L’Empire contre l’humanité
De
l’Irlande à l’Iraq
Ulster sur l’Euphrate - La guerre sale des
USA et de la
Grande-Bretagne en Iraq
Par
Chris Floyd, 13 février 2007
La peindre en noir
Imaginez une ville déchirée par des conflits sectaires, des escadrons
de la mort rivaux qui rodent dans les rues, des terroristes qui lancent
des attaques horribles, où les autorités locales n’inspirent guère confiance
et sont faibles, alors que les populations locales protègent parmi elles
des extrémistes, soit par loyauté, soit par crainte, où l’occupation
militaire grouille à chaque coin de rue, ce qui accentue les tensions,
et présente des cibles de choix pour les "engins explosifs improvisés"
et les francs-tireurs. À l’arrière-plan évolue le monde de l’ombre,
de la trahison et du double bluff, où les unités clandestines de la
puissance occupante se servent d’agents des deux cotés adverses de la
guerre civile, permettant – et des fois dirigeant – des assassinats,
des attaques terroristes, des sessions de torture, et des nettoyages
ethniques.
Serait-ce le portrait de Belfast lors des "Troubles" en Irlande
du Nord, ou l’image de Bagdad aujourd’hui? C’est les deux. Dans les
deux cas, une des unités militaires britanniques les plus secrètes –
et criminellement compromises – exerçait son métier dans l’obscurité,
"retournant" et contrôlant des tueurs terroristes, dans cette
recherche dangereuse, par le sang et la trahison, du renseignement opérationnel.
Et les soldats clandestins des USA, sont bien présents, avec eux. Ils
opèrent côte à côte avec leurs camarades britanniques dans la si bien
nommée "Task Force Black" (Force tactique noire), (Sunday
Telegraph, Royaume-Uni [1].
La semaine dernière, ce journal de droite, pro-guerre, publiait, avant
la Saint-Valentin, un
message au "Joint Support Group" (JSG) [Groupe de soutien
conjoint], une unité secrète dont le nom anodin dissimule son rôle néfaste
dans la "guerre sale" de la Grande-Bretagne et des USA en Iraq. Dans une prose
prolixe, abondante, sans sens critique, ce message aurait pu avoir été
écrit par l’unité elle-même (peut-être même l’a-t-il été). Le Telegraph
complimentait ces guerriers clandestins comme "une des armes les
plus meurtrières de la
Coalition dans le combat contre le terrorisme,"
qui se servait de "douzaines d’agents doubles iraquiens" y
compris des "membres de groupes terroristes."
Ce que l’article manque de dire est que, dans son incarnation dans l’Ulster,
le JSG – connu alors sous le nom de Force Research Unit (FRU)
[Unité de force de recherche] – avait été impliqué activement [2] dans
les assassinats d’au moins 15 civils par des escadrons de la mort "loyalistes"
[3] (pro-britanniques), et qu’elle était responsable d’un nombre incalculable
de victimes, tuées, estropiées et torturées par ses nombreux agents
doubles infiltrés dans l’Armée républicaine irlandaise (IRA). De plus,
l’homme qui commandait la
FRU [4] lorsque celle-ci était au plus fort de ses
forfaits – le lieutenant-colonel Gordon Kerr – est actuellement
en poste à Bagdad, à la tête du Special Reconnaissance Regiment
(SRR) [Régiment spécial de reconnaissance : voir note*], une
importante force anti-terroriste secrète constituée d' "éléments
de choix" anonymes, vétérans des jours glorieux en Irlande du Nord
et ailleurs [5].
Cela en dépit du fait qu’une enquête, qui dure depuis 10 ans et qui
a coûté 100 millions de dollars, par le premier policier du Royaume
Uni, Lord Stevens, ait confirmé en 2003 que la
FRU – sous le commandement de Kerr – avait durant les
années 80 et 90 "autorisé des meurtres" en "collusion
institutionnalisée" aussi bien avec des milices protestantes que
des milices catholiques. Stevens a envoyé des dossiers de preuves contre
Kerr et 20 autres apparatchiks de la sécurité, au Directeur des poursuites
judiciaires publiques [Procureur général] du gouvernement Blair, espérant
que le fougueux Écossais et d’autres auraient à répondre à la justice.
