Bravo, camarade Loukachenko !
Le KGB (Comité pour la sécurité d'État
: eh oui, ils n'ont même pas changé le nom !) de Minsk,
capitale de la république post-soviétique de Biléorussie,
a fait très fort : il vient d'ouvrir une enquête judiciaire
sur une hebdomadaire appelé Joda, qui a publié une des
caricatures sataniques danoises en illustration d'un article sur cette
affaire, dans son édition du 17 février. Le journal
a, selon le KGB, agi en violation d'un article du Codé pénal
punissant l'incitation à la haine raciale, nationale ou religieuse.
Aboubakr Chabanovittch, dirigeant de l'Association religieuse musulmane
de Biélorussie a déclaré que ces caricatures
offensaient les musulmans et étaient une "provocation
politique" lancéz dans la campagne élecotrale pour
l'élection présidentielle du 19 mars prochain. Joda
était la première publication du pays à reproduire
une des carictures du Jyllands-Pesten.
Source : RADIO FREE EUROPE/RADIO LIBERTY, 23 février 2006
Un débat sur la "liberté
d'expression" interdit à l'Université Paris XII
Un débat organisé par SOS Racisme à Paris XII
"pour défendre la liberté d'expression dans l'affaire
des caricatures de Mahomet" et prévu mercredi a été
interdit par la présidence de l'université au motif
du maintien de l'ordre public, ont annoncé mardi SOS Racisme
et l'université Paris XII-Val-de-Marne.
"Nous avons eu une demande de SOS Racisme vendredi pour un débat
mercredi. Nous avons refusé de leur donner une salle car nous
avons considéré que le maintien de l'ordre public n'était
pas assuré", a expliqué à l'AFP la présidence
de l'université Paris XII-Val-de-Marne.
L'université, qui a reçu mardi matin l'association SOS
Racisme, a précisé qu'elle avait fait "une contre-proposition
en proposant l'organisation d'un débat sur ce sujet hors urgence
et hors pression médiatique, avant l'été".
Dans un communiqué, SOS Racisme a déploré que
"l'université Paris XII (située à Créteil,
Val-de-Marne) censure un débat organisé par le comité
étudiant de SOS Racisme et dont les invités sont Philippe
Val, directeur de Charlie Hebdo et Dominique Sopo, président
de SOS Racisme".
"Cette réunion étudiante pour défendre la
liberté d'expression dans l'affaire des caricatures de Mahomet
ne saurait souffrir du manque de courage de la Présidence universitaire",
a ajouté SOS Racisme.
L'association a invité les étudiants "à
se mobiliser pour que la présidence de l'université
cesse d'utiliser des prétextes fallacieux et qu'elle permette
les meilleurs conditions à la tenue de ce débat".
NDLR Quibla : ce dont les défenseurs professionnels de la liberté
d'expression (pour certains) ne semblent pas se rendre compte, c'est
qu'à défendre comme ils le font une certaine "liberté
d'expression", ils ne font qu'essayer d'éteindre un incendie
avec du kérosène. La décision de la présidence
de cette universté nous semble donc pleine de sagesse.
Source : AFp, 21 février 2006
Faux amis : Robert Ménard
par Le bouledogue rouge, CQFD N°031
Source : http://cequilfautdetruire.org/article.php3?id_article=899
À peine déclenchée la tornade des caricatures
danoises, Robert Ménard fut l'un des premiers à se jeter
au-devant des micros. Heureusement qu'il était là. De
même qu'il n'y a pas de rhume des foins sans goutte au nez,
il n'y a pas de liberté de la presse sans Robert Ménard.
Pour la promouvoir, le président de Reporters sans frontières
(RSF) est prêt à tous les sacrifices. « Il faut
savoir utiliser les techniques d'aujourd'hui : la publicité,
le marketing », plaide-t-il dans son livre Ces journalistes
que l'on veut faire taire (Albin Michel, 2001). Ce qui suppose d'entretenir
des relations fraternelles avec les marchands d'armes, de béton
et de Sicav qui, en France, possèdent la presse et en garantissent
la liberté. « Nous avons besoin du soutien consensuel
de la profession, explique-t-il. Comment organiser un débat
sur la concentration des organes de presse et demander ensuite à
Havas ou à Hachette de sponsoriser un événement
? » Pour ne pas contrarier ses sponsors, RSF a promis de ne
jamais se mêler de leurs affaires : « Notre ligne est
d'être le moins politique possible, de nous situer exclusivement
sur un créneau "droits de l'homme". »
Mais le créneau est assorti d'un droit de péage. Intarissable
à juste titre sur les violations de la liberté de la
presse à Cuba, en Syrie ou en Corée du Nord, l'association
RSF se montre beaucoup plus affable sur les petites entorses que peuvent
commettre les grandes démocraties affiliées à
l'axe du bien. Pas un mot, par exemple, sur les tortures infligées
par les militaires US au journaliste soudanais d'Al Jazira Sami Al
Hajj, arrêté en Afghanistan et transféré
à Guantanamo parce que soupçonné à tort
d'être lié à Al Qaïda. Alors qu'Amnesty International
a consacré un rapport long comme le bras à cette affaire,
Robert Ménard a soigneusement évité d'en faire
un plat, ni même trois lignes de communiqué. Il est vrai
que RSF jouit de la confiance de l'administration Bush, qui lui verse
des fonds par le biais de l'US National Endowment Democracy (NED),
une officine contrôlée par le Département d'État.
« Absolument, nous recevons de l'argent de la NED. Et cela ne
nous pose aucun problème », confirmait l'ex-trotskiste
Ménard le 18 avril 2005 sur le forum Internet du Nouvel Observateur.
Aucun problème, en effet, tant qu'on ne heurte pas ses bienfaiteurs
et leurs alliés. Dans son dernier classement, RSF a octroyé
une note flatteuse à Israël, au coude à coude avec
l'Espagne et l'Italie. Chacun sait le respect que montre Tsahal pour
les journalistes qui s'intéressent à ses activités.
Comme ce cameraman d'Al Jazira, Nabil Al-Mazzawi, tabassé par
des soldats israéliens le 4 novembre dernier alors qu'il filmait
une manifestation près de Ramallah contre le mur de séparation.
« Le 1er novembre 2005, le ministère israélien
de la Défense a interdit aux journalistes étrangers
de pénétrer dans la Bande de Gaza pour qu'ils ne puissent
enquêter sur le meurtre de civils palestiniens et l'usage par
l'armée israélienne des bombes assourdissantes destinées
à terroriser la population », explique Johannes Wahlström,
chercheur israélo-suédois et co-fondateur du Centre
international sur les médias du Moyen-Orient (IMEMC). RSF a
trouvé un moyen astucieux d'effacer ces tâches au tableau
: désormais, toute violation des droits de la presse perpétrée
par Israël dans les territoires occupés sera mise au compte
de l'Autorité palestinienne, « impuissante à empêcher
la détérioration de la situation » (sic). «
Les journalistes doivent [à leur public] une information indépendante,
la plus complète et la plus honnête possible »,
prêche Robert Ménard à propos de l'affaire des
crobards danois (Libération, 13/02/06). On a les curés
qu'on mérite.
Caricatures, censure et liberté d'expression
: la grande bouffonnerie ou l'obsession du complot
par F. Meziane, un indigène de la République
37, Tours, 12 février 2006..
http://www.indigenes37.org/article.php3?id_article=165
http://fr.groups.yahoo.com/group/islam_jeunesse_international/
http://www.islammessage.com/fr/
« Aujourd'hui, il n'existe plus de contrôle direct sur
les journalistes, cela semblerait vulgaire. Le système est
devenu tellement perfectionné que les gens qui sont mis en
situation de faire du commentaire journalistique n'auraient même
pas l'idée de prononcer un mot déviant. Désormais,
la censure ne peut exister que lorsque, par le plus grand des hasards,
le système de sélection et de reproduction a une défaillance.
Ça n'arrive presque jamais. Le système est devenu parfait
et la censure inutile.. » Michel Naudy (Almanach critique des
médias).
