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Européens, encore un effort pour devenir indépendants !

Ukraine

27/12/04 - La création de l'opposition “démocratique” ukrainienne par Justus Leicht, World Socialist Web Site, 2 décembre 2004
Si l'on devait croire les médias occidentaux, on conclurait que le mouvement d'opposition ukrainienne s'est développé de façon indépendante en tant que résultat d'un mouvement populaire spontané pour la liberté et la démocratie contre un régime corrompu. En vérité, la couverture des événements récents par les médias a été caractérisée par une absence de journalisme critique. Pratiquement aucune agence médiatique ne s'est donné la peine d'enquêter sur les créateurs des soi-disant "mouvements pour la démocratie" ou sur la nature de son programme politique.

Les forces dirigeantes du mouvement d'opposition ne cachent, elles-mêmes, pas leurs appuis. Leurs sites Internet diffusent des informations à ce sujet.

On se rend vite compte, en considérant les organisations qui y participent, que le mouvement n'est pas né spontanément. Un réseau d'extrême-droite, néo-libéral, établi en grande partie par des organisations états-uniennes a exploité l'insatisfaction généralisée engendrée par le régime autoritaire du président Leonid Kuchma pour mettre en oeuvre un plan préparé longtemps à l'avance. Le but était de placer plus fermement l'Ukraine sous le contrôle des États-Unis et d'ouvrir davantage le pays aux capitaux étrangers.

Le groupe d'opposition le plus actif est le réseau «Pora» (Le temps est venu). Il consiste surtout d'un groupe d'étudiants universitaires et a une influence considerable dans l'organisation de manifestations, de concerts de rock et d'autres événements contre le camps du gouvernement et de son candidat présidentiel, Viktor Yanukovich.

Le réseau Pora se décrit comme étant né de la décision de la «Coalition liberté de choix» des organisations non-gouvernementales ukrainiennes «de créé un vaste réseau de volontaires pour mettre en application une campagne nationale d'information et d'éducation visant à s'assurer que les citoyens aient le droit de vote».

Le réseau Pora se réfère expressément aux «activités couronnées de succès des réseaux de volontaires» en Serbie («Otpor» en 2000), en Georgie («Khmara» en 2003) et dans d'autres pays. Le réseau Pora affirme fièrement qu'il a reçu des conseils de ces groupes.

«Liberté de choix» est une coalition fondée en 1999, regroupant ostensivement plus de 300 différents groupes. Selon ses propres sources, elle est appuyée par les institutions suivantes : les ambassades des États-Unis, de la Grande-Bretagne et du Canada; le National Democratic Institute, présidé par l'ex-secrétaire d'État des États-Unis (sous Clinton) Madeleine Albright; la International Renaissance Foundation (IRF), ramification ukrainienne de l'Open Society Institute financé par George Soros; l'Eurasia Foundation, également financée par Soros et par le gouvernement des États-Unis; la Banque mondiale; l'Organization for Security and Cooperation in Europe; l'Agency for International Development des États-Unis; la Freedom House, présidée par l'ex-directeur de la CIA James Woolsey; et l'organisation de droite Konrad Adenauer Institute de l'Union démocrate-chrétienne allemande.

Le modèle politique suivi par le réseau Pora est le néo-libéralisme. Pora loue le règne bref de Viktor Yushchenko en tant que premier ministre d'Ukraine parce qu'il a pris des mesures pour ouvrir le pays aux capitaux étrangers et applique un programme radical de privatisationl. Pora déclare : «Pendant la brève période où le gouvernement a été au pouvoir, l'équipe de réformateurs en 2000 a provoqué une réduction de l'économie souterraine et contribué à l'établissement d'un accès égal au marché ukrainien non seulement pour les entreprises russes, mais aussi pour les entreprises occidentales... De plus, l'Ukraine a augmenté ses liens de coopération euro-atlantique et a ajusté ses relations d'affaires avec la Russie (en particulier, en ce qui concerne le transport des ressources énergétiques).»

Les membres et les militants les plus connus du réseau Pora ont reçu une formation de spécialistes des États-Unis. Un rapport rédigé par la Fondation de Jamestown, centre d'études et de recherche dont le comité exécutif comprend James Woolsey et l'ex-conseiller en sécurité national des États-Unis (sous le président Jimmy Carter) Zbigniew Brzezinski, affirme : «L'Otpor a entraîné des membres du réseau Pora sous les auspices du programme Citizen Participation in Elections in Ukraine (CPEU), dirigé par la Freedom House, le National Democratic Institute et l'International Republican Institute et financé par l'Agency for International Development des États-Unis.»

En 2000, l'organsation Serbe Otpor a organisé des manifestations qui ont conduit à la chute de Slobodan Milosevic. Aujourd'hui, la même organisation est utilisée pour provoquer le changement de régime en Ukraine, appuyée par un institut proche du Parti démocrate des Etats-Unis et par un autre institut proche du Parti républicain et financé par une agence du gouvernement états-unien.

Le Center for Political Education et le Ukrainian Centre for Independent Political Research ont également formé des militants politiques du “mouvement pour la démocratie". Le Center for Political Education reconnaît qu'il colabore avec oopère avec l'Association des jeunes entrepreneurs d'Ukraine et avec l'International Republican Institute dirigé par le Parti républicain, alors que, selon ses propres déclarations, le Centre ukrainien pour la Recherche Politique Indépendante a été financé pendant beaucoup d'années par l'American National Endowment for Democracy, par l'IRF de George Soros et par les gouvernements britanniques et canadien.

Conjointement avec les militants de l'opposition, nombre d'observateurs d'élection ont également été financés par les institutions états-uniennes. Cela devrait suffir à prouver le manque total d'impartialité des élections ukrainiennes.

Un grand nombre d'entre eux ont été organisés par le Comité d'électeurs d'Ukraine, sous la présidence d'Igor Popov et par l'organisationew Choice-2004. Cette dernière a été fondée par le CVU et développée par l'IRF de Soros. Les forces dirigeantes qui se cachent derrière le CVU sont la Eurasia Foundation et le National Democratic Institute. En février de cette année, New Choice a tenu une réunion de travail avec Madeleine Albright.

Selon ses propres chiffres, la International Renaissance Foundation (IRF) a depuis 1990 injecté plus de 50 millions de dollars dans la construction de diverses organisations non gouvernementales ukrainiennes. Au cours des quelques dernières années, l'IRF avoue avoir soutenu des organisations non gouvernementales en versant plus de 5 millions de dollars par an.

Il n'est pas étonnant que les sondages avant les élections, qui avaient montré une nette avance de Yushchenko, candidat de l'opposition immédiatement après la fermeture des bureaux de vote, aient été financés par les mêmes sources. Les sondages ont été réalisés par la Fondation d'Initiatives Démocratique et conjointement par le Centre de Razumkov pour la National Endowment for Democracy (financée par l'IRF) et par le Kyiv, l'International Institute of Sociology. La Democratic Initiatives Foundation est affiliée à New Choise-2004 et au World Democracy Movement, création de la National Endowment for Democracy. L'un de leurs plus récents projets donnait de l'appui aux tentatives de renverser le gouvernement de Hugo Chavez au Venezuela.

Les sondages des premiers votants du scrutin national ont été aussi financés par l'IRF, la Eurasia Foundation et les ambassades des États-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada, des Pays-Bas, de la Suède, de la Norvège, du Danemark et de la Suisse.

Le fait que ceux qui ont organisé les sondages d'élection et servi d'observateurs des scrutins aient été financés par les forces qui ont subventionné l'opposition et soutenu la campagne de leur candidat font en sorte que leur protestation d'impartialité n'est qu'une farce. Qu'il y ait eu fraude, et de bonnes raisons permettent de croire qu'il y a eu truquage d'un côté et de l'autre, toute l'élection et ses conséquences ont été un exercice grotesque en matière de manipulation et de provocation des Etats-Unis et de l'Europe. La tentative des dirigeants d'opposition et de leurs appuis occidentaux de se draper du manteau de “la démocratie” ne peut mériter que du mépris. En tout cas, aucune des réclamations faites par le camp de l'opposition ne peut être accepté comme vraie.

 

25/12/04 - « On n'est pas des chèvres ! » : l'Ukraine va-t-elle élire le premier président rappeur du monde ?
La fièvre est remontée à 2 jours du troisième tour de l'élection présidentielle ukrainienne, qui ayura lieu dimanche 26 décembre en présence de 12 271 observateurs internationaux, ce qui constitue un reecord mondial absolu. Les "oranges" ont repris le chemin de la Place de l'Indépendance à Kiev pour faire monter la fièvre. Et dsormais, ils ont leur "hymne". Une sorte de rap, repris par la foule et brodé à partir d'une phrase martelée un jour par le candidat de l'opposition, Viktor Iouchtchenko.
"Tous ensemble, nous sommes nombreux et nous ne pouvons pas être vaincus", avait-il lancé un soir place de l'Indépendance, épicentre de la révolution. "Tous ensemble, nous sommes nombreux et nous ne pouvons pas être vaincus", a repris la foule. Ce qui n'est pas sans rappeler le fameux slogan chilien: "El pueblo unido jamas sera vencido" (le peuple uni ne sera jamais vaincu).
Le slogan a inspiré Oleh Laniak, chargé de la programmation musicale d'une station de radio d'Ivano-Frankivsk, dans l'ouest du pays. En deux heures, il y ajoutait des paroles de son cru: "Pas de falsifications, pas de mensonges, pas de machinations/Oui Iouchtchenko!/Oui Iouchtchenko!/C'est notre président. Oui! Oui!".
"On n'est pas du bétail/On n'est pas des moutons", poursuit l'auteur de ce rap politique. Il s'agit là d'une allusion à des propos du candidat du pouvoir, Viktor Ianoukovitch, qui avait qualifié les manifestants de Kiev de "kozli," _expression populaire peu amène traduite ici par "moutons" -qui en fait signifie chèvres- et qui est l'équivalent français de l'esprit moutonnier.
Roman Kaline et Roman Kostiouk, chanteur et guitariste dans un groupe pop appelé Hryndjoli ("luges") ont composé la mélodie. Et le "rap orange" s'est répandu comme une traînée de poudre dans toute l'Ukraine, du moins dans les régions où l'on a voté très majoritairement pour Iouchtchenko (Ouest et Sud). Elle était sur toutes les lèvres dans les rassemblements, aussi présente dans les oreilles que la couleur-phare de l'opposition sur les vêtements et les calicots.
"Nous sommes filles et fils/De l'Ukraine/Maintenant ou jamais, assez d'attendre!"
La "révolution orange" continue d'être une source d'inspiration. Cette semaine, un nouvel air a commencé à être fredonné: "C'est presque le printemps/Et je le sens tous les jours/Tout dans le nom/Le nom de demain/Nom de demain/Hier évanoui!". Une chanson intitulée naturellement "Le nom de demain".
"C'est un hommage aux gens de la place de l'Indépendance, un simple 'merci' à tous ceux qui nous ont aidé à être plus fort et plus unis et dont le courage a changé l'Ukraine à jamais", explique la chanteuse Slava Vakartchouk d'un groupe très populaire de Kiev, Okean Elzi, (l'océan d'Elsa), et conseillère de Iouchtchenko sur les questions touchant à la jeunesse.
Source : AP, 23 décembre 2004

