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Tribune

De l'antisionisme à l'afrocentrisme


par Maria Poumier, 6 février 2006.
> http://www.geocities.com/plumenclume/
Courriel > plumenclume@yahoo.com


Comme les individus, les sociétés voient clairement la paille dans l'¦il du voisin, mais non la poutre dans le leur. L'effervescence autour de douze caricatures le montre une fois de plus. Notre métropole à tous l'USraël a lancé une vaste campagne médiatique afin que les musulmans expriment leur légitime colère de façon physique ; s'ils le font, alors chaque non musulman aura de nouvelles raisons de dire que les musulmans sont des fanatiques qui veulent soumettre l'Europe à leur loi par le glaive. Comme il se trouve que les musulmans constituent des minorités récemment implantées dans les pays européens et en Amérique, nos maîtres USraéliens espèrent capitaliser à leur profit les réflexes d'autodéfense des non musulmans à partir de leur bon droit indéniable d'autochtones majoritaires.
Les maîtres du Discours espèrent aussi briser la compassion et la sympathie européenne pour les Palestiniens ; ceux-ci doivent être à nouveau crucifiés parce qu'ils se sont servis du système électoral démocratique pour exprimer leur résistance à se faire complètement éliminer en tant que peuple autochtone et majoritaire revendiquant le droit à l'autodétermination sur tout le territoire historique de la Palestine. Et une fois de plus, la Palestine révèle son rôle de lieu exceptionnel, de centre du monde musulman, mais aussi de tous les autres mondes réels, curieusement.

Il s'agit, pour les modernes négriers qui prétendent nous gérer comme une variable à neutraliser, dans leur plan pur de domination mondiale, de faire se dresser les uns contre les autres les autochtones européens contre les autochtones du monde arabe. La bataille ne serait pas égale : le monde arabe a une force spirituelle : son islam, son Prophète, ses réflexes de défense de ses traditions propres. Le monde européen a perdu tout ancrage dans sa religion traditionnelle : l'antichristianisme est le signe de ralliement de la modernité même. En voici les données de base : l'Église est contre l'avortement, contre le préservatif, contre l'homosexualité, contre la parité dans sa propre hiérarchie ; et elle est antisémite depuis le récit même des Évangiles, puisque l'injustice et la trahison y ont pour nom JUDAS, le pur produit de la Judée, et de la judéité. L'Europe moderne est donc, par définition, antichrétienne, puisqu'elle prend exactement le contre-pied de l'Église, seul bastion du conservatisme en matière de m¦urs. L'Europe est donc dans le désarroi logique et affectif complet, puisqu'elle choisit d'être orpheline, de se croire dépourvue de parents protecteurs.

C'est parce que l'Europe choisit de ne pas se soumettre à sa propre tradition qu'elle est agressive, comme l'enfant révolté est un enfant casseur, un enfant dont nul ne voudrait. Ainsi l'Europe participe au néocolonialisme, sans que ses citoyens en soient le moins du monde conscients, et sans qu'ils voient que cette attitude destructrice dérive de la destruction qu'ils opèrent de leurs propres repères ancestraux. C'est une Europe décervelée qui pratique l'exportation rentable d'armes de destruction massive : moyens militaires, mais aussi civils : ONG et humanitarisme pour cacher les exactions militaires directes ou par procuration, prosélytisme consumiériste, encouragement à la subversion féminine contre tout ce qui incarne la verticalité, à partir des abus masculins qualifiés de patriarcat , et jusqu'à l'indépendance des sociétés non européennes, en passant par la disqualification de toute hiérarchie établie par la tradition.

Devant la hideur des deux faces que présente l'Européen au reste du monde, la pulvérisation spirituelle et l'arrogance criminelle, l'Européen de bonne foi mais désemparé, croit de son devoir de faire un choix, le « bon » choix : se ranger dans le camp de la droite ou de la gauche ; il choisit de ne voir que la paille dans une moitié de lui-même qu'il rejette : la droite sous prétexte de défendre le « rayonnement », ce qui reste de l'impulsion impériale, attaque la gauche en tant que destructrice, nihiliste, castratrice ; la gauche n'attaque que l'impulsion impériale, qu'elle qualifie de génocidaire et suicidaire, elle réduit la droite à la poigne.

