14/08/04
- Un Dossier Quibla
La commémoration du 60ème anniversaire du débarquement allié en
Provence, les 14 et 15 août 2004, est l'occasion pour la France de rendre
hommage aux troupes coloniales, ces oubliés de l'histoire. Les "bougnoules" ont
libéré la France. Rappeler cette vérité historique,
c'est non seulement faire oeuvre de mémoire, mais aussi contribuer à rétablir
la justice pour les populations issues de cette tragique histoire coloniale et
qui sont aujourd'hui victimes de discriminations inacceptables, dans un pays
que leurs ancêtres ont contribué à libérer. Quibla
publie donc un dossier sur cet aspect trop longtemps méconnu de l'histoire.
Un dossier puisé dans la presse mondiale, notamment ouest-africaine et
maghrébine.
17/08/04
- Tirailleurs africains - 60ème anniversaire du
débarquement de Provence : Chirac oublie les pensions
« En 1944, des jeunes de 18, 20, 25 ans se sont jetés sur les plages
de Provence pour que la France regagne la liberté et la démocratie » rappelle
le ministre français délégué aux anciens combattants.
Sénégalais, Africains d'Afrique occidentale et équatoriale,
Tunisiens, Mauritaniens, Marocains ou Algériens qui « sacrifièrent
leur vie » sous le drapeau français. A l'époque, ils étaient
plus de 170 000 dans cette armée d'Afrique, soit 40% de l'effectif total.
Entre 1942 et 1945, 40 000 furent tués, 72 000 blessés.
En signe d'hommage, le ministre souhaitait que les 14 et 15 août, les Provençaux « tendent
la main » et « disent merci » aux vétérans du
débarquement de Provence. Lancé le 15 août 1944, dix semaines
après celui de Normandie, il a associé des centaines de milliers
de soldats français, qu'ils fussent de métropole ou de l'Empire,
américains et britanniques. Paris dit souhaiter « marquer avec éclat » ce
60ème anniversaire. Un geste qui n'efface pas l'injustice vécue
par les anciens combattants d'Afrique et du Maghreb, dont les pensions, malgré une
récente revalorisation, restent bien inférieures à celles
de leurs frères d'armes français.
Reconnaissance
paradoxale
Ces témoignages de reconnaissance ne sauraient occulter l'injustice
qui fait d'eux, depuis des décennies, des soldats de seconde catégorie.
Le 26 décembre 1959, à l'aube des indépendances, la loi
dite de cristallisation » gèle les pensions des militaires des
anciennes colonies françaises. Depuis, l'écart n'a cessé de
se creuser entre eux et leurs frères d'armes français. Aujourd'hui,
alors que la retraite annuelle du combattant s'élève en France à 417
euros, elle est divisée par deux pour un ancien combattant de Djibouti,
par quatre pour un Sénégalais et par douze pour un Marocain. « Une
discrimination indigne d'un pays qui se veut la patrie des Droits de l'homme »,
déplore le colonel Pierre Bovy, vice-président délégué de
l'Union fédérale des associations françaises d'anciens
combattants.
La plus haute juridiction administrative française qualifie alors l'inégalité de
traitement entre anciens soldats français et étrangers de « discrimination
fondée sur la nationalité ».
Le
silence de Chirac
Le président français, Jacques Chirac, a conféré, "à titre
exceptionnel", la Croix de la Légion d'honneur à Alger,
la capitale algérienne, négligeant de faire mention du problème
des pensions, dans un discours à l'occasion du 60ème anniversaire
du débarquement de Toulon.
" C'est à Alger, siège des institutions de la France combattante,
que se reconstituaient, sur l'autre rive de la Méditerranée, face à la
métropole occupée, les armes de la France", a déclaré le
chef de l'Etat français, ajoutant que "ce rôle crucial et singulier
méritait d'être reconnu".
Le chef de l'Etat français n'a pas abordé l'épineux problème
de la "cristallisation" des pensions des anciens combattants africains,
noyant par ailleurs la participation africaine dans la libération de
la France dans un hommage général malgré la présence
d'une quinzaine de ses homologues subsahariens à la cérémonie,
avant d'assister, avec ses pairs, à un défilé aérien, à une
revue navale et à une démonstration de la patrouille de France.
Au cours de la cérémonie de commémoration à laquelle
assistaient des officiels européens et américains, une vingtaine
d'anciens combattants ont été faits chevalier de la légion
d'honneur. Jacques Chirac a procédé à la décoration
de 18 vétérans africains subsahariens et maghrébins. dont
ceux du Sénégal.
Pensions
revues, à peine corrigées
Il a fallu attendre 2004 pour que Paris consente à revaloriser les pensions
et les retraites des Tirailleurs, Tabors, Spahis et autres Goumiers deŠ 20
%.
Un minimum, corrigé à la hausse par la parité entre le
pouvoir d'achat français et celui du pays concerné, certains
ayant-droit se voyant augmenter de plus de 150 %. Certes, cette mesure est
accompagnée d'un rattrapage du manque à gagner des quatre années
précédentes. Mais la hausse reste dérisoire, quand on
l'applique à des sommes jusqu'à 10 ou 12 fois inférieures
aux pensions françaises. Au Sénégal, cela fait Š 15
euros de plus par mois.
50
000 résistent encore
Les anciens combattants, les associations ont décidé de ne pas
en rester là. Des plaintes sont en cours d'examen, de nouvelles actions
sont envisagées. Les commémorations en Provence étaient
l'occasion d'attirer l'attention sur le sort de ces quelque 50 000 soldats
encore en vie qui, après avoir résisté et survécu
aux boucheries d'une génération de l'armée allemande,
semblent bien décidés à résister à l'absurdité pour
dire le moins de plusieurs générations de l'administration
française.
Source : Sud Quotidien, 16 août 2004
Assieds-toi
Tirailleur, voici une place
par Saphie Ly, Sud Quotidien, Dakar, 16 août 2004
L'Afrique aime ses enfants. Nous le savons. Même si elle les aime de
cet amour qui ne fera peut-être jamais rêver au cinéma,
parce qu'il ne met en scène ni élans de tendresse langoureux,
ni effusions passionnées, ni professions de foi qui flattent l'ego et
la psyché. Non, l'Afrique aime ses enfants de cet amour digne et intransigeant
qui les oblige à toujours se surpasser, toujours sacrifier au devoir,
toujours donner à la collectivité. Toujours donner, rarement
recevoir pour soi-même, jamais demander. Oui, l'Afrique aime ses enfants
de cet amour inutilement tyrannique, simplement humain et respectueux de l'humain.
De cet amour qu'on dit suranné, démodé et que l'on ne
chante dans une convention de l'après-guerre. Et pourtant, l'Afrique
a malmené ses enfants, sans le savoir, en les jetant, il y a 60 ans,
une fois encore, dans un champ de bataille pour que, après cette bataille,
des conventions interdisent qu'il y ait d'autres batailles. Jamais. Que l'étendard
ne soit jamais plus ensanglanté. Ni en France, ni à Navarre,
ni à Dakar.
Ô cette mère qui ne savait que jamais la bataille ne cesserait.
Ou qu'il faudrait rester sur le champ de bataille. Ô cette ironie, la bataille
de Soixante ans était une bataille pour rester un soldat, batailler pour
le gagner le droit d'avoir bataillé. Ferrailler aussi fort, courir aussi
vite, clamer la liberté de la France aussi haut que les soldats nés
en Provence. 170 000 arrachés à la sincérité de la
mère-patrie, 42 000 tombés. 50 000 résistants. Résistants
de la sale guerre, de la Grande guerre du Tirailleur : celle de la discrimination.
