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Européens, encore un effort pour devenir indépendants !

Grande-Bretagne

25/12/04 - L'esprit critique bouté hors de scène
A Birmingham, une pièce de théâtre jugée offensante par la communauté sikhe a dû être déprogrammée à la suite d'une flambée de violence. Tout en condamnant cette censure indirecte, les journaux britanniques s'interrogent sur les limites de la libre _expression.
L'affiche de la pièce qui fait scandaleLe directeur du Théâtre de Birmingham a finalement dû céder au chantage. "Neal Foster espérait bien pouvoir reprendre la représentation de la pièce intitulée Bezhti (Le déshonneur), déprogrammée depuis le samedi 18 décembre à la suite d'une violente manifestation de membres de la communauté sikhe", indique le quotidien The Times. "Il a finalement fait marche arrière à la demande de l'auteure de la pièce, Gurpreet Kaur Bhatti, qui a reçu plusieurs menaces de mort".
D'après le quotidien de gauche The Independent, "l'objectif de la jeune écrivaine sikhe était de remettre en cause les mythes de sa propre communauté, tels que l'égalité ou la compassion". Mais la mise en scène d'un viol et d'un meurtre à l'intérieur d'un temple sikh a été perçue comme une offense par ses coreligionnaires.
Dans un pays fortement attaché à la liberté d'_expression, la réaction des médias ne s'est pas fait attendre : la presse britannique a unanimement condamné les actes de violence qui ont abouti à l'annulation de la représentation. "Nous ne tolérerons pas la censure, sous aucune forme que ce soit", avertit dans son éditorial The Independent. "Le Royaume-Uni a beau être reconnu comme un Etat séculier, il ne semble plus à l'abri de la vague d'intolérance et de fanatisme qui déferle sur le monde", poursuit le journal.
Un autre éditorialiste du quotidien s'interroge, avec dépit : "Est-il encore possible d'éviter d'offenser quelqu'un ?", avant de poursuivre: "Si l'on réfléchit à tout ce qui pourrait être insultant, on imagine bien voir un jour des créateurs de mode se sentir offensés par ceux qu'ils estiment mal habillés. La notion même de l'existence de Dieu pourrait être une offense envers les non croyants !"
Pour son confrère de droite The Daily Telegraph, "il est regrettable que ceux qui avaient la loi de leur côté - l'auteure de la pièce et le directeur du théâtre - se soient inclinés devant des vandales briseurs de vitres. Les personnes qui se sont senties insultées par la pièce auraient très bien pu manifester pacifiquement, utiliser les moyens légaux ou tout simplement ne pas acheter leur place". Le journal donne aussi la parole à un artiste résident du théâtre de Birmingham, qui regrette que la fonction politique de l'art soit à ce point méprisée. "Les sikhs, qui se sont opposés à la représentation de leur religion, entendent reléguer l'art au rang de simple divertissement, sans lui laisser le loisir de provoquer un débat. Or, l'art ne se limite pas à Bollywood".
Certains quotidiens notent que l'événement survient dans un contexte particulier, au moment même où le Parlement britannique s'apprête à incriminer l'incitation à la haine religieuse. Pour l'éditorialiste du quotidien The Guardian, "cet incident regrettable illustre les limites de la liberté d'_expression, de plus en plus confrontée aux sensibilités communautaires". Une nouvelle valeur libérale, le communautarisme, "doit à présent être prise en compte avec honnêteté par les tenants du libéralisme".
Le Financial Times, qui s'interroge en une : "Un nouveau cas de Versets sataniques ?", regrette également que le théâtre ait dû interrompre ses représentations, mais considère que le rôle d'un artiste est justement "de savoir critiquer avec fermeté une communauté tout en restant assez subtil pour éviter le chaos". Le quotidien financier rappelle d'ailleurs que "cette pièce avait reçu un accueil mitigé avant que la manifestation de samedi ne fasse la une des journaux".
Pièce de qualité ou non, la polémique fait rage en Angleterre. "Les artistes britanniques et les leaders des communautés religieuses ont déjà convenu d'organiser l'an prochain un sommet sur le thème de la liberté d'_expression", annonce le Guardian.
Source : Courrier international, 23 déembre 2004