15/12/04 - Après le procureur, le Parlement ouvre une enquête sur l'empoisonnement de Iouchtchenko
Les députés ukrainiens ont décidé de rouvrir l'enquête sur l'empoisonnement du chef de l'opposition Viktor Iouchtchenko, lundi, tirant ainsi la conséquence de l'annonce en ce sens par les médecins de la clinique viennoise où il a été soigné.
Le procureur général d'Ukraine avait précédé la commission parlementaire dimanche en rouvrant lui aussi le dossier.
Dans le même temps, le candidat de la majorité, Viktor Ianoukovitch, donné comme battu d'avance au "troisième tour" qui aura lieu le 26 décembre prochain, a accusé son adversaire d'avoir été "subventionné" par Washington. Il a mis en doute par ailleurs sa capacité à diriger le pays en raison même de son état de santé.
La commission d'enquête parlementaire sera présidée par le député Volodimir Sivkovitch, un partisan de Viktor Ianoukovitch. "Les résultats de l'expertise la plus récente à Vienne nous apportent des éléments pour reprendre nos travaux", a déclaré M. Sivkovitch. "Toutefois, nous ne sommes pas convaincus que l'empoisonnement délibéré puisse être prouvé", a-t-il averti.
M. Sivkovitch avait présidé une première commission d'enquête en octobre, qui avait tranché en faveur d'une infection virale associée à d'autres pathologies. Celle-ci avait conclu une première fois ses travaux avant le deuxième tour du 21 novembre sans parvenir à une conclusion. Puis la commission d'enquête avait repris ses investigations. Lundi, M. Sivkovitch a appelé M. Iouchtchenko, aujourd'hui défiguré par sa mystérieuse maladie, à remettre immédiatement à la commission parlementaire ainsi qu'à la justice les résultats des examens qu'il a subis en Autriche.
Viktor Iouchtchenko s'est naturellement félicité du fait que le procureur Sviatoslav Piskoun ait rouvert une enquête criminelle mais il a estimé que les enquêteurs devraient attendre que l'élection ait eu lieu. Il se refuse, a-t-il dit, à ce que le vote soit influencé "que ce soit positivement ou négativement" par leurs conclusions.
Les députés peuvent prendre en considération cette demande du chef de l'opposition car ce sont eux qui décident de la mise en route de la commission d'enquête parlementaire.
Interrogé par la presse s'il avait joué un rôle dans l'empoisonnement de son rival, M. Ianoukovitch a répondu qu'il ne lui souhaitait "aucun mal". Il a dit souhaiter qu'une enquête approfondie soit menée tout en mettant en doute les capacité de Viktor Iouchtchenko de diriger le pays s'il devait être élu le 26 décembre: "Le fait est que Iouchtchenko est gravement malade. Tout le monde peut le constater."
La politique politicienne ne perd ainsi pas ses droits. Viktor Ianoukovitch accuse par ailleurs les Etats-Unis d'avoir faussé les résultats en arrosant généreusement l'opposition. Et il demande la formation d'une commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur cette question. Ce n'est pas la première fois que Washington est accusé d'interférer dans les affaires de l'Ukraine.
Source : AP, 13 décembre 2004

13/12/04 - Les médecins autrichiens concluent à l'empoisonnement de Viktor Iouchtchenko
Les médecins autrichiens qui ont examiné Viktor Iouchtchenko ont conclu samedi à un empoisonnement à la dioxine du chef de l'opposition ukrainienne.
Le champion de la "révolution orange", favori du "troisième tour" de l'élection présidentielle du 26 décembre face au Premier ministre Viktor Ianoukovitch, affirme depuis longtemps que ses adversaires politiques ont tenté de le tuer.
Sa maladie l'a empêché de participer au début de la campagne électorale et l'a laissé défiguré, le visage marqué par des boursouflures.
"Il n'y a aucun doute", a déclaré lors d'une conférence de presse le Dr Michael Zimpfer, directeur de la clinique Rudolfinerhaus de Vienne, où Iouchtchenko a été admis. "On a trouvé de fortes concentrations de dioxine, très probablement administrée par voie orale".
Il a précisé que l'empoisonnement à la dioxine avait été confirmé par une analyse de sang pratiquée par un laboratoire d'Amsterdam.
Dans un premier temps, le médecin n'a pas voulu dire s'il pouvait s'agir d'un empoisonnement accidentel, affirmant que c'était à la justice de l'établir.
Mais il a déclaré par la suite que son établissement croyait à un empoisonnement délibéré.
"Nous soupçonnons une cause déclenchée par un tiers. Ce serait facile à administrer dans un potage contenant de la crème", a noté le Dr Zimpfer, ajoutant que la dioxine est très soluble et se répand rapidement dans le corps.
Arrivé vendredi soir à la clinique, Iouchtchenko doit y subir d'autres examens au cours du week-end.
Le Dr Zimpfer a expliqué qu'il faudrait des années à Iouchtchenko pour que son corps se débarrasse de la dioxine, une substance que l'on trouve notamment dans "l'agent orange", un défoliant utilisé par l'armée américaine pendant la Guerre du Vietnam.
Ioutchtchenko a déclaré vendredi soir à des journalistes que sa santé s'améliorait et qu'il avait bon espoir de remporter l'élection. "Ma santé s'améliore de jour en jour", a-t-il dit.
Des experts étrangers ont noté que, au vu des photos, Iouchtchenko paraissait souffrir de chloracné, une maladie cutanée similaire à l'acné, souvent associée à l'empoisonnement à la dioxine.
Cette maladie professionnelle peut notamment frapper des personnes manipulant des composants de fongicides, d'insecticides et d'herbicides.
En campagne dans son bastion de l'est de l'Ukraine, Viktor Ianoukovitch a souhaité bon rétablissement à son adversaire. "Quant aux raisons (de sa maladie), je ne sais rien. Laissons les spécialistes étudier cette question", a-t-il dit devant 5.000 partisans rassemblés à Louhansk.
Invité par la suite d'une émission de deux heures de la télévision ukrainienne russophone, Ianoukovitch a accusé son rival d'être financé par l'étranger et il a dénoncé des pressions exercées selon lui sur la Cour suprême, qui a invalidé le second tour de la présidentielle, et sur le Parlement, qui a censuré son gouvernement.
Le Premier ministre a réaffirmé sa conviction que les liens avec la Russie sont essentiels à l'avenir du pays. Réagissant à un sondage de téléspectateurs qui s'étaient prononcés aux trois quarts pour une fédéralisation de l'Ukraine, Ianoukovitch s'est déclaré favorable au lancement rapide de réformes qui pourraient déboucher à terme sur l'introduction du fédéralisme.
Mais il a prôné la prudence. "Le principal est de s'assurer que les régions soient autosuffisantes", a-t-il dit.
A Kiev, le ministre des Finances, Mykola Azarov, a annoncé une révision des prévisions budgétaires de 2005 pour tenir compte de la crise qui paralyse le pays.
Les nouveaux chiffres représentent une approche réaliste, a-t-il dit. La croissance prévue pour 2005 est ramenée de 8,6% du produit intérieur brut à 6,5%.
Les prévisions d'inflation sont portées de 7,1% à 8,7% et le déficit budgétaire pourrait s'établir à 2,8% du PIB contre 1,3% prévu initialement.
Source : Reuters, 11 décembre 2004

 

09/12/04 - Compromis à Kiev : c’est parti pour le troisième tour !
L'opposition ukrainienne et le pouvoir ont finalement trouvé mercredi un compromis politique: les députés ont adopté une réforme constitutionnelle réduisant les pouvoirs présidentiels, mais qui n'entrera en vigueur que peu avant les législatives de 2006.
Les députés ukrainiens ont adopté mercredi la réforme constitutionnelle prônée par M. Koutchma depuis plus d'un an et qui renforce les pouvoirs du Parlement et du gouvernement, au détriment de ceux du Président.
L'opposition a obtenu en revanche qu'elle n'entre pas en vigueur avant septembre 2005 ou janvier 2006 (en fonction d'un vote à venir sur une réforme régionale), soit peu avant les prochaines législatives prévues en mars 2006.
Elle a marqué plusieurs autres points en obtenant: la démission du Procureur général Hennadi Vassiliev, une personnalité controversée venant de la région de Donetsk, bastion de Ianoukovitch; l'adoption d'amendements à la loi électorale qui réduisent les risques de fraudes pour le prochain scrutin; la formation d'une nouvelle commission électorale centrale avec un nouveau président.
Le président Koutchma était au Parlement et a promulgué immédiatement les textes, après avoir applaudi le vote des députés.
"L'Ukraine a été à plusieurs reprises confrontée à des crises. Mais nous avons toujours eu suffisamment de volonté politique pour trouver la bonne décision", s'est félicité le chef de l'Etat.
"C'est un acte de consolidation et de réconciliation qui prouve que l'Ukraine est unie et indivisible", a ajouté le président du Parlement Volodymyr Litvine.
Dans une première réaction, le haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure Javier Solana s'est félicité à La Haye des réformes adoptées par les députés ukrainiens, estimant que "toutes les décisions importantes nécessaires pour la tenue d'élections le 26 (décembre) ont été approuvées".
L'accord entre les deux parties réduit beaucoup les chances de Viktor Ianoukovitch pour le prochain scrutin. Car, selon les experts, "la machine du pouvoir" va désormais laisser les électeurs faire librement leur choix.
Or M. Ianoukovitch, vainqueur déchu du précédent scrutin invalidé en raison de l'importance des fraudes constatées, a perdu nombre de soutiens depuis le début de la crise politique.
Il ne dispose plus "ni des ressources des administrations régionales, ni de l'appareil de Premier ministre, ni de l'appui des médias, ni de son image de vainqueur", notait mercredi Sevodnia, un quotidien ouvertement anti-Iouchtchenko avant d'opérer un "rééquilibrage" ces dernières semaines.
M. Koutchma a autorisé mardi soir le Premier ministre à prendre des vacances. Celui-ci, parti dans son bastion de Donetsk (est), se mettait ainsi, grâce à la loi ukrainienne, à l'abri d'un éventuel limogeage.
La cote de popularité du leader de la coalition libérale Notre Ukraine, M. Iouchtchenko, a à l'inverse été dopée par la "révolution orange".
Mais le compromis conclu entre le pouvoir et l'opposition va aussi réduire fortement les pouvoirs du futur président.
Désormais, le parlement nommera notamment l'essentiel du gouvernement, aura son accord à donner sur le nom du Premier ministre et du ministre de la Défense, nommera le chef des Services de sécurité, alors que les gouverneurs des régions seront désignés par le Premier ministre et non plus par le Président.
Dans l'opposition, tous ne semblaient pas disposés à obtenir la "paix politique" à ce prix, notamment son égérie Ioulia Timochenko: "C'est aujourd'hui une victoire de Koutchma. Ce vote va réduire les pouvoirs de Iouchtchenko. J'ai travaillé toute la nuit pour essayer d'empêcher cela. Nous aurions pu vaincre sans cela", a-t-elle regretté.
Source : Reuters, 8 décembre 2004