Celle de l'amnésie. 60 ans d'une douleur d'autant plus grande certainement
que rien ni personne, dans la maison patrie d'Afrique ne partageait votre douleur
et votre solitude.
Ailleurs, la Grande guerre est dans les rues, égrenant des stèles
commémoratives, avec, gravés dans la pierre, les noms des milliers
de soldats tombés au champ de bataille. Des listes par ordre chronologique
de décès ou par ordre alphabétique. Jamais par ordre hiérarchique.
Au champ d'honneur, il n'y a pas de hiérarchie. Devant la mort, il n'y
a pas de hiérarchie, tous doivent figurer, égaux, sur la stèle.
Devant la loi, nulle hiérarchie, tous ont droit à une pension
qui reconnaît qu'à travail égal, salaire égal. Surtout
si le travail a été délivré dans le même
champ spatio-temporel, dans les mêmes conditions. Mais pour cela, il
faut des stèles. Et l'histoire nous apprend qu'en France, ce sont les
communes, pétries de douleur et percluses de pertes, qui se sont attelées à ce
travail. A chaque terroir ses morts. A chaque terroir sa mémoire. A
chaque terroir, sa bataille contre l'ingratitude. Il y a même la tombe
du soldat inconnu. Mais du soldat d'ailleurs, il n'y a aucune stèle.
Et Dieu, n'avez-vous donc vécu que pour voir, un jour, 60 ans plus tard,
que les seuls lauriers jamais brandis ne le seraient qu'à Athènes.
A Athènes. Loin, loin, plus loin que les « Dardarel*» d'où les
plus malchanceux d'entre vous sont revenus, en y laissant la raison ou un bras,
tant les batailles y furent âpres.
Pour les 50 000 d'entre vous qui restez, un mince fil aujourd'hui. Là où vous
débarquiez d'un train pour embarquer dans un bateau, pour un destin
qui inspira sûrement le film Highlander, dont le héros, McLeod
est condamné à survivre au travers de l'Eternité, pour
combattre, génération, après génération,
l'injustice. Malgré sa lassitude.
Aujourd'hui, quand la lassitude vous gagnera entre deux batailles, la Place
du 23 août permettra enfin de rappeler que la mère patrie n'avait
pas su comment protéger. Que la mère dit enfin son regret de
n'avoir pas griffé pour garder ses enfants chez elle. Alors au Sénégal,
et peut-être ailleurs, l'Afrique dit, assieds-toi Tirailleur, cette belle
place de la ville est la place du village que tu as quittée avant d'avoir
l'âge d'y siéger. Maintenant, Tirailleur, c'est ta Place. Tes
petits-enfants ont besoin d'entendre ton histoire de ta bouche. Assieds-toi
et repose ton âme Tirailleur.
*
Dardanelles
Tirailleurs sénégalais
par Saphie Ly, Sud Quotidien, avec Pana et Rfi, 16 août 2004
Les « tirailleurs sénégalais » étaient à l'honneur
ce week end. En France parce que l'ancienne puissance coloniale a entamé une
série de commémoration des dates marquantes et fondatrices du
mythe fédérateur de la libération. Après le 60ème
anniversaire du débarquement de Normandie où les vétérans
américains, canadiens et britanniques ont été honorés,
c'est au tour du débarquement de débarquement de Toulon où la
moitié des effectifs de l'armée française étaient
des tirailleurs sénégalais. C'était le 15 août 1944,
durant la Seconde Guerre mondiale.
Hier, dimanche 14 août 2004, peu de tirailleurs survivants pour participer à la
cérémonie. Les officiels de 20 pays d'Afrique ont assisté à la
cérémonie à bord du porte-avions Charles De Gaulle près
de Toulon. Me Abdoulaye Wade, invité officiellement à cet évènement
par les autorités françaises au même titre que 19 de ses
homologues africains et plusieurs dizaines de vétérans 200
desŠ 170 000 qui avaient été réquisitionnés
de force -, s'y est rendu pour prendre part aux festivités. A la veille
de son départ, pourtant, il tentait de payer aux tirailleurs une dette
dont la France s'acquitte encore mal.
Les
tirailleurs africains : un rôle historique
Créés par décret sous Napoléon III, les régiments
de soldats coloniaux d'Afrique ont participé massivement aux deux grandes
guerres du 20e siècle et ont largement contribué à la
victoire des Alliés en 1945.
Une
des caractéristiques des grands conflits européens
du dernier siècle commémorés en France ce
mois d'août a été la participation massive
aux combats des soldats issus des pays colonisés. Les
effectifs des contingents africains (Algériens, Marocains,
Tunisiens, Malgaches et tirailleurs africains confondus) qui
ont combattu aux côtés des Français s'élevaient à quelque
416 000 hommes pendant la Grande Guerre et à près
de 500 000 en 1939-1945. Malgré les rigueurs climatiques,
les maladies et l'attitude des états-majors qui les assignaient
systématiquement à des corvées subalternes,
ces soldats ont joué un rôle décisif dans
la victoire de la France en 1918 et ont contribué à la
libération en 1944-45. Comme le rappellent les historiens,
la France n'aurait probablement pas pu l'emporter avec ses seules
forces, ni en 14-18, ni en 39-45.
Et
l'Empire créa les tirailleurs
L'empire colonial français n'aurait sans doute pas existé non
plus sans les troupes noires qui ont participé à toutes les opérations
de conquête de territoires menées par la République tout
au long du 19e siècle en Afrique et à Madagascar. Elles ont remplacé progressivement
les soldats européens de base qui résistaient mal aux conditions
climatiques tropicales. Dès 1820, les recruteurs militaires engagèrent
des Africains comme « laptots » (marins) et soldats. Il s'agissait
pour la plupart de captifs que les autorités françaises avaient
rachetés à leurs maîtres et dont le temps de service était
considéré comme un remboursement. Le décret créant
formellement « au Sénégal un corps d'infanterie indigène
sous la dénomination de tirailleurs sénégalais » date
du 21 juillet 1857 et fut signé par Napoléon III. Ces soldats
qui venaient de toute l'Afrique noire étaient souvent des « volontaires
forcés », désignés par les chefs de villages qui
se débarrassaient ainsi des gêneurs de toute nature. Leurs effectifs
n'ont cessé d'augmenter ; ils sont passés de 1 000 en 1867 à 15
000 hommes en 1913.
Cette dépendance croissante à l'égard des bataillons d'Afrique
n'a pas pour autant conduit le gouvernement français à inclure
l'Afrique dans l'appel à la mobilisation à la veille de la guerre
en 1914. A l'époque, l'état-major était profondément
divisé sur l'utilisation des troupes noires pour la défense ou
la reconquête du territoire métropolitain. Certains pensaient,
comme le colonel Mangin, que l'Afrique était un formidable réservoir
de soldats pour la métropole. Par ailleurs, l'Afrique n'avait-elle pas
une dette de sang envers la France, comme on pouvait le lire en 1909 sous la
plume du ministre des colonies de l'époque Adolphe Massimy : « L'Afrique
nous a coûté des monceaux d'or, des milliers de soldats et des
flots de sang. Mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure » ?
Une
véritable chasse aux recrues
Les cadres coloniaux comme Mangin avaient en face d'eux des spécialistes
militaires franchement sceptiques quant à l'efficacité de l'emploi
de troupes coloniales sur les fronts européens. Mais ces réserves
furent balayées par les énormes besoins en hommes de cette guerre
totale. Dès 1916, une véritable chasse aux recrues est mise en
place pour combler les rangs vides. La direction des territoires coloniaux
fit pression sur les chefs de village, organisant de véritables rafles.