17/12/04 - David Blunkett démissionne du ministère de l'Intérieur
Alors que se profilent au printemps prochain des élections législatives en Grande-Bretagne, un membre-clé du gouvernement de Tony Blair, le ministre de l'Intérieur David Blunkett, a démissionné mercredi sur fond d'allégations d'abus de pouvoir.
Blunkett est un proche allié de Blair et sa réputation de fermeté en matière de lutte contre la criminalité et de renforcement de la sécurité intérieure faisaient de lui un atout pour les Travaillistes face au Parti conservateur, généralement jugé plus compétent dans ce domaine.
On s'attend à ce que Blair convoque des élections générales pour mai 2005, et le départ de ce ministre, aveugle de naissance et connu pour son franc-parler, entraîne un remaniement imprévu qui pourrait s'avérer dommageable pour l'équipe en place.
"C'est un coup très dur pour Blair que de perdre un ministre qui partageait toutes ses positions sur le maintien de l'ordre, et qui lui était extrêmement loyal", a déclaré à Reuters Philip Stephens.
Blair a couvert de louanges son ministre démissionnaire, qui a quitté son poste les larmes aux yeux.
"Votre intégrité est intacte alors que vous quittez le gouvernement et votre travail est reconnu par tous", a-t-il écrit dans une lettre adressée à Blunkett, qu'il a qualifié de "force du bien" sur la scène politique britannique.
Un porte-parole a fait savoir que l'actuel ministre de l'Education, Charles Clarke, considéré lui aussi comme l'un des poids lourds du gouvernement, prendrait la tête du ministère de l'Intérieur.
Le portefeuille de l'Education reviendra à Ruth Kelly, ministre du "cabinet office", équivalent du secrétariat général du gouvernement. Kelly est créditée d'un bilan positif en tant que secrétaire économique puis secrétaire financière au Trésor, de précédents postes.
Elle sera remplacée par David Miliband à la tête du "cabinet office", dont le rôle est de favoriser une bonne coordination et communication au sein du gouvernement.
La démission de Blunkett intervient alors qu'il est la cible, depuis quelques semaines, d'allégations selon lesquelles il se serait servi de sa position au gouvernement pour faire obtenir plus rapidement un visa à une nourrice philippine employée par l'une de ses anciennes maîtresses, l'éditrice d'origine américaine Kimberly Quinn.
Une enquête sur cette affaire de visa est toujours en cours mais Blunkett a expliqué qu'il avait sans le vouloir accéléré la procédure en rédigeant une lettre dénonçant, de manière générale, la lenteur des délivrances de visas.
"Même si je n'ai rien fait de mal, il est vrai que la délivrance de ce visa a été accélérée", a déclaré mercredi Blunkett.
Selon des analystes, la démission de Blunkett pourrait s'avérer gênante pour Blair, qui l'a défendu jusqu'au bout. Le Premier ministre s'est vu reprocher d'avoir court-circuité l'enquête indépendante sur cette affaire en se disant certain que son ami et allié serait blanchi.
"(Le soutien public de Blair à Blunkett) sera perçu comme une erreur de jugement et il sera critiqué pour cela", estime ainsi Patrick Dunleavy, analyste à la London School of Economics.
Les pressions allaient croissant ces derniers jours sur le ministre de l'Intérieur en raison des critiques qu'il a formulées, dans une biographie, contre certains de ses collègues du gouvernement.
Il a ainsi déclaré que le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, avait laissé le ministère de l'Intérieur dans un état lamentable, qualifiant d'autres ministres de "mous" et "faibles".
Blair, arrivé au pouvoir en 1997, devrait remporter l'an prochain un troisième mandat même si c'est avec une majorité réduite. Mais le départ de Blunkett donne des munitions aux Conservateurs face aux Travaillistes, qui ne se sont pas privés de dénoncer les malversations ayant entaché, selon eux, la longue période durant laquelle la droite a été au pouvoir.
Quant à Blunkett, il a fait savoir qu'il s'impliquerait dans l'effort électoral des Travaillistes.
"Je ferai campagne du mieux que je peux, et j'espère rebâtir ma réputation politique, en me fondant pour cela sur le maintien de mon honnêteté et de mon intégrité", a-t-il dit.
Source : Reuters, 16 décembre 2004

20/11/04 - "Peace and Progress" : Les acteurs Corin et Vanessa Redgrave créent leur parti
L'actrice britannique engagée Vanessa Redgrave et son frère, le comédien Corin, vont officiellement lancer leur parti politique, pour dénoncer les violations des droits de l'Homme du gouvernement Blair et réclamer le retrait britannique de l'Irak.
"Peace and Progress" (Paix et Progrès), qui existait déjà en tant qu'association depuis le début de la guerre en Irak, se transformera le 27 novembre en parti politique afin de pouvoir participer aux élections législatives attendues pour le printemps 2005.
"Notre parti s'occupera de tout ce qui est relatif aux droits de l'homme", déclare Corin Redgrave, 65 ans, dans un entretien téléphonique avec l'AFP.
"Il se penchera sur les problèmes posés par la guerre en Irak. Mais il prendra en compte toute une série d'autres problèmes comme le droit d'asile, les retraites, les allocations familiales, le logement", ajoute l'acteur, qui se trouvait à Newcastle (nord de l'Angleterre), où il joue "Le Roi Lear" dans une mise em scène de la Royal Shakespeare Company.
Corin et Vanessa, qui font partie d'une dynastie de comédiens, sont depuis toujours actifs sur la scène politique. Leur père, l'acteur britannique Michael Redgrave, avait en son temps été mis sur la liste noire de la BBC pour ses sympathies communistes.
Vanessa, 67 ans, qui a reçu de nombreuses récompenses pour ses talents d'actrices, dont un oscar en 1977 pour "Julia", a pris sous son aile Akhmed Zakaïev, émissaire du président tchétchène Aslan Maskhadov, réfugié au Royaume-Uni et dont la Russie souhaite l'extradition.
En janvier, elle a fondé avec Corin la Commission des droits de l'Homme de Guantanamo pour protester contre la détention sans limitation de durée ni inculptation de personnes soupçonnées d'être des terroristes, dans la base militaire US à Cuba.
Corin, 65 ans, a confié au Guardian s'être retrouvé sans proposition de travail pendant un long moment du fait de ses activites politiques et n'être revenu sur scène que depuis que "les gens se sont rendus compte que le marxisme n'était plus aussi dangereux".
L'acteur pourrait "envisager d'être candidat (aux élections législatives) pour son parti si on le lui demandait".
Le gouvernement de Tony Blair et l'opposition conservatrice "se définissent de plus en plus par leurs positions contraires aux droits de l'Homme", estime-t-il.
"Beaucoup de personnes s'approprient le terme de droits de l'Homme pour servir leurs propres intérêts, même ceux qui font la guerre", observe-t-il, accusant Tony Blair et le président américain George Bush de justifier abusivement l'invasion de l'Irak par des raisons humanitaires.
Le parti "Peace and Progress" sera lancé officiellement lors d'une conférence à Londres le 27 novembre, qui réunira, outre les Redgrave, la journaliste russe Anna Politkovskaya, des avocats US spécialisés dans la défense des droits de l'Homme et le père d'un des détenus de Guantanamo.
Le manifeste de "Peace and Progress" appelle au retrait des troupes en Iraq, à l'abrogation des lois antiterroristes, l'annulation de la dette des pays pauvres et l'élimination des armes de destruction massive. Il réclamera une nouvelle disposition constitutionnelle pour contraindre Tony Blair et ses ministres "à rendre des comptes sur leurs actions".
Le parti envisage de présenter trois candidats aux prochaines élections.
"Nous ne songeons pas en priorité aux élections. C'est plutôt ce que nous ferons entre les scrutins électoraux qui comptera. Les élections seront juste un test pour montrer si nous avons réussi", souligne-t-il.
Source : AFP, 19 novembre 2004