Il y a quelques semaines, on nous annonça la sortie d'un livre,
parait-il assez sulfureux, sur Cécilia Sarkozy, ex-femme de
notre prochain président de la République. Ce livre
intitulé Cécilia Sarkozy, entre le c¦ur et la
raison était annoncé pour le 24 novembre 2005. Au dernier
moment, alors que 25000 exemplaires étaient prêts à
être distribués, First, l'éditeur du livre décida
de tout annuler suite à l'intervention du ministre de l'intérieur.
Le PDG ayant estimé "qu'il n'était pas possible
de se mettre à dos un présidentiable, de surcroît
ministre de l'intérieur" (Libération 18 11 2005).
On apprenait aussi, à la même période, que Yannick
Noah, personnalité préférée des français,
a vu son interview, à l'hebdomadaire Paris-Match, censurée
de quelques passages où il menaçait de quitter la France
si notre prochain président s'appelait Sarkozy.
Il y a quelques mois, une affaire faisait grand bruit en Grande Bretagne.
Daily Mirror, un journal britannique, révéla l'existence
d'une note secrète provenant de la Maison Blanche où
Georges Bush évoque le projet de bombarder le siège
de la chaîne arabe satellitaire Aljazeera. Cette opération
militaire n'a pas eu lieu à cause, parait-il, de l'opposition
de Tony Blair que le président américain souhaitait
consulter. Conscient des réactions qu'elle peut entraîner,
le gouvernement britannique interdira à la presse de publier
des extraits de cette note confidentielle. Ce projet de bombardement
d'une chaîne de télévision ne provoqua pas la
moindre réaction en France et pour cause personne n'en a parlé,
pas même Reporters Sans Frontières. Pourtant il s'agit
d'une atteinte à la presse sans précédent dans
l'histoire.
Entre 2002 et 2005 plusieurs journalistes ou intellectuels français
ont fait l'objet de pressions, de menaces et de harcèlements,
simplement parce qu'ils ont osé montré la réalité
de l'occupation israélienne des territoires palestiniens. Curieusement
aucune de ces personalités n'a bénéficié
du soutien public de ceux qui hurlent aujourd'hui. Pire, plusieurs
d'entre eux ont été écartés, démissionnés,
ou simplement virés, quand ils ne sont pas aussi traînés
devant les tribunaux. Dans cette liste on peut citer : Daniel MERMET
(France Inter), Sylvain CYPEL (Le Monde), PLANTU, Charles ENDERLIN
(France 2), Pascal BONIFACE (PS), Alexandra SCHWARTZBORD (Libération),
Alain MENARGUES (RFI), Edgar MORIN (philosophe), Sami NAÏR (MDC)..
En 2004, on apprenait que le groupe France Télévision
refusait de diffuser un spot publicitaire du groupe optique Visual.
Dans ce spot, on voyait un sosie de G. Bush, portant des lunettes,
s'excuser publiquement d'avoir confondu des bactéries d'anthrax
avec du sucre et des armes de destructions massives avec des silos
à grains.
Les exemples dans lesquels la liberté d'expression a été
bafouée sans que les journalistes et les médias ne trouvent
rien à redire, sont malheureusement multiples. Il faudrait
sans doute écrire plusieurs livres pour pouvoir les répertorier.
Or depuis le déclenchement de l'affaire des caricatures danoises,
on assiste à une levée de bouclier pour dénoncer
cette atteinte à la liberté d'expression. Plusieurs
journaux ont décidé par "solidarité"
de procéder à leur tour à la publication de ces
caricatures. Cet élan de grande solidarité de la presse
pour la défense de la liberté d'expression contraste
de façon brutale avec le silence assourdissant de la presse
française sur l'affaire du projet de bombardement américain
de la chaîne d'Aljazeera. Comme si la contestation par des musulmans
de quelques dessins mêmes pas drôles, était plus
grave que le largage de quelques bombes américaines sur les
locaux d'une chaîne d'information.
Ces exemples mettent en doute la sincérité des médias
et des journaux qui évoquent la liberté d'expression
pour justifier leur acharnement à publier et à republier
les caricatures insultantes à l'égard des musulmans.
Comment expliquer qu'aucun journal n'ait dénoncé la
campagne de harcèlement et d'intimidation menée par
la ligue de défense juive et le bétar contre plusieurs
médias et journalistes à chaque fois que ces derniers
commettaient un article où ils parlaient d'occupation des territoires
palestiniens ? Cette campagne a d'ailleurs été si efficace
qu'aujourd'hui, pratiquement aucun journal ou homme politique n'ose
critiquer la politique d'Israël en Palestine.
Comment peut-on croire à la sincérité de ces
médias quand aucun journaliste n'a manifesté le moindre
émoi ou la moindre solidarité avec une chaîne
d'information arabe victime d'un projet de bombardement américain
?
Qui, en France, a entendu parler de Sami Elhaj, journaliste cameraman
détenu dans le goulag de Guantanamo pour le seul motif qu'il
travaille pour Aljazeera?
Pourquoi aucun journal n'a pris l'initiative de publier, par solidarité,
des extraits du livre de Cécilia Sarkozy empêché
de paraître sur ordre du ministre de l'intérieur ? A
moins que, dans ce pays, il ne soit plus facile d'insulter la communauté
musulmane que de déplaire à un futur président
de la République ?
Montrer le prophète des musulmans avec une bombe en forme
de turban relève, parait-il de la liberté d'expression.
Imaginons un instant la situation suivante : Un journal français
qui tire à 600 000 exemplaires publie une caricature où
est représenté Moïse, dont les traits du visage
n'affichent rien de sympathique, tenant dans une main un poignard
et dans l'autre main la tête d'un enfant. Qui oserait en France
défendre ce genre de caricature au nom de la liberté
d'expression ?
Pourtant c'est exactement ou presque les mêmes dessins, exceptés
que c'est le prophète des musulmans qui y tient le rôle
principal, qui ont été publiés par le journal
danois, ensuite par d'autres journaux européens, au nom de
"la liberté d'expression".
Qu'un quotidien comme France-Soir dont la ligne éditoriale
fait plus dans le racolage que dans le débat d'idée,
qui en plus, au bord du dépôt de bilan, espère
par la publication de ces caricatures redresser ses ventes et sauver
sa peau, peut se comprendre.
Que Philippe Val, patron de Charlie Hebdo, connu par son animosité
et son irritabilité à tout ce qui se rapporte à
l'islam, aux arabes et aux palestiniens (on se souvient comment il
a viré Mona Chollet, coupable de sympathie envers les palestiniens)
décide d'en rajouter dans l'espoir d'attirer de nouveaux lecteurs
racistes afin de remplacer ceux qui l'ont fuit après son soutien
à la guerre en Irak et son aventure malheureuse pour le oui
à la constitution de Giscard ; peut se concevoir à la
rigueur, c'était même prévisible.
Dans ce pays, on sait qu'il n' y a rien de plus vendeur (après
le sexe) que de taper sur les arabo-musulmans. Les livres racistes
(toujours au nom de la liberté d'expression) d'Oriana Fallaci
sont devenus des best-sellers. Quand François Bayrou gifle
un petit arabe devant une dizaine de caméras et de journalistes,
il gagne aussitôt cinq points dans les sondages. Quand on instaure
le couvre feu pour mater "la racaille", le peuple applaudit.
Charlie Hebdo feint la surprise devant le succès de ses ventes.
Pure hypocrisie, pour une fois que tous les racistes de France peuvent
se payer la tête des arabo-musulmans, sans être montrés
du doigt et avec les honneurs en plus. Mais il est vrai qu'il n'y
a pas que les racistes, il y a aussi tous ceux qui pensent, en toute
naïveté, qu'en achetant Charlie Hebdo, ils effectuent
un acte de résistance. Faire de la résistance en se
rendant chez son buraliste, on a connu des actes de résistance
plus courageux. Il y a enfin tous ceux qui, faute de curé à
bouffer, se sont mis à dévorer du musulman tout halal.
Mais que toute la presse (à quelques exceptions très
salutaires), télévisions, journaux et radios, se lèvent
comme un seul homme pour défendre ce qu'ils appellent la liberté
d'expression, a quelque chose de révoltant et de choquant.
Choquant et révoltant, car dans les années trente,
c'est le même genre de caricatures et de dessins, (à
des degrés divers) qui galvanisa les foules contre les juifs
et qui rendra acceptable pour une partie de l'opinion la promulgation
des premières lois antijuifs. On connaît malheureusement
la suite : déportation, camps de concentration et solution
finale.
