L’Empire contre l’humanité

Irak-Iran-Afghanistan

L’histoire ne nous pardonnera pas

Par Nat HENTOFF, The Village Voice, 28 août 2007. traduit par Boris Carrier, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

 

Selon des fuites, un rapport confidentiel de la Croix Rouge propose d’intenter un procès international pour crimes de guerre à l’équipe de Bush.

Si jamais l’équivalent des procès de Nuremberg contre les criminels de guerre devait avoir lieu contre les auteurs usaméricains des crimes contre l’humanité à Guantánamo, en Irak et dans les prisons secrètes de la CIA, il y aurait une quantité appréciable de preuves fournies par les rapports internationaux amplement documentés d’organisations de défense des droits humains,   y compris une section du Parlement européen – de même que dans les ouvrages abondamment annotés de Stephen Grey « Ghost Plane : Tne True Story of the CIA Torture Program (avion fantôme : la vraie histoire du programme de torture de la CIA) paru chez St.Martins Press et de Charlie Savage « Takeover : The Return of the imperial Presidency and the Subversion of American Democracy » (La relève : le retour de la présidence impériale et la subversion de la démocratie américaine) récemment édité par Little , Brown.

Alors que le Congrès à majorité démocrate doit encore lancer une enquête sérieuse sur ce que les législateurs européens savent déjà concernant les crimes de guerre usaméricains, il a été fait état d’un rapport particulièrement éloquent du Comité International de la Croix Rouge qui figurerait en bonne place dans un éventuel procès du type de celui de Nuremberg. La Croix Rouge se doit de garder le silence concernant les résultats de ses enquêtes sur les droits humains dans les prisons – sinon les gouvernements ne laisseraient pas entrer ses représentants.

Mais Jane Mayer de la revue The New Yorker dispose de sources qui ont vu des comptes-rendus d’entretiens avec d’ex-détenus de prisons secrètes. Dans son article « Les sites noirs » (jargon des services secrets pour les prisons secrètes, NdT), Mayer révèle aussi les effets sur nos tortionnaires eux-mêmes des actes qu’ils commettent – sur ordre du président – pour « protéger les valeurs américaines ».


"Waterboarding" : une méthode de torture habituelle de la CIA dans les “lieux noirs "

 

Elle cite un ex-agent de la CIA: “Quand tu franchis la frontière dans l’obscurité il est difficile de revenir en arrière. Tu perds ton âme. Tu peux tout faire pour te justifier, mais… tu ne peux pas retourner à ce lieu sombre sans que cela fasse de toi un autre homme. »

Mais malgré cela peu d’Américains moyens ont changé de par ce que la CIA fait en leur nom. La responsabilité en revient au black-out absolu qui perdure concernant les méthodes utilisées par la CIA pour obtenir des informations. L’administration de Bush a émis le 20 juillet un décret autorisant la CIA à continuer à employer ces techniques sans rien en dévoiler.

Si une cour pénale internationale nous condamne un jour, nous, le peuple (premiers mots de la Constitution US, NdR) pour notre complicité et notre silence concernant ces crimes de guerre, nous pourrons toujours essayer de nous en tirer comme ces Allemands qui prétendaient à l’issue de la seconde guerre mondiale ignorer ce que Hitler et ses sbires faisaient. Mais dans l’Allemagne nazie les gens n’avaient pas la possibilité d’insister pour savoir ce qu’étaient devenus leurs voisins disparus.

Nous par contre avons le droit et la faculté d’obtenir du Congrès qu’il découvre et révèle les détails des tortures et autres brutalités que la CIA a infligés aux suspects de terrorisme en notre nom.

Seul un membre du Congrès, le sénateur démocrate d’Oregon Ron Wyden, s’est obstiné pour enquêter sur la légalité des méthodes de la CIA et la nomination du candidat de Bush, John Rizzo, au poste d’avocat en chef de la CIA a de ce fait été déjouée. Rizzo, agent de la CIA depuis 2002, a déclaré publiquement n’avoir aucune objection à la note de service du ministère de la Justice sur la « torture » qui autorisait d’infliger des souffrances sous réserve que ces pratiques n’entraînent pas de dysfonction d’organe … voire la mort (toute provocation de souffrances ne dépassant pas cette limite n’était pas considérée comme étant anti-américaine). Monsieur Rizzo ferait un témoin de choix si un procès du type de ceux de Nuremberg devait avoir lieu.

