaise soit résolu.
Dans un acte de refoulement collectif, l’opinion publique, les
médias et le gouvernement préfèrent parler de
« violences urbaines » alors que la « race »
est une dimension centrale de ces « émeutes ».
En fait, elles se situent en droite ligne des expériences des
ghettos nord-américains depuis le milieu du XXe siècle,
des quartiers pauvres d’Angleterre dans les années soixante-dix
et quatre-vingt, ou encore des townships sud-africains pendant la
période de la lutte contre l’apartheid.
La fabrique de la race et l’apparition des « sans-parts
»
Dans chacun de ces cas, la ségrégation spatiale et urbaine
ainsi que la discrimination à l’embauche constituaient,
en eux-mêmes, des facteurs structurants de la fabrique de la
race. Loin de relever de l’accident, le racisme d’État
était devenu, en soi, une machine de production des inégalités.
La production des inégalités allait chaque fois de pair
avec l’infliction, aux victimes du racisme, de blessures psychiques
considérables.
Chaque fois qu’ils prennent eux-mêmes la parole pour décrire
leurs vies calcinées, c’est un constat relativement similaire
que font les jeunes émeutiers des cités françaises
: la discrimination scolaire, l’absence de reconnaissance et
de respect, le harcèlement permanent des forces de police,
la surveillance généralisée, le travail au faciès
(dévalué, répétitif, précaire,
mal payé lorsqu’on en trouve), l’ennui au pied
des tours grises, l’état de siège mental et physique,
bref, la galère. Pour qui prend intérêt à
leurs productions culturelles, c’est la même antienne
qu’ils ne cessent de répéter depuis les années
quatre-vingt, que ce soit dans le rap ou le hip-hop, la poésie
ou la chanson.
Il est tout à fait significatif que dans ces récits,
une place centrale soit accordée aux contrôles policiers.
« On n’a pas les mots pour exprimer ce qu’on ressent
», dit l’un d’entre eux. « Aujourd’hui,
j’ai été contrôlé deux fois, raconte
un autre. Les flics m’ont plaqué au sol en me plantant
un flash-ball [arme de poing à balles en caoutchouc] dans la
gueule et m’ont insulté ».
Des nombreuses descriptions faites par les jeunes, il apparaît
clairement que les violences policières ne sont pas seulement
physiques. Parce qu’elles ont quelque chose à voir avec
la race de ceux qui les subissent, elles finissent chaque fois par
causer à leurs victimes de profondes blessures psychiques.
Dans le vocabulaire des jeunes, c’est ce que signifie notamment
la notion d’ « insulte ».
On aurait tort de sous-estimer la colère que nourrissent et
qu’entretiennent les brimades quotidiennes et les violences
policières dans les cités. La police française,
tout comme bien des secteurs de l’administration territoriale
(préfets), différents niveaux de la représentation
démocratique (municipalités, conseils régionaux,
Parlement, partis politiques), voire des pans entiers de la vie publique
(presse écrite, télévision, publicité)
et des institutions académiques, sont monocolores.
Comme autrefois dans les États-Unis de la période de
la ségrégation raciale, les minorités raciales
ne sont visibles que dans les sports (football, boxe et athlétisme
notamment ). Et comme en Afrique du Sud sous l’apartheid, la
répression des émeutes récentes a essentiellement
été le fait de policiers blancs pourchassant des gamins
de couleur, procédant à leur arrestation avant de les
envoyer devant un système judiciaire totalement blanc qui les
condamnera à des peines de prison. Ils purgeront leurs peines
dans des institutions carcérales dont les gardiens sont presque
tous blancs.
D’aucuns objecteront qu’en dépit de tout ceci,
les banlieues de France n’ont que peu de similarités
avec les ghettos nord-américains et les townships sud-africains.
Sans doute. Le racisme d’État à la française
s’est, en effet, toujours exprimé sous des formes très
originales. De ses nombreux âges, une chronologie sommaire permet
de distinguer quatre moments tantôt superposés, tantôt
enchevêtrés, et parfois distincts.
Le premier âge se donne à voir au cours d’une très
longue période qui combine la Traite des nègres (le
Code noir) et l’antisémitisme européen. Au cours
de cet âge, l’Autre est considéré soit comme
une « propriété » dont on peut disposer
à loisir, à la manière d’un objet, soit,
simplement, comme un « rebut ». Cet âge se clôt
avec, d’un côté, les grandes révoltes et
insurrections des esclaves (cas de Saint Domingue) et, de l’autre,
les ghettos et pogroms, l’Émancipation des Juifs, et,
à peine la citoyenneté acquise, les rafles des innocents
et l’apparition des camps de concentration.