Le rapprochement est brutal, certes, mais il s'impose. Il ne s'agit
pourtant pas de dire qu'on est à l'aube d'une nuit de cristal
dont serait victimes les arabo-musulmans, il s'agit simplement de
dire que, dans le contexte actuel, afficher la tête du prophète
avec un turban en forme de bombe veut dire que l'Islam est par essence
terroriste. Cela veut dire que derrière chaque musulman se
cache un terroriste potentiel, ce qui légitime toute politique
répressive et liberticide envers les musulmans. Plus grave
encore, quand, au nom de la lutte contre le terrorisme, les avions
américains déversent des bombes sur les populations
civiles d'Afghanistan, du Pakistan ou d'Irak, il n'est plus étonnant
que le téléspectateur ne se sente plus choqué
devant son écran de télévision.
L'unanimité avec laquelle la classe médiatique et intellectuelle
a réagi face à la colère légitime et justifiée
des musulmans ne peut se comprendre qu'en se référant
au contexte d'islamophobie qui s'est répandu partout en occident
après le 11 septembre 2001. Ce racisme est encouragé
par la radicalisation du discours d'une élite intellectuelle
très médiatisée. Un discours d'autant plus percutant
qu'il est souvent présenté comme "audacieux, anticonformiste
et courageux, bravant l'obscurantisme des intégristes et l'angélisme
de nos sociétés occidentales."
Dans La République face à ses minorités (P.
77), Ester Benbassa, historienne des juifs, écrit : «
Aujourd'hui, au nom de la laïcité, avec ferveur et dans
l'obsession, c'est bien avant tout contre l'Islam qu'on mène
le combat, même si cela n'est pas toujours assumé ouvertement.
Et derrière ce combat, lorsqu' il est revendiqué, se
cache trop souvent l'hostilité à l'endroit des Arabes.
Etre anti-arabe, c'est être raciste ».
La facilité avec laquelle l'islamophobie s'est ancrée
dans le paysage politique médiatique français, comme
un mode de pensée qui doit être respectée au nom
de la liberté d'expression, s'explique par plusieurs raisons
:
La première raison est la faillite des organisations antiracistes
qui ordinairement constituent un rempart aux idéologies xénophobes.
L'immobilisme et la passivité de ces organisations s'expliquent
par le fait qu'une bonne partie de la gauche s'est retrouvée
elle-même gangrenée par le discours islamophobe, parfois
au nom d'une tradition anticléricale, parfois par opportunisme
électoral. L'autre partie constituée de l'extrême
gauche et des altermondialistes s'est retrouvée tétanisée
par les accusations d'antisémitisme émanant d'une partie
de l'intelligentsia parisienne. Soupçonnée d'entretenir
une alliance "vert, brun, rouge", cette gauche ne pouvait
à la fois dénoncer le racisme qui frappe les musulmans,
quand ces derniers sont, eux-mêmes accusés d'être
les responsables de la "vague" d'antisémitisme qui
sévirait en France. Au nom de la hiérarchisation des
racismes et parfois pour sauvegarder de futures alliances électorales,
cette gauche restera passive, quand elle ne participera pas elle-même
à la furie médiatique contre les musulmans de France
(l'affaire du voile).
La pensée islamophobe ne pouvait connaître le succès
sans le rôle prépondérant des médias qui
ont consciemment ou inconsciemment participé et participent
encore à la stigmatisation de l'arabo-musulman devenu, tour
à tour, quand ce n'est pas tout à la fois, responsable
de l'insécurité, de la violence faite aux femmes dans
les banlieues et de la "nouvelle judéophobie" en
France.
Quand le président du tribunal qui jugeait Marie Leblanc,
l'héroïne de la fausse agression antisémite du
RER D, veut savoir pourquoi Marie a accusé à tort des
arabes et des noirs, celle-ci répond : « Parce que quand
je regarde la télévision, c'est toujours eux qui sont
accusés ».
Petit à petit, la figure du "maghrébin" petit
lascar, voleur de mobylettes et de voitures, a cédé
la place à celle de l'arabo-musulman, plus fascinante, plus
inquiétante et plus dangereuse.
Dans l'Islam imaginaire, Thomas Deltombe démontre, preuves
à l'appui, comment entre 1975 et 2005, au fil de l'actualité
internationale, nationale et des faits divers, le discours raciste
anti-musulman s'est peu à peu décomplexé pour
s'imposer comme une pensée audacieuse et courageuse mais qui
en réalité ne fait que flatter une opinion publique
généralement hostile à l'Islam. Aujourd'hui ,
beaucoup de journalistes ou intellectuels ne se gênent plus
pour exprimer les opinions les plus nauséabondes sans que cela
provoque la moindre réaction. Ainsi à propos de La rage
et l'orgueil, le best-seller salué par la presse où
on peut lire que les musulmans « se multiplient comme des rats
», Charlie Hebdo trouve que l'auteur Oriana Fallaci «
fait preuve de courage intellectuel. [..] Elle ne proteste pas seulement
contre l'islamisme assassin. [..] Elle proteste aussi contre la dénégation
qui a cours dans l'opinion européenne, qu'elle soit italienne
ou française par exemple. » (Robert Misrahi dans Charlie
Hebdo du 30/ 10/2002).
Dans son enquête Thomas Deltombe nous livre, aussi, quelques
clés pour comprendre comment ce discours s'est facilement imposé
à travers notamment le recours abusif à des "experts
de la peur" invités permanents des plateaux des émissions.
Il nous montre aussi la connivence entre des journalistes et des associations
pseudo apolitiques comme "Démocratia" de Rachid Kaci
de l'UMP ou "Ni putes ni soumises", organisation émanant
du PS. Ces "bons" musulmans joueront un rôle essentiel
dans la stigmatisation des arabo-musulmans.
Ainsi, dans l'opinion publique, s'est forgée l'image d'une
religion de l'Islam arriérée, sauvage et violente. Une
religion qui a tourné le dos au progrès et à
la civilisation. Une religion d'autant plus inquiétante qu'elle
se ramifie en occident en même temps qu'elle se replie sur elle-même.
Pour Esther Benbassa, Cet imaginaire « remplace le fameux "
complot juif " qui a fait les beaux jours de l'antisémitisme
dans un contexte moins politiquement correct » (La république
face à ses minorités. Les Juifs hier, les Musulmans
aujourd'hui .P. 84).
L'arabo-musulman est devenu le nouveau bouc émissaire d'une
République en perte de valeurs. Quand la devise "Liberté,
Egalité et Fraternité" est en panne, on convoque
"la Laïcité", seul alibi capable encore de galvaniser
les foules. Et quand des petites filles voilées issues des
colonies viennent narguer l'ancienne puissance coloniale dans ce qu'elle
a de plus sacré, c'est-à-dire l'École, le sang
de la République ne fait qu'un tour. Il faut rétablir
l'ordre. Il faut reconquérir les « territoires perdus
».
« Face au complot, la République doit se montrer intraitable
»
« Le fascisme vert ne passera pas »
« Ne capitulons pas face aux islamistes »
« C'est eux ou nous »
« Non au Munich de la République ».
Dans ce combat, le citoyen est sommé de prendre partie, il
ne peut être neutre, il ne peut être spectateur, il doit
être pour ou contre. Aucune nuance n'est tolérée,
on est avec les islamistes ou contre eux.
L'Islam a bon dos. Dans une société qui a perdu tout
repère et toute confiance, chaque nouvelle épreuve avec
les arobo-musulmans est une nouvelle occasion pour créer une
cohésion éphémère autour d'une nouvelle
devise : Anti-communautarisme, Laïcité, liberté
d'expression.
Le procédé est toujours le même. A chaque nouvelle
"affaire", le système se met en branle, en trois
temps : la dénaturation, la confrontation, "la manipulation".
La dénaturation :
Il s'agit de ne pas poser les vraies questions et d'imposer par la
répétition des mots et des phrases simples et percutantes,
une autre conception du problème.
Pour légiférer contre le voile, la question posée
était de savoir si on est pour ou contre le voile. Or la vraie
question était de se demander s'il est bon d'exclure des petites
filles parce qu'elles portent un foulard, un bandana ou un voile.
