Le racisme à l'honneur : pétition
au Président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, contre
la remise d’une médaille d’or à l’islamophobe
Oriana Fallaci
La remise d'une médaille d'or à la journaliste Oriana
Fallaci [par le Président de la République, le 14 décembre
] pour son « mérite dans le domaine culturel » est
un fait qui provoque notre indignation.
En tant que citoyens et citoyennes impliqués dans une dure bataille
contre toutes formes de racisme sur le terrain social, dans les secteurs
du savoir, de l'enseignement, de la recherche, et dans celui de la production
culturelle et artistique, nous pensons que la remise d'un prix à
Oriana Fallaci par la plus haute autorité de l'Etat s'oppose
à l'idée même de culture, et contribue à
légitimer la xénophobie et le racisme.
Vous n'êtes pas sans savoir que l'ouvrage le plus célèbre
de la journaliste est la « Rage et l'orgueil ».
Cet amas de simplifications historiques, d'invectives violentes et inarticulées
contre les « ennemis de l'Occident », d'insultes vulgaires
et racistes, de grossièretés machistes et guerrières
ne rend certes pas honneur à la culture et à l'Italie.
Il participe, en revanche, à alimenter l'intolérance et
le fanatisme.
C'est de tout autre chose dont nous avons besoin en ces temps d'âpres
conflits que certains souhaitent transformer en « clash de civilisations
».
Ce sont plutôt des mots rappelant les fondements de la Constitution
italienne dont vous êtes le garant suprême, ceux-là
mêmes qui répudient le racisme et la guerre, dont nous
accusons aujourd'hui le manque.
Premiers signataires :
Prof. Annamaria Rivera, Università di Bari
Prof. Alessandro Portelli, Università di Roma-La Sapienza
Prof. Alberto Burgio, Università di Bologna
Melo Franchina, architetto
Prof. Giuseppe Prestipino, professore emerito
Prof. Carla Pasquinelli, Università di Napoli "L'Orientale"
Prof. Pietro Angelini, Università di Napoli "L'Orientale"
Prof. Claudio Marta, Università di Napoli "L'Orientale"
Prof. Clara Gallini, professore emerito Associazione Internazionale
"Ernesto de Martino"
Walter Peruzzi, direttore della rivista "Guerre&Pace"
Dott. Alex Arrigoni, Università di Siena
Prof. Iain Chambers, Università di Napoli "L'Orientale"
Silverio Tomeo, operatore culturale
Andrea Billau, giornalista
Dott. Annalisa Frisina, Università di Padova
Franco Piersanti, compositore
Prof. Alessandro Triulzi, Università di Napoli "L'Orientale"
Prof. Paola Splendore, Università di Roma Tre
Prof. Pietro Barbetta, Università di Bergamo
Prof. Nella Ginatempo, Università di Messina
Prof. Anna Bozzo, Università di Roma Tre
Prof. Giuseppe Faso, Centro Interculturale Empolese-Valdelsa
Prof. Paola Di Cori, Università di Urbino
Prof. Avv. Francesco Cardarelli
Prof. Tamar Pitch, Università di Camerino Prof. Amalia Signorelli,
Università di Napoli "L'Orientale"
Katherine Russo, School of English, UNSW, Sydney, Australia
Prof. Paola Falteri, Università di Perugia
Prof. Paolo Bartoli, Università di Perugia
Prof. Giancarlo Baronti, Università di Perugia
Prof. Enrica Morlicchio, Università di Napoli "Federico
II"
Alessia Montuori, Associazione "Senzaconfine" Prof. Ermanno
Vitale, Università di Sassari Tecla Mazzarese
On. Giovanni Russo Spena, Camera dei Deputati Ivan Della Mea, Presidente
dell'Istituto "Ernesto de Martino"
Stefano Anastasia, Direttore del Centro per la riforma dello stato
Prof. Silvia Larizza, Università di Pavia
Filippo Miraglia, Dipartimento immigrazione, Arci nazionale
Prof. Cristina Amato, Università di Brescia
Prof. Elena Bertonelli, Dirigente MIUR
Dott. Gianfranco Laccone, agronomo
Amara Lakhous, giornalista
Prof. Valerio Pocar, Università di Milano-Bicocca
Stefano Galieni, giornalista
Samia Kouider, sociologa
Nathalie Galesne, giornalista (Babelmed)
Catherine Cornet, giornalista (Babelmed)
Aquilino Mancini, architetto
Matteo Mancini, Lycée Chateaubriand
Pauline Mancini, Lycée Chateaubriand
David Mancini, Università Roma II
Francesco Andreini Consigliere Comune di Siena
Toni Maraini, Fondo Alberto Moravia, Roma
Marta Pinna, Università di Cagliari, studentessa di arabo
Gerarda Ventura, operatrice cuturale, Roma
Rachedi Djamel Eddine Journaliste correspondant de l'agence algérienne
de Presse (APS) en Italie
Odoacre Mercatanti, pensionato
Pour signer la pétition au président Italien, écrire
à info@babelmed.net
La bataille du Val de Suse contre le TGV
Le Val de Suse, dans le Pïémont italien est le centre
depuis plusieurs mois d'une grande bataille : la population locale est
fermement pposée à un projet de TGV (en italien TAV) Turin-Lyon
qui dénaturerait encore plus l'environnement de cette vallée.