La chasse à courre abolie en Angleterre et au Pays de Galles
Une grande tradition britannique vient de subir un coup fatal. Au terme d'un débat acharné de plusieurs années, la Chambre des Communes a décidé jeudi d'interdire la chasse à courre en Angleterre et au Pays de Galles, une tradition farouchement défendue par une partie de la population britannique et décriée par l'autre. La mesure, déjà appliquée en Ecosse, a pris force de loi après avoir reçu l'assentiment royal.
Des partisans de la chasse à courre ont juré de s'opposer à cette interdiction, qui va entrer en vigueur en février 2005, et de mener leur combat devant les tribunaux.
Suite au rejet par les Lords d'un dernier geste de compromis, la Chambre des Communes a invoqué jeudi le Parliament Act, et son président Michael Martin a annoncé que le texte législatif avait été adopté.
Avant jeudi, le Parliament Act n'avait été utilisé qu'à trois reprises depuis 1949: pour abaisser l'âge du consentement sexuel pour les homosexuels, pour autoriser les tribunaux britanniques à juger d'anciens criminels de guerre nazis, et pour modifier le système électoral britannique en vue de sélectionner des représentants au Parlement européen.
Cet outil de procédure, voté en 1911 mais révisé en 1949, permet aux députés d'imposer une loi aux Lords, qui ne sont pas élus, en cas de blocage récurrent de ceux-ci.
Cette loi met définitivement un terme à la chasse à courre en Angleterre et au Pays de Galles. C'est déjà chose faite en Ecosse depuis 2002. Elle interdit aux chasseurs d'utiliser des meutes pour traquer les cerfs et les lièvres. En revanche, les renards pourront toujours être tirés par les chasseurs.
Au coeur d'un débat passionné pendant plusieurs années, la question de la chasse à courre aura été un véritable casse-tête politique pour le Premier ministre Tony Blair et pourrait devenir un prochain enjeu électoral.
Les opposants à cette pratique arguent d'un sport incroyablement cruel -les renards mourant sous les crocs des chiens de la meute- et d'une tradition réservée aux aristocrates.
Ses partisans trouvent quant à eux un caractère humain à la chasse à courre et assurent que les proies meurent rapidement. Selon eux, toutes les classes sociales se retrouvent dans ce sport, jugé essentiel à la culture et l'économie britanniques. Ils craignent également que son interdiction n'entraîne la perte de 8.000 emplois - selliers, forgerons...- liés au secteur de la chasse.
Signe des passions déchaînées par le débat, quelque 400.000 partisans de la chasse à cour avaient manifesté en septembre 2002 dans le centre de Londres, au cours d'un des plus importants rassemblements organisés en Angleterre depuis 150 ans.
Quelque 2.000 partisans de la chasse à courre se sont rassemblés jeudi soir pour manifester bruyamment devant le château de Windsor, où la reine Elizabeth II organisait un dîner de gala en l'honneur du président français Jacques Chirac, en présence du Premier ministre britannique Tony Blair.
Source : AP, 19 novembre 2004

 

15/10/04 - Pour remonter la pente, McDo remplace son " M" par un point d' interrogation
Tendance mondiale ou un simple coup de pub? Dans l'espoir de changer son image, la filiale britannique du géant américain du fast-food McDonald's a lancé vendredi une campagne d'affichage, où le célèbre "M" doré cède la place à un... grand point d'interrogation.
Sous la bannière du "changement", cette campagne s'appuie sur le slogan: "McDonald's. Mais pas comme vous le connaissez" (McDonald's. But not as you know it).
Au moment où le taux d'obésité des Britanniques inquiète les autorités sanitaires, la publicité de McDonald's affiche en gros plan des photos de nouveaux produits, fruits, salades et lait bio, censés marquer le tournant diététique de l'entreprise. Un livret détaillant les nouveaux menus doit être envoyé a 17 millions de foyers pour faire passer le message: fini le "junk-food", place à une nourriture équilibrée.
Alors qu'en France, contrairement aux idées reçues, McDonald's est en nette progression -son chiffre d'affaires de près de 3 milliards de dollars en fait même la filiale la plus rentable d'Europe-, en Grande-Bretagne les ventes se sont nettement tassées. Pour tenter de renouveler son image et sa clientèle, McDonald's UK avait déjà annoncé une réduction de la taille de ses portions.
Sans confirmer si la disparition du fameux "M" -qui serait l'un des signes les plus connus au monde avec Coca-Cola et le crucifix- était sans précédent pour le groupe, McDo a affirmé dans un communiqué qu'il s'agissait "certainement d'une première en Grande-Bretagne".
La nouvelle campagne est "la preuve des efforts persistants de cette entreprise pour secouer son image de marque en Grande-Bretagne", estime Paul Lawson, directeur de Leo Brunett, l'agence de publicité à l'origine de cette révolution marketing.
Mais différents experts en communication restent sceptiques face à la manoeuvre de McDonald's. David Bell, professeur de marketing à la Harvard Business School de Boston, note qu'un changement de logo signale qu'une enseigne craint d'être associée à une image négative, "surtout quand on parle d'une marque aussi forte que McDonald's".
Si les nouvelles pubs sont censées incarner "de vastes et audacieux changements", selon John Hawkes, directeur marketing de McDonald's en Grande-Bretagne, la direction américaine du groupe, visiblement agacée par l'ampleur du débat, considère cette nouvelle campagne comme "beaucoup de bruit pour rien".
Elle survient après que McDonald's, qui fête ce mois-ci ses 30 ans en Grande-Bretagne, a vu ses profits chuter de 71% en 2003, à 23 millions de livres. Nick Hindle, porte-parole du géant du fast-food en Angleterre, rappelle toutefois que, cette même année, le chiffre d'affaires de McDo s'élevait a 1,8 milliard de livres, avec en moyenne 2,5 millions de clients par jour.
La campagne "modestie" de McDo et son nouveau menu arrivent également après l'important succès d'audience du documentaire "Supersize Me" en Grande-Bretagne. Diffusé outre-Manche depuis début septembre, le film montre les effets désastreux d'un régime alimentaire exclusivement à base de produits McDonald's sur le réalisateur Morgan Spurlock. Son foie, comparé à "du pâté" par des médecins, et ses problèmes d'érection, évoqués par sa compagne, en attestent.
Hindle soutient que le documentaire, vu par plus de 200.000 Britanniques, n'a "rien à voir avec notre nouvelle campagne", ajoutant que "le film n'apprend rien à personne".
De l'avis d'Eugen Beer, directeur de la création à Kaizo, agence de relations publique londonienne, en faisant disparaître son "M", McDonald's cherche à "gagner du temps pour se repositionner". Quant au point d'interrogation, il crée un sentiment de vide, observe-t-il. Or, "les marques ne peuvent laisser un vide, c'est un terrible aveu de faiblesse".
Source : AP, 14 octobre 2004

