L’attaque néo-libérale
contre la diversité culturelle – Une interview de A. Sivandan
par Yuri Prasad, Socialist Worker (G-B) le
23 octobre 2006.
Traduction française et notes de
Claude Meunier.
Cette interview paraîtra
dans le n° 17 de la revue .
A. Sivanandan, né au Sri Lanka, est un auteur
et militant qui vit Angleterre depuis 1958, l’année des
émeutes du quartier de Notting Hill à Londres. Il est
le fondateur de la revue Race and Class et directeur de l’Institute
of Race Relations à Londres.
INTRODUCTION Le « multiculturalisme » est souvent considéré
comme une idée antirépublicaine et d’inspiration
anglo-saxonne. Comme si les Français seraient incapables de reconnaître
et d’accepter la diversité sociale et culturelle. Paradoxalement,
de l’autre côté de la Manche, des voix s’élèvent
pour demander si, après tout, les Français n’avaient
pas raison en interdisant le voile à l’école, et
beaucoup de Musulmans se sentent menacés dans un pays qui s’est
toujours vanté de sa « tolérance ».
INTERVIEW « La meilleure façon de comprendre la montée
du racisme anti-musulman est de la considérer comme une tentative
de punir ceux qui résistent la politique impérialiste
du gouvernement britannique.
Les racistes mènent leur bataille sur le terrain de la religion,
mais leur véritable objectif et de confronter et battre les opposants
à l’impérialisme. En Grande-Bretagne, cette bataille
prend aujourd’hui la forme d’une attaque contre le multiculturalisme
- une politique qui a fait consensus pendant plus de 30 ans.
Comme disait le ministre de l’intérieur de 1965 à
1967, Roy Jenkins (1), “ L’intégration n’est
pas un processus d’assimilation qui réduit tout le monde
au même niveau, mais l’égalité des chances,
accompagnée d’une diversité culturelle dans un climat
de tolérance mutuelle. ”
Le multiculturalisme consistait à reconnaitre qu’il y aurait
des différences culturelles entre les citoyens britanniques -
et c’est cette notion que le gouvernement actuel de Tony Blair
cherche à remettre en cause.
Le multiculturalisme est venu d’un mouvement antiraciste centré
sur les travailleurs immigrés venus du sud de l’Asie et
des Antilles après la deuxième guerre mondiale. Quoique
souvent hautement qualifiés, beaucoup des nouveaux arrivants
en Grande-Bretagne sont venus travailler dans les usines, les fonderies,
les hôpitaux et les transports où nous occupions les postes
les moins rémunérés.
En tant que travailleurs immigrés, nous avions les conditions
de logement les plus difficiles et nous travaillions dans des endroits
où le racisme était courant. Nous avons dû nous
unir pour combattre le racisme dans les quartiers et les lieux de travail.
Nous avons combattu pour avoir le droit à un logement décent,
pour des emplois mieux rémunérés, pour le droit
de ne pas travailler la nuit et pour le droit d’être considérés
comme faisant partie de la classe ouvrière britannique. C’était
à travers ces combats que nous avions commencé à
utiliser le terme “ noir ”.(2) C’était une
description politique qui couvrait tous ceux qui devaient affronter
le racisme, plutôt qu’un terme qui décrivait la couleur
de la peau - une catégorie que nous avons élaborée
afin de rassembler tous ceux parmi nous qui résistaient le racisme.
Nos luttes des années soixante et soixante-dix obligèrent
le gouvernement à faire voter des lois interdisant la discrimination
raciale et établissant des organismes publics comme la Commission
pour l’Egalité Raciale.
A beaucoup d’égards, ce fut une tentative d’ “
acheter ” ou de récupérer les mouvements qui existaient
sur le terrain. Les autorités avaient peur que, si elles ne faisaient
rien, la bataille leur échapperait et que cela alimenterait le
radicalisme général qui existait à l’époque.
En 1981 de jeunes noirs de beaucoup de villes importantes se sont révoltés
face au racisme. Le gouvernement a nommé une commission présidée
par le juge Scarman pour enquêter sur les causes de ces émeutes.
Une des conclusions de Lord Scarman était qu’il existait
un “ déficit culturel ” chez les Afro-caribéens
et les gens originaires du sous-continent indien. Une façon de
remplir ce vide était de créer et subventionner des projets
et des associations “ ethniques ”.
Le combat pour le multiculturalisme était en passe de devenir
quelque chose qu’on peut résumer comme les trois ‘S’
- saris, samosas et steelbands. La “ culture ” ethnique
fut accordée la priorité sur tout le reste - c’était
la crème qui montait à la surface. C’était
une période non pas d’ “ égalité des
chances ” (equal opportunity) mais d’ “ égalité
d’opportunisme ” (equal opportunism).
Ce processus a conduit rapidement à un glissement du multiculturalisme
vers l’ “ ethnicisme ”. On insistait non pas sur ce
que les différentes communautés avaient en commun à
travers la lutte contre le racisme, mais sur ce qui les divisait sur
le plan culturel.
La politique suivie bénéficiait essentiellement aux classes
moyennes noires parce qu’elle leur proposait des emplois et une
représentation au niveau des autorités locales. Mais elle
n’a rien changé pour les jeunes noirs dans la rue, dont
beaucoup étaient au chômage ou avaient un travail sans
intérêt et sans perspectives.
Malgré ces limites, je suis toujours convaincu que le multiculturalisme
doit être défendu contre ceux à droite qui ont hâte
d’annoncer sa mort.
Aujourd’hui les forces de la mondialisation essaient de nous uniformiser
culturellement et de nous obliger tous à adopter une culture
unique - celle de l’économie libérale. Pour elles,
le multiculturalisme est une barrière parce qu’il légitime
l’idée de la diversité.
C’est pour cette raison qu’il est détesté
par les partisans de la mondialisation néo-libérale qui
nous disent que nous devons tous adhérer à l’idée
de “ Britishness ”, comme si l’identité britannique
était synonyme d’une seule et unique culture.
Cette notion de “ Britishness ” omet complètement
la contribution faite par les immigrés à ce pays. Mais
je ne parle pas ici de la contribution économique que presque
tous les politiciens admettent facilement, mais de la contribution politique
que nous avons faite à travers nos mouvements de résistance.
Lorsque nous sommes venus ici et que nous avons découvert la
discrimination, nous avons dit : “ Mais où est votre justice
et votre fair-play britannique ? ” En le faisant, nous avons aidé
à changer la culture dominante. Ceci est un fait qui est largement
reconnu - mais quand ceux qui sont contre la politique étrangère
de ce pays critiquent le gouvernement on leur dit que leur comportement
est “ anti-britannique ”.
Donc l’attaque contre le multiculturalisme est menée au
nom de “ l’identité britannique ”, et ceux
qui la mènent justifient leur position en disant qu’ils
sont contre la division et l’ “ auto-ségrégation
”(3). Mais ils feraient mieux d’examiner les raisons économiques
qui poussent à la ghettoïsation de certaines communautés
noires.
Ils concluraient que ce sont les mêmes raisons qui expliquent
pourquoi les Afro-caribéens et les Indo-pakistanais vivaient
dans des logements de qualité inférieure dans les années
cinquante et soixante.
Parce que nous devons affronter le racisme, nous avons plus de chances
d’être pauvres et donc d’habiter les quartiers les
plus pauvres. L’idée que nous choisissons de vivre dans
la pauvreté est un non-sens. Loin de vouloir rester à
l’écart, il est clair que là où les musulmans
ont la possibilité d’interagir avec d’autres communautés,
ils le font avec beaucoup d’enthousiasme.
Le devoir de la gauche dans ces circonstances est de nous impliquer
dans toutes les luttes contre la discrimination et le racisme dans nos
quartiers. Nous devons participer à la construction d’un
nouveau mouvement ouvrier qui implique tous ceux qui se sont installé
récemment dans ce pays. En même temps, nous devons faire
le lien entre ce qui se passe localement et ce qui se passe dans le
reste du monde.
C’est l’impérialisme et la “ guerre contre
le terrorisme ” qui a conduit à cette montée du
racisme sous une nouvelle forme. Le combat contre le racisme doit également
être un combat contre l’impérialisme. »
NOTES
(1) Représentant de l’aile « modérée
» du parti travailliste, Roy Jenkins était ministre de
l’intérieur à une époque où l’immigration
était au devant de la scène politique.
(2) Jusqu’aux années soixante, on parlait plutôt
de « gens de couleur ». L’influence du mouvement américain
du « pouvoir noir » s’est fait également sentir
en Grande-Bretagne à cette époque.
(3) C’est un argument utilisé aujourd’hui par ceux
qui, comme le ministre travailliste Jack Straw, s’opposent au
port du voile.