Des révoltes éclatèrent ici et là. La France de
Clemenceau envoya le Sénégalais Blaise Diagne en 1917 pour convaincre
la jeunesse de l'Afrique noire de s'enrôler massivement pour sauver la
métropole en danger.
La France établit la conscription obligatoire dans les colonies dès
1919 et appelle de nouveau l'Afrique à la rescousse dès l'imminence
d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne. Au cours de la décisive bataille
de France, en mai et juin 1940, 10 000 soldats noirs furent tués et
7 500 sur 11 000 moururent dans les camps de prisonniers de guerre. Les prisonniers
africains, gradés et simples soldats, étaient sommairement exécutés
par les Allemands.
Est-ce pour affirmer que la France restait essentiellement une nation européenne
et qu'elle était libérée d'abord par les Français
que de Gaulle décidera en 1944, au lendemain du débarquement
de l'armée française en Provence et à la surprise générale,
de démobiliser 20 000 tirailleurs ? Ce « blanchissement » des
Forces Françaises Libres ne peut nullement déposséder
l'Afrique du rôle historique qu'elle a joué dans cette guerre.
Les
souvenirs du tirailleur Bambara
Deux anciens combattants burkinabè ont pris l'avion mercredi soir à Ouagadougou
pour Paris. Leur destination finale est Toulon. Ils font partie des rares anciens
tirailleurs à avoir « la chance » de retrouver la France
qu'ils ont contribué à libérer il y a 60 ans. Ambiance
avant le départ chez l'un des deux.
Pour Christophe Bambara, ce mois d'août 2004 n'annonçait rien
d'exceptionnel. C'est la pleine saison agricole à Garango, son village
situé à 200 km de Ouagadougou, dans le sud-est du Burkina. Depuis
sa démobilisation de l'armée française en 1956, son programme à cette
période de l'année se limite à l'entretien de ses champs.
Pour le vieux Bambara comme pour la plupart des anciens tirailleurs sénégalais
encore vivants, les souvenirs de la deuxième guerre mondiale sont lointains.
Le 60e anniversaire du débarquement de 1944 célébré cette
année l'était tout autant. Du moins jusqu'au jour où il
a reçu un message de l'ambassade de France à Ouagadougou l'invitant à participer à Toulon
aux cérémonies officielles.
Quinze
ans sous le drapeau français
Le vieux soldat a du mal à le croire. Lui Christophe Bambara, invité par
la République française à venir en France pour être
décoré de la Légion d'honneur personnellement par le président
français Jacques Chirac? C'est l'arrivée chez lui de l'équipe
de reportage de RFI qui achèvera de le convaincre qu'il n'a pas rêvé.
Aussitôt ressurgissent les vieux souvenirs des 15 années passées
sous le drapeau français. « J'ai été incorporé le
20 décembre 1941 à Tenkodogo », se souvient-il en nous
présentant son carnet militaire. « Je ne sais pas lire mais vous
pouvez vérifier », ajoute-il avec assurance. Sur les pages jaunies,
on lit l'embarquement à Oran, les débarquements en Corse et en
Provence, la guerre d'Indochine, celle de l'Algérie, etc. Une carrière
bien remplie pour cet ancien soldat de première classe qui s'est battu
sur tous les fronts avec l'armée française dans les années
40 et 50.
Une
pension de 50 000 CFA par trimestre à partager entre
neuf femmes
Les nombreuses médailles fièrement agrafées à la
poitrine sont une autre preuve des états de service du soldat Bambara.
Il n'a pas non plus oublié son chéchia rouge qu'il portait dans
l'armée. Troué par endroits sans doute par le poids de l'âge,
ce chéchia symbolise à ses yeux, par dessus tout, toute la vie
d'ancien tirailleur. « On me l'a donné le jour de mon incorporation »,
précise t-il.
Mais au delà des symboles, Christophe Bambara reste préoccupé par
la question des pensions aux anciens combattants. « Ca ne suffit pas.
Je gagne 50 000 CFA [environ 75 euros] par trimestre. Comment les partager
entre mes neuf femmes. Je veux donc demander à Chirac d'augmenter la
pension de tous les anciens combattants, africains comme européens »,
a lancé avec fracas le vieux Bambara dans un toast improvisé lors
d'une réception chez l'ambassadeur de France.
Les
mannes des ancêtres pour seul viatique
Patriarche et chef de canton de Garango, Christophe Bambara n'a pas donné de
grande fête pour son départ pour la France. Seuls quelques proches
se sont rassemblés sous les deux baobabs géants qui se dressent à l'entrée
de sa cour dans le vieux quartier. « La fête, ce sera au retour.
Pour le moment, il me faut demander aux mannes des ancêtres de me protéger
et me ramener en paix comme ils l'ont fait quand j'ai combattu en France, en
Indochine et en Algérie », explique l'ancien combattant.
Avant de quitter les siens, il a consulté tous les gris-gris et fait
le tour de la vaste concession pour s'incliner devant la tombe de tous ses
prédécesseurs. Il s'attarde devant la petite case qui sert de
mausolée au fondateur de Garango, fait des incantations dans la langue
locale (bissa) avant d'y pénétrer pour une brève prière. « C'est
le pouvoir de cet ancêtre qui m'a permis de revenir sain et sauf dans
mon village en 1956 après mes quinze ans dans l'armée française.
Je compte encore sur lui pour ce voyage », affirme Christophe Bambara.
14/08/04
- Combien de tirailleurs ? Combien de morts ?
« Les débarquements de Provence et de Normandie, puis la campagne
de France de la 1ère Armée, sont menés à 50% par
des troupes africaines (125 000 hommes sur un effectif total de 250 000). Les
seuls tirailleurs nord-africains déplorent 14 000 tués et 42 000
blessés en 1944-45. Au total, entre 1939 et 1945, 200 000 tirailleurs
d'Afrique noire et de Madagascar et 320 000 tirailleurs maghrébins se
sont battus pour défendre la France, chiffres auxquels il faut ajouter
les effectifs restés sur place. Au total, les pertes des colonisés
mobilisés sont aujourd'hui estimées, selon les sources, entre 80
000 et 120 000 morts. »
Eric Deroo, l'histoire méconnue des tirailleurs, in Un livre noir du
colonialisme "Souvenirs sur la colonisation" de Félicien Challaye, éd.
les nuits rouges, 2003.
Quels
enjeux ? " Anvil-Dragoon", le Débarquement
des oubliés - La
lente constitution de l'"armée B" - La
France honore les oubliés du débarquement de Provence
par Yves Bordenave, Le Monde - L'absence
de M. Bush - Que
s'est-il passé en août 1944 ? 15 août
1944, 3 h 50, l'opération "Anvil-Dragoon" commence par
Yves Bordenave, Le Monde
Du
côté des oubliés
1
- Les goumiers marocains
- Ces Goumiers qui ont libéré la France par Abdelhakim HAMDANE,
Aujourd'hui Le Maroc
- Abdelhadi
Ben Rahalat, l'amertume d'un ancien "goumier" marocain
2
- Les tirailleurs algériens
- De Ben Bella à Bouteflika
- L'hommage
de la France aux oubliés de l'Histoire
3
- Les Tunisiens aussi
4
- Les tirailleurs sénégalais
-
Et si la France rendait justice aux tirailleurs africains par
Birama Touré, Le Reflet, Bamako
-
Des anciens combattants "payés comme des immigrés"
-
Deux Burkinabés médaillés de la légion
d'honneur française
-
Diabé Sow
: des tranchées de la seconde guerre mondiale aux périmètres
irrigués de la Vallée par Aboubacar Demba Cissokho,
Agence de presse sénégalaise, 13
août 2004
Quels
enjeux ?
