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L'affaire des caricatures danoises du Prophète

(Suite)

Caricatures : Les barbares sont à nos portes (et ils nous apportent le couscous)

par Victor dedaj, Cuba Solidarity project, avril 2006. Courriel : vdedaj@club-internet.fr Bonjour, Vous aimez l'humour ? Oui ? Ca tombe bien, parce que j'aime bien rigoler, moi aussi. Et ce ne sont pas les raisons qui manquent, oh, ça non.

Tenez, par exemple, vous la connaissez celle-là ?

"Question : Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, où trouvait-on la plus forte concentration de Juifs ? Réponse : dans l'atmosphère." Racontée par Woody Allen, voilà une histoire qui est l'exemple même d'une humour qui serait, comme on aime à le rappeler en fin de repas, "la politesse du désespoir". Vous riez peut-être, mais pas de bon coeur. L'histoire contient beaucoup d'humour mais n'est pas vraiment "drôle", n'est-ce pas ? Humez la subtilité. Sentez la nuance. Maintenant, relisez cette même histoire. Changement de décor. Imaginez : un banquet du Front National. Jean-Marie le Pen annonce à la ronde "j'en connais une bien bonne. Pendant la deuxième guerre mondiale, vous savez où on trouvait la plus forte concentration de Juifs ? Non ?". Ils rient, bien sûr, mais ils rient de bon coeur (première indice). L'histoire a certes de l'humour, mais eux, en plus, ils la trouvent drôle (deuxième indice). Humez la subtilité. Sentez la nuance. Goûtez ce malaise.

On prête à l'humoriste disparu Pierre Desproges la phrase suivante, prononcée lors d'une émission de radio où il se trouvait face à Jean-Marie le Pen : "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". Ce qui est en partie vrai - en partie seulement. Dans l'exemple précédent, il serait plus exact de dire qu'on peut rire de tout, mais pas RACONTEE PAR n'importe qui.

Mais le malaise ne s'arrête pas là. Imaginez des protestations formulées par des rescapés des camps d'extermination. Défendrait-on, et avec la même vigueur, la "liberté d'_expression" si l'histoire était racontée par Woody Allen ou par Jean-Marie le Pen ? Plus compliqué encore : et si les dites protestations étaient formulées par une bonne grosse organisation sioniste - genre front bas et ligue de défense ? Se sentirait-on pousser des ailes pour se joindre à leurs protestations ? Epargnez-moi votre réponse, si elle n'est pas honnête.

En résumé, c'est toute une question de "crédibilité", de "priorités" et même de "légitimité", du côté de l'_expression comme du côté de la protestation.

C'est comme lorsque George W. Bush prononce le mot "liberté" quarante fois dans un discours de vingt minutes. On se dit, "liberté, c'est bien, mais surtout pas venant de lui". Et soudain, l'idée de "défendre la liberté" aux côtés d'un G.W. Bush m'inspire un ennui profond. Question de crédibilité.

C'est comme lorsque Condoleezza Rice vient en visite en France. Pas de Tribunal Pénal International qui l'attend à la descente de l'avion, oh non, juste des politiciens plus respectables d'un protocole que d'un peuple assassiné. Question de priorité. Permettez-moi un petit détour. Je me souviens de l'affaire des foulards à l'école. Et oui, rappelez-vous les cris, les débats, les questions posées à l'assemblée nationale, les lois proposées, débattues, votées. Renseignement pris, le phénomène n'aurait jamais dépassé le stade groupusculaire. Il semblerait qu'elles étaient "au maximum" 400 en France. En comparaison, les Renseignements généraux estiment que le nombre de militants et de sympathisants des mouvements néo-nazis se situe entre 2500 et 3500. Sans parler des Raëliens, des Témoins de Jehova, et autres fachos et tordus.

 

Et pourtant, pour une affaire qui n'aurait pas du dépasser le stade de quelques lignes de "brèves", la République était censément en danger. Et d'où venait le danger ? D'un traité constitutionnel ultra-libéral ? D'une privatisation effrénée ? D'un réchauffement de la planète ? D'un empire assoiffé de sang et de pétrole ? Que nenni. Elle venait d'une petite bande de gamines armées d'un morceau de tissu sur la tête. Ouf, on a eu chaud. En tout cas, ils se sont bien amusés à nous faire peur et, par la même occasion, à se faire passer pour des remparts contre une barbarie qui est censée être déjà à nos portes mais qui, en réalité, n'a même pas encore commandé son billet sur Internet. Leur astuce, si je puis dire, consiste à nous sommer de choisir entre deux alternatives irréconciliables. L'intégrisme ou la liberté. Entre l'Amérique (un pis-aller, avec tous ses défauts) ou l'Islam radical. En oubliant toujours des détails tels que celui-ci : Al Qaeda est une création des Etats-Unis. En oubliant que le radicalisme se nourrit des frustrations et exaspérations devant les injustices flagrantes, permanentes et à sens unique.

Ils tablent (inconsciemment ?) sur un réflexe : lorsque le pompier-pyromane montre l'incendie du doigt, les imbéciles regardent les flammes. La conséquence est qu'au lieu d'avoir à choisir entre la "liberté" et l'intégrisme, nous sommes en réalité sommés de choisir entre l'impérialisme (ou ses porte-parole) et les victimes (ou ses représentants désignés par amalgame). Grâce à la proximité culturelle des porte-parole de l'impérialisme (ils s'habillent comme nous, parlent comme nous.), grâce à la familiarité de leurs noms, de leurs visages, grâce à quelques concessions de forme qui nous rassurent, nous sommes enclins à nous identifier à eux, donc à leur "combat". Rien de tel que la trouille pour resserrer les rangs. Quand comprendrons-nous que l'impérialisme et l'intégrisme sont les deux revers de la même médaille ?