 

21/08/04 -La première banque islamique d'Europe ouvre en Angleterre. Dès septembre, des services bancaires en règle avec la charia
par Edelweiss Vieira, afrik.com, 19 août 2004
C'est une première en Europe. Alors que 80 pays connaissent déjà la finance islamique, la Grande-Bretagne saute le pas et vient d'autoriser l'ouverture, en septembre prochain, de l'Islamic Bank of Britain. Un établissement bancaire qui respecte la loi islamique, en excluant notamment l'intérêt usuraire, interdit par la charia. De quoi réjouir les quelque 2,5 millions de musulmans du pays.
La Grande-Bretagne compte 2,5 millions de musulmans. Certains d'entre eux règlent leurs transactions en liquide, d'autres refusent de passer par la case banque pour acheter une maison, d'autres encore, ouvrent un compte dans un institut bancaire la mort dans l'âme... Car pour les musulmans pratiquants, le dilemme est réel : s'adapter aux pratiques bancaires internationales, c'est trahir les préceptes du Coran. En effet, la charia, la loi islamique, interdit strictement la perception de taux d'intérêt, l'argent devant être généré par le travail et non par l'argent lui-même...
Pour soulager les consciences et les porte-feuilles bien remplis, l'Angleterre vient de sauter le pas : la Financial Services Authority a agréé, le 10 août dernier, un nouvel établissement bancaire, unique en Europe, l'Islamic Bank of Britain (IBB). La première banque islamique de dépôt britannique, adoubée par Lord George, l'ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre, qui a déclaré qu'elle « offrirait un vrai confort aux membres musulmans » de la société anglaise. Le siège d'IBB se trouve à Birmingham (qui compte une très forte communauté musulmane) mais sa première agence doit ouvrir, mi-septembre, à Edgware Road, au c¦ur du quartier arabe et aisé de Londres. L'IBB compte ouvrir cinq agences d'ici la fin 2004 (Birmingham et Leicester à la fin du mois d'octobre, puis devraient suivre Manchester, Leeds, Bradford et Glasgow).

Partager les risques, les pertes et les profits
Son capital de départ s'élève à 14 millions de livres (20,8 millions d'euros). Il a été souscrit par des investisseurs du Proche-Orient (Abu Dhabi, Qatar, Barheïn et Arabie Saoudite) et par un groupe de millionnaires anglais. A sa tête : Abdul Rahman Abdul Malik, ancien directeur de la Banque islamique d'Abu Dhabi. Son directeur du management : Michael Hanlon, ancien directeur regional de la banque de détail au sein de Barclays. L'IBB offre une palette de services « normaux » comme les comptes, les cartes de crédit, la téléphonie et la poste bancaire (les deux dès novembre), des crédits immobiliers mis en place avant la fin de l'année ainsi que des crédits pour les biens de consommation courante, et la banque par Internet en 2005.
Alors d'où vient la différence d'avec les autres banques ? D'abord, cette palette des services exclut tout investissement dans des entreprises liées « à l'alcool, au tabac et à la pornographie ». Ensuite, IBB respecte le précepte coranique qui interdit l'intérêt usuraire. Comment la banque dégage-t-elle des profits ? En partageant pertes et profits et en répartissant le risque entre elle et le client. La finance islamique compte en effet plusieurs solutions, basées sur la dette. L'ijara est un contrat de location : la banque achète un article pour le client et lui loue pendant une certaine période. L'ijara-wa-Iqtina est un arrangement du même type sauf que le client peut acheter l'article à la fin du contrat. Par la mudaraba, le client confie ses fonds à la banque qui les fait fructifier. Le profit dégagé est ensuite partagé entre les deux. La murabaha est une forme de crédit : la banque achète un article pour le client, qui n'a pas à souscrire à un emprunt avec intérêts, et lui revend ensuite en différé. Enfin, la Musharaka est une sorte de joint-venture, un contrat entre plusieurs associés qui contribuent ensemble au capital et au management.