Le médecin autrichien de Viktor Iouchtchenko dément avoir déclaré qu'il a été empoisonné
Le mal dont souffre le chef de l'opposition ukrainienne Viktor Iouchtchenko reste mystérieux. Le médecin autrichien qui l'a soigné dans une clinique réputée de Vienne, le Dr Nikolai Korpan, a démenti mercredi avoir déclaré au "Times" de Londres que M. Iouchtchenko a bien été empoisonné, information également qualifiée d'inexacte par le directeur de l'établissement, le Dr Michael Zimpfer.
Viktor Iouchtchenko est tombé malade le 6 septembre et a été hospitalisé à Vienne quatre jours plus tard. Il accuse les autorités ukrainiennes de l'avoir empoisonné, alors que ses détracteurs évoquent une intoxication alimentaire. Autrefois considéré comme un homme séduisant, il présente aujourd'hui un visage incroyablement marqué, enflé et en partie paralysé.
Cité mercredi par le quotidien londonien "The Times", le Dr Korpan, qui l'a soigné à la clinique Rudolfinerhaus de Vienne, a affirmé que quelqu'un a avait bien essayé de tuer M. Iouchtchenko, en lui administrant un produit chimique ou un poison rare.
"Il n'y a place pour la discussion (...) Nous sommes désormais certains de pouvoir confirmer quelle substance a causé la maladie. Il a reçu cette substance d'une personne qui avait un but spécifique", a assuré le Dr Korpan dans cet entretien. Interrogé pour savoir si le but était de tuer le candidat à la présidentielle ukrainienne, le médecin a répondu répond: "oui, bien sûr".
Le Dr Korpan a démenti à l'agence de presse autrichienne APA avoir tenu de tels propos. "Les soupçons d'empoisonnement n'ont jusqu'à présent été jamais confirmés ou exclus", a-t-il dit à l'APA.
Le Dr Michael Zimpfer, directeur de la clinique, a pour sa part déclaré que les informations citées par le Times étaient "entièrement fausses". "Nous enquêtons méticuleusement et nous procédons à des analyses entièrement nouvelles dans différents laboratoires mais nous n'avons pas jusqu'à présent de preuves" d'un empoisonnement, a-t-il dit.
Source : AP, 8 décembre 2004

 

08/12/04 - Koutchma accepte deux revendications de l'opposition mais refuse de limoger le gouvernement
Le président ukrainien sortant Leonid Koutchma a annoncé qu'il acceptait de dissoudre la commission électorale centrale et de soutenir une réforme de la législation électorale - deux revendications clés de l'opposition pour mettre un terme aux manifestations monstres contre l'élection présidentielle truquée.
Mais aucun accord n'a été conclu sur la troisième condition - le limogeage du gouvernement - fixée par l'opposition qui a mobilisé des centaines de milliers de manifestants. La Cour suprême a ordonné la semaine dernière une répétition du deuxième tour du scrutin le 26 décembre.
Le communiqué publié à l'issue d'une table ronde avec le leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko, le Premier ministre Viktor Ianoukovitch et des médiateurs internationaux apparaît en deçà de l'accord provisoire annoncé auparavant par l'opposition en vertu duquel Koutchma s'engageait à démettre le gouvernement.
"(Nous) avons accepté la nécessité d'introduire des amendements à la législation sur l'élection du président d'Ukraine qui prévoirait l'introduction d'un mécanisme permettant de mener des élections transparentes et équitables et de rendre impossible les abus et les fraudes", a expliqué Koutchma à la presse.
Koutchma lisait un communiqué accepté par toutes les parties présentes à l'exception de Ianoukovitch qui a signé avec des réserves non précisées.
Il a déclaré que l'opposition avait accepté de lever le blocage des bâtiments gouvernementaux après la dissolution de la commission électorale et l'adoption de la réforme de la législation électorale.
L'élection présidentielle ukrainienne, truquée par les autorités pour favoriser le candidat favori de Moscou, Ianoukovitch, a plongé depuis deux semaines le pays dans des manifestations monstres et suscité des critiques des pays occidentaux sur les fraudes qui ont marqué le scrutin.
Interrogé sur son sentiment concernant le résultat des six heures de négociations sous la médiation du chef de la diplomatie européenne Javier Solana, le leader de l'opposition Iouchtchenko a répondu à l'affirmative à sa sortie des discussions.
Source : Reuters, 7 décembre 2004

