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Bosnie

12/07/06 - Sandjak de Novi Pazar : le mufti et les tycoons


Par Sladjana Novosel, Danas, 4 juillet 2006. Traduit par Persa Aligrudic
Alors que la ville de Novi Pazar est toujours déchirée par les conflits politiques entres les différents partis bosniaques, la privatisation de la société Uniprom provoque de nouvelles tensions. Le mufti défend les droits de la communauté islamique sur le terrain, que revendiquent également deux grandes familles bosniaques. Privatisation contestée et clochemerle islamique.


À lire à http://balkans.courriers.info/article6890.html

 

05/06/06 - Le pharaon et les cevapcici* : les « pyramides » de Bosnie attirent la foule


Par Massimo Moratti, http://www.osservatoriobalcani.org/article/articleview/5728/1/51/, 24 mai 2006.

Traduit de l'italien par Mandi Gueguen pour http://balkans.courriers.info/

Trois pyramides antiques cachées sous les collines de Bosnie centrale : intox ou découverte sensationnelle ? En Bosnie on ne parle de rien d'autre, et le tourisme commence déjà à fleurir autour des pyramides de Visoko, entre folklore bosniaque et échos de l'ancien Egypte...

C'est un des rares événements qui réussit à secouer l'opinion publique en Bosnie et Herzégovine. Nous ne parlons pas des changements constitutionnels, de l'indépendance du Monténégro, des prochaines élections ni du nombre de personnes accusées de crimes de guerre qui progressivement finissent dans les filets de différentes polices. Nous parlons de ce qui se passe à Visoko, une petite ville située à prés de 30 kilométres de Sarajevo où, l'automne dernier, un archéologue amateur, Semir Osmanagic, a annoncé au monde sa découverte des premiéres pyramides bosniaques.

Une confirmation qui vient d'Égypte ?

La semaine derniére, un géologue égyptien, Aly Abd Barakat envoyé du Caire pour vérifier l'authenticité de la découverte semble avoir donné une premiére confirmation de la découverte de Semir Osmanagic. « Selon moi, nous nous trouvons devant une pyramide primitive d'un genre non encore connu... il est difficile de croire que la nature puisse créer des blocs de pierres de ce genre ». Le géologue égyptien semble donc avoir confirmé que les pierres trouvées sur le site de la pyramide sont le fait d'un travail humain et non naturel, ce que semblent indiquer aussi bien la forme des pierres que leur inclinaison. En plus, le sable trouvé entre les diverses strates de roche semble être semblable au ciment qui était utilisé dans les pyramides de Gizeh.

La découverte des pyramides à Visoko, ville connue pour ses saucisses et sa maroquinerie, a les contours typiques d'une histoire bosniaque, oscillant en permanence entre découvertes sensationnelles et farces de banlieues. La pyramide de Visoko est bien visible : il s'agit de la colline qui surplombe la ville devant les yeux de tous depuis toujours. La ville est en effet adossée aux pieds d'une colline en forme de pyramide, étonnamment réguliére, les photos et gravures d'époque l'ont toujours représentée ainsi.

Les premiéres recherches

C'est sur cette colline que Semir Osmanagic a porté son attention en août 2005, début des premiéres fouilles. Rapidement, c'est devenu la « Pyramide du Soleil ». Mais cela n'a pas suffi. Semir Osmanagic a découvert deux autres pyramides, la pyramide de la Lune et celle du Dragon, plus petites et moins visibles. Osmanagic, qui aime porter un chapeau de cowboy et vite devenu l'« Indiana Jones bosniaque ». Les pyramides, selon lui, sont vieilles de prés de 12 000 ans et appartiennent à une civilisation qui s'épanouissait en Bosnie, alors que le reste de l'Europe était recouverte de glace. La pyramide du Soleil est haute de 220 métres, nettement plus élevée que les pyramides d'Egypte.

Toutes ces pyramides sont pour le moment couvertes de terre et de végétation, ce qui ne les distingue en rien des innombrables collines bosniaques... Mais les fouilles, commencés en avril dernier, ont mené rapidement à la découverte de parois de pierres droites et inclinées vers le haut. De plus, toute une série d'indices et de preuves semblent indiquer la présence de quelque chose entre la terre et les arbres : les collines-pyramides paraissent dégager plus de chaleur que les zones environnante, indice de l'existence d'une série de tunnels qui, aprés avoir été explorés, semblent indiquer eux aussi qu'il s'agit là d'une ¦uvre humaine.