Mais, Blair, au lieu de poursuivre Kerr, l’a promu, d’abord à un poste
de choix: attaché militaire à Beijing – ce qui a fait de lui pratiquement
numéro 2 dans l’appareil du renseignement militaire britannique, comme
le note le Sunday Herald d’Ecosse [7] - puis à la tête du SRR,
où Kerr et ses anciens potes de la
FRU appliquent de nouveau les "méthodes développées
dans les rues hostiles d’Ulster lors des Troubles", comme l’écrit
sur un ton haletant leTelegraph.
L’article publicitaire du Telegraph est bien entendu trop pudique pour
révéler ses méthodes, au-delà du fait que comme en Irlande, le JSG utilise
"une variété d’incitations allant du chantage aux pots-de-vin"
pour retourner des terroristes iraquiens en agents de la Coalition. Ainsi
donc, pour se faire une meilleure idée des techniques utilisées par
le groupe à Bagdad, il nous faut revenir sur ces " rues sinistres
d’Ulster" et la terreur et la collusion qu’y fit régner l’unité,
ce qui a été méticuleusement documenté non seulement par l’enquête exhaustive
de Stevens, mais aussi par une remarquable série de reportages d’investigation
faits par Neil Mackay du Sunday Herald, et par des longs compte rendus
de médias tels que la BBC, le Guardian, l'Independent,
le Times et d’autres.
Nous verrons aussi comment les opérations du JSG et de la "Task
Force Black" s’articulent avec les efforts des USA pour appliquer
les leçons apprises de leurs propres guerres sales – telles que "l’Option
Salvador" – à l’Iraq, ainsi que les initiatives pratiquées depuis
longtemps par l’administration Bush, consistant à armer et financer
des milices "amies" tout en infiltrant des groupes terroristes
de manière à les "provoquer à l’action." C’est en effet une
image peinte en noir, un regard furtif sur la boue noire qui gît sous
la rhétorique pompeuse à propos de liberté et de civilisation qui sort
de la bouche des chefs de guerre.

Photo de groupe de la FRU (au repos). Son chef, Gordon
Kerr (assis au centre au 1er rang) et ci-dessus
|
Buter pour le compte des poulets
Gregory Burns avait un problème. Il était un des informateurs de
la FRU de Gordon Kerr, profondément
infiltré dans l’IRA, ensemble avec deux de ses amis, Johnny Dignam et
Aidan Starrs. Mais comme Mackay le signale dans son article de février
2003 [8], Burns, déjà en ménage, avait développé une liaison parallèle
avec Margaret Perry, 26 ans, une catholique "civile", sans
liens avec les paramilitaires. Le fruit défendu est, bien entendu, doux
– mais les confidences sur l’oreiller sont dangereuses pour un infiltré.
"Burns n’a pas fermé sa gueule et son amie a découvert qu’il travaillait
pour les services secrets britanniques," a dit un officier de la FRU à Mackay. "Il a essayé de la convaincre
qu’il était un agent double de l’IRA infiltré dans l’armée britannique
– mais elle n’a pas avalé ça".
Burns a contacté ses officiers traitants de la FRU et leur demandant de l’exfiltrer. Il a dit qu’il
avait été compromis et que maintenant lui et ses amis avaient besoin
de sortir de là, avec des nouvelles identités, à un autre endroit et
avec des bons emplois – la manière habituer de solder les agents de
confiance quand les carottes étaient cuites pour eux. Mais Kerr a refusé:
"Il a dit que Burns devrait faire taire Perry," a dit l’homme
de la FRU à Mackay. Burns paniqué à
l’idée des exactions de l’IRA contre des informateurs, a insisté auprès
de Kerr, qu’il serait obligé de tuer la femme s’ils ne le faisaient
pas rentrer. De nouveau Kerr a refusé.
Alors Burns a arrangé une rencontre avec sa maîtresse, pour "discuter"
de la situation. Ses amis, Aidan et Johnny, se sont proposés pour la
conduire: "Sur le chemin, ils ont dévié dans une forêt, où ils
l’ont battue à mort et enterrée dans une tombe peu profonde," dit
Mackay. Deux ans plus tard, quand le corps a été retrouvé, l’IRA a vite
déduit la vérité. Elle a torturé lentement à mort Burns et ses deux
amis, après avoir extrait des informations copieuses concernant les
opérations de renseignement britanniques en Irlande.