Le deuxième âge est typique de l’impérialisme
colonial et se joue autour d’un système d’inclusion
sélective caractérisé par l’opposition
entre le citoyen et le sujet/indigène. C’est l’époque
des Codes de l’Indigénat, avec leur segmentation et hiérarchisation
des droits, la ségrégation spatiale et l’établissement
de frontières instituant des différences entre les personnes
en fonction de la couleur de leur peau ou encore de leur niveau d’«
assimilation. «
C’est aussi l’époque au cours de laquelle, appliqué
aux indigènes, le droit cesse d’être l’_expression
d’une éthique universelle pour devenir une forme de violence
originaire. Grâce à l’interpénétration
croissante des institutions pénales et administratives, la
loi se transforme en un moyen de continuation, par d’autres
moyens et au sein de la société, des processus d’assujettissement
inaugurés par les guerres de conquête et les opérations
dites de « pacification ».
Le troisième âge du racisme d’État à
la française commence avec le rapatriement des colons d’Algérie
et, à partir de 1973, l’accélération des
migrations autour du Bassin méditerranéen. C’est
la période du racisme fonctionnel, quasi-souterrain, presqu’invisible,
marqué ici et là par quelques éruptions. Au cours
de cette période, l’on assiste à la mise en place
progressive de dispositifs de contrôle dont les effets discriminatoires
touchent en particulier ceux que l’on nomme alors « les
travailleurs immigrés ». Ces effets ne se limitent pas
au marché du travail. En fait, ils annoncent en pointillés
le régime d’apartheid social dont les banlieues sont,
aujourd’hui, l’_expression la plus manifeste.
Le quatrième âge – celui de la globalisation –
coïncide avec l’apparition de la figure de l’étranger
sur la scène du fantasme. On peut également le caractériser
comme l’âge du ressentiment. Le « Le Pénisme
» - dont la surface électorale sur l’échiquier
français est l’une des plus importantes de toutes les
démocraties européennes - en est la traduction la plus
vulgaire.
Il est utile de s’appesantir sur cette nouvelle phase du racisme
d’État parce qu’elle permet de comprendre ce qui
se passe aujourd’hui.
À partir des années 1980 en effet, la France rentre
inexorablement dans un climat de violence culturelle et de ressentiment
à l’égard de l’étranger que l’on
présente déjà, à cette époque,
comme un problème social insoluble par nature. Afin de répondre
au ressentiment des subalternes, l’on voit se développer,
à partir de ce moment, une série de législations
visant à rendre intolérable la vie des migrants en France.
Ces législations visent à les affaiblir autant que possible,
à les harceler en permanence, à les humilier chaque
fois que cela est possible, et à les plonger le plus tôt
possible dans une précarité de nature structurelle.
Il est fort significatif que, depuis 1980, les deux principales sources
du droit français concernant les étrangers soient, d’un
côté, les lois qui s’appliquaient aux Juifs avant
leur Émancipation et, de l’autre, celles qui étaient
appliquées aux indigènes des colonies au temps de l’Empire.
Pour fonder le droit contre les étrangers au cours du dernier
quart du vingtième siècle, la République puise
donc dans ses propres « archives de la honte ». Elle met
en place des techniques de gouvernement des étrangers dont
l’objectif est de dépouiller ces derniers de tout droit,
grâce précisément à l’édiction
de lois dont la fonction est d’annuler le droit et d’assurer
l’extra-territorialisation.
L’on se trouve donc devant le paradoxe d’un régime
démocratique qui, sur sa face diurne, prétend assurer
la justice, la sécurité et la liberté mais qui,
sur son versant nocturne, opère par suspension dérogatoire
du droit et recours constant aux techniques coloniales de juridiction,
de contrôle et de punition. Il s’agit d’une démocratie
qui, ayant procédé à une segmentation du droit,
s’accommode fort bien de sphères d’exception.
Le grand basculement de ce début de siècle, c’est
l’extension, aux citoyens français non-blancs, des ignobles
traitements infligés autrefois aux sujets coloniaux et, de
nos jours, aux migrants, aux réfugiés et à ceux
que l’on nomme, simplement, « les étrangers ».
Comme autrefois en Afrique du Sud sous l’apartheid, l’idée
est de fractionner davantage les antagonismes de classe en transformant
en sujets expiatoires une classe d’ « intrus » et
de gens « sans-parts » (Rancière) que l’on
cherche à rejeter du côté négatif de la
frontière de l’humanité.