Alors quoi ? Alors les caricatures de Mahomet. Je n'aime pas la religion. Je déteste les intégrismes. Mais ça m'emmerde de défendre la "liberté d'_expression" aux côtés de journaux qui ont soutenu la guerre en Irak et pour qui la liberté d'_expression s'arrête à quelques encablures de Tarik Ramadan (pas ma tasse de thé, mais c'est un bon exemple). Des journaux qui se feraient empaler plutôt que de publier des articles allant à l'encontre de leur pensée unique. Deux journaux français ont même publié les dessins, histoire de montrer qu'on ne plaisante pas avec la liberté d'_expression. Des journaux qui se la jouent "défenseurs de grands idéaux" mais qui s'écrasent, et se sont toujours écrasés, devant les massacres annoncés, les massacres en cours ainsi que ceux à venir. Pardon : qui s'écrasent lorsque les victimes font partie d'une certaine catégorie. Je veux parler de France-Soir (1) et de Charlie Hebdo (2) qui, en bons néo-croisés, ne défendent la liberté d'_expression que lorsque celle-ci prend la tête d'une armée en direction de Jérusalem. Avec, quand même, une mention spéciale à Charlie Hebdo et à son rédacteur en chef, Philippe Val qui, toutes libertés d'_expression dehors, a vogué sur toutes les guerres impérialistes depuis celle contre la Yougoslavie.

Alors, aujourd'hui, la sacro-sainte liberté d'_expression serait en danger (en attendant le prochain danger). Et devinez qui vient nous sauver ? Oh, comme il est pathétique de voir ces hérauts de la liberté d'_expression à sens unique sonner des tocsin en carton pour affirmer leur droit de publier des dessins de Mahomet avec ses fesses à l'air (oui, je sais, mais c'est juste une façon de parler). Mais essayez donc de faire publier dans Charlie Hebdo un vrai droit de réponse, juste pour voir.

Le danger venant toujours d'ailleurs (c'est-à-dire pas de Dassault, ni de TF1 ni de Lagardère), il suffit d'ajouter une pincée de Robert "bob" Ménard ("nous défendons la liberté de la presse partout sauf chez nos bailleurs de fonds") et de servir la soupe pendant qu'elle est encore chaude. Quant aux intégristes, qu'ils soient barbus, coiffés d'une kippa ou couverts d'un foulard Hermès, je les emmerde aussi. Question de principe.

Oui, il faut défendre la liberté d'_expression. Celle de la résistance irakienne par exemple, qu'on ne voit pas souvent interviewée. Celle des palestiniens, qui n'ont le droit d'exprimer un choix que lorsque celui-ci sied à leurs geôliers, n'est-ce pas ? Celle des prisonniers/innocents de Guantanamo. Celle des prisonniers/innocents de Bagram, d'Abou Ghraib. Alors, Philippe Val, entre une mère Irakienne qui pleure le dégât collatéral d'une bombe US de 500 kg que tu as indirectement mais goulûment appelé de tes voeux (tout en feignant ne pas le savoir) et ta liberté d'_expression chérie à sens unique, disons que tu m'emmerdes, sérieusement. Question de crédibilité.

Quel rapport entre les caricatures, la liberté d'_expression et l'occupation de l'Irak ? En apparence, rien. Mais les choses étant ce qu'elles sont, je mettrais bien dans une même cage certains média commerciaux, les intégristes, C. Rice et G. W. Bush. Tous habillés d'orange. Question de priorité.

Comme toujours avec les média, leurs silences sont plus instructifs que leurs agitations outrées. Les vrais barbares des temps modernes, les plus dangereux, ne portent pas la djellaba mais un costume trois-pièces ou un tailleur. Ils ne vivent pas dans une grotte, mais président des conseils d'administration et des conseils de guerre. Ils n'ont pas le teint hâlé, mais des visages pâles. Question de discernement.

Alors, la prochaine fois que les média vous annonceront que les barbares sont à nos portes, ne paniquez pas : c'est juste le livreur de couscous à domicile qui vient de sonner. Question de pratique. "Allo ? oui, c'est pour commander une fatwa, sauce blanche"

Notes :

(1) voir, par exemple, "Fin d'un tyran en Irak : France Soir entonne un hymne à la guerre" http://www.acrimed.org/article1430.html (2) Un bon résumé de l'esprit Charlie Hebdo d'aujourd'hui : L'obscurantisme beauf - Le tête-à-queue idéologique de Charlie Hebdo > http://www.peripheries.net/crnt69.html

 

 

Un cinéaste iranien se retire d'un festival de cinéma au Danemark


Le cinéaste iranien Majid Majidi a retiré son film "Le saule" du XVIIème festival de cinéma NatFilm, pour protester contre les caricatures du Prohète publiées par le Jyllands-Pesten. Les organisateurs du festival, qui se déroule jusqu'au 2 avril à Copenhague et dans d'autres villes danoises, ont dit regretter ce retrait et ont remplacé "Le saule" par un autre film iranien, "Le chapitre interdit", de Fariborz Kamkari.

