L’Empire contre l’humanité


Le jour même où la peine de prison contre Scooter Libby a été levée, Mordechaï Vanunu a été à nouveau condamné à la prison, en Israël
Libby et Vanunu

Par Daniel ELLSBERG, 6 juillet 2007

 


Le jour  même où la condamnation à une peine de prison contre  Scooter Libby a été levée par le Président Bush, Mordechaï Vanunu a été condamné à une nouvelle peine de prison, en Israël. Mais les charges formelles étaient différentes ans les deux cas. Pour Libby, il s’agissait de mensonges sur les circonstances alors qu’il était sous serment, donc d’obstruction à la justice. Pour Vanunu, il s’agissait d’infraction à la restriction qui lui avait été imposée lorsqu’il était sorti de prison il y a trois ans, après avoir purgé une peine de 18 ans : il lui avait été ordonné de ne pas parler du tout à des journalistes ou à des étrangers. En tant qu’homme libre, il a fait les deux choses, ouvertement et de manière répétée.
Mais tandis que Libby avait divulgué des informations secrètes, Vanunu, qui avait été condamné précédemment pour avoir fait la même chose, n’était pas inculpé cette fois-ci pour avoir révélé quelque secret que ce soit.  Les transcriptions ou les comptes rendus publiés de ses conversations étant disponibles, il était de notoriété publique que ce dont il avait surtout parlé, c’était la vérité de ses convictions personnelles sur les armes nucléaires, à savoir qu’elles devraient être abolies partout, entre autres en Israël.
Le parjure, avec l’intention ou l’effet de faire obstruction à la justice (ce qui a réussi, en l’occurrence dans el cas de Libby) est considéré depuis longtemps comme un délit dans pratiquement tous les systèmes judicaires. L’acte de Vanunu – dire ce qu’il avait sur le cœur – ne l’est pas, selon la législation internationale sur les droits humains. Ce n’est pas non plus un délit aux yeux de la législation nationale des autres États démocratiques (qu’Israël, NdT). Vanunu n’était pas en liberté conditionnelle, comme on l’a fréquemment affirmé à tort. Il avait purgé l’intégralité de sa peine de 18 ans, dont 11 ½ à l’isolement. C’est pourquoi, dans la plupart des systèmes de justice criminelle, il n’aurait pas du être soumis à des restrictions ou exigences supplémentaires.
Quel était dans ce cas le statut légal des restrictions pour la violation desquelles il vient d’être condamné ?  La réponse est que la loi israélienne en vertu laquelle on a restreint sa liberté de parole et de mouvement est une relique inchangée de la période du mandat britannique sur la Palestine, c’est-à-dire un règlement colonial. Il n’existe rien de similaire dans aucune démocratie du monde. C’est comme si les jeunes États-Unis avaient restauré les instruments de restriction et d’oppression qui avaient provoqué