En réalité cela fait plus d’un quart de siècle
que la banlieue a été transformée en nouvelle
colonie pénale. La ségrégation spatiale aidant,
la loi d’exception s’exerce désormais ici sur des
citoyens internés depuis longtemps déjà. C’est
ce qui explique la limitation systématique des libertés
- à commencer par la liberté de se déplacer,
la multiplication des contrôles et des fouilles sur le corps,
les entraves à la vie familiale, les artifices de confinement
dans les tours, la discrimination quasi-institutionnelle sur le marché
du travail même pour les plus qualifiés. L’obligation
du port permanent d’un document sur soi rappelle, à bien
des égards, le pass sud-africain, le livret de travail du temps
de l’apartheid, ou encore les méthodes israéliennes
des check points en Palestine. Le ghetto racial a donc été
inventé et activement produit. Il n’a jamais été
spontané.
Imaginer l’au-delà de la race
Faut-il rappeler qu’à chacun des âges sommairement
décrits plus haut, les luttes pour la reconnaissance, l’égalité
et la dignité ont pris des formes différentes ? Que
l’on pense par exemple aux luttes des années de la Négritude.
En fait, dès 1920, une génération de penseurs
et d’écrivains noirs radicaux développent déjà,
en France même, une critique de la citoyenneté républicaine
et dévoilent les impasses de l’idéologie de l’intégration
qui, à l’époque, est déclinée sous
le terme d’ « assimilation ».
Ils démontrent, par exemple, que la citoyenneté universelle
et l’égalité radicale ne sauraient faire ménage
avec la pratique du racisme d’État. Ce faisant, ils mettent
à nu la contradiction au cœur de l’idéal
civique français depuis la Révolution. Cette contradiction
prend une forme singulière dans la mesure où, affirment-ils,
le nationalisme français (c’est-à-dire, en dernière
instance, une certaine idée de la race et de l’ethnie)
se drape des oripeaux de la liberté, de l’égalité
et de la fraternité pour mieux masquer sa violence à
l’égard des colonisés. En d’autres termes,
la France doit faire de ses sujets coloniaux des citoyens français
tout court, ou à défaut, leur restituer leur souveraineté.
Les penseurs de la Négritude, à l’exemple de Léopold
Senghor ou d’Aimé Césaire, et, plus tard, Édouard
Glissant, enrichiront cette critique politique de la démocratie
et de la citoyenneté en faisant valoir que l’universalité
consiste avant tout en la mise en commun et le partage des différences.
Ce partage est total puisque chez Senghor par exemple, il a une composante
biologique et culturelle de laquelle résulte le métissage.
Glissant parlera, lui, de créolité. Toujours est-il
qu’au-delà des différences d’inflexion,
les penseurs nègres de l’époque montreront en
quoi il est possible que, de la rencontre entre la France et les peuples
lointains, résulte une forme d’humanisme critique où
le souci de soi est inséparable du souci de l’autre et
du souci du monde dans sa généralité.
Tous indiquent clairement que la république pourrait se renouveler
et la France se forger une nouvelle culture et une nouvelle identité
en se pensant désormais comme ce pays dont la particularité
est de réunir, en son sein, les différentes facettes
du monde en un tout. Chez tous ces penseurs, la migration, voire la
colonisation, font l’objet d’une transfiguration. Elles
deviennent, en quelque sorte, cet « heureux péché
» grâce auquel « le rendez-vous du donner et du
recevoir » devient possible, tandis que l’horizon utopique
de la « Civilisation de l’universel » pour la première
fois dans l’histoire humaine, enfin s’ouvre.
Ce sont donc les voies d’un passage au cosmopolitisme que les
penseurs nègres de l’époque ouvrent pour la France.
Ils lui offrent, dès le début du vingtième siècle,
les outils intellectuels pour assumer sa condition postcoloniale.
Ils lui proposent de transfigurer une mémoire et un passé
de violence en nouveau souci pour l’Autre et pour le monde –
manière d’enrichir son propre legs révolutionnaire
et de parvenir à l’idée d’un universalisme
sage et raisonnable parce que capable de négocier la différence
et de célébrer l’unité du genre humain
dans la multiplicité des figures de l’homme.
La République ne les écoutera. Au contraire, elle appliquera
un modèle d’intégration en droit fil de son idéologie
jacobine. Comme on le voit aujourd’hui, ce modèle repose
sur un inconscient modelé par la peur de l’Autre et par
un vieux fonds d’intolérance religieuse. C’est
en partie ce qui explique la grève des migrants contre le racisme
en 1973, l’émergence du mouvement SOS-Racisme dans les
années quatre-vingt ou encore du mouvement des Beurs, les luttes
des sans-papiers des années quatre-vingt-dix.
Il faut donc replacer la question de la race au cœur de la production
de la démocratie et de la réflexion sur la citoyenneté
française. Pour être crédible, le projet d’égalité
radicale doit, chaque fois, être conscient de sa contingence.
Il ne peut être ni arithmétique, ni géométrique.