Comme le déclarait Jane Mayer à National Public Radio le 6 août, ce qu’elle a découvert dans le rapport officieux de la Croix Rouge et dans le cadre de ses recherches approfondies sur nos interrogateurs (félicités par notre commandant en chef), c’est un programme hiérarchiquement structuré de mauvais traitements avalisé en fait par la Maison Blanche et exécuté par tous les échelons, des plus élevés aux plus bas… des prisonniers ont été enfermés nus pendant 40 jours dans des cellules sans lumière. Tout ce qui aurait pu donner une indication concernant l’heure ou le lieu fut soigneusement  occulté.

Mayer exposa aussi le cas de Abu Zoubaydah, interrogé par la CIA qui non seulement dut se soumettre à l’épreuve du « waterboarding » (une technique donnant la sensation de noyade), mais aussi fut retenu longtemps dans une cage d’environ un mètre de long et de haut dans laquelle il ne pouvait pas se tenir debout. La CIA appelait cela la cage à chiens.

Procès de Nuremberg ou pas – et le Congrès continue de faire la sourde oreille - , les futurs historiens qui se pencheront sur le mandat de Bush se réfèreront certainement aussi au rapport de Human Rights First (Droits humains d’abord) et Physicians for Social Responsability (Médecins en faveur de la responsabilité sociale) paru en juillet sous le titre «  Leave No Marks: Enhanced Interrogation Techniques and the Risk of Criminality »(Ne laissez pas de traces : techniques améliorées d’interrogatoire et risque de criminalité)

Le rapport souligne que le décret de juillet du Président concernant les interrogatoires par la CIA – qui a reçu des éloges  pour avoir condamné « la torture et les traitements cruels et inhumains » malgré le fait d’être classé confidentiel, n’exclut explicitement pas l’application de méthodes d’interrogatoire ‘ améliorées’ que la CIA a autorisées en mars 2002 avec l’accord du Président (souligné par nous).

En 2002 le Ministre des Affaires Etrangères Colin Powell dénonça les notes sur la « torture » et autres méthodes d’interrogatoire dans des rapports à usage interne qui parvinrent à la Maison Blanche. Il est regrettable qu’il ne nous ait pas informés par la même occasion. Mais les objections de Powell avaient pour but de lui éviter de comparaître au banc des accusés dans un éventuel futur procès international.

Les points suivants du droit usaméricain ont été bafoués par la CIA, le ministère de la défense et le ministère de la justice selon le rapport « leave no marks » (Ne laissez pas de traces) :

Avec la Convention sur la torture de 1994 (Torture Convention Act) l’article 5 de la convention des Nations Unies contre la torture a été intégré au droit usaméricain. Celui-ci définit la torture comme résultant de l’action délibérée d’une personne (autorisée officiellement) infligeant de graves souffrances physiques ou psychiques à une autre personne se trouvant à sa charge ou sous sa dépendance physique.

La Loi fédérale contre les crimes de guerre (US War Crimes Act) de 1997 interdit … une série détaillée de crimes de guerre définis par la législation comme « manquements graves » à l’article 3 (de la Convention de Genève), y compris les crimes de guerre de torture ou de traitements inhumains.

Le rapport « leave no marks » inclut avec pertinence la Cour Suprême – avant la nomination de John Roberts comme son président – dans le mémoire sur les crimes de guerre de ce gouvernement. Je propose avec insistance que Human Rights First et Physicians for Social Responsability fassent parvenir leur rapport à tous les membres actuels  de la Cour Suprême et du Congrès en soulignant le passage suivant :

« La Cour Suprême considère depuis longtemps que le traitement des détenus constitue une violation de la procédure légale si ce traitement « heurte la conscience », est susceptible de blesser des sensibilités endurcies ou transgresse le principe de justice tellement enraciné dans les traditions et la conscience de notre peuple qu’il doit être considéré comme étant fondamental. »

Le rapport poursuit que parmi ces droits fondamentaux auxquels se référaient les Cours Suprêmes qui ont précédé se trouvent le droit à l’intégrité de la personne et le droit à la satisfaction des besoins essentiels ainsi que le droit à la dignité humaine fondamentale.