 

Le sheikh Tayseer Tamimi, chef de la Cour suprême islamique en Palestine :« Les lois en Occident doivent proscrire les attaques contre le Prophète »


Propos recueillis par Ian Hamel, http://oumma.com, 13 mars 2006
Le sheikh Tayseer Tamimi, 52 ans possède de nombreux titres. Ce magistrat est notamment chef de la Cour suprême islamique dans les territoires palestiniens et imam de la mosquée d'Hébron. Il était l'invité d'un colloque organisé récemment par l'université de Berne sur le développement des lois sur la famille dans les pays musulmans. Il était accompagné d'une autre personnalité palestinienne dont on nous a demandé de taire le nom pour lui éviter des représailles de la part des Israéliens. Le sheikh Tayseer Tamimi se présente comme un ardent défenseur du dialogue interreligieux. Il émet toutefois des opinions très tranchées - que nous ne partageons pas - notamment sur la polémique provoquée par les caricatures de Mahomet, affirmant que c'était à l'Occident « de voter des lois qui interdisent toute attaque contre le Prophète ». Sa position vis à vis d'Israël est sans concession, le portrait qu'il en dresse est virulent ( "Israël ne souhaite pas la paix. Il veut la guerre, la tuerie, la destruction. Il ne respecte pas les droits les plus élémentaires des Palestiniens") et ne donne guère de prise au dialogue pourtant nécessaire.

Que vous inspire cette gigantesque polémique sur les 12 caricatures parues dans un quotidien danois ?

Il y a une ligne rouge à ne pas transgresser, c'est celle du sacré, au risque de créer la haine, la colère, la violence. En publiant ces caricatures, on a méprisé les sentiments d'un milliard de musulmans. Ce n'est pas acceptable. J'invite les peuples européens à dénoncer cette atteinte contre le Prophète. Les autorités politiques européennes doivent prendre leurs responsabilités pour que de telles offenses ne se reproduisent plus.

Qu'entendez-vous par prendre leurs responsabilités ?

Les autorités politiques européennes doivent voter des lois qui interdisent dorénavant les attaques contre le Prophète. Ces provocations ne doivent plus se reproduire. La liberté d'expression s'arrête là où les droits des autres sont bafoués.

Trouvez-vous pour autant normal ces saccages d'ambassades, ces menaces de mort proférées contre les Occidentaux ?


Si le gouvernement danois s'était excusé, avait pris ses responsabilités, la Communauté musulmane se serait calmée. Mais cela n'a pas été le cas. Oui, il y a des débordements, mais comment canaliser la colère d'un milliard de musulmans ? Je le regrette profondément car je milite pour l'amélioration des relations avec l'Europe.

Quel était le but de votre visite à l'université de Berne ?

Rencontrer des chercheurs européens et mieux faire connaître le droit musulman. Les lois tirées de la Charia protègent les valeurs, la dignité de l'être humain. Malheureusement, l'image de l'islam est profondément déformée. C'est un drame, l'Occident ne comprend pas l'islam.

Comment expliquez-vous cette incompréhension ?

Les Européens et les Américains n'écoutent que les ennemis de l'islam et les sionistes. Toutefois, les musulmans sont aussi coupables. Ils ne font pas ce qu'il faut pour que les occidentaux les comprennent. C'est d'autant plus regrettable que beaucoup de musulmans ont les capacités de bien communiquer.

La victoire de Hamas était-elle prévisible ?

Si les Occidentaux connaissaient l'islam, ils comprendrait le Hamas. Le Hamas n'est que le prolongement de la pensée du Prophète.

Le dialogue entre le Hamas et Israël est-il possible ?

Israël n'a jamais voulu dialoguer sérieusement avec les Palestiniens. Israël ne souhaite pas la paix. Il veut la guerre, la tuerie, la destruction. Il ne respecte pas les droits les plus élémentaires des Palestiniens. Je précise que je suis président d'une association pour le dialogue interreligieux. Je n'ai aucun problème avec les Juifs, ce sont des gens du Livre, à condition toutefois qu'ils ne soient pas injustes et qu'ils ne nous attaquent pas.

 

 

Il faut maintenant "construire des ponts" et non les brûler : une déclaration du ministre danois des Affaires étrangères


Cette déclaration de Per Stig Møller en date du 22 février vient d'être distribuée par toutes les ambassades danoises dans le monde. elle mérite d'être connue .