La nouvelle Guerre froide. Nous menons une « guerre de civilisation ». Pas seulement contre l'Islam !
par Justin Raimondo, Antiwar.com, 6 décembre 2004. Source : http://www.antiwar.com. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Les efforts états-uniens visant à exporter la « démocratie » en Ukraine
laissent la plupart des sceptiques anti-interventionnisme pantois et confus.
Une sorte de fantôme de l'ère soviétique, Léonide Kuchma, et son prince
héritier préféré, le gardien du sérail Viktor Yanukovich, passent très
largement pour avoir volé la récente élection présidentielle et la Cour
suprême ukrainienne - supposée jusqu'ici n'être qu'un instrument docile, aux mains du régime - en a convenu. S'il est loisible de se poser la question de savoir, dans cette affaire, QUI a triché et jusqu'à quel point, la bande à
Yanukovich ressemble plus, dans tous les cas de figure, aux mafiosi de la
série Les Sopranos qu'à une meute de boy-scouts et n'importe quel autre
équipe ne peut que sembler préférable. Des centaines de milliers de
protestataires, tout d'orange vêtus, semblent le penser. Mais les choses,
vues de Kiev, sont bien différentes de ce que l'on perçoit à Washington, où
la fracture ukrainienne est présentée en des termes beaucoup plus réalistes
: elle est censée opposer deux camps, de part et d'autre du dernier front d'
une lutte géostratégique pour le pouvoir.
Ecoutons le pamphlétaire néoconservateur Charles Krauthammer, qui décrit
avec une clarté limpide l'hypocrisie et le deux poids - deux mesures des
champions libéraux occidentaux de Yuschchenko, qui osent remettre en
question la bonne foi des efforts déployés par les Etats-Unis en vue d'
implanter la « démocratie » en Irak :
« Zbigniew Brzezinski, opposant féroce au projet démocratique de l'
administration Bush pour l'Irak, écrit avec passion au sujet de l'importance
de la démocratie en Ukraine, dont il explique, entre autres, qu'elle
pourrait produire un « effet domino », répandant la démocratie dans la
Russie, sa voisine. Et pourtant, quand George Bush et Tony Blair invoquent
le même argument à propos de l'effet salutaire de l'établissement de la
démocratie au Moyen-Orient, où nous pouvons effectivement avoir les
premières élections authentiquement libres, dans deux mois, si nous
persévérons [dans notre politique], ces critiques soi-disant « réalistes »
écartent cette hypothèse, en la qualifiant de naïve au dernier degré. »
Le conflit qui divise l'Ukraine, écrit Krauthammer, est une guerre «
civilisationnelle », avec d'un côté une Russie méchante et autoritaire et,
de l'autre, les anges de l'Occident :
« Bien volontiers, nous joignons les mains et nous félicitons ces jeunes
gens qui bravent le froid dans les rues de Kiev. Mais dites-moi, alors,
pourquoi un tel silence au sujet des Irakiens, jeunes et courageux, qui
bravent les balles et les bombes, organisant les listes d'électeurs et
négociant afin de former des coalitions, à l'heure où je vous parle ? Où
est-il écrit : « La démocratie ? Seulement en Ukraine ! » ? »
Les contempteurs de l'intervention occidentale en Irak ont remis en question la bonne foi démocratique et libérale d'une « opposition » dirigée par un corrompu dont la réputation d'opportuniste à tout crin n'est en rien
surfaite, et dont le Congrès National Irakien financé par les Etats-Unis a
alimenté nos services de renseignement et les médias américains avec un
régime constant de mensonges concernant d'inexistantes « armes de
destruction massive » irakiennes. Mais leur scepticisme s'évapore telle
rosée au soleil du matin lorsqu'il est question de ces deux modèles de «
démocratie » à la mode ukrainienne : l'ex-Premier ministre et directeur de
la banque centrale Viktor Yuschchenko et l'oligarque Yulia Timoshenko (son acolyte et la probable Premier ministre d'un gouvernement « réformiste ».)
A la tête de la Banque Nationale d'Ukraine (BNU), Yuschchenko a présidé à
une fraude sans précédent, qui a enrichi certains oligarques, et tout
particulièrement le tison de discorde Timoshenko et ses séides, qui
contrôlent la partie occidentale du pays : leur pouvoir est ancré dans le
monopole de l'énergie, qui est le domaine de la « Princesse du Gaz », comme on appelle populairement la Grajdanka Timoshenko. Il faut se souvenir que Chalabi, lui aussi, était un banquier. Mais il y a une différence : alors que l'Ali Baba des néocons a chouravé des milliards, non seulement à la banque jordanienne Petra, mais aussi aux contribuables américains, et les a utilisés directement à son bénéfice personnel, le scandale rôde AUTOUR de Yuschchenko, mais il ne l'affecte jamais directement. Il est perçu comme un « réformateur », précisément parce qu'il ne s'est jamais enrichi personnellement : il n'a fait qu'arroser ses bons copains, ses hommes de main et ses soutiens politiques. Nuance !
Le patron de la Timoshenko, le corrupteur Pavlo Lazarenko, qui a volé, avec
la complicité de la BNU, une grande partie du prêt du Fonds Monétaire
International et l'a passé à la machine à laver en Occident, a dû en fin de
compte prendre la fuite. Mis en examen, il a fini en tôle, aux Etats-Unis.
La fâcheuse tendance chalabioïde qu'a Yuschchenko à inventer des contes à dormir debout est illustrée par son insistance à soutenir qu'il a été
empoisonné par on ne sait quelle sinistre conspiration impliquant les forces
pro-Yanukovich, sous-entendant par là, à mots couverts, que ce serait, en
réalité, le KGB qui aurait fait le coup. Cette histoire a été annoncée avec
tambours et trompettes, jusqu'à Pétaouchnoque, par les médias occidentaux pro-Yuschchenko, mais son ubiquité rappelle le sort de la crédulité pantoise qui accompagna les bobards chalabiens au sujet des « armes de destruction massive » : comme l'a dit un jour Gertrude Stein, parlant d'Oakland (Californie) : « Une fois là-bas, il n'y a plus de là-bas ! ». Le New York Times a publié un article démentant totalement les affirmations de
Yuschchenko, suivi d'un récit plus favorable, mais toujours aussi sceptique,
et en tous les cas fort révélateur :
« Le candidat a refusé qu'on procède à une biopsie à son visage, parce qu'il
ne voulait pas « faire sa campagne avec des points de suture ». Mais la
dioxine et les toxines similaires sont détectables, dans l'organisme, des
années après une éventuelle exposition. La chargée de presse de Yuschchenko, Irina Geraschchenko, a indiqué que de tels tests n'avaient pas encore été effectués. »
O.K. Voyons si nous avons bien compris ? Il voulait bien faire campagne avec une tronche à la Frankenstein, et avec un cathéter dans la colonne
vertébrale pour lui éviter de hurler de douleur. Mais : oh (chochotte.) ;
surtout : pas de points ! De qui se moque-t-on ? L'incision requise par une
biopsie n'a rien de véritablement chirurgical. C'est tout au plus une simple
piqûre. Rien de plus.
Une biopsie aurait montré si, oui ou non, le candidat avait contracté un
dysfonctionnement auto-immunitaire, rare, mais dévastateur, tel le myxodème
cutané qui provoque des défigurements identiques aux symptômes inesthétiques
de Yuschchenko. Elle aurait aussi permis de détecter la présence éventuelle
de toxines, telle la dioxine, dans l'épiderme, prouvant ainsi - ou
écartant - le scénario de l' « empoisonnement », une bonne fois.
Je me demande bien pourquoi Yuschchenko a refusé de se soumettre à cet
examen très simple et indolore. Ce qu'en revanche, je ne me demande pas, c'est si Krauthammer dit vrai lorsqu'il décline les motivations des Européens à pousser dans le sens d'un « changement de régime » en Ukraine :
« C'est une question de « La Russie d'abord ; la démocratie, en second
lieu ». Cet épisode ukrainien est un retour inopiné, presque nostalgique,
aux temps de la Guerre froide. La Russie tente de s'accrocher aux derniers
restes de son empire. L'Occident veut terminer le boulot entrepris avec la
chute du mur de Berlin : il veut poursuivre l'avancée de l'Europe, en
direction de l'est. »
C'est tout à fait vrai. Mais les pressions dans le sens de la « libération »
de l'Ukraine ne relèvent pas du seul expansionnisme de l'Union européenne ; il ne s'agit pas seulement du premier véritable acte d'agression de la part
d'un pouvoir impérialiste émergent : ces pressions s'inscrivent, aussi, dans
une confrontation rôdant dans l'air, et voulue par l'Amérique, avec Moscou.
Ce que prennent pour cible les promoteurs d'une « guerre entre
civilisation », ce n'est pas seulement le monde islamique : la Russie, elle
aussi, est dans le collimateur du Parti de la Guerre, comme je l'ai déjà
fait observer dans d'autres rubriques publiées sur ce même site. Etant l'
épicentre de la civilisation slave orthodoxe, la Russie se trouve attaquée
sur plusieurs fronts : non seulement en Ukraine, mais aussi en Tchétchénie,
où les néoconservateurs américains ont pris fait et cause pour des «
combattants de la liberté » liés à Al-Qa'ida, et dénoncé le président russe
Vladimir Poutine, qu'ils qualifient de « dictateur en puissance ».
L'Occident s'est retourné contre Poutine, curieusement, au moment où
celui-ci s'en prenait aux « oligarques », d'anciens responsables du Parti
communiste, qui usaient de leur influence, dans l'Union soviétique en
décomposition, pour piller les industries d'Etat, « propriété collective »,
dont des grands groupes industriels et des infrastructures, laissant place
nette et exfiltrant leurs biens mal acquis à l'étranger. Le fait que ce
pillage ait été perpétré sous couvert de « privatisation » a rendu odieuse
toute idée de libéralisme et d'économie de marché en Russie, pavant la voie
à l'ascension de Poutine, qui fut porté au pouvoir par une forte déferlante
de rancour contre la mise en coupe réglée des richesses du pays par lesdits
oligarques.
Ceux-ci, toutefois, ayant déjà légitimé leur fortune en blanchissant l'
argent volé via des investissements dans des entreprises toutes neuves,
répliquèrent et attaquèrent en retour. Ils ne tardèrent pas à recevoir le
renfort de leurs alliés occidentaux et de leurs agents stipendiés.
A l'Ouest, la réaction à la nouvelle réaffirmation de Poutine fut immédiate
: elle prit la forme d'une campagne similaire à celle qui avait précédé la
démonisation, puis le déboulonnage de Saddam Hussein et de Manuel Noriega,
dans les médias occidentaux, des néoconservateurs du même acabit que
Krauthammer prenant la tête de l'offensive. George W. Bush fit écho à leurs
cris de guerre, quoique faiblement, lorsqu'il fit état de sa «
préoccupation » quant à l'avenir de la « démocratie » en Russie :
simultanément, une « lettre (ouverte » des cent », adressée à Poutine,
bénéficia de la sponsorisation du Projet pour un Nouveau Siècle Américain :
elle fut signée par un conglomérat des estropiés, allant des néocons
militants jusqu'aux « progressistes » compatibles (c'est-à-dire : jusqu'aux
fauteurs de guerre peints en rose). Cette lettre ouverte condamnait
essentiellement Poutine et appelait à faire front, dans le style de la
guerre froide, à la « menace » antidémocratique émanant du Kremlin. Anne
Applebaum a donné le ton de cette campagne, lorsqu'elle a déclaré qu'un «
Rideau de Fer » s'était abaissé, en travers des frontières orientales de l'
Europe :
« Pour des Américains, il est vrai, tous ces endroits semblent obscurs et
fort éloignés. Mais il en allait de même, soixante ans en arrière, en
Pologne, tout au moins jusqu'à ce qu'il devint clair que les événements s'
inscrivaient, en fait, dans une sorte de scénario : 1946 fut aussi l'année
où Winston Churchill prononça son célèbre discours où il évoqua le « rideau
de fer » qui s'était abaissé sur l'Europe, prédisant le début de la Guerre
froide. En regardant en arrière, nous pourrions fort bien voir aussi, dans l
'année 2004, l'année où un nouveau rideau de fer se sera abattu sur l'
Europe, divisant le continent non plus en passant par le centre de l'
Allemagne, mais tout au long de la frontière (orientale) de la Pologne. »
On ne sache que Poutine ou ses alliés aient jamais construit, ni en Ukraine,
ni en Biélorussie, ni dans les environs, une quelconque nouvelle version du
mur de Berlin : les citoyens de ces pays, et les Russes eux-mêmes, sont
libres d'en sortir, et les Ukrainiens le feront par troupes entières lorsque
leur absorption planifiée au sein de l'Union européenne sera éventuellement
accomplie. Où sont les goulags ukrainiens, voire même russes, à propos ?
Leur Guerre froide II - Le Retour se résume à des bobards autour de l'
empoisonnement, par le KGB, de leur marionnette-chaussette ukrainienne.
Que vise, en réalité, la déclaration selon laquelle un « nouveau rideau de
fer » se serait abattu, sinon à conjurer le spectre d'une confrontation
militaire, dans le style de la (véritable) Guerre froide avec les restes de
l'ex-Union soviétique ? Un conflit qui ne manquera pas de se produire, si
nous persistons à montrer nos biscoteaux à Poutine, dans sa propre
arrière-cour ?
Imaginez. Imaginez si la Chine et, disons, la France ou le Canada,
exigeaient que des élections au Mexique soient cassées et refaites afin que
leur candidat préféré puisse les remporter ? Au Kremlin, c'est la
consternation, tandis que les néocons exultent, qui voient dans la Russie
(et aussi, dans la Chine) le principal obstacle à l'hégémonie planétaire des
Etats-Unis. Krauthammer, qui est à la fois le Clausewitz ET le Napoléon des
généraux en peau de lapin, ne peut s'empêcher de s'exclamer :
« On ne peut presque s'empêcher d'être désolé, pour les Russes. (Presque, j'y insiste). Au cours d'une seule génération, ils ont perdu l'un des plus
grands empires de toute l'histoire : tout d'abord, ils ont perdu leurs
dépendances dans le Tiers-monde, qui s'étendirent, à un moment donné, du
Nicaragua et de l'Angola jusqu'à l'Indochine ; puis ils ont perdu leur
glacis, leur empire extérieur est-européen, aujourd'hui phagocyté par l'Otan
et l'Union européenne ; et voilà que leur empire intérieur, celui des
républiques soviétiques, est à son tour menacé.
« Les Islami-'stans' s'éloignent, lentement, mais sûrement. Les républiques
baltes sont déjà dans l'Otan. La région transcaucasienne est instable et
ensanglantée par les conflits. Toute ce qui reste de la Russie, ce sont les
républiques slaves. La Biélorussie est, de fait, une colonie russe. Mais le
gros morceau, c'est l'Ukraine, pour des raisons stratégiques (la Crimée.),
historique (Kiev est considérée par le Russes comme le berceau de la
civilisation slave) et, enfin, identitaires (la partie orientale de l'
Ukraine est russe orthodoxe et russophone). »
Qu'excellentes nouvelles ce sont là, pour les guerriers civilisationnels,
qui veulent s'en prendre à l'orthodoxie orientale, aussi bien qu'à l'Islam,
dans leur folle entreprise visant à imposer la suprématie américaine à la
planète ! Et quelles nouvelles exécrables, pour ceux qui redoutent les
conséquences d'une politique étrangère (américaine) qui a réussi, jusqu'ici,
à créer un approvisionnement inépuisable en ennemis de fraîche date, dans le monde entier. Le « bluff » de Poutine a échoué, s'esclaffe Krauthammer, qui ajoute :
« Il n'a pas le pouvoir de faire à l'Ukraine ce que ces prédécesseurs
soviétiques ont fait à la Hongrie et à la Tchécoslovaquie, à l'époque de la
Guerre froide. D'où le clash des civilisations avec pour enjeu l'Ukraine et,
dans une certaine mesure, à l'intérieur de l'Ukraine : entre l'est,
autoritaire et l'ouest, démocratique. »
Faire un lien entre la Communauté des Etats Indépendants [CEI] mise sur pied par les Russes, afin de constituer une zone de libre commerce et un noud de coopération économique, et le Pacte de Varsovie, c'est tourner délibérément le dos à la réalité : le modèle qui correspond au vieux moule de Varsovie, c'est précisément l'Union européenne, à laquelle l'Ukraine sera rattachée si Yuschchenko et ses potes réussissent leur coup. L'Union européenne est non seulement vouée à une certaine forme de socialisme, bien que quelque peu allongé d'eau, et il est également très difficile d'en sortir, sinon quasi impossible. Comme le fait observer à juste titre le site Euabc.com :
« Aujourd'hui, un pays ne peut quitter l'Union européenne qu'après une
décision prise à l'unanimité (ou alors, en violant la loi européenne). La
Constitution de l'Union européenne comporte une clause permettant à un pays
membre d'en sortir, après avoir négocié un accord à cette fin avec l'Union,
ou unilatéralement, mais seulement après un délai de deux ans. »
Quand les Autrichiens ont élu un gouvernement politiquement incorrect, après des élections tout à fait libres et honnêtes, l'Union européenne a imposé des sanctions à l'Autriche, et elle a menacé de faire pire. Cela ne l'
empêche nullement, aujourd'hui, de se draper de la toge des démocrates, en
Ukraine.
Examinons qui est derrière les foules aisément manipulées et toutes d'orange vêtues, dans les rues d'Ukraine, qui sont favorables, on peut le comprendre, à tout changement, quel qu'il soit, qu'ils considèrent ne pouvoir être que pour le mieux. La version ukrainienne du Congrès National Irakien est encore plus équivoque et idéologiquement dérangée que la bande à Chalabi ne le fut jamais. Voici, par exemple, ce qu'a déclaré au quotidien pro-Yuschchenko, Ukrainska Pravda, Yulia Timoshenko, l'oligarque-métamorphosée-en-Robespierre de la Révolution Orange :
« [Timoshenko a juré de donner à la Russie une révolution similaire] : « Dès
que notre révolution orange aura abouti, nous la porterons en Russie ».
Timoshenko a ajouté qu'on pouvait d'ores et déjà voir des voitures ornées de rubans orange, à Moscou. »
Avec cette princesse Amazone transcaucasienne au poste de Premier ministre
putatif de l'Ukraine, doit-on encore s'étonner si les Russes sont inquiets
devant le risque qu'elle laisse son pays être utilisé à la manière d'un
pion, sur l'échiquier de la nouvelle Guerre froide ?
Poutine a raison de redouter l'expansionnisme de l'Otan. Sans doute se
souvient-il des assurances du secrétaire d'Etat James Baker et du ministre
allemand des Affaires Etrangères Hans Dietrich Genscher, lors d'un sommet
tenu à Moscou au sujet de la réunification allemande ; assurances rappelées
par l'universitaire russe Susan Eisenhower :
« [Genscher] défendit le concept de la « non-expansion de l'Otan », une idée
que Baker, lui aussi, avait avancée. Ce fut au cours de cette réunion, en
février, que les mots clés furent prononcés, des mots qui font toujours l'ob
jet de débats. Si une Allemagne unifiée était ancrée dans l'Otan, dit le
Secrétaire d'Etat Baker à Gorbatchev, « la juridiction, et les forces
(militaires) de l'Otan ne s'étendraient pas vers l'Est. »
« Apparemment, Gorbatchev fut réceptif à ces assurances, et il les reprit,
insistant sur le fait que « toute extension de la zone Otan est
inacceptable. »
« Je suis d'accord avec vous », répondit Baker.
Oh. Super ! Bravo pour CET accord-LA.
Maintenant que l'Occident est en train de pénétrer en Ukraine, et de parler
ouvertement de l'incapacité des pays orientaux, dont la Russie, à se hisser
au niveau du système politique en vigueur à Chicago, Brooklyn ou New York,
Poutine a toutes les raisons de regretter la décision de Gorbatchev, ou tout
du moins de s'en souvenir avec une certaine colère : la Géorgie, elle aussi,
est vouée à l'adhésion à l'Otan, et les républiques russophones
semi-indépendante et en rébellion, telles l'Abkhazie et l'Ossétie, sont des
endroits à problèmes, qui n'attendent qu'une chose : l'intervention de l'
Otan, à l'instar de la partie occidentale de l'Ukraine, qui menace de faire
sécession, en cas de victoire des forces favorables à Yuschchenko.
Les Etats-Unis, au moyen de leur Fonds National pour la Démocratie, ont
déversé des milliards de dollars afin de financer, de former, et d'assurer
la logistique de l'organisation de Yuschchenko, qui a réussi à couper Kiev
du monde et à tenir le gouvernement ukrainien en otage. Aujourd'hui, ils
espèrent que leur investissement sera payant, sous la forme de l'isolement
militaire, politique et économique, de la Russie.
Si Poutine est tellement détesté par les élites occidentales, ce n'est pas
tant parce qu'il aspirerait à être un dictateur, qu'en raison de sa méfiance
face à cet assaut tous azimuts. Il a détruit le pouvoir des oligarques
russes, et il a misé sur le mauvais cheval oligarchique en Ukraine : Mme
Timoshenko, alias « Princesse du Gaz » ukrainienne et ses alliés vont
énormément profiter de leur alliance avec l'Occident. Le pipeline
Odessa-Brody va commencer à couler à flots, et il en ira de même des
subventions du gouvernement américain aux projets anti-économiques (de l'Ukraine).
Le vent glacial d'une nouvelle guerre froide doit être stoppé avant qu'il n'
entraîne une congélation à cour généralisée. L'intervention américaine en
Ukraine, quelle qu'en soit la forme, n'est pas admissible, et elle devrait
être illégale, tout comme est hors-la-loi tout financement d'une quelconque
campagne électorale étrangère par les Etats-Unis. La tragédie de la «
révolution orange » ukrainienne, toutefois, tient au fait qu'un jour,
lorsque les Ukrainiens « libérés » se réveilleront et découvriront qu'ils
ont été vendus contre des marchandises, le certificat de garantie de ces
marchandises sera déjà périmé. Lorsque ces jeunes « révolutionnaires
orange », dans les rues de Kiev, qui proclament les vertus de la paix et de
la liberté, découvriront qu'on les a trompés afin de transformer leur pays
en rampe de lancement pour les interventions militaires de l'Otan dans le
Caucase, et au-delà, que feront-ils ?
Rien, probablement, leur « révolution » ayant été déclarée officiellement
terminée, et totalement trahie, depuis belle lurette.