Dans la mesure où la conscience d’une majorité des membres de la Cour de Roberts n’est pas choquée par ce que nous avons fait à nos prisonniers, ce sera la tâche du prochain Président et du prochain Congrès – et dans une certaine mesure la nôtre – de modifier au moins certains aspects du jugement que fera de nous l’histoire.  Mais voit-on des signes notables de ce que la conscience des Usaméricains moyens ait été choquée ? Et qu’en pensent les candidats des deux partis ?

Deutsche Fassung  

Carte blanche des USA et de l'UE
Une frappe conventionnelle et nucléaire d'Israël contre l'Iran se rapproche


Par Heinz DIETERICH, Rebelion, 5 octobre 2007. Traduit par Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

1.     La logique militaire et le prix du vainqueur conditionnent la menace nucléaire impérialiste

La décision israélienne d'attaquer militairement l'Iran avant la fin de l'année rend inévitable une frappe nucléaire ou, au moins, une menace crédible de frappe. La double raison de cette logique est militaire et géostratégique : a) ni Israël ni les USA n'ont la force conventionnelle nécessaire pour étouffer la réaction belliqueuse régionale que générerait leur agression contre l'Iran; b) le prix de cette guerre est le contrôle de la zone géostratégique la plus importante de l'Eurasie, qui va de la Méditerranée orientale via le Moyen-Orient et l'Asie Centrale jusqu'à l'Asie du Sud-Est.

2.     Le scénario de l'attaque

Le scénario militaire est très clair. Israël essaiera de répéter les succès historiques de ses forces aériennes (IAF), entre autres: la destruction de l’aviation égyptienne en trois heures, durant la guerre de 1967; la destruction, en peu de minutes, du réacteur nucléaire irakien « Osiraq », en 1981, par huit F-16; la destruction de la défense antiaérienne syrienne, en peu de temps et pratiquement sans pertes propres, durant l'agression du Liban, en 1982 et l'attaque de l'IAF contre des cibles syriennes le 6 septembre 2007.

La capacité guerrière pour une telle attaque est très considérable. L’IAF a près de mille avions et douze aéroports militaires; elle dispose de fusées Jericho I, II et III, de courte et moyenne portée, certaines avec la capacité de transporter des têtes nucléaires; elle utilise des satellites spatiaux de reconnaissance et de communication propres et des systèmes de missiles très avancés. L'attaque se dirigerait contre trois installations nucléaires au sud de Téhéran - Natanz, Ispahan et Arak-et, selon le Sunday Times, les pilotes ont effectué des vols d'entraînement jusqu'à Gibraltar et essayé des tactiques d'attaque nucléaire. En plus des avions de combat F-15L et F-16L qui peuvent être réapprovisionnés en vol par des avions ravitailleurs, Israël peut utiliser des missiles de croisière lancés depuis les sous-marins fournis par l'Allemagne, et/ou les fusées Jericho. Finalement l’IAF a, sans doute, les meilleurs pilotes du Moyen-Orient et l'expérience d'attaque de cibles à une distance supérieure à celle de l'Iran, comme l'a démontré l'attaque du quartier général de l'OLP à Tunis en 1985.

3.     La frappe surprise Israël-USA-OTAN sera une réussite

L'Iran a considérablement amélioré ses capacités de défense militaire par l'installation d'un système de renseignement optique dans des parties du Golfe Persique, l'emploi d'un satellite spécial, le développement de fusées de courte et moyenne portée et l'acquisition du système antiaérien russe TOR-M1. Malgré tout, néanmoins, l'attaque surprise Israël-USA-OTAN, qui pourra inclure la destruction du système de défense aérienne, des postes de commandement militaire et des centres de communication les plus importants du pays, sera sans doute une réussite pour les agresseurs et impossible à contrer pour l'Iran.