Poser cette question revient à s'intéresser à
ces filles et à ce qu'elles vont devenir une fois exclues de
l'école. Lors du débat sur le voile, cette question
fut écartée. A ce jour, aucun journal, ni chaîne
de télévision ne s'y est intéressée.
Dans l'affaire des caricatures, le débat tourne autour de
la question de la représentation du prophète et de la
critique de l'Islam : Peut-on représenter le prophète
? Peut-on critiquer l'Islam ?
Or ce qui choqua les musulmans, pratiquants et non pratiquants, c'est
surtout le contenu de ces caricatures. Un contenu qui diffame les
musulmans puisque il sous-entend qu'ils sont tous terroristes. La
question qu'on devait se poser était de savoir s'il était
permis d'inciter à la haine raciale en représentant
les musulmans comme des terroristes potentiels.
La confrontation :
Une fois qu'on a réussi à imposer les termes du débat,
il est possible de passer à la deuxième phase qui est
celle de la confrontation entre ceux qui sont pour et ceux qui sont
contre. Dans l'affaire du voile, le débat opposera ceux qui
disent défendre la laïcité à ceux qu'on
a désigné comme opposés à cette valeur
républicaine. C'est-à-dire ceux qui sont pour les valeurs
de la République contre ceux qui veulent la miner. Dans ce
débat aucune nuance n'est permise. Si vous n'êtes pas
pour, vous êtes contre.
Dans l'affaire des caricatures, le débat va opposer ceux qui
sont pour la liberté d'expression, à ceux qu'on a désignés
comme ennemis de cet acquis républicain, c'est-à-dire
entre ceux qui sont pour un monde libre et ceux qui sont pour l'obscurantisme.
La manipulation :
Le dernier temps se veut pédagogique. On invite le peuple
à faire la différence entre le bon et le mauvais musulman.
Pour convaincre l'opinion, on fait appel à la thèse
de la manipulation.
Claude Imbert, islamophobe notoire ayant fait son coming out, (à
lire sur ce site ici) affirmait sur LCI que l'Islam est une religion
qui apporte une certaine débilité. Comme l'arabo-musulman
est un crétin incapable de penser et de réfléchir,
ni même d'avoir des émotions de façon rationnelle,
il ne peut être, par conséquence, que manipulé
ou manipulateur.
Manipulé, il appartiendrait à cette majorité
de musulmans incapable de faire état, toute seule et en toute
liberté, de ses émotions, de ses opinions et de ses
colères. Cette majorité est toujours victime, soit de
l'emprise des régimes arabes corrompus et dictatoriaux, soit
de celle des groupes extrémistes, salafistes, jihadistes, etc...
Manipulateur, il appartiendrait alors à ces groupes islamistes,
proches de groupes, eux même connus pour leurs liens supposés
avec d'autres groupes proches d'Alqaïda. Pire, il serait même
proche de Tariq Ramadan.
Dans cette affaire de caricatures médiocres, il ne s'agit
ni plus ni moins que d'une autre manifestation du racisme anti-arabe
et anti-musulman qui sévit en France.
A ceux qui nous reprocheraient d'être contre la liberté
d'expression, je réponds qu'on peut critiquer l'Islam en tant
que religion et même de le blasphémer. A Ceux qui font
référence à Voltaire pour justifier l'injure
et l'appel à la haine, je leur réponds que dans le contexte
de l'époque Voltaire prenait, lui, des risques sérieux
en s'en prenant à la puissante Eglise catholique. Que dénoncer
l'Islam en France n'a rien de courageux et ne comporte aucun danger
hormis de celui d'acquérir la célébrité
et augmenter les ventes de ses publications. Je leur réponds
qu'ils oublient aussi par ignorance ou mauvaise foi que Si Voltaire
a critiqué le prophète des musulmans il a aussi écrit
en 1770 :
« Dans cette prodigieuse étendue de pays [terres gouvernées
par le Koran] il n'y a pas un seul mahométan qui ait le bonheur
de lire nos livres sacrés et très peu de littérateurs
parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en faisons presque toujours
une idée ridicule, malgré les recherches de nos véritables
savants. (..) l'Alcoran passe encore aujourd'hui pour le livre le
plus élégant et le plus sublime qui ait encore été
écrit dans cette langue. Nous avons imputé à
l'Alcoran une infinité de sottises qui n'y furent jamais »
(Voltaire par lui-même, Complexe, Bruxelles, 1994, pp35-36).
Entre l'appréciation de Voltaire et celle de Michel Houellebecq
(« La religion la plus con, c'est quand même l'Islam,
quand on lit le coran, on est effondré..effondré ! La
Bible, au moins, c'est très beau parce que les juifs ont un
sacré talent littéraire.. »), Les islamophobes
de France ont déjà choisi leur camp.
Silences et omissions sur le massacre de Kaddhafi
à Benghazi
par Gennaro Carotenuto, www.gennarocarotenuto.it,
18 février 2006
Traduit de l'italien en français par Fausto Giudice, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
La police de la dictature libyenne de Kaddhafi a massacré
dix personnes (en fait : onze, NDT) hier à Benghazi. Bon, d’accord,
cette merde de Calderoli, mais est-il possible que personne ne critique
plus Kaddhafi et sa police ?
Nous sommes en train de vivre un moment hallucinant pour la presse,
l’information et la liberté de la presse. Chaque information
est traitée comme une boîte chinoise dans laquelle semblent
se cacher les choses vraiment importantes, comme celle de l’annulation
des élections en Égypte, passée complètement
sous silence. Parmi les informations d’hier : «Calderoli
est une merde comme tous les membres de la Ligue (du Nord)»,
« protestations contre cette merde de Calderoli à Benghazi»
et « la police de Kaddhafi massacre dix personnes », quelle
est à votre avis la plus grave ? La plus grave est la troisième,
mais elle passe presque à la trappe par rapport à la
première. D’ailleurs, qui ignorait que Calderoli est
une merde ? Mais le redimensionnement, la mnimisation, l’escamotage,
la dilution de la troisième information fait partie d’une
stratégie précise de communication.
Il y a encore quelques années Kaddhafi faisait partie de l’Axe
du mal, on dénonçait l’existence de prisonniers
politiques, la torture, le manque de liberté de la presse,
la peine de mort. Depuis l’époque de Ronald Reagan et
Bettino Craxi, l’Occident semblait en permanence sur le point
de faire la guerre à Kaddhafi. Puis, un beau jour d’octobre
2004, Berlusconi est allé à Tripoli et a défini
Kaddhafi “un grand ami à moi et de l’Italie. Kaddhafi
est le leader de la liberté. » Texto.
De toute évidence, les camps de Kaddhafi se transforment en
camps de la liberté. Kaddhafi n’a pas évité
d’envoyer à la mort ou de torturer un seul opposant,
mais désormais l’Occident allait regarder systématiquement
ailleurs. Et maintenant que la police de Kaddhafi massacre dix opposants
dans la rue à Benghazi, voilà que nous nous en prenons
à cette merde de Calderoli ?
Berlusconi a bien fait d’exiger la démission de la merde
du Pô. Berlusconi a exigé la tête (sic !) de Calderoli
au nom des bonnes relations avec les musulmans. Mais simultanément
il a fermé les yeux sur le massacre de musulmans qui a été
bien sûr provoqué par le porc du Pô, mais perpétré
par la police de l’homme de la liberté Kaddhafi, grand
ami à moi et de l’Italie.
Le gouvernement italien n’a pas protesté auprès
de Kaddhafi pour ces dix morts. Kaddhafi, comme Moubarak, est un laïc
et un ennemi des fondamentalistes. Il y a encore quelques années,
nous aurions presque bombardé Tripoli pour un massacre de cette
dimension. Et Kaddhafi aurait été en tête de la
liste des grands méchants mondiaux. Mais il est plus commode
de s’en prendre à notre fumier du Pô.
NDT : le territoire de la vallée du Pô, qui traverse
le Nord de l’Italie, est le territoire d’élection
de la Ligue du Nord de Boss et Calderoli, qui veut en faire une république
indépendante, appelée la Padania.