Tempête dans un verre d’eau après
le refus d'un policier musulman de garder l'ambassade d'Israël
Le refus apparent d'un officier de police musulman
d'être affecté à la garde de l'ambassade d'Israël
à Londres a provoqué jeudi une polémique en Grande
Bretagne et contraint Scotland Yard à ordonner une enquête.
Alexander Omar Basha, un jeune musulman membre du Groupe
de protection diplomatique de la police de Londres, a demandé
à ne pas assurer la garde de l'ambassade israélienne pour
des "raisons morales", a assuré jeudi le Sun.
Faisant valoir son opposition aux opérations militaires d'Israël
au Liban
cet été, M. Basha, dont l'épouse serait libanaise
et le père syrien, a
obtenu de ses supérieurs une nouvelle affectation, a affirmé
le quotidien
populaire.
Même si le commissaire Dal Babu, président de l'Association
de la police
musulmane, parlant au nom de M. Basha, a immédiatement fait savoir
que sa
réaffectation tenait seulement à assurer son "bien-être",
le chef de la
"Met" (contraction de Metropolitan Police) Sir Ian Blair a
annoncé le lancement
d'une enquête.
La Met a estimé dans un communiqué que cette affaire
pourrait "saper la
confiance dans la police" et qu'il serait "inacceptable"
qu'un officier
puisse décider de son affectation. Elle a souligné qu'un
policier peut avoir
à assurer un devoir "en contradiction avec ses convictions
personnelles".
M. Babu a affirmé que le passe-droit accordé à
M. Basha, qui n'a pas 30 ans
et aurait selon le Sun participé à des manifestations
contre la guerre, ne
tenait pas à des questions politiques ou religieuses.
"Cet officier est du Proche-Orient. Il a des parents qui sont
musulmans et
chrétiens et pour une question de bien-être il a demandé
à être posté
ailleurs pour une courte période", a-t-il déclaré
à la radio BBC Five Live.
M. Babu a ensuite précisé que M. Basha avait requis un
transfert, se sentant
"mal à l'aise et pas en sécurité" à
la garde de l'ambassade pendant le
conflit entre Israël et le Hezbollah libanais l'été
dernier.
Il ne s'agit pas d'une "question morale", a-t-il répété.
"Je pense que nous
allons sur une pente très, très glissante si nous commençons
à poster les
officiers en fonction de leur conscience individuelle", a-t-il
dit.
Dans l'après-midi, la Met est revenu sur son affolement initial,
faisant
tout pour calmer l'affaire. Glen Smyth, président de la Fédération
de la Met
et représentant des policiers, a expliqué que l'incident
portait sur un
simple tour de garde de deux heures autour de l'ambassade, où
M. Basha n'est
normalement pas affecté.
"Il a simplement demandé si on pouvait lui donner une autre
affectation", ce
qui lui a été accordé sur la base de ses inquiétudes
liés à la sécurité de
sa famille au Liban, a expliqué M. Smyth.
Un porte-parole de Scotland Yard avait auparavant expliqué qu'une
requête
spéciale pour un changement d'affectation pour des "raisons
morales" pouvait
parfois être acceptée, mais que la Met se réservait
le droit de poster un
officier où elle l'entendait.
"En tant qu'officier de police, votre travail et votre obligation
morale
sont de faire votre devoir et de protéger les gens", s'est
indigné Lord
Greville Janner, ancien président du comité des députés
de juifs
britanniques. "C'est une grave erreur de permettre à un
policier de renoncer
ainsi à son devoir".
"Si les officiers de police ont des vues politiques, religieuses,
idéologiques ou morales sur les choses, et tous en ont, ils doivent
mettre
leur devoir au-dessus de ça parce que leur service est tourné
vers le
public", a aussi estimé Lord Brian MacKenzie, ancien chef
de l'Association
des commissaires de police.
La Met comprend environ 35.000 policiers à temps plein, dont
268 se sont
déclarés comme musulmans.
Source : AFP, 5 octobre 2006
31/08/06
- Le coup des attentats à l'"explosif
liquide" et ses implications
par James Petras, Information Clearing House, 26 août
2006
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre
de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
James Petras a été professeur de sociologie à l'Université
Binghamton de New York. Il conseille les sans-terre et les chômeurs
au Brésil et en Argentine, et il est un des coauteurs de l'ouvrage
Globalization Unmasked [éditions Zed Books] [La mondialisation
sans fard]. Son dernier livre paru est The Power of Israel in the United
States [Le pouvoir d' Israël aux USA] [éditions Clarity
Press, 2006].
Les accusations formulées par les régimes britannique,
usaméricain et pakistanais, qui auraient découvert les
préparatifs d'un vaste attentat ourdi contre neuf compagnies
aériennes des USA, se « fondent » sur des «
preuves » extrêmement contestables, qui seraient rejetées
par tout tribunal digne de ce nom.
Le passage au crible analytique de l'enquête,
à son stade actuel, soulève un certain nombre de questions
au sujet des allégations formulées par ces gouvernements,
concernant la préparation d'un attentat ourdi conjointement par
vingt-quatre citoyens britanniques d'origine pakistanaise.
Les arrestations (de ces vingt-quatre suspects) ont
été suivies par des recherches de preuves matérielles,
comme le relate le Financial Times dans son édition du 12 août
: « La police s'est attelée à une tâche herculéenne,
consistant à collecter des pièces à conviction
du complot terroriste allégué révélé
hier » [FT, 12.08.2006]. Autrement dit : les arrestations ainsi
que les inculpations ont été effectuées en l'absence
absolue des preuves pourtant nécessaires : on a là, déjà,
en l'occurrence, une méthode opératoire tout à
fait particulière, étant donné que les procédures
normales d'investigation commanderaient que l'on n'arrête d'éventuels
suspects qu' après avoir mené à bien « la
tâche herculéenne consistant à collecter des pièces
à conviction ». On a procédé à des
arrestations avant même de
disposer des pièces à conviction nécessaires :
dès lors, sur quoi ces arrestations pourraient-elles bien être
fondées en droit ?
Les recherches d'enregistrements et de transferts bancaires
effectuées par le gouvernement n'ont pas permis de trouver une
quelconque filière financière, en dépit du gel
des comptes courants des personnes arrêtées. L' enquête
policière a d'ailleurs révélé la modestie
des épargnes concernées, ce qui n'a rien d'étonnant,
s'agissant de jeunes, ouvriers, étudiants ou employés,
appartenant à des familles immigrées aux revenus très
modestes.
Le gouvernement britannique, épaulé par
Washington, affirmait que l' arrestation, par le gouvernement pakistanais,
de deux Anglo-pakistanais avait fourni des « preuves irréfutables
» qui auraient permis de découvrir le complot et d'identifier
les terroristes en puissance. Aucune instance judiciaire occidentale
n'accepterait le genre de preuve fourni par les services de renseignement
pakistanais, lesquels sont tristement connus pour leur recours à
la torture afin d'extorquer des « aveux ». Les « preuves
» fournies par la dictature pakistanaise sont fondées sur
une rencontre supposée entre un parent de l'un des « suspects
» et un agent d'Al Qa'ida à la frontière afghane.
D'après la police pakistanaise, cet agent d'Al Qa'ida aurait
remis à ce parent - et « donc », à l'accusé.
- l'information nécessaire à la fabrication de la bombe
ainsi que des instructions. La transmission d'informations sur la confection
d'engins explosifs ne nécessite nullement de faire la moitié
du tour du monde, et certainement encore moins pour se rendre au voisinage
d'une frontière assiégée militairement par des
forces armées sous commandement usaméricain, d'un côté,
et par l'armée pakistanaise, de l'autre. De plus, il est extrêmement
douteux que des agents d'Al Qa'ida, dans les montagnes afghanes, aient
la moindre idée quelque peu détaillée des procédures
de sécurité spécifiques aux lignes aériennes
britanniques, ni de leurs conditions de fonctionnement à Londres.
A défaut de preuves tangibles, les services secrets pakistanais
et leur homologue britannique ont appuyé sur absolument tous
les boutons de la machine à propagande : rencontre clandestine
avec Al Qa'ida, échanges d' informations sur la fabrication de
bombes à la frontière pakistano-afghane, Britanniques
d'origine pakistanaise ayant des amis islamistes, liens terroristes
et familiaux en Grande-Bretagne.