4.     La contre-offensive iranienne et la nécessité militaire de l'option nucléaire impérialiste

Avant cette frappe initiale, le régime iranien peut diriger sa contre-offensive vers trois cibles stratégiques. La première est la fermeture du détroit d'Hormuz, au travers duquel passent plus de quarante pour cent des exportations du pétrole mondial. Les prix du pétrole pourraient monter facilement à 150 dollars, générant une récession économique mondiale. Les USA ne pourront occuper avec des troupes terrestres le territoire de l'Iran, nécessaires pour garantir les passagespar le détroit.
La seconde possibilité est une attaque avec des fusées de moyenne portée contre les villes, les installations militaires, de communications et nucléaires d'Israël. Les militaires israéliens soutiennent que leurs défenses anti-missiles peuvent abattre les fusées, mais cela est douteux. Une telle attaque pourra inclure le Commandement Central de Washington (Centcom) à Al Udeid, au Qatar, ses installations militaires en Irak et les installations énergétiques d'Arabie Saoudite et des États du Golfe.
La troisième option de l'Iran est la guerre asymétrique moyennant l'activation de ses appuis armés et non-armés chiites au Liban, en Syrie, en Arabie Saoudite, en Irak et en Palestine. Les implications guerrières pour Washington et Tel Aviv seraient graves. La défaite de l'armée israélienne dans son agression contre la guérilla du Hezbollah au Liban, en juillet 2006, a été un signal d'avertissement pour de futures aventures de ce type. La Syrie reçoit par an plus de cinq cent mille pèlerins iraniens et, selon l'armée US, plus de soixante dix pour cent de ses pertes en Irak sont causées par des milices chiites. Si l'Iran parvenait à mobiliser le Hamas, le Hezbollah, les milices chiites irakiennes et si la Syrie se trouvait impliquée dans le conflit, nous aurions un théâtre de guerre régional de la côte orientale de la Méditerranée jusqu'aux frontières du Pakistan.
Les trois scénarios de la contre-attaque iranienne ont un élément en commun: l'axe du mal « Israël-USA-Union Européenne » n'a pas les forces militaires conventionnelles nécessaires pour vaincre l'Iran dans ses trois fronts de contre-attaque. Cette situation laisse au front sioniste-impérialiste seulement trois options :
 1. Négocier et accepter un Iran nucléaire, comme il l'a déjà fait avec Israël, l'Inde et le Pakistan. L'élite israélienne, usaméricaine et européenne, néanmoins, rejette catégoriquement cette solution.
2. Obtenir que l'Iran se dénucléarise, suivant les pas de la Corée du Nord, de la Libye, de l'Afrique du Sud, de l'Argentine et du Brésil, et acceptant son statut néocolonial devant l'Occident. Le délai donné par Israël pour un tel processus est jusqu'à fin 2007; mais en raison de la dénucléarisation de la Corée du Nord, signée hier, il est possible qu'il se prolonge. À l’heure qu’il est, il n'y a pas d'indices que l'élite théocratique en Iran accepte ce destin néocolonial.
3. Détruire le projet iranien avec des forces conventionnelles et le cas échéant nucléaires.

5.     Israël a carte blanche pour une attaque nucléaire de l'Iran

Israël est l'unique État qui peut agresser nucléairement l'Iran sans être condamné unanimement par l'opinion publique mondiale. L'histoire de l'holocauste nazi et les commentaires suicides de Ahmadinejad et d'autres leaders iraniens à ce sujet, ont donné à l'élite sioniste l’excuse du bellum iustum (guerre juste) préventif dont elle avait besoin. Si l'Iran ne se soumet pas, cette élite ne laissera pas passer cette occasion en or, pour démontrer aux pays limitrophes qu'il défendra ses intérêts jusqu'à l'holocauste nucléaire.
Les classes politiques de la bourgeoisie transatlantique qui gouvernent encore le monde, acceptent, avec plus ou moins de pudeur démagogique, l’idée d’une frappe nucléaire. La chancelière allemande, Angela Merkel a comparé l'ascension de l'Iran avec l'ascension d'Hitler et a affirmé que « l'Iran n'est pas seulement une menace pour Israël, mais aussi pour les pays démocratiques de ce monde ». Le 16 septembre 2007, le ministre français des Relations Extérieures, Bernard Kouchner, a affirmé qu'un Iran avec des armes nucléaires « est un danger réel pour toute la planète » et que « nous devons être préparés au pire et le pire est la guerre ». Le 26 septembre, le chef de l'impérialisme français, Nicolas Sarkozy, a utilisé l'Assemblée Générale de l'ONU pour répéter qu'il « n'y aura pas de paix dans le monde si la communauté internationale laisse l'Iran se doter d'armes nucléaires; nous prendrions un risque inacceptable pour la stabilité dans la région et dans le monde entier ».