Le Danemark a perdu son innocence
par Sven Tarp, Secrétaire aux Relations internationales
Parti Communiste Marxiste-Léniniste Danois 15 février
2006
Original : http://www.cpcml.ca/Tmld2006/D36016.htm#1
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
« Il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark »,
a écrit Shakespeare dans sa célèbre pièce,
Hamlet, voici plusieurs siècles. Les événements
de ces dernières semaines, et même de ces derniers mois,
montrent que les mots de Shakespeare viennent d'acquérir une
actualité renouvelée. Nous, qui vivons au Danemark,
nous pouvons confirmer que tout n'y va pas pour le mieux. D'après
le nouveau mythe d'ores et déjà inventé, tout
a commencé dans ma ville natale, Aarhus, le 30 septembre de
l'année dernière, lorsque le quotidien à diffusion
nationale mais au titre régional, Jyllands Posten [Le Courrier
du Jutland], a publié douze caricatures qui présentaient
une représentation offensante et stéréotypée
de Mohamed. La raison officiellement invoquée pour la publication
de ces caricatures était, d'après le rédacteur
en chef, de vérifier la manière dont la liberté
d'expression s'exerce au Danemark, dont on allègue qu'elle
serait limitée par une influence musulmane croissante. Avant
leur publication, ces caricatures ont été soumises à
une série d'experts, qui ont expliqué qu' elles provoqueraient
très vraisemblablement de la colère chez les musulmans,
qui se sentiraient sans doute offensés par la manière
dont leur prophète était présenté. Ainsi,
on le voit : la publication des caricatures a été conçue,
depuis l'origine, comme une provocation retorse.
Les mobiles officiels et les mobiles réels Il est toujours
difficile de deviner quels sont les réels mobiles personnels
de ceux qui prennent de mauvaises décisions. Et ces motifs
sont, de fait, de peu d'intérêt. Ce qui est important,
c'est le contexte historique dans lequel les décisions sont
prises, et le rôle joué généralement par
les décideurs. De ce point de vue, il est facile de conclure
que la publication de ces caricatures s'inscrit dans un programme
politique national promu par les cercles dirigeants danois, pour deux
fins - diviser la classe ouvrière danoise entre nationaux et
étrangers, entre chrétiens et musulmans, afin d'affaiblir
sa résistance face à l'imposition brutale d'une politique
néolibérale, à un moment très particulier,
où l' économie danoise connaît passagèrement
une prospérité exceptionnelle dans le cadre général
d'une économie mondiale capitaliste en crise ; - affaiblir
- en créant de toutes pièces l'image d'un monde musulman
hostile - l'exigence croissante au sein du peuple danois que les troupes
danoises soient retirées d'Irak, où elles prennent part
à l'occupation illégale de ce pays, sous la direction
de l'impérialisme américain. Dès le tout début,
toute la question a été traitée avec un mélange
d' arrogance et de stupidité, tant par les éditeurs
du Jyllands Posten que par le gouvernement danois. Il est devenu très
rapidement évident que les peuples musulmans se sont bien sentis
profondément offensés. La société musulmane
du Danemark, au début octobre, a organisé des manifestations,
tout en exhortant les journaux à présenter des excuses
pour avoir publié les caricatures. Cela fut refusé,
au prétexte fallacieux de la nécessaire défense
de la liberté d'expression. Le 19 octobre, les ambassadeurs
de onze pays musulmans ont demandé de rencontrer le gouvernement
danois, afin de débattre des caricatures. D'une manière
extrêmement arrogante, le gouvernement d'Anders Fogh Rasmussen
a refusé de rencontrer ces ambassadeurs, coupant court à
un débat qui aurait pu éviter certains développements
ultérieurs. Dans ce qui fut une initiative sans aucun précédent
dans toute l'histoire de la diplomatie danoise, 27 anciens ambassadeurs
du Danemark ont critiqué publiquement le refus opposé
par le Premier ministre aux représentants de divers pays musulmans,
qui désiraient le rencontrer. Ils ont reçu le soutien
de l'ancien ministre danois des Affaires étrangères
Uffe Ellemann-Jensen, un froid guerrier et un politicien de droite
qui est toutefois sensible à ce genre de problème culturel.
Mais le gouvernement s'est entêté dans sa décision.
Il n'était apparemment pas fâché de voir que les
caricatures provoquaient la désunion, et distrayaient donc
l'attention populaire des conséquences sociales de ses «
réformes » programmées « en vue du bien-être
», lesquelles furent annoncées à l'automne dernier.
Ce n'est qu'une fois ce programme national devenu une crise internationale
d'une ampleur sans précédent que le gouvernement et
le quotidien décidèrent de faire quelque chose. Mais
même alors, leur arrogance les empêcha de sauver ce qui
pouvait encore l'être. Le rédacteur en chef du Jyllands
Posten s'est ainsi excusé devant les musulmans, parce qu'ils
se sentaient insultés. Mais il ne s'est pas excusé d'avoir
publié les caricatures offensantes, parce qu'une telle excuse,
d'après lui, aurait représenté une violation
de la liberté d'expression ! Si bien que ses excuses n'ont
pas suffi à mettre un terme aux protestations. Et l'apparition
du Premier ministre danois sur des chaînes de télévision
par satellite, tant arabes que musulmanes, non plus, dès lors
qu'il n'a pas fait passer le message qu'on attendait de lui.
Un journal réactionnaire
Le Jyllands Posten est un des plus grands journaux danois, et il
possède une longue tradition d'alignement sur les politiques
de droite. Dans les années 1930, il s'est rendu infâme
en défendant des positions pro-nazies. Après la Seconde
guerre mondiale, il est devenu totalement pro-OTAN. Durant la guerre
au Vietnam, il était un allié loyal de l'impérialisme
américain. Aujourd' hui, il est un défenseur acharné
de l'État sioniste d'Israël ainsi que de l' occupation
impérialiste de l'Iraq et de l'Afghanistan, ainsi que des pressions
croissantes sur l'Iran, la Syrie et d'autres pays souverains.
Il est considéré comme l'organe non-officiel d'expression
du Parti libéral du Premier ministre Anders Fogh Rasmussen.
A ce titre, il ne saurait être un acteur innocent dans la crise
actuelle. Sa défense de la liberté d' expression est
rien moins qu'hypocrite. Ces dernières années, le Jyllands
Posten s'est transformé au point de devenir la plate-forme
nationale pour les attaques les plus acharnées contre les communistes
et autres progressistes. Même le plus idiot des anticommunistes
patentés a accès à ses colonnes. La liberté
d'expression telle que la pratique ce journal sert à déformer,
à faire taire et à criminaliser les idéaux communistes
et progressistes. La manière dont les anciens pays socialistes,
en Europe, et les communistes danois, qui furent très actifs
durant la Seconde guerre mondiale, sont présentés est
tout aussi insultante que les douze caricatures en question.
Selon la légende, le drapeau national danois, Dannebrog, serait
tombé, tout dessiné, du ciel, en 1219, durant la bataille
de Lyndanisse, où les Croisés danois combattirent afin
de christianiser les Estoniens païens. Huit siècles plus
tard, le Jyllands Posten et la bourgeoisie danoise au pouvoir présentent
la liberté d'expression comme un principe sacré absolu
qui, de la même manière, semble être tombé
tout prêt du ciel, dans sa version danoise actuelle, particulièrement
étroite d'esprit et intolérante.
Pour les communistes danois, la liberté de parole est un magnifique
principe qui prend sa forme concrète en fonction du contexte
historique concret et de la classe sociale qui l'exerce. Elle est
absolument nécessaire, pour le développement libre des
êtres humains et pour leur participation au processus démocratique
de la société moderne. Mais elle ne saurait être
considérée comme le droit illimité qu'aurait
la classe dirigeante à insulter autrui et à causer des
tensions, voire de la violence, la guerre et la destruction. La liberté
d'expression devrait toujours être subordonnée à
l' éthique et aux lois qui régissent un comportement
civilisé parmi les peuples et les nations.
Un gouvernement réactionnaire
L'étendue des manifestations anti-danoises qui ont balayé
l'ensemble du monde musulman au cours des dernières semaines
ont surpris l'opinion publique danoise. Très peu de gens, ici,
s'attendaient à ce que quelque chose de semblable puisse arriver.