Bienvenue aux non-musulmans
Ces solutions visent bien sûr à attirer les musulmans du pays (41% de Pakistanais, 13% de Bengladis et 11% d'Indiens), ainsi que les centaines de milliers de visiteurs annuels en provenance du Moyen-Orient (600 000 rien que pour les mois d'été). Visés également : les investisseurs institutionnels, les fonds de pension et caisses de retraite du Proche-Orient ou d'Asie, soucieux de diversifier leurs avoirs. Mais l'IBB espère aussi séduire les non-musulmans. Car, même si un conseil de trois docteurs de la foi est chargé de surveiller la conformité des services financiers offerts avec la charia, ceux-ci sont bien sûr ouverts à tous. Ainsi, en Malaisie, les produits bancaires islamiques, qui existent depuis plusieurs années, sont plus utilisés par les Chinois que par la population musulmane. L'IBB refuse les investissements dans des entreprises comme les brasseries, les casinos, les banques, l'armement ou encore les sociétés endettées. Une ligne de conduite rare... qui pourraient également attirer les partisans de placements éthiques.
Restent certaines interrogations. Le journal Le Monde relève le « manque de transparence du capital des institutions islamiques », pointe la « culture financière fondée sur la parole donnée » et critique la « structure complexe de ces banques » qui « se prête mal à un audit en profondeur ». « Les commissions copieuses sur les placements islamiques recourant à des techniques financières complexes et coûteuses pèsent sur la plus-value. La charia interdit à ces banques de garantir un rendement fixe ou de vendre un actif qu'elles ne possèdent pas, réduisant d'autant la marge de man¦uvre des gestionnaires », analyse un journaliste du quotidien français.

A l'assaut de l'Europe
Pour autant, l'essor de la finance islamique est un phénomène auquel ne peut pas échapper l'Europe. L'Institute of Islamic Banking, centre de recherche londonien, estime que le taux de croissance de cette activité bancaire se situe entre 10 et 15%. Aujourd'hui, la finance islamique opère dans près de 80 pays et près de 200 institutions financières gèrent entre 200 et 500 milliards de dollars. En une trentaine d'années, le système, basé essentiellement en Egypte et dans le Golfe, est devenu une industrie, prospérant surtout à Bahreïn et dans les Emirats arabes unis.
Sur le site de l'IBB*, on peut lire que le projet est dans les cartons depuis 2002. Date à laquelle la Grande-Bretagne a commencé à se pencher sur le marché potentiel représenté par sa communauté musulmane (plus de 725 000 personnes uniquement pour la ville de Londres), appelant à la création de prêts hypothécaires islamiques. Chose faite, depuis février dernier, par la banque HSBC... Selon Michael Hanlon, IBB viserait plus largement le marché européen au cours des trois prochaines années. « Les autres pays européens ne possèdent pas de banque dont le fonctionnement est basée sur la charia. L'IBB est unique », a-t-il expliqué. L'Europe compterait quelque 15 millions de musulmans. Un beau marché.
*http://www.islamic-bank.com/islamicbanklive/GuestHome/1/Home/1/Home.jsp

 

10/08/04 - Naissance de la première banque islamique
Elle permettra aux 1,8 million de musulmans de Grande-Bretagne d'avoir accès à une banque respectant scrupuleusement les principes de la loi islamique.
La Banque islamique de Grande-Bretagne, première banque offrant à ses clients des produits financiers respectant les principes de la charia, a reçu le feu vert de la FSA, le gendarme britannique des services financiers, a-t-on appris lundi 9 août dans un communiqué de ce dernier.
L'Islamic Bank of Britain (IBB), qui ouvrira sa première agence en septembre, à Londres, aura son siège social à Birmingham (au centre du pays). Par la suite, d'autres agences devraient ouvrir à Birmingham et à Leicester. L'IBB permettra ainsi aux 1,8 million de musulmans de Grande-Bretagne d'avoir accès à une banque respectant scrupuleusement les principes de la loi islamique.

Des prêts sans intérêts
La charia interdit notamment de prêter de l'argent contre intérêt. Pour respecter ce précepte, l'IBB achètera elle-même les biens voulus par ses clients, puis elle les leur vendra à un prix fixe qu'elle percevra via un loyer mensuel. "Commes les banques islamiques opèrent sans percevoir d'intérêts, les produits que nous offrons à nos clients doivent être structurés de façon différente des autres banques", a expliqué Michael Hanlon, directeur exécutif de l'IBB.
Autre interdiction : celle d'investir dans des secteurs comme les industries de l'alcool et du tabac.
Iqbal Asaria, président du comité économique du Conseil musulman de Grande-Bretagne, a salué le feu vert accordée par la FSA à l'IBB, estimant que cela constitue "un événement fondateur dans l'histoire de la finance islamique au Royaume-Uni en ce sens que cela marque l'avènement pour la communauté musulmane d'une gamme de produits respectant la charia".
Source : AFP, 9 août 2004

 

04/08/04 - Le Labour a perdu la moitié de ses adhérents depuis l'élection de Blair
Le parti travailliste au pouvoir en Grande-Bretagne a perdu la moitié de ses adhérents depuis que Tony Blair est devenu premier ministre, renforçant la crainte d'un plongeon du parti provoqué par la guerre en Irak, indique mardi le quotidien londonien Guardian.
La direction du Labour a été informée en juillet que le nombre de ses adhérents du parti avaient chuté de 214.952 à la fin de l'an 2003 à 208.000.
Le vrai chiffre, excluant ceux qui ont omis de payer leur cotisation pendant six mois, est de 190.000 membres, le plus faible depuis 1930, selon le Guardian.
Quand M. Blair a été élu premier ministre en 1997, le parti comptait plus de 400.000 membres.
Le Guardian désigne la guerre en Irak comme la cause première de la chute des adhésions au Labour et au leadership de Tony Blair.
Cependant, selon un sondage de l'institut MORI publié mardi par le quotidien économique Financial Times, 32% des électeurs britanniques croient que Tony Blair serait encore le premier ministre le plus compétent.
Source : AFP, 3 août 2004

 