6.     Bush menace d’un holocauste nucléaire, Carter d’un « suicide » de l'Iran

Dans un discours devant des vétérans de guerre, fin août, George W. Bush a menacé directement l'Iran d'un holocauste nucléaire. « L'acharnement actif de l'Iran à obtenir une technologie qui pourrait générer des armes nucléaires menace de mettre une région déjà connue pour son instabilité et sa violence, sous le spectre d'un holocauste nucléaire ». Bush a ajouté : « J'ai autorisé nos commandants militaires »  à confronter « les activités meurtrières de l'Iran ». Nous devons affronter « ce danger avant qu'il ne soit trop tard ».
La colombe impérialiste James Carter, pendant ce temps, a averti l'Iran d'un possible suicide: « Nous espérons tous que nous pourrons faire tout ce qui est possible pour éviter que l'Iran se transforme en un pouvoir nucléaire », et il a ajouté : « Je crois qu'il serait pratiquement inconcevable que l'Iran commette un suicide en lançant un ou deux missiles de quelque type que ce soit contre la nation d'Israël ». Évidemment, le « suicide » de l'Iran est seulement possible à travers une attaque nucléaire.
Que Bush soit d'accord ou non avec une telle attaque est, à ce niveau, secondaire, parce qu'aucun des partis dominants aux USA n’osera refuser son appui à Israël dans un conflit militaire avec l'Iran; parce que le refuser signifierait perdre les élections de l'année prochaine. Washington a appuyé dans les cinquante dernières années tous les crimes de guerre d'Israël et le ferait aussi dans ce cas, à plus forte raison s‘il peut compter sur l'appui des puissances européennes.

7.     Le dilemme de l'Iran

L'Iran se trouve dans une situation d'isolement politique et médiatique qui rappelle celle de Saddam Hussein avant l'invasion de 2003. Bien sûr que son pouvoir militaire, tant en termes conventionnels qu'asymétriques, est très supérieur à celui de l'Irak d'alors, mais il est très douteux qu'il se risque à utiliser les scénarios ébauchés, face à la menace réelle d'une attaque nucléaire.
Dans une telle situation le gouvernement iranien n'aura d'autre issue que de chercher une solution négociée; et il doit la rechercher rapidement, avant que le piège se referme, comme ce fut le cas pour Saddam Hussein et les Talibans. S'il ne comprend pas le temps qui lui reste et le rapport de force réel, il est très probable que la « révolution islamique » des ayatollahs termine comme la « révolution socialiste » des partis Baaths au Moyen-Orient: en ruines.


 

Afghanistan: Rangin Spanta, l’homme de Berlin à Kaboul, au centre d’une tornade

Par german-foreign-policy.com , 28 septembre 2007. Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice Tlaxcala

À Kaboul le Parlement afghan est paralysé par de graves dissensions au sujet du Ministre des Affaires Étrangères Rangin Dadfar Spanta * (Alliance 90/ Les Verts). Le ministre, qui a passé plusieurs décennies en exil en Allemagne et continue à entretenir des liens étroits avec Berlin est maintenu en poste Daud Mirakidepuis le printemps dernier contre l’avis d’une majorité de la Chambre. Environ 60 députés veulent démissionner en signe de protestation. L’affaire s’accompagne d’une aggravation dramatique des hostilités dans l’Hindoukouch. Tandis que le gouvernement allemand essaie de faire passer à coups de slogans la prolongation imminente de la présence  militaire fédérale en Afghanistan, les Afghans craignent des  catastrophes sur le plan social.  De nombreuses personnes sont mortes de faim, le trafic des enfants est en nette augmentation et surtout de nombreux territoires sont contaminés par l’uranium appauvri, nous dit dans une interview  le sociologue Daud Miraki. Les conséquences en sont des malformations fœtales, des fausses-couches et de graves maladies dans de vastes régions du pays.

Alliance  90/ Kaboul

Le Ministre des Affaires Étrangères, Dadfar Spanta, est au centre des discussions parlementaires. Il est la cible d’attaques de la part du « Front National Afghan », un groupe d’opposition plutôt hétérogène formé d’ex- seigneurs de guerre de l’Alliance du Nord, de membres de la famille royale et  d’anciens cadres du Parti communiste. Dadfar Spanta a passé plusieurs décennies à Aix-la-Chapelle (Rhénanie Nord -Westphalie) où il est entré au parti Alliance 90/ les Verts, celui  de l’ex-ministre des Affaires Étrangères, Joseph (Joschka) Fischer. Le ministre afghan est donc toujours membre de cet ex- parti de gouvernement, tout comme Tom Koenig, l’administrateur onusien à Kaboul. Un duo qui garantit à la diplomatie allemande à Kaboul une place de choix.