Permettez-moi d'exprimer, tout d'abord, ma profonde préoccupation face aux événements enregistrés à la suite de la publication des caricatures dans la presse danoise et eu¬ropéenne. Comme vous le savez, le journal danois a déjà présenté ses excuses à tous les musulmans pour l'offense ressentie du fait de ces caricatures. Nous nous sommes félicités de ces excuses.
Au Danemark, il existe un véritable respect pour les sentiments religieux d'autrui, et nous comprenons que de nombreux musulmans se soient sentis profondément offensés par ces caricatures controversées.
Le gouvernement danois reste extrêmement préoccupé par ces développements et leurs répercussions.
Nous écoutons attentivement les messages et les réactions venus de l'étranger. Dans le monde musulman, y compris au sein de l'Organisation de la confé¬rence islamique, de nombreuses voix raisonnables lancent un appel au dialogue construc¬tif et pacifique. Et en collaboration avec nos partenaires de l'Union européenne, nous réfléchissons beaucoup à la manière de résoudre ces problèmes fondamentaux et d'éviter qu'ils resurgissent. Ce travail signifie un engagement à long terme de notre part.
Durant les prochains mois, nous lancerons une série d'initiatives tournées vers l'avenir et destinées à promouvoir un dialogue respectueux. Dans ces initiatives, qu'elles soient na¬tionales, bilatérales ou multilatérales, on retrouvera de nombreux bons conseils reçus par nos amis dans le monde musulman.
Dans l'immédiat, nous sommes en train de préparer un ensemble de nouvelles mesures. Permettez-moi d'en mentionner quelques unes : premièrement, le gouvernement danois apportera une contribution financière importante à l'Alliance des civilisations lancée sous l'égide des Nations unies. Dans le cadre de cette excellente initiative, nous étudions aussi les moyens de soutenir une conférence sur la lutte contre les préjugés et les malen¬tendus.
Deuxièmement, le gouvernement a pris l'initiative d'organiser un festival à Copenhague sur les « Images de l'islam ». Nous prévoyons également d'organiser un festival ambitieux sur le Moyen-Orient et la culture islamique.
Ces initiatives ont pour but d'accroître la compréhension mutuelle. Nous avons tous besoin de mieux nous connaître. Troisièmement, nous apporterons notre soutien à une conférence sur le dialogue reli¬gieux et culturel. Cette conférence réunira le célèbre prédicateur islamique Amr Khaled, deux savants islamiques du monde arabe et trois experts danois.
Le public sera composé de jeunes du monde musulman et du Danemark. La semaine dernière, Amr Khaled et 40 savants musulmans ont publié une déclaration sur l'importance d'un dialogue constructif et pacifique. Je partage et apprécie ce message positif, et me réjouis de voir M. Amr Khaled instaurer un tel dialogue au Danemark prochainement.
Bien qu'il existe entre nous des désaccords sur certaines questions, y compris sur l'importance des valeurs intrinsèques dans les sociétés européennes, il y a, sans aucun doute, plus de questions qui nous rapprochent que de questions qui nous séparent. Mais nous devons réfléchir aux leçons tirées de ces dernières semaines et ces derniers mois.
Hier soir, à la télévision danoise, une femme d'Arabie Saoudite, qui a ouvertement critiqué les caricatures, a expliqué avec éloquence comment son séjour récent à Copenhague lui a permis de comprendre que la liberté d'_expression est considérée comme un principe fondamental au Danemark. De la même façon, les Danois et les Européens ont vérita¬blement pris conscience des sensibilités religieuses primordiales dans le monde musul¬man.
Ce qui compte maintenant est de « construire des ponts » et non pas de les brûler. Dans ce monde globalisé, nous avons tous besoin des uns et des autres, et nous devons tous travailler ensemble. Le Danemark est déterminé à être en première ligne de ces efforts. Je vous remercie de votre attention.
Source : ambassades danoises à l'étranger

 

En Asie, on ne plaisante pas avec les caricatures du Prophète


Un quotidien suspendu en Malaisie pour avoir reproduit les caricatures du prophète Mahomet


Le 25 février 2006, le ministre de la Sécurité intérieure a annoncé dans un communiqué la suspension du quotidien Berita Petang Sarawak pour deux semaines. Le journal, qui reparaîtra le 11 mars, est accusé d’avoir publié, dans son édition du 4 février, une caricature de Mahomet illustrant un article intitulé « Nous sommes prêts pour le Djihah ». Cette publication contrevient, aux yeux des autorités, à la loi sur la presse et les publications de 1984. Après le Sarawak Tribune et le Guangming Daily, le Berita Petang Sarawak est le troisième journal suspendu dans le pays pour avoir reproduit les caricatures du prophète.
Le directeur d’un magazine indien arrêté pour la publication d’une caricature
Le 23 février, la police de New Delhi a arrêté Alok Tomar, directeur du magazine en hindi Shabdarth, pour avoir publié l’une des caricatures du prophète réalisées au Danemark. Les forces de l’ordre ont également saisi des centaines d’exemplaires de la publication. Des collègues du journaliste ont affirmé que le dessin venait illustrer un article qui demandait à la presse de ne pas publier des articles et des caricatures offensantes pour les croyants.

Un rédacteur en chef limogé en Indonésie pour avoir reproduit les caricatures du prophète Mahomet
David Da Silva, rédacteur en chef de la revue chrétienne Gloria, basée à Surabaya (Ile de Java, Est), vient d’être limogé par sa direction pour avoir reproduit les douze caricatures du prophète Mahomet. Interrogé par la police, il fait actuellement l’objet d’une enquête. « Dès que nous avons été au courant du contenu de la table des matières, nous avons immédiatement retiré les 8000 exemplaires de la vente. Malheureusement, certaines copies avaient déjà été achetées, provoquant de vives réactions », a précisé un porte-parole du journal. Plusieurs manifestations de musulmans ont eu lieu devant les locaux de la rédaction depuis la reproduction de ces caricatures.
Source : www.rsf.org, 27 février 2006

Au Canada, on prend ça à la légère


Deux journaux de Calgary, dans l’Alberta, avaient publié il y a quelques jours des caricatures danoises. Le procureur, Mister Wong, a refusé de les poursuivre, car, a-t-il expliqué, ils n’avaient pas de “mauvaises intentions”, ne voulant pas provoquer à la haine, mais simplement “susciter un débat”. Donc, le Western Standard et la Jewish Free Press avaient de “bonnes intentions”. Quel débat ? Ça, l’histoire ne le dit pas. Les organisations musulmanes ont exprimé leur mécontentement devant ce laxisme à sens unique

 

Erreur ou manipulation ?

Un internaute syrien nous écrit :

Si vous allez sur le site www.yahoo.fr, rubrique « Actualités », et vous entamez une recherche du mot « Syrie », vous trouverez, entre autres, une photo de S.E. M. Jean-François Girault, Ambassadeur de France en Syrie, avec le titre « L’Ambassade de France en Syrie attaquée »… Jusqu’ici rien de grave, puis qu’il y a eu (effectivement, et malheureusement) des manifestations violentes pendant les derniers jours, devant plusieurs ambassades européennes, dont l’ambassade de France.

Par contre, ce qui est scandaleux, c’est le commentaire lié à cette photo: La photo montre l’ambassadeur de France devant l’ambassade du Danemark (brulée par les manifestants), mais on comprend, d’après le commentaire, que l’ambassade brulée, en arrière plan, est bien l’ambassade de France, ce qui, en fait, est totalement erroné...