13/07/04 - Succès populaire pour Qardaoui à Wembley
L'affluence à Wembley (ouest de Londres) est celle des grands jours, mais les quelque 3 000 personnes présentes ne sont là que pour assister à la conférence d'un prédicateur musulman controversé en Grande-Bretagne, en raison de sa justification des attentats-suicide en Israël.
Devant l'entrée du Centre de conférences de Wembley, la foule se presse, hommes et femmes séparés, pour entendre Youssef al-Qardaoui, un influent religieux qatari d'origine égyptienne, intervenir sur le thème de l'éducation des enfants musulmans en Occident.
L'événement est parrainé par la police de Londres, qui espère ainsi « mettre en place un partenariat avec la communauté musulmane et améliorer (ses) relations avec elle », explique un porte-parole.
Youssef al-Qardaoui, dont les propos sur la BBC ont suscité une violente polémique, est arrivé le 5 juillet à Londres, à l'invitation de l'Association des musulmans de Grande-Bretagne.
S'il est souvent venu au Royaume-Uni sans susciter de contestations, sa visite a cette fois suscité la protestation d'organisations juives. Elles lui reprochent d'apporter son soutien aux attentats-suicide en Israël et réclament son expulsion.
Interrogé par la BBC mercredi sur le point de savoir si l'islam justifiait ces attentats, le prédicateur musulman avait en effet répondu : « Il ne s'agit pas de suicide. Il s'agit de martyrs au nom de Dieu. » « Allah est juste. Dans sa sagesse infinie, il a donné aux faibles ce que les forts n'ont pas : la capacité de transformer leur corps en bombes comme le font les Palestiniens », avait-il ajouté.
Afin de justifier sa demande d'expulsion, le Conseil des députés juifs a transmis à la police un dossier rassemblant ses déclarations les plus controversées en demandant que le religieux soit expulsé.
Mais après examen de ce dossier par le parquet, celui-ci a estimé vendredi qu'il « n'y avait pas de preuve suffisante » justifiant des poursuites.
De son côté, le chef de Scotland Yard, Sir John Stevens, a indiqué que la police surveillerait de près les propos de M. Qardaoui pendant sa visite à Londres, où il a participé à plusieurs conférences et s'est exprimé, lors du prêche de vendredi, dans la principale mosquée de la capitale.
Parmi le public présent hier, les gens, des jeunes en majorité, rejettent ces accusations, les estimant infondées, voire injustes. « Il n'est pas juste de dire que M. Qardaoui soutient les attaques-suicide », explique Farah, une pharmacienne de 27 ans, un foulard sur la tête. Selon elle, Youssef al-Qardaoui « est un musulman qui fait la promotion de ce qu'est l'islam et qui est tolérant ».
« Vous critiquez l'un de nos penseurs les plus tolérants, alors que pensez-vous de notre religion dans ces conditions ? » demande Rizwan, 28 ans, venu lui aussi assister à cette conférence.
Ce point de vue est partagé aussi au sein du Conseil des musulmans de Grande-Bretagne, qui rassemble 350 organisations et souligne que M. Qardaoui est considéré comme un « modéré ».
Le prédicateur est, il est vrai, l'un des premiers dignitaires musulmans à avoir dénoncé les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et ceux de Madrid en mars 2004.
Mais ce point de vue n'est pas exclusif des seuls musulmans. Dans un coin près de l'entrée, trois rabbins attendent patiemment. Interrogé sur leur présence en un tel lieu, le rabbin Yisrael David Weiss, responsable d'une organisation juive antisioniste new-yorkaise, explique qu'elle se justifie par « le soutien et la solidarité au peuple palestinien ». Les responsables du Centre de conférences de Wembley ne sont pas de cet avis et craignent que cette présence ne soit perçue comme une provocation.
Souce : L'Orient-Le Jour, 12 juillet 2004

 

09/07/04 - Une visite de Youssef Al Qardaoui suscite des remous
L'arrivée lundi dernier à Londres de Cheikh Youssef El Qardaoui, un prêcheur musulman réputé d'origine égyptienne et vivant au Qatar, suscite des remous dans le royaume. La BBC a diffusé mercredi une interview du Cheikh effectuée le mois dernier dans laquelle il déclare, à propos des opérations-martyre en Palestine : « Il ne s'agit pas de suicide. Il s'agit de martyr au nom de Dieu. Allah est juste. Dans sa sagesse infinie, il a donné aux faibles ce que les forts n'ont pas: la capacité de transformer leurs corps en bombes comme le font les Palestiniens. » Tony Blair a été interpellé à la Chambre des Communes par l'opposition conservatrice, dont le chef Michael Howard a lancé : « Etes-vous d'acord avec moi que quelqu'un qui accepte que des enfants soient tués par des kamikazes et qui est interdit d'accès aux Etats-Unis en raison de ses relations présumées avec des organisations terroristes ne devrait pas être admis dans ce pays? » Blair a répondu que son ministre de l'Intérieur Blunkett allait "regarder cela de très près. Il y a des règles à respecter. » Il a ajouté : « Disons le clairement: nous ne voulons rien avoir à faire avec des gens qui soutiennent les kamikazes en Palestine ou ailleurs, ou qui soutiennent le terrorisme. Nous devons toutefois nous assurer que si quelqu'un est interdit d'accès dans ce pays, il le soit d'une manière conforme à la loi. » Invité par l'Association des musulmans de Grande-Bretagne pour participer à deux événements organisés par l'association, le Cheikh Al Qardaoui a eu ce commentaire : « Ce n'est pas la première fois que je me rends à Londres, ni la dixième, ni la centième fois. J'y viens depuis un tiers de siècle. C'est une ville ouverte. Alors pourquoi cette dispute autour de ma visite aujourd'hui ? » Bonne question.
Souce : AFP, 8 juillet 2004

 