Durant des années, ont a inculqué aux Danois la persuasion
qu'ils vivaient dans le meilleur des mondes ; qu'ils étaient
eux-mêmes tellement tolérants et que tous les autres,
en particulier les musulmans, étaient tellement intolérants
; que leur pays était respecté et que leur gouvernement
était bien intentionné et généreux ; que
les troupes danoises en Afghanistan et en Irak faisaient un excellent
boulot humanitaire et qu'elles étaient reçues avec des
pétales de rose et des grains de riz par la population locale,
etc.
Si ce mensonge a perduré et s'il a pris racine, c'est parce
que la presse danoise, en dépit de sa propre prétention
au libéralisme et à la largeur d' esprit, est devenue
parmi les plus contrôlées et enrégimentées
en Europe. Ce contrôle explique aussi pourquoi le peuple danois
n'a pas vu ce qui était déjà dans le tuyau depuis
plusieurs années.
Le Danemark qui était connu, il y a une vingtaine d'années,
pour son État providence social-démocrate, son aide
humanitaire au tiers-monde et sa politique marginale qui présentait
une relative résistance aux projets les plus agressifs de l'Otan
et de l'impérialisme américain, s'est transformé,
peu à peu, en un pays parfaitement réactionnaire. Sur
le plan international, cela s'est traduit par la subordination du
Danemark à l'impérialisme états-unien et à
sa participation dans les guerres d'agression contre la Yougoslavie,
l'Afghanistan et l'Irak. En même temps, l' « aide »
extérieure danoise est de plus en plus conditionnée
par l'acceptation de positions néolibérales et proimpérialistes
des récipiendaires.
Quant au plan national, la législation soi-disant «
antiterroriste », les tentatives de criminaliser les communistes
et le ton toujours plus intolérant du débat sur l'immigration
ne sont que certaines des expressions d'un État réactionnaire
qui a été censuré à plusieurs reprises
par l'Onu, le Conseil de l'Europe et Amnesty International en raison
de ses violations des droits de l'homme.
Aujourd'hui, le peuple danois paie le prix des agissements stupides
de sa classe dirigeante arrogante et réactionnaire. Même
les journalistes qui racontaient des bobards depuis des années
ont fini, comme Hitler en 1941, par être pris à leurs
propres mensonges. Ils croyaient apparemment à ce qu' ils écrivaient
et disaient, et ils sont aujourd'hui tout aussi surpris que la plupart
des gens. Mais au lieu de pratiquer leur autocritique et de remettre
en question leur rôle, ils sont aujourd'hui en quête de
boucs émissaires. Et ils en ont trouvé, parmi certains
imams du coin qui - ils le reconnaissent eux-mêmes - se sont
livrés à des manipulations contradictoires afin de promouvoir
leur propre agenda politique.
Dans une telle situation, la réponse arrogante du gouvernement
consiste à établir un distinguo entre les « bons
» et les « mauvais » musulmans et à promouvoir
une organisation nationale des « bons », tout en ignorant
ou en diffamant les « mauvais ». Cela peut à la
rigueur résoudre un problème concret, dans cette situation
concrète où le gouvernement recherche désespérément
quelques alliés chez les musulmans, mais sur le long terme,
cela ne pourra que jeter encore un peu plus d'huile sur l'incendie.
Cela dure depuis plus de cent ans
La crise actuelle ne saurait être expliquée qu'au seul
moyen des caricatures et de l'arrogance des cercles dirigeants danois,
même s'ils y ont considérablement contribué. La
véritable explication se trouve dans les humiliations répétées
subies par les peuples musulmans depuis plus d'un siècle, tout
d'abord sous la férule du colonialisme européen, et
aujourd'hui sous la forme d'une domination impérialiste conjointe
américano-européenne, faite d'agressions incessantes,
d'occupations et d'imposition des intérêts impérialistes
occidentaux à leurs pays respectifs. La réaction musulmane
est en route depuis bien longtemps. A la lumière de ceci, est-il
entièrement fortuit que ce soient précisément
le Danemark et des caricatures qui aient déclenché la
révolte actuelle parmi les peuples musulmans ? Cela serait
produit, de toute manière, tôt ou tard.
A la surface des choses, la révolte actuelle prend la forme
d'un clash entre civilisations, une sorte de guerre de religion, avec
tout le fanatisme irrationnel, les différents intérêts,
les dangers et les lignes de césure floues que ce genre de
conflit entraîne. Mais par essence, il s'agit d'un important
mouvement anti-impérialiste, dirigé contre l'impérialisme
mondial dirigé par les USA d'Amérique, et dont le Danemark
est un petit frère zélé et arrogant. En tant
que communistes danois, nous saluons ce mouvement, et nous espérons
qu'il trouvera des expressions de plus en plus claires et de plus
en plus conséquentes.
Toutefois, le fait que cette crise ait pris une forme religieuse,
mêlée de fanatisme et de différentes arrière-pensées
locales et régionales crée aussi de la confusion et
des contradictions subalternes, rendant plus complexe la constitution
d'un front anti-impérialiste international. Le fait de brûler
des drapeaux danois et des symboles nationaux danois, par exemple,
aussi justifié soit-il, est insulte aux sentiments nationaux
d'un très grand nombre de Danois, et contribue ainsi à
renforcer les partis de droite et d' extrême droite. D'après
les derniers sondages d'opinion, le soutien au Parti du Peuple Danois
(extrême droite) s'est considérablement accru au cours
des dernières semaines. Il talonne pratiquement aujourd'hui
le Parti Social Démocrate, et il est donc en passe de devenir
le deuxième parti au Danemark, par le nombre de ses partisans.
Mais la situation nationale est très contradictoire. Les sondages
d'opinion indiquent aussi que, même si près de 80 % de
la population soutient le quotidien Jyllands Posten dans son refus
de présenter d'authentiques excuses, en même temps, un
nombre croissant de Danois, qui représentent désormais
un peu moins de la moitié de la population, comprennent que
les musulmans se sentent insultés par les caricatures. Des
manifestations et des démonstrations spontanées de tolérance
et de solidarité sont en train d' émerger, partout.
Autre résultat positif de la révolte dans les pays musulmans
: un tiers des soldats danois qui auraient dû être envoyés
en Irak prochainement refusent maintenant de partir. On le constate
: une importante bataille d'idées est en train de se dérouler
au sein de la société danoise.
La position des Communistes danois
Le Parti communiste ML du Danemark, qui prépare, avec d'autres
forces communistes, la fondation d'un Nouveau Parti Communiste, lors
d'un Congrès d 'Unification, en novembre prochain, prend une
part active dans la lutte de classe et dans la bataille des idées
aujourd'hui en cours. Notre principale ligne d'action est la lutte
pour l'unité de la classe ouvrière et la mobilisation
des syndicats locaux et nationaux contre la politique de division
de la bourgeoisie gouvernante. En même temps, nous exigeons
que les éditeurs du quotidien Jyllands Posten présentent
des excuses incontestables pour avoir imprimé les caricatures
et que le gouvernement donne suite d'une manière qui établisse
sans aucune ambiguïté qu'il réprouve cette provocation.
Notre parti est également très actif dans la préparation
de grandes manifestations contre la guerre, le 18 mars prochain, sous
la bannière du retrait des troupes danoises d'Irak. En même
temps, nous renforçons notre solidarité avec la résistance
irakienne et avec le peuple palestinien, tout en condamnant les pressions
et les menaces impérialistes qui visent l'Iran, la Syrie et
d'autres pays souverains. Nous pensons que la crise actuelle doit
être mise à profit afin de renforcer le mouvement anti-impérialiste
de solidarité avec les peuples opprimés, dans le monde
entier.
Enfin, nous souhaitons dire à nos frères et à
nos sœurs, les musulmans et les musulmanes, qu'en fin de compte
nous avons les mêmes ennemis : l' impérialisme américain
dirigé par l'administration Bush, et que nous devons nous unir
pour former un large front international afin de lutter contre cet
ennemi numéro Un de l'Humanité.
Groupe Bilderberg : le monde qu’ils
nous préparent…
Depuis 1954, les conférences Bilderberg réunissent chaque
année dans le plus grand secret les représentants de
l’élite politique, économique, financière
et médiatique pour décider de la direction des marchés
et de l’évolution des conflits, sans jamais rendre public
le contenu de ses débats. À l’issue du groupe
Bilderberg de mai dernier, le journaliste Daniel Estulin, de la revue
Nexus, a su obtenir des informations sur les propos échangés.