Les services usaméricains ont allégué
- et Londres a répété - que des sommes d 'argent
auraient été transférées électroniquement
depuis le Pakistan pour permettre aux comploteurs d'acheter des billets
d'avion. On ne trouva, en tout et pour tout, des billets d'avion que
dans un seul des appartements perquisitionnés [la compagnie émettrice
et la destination n'ont pas été révélées
par la police]. Aucun des autres suspects ne possédait de billet
d' avion, et certains d'entre eux n'avaient même pas de passeport
! Autrement dit, les initiatives préliminaires du soi-disant
complot terroriste n' avaient jamais été prises par les
suspects. Il ne saurait y avoir de complot terroriste visant à
faire sauter des avions de ligne dès lors que les conspirateurs
supposés n'ont ni suffisamment d'argent pour voyager, ni de papiers
d'identité, ni de billet d'avion. De plus, avancer que les conspirateurs
allégués étaient dépendants d'instructions
provenant de manipulateurs lointains ignorant tout des conditions de
base régnant sur le terrain des opérations n'est, tout
simplement, pas crédible.
Dès le début, les autorités britanniques
et usaméricaines ont affirmé que l 'engin explosif était
« une bombe liquide », bien qu'aucune bombe - pas plus solide
que liquide, d'ailleurs - n'ait été retrouvée dans
les lieux inspectés ni sur la personne d'aucun des suspects.
Pas plus que n'a été prouvée la capacité
de l'un quelconque des suspects à fabriquer, déplacer
ou faire exploser la soi-disant « bombe liquide » - [laquelle,
si elle avait existé], aurait été composée
d'un mélange extrêmement instable et impossible à
manipuler pour des personnes non-expertes. Aucune preuve n'a été
présentée quant à la nature de la bombe liquide
en question, ni quant à un quelconque échange, soit oral,
soit écrit, concernant ladite bombe liquide, qui mettrait en
cause l'un quelconque des suspects. Aucune bouteille, aucun liquide
ni aucune formule chimique n'ont été retrouvés
chez aucun des suspects. De même, aucun des ingrédients
indispensables à la confection d' une « bombe liquide »
n'a été découvert. Il n'y a pas non plus le début
d' une quelconque preuve de la provenance supposée du liquide
explosif (la source), ni quant à la question de savoir si ce
liquide a été acheté localement, ou ailleurs qu'en
Grande-Bretagne.
Même après que l'histoire de la bombe
liquide avait sombré dans le ridicule et dans un quasi oubli,
procureur généra adjoint britannique Peter Clark a affirmé
que « l'équipement nécessaire à la fabrication
d'une bombe, dont des produits chimiques et des composants électroniques,ont
été retrouvés » [BBC News, 21.08.2006].
Là encore, aucune indication sur les lieux où
auraient été trouvés les soi-disant « composants
électroniques » et « produits chimiques »,
on ne sait pas dans les domiciles ou dans les bureaux desquels des suspects
ils ont été soi-disant retrouvés, ni même
s'ils pouvaient avoir une raison plausible de se trouver là où
ils étaient, et qui n'ait rien à voir avec la confection
de bombes. Ces soi-disant éléments indispensables à
la fabrication de bombes étaient-ils détenus par une seule
personne, ou par un groupe de personnes ? Là encore, on n'en
sait rien. Dans le deuxième cas, s' agissait-il de gens connus
pour leur appartenance à un complot en vue d'un attentat à
la bombe ? De plus, il est intéressant de se pencher sur la date
à laquelle les autorités ont laissé tomber la piste
des bombes liquides pour ne plus parler que de l'identification de détonateurs
électroniques obsolètes. Et pour quelle raison ! Existe-t-il
la moindre preuve - documents, ou conversations enregistrées
- associant ces détonateurs électroniques et ces produits
chimiques au complot bien déterminé faisant l' objet de
l'enquête, lequel est censé avoir eu pour objectif de «
faire sauter neuf avions de ligne des USA » ?
Loin de fournir des faits pertinents élucidant
les questions fondamentales sur les noms, les dates, les armes et les
dates de voyage, le Commissaire Clark fournit à la presse une
sorte de liste des commissions comportant des objets que l'on pourrait
trouver dans des millions de domiciles. Il révèle par
ailleurs le nombre très important d'immeubles perquisitionnés
jusqu'à ce jour (soixante-neuf). Si le porte-à-porte en
montant les escaliers permet d' obtenir une promotion, alors Clark devrait
décrocher le pompon et être élevé au rang
de chevalier. D'après lui, la police aurait découvert
plus de 400 ordinateurs, 200 téléphones mobiles, 8 000
accessoires liés aux médias électroniques (des
accessoires aussi inquiétants que des cartes mémoires
additionnelles Blue Tooth, des CD et des DVD), la police a extrait 6
000 gigabytes de données des computers saisis (soit 150 gigabytes
par ordinateur.), ainsi que quelques enregistrements vidéo. On
présume, en l' absence de la moindre donnée qualitative
démontrant que les suspects préparaient réellement
des bombes en vue de détruire des avions de ligne usamricains,
que le Commissaire Clark est en train de solliciter les applaudissements
du public pour la performance de ses collaborateurs, aptes à
chouraver et à déménager de l'équipement
électronique d'un site à un autre, et ce, dans soixante-neuf
immeubles différents ! Ce serait en effet là un exploit
digne d'être mentionné, si nous avions affaire à
une entreprise de déménagements. et non à l'enquête
d'une police dotée de pouvoirs étendus au sujet d'un événement
aux supposées « conséquences catastrophiques incalculables
».
Certains des suspects ont été arrêtés
parce qu'ils s'étaient rendus au Pakistan au début des
vacances scolaires. Les autorités tant britanniques qu ’usaméricaines
ont simplement oublié de rappeler que des dizaines de milliers
de Pakistanais expatriés rentrent dans leur pays pour rendre
visite à leur famille, en particulier à cette période
de l'année !
Les experts boursiers n'ont jamais pris le complot
à la bombe liquide au sérieux, pas plus à Wall
Street qu'à la City de Londres. Le marché n'a pas bronché
un seul instant : ni il n'a piqué du nez, ni il ne s'est effondré
; il n'y a eu nulle panique. Le complot annoncé visant à
faire sauter des avions de ligne a été ignoré par
tous les grands acteurs sur les marchés financiers usaméricains
et londoniens. De fait, les prix du pétrole ont même légèrement
baissé ! Contrairement aux attentats du 11 septembre 2001 et
à ceux de Madrid et de Londres (auxquels le complot en question
est très souvent comparé), les « décideurs
» des marchés boursiers n'ont pas été impressionnés
par les allégations de « catastrophe majeure » formulées
par les gouvernements. Ni George Bush, ni Tony Blair - pourtant tenus
informés et briefés au sujet du « complot aux bombes
liquides » depuis plusieurs jours - n'ont jugé bon d'écourter
ne fût-ce que d'une seule journée leurs vacances, afin
de s'occuper sérieusement de la catastrophe annoncée.
De plus, chacune des affirmations péremptoires
et des éléments de « preuve » mis en avant
par la police et les responsables sécuritaires de Blair et de
Bush lève un lièvre : certains des suspects allégués
sont relâchés, et de nouvelles « preuves »
tout aussi bidon sont présentées, au compte-goutte, afin
d'entretenir un suspense à vous couper le souffle : deux enregistrements
de « messages de martyrs » ont été retrouvés
dans l'ordi d' un des suspects, ce qui, nous a-t-on dit, laissait présager
d'une attaque terroriste déjà planifiée. L'équipe
de Clark affirma avec un énorme aplomb avoir trouvé un
- et même plusieurs, tant qu'à faire - de ces enregistrements,
en oubliant de préciser que ces vidéos n'avaient pas été
réalisées par les suspects, mais seulement visionnées
par eux.
Beaucoup de gens, dans le monde entier, rendent hommage
à des martyrs s' étant sacrifiés à tout
un tas de causes politiques. Le Premier ministre japonais, Koizumi,
se rend chaque année en visite dans un mausolée dédié
aux morts de la Seconde guerre mondiale - dont des pilotes-suicides,
les kamikazes, défiant les protestations des Coréens et
des Japonais. Des millions de citoyens et d'hommes politiques américains
rendent hommage aux héros de la guerre au cimetière national
d'Arlington, chaque année, certain de ces soldats s'étant
sacrifiés afin de défendre leurs camarades, leur drapeau
et la justice de leur cause. Que des Asiatiques, musulmans ou non-musulmans,
décident de collectionner des vidéos concernant les martyrs
tombés en combattant contre l'occupation ou contre Israël
ne devrait surprendre personne. Dans aucun des cas cités, dans
lesquels des gens honorent leurs martyrs, on n'assiste à des
tentatives de la police visant à établir un lien entre
les participants recueillis et de futurs complots à base d'attentats
suicides. Dans aucun cas, sauf bien sûr dans le dernier cité,
celui où il s'agit de musulmans ! La célébration
de héros tombés au combat est un phénomène
qui relève de la normalité de tous les jours - il ne s'agit
certainement pas d'une preuve que ceux qui y participent, fussent-ils
quelque peu exaltés, soient engagés en quoi que ce soit
dans une quelconque activité criminelle.