"Aux yeux de Kerr, Burns n’était pas suffisamment important pour
le relocaliser," a affirmé la source FRU au Sunday Herald. "Ainsi
ça a fini pour nous par quatre morts inutiles et des officiers de renseignement
britanniques compromis, ce qui en dernière analyse a mis des vies de
soldats en péril. Pour Kerr, à chaque fois la fin justifiait les moyens."
En outre, Kerr
pouvait bien sacrifier quelques informateurs ici et là, à la colère
de la redoutable "Unité de sécurité" de l’IRA – parce que
son agent double étoile était à la tête de cette unité. Sous le nom
de code de « Stakeknife » [litt. « Couperet »][9], l’homme de Kerr a
présidé, et parfois lui-même excéuté, les effroyables meurtres par tortures
d’une cinquantaine d’hommes alors qu’il était en fonction au sommet
de la hiérarchie de l’IRA. Parmi les victimes il y avait d’autres agents
doubles britanniques, sacrifiés pour protéger la couverture de Stakeknife,
comme révélé par le Guardian et beaucoup d’autres journaux britanniques
en 2003. ("Stakeknife" a été identifié plus tard par la presse
comme Alfredo Scappaticci – un Irlandais malgré son nom Italien
– bien qu’il continue à nier l’accusation.)
La FRU
a aussi "délibérément permis que des soldats, des officiers de
police et des civils, meurent dans des attentats de l’IRA pour protéger
ses agents doubles parmi les républicains," (Sunday Herald) [10].
Comme le signale Mackay: « Des sources de la
FRU ont affirmé que sept membres du personnel de la
police et de l’armée sont morts, résultat du feu vert accordé par la
police militaire pour que des bombes de l’IRA soient placées, alors
que Kerr dirigeait la FRU. Ils estiment que trois
civils ont aussi été tués de cette façon, sans compter les centaines
de blessés. »
Mais quelques-uns des pires excès ont été la conséquence de la manière
de manipuler des agents de l’autre bord, celui de la milice farouchement
pro-britannique protestante l'Ulster Defense Association (UDA). Ici,
parmi les "Loyalistes", l’agent double le plus important de
Kerr était Brian Nelson, devenu par la suite le chef du renseignement
de l’UDA. Comme le disait John Ware dans le Guardian [11] : « Kerr considérait
Nelson comme son joyau de la couronne… Pendant les trois années suivantes
[après 1987], Nelson collaborait avec des bandes de tueurs pour abattre
des membres présumés de l’IRA. Mois après mois, des hommes armés et
masqués défonçaient les portes des domiciles. Quelques fois, ils se
trompaient d’adresse ou de cible. »
Ce fut le cas
de Gerald Slane, âgé de 27 ans, de Belfast, abattu devant ses trois
enfants. Une arme avait été trouvée abandonnée dans sa propriété ; cela,
ajouté à son catholicisme, avait suffi pour que l’homme de Kerr, Nelson
le fasse assassiner. Par la suite on a découvert que Slane n’avait pas
de liens avec l’IRA.

Peinture murale en l'honneur de Pat Finucane
Une
autre "mauvaise personne", tuée par les agents de la FRU, était l’avocat Pat Finucane
de Belfast, sur qui on a tiré 14 fois, devant sa femme et ses enfants.
Finucane était un militant des droits de l’homme qui avait défendu aussi
bien des catholiques que des protestants, mais il était considéré par
les Loyalistes comme un sympathisant de l’IRA – et aussi une épine sous
le pied des autorités britanniques. Il a été tué sur ordre de Kerr,
par un informateur de la FRU dans l’UDA, Ken Barrett,
condamné pour
le meurtre mais relâché l’année dernière dans le cadre du programme
d’amnistie du processus de paix en Irlande du Nord. Barret n’avait aucun
remords concernant son "contrat" – pour la FRU – sur Finucane. "Les poulets [les autorités]
voulaient qu’il soit buté" avait-il dit a une équipe documentaire
de la BBC.
"Nous l’avons buté et voilà tout. » [12]
Kerr passait à Nelson des paquets de fichiers de renseignement pour
lui faciliter l’ assassinat de cibles de l’UDA, dont - selon l’enquête
de Stevens - au moins quatre "civils" qui n’avaient aucun
lien avec l’IRA. La FRU obtenait aussi des "ordres
de restriction" concernant d’autres unités de sécurité ou militaires
britanniques en Irlande du Nord. Conformément à ces ordres, celles-ci
retiraient leurs forces de là où les agents UDA de Kerr allaient frapper,
permettant ainsi au tueurs de rentrer et de sortir sans être inquiétés,
rapporte un des enquêteurs, Nick Davies.