Je cite : « L'AMBASSADE DE FRANCE EN SYRIE ATTAQUEE – Jean-François Girault, ambassadeur de France en Syrie, constate les dégâts subis par l'ambassade, attaquée par des manifestants qui protestaient contre la parution dans la presse de caricatures du prophète Mahomet. /Photo prise le 5 février 2006/REUTERS »

Le lien suivant vous conduit à la page concernée : http://fr.news.yahoo.com/05022006/290/photo/l-ambassade-de-france- en-syrie-attaquee.html

Même si nous n’avons pas de médias, syriens ou arabes, qui puissent donner de vraies informations sur la Syrie, on ne peut pas laisser les autres difdéformer le visage de ce pays.

Vous pouvez bien imaginer le choc, qu’une telle nouvelle puisse provoquer auprès d’un citoyen français : il serait tout à fait convaincu que la Syrie est un « Etat-voyou », comme les medias n’ont de cesse que de répéter, et soyez sûr qu’il ne penserait jamais venir en Syrie (même dans 25 ans). Prière donc de transférer ce message à toutes les personnes, françaises ou francophones, que vous connaissez, pour tenter de sauver un peu la réputation de la Syrie à l’étranger.

 

Calderoli ne risque plus la prison


Pour avoir outragé l’islam en affichant les caricatures danoises reproduites sur son T-shirt à la télévision italienne, l’ex-ministre Calderoli (qui a perdu son fauteuil à cause de cette provocation) ne risque plus la prison, mais une simple contravention administrative de 1 000 à 5 000 €. En effet l’article 404 du Code pénal italien, qui sanctionne l’outrage (“vilipendio” en italien), a été modifié le 25 janvier dernier. Auparavant, il prévoyait de peines de 1 à 3 ans de prison. Son camarade de la Ligue du Nord Borghezio, parlementaire européen et autre provocateur professionnel, a ainsi commenté l’ouverture de l’enquête judiciaire sur l’acte de Calderoli : « Il est évident qu’au lieu de combattre la corruption, les magisstrats italiens trouvent plus facile de combattre les délits de Calderoli. J’espère que la magistrature italienne ne soit pas de celles qui appliquent la fatwa » (sic). Borghezio est un ingrat : il devrait être reconnaissant aux magistrats italiens qui l’ont mis en liberté conditionnelle dans le cadre des enquêtes sur les nombreux délits dont il est inculpé...

Dossier Charlie Hebdo


Comment Philippe Val a fait d’un journal satirique de gauche un organe de la croisade contre l’silam


L’hebdomadaire satirique parisien Charlie Hebdo a réalisé il y a deux semaines dernère un “coup” fumant : en publiant les caricatures danoises du Jyllands-Pesten, il a vu son tirage dépasser les 400 000 exemplaires, alors que ses ventes tournent habituellement en dessous de 100 000 exemplaires. Charlie Hebdo, sous la houlette de Philippe Val, s’est transformé ces dernières années en organe de l’islamophobie la plus aigüe. Nous documentons ette évolution.
Lire :
L’opinion du Patron, par Olivier Cyran (CQFD) - La liberté d’expression selon Charlie Hebdo
Les grands esprits pensent comme Val, par PLPL - À propos d’un chansonnier libertaire reconverti en patron de presse libéral
« L’affaire des dessinateurs de Charlie », par CQFD -À propos de Philippe Val et de son rapport très changeant à la liberté d’expression


L’opinion du Patron - La liberté d’expression selon Charlie Hebdo


par Olivier Cyran, CQFD
Pour un coup de pub, c’est un coup de maître : en consacrant un numéro « spécial liberté d’expression » à l’affaire des crobards danois, Charlie Hebdo a battu tous ses records de vente. Quatre cent mille exemplaires se seraient arrachés durant la seule journée du 8 février, mieux que pour les attentats du 11 septembre ou la mort du pape. Une semaine plus tôt, le moribond France-Soir s’était déjà refait une santé en balançant les fameux dessins sous gros titre à la Une, façon « J’accuse ». Du jour au lendemain, une poignée de vignettes assimilant les musulmans à des terroristes devenaient l’étendard des plus hautes vertus démocratiques...

Tu en as dans le froc, question amour de la liberté d’expression ? Prouve-le si t’es un homme, et reproduis-les illico, sinon t’es une mauviette. Quand Charlie s’y est mis à son tour, tout le monde les avait déjà vu dix fois, ces foutus dessins. Pas grave, on en presserait le jus jusqu’à la dernière goutte. Ça ne coûtait rien : leurs auteurs, roulés en boule quelque part au Danemark, ne penseraient certainement pas à réclamer leur copyright.

Le droit à la caricature est une liberté fondamentale et Charlie a bien raison de la défendre bec et ongles. Plus discutable est la posture qui consiste à se faire mousser en rempart contre le péril sarrasin. Depuis le 11 Septembre, l’hebdomadaire ne cesse de rhabiller le vieux tropisme anti-arabe aux couleurs plus tendance de l’islamophobie. Ses deux spécialistes en capillo-détection, Fiammetta Vener et Caroline Fourest, martèlent semaine après semaine que les barbus sont partout, chez les banlieusards, les altermondialistes, les pacifistes... Un jour, elles ont même cru dénicher un poil à barbe islamique dans la tonsure de la Ligue des droits de l’Homme.