La race, couplée à la pauvreté et au chômage,
finit par créer une classe de « sans parts », c’est-à-dire
de pseudo-citoyens qui, à cause de leur race, sont non seulement
exclus des mécanismes distributifs, mais encore à qui
l’on refuse reconnaissance, dignité et respect. Ce que
les émeutes récentes permettent d’interrompre,
c’est la fausse certitude selon laquelle la démocratie
française serait donnée une fois pour toutes, et la
présence de citoyens européens non-blancs temporaire
sur le sol d’Europe.
Comment forger une nouvelle identité
Depuis le début des années quatre-vingt, une nouvelle
phase du racisme d’État s’est ouverte dans le contexte
de la globalisation, de la mise en place de l’Union européenne,
et surtout de la guerre contre le terrorisme. Dans ce contexte, le
risque pour les banlieues est de devenir l’une des cibles privilégiées
des populismes autoritaires dont on a noté la montée
en puissance dans toutes les démocraties européennes
au cours du dernier quart du XXe siècle.
La stratégie de ces populismes est d’exacerber la peur
d’un ennemi imaginaire dans l’espoir de re-légitimer
la violence d’État contre les plus vulnérables
en particulier. En inventant de toute pièce un ennemi et en
faisant de la peur de cet ennemi la pierre d’angle de la vie
quotidienne et de la culture, on cherche à légitimer
le rôle de la puissance publique en tant que pourvoyeur de la
protection et de la sécurité. Cette protection et cette
sécurité s’obtiennent en échange de l’abdication
à penser pour soi, de façon critique, l’obéissance
aveugle à la figure du Père devenant de ce fait le socle
même du patriotisme.
On l’a vu aux États-Unis : pour les couches les plus
démunies de la population et surtout pour les minorités
raciales désavantagées, cela signifie le passage «
de l’État social à l’État pénal
», ainsi que rappelle fort à propos Josep Ramoneda, éditorialiste
au quotidien espagnol El Pais. Il n’est d’ailleurs pas
exclu qu’apparaissent bientôt en France, sous le couvert
de l’opposition à « l’assistanat »
et derrière le masque du discours sur les devoirs, obligations
et responsabilités individuelles, des propositions visant à
démanteler les « filets sociaux » qui, jusqu’à
présent, ont permis à plusieurs de ne pas tomber dans
l’indigence tout court. Comme aux États-Unis, l’amalgame
entre indigence et délinquance, puis délinquance et
insécurité permet de criminaliser toute une partie de
la population et de « racialiser » des problèmes
sociaux que l’on peut ensuite présenter comme ne pouvant
être résolus que par l’institution carcérale.
Ainsi s’explique, au demeurant, la présence disproportionnée
des minorités raciales dans les prisons américaines.
Dans ce contexte, le gouvernement français est confronté
à deux choix. Le premier consiste à radicaliser la répression
policière et pénale dans les directions que je viens
d’esquisser, en la couplant à des formes de punition
économique appliquées de préférence aux
minorités raciales.
Le deuxième est d’embrasser politiquement le caractère
désormais pluri-culturel, pluri-racial et pluri-religieux de
la nation et d’ouvrir ainsi la voie vers une société
véritablement cosmopolite, qui se définit explicitement
comme telle, et qui cherche à traduire cet idéal dans
ses institutions, ses politiques et sa culture.
Plus d’un demi-siècle après la tentative d’extermination
des Juifs sur le sol européen, il s’agirait pour la France
et pour l’Europe de faire faire un saut qualitatif supplémentaire
à l’idée démocratique, de compléter
les idéaux des Lumières en négociant l’assimilation
réciproque des peuples, des religions et des races mis en mouvement
par l’esclavage, la rencontre coloniale et la globalisation.
Mais pour bâtir une nation conviviale, symbole d’une véritable
« cité universelle », il faut que soit mis fin
à la crise de la mal-représentation qui frappe toutes
les institutions de la vie publique française (partis politiques,
représentations nationale et municipale, police, armée,
administration territoriale, universités). La même remarque
s’applique aux institutions de la société civile.
Ceci suppose également que soit mis en place un programme intelligent
de discrimination positive qui, sans épouser une politique
des quotas pure et simple, ne s’applique pas non plus sur des
critères exclusivement raciaux. Un tel programme devrait être
limité dans le temps et toucherait des domaines aussi variés
que l’accès à la petite propriété,
la scolarité, les loisirs, la mise en place de zones de développement
économique prioritaire assortie d’avantages fiscaux pour
les entreprises qui accepteraient de s’implanter dans ces lieux.
Bien qu’elle soit susceptible d’être manipulée
à des fins politico-idéologiques, la question de l’ordre
et de la sécurité dans les banlieues est réelle.
Comme on l’a vu ailleurs, pauvreté et criminalité
vont de pair, notamment là où de profondes inégalités
séparent ceux qui n’ont rien à