 

06/12/04 - Les musulmans ukrainiens inquiets au sujet de la division de leur pays
Les musulmans d'Ukraine ont exprimé le souci relatif à la probable division de leur pays en raison de la situation née de l'élection présidentielle contestée et invalidée.
Les musulmans ont exprimé le souhait que l'Ukraine demeure unie et démocratique.
La Fédération des organismes sociaux (RAID), la plus grande organisation islamique du pays, a dit dans un communiqué de presse qu'elle croit fermement à l'intégrité et l'indépendance territoriales de l'Ukraine, et qu'elle souhaite voir la paix et la stabilité régner, mais suit en même temps de près l'agitation née des résultats de l'élection présidentielle.
Il y a plus de deux millions de musulmans en Ukraine, soit environ 5% de la population de 48 millions. Ces musulmans sont de différentes ethnies dont même des descendants d' Arabes.
Source : www.islamicnews.org, 5 décembre 2004

Nouveaux blocages après l'annonce d'un 3ème tour

Convoqués en session extraordinaire, les députés ne sont pas parvenus à s'entendre sur des modifications de la Constitution et de la loi électorale en raison du refus de parlementaires de l'opposition de voter dans le même temps ces deux réformes. La séance parlementaire a été ajournée et les débats prévus dimanche annulés. Or le Parlement doit amender la législation afin de fournir un cadre légal au "troisième tour" de scrutin. A l'occasion de ce débat, des dissensions sont apparues dans le camp de l'opposition. Le président Koutchma a annoncé la tenue d'une nouvelle table ronde, lundi, tout en déplorant que les décisions prises lors de la précédente table ronde n'aient pas été respectées par l'opposition.

Samedi 4 décembre, conformément au jugement annoncé la veille par la Cour suprême, la Commission électorale centrale a officiellement fixé au 26 décembre la date d'un nouveau tour de l'élection présidentielle en Ukraine, entre l'opposant pro-occidental Viktor Iouchtchenko et le premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch, vainqueur déchu du premier scrutin.
"L'organisation d'un scrutin dans trois semaines est difficile mais possible à réaliser", a déclaré un membre de la commission, Andriy Mahera, proche de l'opposition.
Dans une déclaration transmise à la presse, Viktor Ianoukovitch a fait savoir qu'il acceptait de relever le défi d'un nouveau tour, même s'il estimait que la décision de la Cour suprême "violait la constitution" et qu'elle avait été "prise sous la pression de la rue".
La Cour suprême a jugé invalide le second tour de scrutin du 21 novembre en raison des fraudes constatées. Le président sortant Léonid Koutchma, opposé à la tenue d'un seul nouveau second tour, n'avait pas encore réagi samedi à la décision de la Cour suprême, très largement saluée à l'étranger, notamment par l'Europe et les Etats-Unis. Aucune réaction officielle n'était non plus parvenue du Kremlin, qui avait félicité M. Ianoukovitch de sa victoire et déclaré "transparent" le scrutin du 21 novembre.