" Anvil-Dragoon", le Débarquement des oubliés
Le 18 juin 1940, lançant son appel à poursuivre le combat, Charles
de Gaulle rappelait que la France n'était pas seule, qu'elle avait un
Empire derrière elle... Le 15 août 1944, en Provence, sur les
286.000 hommes qui débarquèrent sous le drapeau français,
environ 50.000 venaient des colonies -Sénégal, Maroc, Algérie,
Afrique Equatoriale Française et Afrique Occidentale Française.
L'armée d'Afrique.
Les divisions d'infanterie, composées d'Algériens et d'autres
Africains ont ouvert, dès le 15, une tête de pont sur la côte
méditerranéenne, du cap Cavalaire à Agay. Toulon fut libérée
le 27 août, avec dix jours d'avance sur le calendrier prévu. Et
c'est la 3ème division d'infanterie algérienne qui libéra
Marseille, 12 jours seulement après le débarquement.
Si la France leur rend hommage 60 ans après, l'histoire a longtemps été amère
pour ces "oubliés", soldats de seconde zone. L'épisode
de Thiaroye (Sénégal) est le plus sinistre: démobilisés à leur
retour d'Europe et des camps allemands, des tirailleurs sénégalais,
rassemblés au camp de Thiaroye seront massacrés par l'armée
française le 1er décembre 1944, après s'être soulevés
pour réclamer leurs arriérés de soldes.
Puis, en 1959, à l'heure où l'Empire se disloque, Paris décide
la "cristallisation" des pensions des anciens combattants africains,
pour cause de processus d'indépendance. Le processus de "décristallisation" est
entamé en 2000, sur plainte d'un ancien combattant, Amadou Diop, et
le gel partiellement comblé en 2004, la France revalorisant les pensions.
Mais qui restent encore bien à la traîne par rapport à celles
des anciens combattants français.
Source : AP, 13 août 2004
La
France honore les oubliés du débarquement de Provence
par Yves Bordenave, Le Monde, 14 août 2004
Au cours des cérémonies du 60e anniversaire, dimanche 15 août, à Toulon,
Jacques Chirac devrait rendre hommage aux anciens combattants originaires d'Afrique
de l'Ouest et du Maghreb qui ont participé à la libération
du pays en 1944. Seize chefs d'Etat sont attendus.
Ce matin-là , la mer était d'huile au large des côtes varoises.
Le 15 août 1944, à 8 heures, les premières troupes américaines,
britanniques et françaises se sont ruées simultanément
sur les plages de Pampelonne, de Saint-Tropez, de Cavalaire, de Sainte-Maxime
et de Saint-Raphaël.
Le débarquement de Provence venait de commencer. Il allait conduire à la
libération de Toulon le 27 août, et à celle de Marseille
le lendemain.
Vingt-deux pays, anciennes colonies de l'Afrique francophone comprises, participèrent à l'opération "Anvil-Dragoon" (enclume-dragon).
Plus de 100 000 ressortissants des pays d'Afrique du Nord et d'Afrique-Occidentale,
placés alors sous le régime de l'empire colonial français,
fournirent l'essentiel des 230 000 soldats de l'armée d'Afrique, commandée
par le général de Lattre de Tassigny.
Soixante ans après, combien en reste-t-il ? Les organisateurs de la
commémoration assurent avoir eu bien du mal à retrouver les 300
vétérans africains qui seront présents ce week-end pour
commémorer cette épopée.
Aux morts sous la mitraille se sont ajoutés ceux tombés dans
l'oubli. Nombre de ces soldats qu'on appelait alors les "indigènes" vivent
dans des villages reculés de la brousse ou des flancs de l'Atlas. A
cette difficulté géographique s'ajoute la réalité impitoyable
de la statistique : en Afrique, les hommes meurent jeunes.
En cette journée d'anniversaire, c'est leur mémoire et leur participation à la
victoire contre le nazisme que le chef de l'Etat devait célébrer,
dimanche 15 août, dans la rade de Toulon, à bord du porte-avions
Charles-de-Gaulle. En point d'orgue de cette commémoration, vingt-trois
vétérans, représentant les pays engagés dans l'opération "Anvil-Dragoon",
recevront la médaille de chevalier de la Légion d'honneur des
mains du chef de l'Etat, à l'issue du défilé naval prévu
dans l'après-midi de dimanche.
L'absence
de M. Bush
Rendez-vous de la mémoire, la commémoration du deuxième
débarquement sur le sol français sera aussi un rendez-vous diplomatique.
Seize chefs d'Etat africains ont été invités. Pour la
première fois depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962,
un président algérien, Abdelaziz Bouteflika, honorera ces festivités.
L'annonce de sa venue a déclenché une polémique : une
soixantaine de députés de l'UMP s'étaient émus
de cette invitation, accusant M. Bouteflika d'avoir "ignoré et
bafoué la mémoire des harkis et des rapatriés". Le
ministre des affaires étrangères, Michel Barnier, leur a répondu
qu'il "est légitime que le président algérien, comme
les autres chefs d'Etat concernés par cette page de notre histoire,
soit convié à cette commémoration".
Plus explicite encore, le ministre délégué aux anciens
combattants, Hamlaoui Mekachera, a déclaré qu'il ne fallait pas "gâcher" l'amitié franco-algérienne. "Chaque
chose doit rester à sa place, a-t-il souligné jeudi 12 août
sur RTL. Il y a cet événement, cette page d'histoire très
importante écrite avec certains pays d'Afrique et du Maghreb, ce 15
août 1944 ; et puis il y a des événements postérieurs à cette
date."
Le président tunisien Ben Ali et le roi du Maroc Mohammed VI seront également
présents. Seul l'Ivoirien Laurent Gbagbo, dont les relations avec la
France sont actuellement tendues, a choisi de bouder ces festivités.
Le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Gabonais Omar Bongo, tous deux retenus
en raison des célébrations du 44e anniversaire de l'indépendance
de leur pays, se sont excusés.
A la différence des cérémonies du 6 juin en Normandie
pour le 60e anniversaire du débarquement des troupes alliées
sur les côtes du Cotentin, la reine d'Angleterre, Elisabeth II, et le
président des Etats-Unis, George Bush, ont décliné l'invitation.
Ils ont mandaté leurs ministres aux anciens combattants : Ivor Caplin
pour la Grande-Bretagne, et Daniel Lewis-Cooper pour les Etats-Unis.
Des membres du gouvernement français seront également présents
tout au long des cérémonies qui se tiendront dans plusieurs localités
varoises. Samedi 14 août, Hubert Falco, maire de Toulon et ministre délégué aux
personnes âgées, remettra à La Motte-Le Muy une décoration à neuf
vétérans britanniques. La ministre de la défense, Michèle
Alliot-Marie, décorera, à Draguignan, neuf vétérans
américains. Et le lendemain, la ministre de l'outre-mer, Brigitte Girardin,
honorera quatre-vingts vétérans étrangers et français.
Que
s'est-il passé en août 1944 ?
15 août 1944, 3 h 50, l'opération "Anvil-Dragoon" commence
par Yves Bordenave, Le Monde, 14 août 1944
Cette fois , les résistants n'ont plus de doute. Radio-Londres diffuse
enfin le message tant attendu : "Le chef est affamé." Nous
sommes le 14 août 1944. Il est un peu plus de 20 heures et, dans quelques
heures, la douceur de l'été provençal sera rompue par
le vacarme de bombes. L'opération "Anvil-Dragoon" commence
dans la nuit claire du 14 au 15 août peu après minuit.