Ces derniers jours, la batalle a pris un tour très violent, avec
l'occupation militaire de la vallée par les forces dites de l'ordre.
Nous documentons cette bataille, qui risque de compromettre la tenue
des jeux olympiques d'hiver en février prochain à Turin.
IGV : Intérêts à grande
vitesse – La Val Cenischia occupée militairement, pour
empêcher les manifestations contre le TGV
par Enrico Piovesana, peacereporter.net, 29 novembre
2005. Original :
http://www.peacereporter.net/dettaglio_articolo.php?idc=0&idart=4200
Traduit de l’italien par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de de traducteurs pour la diversité linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Italie – Vallée de Suse, 29 novembre 2005 - Luca Mercalli,
célèbre météorologue de l’émission
« Quel temps fait-il ? » de la RAI 3, et opposant convaincu
au projet ferroviaire consistant à relier par TGV Turin et Lyon,
a exprimé à PeaceReporter son mépris pour ce qui
est en train de se passer dans la Valsusa [Vallée de Suse], occupée
militairement, depuis hier soir, par des centaines d’agents en
tenue anti-émeute, qui ont barré les routes et jusqu’aux
sentiers muletiers d’accès à la Val Cenischia, pour
empêcher les manifestations anti-TGV qui auraient dû avoir
lieu au moment où débutaient les premiers sondages géologiques.
Le village de Venaus se retrouve coupé du monde : les gens n’ont
pas pu aller au travail, les enfants n’ont pas pu aller à
l’école. Il y a eu des échauffourées avec
les manifestants, on redoute carrément l’intervention de
l’armée.
« Que l’armée rapplique ou pas, ça ne change
pas grand-chose », dit Mercalli. « Que les tenues soient
bleues ou vertes importe peu, parce que, de toutes les manières,
nous sommes en présence d’une véritable occupation
militaire du territoire. On n’a jamais vu un tel déploiement
de forces, même pas dans le Sud [de l’Italie], contre la
mafia. D’ailleurs, ici, c’est le contraire : ici, la mafia,
on la protège : il s’agit de cette mafia qui a d’énormes
intérêts à voir se réaliser ce projet insensé.
Et ici, le danger dont on veut protéger le TGV, ce sont les cinquante
mille citoyens qui s’y opposent pacifiquement : il s’agit
bien de citoyens pacifistes, et non de « manifestants »,
de « protestataires », comme on les qualifie à seule
fin de les discréditer. Ce sont des citoyens qui défendent
leurs droits. La situation est donc l’exact inverse de ce qu’il
faudrait qu’elle soit : au lieu de protéger les citoyens
contre la mafia, la police protège la mafia contre les citoyens
! »
« Jusqu’ici, le projet du TGV mettait en danger la santé
des citoyens ; désormais, il met en danger la démocratie
et les libertés civiques », nous explique au téléphone,
depuis la Valsusa, Claudio Giorno de l’association Legambiente
[Ligue de défense de l’environnement], un des promoteurs
historiques des protestations anti-TGV. « Depuis cette nuit, la
Val Cenischia est soumise à occupation militaire : des centaines
d’hommes des forces de l’ordre, en tenue anti-émeute,
sont déployés afin d’assurer la protection des chantiers.
Ils ont fermé la vallée, avec des barrages sur les routes
et même sur les sentiers de montagne, empêchant totalement
la libre circulation des habitants, qui n’ont pas pu aller au
travail, ni accompagner leurs enfants à l’école.