14/06/04 - Sanctionné pour son engagement en Irak, Tony Blair subit une déroute aux élections locales
par Marc Roche, Le Monde
, 13 juin 2004
Les travaillistes arrivent en troisième position, après les conservateurs et les libéraux-démocrates. Le premier ministre est au plus bas dans les sondages mais compte briguer un nouveau mandat.
Londres de notre correspondant - "Ces élections régionales ne sont pas de mauvais augure pour le scrutin législatif. Certes, il y a des leçons à tirer. Mais cela me donne envie de mener à bout ce que nous avons commencé" : depuis Washington, où il assistait, vendredi 11 juin, aux funérailles de l'ancien président américain, Ronald Reagan, Tony Blair, le grand perdant du jour, a essayé de faire bonne figure, après le sérieux revers subi par son parti lors d'élections locales en Angleterre et au Pays de Galles.
Sanction durable ou avertissement ? On verra le 13 juin, lors de la proclamation des résultats de l'élection européenne. Mais la punition est d'ores et déjà cuisante pour le premier ministre britannique, au plus bas des sondages, alors qu'il devrait briguer un troisième mandat lors de la consultation législative attendue au printemps 2005, ou au plus tard en 2006.
Malgré une légère hausse de la participation électorale qui les a favorisés, les travaillistes enregistrent, en proportion de vote, un indéniable fiasco, arrivant en troisième position avec seulement 26 % des voix, soit le score le plus bas de l'histoire d'une formation politique au pouvoir à des élections locales. Comble de l'humiliation, le New Labour est devancé non seulement par les conservateurs (38 % des voix) mais aussi par le mouvement centriste des libéraux-démocrates, qui recueille 29 % des suffrages. D'après les résultats quasi définitifs, le Labour enregistre une perte de plus de 450 sièges, et sept conseils dont plusieurs de ses bastions, tels Newcastle, Cardiff et Ipswich.
Dans ces circonstances, rien d'étonnant si la réélection du premier magistrat de la capitale, le travailliste Ken Livingstone, a été plus serrée que prévu. Paradoxalement, le maire sortant a pâti de sa réintégration en janvier au sein du New Labour, dont il avait été exclu pour avoir maintenu sa candidature en 2000, malgré la désignation par Downing Street d'un candidat officiel. Ken Livingstone a eu beau insister sur son opposition dès la première heure à la guerre en Irak, le succès du péage urbain ou l'augmentation du nombre d'autobus, rien n'y fit. Pourtant pénalisé par un problème de conflit d'intérêts, son principal adversaire, le conservateur Steven Norris, l'a talonné en tirant profit de l'impopularité de Tony Blair. Le maire devra désormais compter avec une Assemblée hostile dominée par les Tories.
A l'évidence, l'Irak a assombri l'horizon électoral du Labour. L'électorat musulman en particulier, généralement pro-travailliste, a lâché Tony Blair en raison de son soutien inconditionnel aux Etats-Unis, au profit des libéraux-démocrates et des Verts.
Le lourd calendrier diplomatique n'a pas favorisé la formation au pouvoir depuis 1997. Les cérémonies du D-Day, le G8 et le vote de la résolution sur l'Irak ont mis encore en exergue l'amarrage de Londres à l'administration Bush. Résultat : le premier ministre n'est pas parvenu à ramener le débat sur le terrain de la politique intérieure où son gouvernement peut se targuer de la bonne santé de l'économie et de l'amélioration progressive des services publics.
Le Parti conservateur s'était battu avec un slogan simple, antieuropéen : "Abandonnés par le Labour, votez conservateur... Mettez la Grande-Bretagne d'abord." Pour l'heure, les conservateurs sont lavés de l'opprobre qui les avait quasi anéantis lors des deux dernières consultations législatives. Reste que, à l'échelon local, la droite réalise plus ou moins le même score qu'en 2000. Le soutien de l'opposition conservatrice au conflit en Irak a, en effet, considérablement réduit la marge de man?uvre de son chef, Michael Howard. Les Tories ont subi, de surcroît, la concurrence des eurosceptiques du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP).
Cette formation héritière du Parti du référendum, de feu Jimmy Goldsmith, a fait recette non seulement dans le pays profond mais à Londres, constituant une sorte de front du refus au projet de Constitution européenne, voire à l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'euro. La montée de l'UKIP devrait se confirmer lors du scrutin européen.
Quant à l'extrême droite du British National Party, qui puise son électorat chez les ouvriers et les chômeurs dans les villes du Nord à forte population issue du sous-continent indien, elle ne réalise pas la percée attendue.

Controverse autour du contrôle des imams étrangers
L’imam de la grande mosquée de La Mecque a dirigé hier la prière à la mosquée de Whitechapel, dans l’est de la capitale britannique, dans le cadre de l’inauguration du Centre culturel islamique de Londres, le plus grand du genre en Europe. Le prêche de cheikh Abderahman al-Soudaïss, qui officie en général à la mosquée de la Kaaba, et à ce titre l’un des imams les plus vénérés dans le monde musulman, a attiré quelque 10 000 fidèles dans l’East End londonien. Pour l’inauguration de ce centre culturel – un investissement d’environ 10 millions de livres (environ 15 millions d’euros) dont 4 millions collectés auprès des fidèles –, plusieurs représentants des autorités religieuses et politiques étaient présents, dont Jonathan Sachs, le grand rabbin de Londres, et Fiona Mactaggart, secrétaire d’État à l’Intérieur. Le prince Charles, en déplacement à Washington pour les obsèques de l’ancien président américain Ronald Reagan, a participé à distance via un message enregistré. La visite de l’imam de la grande mosquée de La Mecque intervient alors que le gouvernement britannique est sur le point d’annoncer des mesures, déjà controversées, destinées à contrôler les imams venant prêcher en Grande-Bretagne. Selon plusieurs fuites dans la presse, le gouvernement travailliste devrait bientôt annoncer un dispositif en vertu duquel les visas seraient désormais refusés pour les imams étrangers ne parlant pas anglais et n’ayant pas une connaissance de base de la culture britannique. Désormais, seuls seront tolérés les imams capables d’avaler un “fish and chips” arrosé d’une Ginger Ale...
Source : L’Orient-Le Jour, 13 juin 2004