Avant les premières lueurs de l'aube, des commandos s'emparent de quelques
positions avancées allemandes. Les rangers de la First Special Service
Force US du colonel Walker neutralisent les batteries ennemies déployées
sur les îles d'Hyères, à l'est de Toulon. Au même
moment, sur la terre ferme, le premier groupe des commandos d'Afrique, dirigé par
le lieutenant-colonel Bouvet, accoste près du cap Nègre.
Près de 500 navires de guerre ont mis le cap sur le continent. Peu avant
8 heures, dans la matinée du 15 août, cette formidable armada
approche au plus près de la côte, le long d'une ligne de 70 kilomètres
entre Hyères et Cannes.
Partie dès le 10 août des ports méditerranéens de
Tarente, Palerme, Naples et Oran, cette flotte a convergé au large de
la Corse, où elle s'est réunie le 14 août. Pour tromper
la vigilance de l'ennemi, elle s'est ensuite dirigée vers le port de
Gênes, en Italie, avant de dévier sa route en direction du littoral
varois.
Pendant cette même nuit, 5 000 parachutistes sont largués par
400 avions et planeurs partis de Rome, qui a été libérée
le 4 juin par une partie des troupes qui s'apprêtent à débarquer
sur le sol français. A 3 h 50, dans la matinée du 15 août,
l'aviation bombarde la zone où surgiront, quelques heures plus tard,
les combattants embarqués à bord des barges qui ont déjà servi
le 6 juin 1944, sur les plages de Normandie.
Le 15 août 1944, à 7 h 50 précises, les premières
vagues d'assaut des 36e, 3e, 45e divisions américaines et la 1re division
blindée française déferlent sur les plages. Les bombardements
ont cessé quelques minutes auparavant, et les avions ont regagné leur
base. La mer d'huile et l'absence de vent ont facilité le succès
de l'entreprise.
L'amiral Jean-Paul Turc, alors enseigne de vaisseau à bord du Georges-Leygues,
l'un des croiseurs ayant participé aux opérations, se souvient
: "Au petit matin du 15 août, nous sommes devant la plage de la
Nartelle, à l'entrée du golfe de Saint-Tropez. Après un
déluge de bombes et d'obus des bâtiments, à 8 heures, un
silence brutal, et les engins de débarquement se présentent sur
les plages."
L'opération "Anvil-Dragoon", placée sous le commandement
du général Patch, à la tête de la 7e armée
américaine, dispose d'une force de plus de 500 000 hommes, dont 230
000 Français appartenant à l'armée d'Afrique. Ces troupes
françaises, baptisées Armée B avant de devenir quelques
semaines plus tard l'armée Rhin-et-Danube, ont été recrutées
en Afrique du Nord, en Afrique occidentale et parmi des anciens prisonniers
ayant réussi à s'évader.
Près de 120 000 de ces soldats, que la hiérarchie militaire appelle "les
indigènes", sont originaires des colonies. Commandée par
le général de Lattre de Tassigny, cette armée est la première à participer,
sous les couleurs françaises, à une opération d'envergure
menée par les Alliés.
A bord du navire amiral de la flotte britannique, Winston Churchill assiste
au déroulement des opérations. Moins de deux mois auparavant,
le 28 juin, le premier ministre britannique a tenté, une dernière
fois, de faire annuler ce débarquement. Décidé en août
1943, à la conférence de Québec, il devait être
mené de concert avec celui de Normandie. Mais des problèmes de
matériel ont contraint l'état-major à les disjoindre.
Depuis, Churchill considère qu'"Anvil" n'a plus de sens, et
prêche une autre stratégie : celle d'une percée des troupes
déployées sur le front d'Italie vers les Balkans afin de prendre
en tenaille l'armée allemande en Europe centrale et d'arriver à Berlin
avant les Soviétiques. Il s'oppose notamment à de Gaulle, qui
menace de retirer les divisions françaises du front italien si l'opération "Anvil" est
abandonnée.
Il n'aura pas à mettre sa menace à exécution, car ni le
président américain, Franklin Roosevelt, ni le général
américain Eisenhower, commandant des forces alliées en Europe,
ne souhaitent suivre Churchill.
Au final, l'opération est une totale réussite. Dans un laps de
temps beaucoup plus rapide que prévu, les villes de Toulon et de Marseille
sont libérées, respectivement les 27 et 28 août. L'armée
allemande est affaiblie par le manque de troupes et par la décision
tardive de Hitler d'envoyer la 11e division Panzer en renfort.
De leur côté, une fois leur mission accomplie en Provence, les
forces alliées remonteront la vallée du Rhône et rejoindront
le 12 septembre, à Montbard, au c¦ur de la Bourgogne, les troupes
du 6 juin.
Bibliographie : Le Débarquement en Provence, de Philippe Lamarque (Ed.
Le Cherche-Midi) ; 6 juin 1944, de Jean-Pierre Azéma, Philippe Burrin
et Robert O. Paxton (Ed. Perrin/ Mémorial de Caen) ; La Revue officielle
de l'Association des anciens élèves de l'Ecole navale.
La
lente constitution de l'"armée B"
Janvier 1941
. Appel du général de Gaulle pour la formation d'une force militaire,
chargée d'assurer une présence française aux côtés
des Alliés. C'est ainsi que se constitue la Brigade française
d'Orient, qui devient en avril 1941 la 1re division française libre(1re
DFL).
8 novembre 1942
Plus de 72 000 hommes, anglais et américains, débarquent près
d'Alger et d'Oran et sur les côtes marocaines. C'est grâce au matériel
acheminé lors de cette "opération Torch" que la future "armée
B" va pouvoir s'équiper.
11 novembre 1942
L'armée allemande franchit la zone de démarcation entre la France
occupée et la France libre et contrôle entièrement le territoire.
Le maréchal Pétain ne réagit pas. Certains des officiers
de l'armée française partent alors pour l'Afrique du Nord afin
de rejoindre la 1re DFL.
Mai 1943
La 1re DFL remporte la campagne de Tunisie aux côtés des Alliés.
26 décembre 1943
Le général De Lattre de Tassigny reçoit le commandement
de la 2e armée des mains du général Giraud, commandant
en chef de l'Afrique française et rival de De Gaulle.
23 janvier 1944
La 2e armée, alors forte de 256 000 hommes, prend le nom d'"armée
B".
Mars 1944
La 1re DFL achève sa réorganisation en Tunisie afin de préparer
la campagne d'Italie, aux côtés des Alliés.
16 août 1944
De Lattre de Tassigny débarque en Provence à la tête de
ses troupes.
Du
côté des oubliés
1 - Les goumiers marocains
Ces Goumiers qui ont libéré la France
par Abdelhakim HAMDANE, Aujourd'hui Le Maroc, 13
août
2004
Le 15 août 1944, ils étaient des dizaines de milliers, originaires
du Maghreb et d'Afrique, à avoir débarqué sur les plages
du Midi. Objectif : libérer la France du joug du nazisme, une dizaine
de semaines après le Débarquement en Normandie des alliées. À la
tête du 2e Corps français, une armée essentiellement composée
de troupes issues des pays africains, le général de Lattre de
Tassigny posa pied dans les baies de Cavalaire et Saint-Tropez. L'assaut lancé à travers
l'opération « Anvil Dragoon » avait mobilisé quelque
300.000 soldats.
Afin de rendre un hommage à la mesure de l'engagement, du courage et
de la détermination de ces combattants venus d'ailleurs et qui, au prix
de leur vie, ont permis à la France de renouer avec la liberté,
800 manifestations sont organisées à travers tout le territoire
français, dans l'optique de donner toute son ampleur à cette
action de mémoire.