L'opposition se divise

Déjà, de nouveaux blocages sont apparus. Afin que puisse se tenir un troisième tour, un amendement à la législation est nécessaire. Mais les députés de la Rada réunis pour fournir ce cadre légal ne sont pas parvenus à un accord. L'opposition a refusé que soient votés ensemble des changements à la loi électorale et à la Constitution, comme le voulaient les députés pro-gouvernements. Le projet de réforme constitutionnelle, dont il est question, vise à réduire les prérogatives du président au profit du premier ministre. Ces changements faisaient partie des accords conclus, mercredi dernier, par l'opposition et le pouvoir en place. "Nous sommes prêts à voter les textes ensemble, mais à condition que Léonid Koutchma limoge le gouvernement et congédie la commission électorale centrale", a expliqué Oleh Rybatchouk, député de la coalition libérale d'opposition Notre Ukraine de Viktor Iouchtchenko.
Lors de la session de samedi, des parlementaires ont accusé Iouchtchenko de tendances "monarchistes" tandis que des divisions se dessinaient au sein de la coalition qui soutient l'opposant. Le leader socialiste Oleksander Moroz a ainsi affirmé que l'alliance Notre Ukraine, conduite par Iouchtchenko, "essayait de se délier de ses engagements". Ioulia Tymochenko, proche alliée du candidat libéral, a rejeté ces accusations, assurant que le bloc "ne se déroberait pas à (ses) obligations". "Mais nous devons d'abord changer la loi sur l'élection présidentielle pour enrayer la fraude", a-t-elle expliqué. La séance parlementaire a été ajournée et les débats prévus dimanche annulés.
La présidence ukrainienne a annoncé, samedi, qu'une table ronde, avec des médiateurs européens et russe, se tiendrait lundi à Kiev pour faciliter les négociations entre l'opposition et le pouvoir en place. M. Koutchma déplore cependant que "pratiquement aucun des accords conclus lors de la dernière table ronde (mercredi dernier) n'ont été respecté par l'opposition. Cela a provoqué une aggravation de la situation", a-t-il dit.
Source : Le Monde, avec AFP et Reuters, 5 décembre 2004

04/12/04 - Les élections ukrainiennes trahissent un parti pris occidental
par Lawrence Smallman, Al Jazeera, 1er décembre 2004. Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier

[Les médias occidentaux présentent, de manière fallacieuse, la crise des élections ukrainiennes comme s'il s'agissait d'un conflit entre partisans de la démocratie et partisans de la dictature, affirment plusieurs politologues.]

Sans avoir apporté la moindre preuve de l'effectivité de la victoire électorale de Viktor Ioutchchenko, les médias et les ténors occidentaux, tant américains qu'européens, affirment unanimement que le candidat d'opposition adulé de l'Occident a été dépouillé de la présidence de l'Ukraine. Bien que des meetings monstres, en soutien au candidat présidentiel pro-russe et actuel Premier ministre, Viktor Ianoukovitch, soient rarement montrés sur les écrans de télévision, les téléspectateurs, dans l'ensemble du monde occidental, ont probablement tous vu les concerts de rock agrémentés de flashs laser et reproduits sur écrans à plasma géants de Ioutchchenko. S'exprimant mardi dernier sur le forum Aljazzera.net, l'expert ès relations internationales Bülent Gökay, directeur de recherche à l'Université de Keele (Grande-Bretagne) a fait observer qu'un fait d'une évidence inquiétante est généralement négligé : « Les deux candidats, tant le Premier ministre Viktor Ianoukovitch que Ioutchchenko, sont issus de la même élite antidémocratique au pouvoir, qui s'est partagé les richesses du pays, après l'effondrement de l'Union soviétique. »

Un peu de géopolitique

L'ex-conseiller américain ès sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, a relevé, dans son livre publié en 1997 - The Grand Chessboard / Le Grand échiquier - que ni l'Occident, ni la Russie ne peuvent se permettre de perdre l'Ukraine, au profit de son adversaire stratégique et économique réciproque. Très loin de se cantonner à une lutte entre les forces de la démocratie et celles de l'autoritarisme, la bataille électorale en cours en Ukraine se ramène au contrôle d'un système de transit gazier très important, tout près des gisements pétroliers stratégiques de la mer Caspienne, explique M. Gökay. Poutine (RU) n'a pas fait de cachotteries quant à son désir de relations renforcées avec l'Ukraine « D'un côté, la Russie de Poutine veut faire basculer l'Ukraine dans sa sphère d'influence. au moyens de divers accords politiques, économiques et militaires - plus particulièrement par l'intermédiaire du monopole gazier géant Gazprom - UES. « De l'autre, les Etats-Unis et l'Europe occidentale mènent des politiques de plus en plus agressivement militarisées, depuis la fin de la Guerre froide. « L'Ukraine est membre du GUUAM - une alliance informelle financée par l' Otan et dominée essentiellement par des intérêts pétroliers anglo-américains, dont l'objectif ultime à long terme est d'exclure la Russie de la région de la Caspienne. » Ce sont ces intérêts extrêmement puissants qui ont fait passer Ioutchchenko, du banquier emmerdant comme la pluie qu'il était au leader héroïque de la lutte démocratique d'aujourd'hui, après être passé par : dirigeant de l'opposition.

Ange, montre-nous tes ailes ?

James Mace, un analyste récemment disparu, résidant à Kiev, avait lui aussi été stupéfait par la férocité croissante du soutien médiatique à Ioutchchenko, lequel fut promu mystérieusement, en Occident, au statut de remède pour l'autocratie régnant dans l'ex-république soviétique d'Ukraine. « Je ne peux affirmer que Viktor Ioutchchenko soit au-dessus de tout reproche en tant que dirigeant politique. Il a une tendance à faire les choses au pied levé et une réputation d'inflexibilité. » Il n'a pas « conscience du fait que le compromis est parfois le secret du pouvoir. Je connais beaucoup de gens qui, soit ont abandonné sa campagne, soit sont écoeurés par son comportement », a ajouté l'analyste.

Ioutchchenko a déjà prononcé son serment de président

De plus, tandis que les journaux occidentaux écrivent moult articles sur les exactions de Ianoukovitch, quitte à remonter jusqu'aux années 1970, aucun n'a fait la moindre allusion au fait que Ioutchchenko a autrement plus de « squelettes dans le placard » que lui, en particulier dans la période récente. Accusé d'avoir volé des millions de dollars à la Banque centrale d'Ukraine, Ioutchchenko aurait exercé des pressions sur le Procureur général afin qu'il abandonne d'autres charges, encore, pesant sur son collègue Yulia Tymoschenko, notamment pour fraude et corruption.

Réalités statistiques

Mais, au cas où une couverture complaisante, de la pop music et des jeunes gens manifestant sur votre petit écran ne suffiraient pas à convaincre le public occidental de l'amabilité de Ioutchchenko, quelques « données électorales » salement bidouillées peuvent toujours servir. Le résultat enregistré dans la province orientale et russophone de Donetsk, ville natale de Ianoukovitch - 96 % - est cité comme un indicateur hautement suspect d'une fraude, surtout depuis - comme on l'a vu de manière répétée - ses électeurs ont été « amenés par bus » jusqu'aux isoloirs. Mais les résultats tout aussi énormes, dans les régions soutenant Ioutchchenko n'ont pas soulevé le même scepticisme. Tandis que le résultat final de Ianoukovitch était de 54 % des voix, le président géorgien, soutenu par l'Occident, Mikhail Saakashvili, a obtenu, officiellement, 96,24 % des votes dans son pays, en janvier dernier. Mais les mêmes médias qui assurent une couverture très critique des élections en Ukraine ont pourtant accueilli avec satisfaction les résultats des élections en Géorgie, disant qu'elles « avaient rapproché ce pays des standards reconnus internationalement. »

Accusations à double tranchant

En mettant l'accent sur une des nombreuses tendances « hypocrites » dans la couverture médiatique occidentale, M. Gökay a condamné tout le bruit fait autour d'allégations d' « interférences » du président russe Poutine dans la campagne électorale ukrainienne. « Les deux candidats, tant le Premier ministre Viktor Ianoukovitch que Ioutchchenko, sont issus de la même élite antidémocratique au pouvoir, qui s'est partagé les richesses du pays, après l'effondrement de l'Union soviétique. » [Bülent Gökay] « Mais l'immixtion des Etats occidentaux et présentée comme normale, et complètement justifiée. « Ceci est totalement hypocrite, tout particulièrement en des temps où la section du monde occidental alignée sur les Etats-Unis se prépare en vue de l' « élection » d'un régime fantoche en Irak, au moyen d'une campagne de terreur massive contre la population civile », a ajouté Gökay.

Les véritables acteurs

Mais, que vous souteniez l'accession à la présidence de l'actuel Premier ministre Ianoukovitch, ou celle de l'ancien Premier ministre Ioutchchenko, les véritables gagnants, en Ukraine, seront la poignée de groupes d'intérêts très puissants, qui continuent à avoir la mainmise sur le paysage politique et l'économie ukrainiens. Ainsi, par exemple, la colistière de Ioutchchenko, Tymoshenko, a été constamment décrit comme un oligarque, jusqu'à ce qu'elle décide d'apporter son soutien à Ioutchchenko. Aujourd'hui, l'agence Reuters la décrit comme une « adjointe semeuse de zizanie », sans jamais mentionner ses condamnations pour fraude. Toutefois, il y a beaucoup d'autres acteurs locaux, rivalisant pour le pouvoir, qui ont lié leur sort, soit avec l'Est, soit avec l'Ouest. « L'ensemble de ce conflit. ressemble très fort à une confrontation par procuration entre intérêts occidentaux et intérêts russes, dans le style de la Guerre froide », dit M. Gökay.