Expulsés

C’est une décision du Ministre des Affaires Étrangères Dadfar Spanta qui a  déclenché la fronde au Parlement de Kaboul. Le ministre n’avait pas empêché, au printemps dernier, l’expulsion hors d’Iran d’environ 50 000 réfugiés de guerre afghans. Ces gens contraints au retour « arrivent dans un pays où le gouvernement est incapable d’assurer ne fût-ce qu’un minimum des prestations nécessaires » dit le Dr Daud Miraki, un sociologue de Chicago. « Ils n’ont pas de toit sur la tête, rien pour nourrir leur famille, rien pour la mettre à l’abri. Leurs enfants meurent de froid la nuit. » Le politicien vert Dadfar Spanta n’ayant pas empêché l’expulsion, de violentes protestations se firent entendre. Le 12 mai, le Parlement de Kaboul décida à une forte majorité d’exiger sa démission.

Les « Allemands » de Karzaï

Depuis lors  un bras de fer oppose la Chambre des Députés au Président Hamid Karzaï, la marionnette de l’Occident. Karzaï est prêt à démettre le  Ministre aux personnes réfugiées, dont le Parlement exige également le départ, mais maintient en poste Dadfar  Spanta, l’un des quatre ministres (1) anciennement exilés en Allemagne et qui conservent des liens étroits avec Berlin. Environ 60 parlementaires ont fait savoir qu’ils ne toléreraient pas plus longtemps ce mépris de la majorité et qu’ils allaient démissionner. « Que pouvons-nous faire si le pouvoir exécutif ne tient pas compte de notre volonté ? » dit un opposant de Kaboul pour justifier leur décision. (2)

Escalade militaire

Ces dissensions politiques s’accompagnent d’une aggravation dramatique des hostilités dans l’Hindoukouch. Peu avant la décision du Bundestag relative à la prolongation de la présence militaire allemande en Afghanistan, le Conseil de sécurité des Nations Unies a publié un rapport qui pointe l’escalade des affrontements. (3) Certes l’ISAF a plus que doublé ses effectifs, qui sont passés de 18 500 en juillet 2006 à 39 500 à ce jour, et auxquels il faut ajouter les 10 000 soldats de l’opération Liberté immuable (OEF) ainsi que plus de  40000 soldats de la soidisant Armée nationale afghane. Cependant la rébellion ne cesse de s’aggraver. Pour cette année les Nations Unies ont registré « 548 incidents par mois » soit à peu près 25% de plus que l’an passé (« 425 incidents par mois »). Le nombre des attentats-suicides a d’ores et déjà pratiquement atteint celui de l’année dernière toute entière (126 attentats.)

La croisée des chemins

« Selon la plupart des observateurs, l’Afghanistan se trouve au début de l’année 2007 à la croisée des chemins », écrivait il y a neuf mois « l’Alliance 90 / Les Verts»  dans une question au gouvernement fédéral.(4)Depuis la situation s’est dégradée, non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan humanitaire. Comme le dit le Dr Miraki dans son interview à german-foreign-policy.com, le coût de la vie a augmenté de façon dramatique ; c’est ainsi que le loyer mensuel d’une maison ordinaire  est passé dans la capitale de 50 $ US avant l’invasion occidentale à 1500 $ ; un prix qui n’est à la portée que des nombreuses ONG étrangères présentes ainsi que des membres de forces d’occupation et de leurs collaborateurs de haut rang. Outre le nombre croissant des morts par suite de dénutrition, Miraki, qui a effectué plusieurs voyages en Afghanistan depuis 2001, déplore surtout le sort des orphelins de guerre. « Ils sont kidnappés par des organisations criminelles », dit le sociologue « pour être vendus à des pédophiles du monde entier ou à des entreprises militaires des  USA, à des fins d’abus sexuels ou de commerce d’organes. » Selon Miraki, « les orphelins sont de fait les premières victimes. »