Mais le plus prompt à se poser en héros de la résistance anti-terroriste, c’est le patron, Philippe Val. Ses fulminations incessantes contre quiconque s’écarte de l’axe du bien ont découragé jusqu’à ses lecteurs les plus fidèles. Même Pascal Boniface, directeur du très « expert » Institut de relations internationales et stratégiques, et à ce titre peu suspect de ben-ladisme, en est tombé de sa chaise. Philippe Val est un « vendeur de l’idéologie néo-conservatrice américaine », constate-t-il :

« Sharon et Bush sont ses héros positifs, ceux qui osent les critiquer sont selon lui complaisants avec les terroristes. Dans la grande bataille des idées à laquelle nous assistons, Val constitue un élément important. La tonalité ironique du journal, les dessins humoristiques lui permettent de vendre l’idéologie néo-conservatrice contenue dans ses éditoriaux à un électorat qui n’aurait pas naturellement penché de ce côté. » [1]

Il est vrai qu’on ne saurait faire grief à « l’ami Val », comme l’appelle Serge July [2], de bomber le torse contre les forces du mal. La liberté d’expression réside précisément dans le droit reconnu à chacun de l’accommoder à sa propre sauce, fût-elle pleine de grumeaux. L’ennui, c’est que ce droit si abondamment étalé par le directeur de Charlie Hebdo ne vaut que pour lui-même et ceux qui pensent comme lui. Ses ex-collaborateurs à Charlie en savent quelque chose : en cas de divergence, l’esprit des Lumières vire subitement au despotisme pas du tout éclairé.

Exemple : le chroniqueur Philippe Corcuff, « poussé vers la porte de sortie » après trois ans de loyaux services. Bien que partageant l’essentiel des lubies valiennes, et en dépit d’une élasticité idéologique qui lui permet d’aller de Bayrou à Krivine sans se déchirer un tendon, Corcuff a en effet fini - un comble ! - par passer pour extrémiste aux yeux de son employeur. Dans un communiqué publié le 3 décembre 2004, le sociologue revient sur l’un des désaccords qui ont motivé son départ :

« Recourant à des amalgames répétés entre l’islam comme religion, les différents courants de l’islam politique, l’intégrisme et le terrorisme, Charlie Hebdo - hormis quelques courageux résistants de la nuance et de la complication - s’est inscrit dans une croisade de la Civilisation (“européenne”) contre la Barbarie (“musulmane”). Dans cette perspective, on a été jusqu’à publiciser une fausse rumeur à propos du Forum Social Européen de Londres, où on a fait de ceux qui ne participaient pas à la nouvelle croisade (comme la LDH) des “alliés objectifs” des intégristes islamistes, en remettant ainsi à l’honneur une formule d’origine stalinienne. »

Pas d’accord ? Dehors !

Un an plus tôt, c’était le critique ciné Michel Boujut qui mangeait le bouillon pour cause d’hérésie. Dans un texte diffusé en mars 2003, il s’interroge :

« Opération épuration. Pfuitt... à la trappe ! [...] Je me pose une seule question, naïve comme toutes les vraies questions : peut-on être à la fois homme de morale (exigeante) dans ses éditos et homme de pouvoir (discrétionnaire) dans son “traitement des ressources humaines” ? Faire la leçon aux autres et se comporter comme ceux à qui on fait la leçon à longueur de colonnes ? Toujours cette foutue histoire de la paille et de la poutre. »

Fin 2000, Mona Chollet avait été virée elle aussi pour délit d’opinion : lors d’une réunion interne, elle avait osé contester un édito de Val qui qualifiait les Palestiniens de « non-civilisés ». « Il est tellement ignorant des autres cultures qu’il n’imagine pas qu’on puisse être “civilisé” autrement qu’en lisant Spinoza avec ses chats sur les genoux », dit-elle :

« Quelques jours après, il m’a convoquée, et il m’a annoncé qu’il arrêtait mon CDI après le mois d’essai, alors que j’étais pigiste depuis un an. Ça m’a sidérée. Il ne m’a pas dit pourquoi, mais ça crevait les yeux. Finalement il m’a dit : “je ne suis pas sûr que tu sois en accord avec la ligne que je veux donner au journal”. Je suis encore restée à Charlie quelque temps, mais en tant que pigiste, c’est-à-dire moins en position d’ouvrir ma gueule. »

Dans la ligne, le maquettiste Pierre-Yves Marteau-Saladin l’était lors de son embauche à Charlie. Croyant détecter en lui un serviteur de confiance, Val lui confie la mission secrète de moucharder les salariés suspects de dissidence et de lui rapporter leurs propos. C’est du moins ce que racontera le maquettiste une fois viré, écœuré par « l’état d’autocratie que Val a instauré ». Apparemment, l’indic n’a pas donné satisfaction.

« La liberté d’expression n’est pas négociable », bonimente Val à la télé. C’est vrai, à quoi bon négocier avec ses contradicteurs quand il suffit de s’en débarrasser ?

Ce texte est paru dans CQFD n°31 (en kiosque depuis le 17 février 2006).

 

Les grands esprits pensent comme Val - À propos d’un chansonnier libertaire reconverti en patron de presse libéral


par PLPL


À califourchon sur Montaigne et Spinoza, Philippe Val cultive le racisme social. Son engrais ? Le pédantisme.