12/06/04 - La guerre en Iraq a lourdement pesé sur les élections
Le Parti travailliste du Premier ministre Tony Blair est en net recul dans toute la Grande-Bretagne après son premier vrai test électoral depuis la guerre en Irak, selon les premiers résultats des élections municipales, vendredi. Les Britanniques se prononçaient également dans des élections européennes.
Les ministres de Blair ont reconnu que le conflit irakien très controversé a lourdement pesé sur la campagne, occultant même les enjeux des élections européennes. "Il y a clairement eu un vote de protestation et nous devons tenir compte de ce que les électeurs nous disent", a déclaré la secrétaire à la Culture Tessa Jowell. "L'Irak est certainement un facteur".
Après les résultats de 87 des 166 conseils municipaux en jeu, les travaillistes perdent 215 sièges tandis que le principal parti d'opposition, le Parti conservateur, en gagne 108 et que le troisième parti de Grande-Bretagne, les libéraux-démocrates, en gagné 62. Ce parti avait fortement axé sa campagne sur le fait qu'il était le seul parti à être opposé à la guerre en Irak.
" Le sentiment c'est que l'Irak est allé de travers", a déclaré le ministre britannique de l'Intérieur David Blunkett, interrogé par la BBC. "Comme les choses s'arrangent, alors la perception des gens, à savoir si nous avions tort ou raison, changera."
Selon les projections de la BBC, les travaillistes pourraient être relégués à la troisième place avec 26% du vote total derrière les conservateurs à 38% et les libéraux-démocrates (Lib-Dem) à 30%.
Les élections locales et européennes sont habituellement l'occasion pour les électeurs britanniques de protester contre le parti au pouvoir mais ces élections ne donnent aucune indication sur d'éventuels résultats d'élections générales. Dans des scrutins locaux en 2000, les conservateurs avaient raflé 593 sièges et les travaillistes en avaient perdu 568. L'année suivante, Tony Blair remportait une deuxième très large victoire dans des élections générales.
Source : AP, 11 juin 2004

01/05/04

Spécial "Europe à 25"

Comment les soldats (anglais) de l'Union européenne apportent la civilisation et la démocratie aux Iraquiens
Les Anglais font aussi bien que les Yankees :
Le Daily Mirror londonien du 1er mai 2004 publie quatre photos prises par un soldat britannique à Bassorah. Elles montrent les tortures infligées à un prisonnier iraquien âgé de 18 à 20 ans pendant 8 heures au mois de septembre dernier. Ils lui ont donné des coups de crosses de fusil et de bâton, des coups de pied, des coups de poing, lui ont uriné dessus. Au bout de 8 heures de souffrances, il a été emporté du camp de Bassorah où il était détenu sur un camion et abandonné, agonisant, avec la mâchoire brisée et les dents cassées. On ignore s'il a survécu. Le journal a remis les photos aux chefs de l'armée britannique, qui ont promis une enquête. Le ministère de la défense a déclaré que la Special Investigations. Branch de l'armée avait enquêté sur 8 cas d'allégations de mauvais traitements d'Iraquiens par des militaires britanniques.
 
 

25/04/04 - La prière du jour à l'école pourrait être abolie


La place de la religion dans l'enseignement public a été remise en question en Angleterre. L'inspecteur général pour les établissements scolaires a proposé d'abolir l'obligation quotidienne d'une réflexion religieuse collective dans les écoles.
« Il faudrait envisager de rendre cette obligation hebdomadaire, voire mensuelle, plutôt que quotidienne», a estimé David Bell, le patron de l'Ofsted, dans un discours à la chambre des Communes à l'occasion du 60e anniversaire de la loi sur l'éducation de 1944. L'Ofsted est un organisme public chargé d'inspecter les écoles anglaises et galloises.
« Nous ne pouvons ignorer le fait que 76 % des écoles secondaires ne respectent pas cette obligation quotidienne», a ajouté l'inspecteur général. De même, David Bell a plaidé pour que les écoles disposent «de plus de liberté dans la définition de ce que devrait représenter cet acte de réflexion religieuse».
Selon la loi sur l'éducation de 1988, qui a révisé la loi de 1944, ces assemblées de réflexion religieuse obligatoires quotidiennement dans les écoles doivent être principalement chrétiennes. Cette définition pose problème dans de nombreuses écoles publiques britanniques où la majorité des élèves sont musulmans.
De facto, dans de nombreuses écoles, cet acte de réflexion chrétienne a en fait été remplacé au fil des ans par un enseignement général sur les pratiques et les coutumes religieuses.
Selon David Bell, il est temps de débattre de la meilleure façon de participer au développement «spirituel» des élèves. Il a proposé que cette obligation de réflexion religieuse soit remplacée par «un espace de débat, de discussion et d'apprentissage autant que de prière».
Source : Islamiya.info, 22 avril 2004

 

Un imam pour Eton
Eton, la plus huppée des écoles privées britanniques, où 18 Premiers ministres et de nombreux membres de la famille royale ont fait leurs études, s'est assuré les services d'un imam afin que ses élèves puissent mieux comprendre l'islam, a rapporté hier le Sunday Times.
Monawar Hussein s'occupera également des quelque 20 musulmans, qui, comme les autres élèves de ce pensionnat de l'ouest de Londres, payent 21 000 livres (38 000 dollars) de frais de scolarité par an, ajoute le journal.
Eton dispose déjà de quatre aumôniers anglicans et a prévu d'ajouter à son enseignement des cours d'arabe à partir de la prochaine année scolaire, selon le Sunday Times.
L'établissement restera une école anglicane « dans la plus large tradition chrétienne », a assuré son proviseur Tony Little dans une lettre aux parents d'élèves.
Source : L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 19 avril 2004

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