Un « message de martyr », ce n'est ni un
complot, ni une conspiration ni une action, c'est simplement une expression
de la liberté d'expression - on pourrait même ajouter,
« à usage interne » (entre le locuteur et son ordinateur),
qui peut, ou non, devenir dans le futur un discours public. Devons-nous
faire du soliloque privé une menée terroriste ?
La durée légale de détention des
suspects, en absence de qualification des charges retenues à
leur encontre, étant arrivée à expiration, les
autorités britanniques ont relâché deux suspects
et mis en examen onze autres, tandis que onze autres continuent à
être retenus sans inculpation, sans doute parce qu'il n'existe
aucune base permettant de mener plus avant la procédure. Tandis
que le nombre des conspirateurs s'effiloche, en Angleterre, Clark et
Cie ont détourné l'attention vers un complot d'ampleur
mondiale, avec des ramifications en Espagne, en Italie, au Moyen-Orient
et ailleurs.
Apparemment, la « logique », en cela, c'est
qu'une plus grande étendue du réseau serait censée
en compenser les énormes trous.
Dans le cas d'espèce, sur les onze qui ont été
renvoyés devant un tribunal, seuls huit ont été
accusés de conspiration en vue de la perpétration d'un
attentat terroriste ; les trois autres sont accusés de ne pas
avoir « révélé les informations qu'ils détenaient
» (disons plutôt d'avoir été des mouchards,
qui n'auraient pas révélé. quoi, au juste ?) et
d' « avoir en leur possession des objets pouvant servir à
des personnes préparant un attentat terroriste. » [BBC
News, 21.08.2006]. Dès lors qu'aucune bombe n'a été
retrouvée et qu'aucun plan d'action n'a été révélé,
nous devons nous contenter d'une vague accusation de « conspiration
», ce qui peut signifier y compris une discussion privée
hostile, visant des citoyens usaméricains ou britanniques, entre
plusieurs individus susceptibles d'être dotés d'une capacité
de réflexion !
La raison pour laquelle il semble qu'on ait affaire
à des idées, et non à des actions, tient au fait
que la police n'a été en mesure de ne trouver ni une quelconque
arme, ni une quelconque procédure opératoire permettant
de pénétrer de force dans le lieu supposé de l'attaque
(tels que des billets permettant d'accéder à des avions,
des passeports, etc.). Comment peut-on accuser des suspects de ne pas
avoir révélé des informations, dès lors
que la police elle-même ne dispose d'aucune information quant
à un complot, totalement nébuleux, visant à faire
sauter des bombes [à bord d'avions de ligne] ? Le fait que la
police continue, aujourd'hui, à édulcorer ses soupçons
à l'encontre de trois comploteurs supplémentaires donne
une indication de la base très chancelante des arrestations auxquelles
elle a procédé et de ses déclarations publiques.
Accuser un jeune de dix-sept ans de « détenir des objets
indispensables à la préparation d'un attentat terroriste
», c'est tellement abusif que cela en devient risible. Cet objet
n'avait-il pas d'autres utilisations possibles, tant pour le jeune lui-même
que pour sa famille (comme un ouvre-boîte, par exemple) ? «
Détenait »-il des documents écrits susceptibles
de lui livrer une information suspecte, ou simplement parce qu'ils pouvaient
être fascinants pour quelqu'un de son âge ? Dès lors
qu'il possédait ces documents, c'est qu'il ne les avait transmis
à nulle autre personne susceptible de confectionner des bombes.
Avait-il connaissance de projets spécifiques visant à
fabriquer des bombes, connaissait-il un artificier quelconque ? Les
charges retenues pourraient impliquer quiconque détient, et lit,
un bon roman d'espionnage ou de science-fiction, dans lequel est évoquée
la fabrication d'explosifs. Les onze ont décidé de plaider
non-coupable ; le procès aura lieu. Le gouvernement et les mass
médias ont d'ores et déjà condamné les accusés,
dans les médias tant électroniques que sur papier. La
panique a été semée. La peur et la colère
hystérique sont bien présentes dans les interminables
queues de passagers, dans les aéroports et les gares. On expulse
de certains avions de paisibles Asiatiques en train de prier ; on détourne
parfois des vols et on évacue même des aéroports.
Le bobard du complot aux bombes liquides a d'ores et
déjà provoqué des pertes énormes (qui se
comptent en centaines de millions de dollars) aux compagnies aériennes,
aux hommes d'affaires, aux compagnies pétrolières, aux
commerces hors taxes (duty free), aux agences de voyage, aux lieux de
villégiatures et à l'hôtellerie, sans parler des
inconvénients et des problèmes de santé subis par
des millions de passagers coincés dans les aéroports et
en proie à une angoisse bien compréhensible. Les restrictions
imposées aux voyageurs munis d'ordinateurs portables, de sacs
de voyage, de certains nécessaires de toilette, de certains aliments
et médicaments liquides viennent se surajouter aux « coûts
» inhérents aux voyages eux-mêmes.
Il est donc évident que la décision de
mijoter ce complot aux bombes bidon n 'a pas été motivée
par l'intérêt économique, mais par des raisons de
pure politique intérieure. Le gouvernement Blair, déjà
extrêmement impopulaire à cause de son soutien aux guerres
de Bush en Irak et en Afghanistan, était soumis à des
tirs à boulets rouges en raison de son soutien inconditionnel
à l'agression israélienne contre le Liban, et de son refus
obstiné à en appeler à un cessez-le-feu immédiat,
ainsi que de son soutien indéfectible à la servilité
de Bush vis-à-vis des lobbies sionistes usaméricains.
Au sein même du parti travailliste, près d'une centaine
de députés s'exprimaient ouvertement contre sa politique,
tandis qu'y compris certaines ministres nommés récemment,
comme Prescott, déclaraient que la politique étrangère
du Big Boss Bush sentait la basse-cour. Bush n'était pas encore
rejeté par ses collègues au même point que Blair,
mais son impopularité menaçait d' entraîner la défaite
de son parti républicain au Congrès.
D'après de très hauts responsables de
la sécurité en Angleterre, Bush et Blair étaient
« au courant » de l'enquête sur un possible complot
« à la bombe liquide ». Nous savons que Blair a donné
le feu vert aux arrestations, alors même que les autorités
lui avaient dit qu'elles manquaient de preuves et que ces arrestations
étaient prématurées. Certains rapports émanant
de l' intérieur de la police britannique affirment que c'est
l'Administration Bush qui a poussé Blair à faire procéder
à des arrestations précoces et à annoncer la découverte
du complot « aux explosifs liquides ». Après quoi,
des responsables de la sécurité ont lancé une campagne
massive et tous azimuts de « propagande au terrorisme »,
afin de capturer l'attention et le soutien du public, avec la collaboration
totale des mass médias. Un temps, la campagne médiatico-sécuritaire
a rempli sa mission : la popularité de Bush est quelque peu remontée,
Blair a échappé à une motion de censure, et tous
les deux ont pu poursuivre, tranquilles comme Baptiste, leurs vacances
pépères.
Le complot politique à l'attentat correspond
à un modèle déjà éprouvé consistant
à sacrifier certains intérêts économiques
capitalistes afin de servir des objectifs de politique intérieure
et certaines prises de position idéologiques. Les échecs
en politique étrangère conduisent à des crimes
politiques intérieurs, exactement de la même manière
que des crises en matière de politique intérieure finissent
parfois par se traduire en expansion militaire agressive.
Les rafles criminelles organisées par les responsables
britanniques de la sécurité et dont ont été
victimes de jeunes citoyens britanniques musulmans originaires de l'Asie
du Sud avaient été spécifiquement conçues
afin d' occulter l'échec de l'invasion anglo-usaméricaine
de l'Irak ainsi que le soutien anglo-usaméricain à l'invasion
destructrice - même si elle a été « couronnée
d'échec » - du Liban par Israël. Le complot blairien
des « kamikazes aux explosifs liquides » a sacrifié
de multiples intérêts capitalistes à seule fin de
conserver des fauteuils politiques menacés et d' éviter
une sortie du pouvoir prématurée, qui aurait singulièrement
manqué de panache. Ce sont les citoyens et les entreprises britanniques
qui paieront la note de ce pitoyable militarisme.
De manière similaire, Bush, ses sio-néocons
et autres militaristes ont exploité les attentats du 11 septembre
2001 afin de déployer une stratégie militariste prenant
la forme de différents conflits en Asie du Sud-Ouest et au Moyen-Orient.
Avec le temps et les recherches scientifiques effectuées, la
version officielle des événements du 11 septembre est
désormais sérieusement mise en cause - tant en ce qui
concerne l'effondrement d'un des gratte-ciel de New York que l'origine
des explosions dans le bâtiment du Pentagone, à Washington.
