Refus de révision du procès de Salvador Puig Antich : communiqué de ses soeurs

par Imma, Montse, Carme et Merçona Puig Antich , juin 2007

 

 

 

La chambre militaire de la Cour suprême espagnole vient de refuser la révision du procès par lequel l’anarchiste catalan Salvador Puig Antich fut condamné à mort en 1973 et exécuté le 2 mars 1974, à l’âge de 25 ans. 3 des 5 juges ont voté contre la révision : le président du Tribunal, Ángel Calderón, ancien président de l’Association des professionnels de la Magistrature, proche du Parti populaire, et les généraux  Agustín Corrales et Javier Juliani. Salvador Puig Antich était accusé d’avoir tué l’inspecteur de police Francisco Anguas. Or, les nouvelles preuves présentées par les représentants de la famille Puig Antich établissent que le corps de l’inspecteur contenait cinq balles et non trois, comme indiqué dans l’autopsie, réalisée dans un commissariat de police, et que toutes ces balles ne pouvaient pas avoir été tirées par la même arme.

 

L’exécution par garrot de Salvador Puig Antich, la dernière dans l’histoire de l’Europe, avait suscité une grande émotion dans toute l’Europe, qui avait rebondi en septembre 1975, lorsque cinq combattants antifranquistes avaient été fusillés. (NdT)

 

Aujourd’hui est un nouveau jour triste pour nous. Si en 1973 un tribunal militaire se livra à un simulacre de jugement contre notre frère et le condamna à mort pour satisfaire les secteurs les plus assoiffés de sang du franquisme finissant, aujourd’hui, plus de 34 ans plus tard, dans une démocratie théoriquement consolidée et avec un pouvoir judiciaire qui devrait être indépendant de tout intérêt étranger à la justice, nous nous retrouvons dans la même situation.
L’équipe d’avocats qui nous représente a travaillé avec une efficacité absolue et elle a réuni et présenté une vaste batterie de nouvelles preuves avec des arguments contrastés et percutants. Elle a présenté de nouveaux témoins et des preuves d’experts. C’était ce qui était légalement requis pour que le procès de notre frère puisse être révisé.

 

Les preuves de la défense de Salvador qui lors de son procès n’avaient pas été réunies ou  acceptées se sont donc maintenant retrouvées exposées devant la cinquième chambre militaire de la Cour suprême. De ses juges dépendait un acte réparateur de justice mais ils ne l’ont pas voulu ainsi. Devant ce déni de justice décevant que nous devons endurer aujourd’hui, nous nous demandons en quoi le système dictatorial qui fut capable de condamner à mort notre frère parmi beaucoup d’autres, se différencie de ce système démocratique qui ne fait rien pour refermer les blessures encore ouvertes. Puis ils viendront nous demander d’oublier le passé et de regarder vers l’avenir. Nous ne le pourrons jamais.

 

Nous nous demandons si l’acharnement judiciaire mis à refuser la révision est autre chose que la défense du tribunal sinistre qui, en son temps, signa sans garanties judiciaires la peine de mort contre notre frère.

 

Nous savons que nous ne sommes pas seules en ce moment. Nous sommes reconnaissantes pour les encouragements que nous adressent de nombreuses personnes et collectifs. La société en général et catalane en particulier a compris que le cas de notre frère n’est pas une question strictement personnelle ou familiale.  Ce sont de puissants concepts comme celui de dignité ou de réparation de la justice qui sont en jeu.  Nous savons que nous ne sommes pas les seules personnes à être dans cette situation. Et nous savons aussi que nous devons persévérer jusqu’à ce qu’un jour soit reconnue la profonde injustice qui fut commise le 2 mars 1974 quand le bourreau serra le garrot avec la bénédiction d’un système judicaire corrompu, impossible à défendre du point de vue de l’époque dans laquelle nous vivons.

 

 

 

 

Garrote vil, Ramón Casas,1894. Exécution publique par le garrot à Barcelone.
Huile, 127x166.2 cm. Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid

Traduit de l'espagnol par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
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