Une fondation a rapidement été créée « La fondation du parc archéologique des pyramides du Soleil bosniaque » (www.piramidasunca.ba) qui, à travers un site réguliérement mis à jour, informe des développements des fouilles et attend l'intérêt d'éventuels donateurs.

La communauté scientifique dit non

La communauté scientifique bosniaque se montre plus sceptique à l'égard de la découverte d'Osmanagic. En avril, dans une lettre ouverte publiée dans la majorité des journaux bosniaques, 21 scientifiques et experts ont mis en doute cette découverte, en qualifiant toute cette affaire de cirque. Plus récemment, Blagoje Govedaric, enseignant d'archéologie de l'Europe Orientale, a une fois de plus démenti dans les colonnes de Dani la thése d'Osmanagic. Il qualifie son approche d'amateurisme, et expliquant dans les grandes lignes que l'opinion publique mondiale se rendra compte que ces théories sont insensées et pourrait couvrir de ridicule le pays entiére.

Les détracteurs d'Osmanagic soutiennent que les pierres trouvées sur le flanc de la montagne ne sont autre que des pierres tombales d'une nécropole antique, reliée aux restes médiévaux présents au sommet de la « pyramide ». Et donc, selon eux, il n'y a rien de nouveau puisque cette ville médiévale est connue depuis toujours.

Une couverture médiatique mondiale

L'histoire a fait parler d'elle dans bien des médias mondiaux : CNN, BBC, ZDF, CBS, The New York Times, l'International Herald Tribune, le National Geographic, ce qui a donné une résonnance mondiale aux découvertes d'Osmanagic. Le ton des médias est plutôt sceptique, sans se compromettre, mais chaque service de média finit systématiquement par rappeler le site web de la Fondation.... En Italie, seulement l'Ansa et l'Osservatorio sui Balcani semblent avoir couvert le phénoméne. La présence des grands médias internationaux et de la CNN semblent donner une confirmation sérieuse aux découvertes d'Osmanagic qui, entre temps, s'est élevé au statut d'une personnalité médiatique, grâce aussi à son aspect télégénique et à son anglais parfait, qu'il peut exposer face aux caméras.

La visite dans les pyramides

La ville de Visoko vit un moment sans précédent dans sans histoire. La zone autour de la pyramide est devenue en effet le théâtre de visites dominicales par des foules de touristes et de curieux attirés par l'affaire. Ainsi, la visite aux pyramides a substitué le traditionnel pique-nique sur le fleuve. Des vendeurs de valisettes, de petits chapeaux, de pyramides en miniatures ont peuplé les rues de Visoko et les zones prés des fouilles. La pente des pyramides est en effet constellée de maisons et les chemins qui ménent aux fouilles sont étroits et trés fréquentés.

Les habitants du village ont transformé leurs jardins en parkings et certains ont rempli leur réfrigérateur de boissons à offrir aux curieux échauffés qui grimpent sur les sentiers pentus qui ménent aux fouilles. La trouvaille la plus géniale c'est peut être le « Kébab du Pharaon » : à mi-chemin de la montée vers les fouilles, un restaurateur improvisé prépare les cevapcici sur sa grille personnelle et sert les passants dans une cevabdzinica improvisée à ciel ouvert.

Les plus ingénieux sont probablement les enfants rroms, âgés de 8 à 12 ans, qui s'improvisent guides touristiques et accompagnent les touristes vers la zone des fouilles, montrant ce qui s'y passe et expliquant les développements à venir de la « vallée des pyramides bosniaques ». Dans la montée vers le sommet de la colline-pyramide, prés du site principal, on peut facilement découvrir d'autres zones de fouilles qui ont amené au grand jour d'autres couches de pierres superposées. Dans les derniers jours, les fouilles ont aussi commencé sur la « pyramide de la Lune ».

Fable ou histoire drôle, les pyramides de Visoko sont un des thémes dominants du quotidien bosniaque. Beaucoup de Bosniaques ne semblent pas croire qu'une population trés antique précédant les autres civilisations européennes ait vécu dans leurs terres. Cette théorie rappelle certaines théories semblables qui avaient circulé pendant le conflit. La découverte, vraie ou présumée des pyramides, semble avoir un effet décidément bénéfique sur les Bosniaques et leur procure la possibilité de rêver et de faire abstraction des problématiques de la Bosnie de Dayton, qui n'a pas l'air de pouvoir sortir de la crise économique et de l'impasse politique.