Les événements du 11 septembre ['événements',
car peut-on, à proprement parler, employer le terme d' «
attentats » ? NDT] ainsi que les guerres en Afghanistan et en
Irak ont entraîné le sacrifice d' intérêts
économiques usaméricains d'une importance majeure : pertes
en vies humaines et économiques à New York, pertes enregistrées
par le tourisme, les compagnies aériennes, destructions physiques
massives ; pertes en termes d' augmentation très importante des
prix du pétrole et en termes d'instabilité, augmentant
les coûts supportés par les consommateurs et les industries,
principalement aux USA, en Europe et en Asie.
De la même manière, l'invasion israélienne
de la bande de Gaza et du Liban, soutenue par les USA et la Grande-Bretagne,
a été extrêmement coûteuse sur le plan économique,
en raison des biens détruits, des marchés et des investissements
suspendus ou ajournés, tout en suscitant une montée asymptotique
de l'opposition des masses aux menées impérialistes.
Autrement dit : les politiques militaristes, en tous
points similaires, des USA, de la Grande-Bretagne et d'Israël (et
donc, par extension, du sionisme mondial) sont mises en oeuvre au détriment
de secteurs stratégiques entiers de l'économie civile.
Les pertes enregistrées par des secteurs économiques clés
requièrent de militaristes qui sont essentiellement des civils
qu'ils recourent à des crimes politiques intérieurs inventés
de toutes pièces (faux complots visant soi-disant à préparer
des attentats, et procès de gens raflés au hasard) afin
de détourner l'attention du public de leurs politiques coûteuses
et désastreuses, et de renforcer leur contrôle politique
sur la population. Dans ces deux champs d'action, les militaristes civils
et les sio-néocons sont en train de perdre du terrain : le complot
des « explosifs liquides » est en train de tourner au vaudeville
; Israël doit se livrer à l'introspection ; les sio-néocons
ne prêchent plus qu'à leurs convertis convaincus. Quant
aux USA, ils demeurent ce qu'ils ont toujours été, depuis
leur fondation : un pays où des militaristes civils démocrates
passent leur temps à capitaliser sur les échecs de leurs
collègues militaristes civils républicains aux manettes.
07/07/06 - Le terrorisme divise les musulmans
britanniques
par Jean-Pierre Langellier, Le Monde, 6 juillet 2006
Un an après les attentats-suicides du 7 juillet 2005, qui ont
fait à Londres 56 morts et quelque 700 blessés, la communauté
musulmane britannique reste profondément divisée face
à l'islamisme et au terrorisme, et plus généralement
à l'égard des problèmes soulevés par sa
propre intégration dans l'ensemble de la société.ronologie
Les résultats d'un vaste sondage publié cette semaine
par le Times confirment la grande diversité d'une minorité
dont l'appellation schématique de "communauté musulmane"
rend mal compte. Ils fournissent des raisons de s'alarmer et des motifs
de satisfaction.
Près de 13 % des quelque 1,6 million de musulmans
britanniques tiennent les auteurs des attentats de Londres pour des
"martyrs". Cela représente près de 250 000 personnes.
Et 16 % des personnes interrogées estiment que les attaques étaient
condamnables mais que la cause qu'elles servaient était juste.
Autres chiffres inquiétants : 7 % des sondés
considèrent comme justifiées dans certaines circonstances
les attaques-suicides contre des civils en Grande-Bretagne, et 16 %
celles qui visent des militaires ; 2 % seulement seraient fiers si un
parent proche rejoignait Al-Qaida, mais 16 % seraient indifférents,
autrement dit, n'y verraient rien de répréhensible.
A travers ces chiffres, les musulmans de Grande-Bretagne
- originaires à 70 % du sous-continent indien - apparaissent
aujourd'hui plus amers, plus soupçonneux et moins bien intégrés
que ceux d'Allemagne, de France ou d'Espagne, alors qu'ils vivent dans
une société plus respectueuse et plus tolérante
envers l'islam que celles des pays voisins.
Leur sentiment d'appartenance nationale est plus faible
qu'ailleurs, et leur "mentalité de victime" plus forte.
Près d'un musulman sur deux minimise le danger terroriste et
juge "hautement improbable" de nouveaux attentats en Grande-Bretagne.
Une petite minorité, particulièrement
chez les jeunes, continue de croire que le monde complote contre les
musulmans. Mais la confiance, la fierté et le désir d'intégration
sont aussi très répandus. Ainsi 92 % d'entre eux estiment
que leur communauté apporte une contribution précieuse
au pays et 65 % souhaitent que celle-ci fasse plus d'efforts pour s'intégrer.
Neuf musulmans sur dix disent avoir des non-musulmans parmi leurs amis
proches.
Sur des problèmes généraux - l'éducation,
les valeurs occidentales, la morale publique - les musulmans ont des
vues assez proches des non-musulmans : leur "britannité"
a autant d'impact sur leurs opinions que leur appartenance religieuse.
La plus grande divergence entre les musulmans et le
reste de la société concerne les signes religieux ostensibles
à l'école : 76 % d'entre eux sont favorables à
la liberté du port d'un vêtement traditionnel contre 42
% des Britanniques en général.
Le gouvernement est loin d'avoir reconquis les esprits
et les coeurs des musulmans perdus après la guerre en Irak et
le durcissement de la lutte antiterroriste.
Mardi 4 juillet, devant une commission de la Chambre
des communes, Tony Blair a néanmoins défendu son bilan
et blâmé en partie les représentants de la communauté
musulmane : "Le gouvernement a son rôle à jouer, mais
au final, ce n'est pas lui qui peut aller dans cette communauté
pour venir à bout de l'extrémisme." Il a déploré
l'absence d'un "débat de fond" chez les musulmans,
"où la majorité modérée se dresserait
contre les idées des extrémistes, et pas seulement contre
leurs méthodes".
Le député travailliste d'origine pakistanaise,
Shahid Malik, connu pour sa fermeté envers les islamistes, a
repris ce thème : "Combien de leaders musulmans sont prêts
à dire, comme moi, que les kamikazes ne sont pas des martyrs
mais des terroristes qui iront droit en enfer ?" D'autres élus
musulmans, comme Sadiq Khan, expriment leur "découragement"
et dénoncent les lenteurs de l'action gouvernementale.
En novembre 2005, un groupe de réflexion mis
en place après les attentats avait publié une liste de
64 recommandations, dont "seulement trois ont été
mises en place", souligne ce député. Le gouvernement
conteste cette statistique et cite, parmi ses succès, l'organisation
de rencontres entre érudits musulmans et un jeune public, la
tenue de forums sur l'islamophobie et la formation d'un Conseil consultatif
des mosquées et des imams, dont on ne sait cependant pas comment
il s'y prendra pour faire passer son message de modération auprès
des secteurs les plus radicaux de la communauté.
04/07/06 - Désormais, même le simple
fait de lire un de mes articles est considéré séditieux
par Henri Porter, Observer, 2 juillet 2006.
Original : http://observer.guardian.co.uk/politics/story/0,,1810938,00.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
[L'arrestation de Steve Jago, en application des lois anti-terroristes,
m'a convaincu de soutenir le projet de David Cameron en faveur d'une
loi garantissant les droits fondamentaux qui soit véritablement
nationale.]
La pancarte que Steve Jago a exhibée le 18 juin à Whitehall
portait une citation de George Orwell : « En des temps de tromperie
universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.
» Cette citation est extraite du roman 1984, et il est sans doute
utile de se demander ce qu'Eric Blair aurait pensé d'une loi
qui permet à un jeune homme d'être arrêté
pour avoir déployé une banderole devant Downing Street.
Il serait certainement étonné par la voie empruntée
par l'actuel gouvernement travailliste, et j'imagine qu'il serait troublé
d'apprendre ce qui s'est passé ensuite, au commissariat de police.
M. Jago, qui comparaîtra au tribunal en septembre prochain,
sous l' accusation d'avoir organisé une manifestation illégale
interdite par le Décret sur le Crime organisé et la Police
[Serious Organised Crime and Police Act - Socpa], a été
fouillé. On a retrouvé sur lui trois copies d'un article
extrait du magazine Vanity Fair.
Il se trouve que je suis l'auteur de cet article intitulé «
La Grande-Bretagne de Blair est digne de Big Brother ». Il rassemble
la plupart de ce que j'ai pu écrire dans ces colonnes. Mais peu
importe. Ce qui importe, en revanche, c'est le fait qu'un des officiers
ait déclaré, dans la déposition, avoir montré
ces documents à l'accusé, en les qualifiant de «
documents politiquement orientés ».