La France entend, ainsi, entreprendre une action de reconnaissance pour
le sacrifice de ces soldats qui ne reculaient devant rien. Dans leur
totalité,
ces vaillants combattant sont reconnus par leur bravoure et leur détermination.
Dans le lot, les Goumiers marocains se démarquent par leur discipline
et leur témérité, en plus de leur esprit combatif qui
surprit plus d'un Allemand. C'étaient des guerriers ardents jusqu'au
dernier souffle.
On les assimilait à de véritables fauves, ne craignant rien et
ne rechignant devant aucune instruction. Rien ne les arrêtait, ni montagnes
escarpées ni autres reliefs quel qu'ils soient. Cette capacité surprenante
d'escalade puise sa légitimité dans le fait que ces Goumiers
sont, en majorité, des montagnards rôdés pour ce
genre d'exercice.
Pas même les tirs nourris de l'ennemi n'affectaient leur détermination.
Une fois prononcé l'ordre de donner l'assaut, ils fonçaient,
tête baissée, ne prêtant aucunement attention à leurs
camarades qui tombaient ici et là, jusqu'à atteindre leur cible,
qu'ils délogent et désarment même dans certains cas.
Volontaires dans leur totalité, les Goumiers marocains étaient
répartis en plusieurs Goums (compagnies), groupés en Tabors (bataillons)
et en Groupements de Tabors (GTM / Régiments). Ils n'avaient rien à envier à une
forte brigade d'infanterie légère. Leur escouade est communément
appelée « Commandement des Goums marocains »
Une fois Toulon libérée, les Goumiers se chargeront de chasser
l'occupant et de libérer la ville de Marseille. D'autres batailles seront
livrées, au cours desquelles les Goumiers marocains s'illustreront en
tant que combattants redoutables. L'épopée se poursuivra jusqu'à la
reddition de l'armée nazie.
Ceci étant, la combativité des Goumiers n'était pas la
seule chose qui les caractérisait. En effet, en raison de leur accoutrement,
d'une originalité manifeste, ils ne passaient jamais inaperçus.
Entièrement confectionnée au Maroc, la tenue du Goumier n'avait
rien à voir avec les uniformes kaki de l'époque.
Ils étaient vêtus de djellabas rayées, faites de laine épaisse.
Ils ne chaussaient pas de brodequins mais la « naâla », une
plaque rectangulaire de peau de b¦uf, fixée par des sangles à la
cheville. Le Goumier ne portait pas de casque, il était plutôt
coiffé de « Razza », turban jaune enroulé selon une
façon bien déterminée autour de la tête.
Enfin, en guise de sac à dos, le Goumier portait en bandoulière
la « choukara », une sorte de musette en cuir fabriquée
traditionnellement et, dans la ceinture, le « khinjar », poignard
traditionnel, était toujours prêt à l'emploi. Leurs fusils
d'assaut, de l'époque, représentaient ce qu'ils avaient de plus
sophistiqué.
Avec un assortiment aussi sommaire, les Goumiers ont signé des actes
intrépides et ont relevé tous les défis auxquels ils étaient
confrontés. La France, qui leur a toujours été reconnaissante,
leur réserve cette année une commémoration grandiose, à la
hauteur de ce qu'ils ont donné à la France.
Les vétérans, encore de ce monde, auront toute une journée
durant laquelle tous les hommages seront les leurs. Ils se retrouveront entre « anciane
combatta », prononciation qui nous a tous fait sourire un jour et qui
escorte la fierté de tout un peuple, afin de faire revivre ces
moments, aussi tragiques que glorieux.
Abdelhadi
Ben Rahalat, l'amertume d'un ancien "goumier" marocain
Dix anciens combattants marocains ayant participé aux campagnes de France,
de Tunisie ou d'Italie, doivent être décorés lors des cérémonies
du débarquement de Provence. Parmi eux, Abdelhadi Ben Rahalat, choisi
pour être personnellement décoré par le président
français Jacques Chirac.
A 81 ans, Abdelhadi l'ancien "goumier" se souvient, larmes aux yeux,
de cette guerre dans laquelle il s'était engagé, à 16
ans, avec deux de ses frères, dont l'un est mort en Italie, au Monte
Cassino.
" Je suis content et triste à la fois de participer à cette
commémoration", dit-il à l'Associated Press. "Content
d'être décoré, mais triste car la majorité des anciens
combattants est morte ou a été délaissée dans des
conditions affligeantes".
" C'est le Moqaddem (le représentant de l'autorité, NDLR)
qui est venu nous dire de nous engager dans l'armée française,
suite à l'appel lancé dans les mosquées par le roi Mohammed
V", grand-père de l'actuel roi Mohammed VI, pour aider la France.
Sur les 120.000 combattants marocains engagés dans l'armée française,
il ne sont plus qu'environ 30.000 encore en vie. Parmi eux, quelque 2.000 goumiers
et tirailleurs ayant participé au débarquement de Provence: le
général Juin voulait recruter des Marocains de l'Atlas et du
Rif, habitués à des conditions de vie similaires à celles
des montagnes d'Italie ou de France.
Parti d'Alger avec le 6ème régiment des Goumiers, sous les ordres
du commandant italien Moriot, le jeune Abdelhadi, originaire du Rif, participera
donc aux campagnes d'Italie, de Provence et d'Alsace.
" On a réussi à libérer Marseille, puis Toulon, après
des combats de rue à la baïonnette et à l'arme légère.
Ensuite, nous sommes partis vers l'Alsace. Toute ma compagnie avait été décimée
et je suis resté seul avec 45 militaires dont j'ai pris alors le commandement.
En Alsace, un coup de mortier m'a coupé la main droite".
Le retour au Maroc, en 1946, sera difficile, entre amertume et sentiment d'ingratitude: "Pendant
la guerre, c'est aux Marocains qu'on ordonnait d'aller sur les fronts dangereux
mais plus tard, c'est aux Français qu'on décernera les médailles.
Au Maroc, sous le protectorat français, on souffrait du racisme. Les
pensions n'étaient pas suffisantes et on refusait de nous accorder des
visas pour la France", soupire-t-il.
Handicapé, abandonné à son sort, Abdelhadi Ben Rahalat
reprend ses études et intègre la fonction publique, devenant
chef de service des portefeuilles à la Banque du Maroc.
Aujourd'hui, après la revalorisation décidée par la France,
il touche environ 225 euros par trimestre de "Retraite du combattant".
Mais l'augmentation reste selon lui insuffisante, la retraite du combattant
marocain représentant le tiers seulement de celle touchée par
les Français: "Nos pensions doivent être alignées
sur celles perçues par les Français, car nous avons combattu
côte à côte".
L'Association des anciens combattants mène également un autre
combat, cherchant à ce qu'environ 4.000 veuves bénéficient
de reversions des pensions. Actuellement, elles ne sont accordées qu'aux
veuves mariées avant la Libération. Son président, Mohamed
El Azouzi, rappelle que le ministre français aux Anciens combattants,
Hamlaoui Mekachera, a promis "de trouver une solution à ce problème".
Pour Hamid Ben Rahalat, fils d'ancien combattant et président de "l'Union
des anciens combattants franco-marocains, fils et descendants", ces vétérans "n'ont
personne pour défendre leurs intérêts": il existe
bien un Haut Commissariat des anciens résistants, mais rien pour les
anciens combattants. "Certains n'ont même pas de quoi manger ou
se soigner. Ils ont donné leur jeunesse et leur sang dans la guerre.
La France doit, pour sa part, leur donner les moyens de mourir dignement",
ajoute-t-il.