Troubadour libertaire qui chantonnait L’Autogestion avec Patrick Font en 1977, Philippe Val pense à présent qu’« il ne peut y avoir de démocratie sans marché » [1]. Le dictateur du NEM (Non-Événement du mercredi, alias Charlie hebdo) œuvre à « légitimer le titre aux yeux des gens qui constituent le milieu de l’information et avec qui j’entretiens des rapports cordiaux » [2]. Une réussite. Mais qui fut une gageure ; Philippe en a convenu :

« Je suis très limité [...]. Je ne suis pas un grand analyste politique, je ne suis pas un professionnel du journalisme. » [3]

Charitable, Laurent Joffrin-Mouchard confia un jour à son ami Philippe le secret des plumassiers parisiens : citer à tout bout de champ des génies pour dissimuler son incurie. Et Mouchard, qui s’y connaît, glissa sous l’épaule la béquille qui soutient la pensée boiteuse de tous les pitres pantelants de la presse : un jeu de fiches de lecture résumant l’œuvre des grands esprits des trois derniers millénaires. Val a piaillé de joie et tout appris par cœur. Écrivains, artistes et penseurs illustres sont désormais mobilisés au service de la « pensée Val-Tse-toung » [4]. Au meilleur de sa forme, le grand timonier peut citer dans un seul entretien Kundera, Machiavel, La Boétie, Parménide, Stanislavski, Platon, Hobbes et Hegel ! [5] Les médecins légistes de PLPL ont autopsié 48 des 53 éditoriaux valiens publiés dans le NEM en 2002. Bilan : 120 évocations artistiques et littéraires, soit une moyenne de 2,5 par éditorial, avec des pointes à 10 [6], voire 11 [7]. Val frissonne :

« Tout le monde a droit à une phrase de Shakespeare, de Nietzsche, de Dante, de Borges, de Montaigne. » [8]

Les lecteurs, eux, sont plus partagés :

« L’équipe de Charlie hebdo organise à Rennes une rencontre avec les lecteurs. Par sa condescendance envers les membres de l’assistance (ses lecteurs, donc), Philippe Val, le rédacteur en chef, arrive en deux heures à perdre tout le crédit dont il jouissait encore. » [9]

Contre les « ploucs humains »

Se grimer en savantasse comporte pourtant beaucoup d’avantages. D’abord, le dictateur du NEM peut dégoiser les pires âneries sous l’autorité de Spinoza avec l’assurance que ce dernier n’enverra pas de droit de réponse. Conscient que nul ne sera pris de vertige en s’asseyant sur son œuvre, il peut aussi se présenter comme le défenseur des aigles de l’esprit à la hauteur desquels il tente de se hisser - du haut de son perchoir de perroquet :

« Je suis pour que les lettrés reviennent sur le devant de la scène, c’est mon combat. » [10]

Même les semaines où Philippe ne cite aucun nom de la Pléiade, la distinction reste au rendez-vous : il conte sa rencontre avec le pianiste Arturo Benedetto Michelangeli [11], évoque une pièce de théâtre, et finalement soupire :

« Combien de fois ai-je vu se lever le jour en lisant Les Mille et Une Nuits ? » [12]

Le monde selon Val se divise en deux : d’un côté, ceux qui lisent Montesquieu et les éditoriaux de Philippe Val citant Montesquieu ; de l’autre, la populace imbécile qui aime le foot et les corridas, qui boit de la bière et regarde TF1. Cette deuxième catégorie forme à ses yeux l’écume de l’humanité. Elle a des loisirs « vulgaires » qui offusquent ses prétentions au califat de l’Intelligence :

« Même quand j’étais gamin, le sport m’ennuyait. Un match de foot me remplissait d’une espèce d’état migraineux, de déprime qui ne m’a pas quitté depuis ».

Philippe Val, défenseur du social ? Trois fois oui-oui, mais à la condition expresse de n’avoir aucun contact avec un peuple qu’il décrit tantôt comme une bande de « pochtrons du bistrot, torse nu, bourrés comme des coings » [13], tantôt comme un tas de « ploucs humains obtus, rendus courageux par la vinasse ou la bière locale qui leur gargouille dans le bide » [14]. Au fond, les dominés n’ont que ce qu’ils méritent. Le dictateur du NEM fustige leur « servitude volontaire » plutôt que l’exploitation capitaliste qui les asservit. « S’ils n’aimaient pas se faire niquer, a-t-il tranché, ils ne seraient peut-être pas si pauvres » [15]. L’humaniste a parlé.

Quiconque réplique en évoquant le problème de l’accès inégal à la culture déchaîne les foudres valiennes. Les prolos, « ils s’en foutent. Ils préfèrent le foot et le Loft et autre chose demain, d’aussi con, ou d’encore plus con... ». Leur cervelle serait « gavée au crottin médiatique », « habituée à réfléchir comme au foot », perpétuellement « à la ramasse » [16]. « Hélas, larmoie Val, ce ne sont pas les fines analyses des lettrés qui font l’opinion » [17].

Le Précieux ridicule

Quand Philippe défend la « démocratie », il pense d’abord à son droit de « débattre » avec Franz-Olivier Giesbert [18] ou Arlette Chabot [19] et de vendre ses livres chez Ardisson (23.10.04)3. « Qu’avez-vous réussi de mieux dans la vie ? », lui demande L’Express-mag [20]. Réponse :

« Mon dernier livre et mon dernier disque, en vente partout. »

Le reste lui donne la nausée :

« C’est dur de faire de la politique. Il faut en serrer, des mains pas toujours appétissantes, en boire, des verres de piquette en faisant hummm excellent, en embrasser, des gamins tendus à bout de bras par des rougeauds imbéciles. » Il faut aussi « renoncer à ses goûts, à tout ce qui a bâti en soi-même de la finesse, de la nuance, de la subtilité, et caricaturer le gros consensus, en faire un drapeau imbécile auquel se rallieront les plus bornés, [...] s’abaisser de façon à être entendu par la partie la plus obtuse de la population. » [21]

Inlassablement il repart au « combat » contre les gueux, dont les manières offusquent ses goûts raffinés. « Cette semaine, je feuilletterai un volume de La Pléiade » [22]. Prendre de l’altitude, enfin, loin de « ce bon gros sens d’en bas, auquel on doit à la fois l’éternel camembert à la louche et l’éternelle épuration ethnique. » [23]. La persécution, les camps, le fascisme, Val peut en parler en connaissance de cause :

« Quand j’étais petit, mes parents m’envoyaient en vacances dans un petit village, tellement petit qu’il n’y avait ni épicerie ni boulangerie. »

Le devoir de mémoire est absolu :

« Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais. [...] Au pensionnat, il faut faire preuve d’une force d’esprit hors du commun [sic], accomplir des efforts terribles [...]. C’est bien de torture qu’il s’agit, je l’ai éprouvé moi-même. » [24].