Ainsi, un article de la presse consensuelle critiquant le gouvernement
Blair a été utilisé par la police comme un élément
justifiant de mettre M. Jago en examen. Cela revient à dire qu'avoir
sur soi n'importe article de presse susceptible d'apparaître «
politiquement orienté » à la police est désormais
considéré un délit susceptible de vous envoyer
en prison ou d'être condamné à une importante amende.
Réfléchissons un instant.
Ce que vous avez dans la poche - Private Eye, une coupure de presse
ou une copie cornée de 1984 - peut, dans l'une quelconque des
zones définies par la Socpa et les lois antiterroristes, être
considéré comme une preuve d'une intention criminelle.
En cette semaine où la Cour suprême des Etats-Unis a
contraint l' administration Bush à respecter les Conventions
de Genève à guantánamo, et où la Haute Cour
a cassé des ordonnances de contrôle pesant sur six suspects
de terrorisme, il pourrait sembler extravagant de s'étendre sur
cet incident. Pourtant, le comportement de la police britannique semble
bien menacer la liberté fondamentale qu'ont les citoyens de lire
ce qui leur plaît et de porter leur lecture du moment sur eux
là où ils l'entendent. A l'évidence, la police
était à l'affût, pour mettre en accusation M. Jago
; en vertu de ces nouvelles lois, on ne sait jamais très clairement
si vous êtes en train de manifester illégalement, ou non.
Nous verrons bien si exhiber une citation d'Orwell dans une zone signalée
[expression ô combien orwellienne.] contrevient à la loi.
Cela aurait-il été différent, s'il se fût
agi d'un extrait des excellents discours de Gordon Brown sur la croissance
endogène ou de Tony Blair sur l'éducation nationale ?
Wordsworth, on peut ? Et Shakespeare ?
Pourquoi le défilé de cent hommes d'affaires, jeudi
dernier, qui protestaient (à juste titre) contre le nouveau traité
d'extradition avec les Etats-Unis, entre Pall Mall et le ministère
de l'Intérieur, traversant par conséquent la zone Socpa,
n'a-t-il pas retenu l'attention de la police, même s'il n'avait
pas obtenu l'autorisation du commissaire de la Police du Grand Londres
? Qu'est-ce qui est constitutif de l'infraction : les mots, sur le calicot,
le sourire, sur votre visage, le contenu de votre sac, le magazine que
vous lisez, le fait que vous ne portiez pas un costard trois pièces
taillé sur mesure ?
Il s'agit d'une mauvaise loi, qu'il faut rejeter. Mais permettez-moi
de relever qu'il y a quelques raisons d'être légèrement
optimistes, des deux côtés de l'Atlantique, en ce qui concerne
les libertés fondamentales. Que la Cour suprême ait tapé
sur les doigts de Bush au sujet de guantánamo, où le Président,
en tant que commandant en chef des armées états-uniennes,
revendiquait le droit de retenir près de cinq cents suspects
de terrorisme, voilà qui représente une victoire de la
raison ; ce n'est que justice. Et ici, chez nous, la décision
prise par M. le juge Sullivan, à la Haute Cour, selon laquelle
les restrictions imposées à six suspects de terrorisme
contrevenaient à l'Article 5 de la Convention Européenne
sur les Droits de l 'Homme, qui interdit la détention sans procès,
conforte l'état de droit. Il y aura une audience d'appel, cette
semaine, mais on voit mal comment les avocats du gouvernement pourraient
arguer du fait que les conditions dans lesquelles ces six hommes sont
détenus diffèreraient en quoi que ce soit d' une détention
sans procès.
La protection de la population contre le terrorisme pose des problèmes
très complexes. Le gouvernement a manifestement une responsabilité
en la matière, mais cette responsabilité ne saurait être
assumée en ignorant tout simplement la loi, ni en introduisant
des lois qui suppriment un droit aussi élémentaire que
celui de porter une pancarte. David Cameron l'a excellemment dit, dans
un discours brillant, la semaine dernière, en déclarant
: « Nous avons vu beaucoup de lois qui sont à la fois autoritaires
et inefficaces - des lois qui ne protègent pas notre sécurité,
mais qui, par la même occasion, sapent nos libertés civiles.
» C'est bien là le problème : énormément
de lois proposées par le gouvernement sont tout simplement futiles.
Il en vint à mentionner l'opposition conservatrice à
la tentative gouvernementale de criminaliser la haine religieuse, ainsi
qu'au décret portant Régulation des Pouvoirs d'Investigation
[Regulation of Investigatory Powers Act - Ripa], les procès sans
jury et les « pouvoirs exorbitants » proposés dans
le Décret sur les Circonstances Civiles Exceptionnelles [Civil
Contingencies Act]. Enfin, l'opposition s'attaque au legs terrifiant
et généralement passé inaperçu des neuf
années passées, en matière judiciaire. La semaine
dernière encore, le gouvernement oeuvrait à ajouter au
Ripa le tristement célèbre décret qui permet aux
responsables officiels de fureter dans les e-mails des gens et sur internet.
De manière étonnante, cette mesure étendra ces
pouvoirs centralisés sans aucun garde-fou à l'Agence de
Déontologie [Driving Standards Agency], et pourtant, seul jusqu'ici
Simon Carr de l'Independent a couvert cette information, dont le parlementaire
conservateur Richard Shepherd a déclaré après coup
qu'il incarnait un autre exemple d'un glissement vers une « police
contrôlée par l'Etat ». Le discours de M. Cameron
a été plus qu'une simple critique, car il a réussi
à négocier un couloir entre une atteinte patente au Human
Rights Act et le besoin que nous avons de libertés et de droits
intangibles. Il s'agit là d' un équilibre qu'il est fondamental
de respecter, étant donné l'habilité de Tony Blair
et de John Reid à portraiturer quiconque se lève pour
défendre les libertés en libéral irresponsable.
Sa proposition d'une loi sur les droits fondamentaux élaborée
localement, qui inscrive les libertés dans la constitution britannique,
des libertés qui ne pourraient être rejetées ni
modifiées par aucun parlement, est une proposition à la
fois historique et courageuse, car elle défie la suprématie
du parlement, cette pierre angulaire de notre constitution non-écrite.
Deux ou trois grands ténors conservateurs en font des tonnes
au sujet d'un conflit possible dans le cas où, d'une part un
gouvernement conservateur abolissait le Human Rights Act et restait
dans le cadre de la Convention Européenne sur les Droits de l'Homme
tout en formulant, d'autre part, notre propre loi sur les libertés
fondamentales.
M. Cameron devra trouver une formule qui contente tout le monde. Il
suggère l'idée qu'une réponse pourrait être
trouvée dans un document constitutionnel codifié, dans
le style de la Loi fondamentale de l'Allemagne, qui coexiste sans conflit
avec la loi européenne, tout en offrant aux Allemands une garantie
nationale de leurs droits fondamentaux.
Mais n'oublions pas pour quelle raison nous débattons de cette
question. La plus grande offensive du parti travailliste contre la liberté
s'est produite après l'entrée en vigueur du Human Rights
Act. Ce décret n'a pas fait grand-chose pour nous protéger
contre des lois qui portent atteinte à nos droits à la
vie privée et à la confidentialité de notre correspondance,
sans écoutes aléatoires, à notre droit d'assemblée,
d'expression, à l'habeus corpus, des lois qui prévoient
la de sanctions sans qu'un procès ne décide s 'il y a
eu ou non infraction, et la croissance globale des pouvoirs arbitraires,
renfermés dans le Civil Contingencies Act.
De la même manière, nous n'avons pas été
capables de nous reposer sur l' accord entre gentlemen de notre constitution
non-écrite, selon lequel le parlement ne s'en prendrait en aucun
cas à nos droits fondamentaux. La vérité toute
nue est que le parlement n'est désormais plus en mesure de se
protéger contre un exécutif fou de pouvoir, ni par conséquent
de protéger les citoyens que nous sommes. C'est pourquoi la proposition
faite par David Cameron de constituer un panel de juristes chargés
de jeter les bases d'un document destiné à être
soumis au débat public devrait être accueillie favorablement
par les démocrates quelle que soit leur affiliation partisane.
Attentats de Londres : le rapport officiel écarte
la piste « Al Qaïda »
Après les déclarations récentes du responsable
de l'enquête officielle sur les attentats du 11 mars 2004 à
Madrid (<http://www.voltairenet.org/article136706.html>), qui
écartaient la piste d'un réseau international, c'est au
tour des enquêteurs britanniques de dissiper les rumeurs selon
lesquelles les attentats qui ont frappé Londres le 7 juillet
2004 étaient l'¦uvre du « terrorisme international
».