Édifiant.
Origines du Groupe Bilderberg
Le « Bilderberg Group » est apparu en 1952, sous l’impulsion
du prince Bernhard des Pays-Bas, et la première réunion
s’est tenue à l’hôtel Bilderberg de Oosterbeek,
en Hollande. Parmi les « Bilderbergers », figuraient déjà
des banquiers, des universitaires, des politiciens et des hauts fonctionnaires.
Conçu au départ pour organiser l’unité
occidentale contre l’expansion soviétique, le groupe
a tout de suite adopté des mesures de confidentialité
absolues : aucun moyen d’enregistrement des débats, aucun
compte-rendu, engagement solennel des participants à ne divulguer
aucune information à l’extérieur, etc. Jusqu’en
1976, la présidence fut assurée par le prince Bernhard
de Lippe, puis par le milliardaire David Rockefeller, véritable
initiateur du Bilderberg Group. Aujourd’hui, il est présidé
par le vicomte Etienne Davignon.
Lire la suite http://lyon.novopress.info/?p=1471
Après le massacre de Benghazi, deux
têtes tombent, Jörg Haider s'en mêle et des manifestants
sont tués au Nigeria : le Jyllands-Posten mérite bien
son surnom de Jyllands-Pesten (la Peste du Jylland)
Roberto Calderoli n'est plus ministre à Rome et Nasr El Mabrouk
ne l'est plus à Tripoli. Le premier a dû démissionner
après sa provocation télévisée - il a
montré la caicature danoise qu'il portait sur son T-shirt -,
le second a été suspendu de ses fonctions pour "l'usage
excessif et inappropré de la force" dont ont fait preuve
ses hommes face aux manifestants de vendredi à Benghazi. Le
ministre libyen a de surcroît été présenté
à un juge d'instruction Les policiers ont effet tué
11 manifestants, dont 4 Palestiniens et Égyptiens. Ils ont
sans doute paniqué et ne disposaient pas d'un équipement
permetant d'arrêter l'émeute sans tuer. Les affrontements
ont duré six heures. Le gouvernement de la Jamhariya a décrété
dimanche journée nationale de deuil.
Samedi, la fièvre s'est déplacée au nord du Nigeria,
où seize manifestants ont été tués par
la police, dont 15 à Maiduguri et 1 à Katsina. À
Maiduguri, les manifestants s'en sont pris à des comemrces
tenus par des chrétiens et à des églises, tandis
qu'à Katsina, la fièvre a été attisée
par une rumeur prêtant au président Obasanjo l'intention
de modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat
présidentiel.
Pour en revenir à la provocation de Calderoli qui a mis le
feu aux poudres en Libye, il faut préciser qu'il a fait son
show dans l'émission suivant le journal télévisé
de la première chaîne de la télévision
publique, le TG1 de la RAI, animée par le directeur des informations
Clemente Mimun, qui, outre le fait qu'il est citoyen iitalien, est
aussi citoyen...israélien. C'est un vieux journaliste expérimenté
et on a du mal à croire qu'il n'ait pas été prévenu
par Calderoli qu'il avait l'intention de déboutonner sa chemise
pour montrer son T-shirt.
Pendant ce temps, à Tripoli, c'est une autre figure pittoresque
de la poliique européenne qui faisait son show : Jörg
Haider, le leader d'extrême-droite du parti autrefois libéral,
le FPÖ, est invité par Seif Al Islam Kadhafi, le fils
du dirigeant libyen et président de la Fondation Kadhafi. Il
doit rencontre le Colonel. Le 7 février, Haider avait conseillé
au gouvernement de Vienne d'inviter Kadhafi en Autriche pur tenter
de désamorcer la crise suscitée par les caricatures
danoises. Petit détail qu'oublie sans doute Haider : Kadhafi
est aussi peu musulman que lui.
Une provocation du ministre italien Calderoli provoque 11 morts et
25 blessés à Benghazi en Libye
Roberto Calderoli est un provocateur professionnel. Parmi la bande
de mafieux et de coquins qui constitue le gouvernement de Silvio Berlusconi,
le bandit qui se prend pour Napoléon, le ministre des Réformes
se distingue particulièrement par ses gesticulations et ses
propos de bas étage.
Quelques exemples, titrés des archives de Quibla :
En janvier 2003, alors qu'il est vice-Président du Sénat,
il suggère à toutes les Italiennes "de cinq ans
et plus" de "mettre dans leur sac une belle paire de ciseaux
et de les utiliser à fond" pour se défendre des
"agressions bestiales des immigrés". Et il poursuit:
« Nous faisons face à des épisodes abominables,
à une nouvelle urgence Vache folle: des fillettes et des jeunes
filles agressées, dépouillées non seulement de
leurs habits mais de leur dignité par le fait de bêtes.
Il faut réagir en conséquence. »
En août 2004, il déclare qu' "il est nécessaire
d'utiliser la force pour repousser les clandestins" venus par
la mer et qui s'échouent sur l'île de Lampedusa quand
ils ne se noient pas. "Nous ne sommes pas la Croix-Rouge. Le
terrorisme islamique utilise cette porte ouverte à l'immigration
clandestine pour entrer dans le pays. Notre peuple a le droit à
la légitime défense."
En novembre 2005, Calderoli est avec Mario Landolfi, ministre des
Communications, le seul représentant du gouvernement Berlusconi
à participer à un rassemblement. "vive Israël,
vive la liberté !" organisé par Giuliano Ferrara
devant l'ambassade d'Iran à Rome.
Mais cette semaine, 'homme qui a pris la succession d'Umberto Bossi
- réduit à l'état de légume - à
la tête de la Ligue du Nord, organisation raciste et démagogique,
a dépassé toute borne : interviewé à la
télévision, il a déboutonné sa chemise
pour montrer le T-shirt qu'il portait, orné d'une des caricatures
danoises du Prophète.
Quelques heures plus tard, au sortir de la grande prière du
vendredi, un millier de Libyens se sont rassemblés autour du
consulat d'Italie à Benghazi pour protester contre cette énième
provocation venue du Nord. Bilan officiel : 11 morts et 25 blessés.
Les 60 policiers présents ont été "débordés".
Très rapidement après le début des "incidents",
le ministre de l'Intérieur Pisanu a téléphoné
à Mouammar Al Kaddhafi pour lui dire qu'il se distanciait des
propos de Calderoli, ce à quoi le colonel lui a répondu
que le moins qu'il attendait, c'était la démission du
provocateur. Pisanu a insisté sur la volonté de son
gouvernement de maintenir un "dialogue entre l'Islam et l'Occident".
À Nassiriyah en Iraq et à Hérat en Afghanistan,
deux villes occupées par des soldats italiens, des sermons
du vendredi ont condamné fermement la provocation de Calderoli,
mais n'ont pas été suivis de manifestations.
Toute la classe politique s'est jetée sur cette aubaine - on
est en pleine campagne électorale en Italie - et a réclamé
à cor et à cri la démission du provocateur. Même
son boss, Silvio Berlusconi, s'est joint au choeur de ceux qui demandent
le départ du provocateur. Il a d'ailleurs déclaré
s'être entretenu avec Umberto Bossi, lequel a pris ses distances
de son successeur. Alors, finie la carrière de Roberto Calderoli
? Il pourra toujours chercher à se faire embaucher comme comique-troupier
au Royaume du Danemark. Il lui faudra cependant faire preuve de prudence
: sur un forum islamiste sur internet, un groupe armé a écrit
: « Nous disons à ce Croisé d'être patient,
car l'armée de l'Islam conquerra Rome. Les déclarations
du ministre italien ne s'envoleront pas avec le vent. » À
bon entendeur...
Una provocazione del ministro
italiano Calderoli fa 11 morti e 25 feriti a Bengasi in Libia
http://quibla.net/edito2006/tribune2006-1b.htm, 18 febbraio 2006
Tradotto dal francese in italiano da Mirumir, membro
di Tlaxcala, la rete di traduttori per la diversità linguistica
(tlaxcala@tlaxcala.es). Questa traduzione è in Copyleft.