En attendant, le vieux "goumier" Abdelhadi a un rêve: que "l'Histoire
de la France soit juste envers nous, et qu'elle ne nous oublie pas. Je souhaite
que la France érige un monument à notre mémoire".
Source : AP, 13 août 2004
2
- Les tirailleurs algériens
De Ben Bella à Bouteflika
La participation d'Abdelaziz Bouteflika aux commémorations du Débarquement
en Provence a suscité la polémique. Mais un autre président
algérien, le premier chef de l'Etat, Ahmed Ben Bella, aurait pu être
présent aux cérémonies: en tant qu'ancien combattant médaillé de
l'armée d'Italie et de la campagne de France.
Le Quotidien d'Oran estime que Ben Bella a pleinement sa place à Toulon,
pour cause de "brillants états de service" rappelés
par le maréchal Juin.
Le journal souligne qu'en 1940, soldat du 14ème régiment d'infanterie
alpine, Ahmed Ben Bella obtint la Croix de guerre pour avoir abattu un Stuka
dans le port de Marseille.
Puis il participe comme sergent à la bataille de Monte Cassino, le Verdun
du front italien, où il sauve la vie de son officier, Offel de Villaucourt.
Ahmed Ben Bella, quatre fois cité, dont deux fois à l'ordre de
l'armée, reçoit la Médaille militaire en présence
du général De Gaulle, lors de la prise d'armes du 14 juillet
1944, qui consacre le sacrifice des combattants d'Afrique du Nord en Italie.
Un mois plus tard, le 15 août, les mêmes soldats débarquaient
sur le rivage varois, dans le cadre de l'opération Dragoon.
Engagés pour libérer la France, beaucoup d'entre eux, notamment
les Algériens, déchantèrent rapidement. Car, le 8 mai
1945, le jour même où le monde célébrait la victoire
sur le nazisme, une répression féroce et sanglante s'abattait,
notamment dans les régions de Kherrata et Sétif, dans l'est algérien,
sur des manifestants algériens espérant que la Libération
de la France amènerait simultanément la libération de
l'Algérie du joug colonial.
Source : AP, 13 août 2004
L'hommage
de la France aux oubliés de l'Histoire
La France tient à marquer, lors de la commémoration du 60e anniversaire
du débarquement de Provence samedi et dimanche à Toulon, sa gratitude
au courage des anciens combattants africains, dont des milliers de fantassins
algériens, ces oubliées de l'Histoire qui l'ont libérée
de l'occupation nazie.
Selon l'historien André Kaspi, professeur à la Sorbonne et auteur
de la Libération de la France (éditions Perrin), quelque 150
000 combattants africains, regroupés en 7 divisions, sur un total de
près de 400 000 soldats des forces alliées, débarquèrent
sur les côtes de Provence dans le cadre de l'opération «Dragoon» lancée
le 15 août 1944, dix semaines après celle de Normandie. Les faits
historiques montrent que «grâce au courage et à la détermination
des combattants africains», Toulon fut par exemple libérée
le 27 août, avec dix jours d'avance sur le calendrier prévu. C'est
la 3e division d'infanterie algérienne qui libéra Marseille 12
jours seulement après le débarquement, souligne l'historien.
Source : La Tribune, Alger, 12 Août 2004
3
- Les Tunisiens aussi
Dix vétérans tunisiens sont invités à la commémoration
du Débarquement de Provence, représentant les 10.000 anciens
combattants tunisiens encore vivants. Ils seront décorés par
le président Jacques Chirac: le capitaine Hédi Abdelkader, président
de l'Association tunisienne des anciens combattants et victimes de guerre,
sera fait Officier de la Légion d'Honneur, les neuf autres Chevaliers.
Après la campagne de France et le débarquement allié au
Maroc et en Algérie, la Tunisie devenait "un enjeu stratégique
majeur": les troupes françaises, au sein desquelles servaient 10.000
Tunisiens, s'opposèrent aux soldats allemands débarqués à Tunis
le 12 novembre 1942.
En même temps, en Tunisie, le mouvement national prenait position très
nettement en faveur de la lutte contre le nazisme et le fascisme: dès
août 1942, Bourguiba, leader du mouvement, donnait l'ordre à ses
militants d'apporter un "soutien inconditionnel" aux Français
gaullistes et de lutter à leurs côtés. "C'est une
question de vie ou de mort pour la Tunisie", avait-il écrit.
Après le 13 mai 1943 et la capitulation des forces de l'Axe en Afrique,
les Tunisiens, dont le 4ème régiment des Tirailleurs, s'illustrèrent
durant la campagne d'Italie (1943-1944), libérant notamment la ville
de Sienne. Et participaient au débarquement de Provence, avant d'être
engagés dans les plus durs combats de l'hiver 1944-1945, en Alsace et
de l'autre côté du Rhin.
Source : AP, 13 août 2004
4
- Les tirailleurs sénégalais
Et si la France rendait justice aux tirailleurs africains
par Birama Touré, Le Reflet, Bamako, 13 août 2004
A l'occasion du 60è anniversaire du débarquement en Provence
(15 août 1944), la France a décidé d'honorer ses frères
d'Armes. Les tirailleurs sénégalais qui ont combattu à ses
côtés pour la liberté de son territoire. C'est à ce
titre que, nos compatriotes Antandou Somoro et Samba Diallo, recevront le 15
août La légion d'Honneur.
Mais, il ne suffit pas seulement d'avoir une pensée envers les libérateurs
venus d'Outre mer. Aujourd'hui la reconnaissance la plus méritée
est de les aligner au même titre que leurs frères d'armes français.
Ils n'ont maintenant que faire de ce discours vantant leur mérite, leur
courage et leur bravoure au front. Ce qu'ils attendent d'une France, terre
de liberté et de justice, c'est un traitement digne de leur rang.
Les tirailleurs sénégalais ne demandent pas plus que l'application
de la loi. Quand on sait qu'ils se sont battus à deux reprises. D'abord,
au front puis juridiquement pour avoir leurs droits. Malgré, qu'ils
aient eu gain de cause avec une décision de justice, ils attendent toujours
la concrétisation de leur rêve. Pour la simple raison que ce pays
des plus grands démocrates refuse d'appliquer la loi. La France peut
et doit faire mieux que la récente décristalisation des pensions
militaires.
Il ne sert à rien de louer le courage et l'engagement des tirailleurs
quand on les traite de soldats de seconde zone alors que leurs homologues français
n'ont plus de mérite qu'eux. Parce qu'ils ont lutté au même
titre sur les mêmes champs de bataille. C'est peut-être avec le
c¦ur plein d'amertume que les rescapés vont suivre ou assister
aux cérémonies commémoratives du débarquement en
Province.
Espérons que le premier magistrat de la France, garant de la Constitution
et des lois et règlement ne va pas tarder à corriger cette injustice
par une application correcte et juste de la loi.
Des
anciens combattants "payés comme des immigrés"
Des mois après avoir quitté Dakar, Issa Sesse débarqua à Saint-Tropez à 4h
du matin, en ce 15 août 1944, précipité sous la mitraille
allemande. Aujourd'hui âgé de 83 ans, ce vétéran
sénégalais, qui arbore fièrement comme ses vieux collègues
des rues de Dakar ses médailles militaires sur ses robes africaines,
se souvient: "nous n'avions ni aviation, ni hélicoptères,
juste la mer et les bateaux. Il n'y avait pas beaucoup de plages, surtout des
ports. Et des falaises et des montagnes partout".