Ianoukovitch a beaucoup de partisans dans les régions orientales de l'Ukraine

« Les intérêts d'avenir de l'Ukraine, tels que les voit l'élite, se situent entre les deux camps des deux candidats présidentiels. « Le président sortant, Leonid Kouchma, a suivi une voie médiane, consistant à être proche de Moscou, et néanmoins à envoyer des troupes en Irak - mais il n'est plus possible, désormais, de continuer à marcher sur ce fil de funambule ». Et si les pressions ouvertes de l'Occident, ainsi que les reportages favorables au sujet des résultats de Ioutchchenko, dans de nouvelles élections aboutissant à son accession à la présidence, ce sont au minimum la moitié des Ukrainiens qui vont se demander s'ils ne devraient pas contester, à leur tour, les résultats de futures élections dans la Fédération de Russie, en recourant au même type de campagne médiatique. L'homme d'affaires ukrainien Oleksii Leschenko - qui a refusé de voter et pour l'un et pour l'autre des candidats - a déclaré, sur Aljazeera.net, mercredi dernier, que si Ianoukovitch est « un agent pro-russe », Ioutchchenko est au moins autant soupçonnable d'être « un agent pro-américain ».

Intérêts divergents et compromis

« Après tout, Ioutchchenko est marié à Kateryna Chumachenko, laquelle est une ancienne haute fonctionnaire au Département d'Etat des Etats-Unis, et qui refuse de renoncer à sa nationalité américaine », a déclaré M. Leschenko. « Tant les Etats-Unis que l'Union européenne ont soutenu et financé ouvertement Ioutchchenko. Et ils ont, à de multiples reprises, tenté de fabriquer de toutes pièces des leaders qui leur soient favorables, en incitant la population à la désobéissance civile. « Presque tout le monde sait que l'association Pora, soi-disant « pro-démocratie » a été créée et financée par Washington - exactement de la même manière que des associations similaires, suscitées en Géorgie et en Serbie. « Mais personne ne veut que notre pays connaisse l'horrible fin de ces malheureux pays. Aussi les deux candidats feraient-ils sans doute mieux de se démettre », a ajouté M. Leschenko. D'après une dépêche de l'agence Interfax, mercredi dernier, Ianoukovitch est parvenu exactement à la même conclusion. Le vainqueur contesté de l'élection a déclaré : « Nous devons dépasser la crise. Pour cela, je propose que ni Viktor Ioutchchenko, ni moi-même, nous ne participions à la nouvelle élection, au cas où le résultat du dernier scrutin serait annulé pour cause de fraude ». On attend encore la réponse de Ioutchchenko à cette suggestion. D'ici là, l' éventualité d'une guerre civile ou d'une partition du pays tout au long d' une ligne interethnique ou interconfessionnelle ne pourra, hélas, que devenir de plus en plus probable.

Les pro-occidentaux d'Ukraine ont les mêmes financiers que les anti-Chavez au Vénézuela
par R.C. , Les Barons Marqués, 1er décembre 2004
C'est incontestablement la plus longue manifestation de rue de toute l'histoire de l'Ukraine. Des dizaines de milliers de partisans du candidat pro-occidental Viktor Iouchtchenko continuent de camper, malgré la neige et le froid, sur le Maidan Nezalezhnosti, la place de l'Indépendance. Le président Léonid Koutchma a évoqué pour la première fois la possibilité de nouvelles élections. Il attend le verdict de la Cour Suprême sur la légalité du vote.

Une marée orange
La campagne de communication baptisée « ruban orange » est un raz de marée. En pull, écharpe, cravate ou chaussettes, autour du cou, en ceinture ou en bandana, on l'arbore sous toutes ses formes à Kiev: la couleur de l'opposition est devenue symbole de la « révolution des chataignes ».
« Nous les avons accrochés sur les wagons de métro, distribués parmi nos amis à une semaine du premier tour du 31 octobre », explique Maxim Savanevski, un des concepteurs de cette campagne. "Nous ne nous attendions pas à ce que des milliers d'étudiants et même des fonctionnaires se joignent au mouvement", raconte-t-il à l'AFP.
Tout a commencé le soir de l'élection par un appel du candidat officiellement battu Iouchtchenko. Sur l'estrade de campagne, il déclara que les manifestants construiraient une cité de tentes et protesteraient jusqu'à ce qu'il soit déclaré vainqueur.
En quelques minutes, de jeunes étudiants déploient plus de mille tentes, postent des sentinelles non-armées comme service de sécurité, produisent des montagnes de nourriture et de vêtements d'hiver, des centres d'aide médicaux et une provision infinie de tracts, rubans, bannières et drapeaux, autocollants pour transformer la foule en une télégénique onde orange. Ils organisent aussi des rondes de médecins, la distribution gratuite de boissons chaudes et même de médicaments. La place est déclarée « territoire libre » avec centre d'information, toilettes, et des locaux pour recharger les téléphones mobiles.
« Nous avons entendu que Ianoukovitch tenterait d'organiser la fraude, et nous nous sommes préparés pour cette situation » a déclaré Mariana Savitska, 19 ans, porte-parole du mouvement. «Nous avons décidé que nous devions faire quelque chose, réveiller la volonté populaire ».
Anastasia Bezverkha, la secrétaire de presse de Pora, raconte à la radio états-unienne NPR que Pora s'est inspiré des mouvements qui ont conduit à la chute de Slobodan Milosevic et à la « révolution des roses » en Géorgie.

Sur le modèle serbe
Pora a été formé sur le modèle du groupe serbe Otpor, « résistance » en serbe, qui a joué un rôle essentiel sur l'éviction de Slobodan Milosevic lors des élections du 5 octobre 2000. La vice-présidente du mouvement Pora pour la région de Kiev, Natalia confie avoir assisté à des formations du directeur d'Otpor Alexander Maric.
Aleksandar Maric, fondateur d'Otpor, Stanko Lazendic et l'un des dirigeants charismatique d'Otpor, Ivan Marovica, ont crée le "Centre pour la résistance non-violente" pour exporter leur expérience et leurs techniques d'action. Selon Sinisa Sikman, un des militants, le centre a servi d'instructeur à des membres du groupe Pora, leur enseignant en particulier comment organiser des protestations non-violentes en cas de fraude électorale. Le centre propose également des cours d'un jour à une semaine pour apprendre, entre autres, comment organiser un mouvement, former des équipes, rassembler des fonds et agir auprès des médias. Avant les élections, l'AFP indiquait que des membres du mouvement serbe Otpor séjournaient déjà depuis quelques mois en Ukraine, en assurant la formation de jeunes militants à l'action non-violente, au cas où des fraudes auraient lieu lors des élections présidentielles.
« Ils (les opposants ukrainiens) appliquent les connaissances et les techniques que nous leur avons enseignées », estime Sinisa Sikman. Otpor a formé jusqu'à présent 500 Ukrainiens dans 25 localités différentes.
« Nous n'essayons pas d'influencer les événements en Ukraine et depuis qu'un de nos militants en a été expulsé aucun de nous n'y est retourné », se défend il. Aleksandar Maric, été expulsé d'Ukraine le mois dernier, à la veille du premier tour de la présidentielle.
Stanko Lazendic, qui a séjourné en Ukraine en compagnie d'Aleksandar Maric, explique que « lorsque Otpor a renversé Milosevic et est devenu célèbre à travers le monde entier, des organisations de tous les pays d'Europe de l'est nous ont contacté. Comme formateurs d'Otpor, nous avons participé à de très nombreux séminaires. À titre individuel. Je suis allé en Bosnie et en Ukraine, Maric a été en Géorgie et en Biélorussie. Pour ce qui est de l'Ukraine, nous sommes impliqués depuis un an, et nous travaillons avec quelques organisations non-gouvernementales, dont le but est de montrer aux Ukrainiens ce que signifie le régime de Leonid Koutchma. Nous leur avons appris à mener des campagnes, sans recommandations précises sur ce qu'ils devaient faire ».

Qui a formé les formateurs?
Au début de l'année 2000, ces Serbes ont été formés au combat non-violent par Robert Helvy, un colonel de l'armée états-unienne à la retraite, à l'hôtel Hilton de Budapest. Helvy a reconnu auprès de médias serbes qu'il avait été convoqué par des représentants de l'Institut international républicain (IRI) à Washington, qu'ils lui ont expliqué qu'ils travaillaient avec des jeunes de Serbie, et qu'il serait intéressant qu'il les forme aux techniques de résistance non-violente, ce qui leur permettrait d'atteindre leur but.
Stanko Lazendic reconnaît que le colonel Helvy participait à ces cours intensifs. « Mais quand nous sommes allés là-bas, nous n'avons jamais pensé qu'il pouvait travailler pour la CIA. Ce qu'il nous a appris, nous l'enseignons maintenant à d'autres. Comment créer un mouvement d'opinion contre le régime à travers le matériel de propagande ou des performances de rue. Maintenant, on va sûrement dire en Ukraine et en Biélorussie que cela est mis sur pied par des agents de la CIA. Les services secrets ukrainiens sont au courant des séminaires que nous avons animés, car les médias ont ultérieurement révélé leur contenu. Dans les médias d'État, nous sommes présentés, Maric et moi, comme les inspirateurs d'un coup d'État. On explique que nous avons notre centre de direction en Géorgie et que je suis le chef des formateurs envoyés là-bas ».
L'ONG américaine Freedom House a engagé Lazendic et Maric comme conseillers spéciaux pour les mouvements de jeunes en Ukraine. Le but officiel ? Le développement de la société civile.

Financé et organisé par les Etats-unis
Lorsque la journaliste de NPR interroge Anastasia Bezverkha, la secrétaire de presse de Pora, sur l'origine des fonds de cette organisation:
NPR: La cité de tentes est très bien organisée (...), il y a une question concernant votre financement, tout cela requiert beaucoup d'argent et les partisans de Ianoukovitch prétendent que votre organisation est financé par des intérêts privés, comment pouvez payer tout ceci?
Pora: Ce rapport est utilisé pour nous discréditer. Nous sommes soutenus essentiellement par la population ukrainienne, par les ONGs et les entreprises ukrainiennes. Tout notre équipement nous a été donné gracieusement. Les gens viennent et nous le donne gratuitement. Il y a aussi des donations de la diaspora ukrainienne, du monde entier qui nous envoie de l'argent pour soutenir ceux qui campent ici pour leur liberté ».
La Freedom House entraîne les membres de Pora sous les auspices du programme Participation Citoyenne aux Elections en Ukraine (CPEU), au côté de l'Institut International Républicain (IRI) et de l'Institut National Démocrate pour les affaires internationales (NDI). Le programme est financé par l' Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID).
Selon Freedom House, le programme CPEU est légalement inscrit auprès du Ministère de la Justice et « opère dans le respect absolu des lois ukrainiennes ». Commentant la participation d'étrangers à ce programme, Freedom House déclare qu'un tel « apprentissage transfrontalier » est « une part intégrale et acceptée du programme » visant à encourager le processus démocratique dans le monde.