La FRU répugnait à partager ses propres renseignements avec d’autres
forces de sécurité – ce qui était la raison ostensible pour laquelle
il se servait en premier lieu d’agents doubles. Pire, Kerr engageait
des guerres internes avec les autres agences, tout en faisant remonter
beaucoup de renseignements aux cercles supérieurs du pouvoir, y compris
le Comité du renseignement du gouvernement présidé par le Premier ministre
Margaret Thatcher. De fait, quand Nelson fut finalement dénoncé et présenté
au tribunal pour cinq chefs d’accusation de conspiration pour meurtre,
Kerr à témoigné en sa faveur, affirmant à la cour que les contributions
de Nelson en matière de renseignements « fournis, ainsi que ses rapports
étaient transmis à la communauté du renseignement à un haut niveau,
et de ce point de vue il devait être considéré comme un agent très important.
»
Comme l’a dit à Mackay l’un des hommes de la FRU : « Sous les ordres de Kerr…. L’état d’esprit
qui régnait, c’était : ‘les bons peuvent rester en vie, les mauvais
doivent crever »’.
C’est cet "état d’esprit" qui est à l’oeuvre aujourd’hui au
cœur de la Zone verte à Bagdad, ou le JSG
poursuit – comme on nous le raconte élogieusement – précisément la même
mission que celle qu’il avait en Ulster. Une unité qui autorisait ses
agents à torturer, à assassiner et à commettre des actes de terrorisme,
y compris des actions qui ont tué des civils locaux, ainsi que des soldats
et des agents de renseignement de leur propre pays.
Le feu vert de la
Maison blanche
Bien entendu, Kerr et son équipe d’opérations clandestines [black-op,
black operations, litt. « opérations noires »] de Bagdad ne sont pas
les seuls dans le monde du double jeu de la contre-insurrection en Iraq.
Les armées secrètes du Pentagone, en constante croissance, sont aussi
profondément impliquées dans ces activités. Comme Sy Hersh rapporte
dans The Coming Wars (Les guerres à venir), dans le New Yorker du 24
janvier 2005 [13], après son élection en 2004, George W. Bush a signé
une série de directives présidentielles secrètes qui autorisaient le
Pentagone à entreprendre, virtuellement sans restriction, des opérations
clandestines, y compris de reprendre les escadrons de la mort, soutenus
et entraînés par les USA et employés par des régimes autoritaires en
Amérique Centrale et du Sud lors de l’administration Reagan, et où tant
de membres de la faction de Bush se sont fait les dents – et les os.
« Vous souvenez-vous des escadrons de la mort de droite au Salvador?
», dit un ancien haut fonctionnaire du renseignement à Hersh. « Nous
les avons fondés et financés. L’objectif maintenant est de recruter
des locaux partout où nous le voulons. Et nous n’en dirons rien au Congrès.
» Quelqu’un du Pentagone a ajouté: « Nous allons faire du chemin avec
les mauvais garçons. » Un autre modèle pour la guerre sale étendue
citée par des sources du Pentagone, selon Hersh, était la répression
brutale par les Britanniques des Mau Mau au Kenya dans les années 50,
quand ils avaient établi des camps de concentration, créé leurs propres
groupes terroristes pour confondre et discréditer l’insurrection, et
tuer des milliers de civils innocents en réprimant le soulèvement.
Le feu vert formel donné par Bush à l’option "escadrons de la mort"
à partir d’une base déjà sécurisée, fait partie d’un effort plus vaste
de transformer le monde en une « zone de tir à volonté » pour des agents
opérationnels clandestins, comme l’a dit à Hersh un haut fonctionnaire
du Pentagone. Par exemple en novembre 2002, un plan du Pentagone pour
infiltrer des groupes terroristes [14] et les "stimuler" à
l’action était découvert par William Arkin, qui écrivait alors pour
le Los Angeles Times. La nouvelle unité, le "Groupe opérationnel,
pro-actif, préventif" était décrit dans les documents du Pentagone
comme "une activité de soutien de super-renseignement" qui
"réunit les activités secrètes de la CIA et des militaires, la guerre
du renseignement, l’information, la couverture et la mystification".