L'attitude est généralement prudente, mais chacun nourrit en son coeur l'espoir secret que Semir Osmanagic soit tombé pile. Et si aux prochaines élections se présentait le « parti des pyramides » ?

* Cevapcici (diminutif: civa ou ciba) : spécialité culinaire serbo-croate à base de viande hachée de boeuf, agneau et porc, agrémentée de lard, d'oignons et accompagnée de sauce pimentée. Très consommée dans toute la région des Balkans, ainsi qu'en Autriche et dans l'est de l'Italie. Bref, un plat pas du tout halal...

 

 

Une loi bâclée entrave des procès pour crime de guerre


par Nidzara Ahmetasevic, http://www.iwpr.net/, 31 mars 2006, Traduit de l'anglais par Thomas Claus pour http://balkans.courriers.info.
Certains dossiers du TPIY sont en cours de transfert vers les cours bosniennes. Mais la loi permettant le transfert des pièces est parsemée d'erreurs. Imprécisions, inadéquations au système juridique local et traductions fautives risquent de troubler le traitement de ces affaires.

La loi autorisant le transfert des dossiers judiciaires et de leurs pièces du Tribunal de La Haye aux cours de Bosnie-Herzégovine est remplie d'erreurs et d'inconsistances.

Ces erreurs légales, validées par le gouvernement bosnien en 2004, pourraient coûter des millions de marks convertibles (KM) aux tribunaux et provoquer une perte de temps considérable à la justice. Selon les experts, une partie des erreurs vient de la traduction. D'autres proviennent d'une mauvaise connaissance de la législation locale.

Le lancement de la Chambre pour les crimes de guerre de Bosnie-Herzégovine a demandé l'adoption d'un ensemble de nouvelles lois. La plupart d'entre elles ont été rédigées en anglais par des juristes étrangers. Ce sont leurs traductions qui ont été adoptées au Parlement.

L'une des lois les plus complexes et discutées touche à la procédure de transfert vers les cours bosniennes des pièces figurant dans les dossiers du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). L'article 4 de cette loi autorise les comités de juges à accepter ou à refuser les pièces rassemblées à La Haye.

Le Département de Défense Criminelle (OKO), qui fournit de l'aide aux avocats de la défense au sein de la Chambre pour les crimes de guerre, est conscient des inconsistances et des manques de ces lois. Robert Skilbeck, le directeur de l'OKO, se dit inquiet que la loi reste si ouverte à l'interprétation des comités de juges. « Le comportement qu'ils doivent adopter n'a pas été suffisamment détaillé. Il n'y a aucune marche à suivre susceptible d'aider les juges sur la manière d'utiliser les pièces », explique-t-il.

Selon Matias Hellman, représentant du TPIY en Bosnie, il revient aux comités de juges de décider si oui ou non, et de quelle manière, ils vont prendre en compte de nouveaux faits en plus de ce qui a été établi lors des procédures antérieures. « Mais il serait très inquiétants que des faits établis au-delà du doute raisonnable soient modifiés radicalement et sans fondement », souligne-t-il.

Des failles exploitées

Les avocats de onze accusés jugés pour des crimes commis à Kravice, près de Srebrenica, ont déjà annoncé qu'ils refuseront les pièces transférées du TPIY. Ils invoquent le principe selon lequel les pièces doivent être présentées de manière directe.

Stanko Petrovic, l'avocat de l'un des onze accusés, explique repousser les pièces du TPIY car il les considère attentatoires. « De par ce fait, cela devient un procès sans objet. »

A l'instar des autres avocats de la défense de l'affaire de Kravice, Stanko Petrovic affirme qu'il demandera un contre-interrogatoire des témoins entendus à La Haye si la Chambre pour les crimes de guerre de Bosnie accepte leurs témoignages et les autres pièces rassemblées par le TPIY.

Les autres avocats de la défense remettent en question les compétences et la crédibilité du TPIY. Parmi eux, Bosko Cegar considère le TPIY comme « un tribunal de circonstance, dont les décisions n'ont de validité qu'à La Haye, et ne peuvent donc être légitimes dans d'autres tribunaux. »

Mais certains experts étrangers maintiennent que le TPIY respecte les normes internationales les plus élevées. Ils soulignent qu'il est difficile de contester la validité des pièces qui y sont rassemblées.

Edgar Chen, un juriste de la Coalition for International Justice (CIJ), une organisation qui encadre les procès, considère que les pièces transférées doivent être acceptées. Mais il relève que la Chambre pour les crimes de guerre de Bosnie-Herzégovine doit aussi prendre en considération des pièces non intégrées aux procédures du TPIY. Il cite l'exemple de la vidéo de l'Unité des Scorpions [1], utilisée dans les procès tenus à Belgrade mais pas au procès de Slobodan Milosevic au TPIY.