L'agence Associated Press a révélé les conclusions
de l'enquête officielle diligentée par le ministre de l'Intérieur
Charles Clarke qui sera publiée dans les prochaines semaines
: d'après celles-ci, les auteurs des attentats n'ont pas bénéficié
de l'aide d'un réseau islamiste international.
Force est de constater qu'à ce jour, aucune enquête officielle
n'a pu établir de lien organisationnels entre les attentats de
New York (11 septembre 2001), de Bali (12 octobre 2002), de Casablanca
(16 mai 2003), de Madrid (11 mars 2004) et de Londres (7 juillet 2004).
Aucun élément concret ne permet donc d'affirmer qu'il
existerait un réseau islamiste ayant une activité terroriste
mondiale.
Sans base factuelle, la théorie du complot islamique mondial
« Al Quaïda » est une hypothèse invérifiée
de porte-paroles gouvernementaux et de médias à sensation.
(Illustration : détail de l'organigramme des attentats de Londres
tel qu'imaginé par le journal The Times).
Source : http://www.voltairenet.org, 10 avril 2006
Extradition de ressortissants algériens
: les Britanniques moins exigeants
par Sofiane M., Le Quotidien d'Oran, 29 mars 2006
Les négociations autour des quatre accords d’extradition
et de coopération judiciaire aux plans pénal, civil et
commercial qui sont en phase de finalisation entre l’Algérie
et la Grande-Bretagne se poursuivent depuis lundi à Alger.
Ce septième round de négociations qui intervient après
celui tenu le 16 février dernier, à la veille de la visite
du ministre britannique des Affaires étrangères, M. Jack
Straw, semble aller vers des résultats probants.
Dans son édition d’hier, le journal «Charq El-Awssat»,
citant une source bien informée, a annoncé que le côté
britannique a «montré une souplesse en ce qui concerne
ses positions sur le sujet de la surveillance des conditions d’incarcération
des futurs extradés».
Selon le journal, ce revirement dans les positions des Britanniques
s’explique par la volonté de Londres de se débarrasser
des présumés terroristes après les attentats à
la bombe qui avaient secoué la capitale britannique en juillet
2005. Les Britanniques considèrent ces détenus comme une
menace permanente sur la sécurité nationale du pays et
veulent les extrader, dans les plus brefs délais, dans leurs
pays d’origine afin d’éviter les critiques des organisations
de défense des droits de l’homme.
D’ailleurs, le journal précise que l’Algérie
n’a jamais demandé l’extradition de présumés
terroristes mais que l’initiative est venue de Londres. Mais malgré
sa détermination à extrader les personnes liées
à des organisations terroristes, Londres restait toujours sceptique
quant aux conditions d’incarcération en Algérie
des futurs extradés et exigeait des autorités algériennes
des garanties.
Les Britanniques avaient demandé la surveillance des centres
de détention pour éviter que les futurs extradés
ne subissent la torture.
Ainsi, Londres avait exigé l’envoi régulièrement
en Algérie de délégations composées de juges
et de responsables de sécurité pour s’assurer que
les futurs extradés seront jugés dans de bonnes conditions
et traités convenablement durant leur incarcération. Les
autorités algériennes ont refusé cette demande,
estimant qu’elle était une atteinte à la souveraineté
nationale. Le responsable de la presse à l’ambassade d’Algérie
à Londres, M. Toubal, avait déclaré, le 10 mars
à la chaîne de télévision Channel Four, que
«l’Algérie n’accepte pas que la situation des
extradés soit vérifiée par un magistrat étranger».
Il avait déclaré que «les deux parties étaient
très proches d’un accord, mais les représentants
algériens ont été surpris, en novembre dernier,
par les exigences de la partie britannique».
Le diplomate avait également affirmé qu’ «il
n’a jamais été question auparavant de garanties».
Selon le journal, ces garanties ont été posées
par la justice britannique comme condition sine qua non pour l’extradition
de personnes résidant en Grande-Bretagne et impliquées
dans des affaires terroristes.
Les Britanniques avaient déjà réussi à
conclure des accords d’extradition avec des pays arabes comme
la Libye et le Liban en imposant le principe de la surveillance extérieure
des conditions d’incarcération.
Il est à signaler que la signature de l’accord d’extradition
entre l’Algérie et la Grande-Bretagne traîne depuis
deux ans et a été à maintes reprises reportée
à cause des divergences entre les deux parties sur des garanties
exigées par le côté britannique.
Le maire de Londres s'attire de nouveaux ennuis
Le maire de Londres Ken Livingstone était au centre mardi d'une
nouvelle polémique après avoir traité de "petit
escroc carotteur" l'ambassadeur des États-Unis à
Londres, en raison d'un désaccord sur le versement de la taxe
d'embouteillage.
Le conflit dure depuis l'été dernier: l'ambassade des
États-Unis, comme des dizaines d'autres, refuse de payer cette
taxe de 8 livres (11,7 Euro) par jour pour les voitures circulant au
centre de Londres. Cette taxe est un impôt et les diplomates en
sont donc exemptés, fait-elle valoir.
Mais M. Livingstone, personnage haut en couleur, aux propos souvent
à l'emporte-pièce, ne l'entend pas de cette oreille. Il
considère qu'il s'agit d'un péage pour rentrer dans Londres
et donc payable par tous.
Lundi, le maire s'est emporté contre l'ambassadeur américain
Robert Tuttle, en poste depuis juillet, en des termes très personnels.
Alors qu'il inaugurait une nouvelle station de métro, il l'a
tout d'abord traité de "vendeur de voitures, allié
du président Bush", qui a clairement pris "une décision
politique" de ne pas payer.
"Quand les troupes britanniques jouent leur vie pour la politique
étrangère américaine, il serait bien qu'ils payent
la taxe d'embouteillage", s'est emporté le maire travailliste,
se disant déterminé à "traîner en justice"
les diplomates américains.
M. Livingstone, actuellement menacé de suspension pour des propos
insultants envers un journaliste juif, a récidivé le soir
même.
Lors d'une émission régionale d'ITV, London Today, il
a encore forcé le trait. "Ce serait bien si l'ambassadeur
américain en Grande-Bretagne pouvait payer la taxe que tout le
monde paye, et ne pas essayer d'y échapper comme un petit escroc
carotteur", a-t-il asséné.
Selon un porte-parole de Transport for London, qui collecte cette taxe
appelée "congestion charge", l'ambassade américaine
doit quelque 200.000 livres (290.000 Euro) en taxe d'embouteillage.
Elle est l'une des dix missions diplomatiques ayant le plus d'impayés
en la matière.
Mardi, l'ambassade a reconnu qu'elle avait pris en juillet la "décision
unilatérale" de ne plus payer, car "les discussions
ne menaient nulle part". Son porte-parole Rick Roberts a réaffirmé
que les diplomates n'avaient pas à payer cette taxe.
Mais il s'est refusé à commenter les attaques personnelles
de M. Livingstone, soulignant qu'il n'allait pas lui faire "l'honneur
d'y répondre".
Une association, Liberty and Law, a par contre décidé
de citer à nouveau le maire devant l'Adjudication panel, l'agence
indépendante chargée de juger des écarts de conduite
des élus locaux.
Cette instance avait déjà été saisie il
y a quelques mois, après l'attaque gratuite du maire contre un
jeune journaliste juif qu'il avait comparé à un "ancien
criminel de guerre allemand".
Le maire, 60 ans, n'a jamais voulu s'en excuser.
Le 24 février, l'Adjudication panel avait décidé
que cette attitude méritait qu'il soit suspendu pour quatre semaines,
mais le maire a depuis fait appel de cette décision.
Et dans l'attente de la décision en appel, il a immédiatement
repris ses dérapages verbaux.
La semaine dernière, lors d'une conférence de presse,
il a ainsi suggéré à deux hommes d'affaires en
désaccord avec lui sur la construction du village olympique des
JO 2012 "de retourner en Iran et de tenter leur chance avec les
ayatollahs". Il avait fait là une grave erreur : les frères
Reuben sont des juifs iraquiens, nés en Inde... Source : AFP,
28 mars 2006
Soupçonnés d’activités
terroristes, six Algériens négocient leur retour au pays
par Mohand Afroukh, El Watan, Alger, 20 mars 2006
Six Algériens, soupçonnés d’activités
terroristes en Grande-Bretagne, négocient actuellement leur retour
au pays avec le gouvernement du Premier ministre, Tony Blair, car ils
ne peuvent plus supporter « la torture mentale » pratiquée
par les autorités britanniques, révèle le journal
du dimanche The Observer.
Les Algériens, que le 10 Downing Street considère comme
une « menace à la sécurité nationale »,
affirment qu’ « ils préféreraient risquer
la torture dans leur pays que de continuer de subir le traitement dont
ils font l’objet au Royaume-Uni », indique The Observer.