Plus tard, en août 2004, le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz
a demandé au Congrès 500 millions de dollars pour armer et entraîner
des "milices locales" non-gouvernementales [15] qui serviraient
comme agents des USA dans des opérations contre-insurrectionnelles et
anti-terroristes" dans des "régions non gouvernées" et
des points chauds dans le monde. L’information sur le moment avait été
reprise par l’Agence France Presse (et virtuellement personne d’autre).
Les mercenaires paramilitaires seraient employés dans ce que Wolfowitz
appelait "un arc de crise" qui comme par hasard s’étendait
à travers les territoires pétrolifères et les tracés stratégiques des
oléoducs d’Asie Centrale, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du
sud.
À ce moment l’administration Bush avait déjà commencé à préparer le
terrain pour une guerre secrète étendue, dans le point chaud qu’était
devenu l’Iraq. En novembre 2003, elle a créé un "escadron de commandos"
tiré des milices de cinq des principales factions sectaires iraquiennes
(Washington Post) [16]. Armés, financés, entraînés par les forces d’occupation
US, dotés d’un "centre de commandement, contrôle et communications
dernier cri" par le Pentagone, les nouveaux commandos iraquiens
ont été lâchés sur l’insurrection iraquienne alors naissante [17]
– en dépit des craintes prescientes de certains fonctionnaires US que
"diverses factions sunnites ou chiites pourraient utiliser ce service
pour mettre à mal leurs concurrents politiques," comme le notait
le Post.
Et bien entendu, début 2005 – peu de temps après que les directives
de Bush ont déclenché "l’Option Salvador" sur l’Iraq – la
marée d’activités des escadrons de la mort a entamé sa longue et sanglante
montée [18] au niveau d’un tsunami que l’on constate aujourd’hui. Ironiquement,
la premier grand pic de meurtres de masse par tortures à cette époque,
principalement dans des régions sunnites, coïncidait avec l’Opération
Lightning [19] [Opération éclair]", un effort – accompagné d’une
grand battage médiatique – des forces US et iraquiennes pour "sécuriser"
Bagdad. L’opération comprenait un afflux massif de troupes dans la capitale,
la division de la ville en secteurs gérables, permettant de les traiter
un à un, imposant des centaines de points de contrôle pour ainsi verrouiller
tout mouvement insurgé, et la mise en place d’une présence 24 heures
sur 24, de forces de sécurité et militaires dans les quartiers chauds,
(Associated Press, mai 2005). En d’autres termes, c’était presque exactement
le même plan, la "Nouvelle voie en avant", "l’impulsion"
controversée, proposée par Bush.
Mais "l’éclair" a été un fiasco dans les semaines qui ont
suivi et les escadrons de la mort sont devenus encore plus audacieux.
Des attaques hardies en plein jour par des "hommes en uniforme
de la police, des commandos ou d’autres agences de sécurité iraquiennes"
fauchaient des douzaines de victimes à chaque fois. Pendant des mois
les "conseillers" US auprès des agences de sécurité iraquiennes
– y compris des vétérans de l’ "Option Salvador" originale
– insistaient qu’il s’agissait d’insurgés sunnites en uniformes volés,
bien que beaucoup parmi les victimes fussent des civils sunnites.
Plus tard, la ligne a changé, les principaux coupables étaient maintenant
des "éléments voyous" de diverses milices sectaires qui avaient
"infiltré" les institutions iraquiennes.
Mais comme le journaliste d’investigation Max Fuller à démontré dans
son examen minutieux [20] d’informations enfouies dans de piles d’articles
de journaux et de documents publiés par le Pentagone, la vaste majorité
des atrocités alors attribuées à des milices "voyoutes" chiites
ou sunnites, était en fait l’œuvre de commandos et de "forces spéciales",
entraînées et "conseillées" par des US, et dirigés en grande
partie par des anciens éléments de la
CIA. Comme Fuller l’indique: « S’il y a des miliciens
dans le ministère de l’Intérieur, vous pouvez être sûrs qu’ils se mettront
au garde-à-vous à chaque fois qu’un colonel US entre dans la pièce.
» Et peut-être aussi bien si c’est un lieutenant-colonel britannique.