« De manière générale, il ne devrait pas y avoir de vérités Œnouvelles' ou Œcontradictoires' », soutient-il. « Si [le TPIY] a établi que, les 12 et 13 juillet 1995, les forces de l'Armée Serbe de Bosnie (VRS), ont contrôlé le transport de femmes, d'enfants et de personnes âgées par bus vers les territoires contrôlés pas les forces bosniaques, ce fait doit être accepté par [les tribunaux bosniens] », explique-t-il.

« Espérons que [les tribunaux bosniens] ne vont pas établir que ces femmes, ces enfants et ces personnes âgées ont été menées en bus hors de Potocari au cours d'une opération non contrôlée par la VRS. Cela serait nouveau, contradictoire par rapport aux faits établis à ce stade. Je pense que des faits aussi bien documentés que ceux-là ne doivent pas être mis en doute. »

Même s'il ne nie pas que tester de nouvelles preuves est un procédé légitime dans un procès, Edgar Chen estime que les faits établis devant le TPIY sont à considérer comme prouvés au-delà du doute raisonnable.

« Ils ont été rassemblés et validés au Tribunal après examen par la défense », souligne-t-il. « J'espère qu'il n'y aura pas de manipulation, et même pas d'espace pour une manipulation de [ces faits]. Pour cela, les juges devraient dire Œceci a été prouvé devant le [TPIY] au-delà du doute raisonnable' et notifier les deux parties de les accepter. »

Incompatibilité

Mais l'article 4 n'est pas le seul à susciter la confusion. Une traduction inexacte de l'article 5 a également déclenché un certain mécontentement et des malentendus.

En anglais, l'article dit que la transcription des témoignages et l'enregistrement des dépositions « sera admissible », sans laisser de place à une interprétation différente. Dans la traduction réalisée vers les langues locales, l'article dit que ces transcriptions et enregistrements « pourront être utilisés ». Une formulation qui autorise différentes interprétations.

Le problème est rendu plus épineux par le fait que les réglementations juridiques bosniennes ne spécifient pas quelle version est prioritaire sur l'autre.

Il n'existe pour cette loi aucune marche à suivre à destination des juges. « La loi ne leur dit pas ce qu'il revient de prendre en compte dans l'intérêt de la justice », explique Robert Skilbeck. « Il est très inquiétant qu'une nouvelle loi soit si vague sur la manière dont le système juridique doit fonctionner. »

Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. Une section relative aux témoignages sous protection a été inspirée par la loi britannique et est inapplicable en Bosnie puisque qu'elle requiert un jury, inexistant dans le système local. Et encore une fois, la version en anglais et celles en langues locales sont différentes.

Robert Skilbeck nous a annoncé que l'OKO questionnera le fonctionnement de cette loi devant la Chambre pour les crimes de guerre et la Cour Constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine.

Selon lui, « au final, la [Chambre pour les crimes de guerre] devra accepter des normes internationales, probablement en empruntant les réglementations du [TPIY]. »

[1] Lire à ce sujet Procès Milosevic : une cassette qui peut tout changer, Massacre de Srebrenica : arrestation des anciens « Scorpions » et Srebrenica : le procès des « Scorpions » a commencé à Belgrade.

 

 

Le Tribunal des crimes de guerre rend sa première sentence


Le 7 avril, le Tribunal des crimes de guerre de la Cour d'État de Bosnie-Herzégovine, créé il y a un an, a rendu sa première sentence : 13 ans de réclusion. "Nedjo Samardzic est reconnu coupable de crimes contre l'humanité commis entre 1992 et 1995 durant les attaques à grande échelle et systématiques de l'armée et de la police serbes de Bosnie. il a aidé à et commis des persécutions, des viols et des tortures², a déclaré le juge. Samardzic, 38 ans, était en prison pour meurtre quand il s'st évadé et a rejoint l'armée serbe de Bosnie en 1992. Son unité a attaqué des villages musulmans près de la ville de Foca, dans l'Est de la Bosnie. le tribunal a établi qu'il a emprisonné et torturé des civils et a à plusieurs reprises violé des femmes et trois jeunes filles mineures.
Source : Reuters, 7 avril 2006

 

Colère autour de deux huis clos


Par Nidzara Ahmetasevic et Mirna Mekic, Balkan Investigative Reporting Network, 9 mars 2006.
Traduit par Thomas Claus pour http://balkans.courriers.info