" Le bateau ne pouvait pas arriver jusqu'à terre, nous avons sauté à l'eau
et pataugé jusqu'au rivage", raconte le vieil Africain aux cheveux
gris, vif et droit malgré son âge, aujourd'hui un des responsables
de la Fédération nationale des anciens combattants.
" Je n'avais jamais vu la France", raconte-t-il. "J'étais
perdu! Mais ils nous ont accueillis, les Français, ils était très
gentils, très chaleureux".
Dix jours plus tard, Issa Sesse participait à la libération de
Toulon. "La France a colonisé le Sénégal, et nous
les avons aidés à se libérer", constate-t-il, sans
amertume aucune.
Il passa près de trois ans en France avant de rentrer au pays. Sa pension
d'ancien combattant est aujourd'hui d'un peu plus de 57.000 francs CFA (environ
90 euros), touchée deux fois par an... Une disparité avec les
pensions des combattants français qui a longtemps rendu furieux les
Sénégalais.
" Je ne sais pas pourquoi", soupire le vieux monsieur. "Ils nous
payent comme des immigrés".
Source : AP, 13 août 2004
Deux
Burkinabés médaillés de la légion
d'honneur française
Deux anciens combattants burkinabé, Tibila Ouédraogo et Christophe
Bambara, recevront le 15 août prochain, à Toulon, des mains du
président français Jacques Chirac, la médaille de la Légion
d`honneur, à l`occasion de la commémoration du 60ème anniversaire
du débarquement en Provence, a- t-on appris lundi, auprès de
l`ambassade de France au Burkina Faso.
Cette annonce a été faite à l`occasion d`une réception
organisée à l`honneur des deux récipiendaires burkinabé.
Au total, précise la même source, ce sont 44 anciens tirailleurs
sénégalais en provenance de 22 pays africains qui seront honorés à cet
effet.
Plusieurs chefs d`Etat africains, parmi lesquels le président Blaise
Compaoré du Burkina, souligne-t-on, participeront, sur le porte-avion
Charles de Gaulle, en compagnie du président de la République
française, aux cérémonies marquant les 60 ans de la libération
de la France et de l`Europe occidentale du joug nazi.
Les deux ex-tirailleurs burkinabé, indique-t-on, ont participé à l`Opération
Overlord` le 06 juin 1944 dont le débarquement a eu lieu en Normandie
d`une part, et au débarquement en Provence le 15 août 1944, lors
de l``Opération Dragoon`, d`autre part.
Natif de la province du Boulgou (150 Km au nord de Ouagadougou, M. Christophe
Bambara a été recruté à 21 ans dans l`armée
française. Quant à son frère d`armes, Tibila Ouédraogo
de la province du Bam (110 Km au centre nord de Ouagadougou), il a rejoint
le corps militaire à sa vingt troisième année.
Insistant sur l`attachement de son pays au "devoir de mémoire",
la Chargée d`affaires de l`ambassade de France au Burkina Faso, Chantal
Bès, a exprimé la gratitude de son pays à l`égard
des anciens combattants africains.
" C`est grâce à vous que la France et l`Europe entière
ont pu vivre en paix", s`est réjouie Mme Bès, précisant
que c`est "le symbole de l`Afrique unie qui a contribué à la
libération du joug nazi".
Le ministre burkinabé de la Défense, Yéro Boly, a rendu
hommage aux Burkinabé qui ont "combattu sur des terres étrangères,
dans un climat rude et une situation critique pour libérer la France,
et surtout pour la liberté".
Il a souhaité que les autorités françaises ne se lassent
jamais de rendre un hommage mérité à ceux qui ont libéré le
pays de la tyrannie.
Le débarquement de Provence, le 15 août 1944, rappelle-t-on, a
permis de libérer les villes françaises de Toulon, le 23 août
1944, et Marseille, le 28 du même mois.
Outre ces deux récipiendaires qui recevront leurs médailles directement
des mains du chef de l`Etat français, une dizaine d`anciens combattants
burkinabé recevront leurs médailles sur place, le 15 août
prochain, des mains de l`ambassadeur de France au Burkina, Francis Blondet.
Source : Angolapress, 11 août 2004
Diabé Sow
: des tranchées de la seconde guerre mondiale aux périmètres
irrigués de la Vallée
par Aboubacar Demba Cissokho, Agence de presse sénégalaise, 13
août 2004
' 'Le vieil homme et la vallée''. Ça pourrait être le titre
d'un documentaire sur la vie de Diabé Sow, tant le destin de cet ancien
''tirailleur sénégalais'' se confond aujourd'hui avec les activités
agricoles autour du fleuve Sénégal.
A 85 ans (il est né en 1919 à Kounghani dans le département
de Bakel), le ''vieux'' Diabé comme l'appellent ses collègues
du Mouvement des acteurs de la vallée (MAV) est encore solide. Coiffé d'un
bonnet et portant avec élégance le grand boubou basin, l'homme
a le pas alerte.
Diabé Sow a participé au débarquement de Toulon qui a
vu des milliers de ''tirailleurs sénégalais'' venir participer à la
libération de la France de l'occupation allemande. Mobilisé pour
la guerre mondiale (1939-45), il garde de cet épisode le souvenir d'un
frère tombé sous les balles ennemies en août 1944.
Depuis 1974, année où il a créé le MAV qu'il préside
toujours, ''il diffuse des idées, sillonne la vallée, se bat
pour la dignité de l'homme de la vallée'', a témoigné Yéro
Dé, estimant que Diabé Sow aurait pu rester ''tranquillement
dans son coin'' et jouir de jours heureux et d'un repos ''bien mérité''.
Il a vécu une bonne partie de sa vie à l'étranger, en
France, précisément où il a passé 38 ans, mais,
il continue de se donner tout entier pour une cause : l'émergence d'une économie
de la Vallée pour que les populations puissent en profiter en restant
chez elles.
Démobilisé de l'armée en 1946, il reste en Hexagone pour
exercer le métier de cuisinier. Il travaille dans la Marine française,
puis parcourt le monde (Madagascar, Tahiti, Japon, Chine, ex-Union soviétique,
Angleterre, Afrique du Sud).
' 'C'était une expérience extraordinaire, se souvient-il aujourd'hui.
Nous avons le sentiment d'avoir participé à une aventure pour
la liberté et la dignité de l'homme.'' La discipline et la bravoure
montrées sur le théâtre des opérations valent à Diabé Sow
d'être sollicité par les autorités militaires françaises
pour rester
L'amour tyrannique de son terroir, à rentrer et à regrouper les
paysans de Bakel au sein d'une fédération. ''Mon idée était
et reste le développement de la Vallée du fleuve Sénégal
par ses fils et ses filles'', assure Diabé Sow convaincu du potentiel
de cette région du Sénégal qui va de Saint-Louis à Bakel.
Devenu un agriculteur engagé, il est très critique vis-à-vis
des cadres originaires de cette zones aux fortes potentialités agricoles
mais marquées par une émigration de ses élites. ''Je lance
un appel aux cadres. Ils doivent faire preuve de reconnaissance en venant investir
dans la Vallée'', souligne-t-il.
Pour lui, les potentialités de la Vallée sont ''énormes
et nécessitent la mobilisation de tous''. Montrant l'exemple, le vieil
homme qui gère un périmètre d'une douzaine d'hectares à Koughani,
a récolté du maïs (12 tonnes) du riz (8 tonnes), de l'oignon...
Diabé Sow n'a pas toujours ses jambes de 20 ans, mais, il continue à se
donner corps et âme pour l'amélioration des conditions de vie
de ses concitoyens. ''Je fais du mieux que je peux pour contribuer au développement
de mon terroir'', dit-il, estimant que si chacun agissait de la sorte ''le
pays décollerait''.