Le village de Venaus, ainsi qu’un autre village, situé
plus haut, Novalese, sont totalement isolés, coupés du
monde : leurs habitants ne peuvent en sortir, et ceux [qui étaient
à l’extérieur et] qui veulent rentrer chez eux doivent
montrer leurs papiers aux checkpoints, comme si nous étions en
état de guerre. De plus, en prévision des manifestations
de demain, il semble qu’ils envisagent carrément de faire
intervenir l’armée ! Les manifestants sont malmenés
par la police, qui n’a pas hésité à brandir
les matraques devant les eurodéputés de la Commission
des Pétitions, venus dans la Valsusa pour constater de visu la
situation régnante. Désormais, ils l’auront constaté
aussi avec leur peau… »
Les protestations de la délégation de l’Union européenne
La voix de Giorno, au téléphone, est couverte par la sirène
de l’ambulance qui emmène à l’hôpital
Antonio Fermentino, président de la communauté [de communes]
Montana Bassa Valle Susa, qui s’est effondré par terre,
saisi d’un malaise durant la manifestation. Avant de se sentir
mal, il avait crié, au micro : « C’est la plus grave
militarisation du territoire qu’on n’aie jamais vue. Les
citoyens ne peuvent ni entrer à Venaus, ni en sortir ! »
Un peu auparavant, une autre ambulance avait emmené à
l’hôpital l’honorable [parlementaire] Vittorio Agnoletto,
légèrement blessé à la suite d’une
empoignade avec la police, avec laquelle il tentait de négocier
l’accord du libre accès à la délégation
européenne.
« L’occupation militaire de Venaus – ont déclaré
les trois parlementaires européens, deux Espagnols et un Britannique
– est un affront à la population locale, qui manifeste
pacifiquement contre le début du premier chantier de sondages.
C’est aussi une insulte à l’intégrité
de notre délégation parlementaire ». Un des deux
parlementaires espagnols a été pris d’étouffement,
tandis que la police repoussait les manifestants qui faisaient pression
sur le cordon policier.
« Cela, ce n’est pas la démocratie ! Nous n’aurions
jamais imaginé qu’on en arrive là ! », dit
Giorno. « Cette militarisation du territoire est absurde : elle
foule aux pieds les droits civiques des citoyens, non seulement de ceux
qui veulent manifester leur opposition au TGV, mais aussi de tous ceux
qui ont la malchance d’habiter dans ces vallées. Cette
réaction disproportionnée n’est pas digne d’un
pays démocratique : la démocratie, elle n’est plus
là, quand le pouvoir agit sans le consensus de la population,
quand les autorités sont prêtes à tout, y compris
au recours à la force, pour pouvoir imposer un projet. En agissant
de la sorte, en frappant non seulement les manifestants, mais toute
la population, on a obtenu une seule chose, à savoir que tout
le monde s’est révolté contre cette situation insupportable,
y compris les gens qui étaient peut-être favorables au
TGV. C’est ce que démontrent les maires et les protestations
des habitants, actuellement, à Venaus, des habitants qui sont
furieux parce qu’ils ne peuvent plus sortir de chez eux pour aller
au travail, et c’est aussi ce que démontrent les grèves
de solidarité spontanées des ouvriers de la Valsusa, qui
ont déserté leurs usines, ce matin, pour rejoindre la
manifestation de protestation. »
« Sous occupation : encore quinze ans ? »
Le blitz qui a marqué cette nuit le début de l’occupation
militaire du chantier de Venaus et de toutes les voies d’accès
à la Val Cenischia – poursuit Giorno – étend
la situation que vit depuis déjà un mois la localité
de Mompantero, où les barrages routiers sont en place depuis
le 31 octobre. Sans même s’en rendre compte, la police avait
installé, dans ce village, un checkpoint devant le cimetière
: c’était la veille du Jour des Morts, si bien que le lendemain,
les habitants du village n’ont même pas pu aller honorer
leurs propres défunts ! Peut-être devrons-nous nous préparer
à vivre de la sorte les quinze années à venir,
c’est-à-dire pendant toute la durée prévue
pour les travaux du TGV ? Ou bien alors, autre possibilité :
pour éviter l’occupation militaire, nous devons céder
à ce chantage antidémocratique, et renoncer à notre
droit de manifester contre un projet qui foule aux pieds, lui aussi,
notre droit à la santé et à un environnement sain
? Je ne parviens pas à croire que nous en soyons arrivés
à ce point ! Je ne parviens pas à croire qu’aucun
homme politique ne se lève pour dire « Non » à
ce qui est en train de se passer ici, ici où désormais
ce qui est en cause, ce n’est plus seulement un projet ferroviaire,
mais bel et bien la survie même de notre démocratie ».