Mais, même dans la tourmente, un moment de grâce peut effacer ce passé épouvantable et lui rappeler Mozart [25] : Val est enfin reconnu des Grands. Ainsi, quelques jours après la victoire du « non », au cours d’un « débat » télévisé avec un Raymond Barre crépusculaire [26], l’ancien Premier ministre s’est un peu redressé, et dans un râle (presque) final a laissé gargouiller cette ultime bénédiction :

« Je voudrais dire un mot dans le sens de M. Val. »

Ce texte est paru en juin 2005 dans PLPL, journal de critique des médias.
Ce journal vient d’interrompre sa parution, pour reparaitre au printemps 2006 sous une nouvelle forme : Le PLAN B, journal mensuel de critique des médias, de reportages et d’enquêtes sociales.
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« L’affaire des dessinateurs de Charlie » - À propos de Philippe Val et de son rapport très changeant à la liberté d’expression


par CQFD
Parmi les surprises qu’a réservées « l’affaire des caricatures de Mahomet », il y a eu l’attitude de Charlie Hebdo. L’islamophobie de son directeur et de certains de ses collaborateurs n’est certes pas un scoop ; la surprise réside plutôt dans l’attachement viscéral à la liberté d’expression qui a servi de prétexte à la republication, dans cet hendomadaire satirique, de deux dessins racistes assimilant le prophète lui-même aux extrêmistes qui posent des bombes et manient le sabre au nom de l’Islam. Cet amour de la liberté d’expression surprend en effet de la part de Philippe Val, plutôt réputé jusqu’à présent pour faire régner la terreur dans sa rédaction et faire taire toute opposition à sa « ligne ». Un exemple parmi tant d’autres : il y a près de trois ans [1], le patron de Charlie Hebdo avait imposé à cinq de ses dessinateurs de cesser toute collaboration avec un (excellent) journal concurrent (CQFD), qui avait le malheur de lui déplaire. Nous reproduisons ici le récit [2] de cette « affaire des dessinateurs de Charlie », moins retentissante que celle des « caricatures du Prophète », mais tout aussi lamentable.
Dans un article aussi saugrenu que mal informé, Libération a cru bon de présenter le mensuel CQFD comme un « Charlie marseillais », fabriqué par des « déçus du "Charlie" de Philippe Val » [3]. C’est évidemment mensonger : il y a bien longtemps que Philippe Val ne déçoit plus personne. Et surtout pas l’équipe de CQFD, composée, entre autres, de chômeurs, de Rmistes, de réfractaires, de pigistes en rupture de ban, d’un cheminot tout le temps en grève, de postiers même pas trotskistes, d’un chanteur de rap poursuivi par le ministère de l’Intérieur, et même - droit d’asile oblige - d’un ancien rédacteur de Charlie. C’est dire si l’envie nous démange de ressembler au « journal de la France d’en haut », pour reprendre l’appellation dont se gargarise, avec une ironie de moins en moins perceptible, ce journal un peu exsangue, pro-Otan durant les guerres et pacifiste entre elles, et qui croit que les pauvres sont tous des cons qui aiment le foot et TF1. Non, le « Charlie marseillais » n’est pas pour nous un compliment. « Même maquette, même typographie », affirme encore Libération. C’est vrai, notre mensuel a seize pages, comme Charlie, du texte et des dessins, comme Charlie, un frigo avec des bières dedans, comme Charlie (pardon, eux n’ont plus droit qu’à de l’eau minérale).
Tout ça n’aurait aucune importance si la petite perfidie de Libé n’avait pas mis Philippe Val dans une rage folle. Non contre Libé, avec lequel Charlie est en partenariat pour un échange de pub hebdomadaire, mais contre nous, et surtout contre les cinq dessinateurs de sa boîte qui avaient eu l’audace de collaborer à notre premier numéro. Du coup, nos valeureux camarades ont pris la décision de ne plus envoyer de dessins à CQFD. Et pour bien avaler la couleuvre jusqu’au dernier viscère, ils ont fait publier dans Libé [4] un rectificatif jurant que leur participation à CQFD « n’a pas été motivée par une quelconque déception à l’égard de Charlie Hebdo ». Un serment d’allégeance renouvelé ensuite in extenso dans le Charlie du 4 juin [5]. Pour la sécurité immédiate de l’emploi. Parce que dans le monde de l’entreprise, même s’il est de gauche, surtout quand il se prétend de gauche, il vaut mieux s’humilier en place publique qu’être un caillou dans la chaussure de l’employeur.
Que le rédacteur-actionnaire-en-chef de Charlie se rassure pleinement : nous n’avons pas l’ambition de racheter son bien, encore moins de lui faire concurrence. Et nous lui exprimons notre sincère gratitude pour les centaines d’abonnés que ses représailles ont drainés vers nous. Peut-être bien qu’un jour, nous aurons un ou deux mots à dire sur ces tauliers de gauche qui font la leçon à la terre entière tout en agissant comme des cheffaillons paranoïaques. Pour l’heure, on se contentera de faire le journal qu’on aime. Sans fric, sans patron, sans déception. Et au soleil de Marseille, parce que là-dessus, au moins, Libé n’a pas menti.

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Source : http://lmsi.net/rubrique.php3?id_rubrique=100

 

L'affaire des caricatures danoises du Prophète

L'affaire des caricatures danoises du Prophète II