Le terrain de la spiritualité n'est pas défendu, la plupart des gens imaginent que c'est un no man's land, où il ne se passe rien de décisif, un terrain vague qu'on laisse aux cloportes inoffensifs. Heureusement, les cloportes l'occupent, justement. Les cloportes colportent : tout ce qui ne cadre pas avec l'affrontement idéologique, la pensée par le corps, par la vitalité que chacun partage, mais qui ne se transmet que par l'amour d'individu spécifique à individu chaleureux et singulier. Les cloportes sont allés veiller Jean Paul II à Rome, où ils n'étaient pas invités, en masse, venant de toute l'Europe. D'autres cloportes sont allés veiller Arafat. Les uns et les autres savaient qu'aucun des deux n'était vraiment « le » pape, mais ils savaient en commun qu'on doit le déplacement au dirigeant qui meurt, qui s'efface et fait place.

Cette place, c'est la nôtre.

Ainsi l'Europe est engluée dans un délire schizophrène, elle ne voit pas que ses deux facettes complémentaires constituent un seul monstre : elle est zombifiée, elle est vidée de sa substance au profit d'un pouvoir extérieur, l'Usraël, qui jubile. Elle est si bien zombifiée qu'elle ne voit pas ce qui crève les yeux : l'histoire des douze caricatures est une provocation, dirigée très précisément contre elle. En effet, le mépris et l'indignation des musulmans contre les occidentaux ne sont pas nouveaux, et ce n'est pas une caricature de plus ou de moins qui leur cachera la catastrophique équation : chrétiens = valets des juifs, ceux qui, dans leur terminologie (nous dirions plutôt les sionistes, ceux qui justifient cette usurpation du judaïsme) , écrasent la Palestine, commandent aux dirigeants étasuniens d'anéantir le Proche Orient, insistent pour répandre la pornographie dès qu'ils ont envahi un pays musulman.

Nos ennemis, les agents de l'Axe Usraélien, nous rendent l'hommage du vice à la vertu, d'ailleurs ; ils tiennent compte de la popularité de Dieudonné, acquitté vingt fois par la justice alors que les agents de l'Axe voulaient le faire condamner comme antisémite : ils savent à quel point nous aimons rire d'eux, nos précieux sionistes ridicules. C'est peut-être bien notre seule force... La faiblesse des Européens ciblés par la propagande aujourd'hui, par les armes demain, vient de ce qu'ils refusent de se laisser traiter de chrétiens, quoique ce soit, historiquement et géographiquement, leur principal plus petit commun dénominateur ; ils se veulent très exactement, ceux qui ne sont nulle part : ni chrétiens, ni musulmans, ni juifs (sauf les juifs, évidemment, soit de 1% à 3% de la population de chaque pays ; d'ailleurs, les organismes qui se disent représentatifs des juifs sont aussi ceux qui ne sont pas liés par l'enracinement, si ce n'est dans une enclave coloniale en Palestine, ailleurs, dans un Israël improbable, n'existant que comme arsenal).

Ainsi, l'affaire des douze caricatures nous permet enfin de donner son nom à l'agression globale dont nous sommes victimes, l'agression contre l'esprit. C'est ce qu'Israel Adam Shamir se tue à nous répéter, nous gens de gauche, habitués à ne manier que les concepts matérialistes, depuis cinq ans. Le moment est mûr, enfin, pour que se constitue enfin le front spirituel de la résistance : notre formation en carré pourrait formuler ainsi le pacte pour la justice :
- non aux guerres de conquête;
- oui à la défense des traditions autochtones ;
- extension du domaine de la compassion (valeur que prônent toutes les religions, et que les athées normalement constitués pratiquent autant que possible)
- définition commune sur qui sont les gens les plus exposés en ce moment à la destruction

A noter que le Hamas vient de donner l'exemple des religieux qui font autre chose que de défendre comme un syndicat corporatiste leur propre communauté : il protège les chrétiens, il déjoue les pièges. Chacun doit avoir la même approche, car en défendant notre frère menacé d'une autre confession, nous nous défendons tous contre la diffamation. Cette position n'est pas nouvelle, mais si nous la relayons, elle ne pourra plus être occultée.