Valsusa, dernières nouvelles du 6 décembre
2005 - Ils ont choisi le recours à la violence
Cette nuit, à Venaus [vallée de Suse, Italie], les «
forces de l'ordre » ont
brutalement agressé les participants au rassemblement de protestation
[contre le projet de TGV Lyon-Turin], qui se reposaient sous des tentes
et
dans des baraques de chantier. Il n'y a pas eu de réaction. Ils
ont arraché
le bandeau tricolore des maires, qui ont reçu, y compris eux,
des coups de
matraque. Pour l'instant, on recense quinze blessés, dont deux
assez
grièvement.
Toute la vallée de Cenischia est isolée par la police.
Apparemment, ils
veulent vérifier les identités et arrêter toutes
les personnes actuellement
présentes à la présidence [du siège régional].
Sur ces entrefaites, dans le reste de la vallée, des manifestations
spontanées ont eu lieu : les comités syndicaux des usines
se sont mis en
grève ; certaines gares, notamment sur le réseau national,
ont été fermées.
En-dehors de la vallée de Suse, des comités sont en cours
d'organisation,
afin de dénoncer ce choix, qui ne pourra en aucun cas résoudre
le problème,
et ne fera que témoigner de la dégradation inquiétante
qu'est en train de
subir la démocratie, dans notre pays.
A Turin : rassemblement devant la Préfecture, Piazza Castello,
à partir de
10 h 30, pour toute la journée.
Ce mardi 6 décembre à 3 h du matin, à Venaus,
la police a attaqué le camp de résistance au TGV Lyon-Turin
Après la manifestation de la vallée le 16 novembre contre
le TGV Lyon-Turin, les opposants de plus en plus nombreux avaient décidé
d’empêcher tous travaux préparatoires et notamment
les sondages. Ce mardi, alors qu’une manifestation de 30.000 personnes
se déroulait dans le val Susa, 5.000 autres personnes avaient
occupé le chantier des sondages à Venaus. Lundi 5 décembre
le ministre de l’intérieur italien, fort de l’appui
européen et du conseil régional Rhone Alpes, déclarait
qu’il envoyait sur les lieux 9.000 policiers supplémentaires.
Depuis mardi 29 novembre 5.ooo opposants occupaient jour et nuit le
chantier. Déjà dimanche, les camarades présents
nous signalaient des convois avec véhicules blindés qui
remontaient la vallée. Hier une comunication téléphonique
avec Radio Labo avait été brouillée.
Aujourd’hui à 3h du matin, le mardi 6 décembre,
les policiers anti émeutes ont attaqué le camp. Faisant
preuve d’une sauvagerie sans nom, ils ont fait 3 blessés
graves et en plus un homme est resté sur le terrain pendant une
heure dans la neige et le froid, étendu au milieu de policiers
qui empêchaient les ambulances privées et les manifestants
de s’approcher.
Étendu sans bouger, livide, les camarades présents pensent
qu’il est mort.
Depuis l’annonce de l’attaque, les habitants de toute la
vallée de Venaus à Turin sont descendus dans la rue, les
églises ont sonné le tocsin, et petit à petit tout
s’est arrété pour une grève générale
: usines, écoles, bureaux, établissements publiques, trains
de banlieue...
Des manifestants ont commencé à bloquer l’autoroute,
les routes nationales, la ligne internationale, des barrages, des barricades
se sont organisés dans les villages de la vallée par des
personnes de tous âges, des plus jeunes aux plus vieux, pour empêcher
les policiers "assassins" de redescendre dans leur campement
après Turin. Un face à face très violent se déroule
depuis ce matin entre 5.000 manifestants et la flicaille à Bussoleno.
La gare centrale de Turin est occupée par les manifestants qui
bloquent le départ des trains et toute la gare. Une manifestation
a eu lieu à Milan. Au fur et à mesure que la nouvelle
se répand des manifs spontanées ont lieu dans toute l’Italie.
Hier les camarades nous parlaient de cette énorme manifestation
qui se prépare pour le 17 décembre à Turin pour
lutter avec la vallée contre ce projet d’assassins.