La justice bosnienne a décidé de fermer deux procès au public. Elle affirme ainsi protéger des témoins victimes de viol. Mais plusieurs avocats et ONG contestent ce huis clos. Selon eux, seuls des procès publics peuvent susciter la confiance des citoyens.
Plusieurs avocats, ONG et représentants des victimes ont exprimé leur colère face à la décision prise par la Chambre pour les crimes de guerre de Bosnie-Herzégovine de fermer deux procès au public. Une première dans cette juridiction.
Les affaires en question concernent des hommes accusés de crime contre l'humanité, parmi lesquels de nombreux viols de femmes musulmanes, en 1992 et 1993, dans la région de Foca (est de la Bosnie).
Parmi eux, Radovan Stankovic. Il fut le premier inculpé à être transféré du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) aux tribunaux bosniens, dans le but de réduire les activités de l'institution internationale au cours des prochaines années.
Mais, en Bosnie, les procureurs de l'Etat ont demandé que les procès respectifs de Radovan Stankovic et Nedjo Samardzic soient fermés au public. Les procureurs affirment que les procès doivent se tenir à huis clos afin de protéger l'identité et la liberté des femmes venant témoigner à propos de leurs épreuves.
Or, nous avons appris que certains témoins demandent un procès public.
« L'un des témoins n'avait que quatorze ans lorsqu'elle a été violée. Elle ne veut pas être protégée », explique Mirsada Tabakovic, de l'association des Femmes Victimes de la Guerre. « Elle a décidé de faire face au criminel, et de le faire sans protection. »
Le bureau du procureur d'Etat a avancé que ce témoin pourrait révéler au public le nom d'autres personnes susceptibles d'avoir participé aux faits, mais qui n'auraient pas encore été inculpées. La Chambre pour les crimes de guerre a accepté l'argument, et s'est prononcée pour le huis clos.
Mais plusieurs juristes protestent. Ils soutiennent que la Chambre aurait pu trouver d'autres moyens de protéger les témoins sans recourir une solution aussi extrême. Selon eux, cette décision va priver les citoyens de l'accès à la vérité et à la justice qu'ils attendent depuis longtemps.
Le Centre de Recherche et de Documentation (IDC), une ONG locale qui surveille les procès de crimes de guerre, critique également cette décision. « Fermer un procès au public signifie empêcher ce dernier d'avoir accès à temps aux informations, ce qui est très important pour développer une certaine confiance vis-à-vis de la Cour de Bosnie-Herzégovine », affirme Mirsad Tokaca, le directeur de l'IDC. « En ce moment, construire la confiance envers les institutions judiciaires est primordial. »
Mirsad Tokaca ajoute espérer que l'IDC et d'autres ONG seront autorisées à assister au procès. « Même après la décision de fermer un procès aux médias, il reste nécessaire que soient présents les équipes d'observateurs citoyens et les représentants d'organisations qui travaillent avec les victimes », insiste-t-il. « Ce sont ces organisations qui ont fourni les déclarations des témoins et les témoins eux-mêmes au tribunal. »

« La justice doit être vue à l'¦uvre »
La décision a suscité un choc, étant donné que le TPIY n'a jamais eu recours à un huis clos intégral depuis qu'il a commencé ses audiences en 1996. « Il est possible de tenir un procès dans une salle fermée lorsque des victimes de viol sont concernées », explique Aleksandra Milenov, porte-parole du TPIY. « Mais ces procès ne sont que partiellement fermés au public. Le procès complet, cela n'arrive pas », ajoute-t-elle.
Mirsada Tabakovic, des Femmes Victimes de la Guerre, se dit également insatisfaite de la décision de la Chambre. « Nous voulions assister [au procès], avec la conviction qu'en agissant ainsi nous apporterions un soutien aux femmes qui témoigneront dans la salle d'audience », explique-t-elle. « C'est plus facile pour elles lorsque nous sommes là. »
Chris Stephen, qui a fréquenté le TPIY en tant que journaliste, se dit perplexe. « La justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit aussi être vue à l'¦uvre », explique-t-il. « La publicité des procès est la seule garantie que les juges procèdent correctement. Cette garantie ne peut qu'être affaiblie si les procès se tiennent dans le secret. »
Sa conclusion : « si les témoins, et particulièrement les victimes de viols, ont le droit de voir leur identité protégée, la cour doit se souvenir qu'elle est au service des gens. Pas l'inverse. »