Le credo qui nous est déjà commun, c'est :

- je crois en la capacité de tous les hommes pour choisir l'esprit contre la domination;
- je crois que le royaume de l'esprit appartient aux démunis plus qu'à ceux qui possèdent (soit des biens matériels, soit des convictions qu'ils manient comme des armes, soit encore la force brute, qu'ils déguisent avec des arguments variés)
- je crois au devoir de résistance contre les aspirants à l'hégémonie mondiale, entre autres par l'hégémonie sur le discours et la réflexion occidentale
- je crois au devoir de défendre mes frères les plus opprimés, seule garantie que je puisse donner de ma détermination à ne faire pas partie de ceux qui déguisent une volonté de domination alternative sous la terminologie piégée du "droit à " (la liberté d'expression étant le terrain le plus mensonger et visqueux).

Ce credo est de fait commun à la plupart des croyants, mais aussi des athées de bonne foi ! Une bonne définition de cet athéisme chargé de spiritualité et de modernité positive, constructive, m'a été donnée par le poète salvadorien Roberto Armijo, réfugié à Paris, dont un fils avait été tué au combat au Nicaragua, en se battant contre les agents de John Negroponte, celui-là même qui dicte l'ordre des ravages en Irak : « Je crois en ceux qui croient ». Sans croyance, pas de sacrifice possible ; or on ne fait pas l'économie du sacrifice. Nous devons renoncer à nous sentir propriétaires d'une religion et/ou d'une rationalité, c'est l'attitude mentale de l'adversaire, qui propose deux armes de domination mentale concomitantes, quoiqu' inconciliables, mais également impérieuses : le dogme de la démocratie fondée sur une définition dogmatique d'un Holocauste. Notre terrain est autre, l'esprit peut et doit s'évader de toutes les prisons idéologiques. Un poète cubain emprisonné depuis 1998 aux Etats-Unis l'a écrit en vers définitifs :

« Parce qu'un mur est un mur, tu le sais,
Ma cellule est comme une tache blanche,
Un piège sans soleil, ni lune ni écume,
Qui, par moments, se change en barque. » [1]

Ce poète tentait de déjouer des projets d'attaque terroriste préparés à Miami contre Cuba.

Quel rapport avec l'afrocentrisme, tout cela ? L'Afrique globale partage avec la Palestine le privilège du martyre. L'Afrique noire meurt de faim, et lorsque les affamés tentent de rejoindre les rivages des nations repues, ils sont repoussés, par les armées, les polices, les lois, et le réflexe défensif de ceux qui redoutent qu'on leur arrache le pain de la bouche. Les Africains soutiennent les Palestiniens, car ils savent ce que nous devons tous à leur résistance contre le néocolonialisme Usraélien ; à la conférence de Durban de 2001, ce sont eux qui ont fait savoir qu'Israël est le pays du racisme et de l'apartheid. Or un blocage imposé par la contagion de la perversité négrière nous empêche de voir même cela, le geste noir décisif, après bien d'autres qui sont systématiquement occultés. L'afrocentrisme, c'est remettre la pyramide sur sa base logique et physique. Le combat contre le néocolonialisme occidental se livre d'abord en Afrique, le continent sacrifié parce qu'encore aujourd'hui, les négriers, descendants historiques des négriers du temps de l'esclavage, y font la loi, les guerres et les famines, en empêchant les élites légitimes de prendre la place des corrompus. Protéger les Africains sacrifiés, c'est démasquer les négriers, qui veulent nous traiter en nègres, en chair à canon et en esclaves castrés. L'afrocentrisme, dans l'étape actuelle, alors que l'européocentrisme est un champ de ruines moral, c'est la restauration de notre santé mentale, et il n'y a pas d'autre médecine que celle-là. L'Amérique latine, par exemple, le sait parfaitement, le sait depuis que les esclaves, en participant à ses guerres d'indépendance contre l'Espagne, le lui ont appris, au XIXème siècle. Quand je dis l'Amérique latine, je dis celle qui est représentée en ce moment par trois gouvernements pionniers dans la résistance, parce qu'ils savent écouter leur tradition spirituelle autochtone : Cuba, Venezuela, Bolivie.

[1] Antonio Guerrero, Poèmes de ma hauteur, L'Harmattan, 2005. l'ouvrage sera présenté à l'espace L'Harmattan, 21 bis rue des Ecoles, 75005 Paris, le 23 février 2006 à 19h. L'auteur sera représenté par l'ambassadeur de Cuba auprès de l'Unesco et le Conseiller culturel à l'Ambassade de Cuba en France. Entrée libre.