"Liberté immuable" ? Non, uranium appauvri

Irradiés

Miraki tente de lutter contre les conséquences de l’emploi de munitions radioactives. D’après lui les troupes d’occupation occidentales ont, depuis 2001, déversé sur l’Afghanistan plus de 1200 tonnes de munitions à l’uranium appauvri, contaminant ainsi des zones étendues du pays. Miraki a soigneusement étudié les conséquences. Il fait état de malformations fœtales, de nombreuses fausses-couches et d’un accroissement du nombre des cancers et autres maladies graves- en particulier dans la région de Tora Bora, cible  à la fin de 2001 de bombardements massifs. En raison de la demi-vie  très longue de l’uranium - plusieurs milliards d’années (4,47 milliards d’années environ pour l’uranium 238, un peu moins pour l’uranium appauvri. NdlT), il est impossible de prévoir la fin du danger d’irradiation en Afghanistan. La population du pays, dit Miraki, « vit pratiquement sous le coup d’une menace de mort permanente. »

Notes

 (1) Les autres sont le Ministre de l’Économie, Jalil Shams, le Ministre du Commerce, Amin Farhang, et le Ministre de l’Enseignement Supérieur, Azam Dadfar.

(2) Dans :  «Afghanistan :  Anger in Parliament Grows as President Defies Majority’s Wishes », New York Times du 26 septembre 2007.

(3) United Nations General Assembly Security Council: The situation in Afghanistan and its implications for international peace and security. Report of the Secretary-General du 26 septembre 2007

(4) Réponse du gouvernement fédéral allemand aux questions posées par Jürgen Trittin, Kerstin Müller (Cologne), Winfried Nachtwei ainsi que d’autres députés et la fraction ALLIANCE 90/ LES VERTS :  Qu’en est-il de la reconstruction et de la situation en Afghanistan ; Bundestag, imprimé 5 - 16/312 du 06/09/2007

 

*Rangin Dadfar Spanta

 

Rangin Dadfar Spanta (né en 1954 à Hérat) est un politologue germano-afghan, Ministre des Affaires Étrangères du gouvernement Karzaï depuis le 22 mars 2006.  Fils aîné d’un grand propriétaire foncier de l’Ouest de  l’Afghanistan, il  a enseigné jusqu’en 2004 à l’Université de Kaboul (grâce à une dotation allemande)   puis a été  conseiller  diplomatique du Président Hamid Karzaï. Au gouvernement il a succédé à Abdullah. Les origines ethniques de Spanta sont farsi (perses). À  quinze ans il a rejoint un parti maoïste, puis a fait des études à Kaboul. Après l’invasion soviétique de 1979 il a cherché refuge en Turquie,   où il a poursuivi ses études. En 1982 il est parti pour l’Allemagne, où il a obtenu le statut de réfugié politique. Par la suite il a fait des études de sciences politiques à l’Université d’Aix-la Chapelle, où il a  soutenu une thèse grâce à une bourse de la Fondation Heinrich Böll. Il a été cofondateur du Conseil démocratique d’Afghanistan et membre des Verts. En 1999 il a été candidat aux élections municipales d’Aix-la Chapelle, où il a échoué de peu. Jusqu’à la fin 2004 il a été collaborateur scientifique à l’Institut des Sciences politiques de la  RWTH d’Aix-la -Chapelle ainsi que d’une organisation locale d’aide au développement.(Forum du Tiers-Monde). Sa langue maternelle est le farsi, il parle également l’allemand, le pachtoune, le turc et un peu d’anglais.

Rangin Dadfar Spanta est marié et père de deux enfants adultes dont l’un vit à Berlin et l’autre à Cologne. Il possède la double nationalité afghane et allemande. Il aurait dû renoncer à la seconde, car la Constitution afghane interdit la  double nationalité pour les hauts responsables du pays. Le 12 mai 2007 le Parlement afghan a retiré sa confiance à Spanta à la majorité requise. Plusieurs analystes politiques pensent que le motif en est des divergences politiques, et que ce geste n’est pas une réponse à l’expulsion massive de réfugiés afghans en Iran, que Spanta n’a pas empêchée, mais traduit une prise d’influence des conservateurs pakistanais et iraniens.

Le Président Karzaï a convoqué l’ « Estere Mahkema ’  » (Cour Suprême) pour soumettre la constitutionnalité de ce vote et la légalité des modalités de la motion de défiance à la plus haute instance juridique du pays. Jusqu’à cette décision Spanta- juridiquement contesté- doit conserver son poste. Le 22 mai 2007 il a rencontré à Kaboul Walter Steinmeier, le Ministre allemand des Affaires Étrangères.

D’après wikipedia, traduit par Tlaxcala

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