La « maison de la liberté »
La « maison de la liberté », Freedom House, a le statut d'association. Fondée aux Etats-Unis dans les années 1940, elle est « une voix claire pour la démocratie et la liberté dans le monde » et « oeuvre à la progression de la remarquable expansion mondiale de la liberté politique et économique ».
Son président, R. James Woolsey, est un ancien directeur de la CIA, actuel vice-président de la firme de consultant Booz Allen & Hamilton. Au côté de Paul Wolfowitz et de Donald H. Rumsfeld, il siège à la Commission d'évaluation de la menace des missiles balistiques sur les Etats-Unis, où a été conçue en 1998 la doctrine de George W. Bush sur les pays de l'Axe du Mal. R. James Woolsey est membre du Comité consultatif politique du Secrétariat de la Défense du gouvernement des Etats-Unis. Interviewé sur l'émission Nightline de la chaîne ABC cinq jours après les attentats du World Trade Center, il suggéra que l'Amérique devait attaquer l'Irak pour son soutien au terrorisme. Le journaliste lui rétorqua: « Personne ne suggère maintenant que l'Irak ait quelque chose à voir avec cela. En fait, c'est plutôt le contraire. » M. Woolsey répondit:« Je ne crois pas que cela importe. Je ne crois pas que cela importe ».
Son secrétaire, Ken Adelman, était l'assistance du Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld entre 1977 et 1975. Il est partisan d'une invasion préventive de l'Iran et de l'Arabie Saoudite.
Parmi les administrateurs de Freedom House, on remarque Diana Villiers Negroponte, la compagne de John Negroponte, actuel ambassadeur des Etats-Unis en Iraq. Entre 1981 et 1984, alors ambassadeur au Honduras, il a supervisé la construction du camps d'El Aguacate: camps d'entraînement des contras nicaraguyens mais aussi camps de détention et de torture. En août 2001, 185 corps brulés, dont ceux de deux Etats-uniens, ont été déterrés sur ce site. En collaboration avec l'armée hondurienne, John Negroponte aurait couvert les exactions des paramilitaires entraînés par la CIA, qui auraient kidnappé, torturé et tué des centaines de personnes, dont des missionnaires états-uniens. En 1984, il aurait facilité la vente d'armes aux contras, pourtant interdite par le Sénat des Etats-Unis.
Notons aussi la présence de Zbigniew Brzezinski, conseiller des présidents Kennedy, Johnson, Carter, et, en 1988, co-président de la « Task Force » consultative sur la sécurité intérieure de George Bush (père). En 1994, avec Henry Kissinger, Frank Carlucci (Carlyle), George Soros, et Malcolm Forbes, il organise le Comité consultatif americano-ukrainien pour améliorer les relations entre les deux pays. Il dirige les Fonds d'entreprise Americano-polonais et la Fondation Americano-polonaise pour la liberté, deux probables couvertures de la CIA. C'est un ancien administrateur d'Amnesty International, de la Fondation nationale pour la démocratie et du très secret Conseil sur les relations étrangères, qui formerait avec la Commission trilatérale et le groupe Bildeberg, le triumvirat mondial. Selon le sénateur états-unien Barry Goldwater, « la Commission trilatérale est internationale et veut être le moteur de la consolidation multinationale des intérêts commerciaux et bancaires en prenant le contrôle du gouvernement des Etats-Unis ».
Thomas S. Foley, administrateur de Freedom House et du Conseil sur les relations étrangères, préside la Commission trilatérale depuis 2001.
Samuel P. Huntington, administrateur de Freedom House, a écrit le « Clash des civilisations » qui prédit un conflit sans fin entre le monde chrétien et musulman.
Freedom House reçoit des fonds du privé: Fondation Soros (finance), Fondation Ford (automobiles), Fondation Grace (chimie), Lilly Endowment (pharmacie), la fondation Unilever (détergents, cosmétiques)... Mais l'essentiel de son financement reste public, via l'Agence pour le développement international (USAid) et surtout, depuis 1983, de la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy, NED).

La Fondation nationale pour la démocratie
« Beaucoup de ce que nous faisons aujourd'hui était fait en secret il y a 25 ans par la CIA ». Ainsi s'exprimait Allen Weinstein, un des législateurs ayant créé la NED.
Suite aux enquêtes sur l'affaire du Watergate, où le président Nixon tenta d'espionner et de dicréditer les Démocrates pour assurer sa réelection, des activités secrètes de la CIA dans le monde furent révélés: financement occulte d'individu, de partis politiques et d'ONGs favorables aux intérêts états-uniens, et lutte contre ceux qui étaient considérés comme défavorable. L'opinion publique états-unienne s'en ému et imposa des limites strictes aux activités internationales de la CIA. Ronald Reagan, considérant que les capacités de « renseignement » du pays étaient devenues insuffisantes, voulut une structure capable de mener des opérations politiques secrètes, mais sans lien avec la CIA. La fondation nationale pour la démocratie était née, « une organisation à but non lucratif, non-gouvernementale, bipartisane [liée au parti démocrate et républicain] pour aider au renforcement des institutions démocratiques dans le monde ». La NED est présentée comme une ONG mais fait figure de structure d'Etat, étant financé quasi-exclusivement par le Congrès jusqu'en 1994. Elle accepte depuis des fonds privés.
En 2001 et 2002, la NED donna des centaines de milliers de dollars aux groupes états-uniens et vénézueliens qui organisaient les manifestations et la tentative de coup d'état contre le président élu du Vénézuela, Hugo Chavez. Selon Wayne Madsen, alors officier du renseignement de l'US Navy, des attachés militaires états-uniens ont rencontré des officiers supérieurs vénézueliens pour évaluer ses chances de succès, et la nuit du coup d'état du 11-12 avril 2002, des officiers états-uniens étaient présents au quartier général de l'armée vénézuelienne, à Fuerte Tiuna. La marine, croisant dans la mer des Caraïbes, aurait brouillé les transmissions des ambassades de Cuba, Libye, Iran et Irak, quatres pays favorables à Chavez. Selon Terry Allen, journaliste au In These Times de Chicago, « en utilisant les mêmes tuyaux que Reagan employait pour financer les contras, la Fédération nationale pour la démocratie, l'administration de Georges W. Bush fait passer des fonds à l'opposition vénézuelienne ». Des documents officiels ont montré que la NED avait distribué un million de dollars à l'opposition anti-Chavez.

Le parlement ukrainien veut retirer les forces engagées en Iraq
Le parlement ukrainien a adopté une motion demandant au président Léonid Koutchma de rapatrier les 1 600 soldats que Kiev a déployés en Iraq.
Le texte présenté par le groupe communiste a été approuvé par 257 députés sur les 450 qui siègent à la Rada.
L'engagement de l'Ukraine aux côtés des USA avait permis d'améliorer les relations entre Kiev et Washington, mises à mal par des allégations selon lesquelles l'administration du président Koutchma aurait vendu des systèmes radars au régime de Saddam Hussein.
Source : Reuters, 3 décembre 2004

Des juifs d'Odessa inquiets pour leur avenir dans le chaos politique ukrainien
Loin de l'agitation de Kiev, la
petite communauté juive d'Odessa (sud de
l'Ukraine) n'en demeure pas moins très inquiète des conséquences
que pourrait avoir pour elle la crise
ukrainienne, accusant notamment l'opposition de tenir un "discours
antisémite".
Léonid Dousman, un historien de 73 ans, dénonce le "jeu des
extrémistes" de l'opposition qui ont plongé "le
peuple dans une hystérie collective" et espère que les juifs
n'auront "pas à en faire les frais.
La propagande du camp du pouvoir accuse le leader de l'opposition
nationaliste Viktor Iouchtchenko de tolérer
des antisémites dans les rangs de ses partisans.
A Odessa, grande ville russophone sur la mer Noire, des tracts
antisémites ont été, selon M. Dousman,
distribués dans des lieux publics, y compris dans des bus, avant
la tenue, le 21 novembre, du second tour de
l'élection présidentielle controversée qui a déclenché une grave
crise politique dans tout le pays.
"Ce type de tracts est régulièrement distribué, surtout en période
électorale, mais nous, les Juifs, avons survécu
à des événements encore plus pénibles en Ukraine", dit Léonid en
faisant référence à l'occupation nazie de
l'Ukraine durant la Seconde guerre mondiale.
Aujourd'hui, cet Ukrainien à la dense chevelure argentée, espère
que "l'hystérie collective qui s'est emparée du
pays va se calmer, car si la première goutte de sang est versée,
plus personne ne contrôlera rien, et nous les
Juifs, nous serons de nouveau en danger".
La ville d'Odessa, qui compte quelque 1,2 million d'habitants, est
favorable au vainqueur officiel du scrutin
présidentiel, le Premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch.
Sa victoire est cependant contestée par
l'opposition qui, emmenée par Viktor Iouchtchenko, a rassemblé des
dizaines de milliers de partisans qui
manifestent nuit et jour à Kiev contre le résultat du scrutin.
Cette situation inquiète également les autorités religieuses
juives d'Odessa.
A la synagogue Habat Shomrey Sabos, le rabbin Abraham Wolff
redoute "un véritable désastre" et dénonce "les
discours antisémites des proches de Iouchtchenko".
Cet Israélien, né dans un village près d'Eilat, la grande station
balnéaire israélienne, explique que la plupart des
juifs d'Odessa "se sentent comme à bord d'un avion qui perd
soudainement de l'altitude".
"On ne comprend plus ce qui se passe, tout va très vite et j'ai
peur que le pays ne se dirige vers un crash", dit-il,
en répondant à de nombreux appels sur son portable de personnes
inquiètes lui demandant des conseils.
Il déplore les "discours antisémites" tenus par