Avec une Coalition anglo-US si profondément impliquée dans la guerre
sale – l’infiltration de groupes terroristes, la "stimulation"
pour les faire agir, la "protection" d’agents doubles "joyaux
de la couronne" quelque soit le coût, le "cheminement avec
les mauvais garçons", le "feu vert pour l’Option Salvador"
- il est simplement impossible de déterminer en Iraq la vraie origine
de la plupart des attentats terroristes ou atrocités d’escadrons de
la mort. Toutes ces opérations ont lieu dans le monde de l’ombre, où
les terroristes sont souvent des agents gouvernementaux et vice-versa,
et où les agences de sécurité et les groupes terroristes s’entre-pénètrent
dans les ténébreux marécages de la collusion et de la duplicité. Ce
chaos moral laisse une "une sorte de tache/Qui marque l’homme le
plus conséquent et avisé/de quelque suspicion,", comme dit Shakespeare
dans Henri V [Acte II, scène 2]
De plus les "renseignements" produits avec cette méthode,
sont inévitablement influencés par des intérêts personnels, des motivations
ambivalentes, la peur et la criminalité de ceux qui les fournissent.
L’inefficacité de cette approche peut être mesurée par l'xpansion constante
de la guerre civile multilatérale qui déchire l’Iraq. Si l’objectif
de ces opérations secrètes était d’apaiser la violence, il est clair
qu’elles ont eu des résultats exactement inverses. Si les pieux défenseurs
de la civilisation – ceux qui approuvent ces activités avec des promotions,
des feux verts et des budgets illimités – ont quelque autre but, ils
ne nous l’ont pas dit.
Liens vers les sources :
1) www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml;jsessionid=IBEK4QSEC3PEBQFIQMFCFGGAVCBQ-YIV0?xml=/news/2007/02/04/nspooks04.xml
2) www.serve.com/pfc/fru/fru12022k1a.html
3) www.serve.com/pfc/fru/licence/johnWare.html
4) www.serve.com/pfc/fru/fru22022k1c.htm
l
5) www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article382396.ece
6) www.guardian.co.uk/print/0,,4650840-103588,00.html
7) www.serve.com/pfc/fru/fru22022k1c.html
8) www.serve.com/pfc/fru/shkerr.htm
9) www.guardian.co.uk/print/0,,4666414-103677,00.html
10) www.serve.com/pfc/fru/fru23022k1b.html
11) www.serve.com/pfc/fru/licence/johnWare.html
12) http://news.bbc.co.uk/1/hi/northern_ireland/3654444.stm
13) www.newyorker.com/archive/2005/01/24/050124fa_fact
14)
http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005/-01/into-dark-pentagon-plan-to-foment.html
15) http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005-/03/cry-havoc-bushs-own-personal-janjaweed.html
16) www.washingtonpost.com/ac2/wp-dyn/A54518-2003Dec10?language=printer
17) http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005/03/cry-havoc-bushs-own-personal-janjaweed.html
18)http://www.observer.guardian.co.uk/print/0,3858,-5337535-102275,00.html
19) www.truthout.org/cgi-bin/artman/exec/view.cgi/37/11435
20) www.globalresearch.ca/index.php?cont-ext=viewArticle&code=FUL20051110&articleId=1230

* Le Special Reconnaissance
Regiment (SRR) - dont l'insigne est ci-contre
- est l’une des deux nouvelles unités de Forces spéciales annoncée par
le secrétaire d’État à la défense Geoff Hoon le 12 décembre 2004. Il
a été constitué en avril 2005 à partir de la 14ème Compagnie
de renseignement, une unité spéciale de surveillance en civil créée
en 1973 pour des opérations spéciales en Irlande
du nord. C’est le SSR qui est à l’origine de l’assassinat en juillet
2005 dans le métro de Londres du jeune électricien brésilien Jean Charles
de Menezes , pris par ces fins limiers pour un dangereux terroriste.
2 de ses agents été arrêtes par la police iraquienne en septembre 2005
à Bassorah suite à leur comportement suspect et ont été libérés par
une opération aéroportée des commandos SAS.
L’autre unité est le Special Forces Support Group (SFSG), constitué
à partir d’éléments des parachutistes, des Marines et des Forces aériennes.
Il est opérationnel depuis avril 2006. Son insigne (ci-contre) a de quoi faire froid dans le dos. Ces deux
unités sont explicitement destinées à la « guerre contre le terrorisme ».
Outre ces deux unités, les Forces spéciales britanniques sont composées
du Special
Boat Service (SBS,
(unité de marine) et du Special Air Service (SAS, unité aérienne)
(NDLR Tlaxcala)
Original : http://www.informationclearinghouse.info/article17048.htm
Traduit de l’anglais par
Alexandre Moumbaris et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2521&lg=fr
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