Une des six personnes, un ancien détenu de la prison de haute
sécurité de Belmarsh dans la banlieue sud de Londres,
a déclaré au journal qu’en dépit du fait
qu’il ait été relâché de la prison,
« il ne peut pas supporter les conditions qui l’obligent
à rester cloîtré à l’intérieur
22 heures par jour ». « Ce père de cinq enfants a
été emprisonné pendant trois ans et demi sans qu’aucune
accusation n’ait été formulée contre lui
», note The Observer. Ce dernier cite cet Algérien qui
affirme : « Ici (en Grande-Bretagne), nous ne sommes pas torturés
physiquement, mais mentalement nous sommes torturés. Je ne me
sens pas comme un être humain », a-il ajouté. Cet
Algérien, qui pour des raisons judiciaires ne peut être
identifié que par l’initiale « A », a déclaré
au journal : « Si je ne vais pas recouvrer ma liberté dans
ce pays, il ne me reste plus qu’à rentrer au pays. »
Selon The Observer, des avocats du Home Office (ministère de
l’Intérieur) ont indiqué que l’Algérien
en question a été impliqué dans « la création
du climat, la motivation et les conditions qui ont conduit aux évènements
(attentats terroristes contre le métro et un bus londoniens)
en juillet dernier ». « A » estime que si la commission
spéciale d’appel de l’immigration (Special Immigration
Appeals Commission) ne lui accorde pas « une liberté inconditionnelle
» après un appel qu’il introduira en juillet prochain,
il retournera en Algérie. The Observer note que cinq autres Algériens,
y compris trois qui sont détenus à la prison de Long Lartin
(hors de Londres), envisagent aussi de retourner en Algérie.
Les Lords font de la résistance
Les Lords britanniques ont rejeté mardi la disposition prévoyant
d'interdire la glorification du terrorisme dans le projet de loi antiterroriste
du gouvernement, lui infligeant une nouvelle défaite sur ce texte
controversé.
Les Lords ont voté par 160 contre 156 voix contre cette disposition,
qui avait été réinstallée à la mi-février,
avec une majorité de 38 voix, par les députés aux
Communes.
Cette disposition avait déjà été rejetée
par les Lords une première fois à la mi-janvier.
"Le gouvernement s'est engagé devant l'électorat
à rendre illégale la glorification des attentats terroristes
et a l'intention d'honorer cette promesse. La chambre élue (les
Communes) ont voté à juste titre pour interdire le terrorisme
et nous avons la ferme intention de le rétablir lorsque le projet
de loi reviendra aux Communes", a déclaré le ministre
de l'Intérieur Charles Clarke.
"Je suis déçu de voir que les Lords ont choisi d'ignorer
le signal clair et répété des Communes, selon lequel
la glorification du terrorisme est inacceptable", a-t-il dit.
"Le dernier vote aux Communes a été remporté
avec une majorité pour le gouvernement de 38 voix. C'était
la troisième fois que les Communes ont voté pour interdire
la glorification", du terrorisme, "chaque fois avec une majorité
accrue", a-t-il ajouté.
Le délit de glorification du terrorisme est censé viser
notamment les imams extrémistes décrits en Grande-Bretagne
comme des "prêcheurs de haine". Son adoption pénaliserait
un "encouragement indirect au terrorisme" et simplifierait
la dissolution des organisations qui font l'éloge du terrorisme.
L'idée de ce nouveau délit était inscrite dans
le programme du parti travailliste pour les élections de mai
2005. Les attentats du 7 juillet dernier à Londres (56 morts,
700 blessés) ont renforcé la détermination du Premier
ministre Tony Blair sur ce sujet.
En novembre dernier, une autre disposition controversée de la
loi avait été rejetée, cette fois par les députés,
qui avaient ainsi infligé sa première défaite parlementaire
à M. Blair depuis son arrivée au pouvoir en 1997.
Les députés avaient alors refusé de porter à
90 jours la durée maximale de la garde à vue dans les
affaires terroristes, optant à l'inverse pour une durée
de 28 jours. Source : AFP, 28 février 2006
7 ans de prison pour “l'imam crochet”,
Abou Hamza El Masri, l’homme-clé de tous les complots
par rédaction Quibla, 8 février 2006
soit à la fin de l'article :
Source : http://quibla.net, 08/02/2006
Abou Hamza al Masri, l'imam britannique d'origine égyptienne
de la mosquée londonienne de Finsbury Park, a été
reconnu coupable par la justice britannique de 11 chefs d'incitation
au meurtre et condamné à sept ans de prison. Mais on n’a
pas fini de parler de lui.
Agé de 47 ans, présenté comme le chef de la Djihad
("guerre sainte") en Europe, Masri, qui a perdu un oeil et
les deux mains en Afghanistan, encouraitt une peine de prison à
vie.
La mosquée de Finsbury Park, dans le nord de Londres, était
notamment fréquentée par le musulman britannique Richard
Reid, qui a tenté de faire sauter un avion de ligne au-dessus
de l'Atlantique avec un explosif dissimulé dans sa chaussure.
C’est par elle qu’est passé Zakarias Mousaoui avant
de s’envoler pour les USA. C’est par elle que sont passés
3 Algériens qui ont pris part à la prise d’otages
de Beslan en septembre 2004. Dès les années 1990, cette
mosquée a servi aux services secrets algériens, égyptiens,
syriens, britanniques et autres à recruter des “jihadistes”
manipulés pour les envoyer en Bosnie, en Afghanistan, au Moyen-Orient,
en Tchétchénie et au Kosovo mais aussi aux USA.
Le bras droit de El Masri, le Syrien Omar Bacri, a raconté en
détail dans une interview à un journal britannique comment
le MI6 avait utilisé ses services et ceux de “l’imam
crochet” pour recruter des “combattants” pour rejoindr
les rangs de l’UCK au Kosovo. Quant au bras gauche de Abou Hamza,
l’Indien Haroun Rachid Aswat, il a disparu sans laisser de traces
après avoir été livré par la Zambie au Royaume-Uni
quelques jous après les attentats du métro de Londres
le 7 juillet dernier. Aswat avait échappé à une
arrestation par le FBI dans l’Oregon en 1999, sur intervention
des services britanniques auprès de leurs homologues US. Il s’était
rendu d’Afrique du Sud à Londres quelques semaines avant
le 7 juillet et avait quitté le pays peu de temps avant les attentats.
sans être jamais inquiété. Détenu du 21 juillet
au 11 août 2005 à Londres, il s’est, depuis, littéralement
volatilisé.
Pour en revenir à Abou Hamza El Masri, c’est lui qui, dans
les années 1990, diffusait à la presse arabe de Londres
les “communiqués du GIA” qui lui étaient faxés
depuis...une caserne des environs d’Alger.
Bref, un vrai personnage pour John Le Carré...
Le député anti-guerre écossais
George Galloway a été diffamé sur l'Iraq, confirme
une cour d'appel
George Galloway a été diffamé
par le Daily Telegraph, qui affirmait que le député britannique
avait été payé par l'ancien dictateur Iraqien Saddam
Hussein, a confirmé mercredi une cour d'appel.
Le tribunal a rejeté l'argument du journal
selon lequel ses allégations étaient d'intérêt
public, et confirmé les dommages-intérêts de 150.000
livres (218.000 euros) alloués en première instance à
M. Galloway. Le Telegraph avait publié en avril 2003, au lendemain
de l'invasion de l'Iraq, des documents présentés comme
ayant été trouvés au ministère des Affaires
étrangères à Bagdad. Le journal affirmait à
l'appui que "le député travailliste recevait au moins
375.000 livres (545.000 euros) par an dans le cadre du programme pétrole-contre-nourriture.
Selon la cour, l'interprétation faite par le journal de ces documents
était orientée de façon à nuire au député.
George Galloway, 51 ans, a été expulsé
en 2003 du parti travailliste du Premier ministre Tony Blair à
cause de son opposition farouche à la guerre d'Iraq. Il a été
réélu député de Londres sur une liste du
nouveau parti anti-guerreRespect/The Unity Coalition (> http://www.respectcoalition.org)
Une commission d'enquête du Sénat des USA lui reproche
d'avoir perçu 446.000 dollars (368.660 euros) de l'ancien régime
Iraqien dans le cadre du programme pétrole-contre-nourriture.
Il nie fermement cette accusation et celle de parjure.
M. Galloway n'était pas au courant mercredi
des derniers développements le concernant: il est coupé
du monde, participant à l'émission de télé-réalité
Celebrity Big Brother, une idée qui lui a valu de solides critiques
au Royaume-Uni.
Source : AFP, 25 janvier 2006
Grande Bretagne 2005 - Contes et légendes
de Londonistan IV
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