À l’heure où l’Europe sociale se construit,
où il est de plus en plus évident que la croissance se
fait contre nous tous, au mépris de la population, il serait
énorme que nous ne puissions organiser une solidarité
effective avec nos camarades italiennes et italiens, que nous restions
les bras croisés face à ce mépris des autorités
qu’elles soient européennes ou régionales.
No Pasaran !
Source : http://rebellyon.info
Les opposants au TGV menacent les Jeux de Turin
Les JO d'hiver pourraient être pris en otage par les manifestants
du Val de Suse, qui veulent empêcher le TGV de passer chez eux.
par Richard Heuzé, Le Figaro, 8 décembre 2005
LA TENSION monte dans le Piémont. Les Jeux olympiques d'hiver
prévus du 10 au 26 février à Turin risquent d'être
pris en otage par les protestataires du Val de Suse, qui entendent empêcher
le futur TGV Turin-Lyon de passer par leurs alpages. Mercredi soir,
plusieurs milliers de manifestants de gauche sont descendus de la vallée
et ont déferlé sur Turin, distante d'environ 60 km. Ils
ont bloqué rues et gares. Certains ont dévasté
la toute nouvelle boutique olympique et pris d'assaut un édifice
public où était retranché le gouverneur de la région,
la postcommuniste Mercedes Bresso. Hier, le trafic restait paralysé
dans l'ensemble du Val de Suse, traversé par l'autoroute du Fréjus
et par la ligne ferroviaire entre France et Italie. Une nouvelle manifestation
est prévue le 17 décembre à Turin.
L'étincelle qui a mis le feu aux poudres a été
l'évacuation d'un chantier occupé par des protestataires,
Verts, communistes et antimondialistes en tête. Après vingt
jours de face à face, le ministre de l'Intérieur, Giuseppe
Pisanu, a donné l'ordre de «rétablir la légalité
républicaine». L'opération fut menée en pleine
nuit par la police. Deux barricades et une baraque ont été
démantelées. Les autorités veulent permettre le
début du forage de la «descenderie» (galerie d'exploration)
qui doit permettre de vérifier les conditions statiques et géologiques
du massif alpin. Bruxelles en fait la condition du maintien de son financement
au projet du TGV.
Feu vert de Romano Prodi
C'est le gouvernement de gauche de Romano Prodi, en 1996, qui avait
donné le feu vert au TGV (Treno Alta Velocita, ou TAV, en italien).
Un ministre des Transports postcommuniste, Pierluigi Bersani, a signé
en 1999 l'accord franco-italien engageant les premiers travaux. A son
arrivée au pouvoir en 2001, Silvio Berlusconi a poursuivi le
dossier avec détermination. Aujourd'hui, l'ensemble des partis
et des syndicats italiens conviennent de la nécessité
de réaliser l'ouvrage, qui comporte le creusement d'un tunnel
ferroviaire de 53 km de long dans le Val de Suse. Le 30 octobre, le
chef de l'Etat, Carlo Azeglio Ciampi, réaffirmait que «l'Italie
ne pouvait se permettre d'être tenue à l'écart des
grands réseaux de transport européens».
Protection de l'environnement
Les opposants mettent en avant des considérations d'utilité,
de coût mais aussi de protection de l'environnement. La protestation
des maires des trente-sept communes de, la vallée, pour la plupart
des élus de gauche, a pris à contre-pied Romano Prodi.
Après avoir longtemps louvoyé, le chef de l'opposition
a pris pour prétexte l'intervention policière pour accuser
le ministre de l'Intérieur d'avoir commis une «grosse erreur»
et reprocher au gouvernement de ne pas vouloir dialoguer avec les protestataires.
A sa suite, tous les dirigeants de la gauche ont attaqué le gouvernement
Berlusconi. Le secrétaire des Démocrates de gauche (DS,
ex-PCI), Piero Fassino, qui est originaire du Val de Suse, a parlé
d'une intervention policière «inadmissible».
La majorité, elle, fait bloc derrière Berlusconi, qui
avait donné carte blanche à l'intervention. «Il
est plus facile pour Romano Prodi de s'en prendre au ministre de l'Intérieur
qui ne fait que son devoir que de s'interroger sur les ambiguïtés
qui traversent sa propre coalition», a commenté le centriste
Marco Follini. Pour sa part, l'éditorialiste Sergio Romano a
estimé que l'ambiguïté se trouvait dans les deux
camps. Il a souligné la différence d'attitude des Verts,
des communistes et des communautés montagnardes, à propos
du tout-ferroviaire, en France et en Italie. Vérité en
deçà des Alpes...
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