Roberto Calderoli è un provocatore professionista. Nella banda
di mafiosi e di briganti che costituisce il governo di Silvio Berlusconi,
il bandito che si crede Napoleone, il ministro delle Riforme Istituzionali
si distingue soprattutto per il suo gesticolare e per le sue uscite
di bassa lega.
Alcuni esempi, dagli archivi di Quibla:
Nel gennaio del 2003, quando è vicepresidente del Senato,
suggerisce a tutte le italiane "dai cinque anni in su" di
"mettersi in borsetta un bel paio di forbici e di usarle fino
in fondo" per difendersi dalle "aggressioni bestiali degli
immigrati." E prosegue: "Ci troviamo di fronte ad episodi
abominevoli, ad una nuova emergenza Mucca pazza: bambine e ragazze
aggredite, spogliate non solo degli abiti ma della propria dignità
ad opera di bestie. Bisogna reagire di conseguenza."
Nell'agosto del 2004 dichiara che "è necessario usare
la forza per respingere i clandestini" che sono venuti dal mare
e che sbarcano sull'isola di Lampedusa, quando non annegano prima.
"Non siamo la Croce Rossa. Il terrorismo islamico utilizza questa
porta aperta all'immigrazione clandestina per entrare nel paese. Il
nostro popolo ha diritto alla legittima difesa."
Nel novembre del 2005, Calderoli è, insieme al ministro delle
Comunicazioni Mario Landolfi, il solo rappresentante del Governo a
partecipare ad una manifestazione, "Viva Israele, viva la libertà!",
organizzata da Giuliano Ferrara davanti all'ambasciata dell'Iran a
Roma.
Ma questa settimana l'uomo che è succeduto ad Umberto Bossi
- ormai ridotto ad un vegetale - alla testa della Lega Nord, organizzazione
razzista e demagogica, ha passato il segno: in un'intervista televisiva
si è sbottonato la camicia per mostrare la maglietta che indossava,
sulla quale era disegnata una delle vignette danesi raffiguranti il
Profeta.
Poche ore più tardi, dopo la grande preghiera del venerdì,
un migliaio di libici si è riunito all'esterno del consolato
italiano a Bengasi per protestare contro l'ennesima provocazione venuta
dal nord. Il bilancio ufficiale è di 11 morti e 25 feriti.
I 60 poliziotti presenti si sono trovati "in difficoltà."
Subito dopo l'inizio degli "incidenti" il ministro degli
Interni Pisanu ha telefonato a Mohammar Gheddafi per dirgli che prendeva
le distanze dal gesto di Calderoli, al che il colonnello gli ha risposto
che come minimo si aspettava le dimissioni del provocatore. Pisanu
ha insistito sulla volontà del suo governo di mantenere "un
dialogo tra l'Islam e l'Occidente."
A Nassiriya in Iraq ed a Herat in Afghanistan, due città occupate
dai soldati italiani, i sermoni del venerdì hanno condannato
fermamente la provocazione di Calderoli, ma non sono seguite manifestazioni
di protesta.
Tutta la classe politica si è gettata su questa fortuna inaspettata
- l'Italia è in piena campagna elettorale - e ha chiesto a
gran voce le dimissioni del provocatore. Perfino il suo boss, Silvio
Berlusconi, si è unito al coro di coloro che chiedono l'allontanamento
di Calderoli. Ha dichiarato di aver parlato con Umberto Bossi, il
quale ha preso le distanze dal suo successore.
È dunque finita la carriera di Roberto Calderoli? Potrà
sempre cercare di farsi ingaggiare come soldatino da varietà
nel Regno di Danimarca. E dovrà anche dar prova di prudenza:
su un forum islamista in rete, un gruppo armato ha scritto: "Diciamo
a questo Crociato di aver pazienza, perché l'armata dell'Islam
conquisterà Roma. Le dichiarazioni del ministro italiano non
voleranno via nel vento". A buon intenditor...
A provocation by the Italian
minister Calderoli causes 11 deaths and 25 wounded in Benghazi (Libya)
from http://quibla.net/edito2006/tribune2006-1b.htm , 18 February
2006
Translated from Italian by Mary Rizzo, member of Tlaxcala, the network
of translators for linguistic diversity (tlaxcala@tlaxcala.es). This
translation is on Copyleft.
[Translator's note: It is important to bear in mind the role that
Italy plays in the collective consciousness of the Libyan people.
In the period of European colonialism, all of Libya was an Italian
colony. Only in 1951 did it obtain full independence. Italy had managed
to become the first European nation to attempt to establish full diplomatic
and commercial relations with Libya, setting it apart from the nations
under the American umbrella. Libyans, in this way, look to Italy with
a sentiment of both love and loathing, and are extremely sensitive
to how Italy behaves regarding Libyan, North African and Islamic issues.
There are dealings underway to allow Italians who were expelled from
Libya to return.
The interview with Calderoli did not happen in a vacuum. It occurred
during the prime time after news interview show "Dopo il TG",
conducted by the news director of the national network's major news
desk, RAI TG 1, Clement J Mimun. Mimun is a prominent and vocal supporter
of one of the States he is a citizen of, Israel. He has been in the
news profession for many years, and it seems peculiar that such an
event could take place in a totally improvised way and without a "safety
net", knowing that the newspaper that the Northern League refers
to, "La Padania", had published these cartoons, and the
extemporaneous nature of the guest speaker. MR]
Roberto Calderoli is a professional provocateur. In the band of mafiosi
that constitutes the government of Silvio Berlusconi, the bandit who
fancies himself Napoleon, the Minister of Institutional Reforms distinguishes
himself particularly for his gesticulations and his comments often
in bad taste.
Some examples, from the archives of Quibla:
In January of 2003, when he was the Vice President of the Senate,
he suggested to all the Italian women “over five years of age"
to “put in their handbags a nice pair of scissors and to use
them to the limit" in order to defend themselves from the “bestial
aggression from immigrants." And he continued: “We are
faced with abominable episodes, with a new emergency of Mad Cow: little
girls and teenagers are attacked, stripped not only of their clothing
but also of their dignity, which is the work of beasts. We have to
react to all of this."
In August of 2004 he declared that “it is necessary to use
force to push the illegal aliens back," who have come from the
sea and are disembarking on the island of Lampedusa, when they don’t
drown first. “We aren’t the Red Cross. Islamic terrorism
uses this open door to illegal immigration to enter into the country.
Our population has the right to legitimate defence."
In November of 2005, Calderoli was, together with the Minister of
Communications Mario Landolfi, the only representative of the government
to participate in a protest march “Long Live Israel, Long Live
Liberty!" organised by Giuliano Ferrara before the Iranian embassy
in Rome.
But this week the man who succeeded Umberto Bossi - now reduced to
little more than a vegetable - at the head of the Northern League,
a racist and demagogic political party, has crossed the border: in
a televised interview he unbuttoned his shirt to show the T-shirt
he was wearing, upon which was printed one of the Danish cartoons
depicting the Prophet. A few hours later, after the Friday prayers,
a thousand Libyans reunited outside the Italian Consulate at Benghazi
to protest against the umpteenth provocation from the north. The official
number is 11 dead and 25 wounded. The 60 policemen present on the
scene found themselves “in difficulty."
Immediately after the start of the “incidents" the Italian
Minister of Internal Affairs Pisanu telephoned Muammar Gheddafi to
distance himself from the act of Calderoli, to which the Colonel replied
that at the very least they expected the dismissal of the provocateur.
Pisanu insisted upon the will of his government to maintain “dialogue
between Islam and the West."
At Nassiriya in Iraq and at Herat in Afghanistan, two cities that
are occupied by Italian soldiers, the Friday sermons had severely
condemned the provocations of Calderoli, but no protest demonstrations
had followed.
The entire political class has thrown itself on this unexpected fortune
- Italy is in the midst of its electoral campaign for the new parliament
and government - and had loudly called for the dismissal of the provocateur,
even his boss, Silvio Berlusconi, had joined the chorus of those who
are asking for the head of Calderoli. He stated that he had spoken
with Umberto Bossi, who had distanced himself from his successor.
Is the career of Roberto Calderoli therefore finished? He could always
try to recycle himself as a head clown for the Royal family of Denmark.
And he could even show a bit of prudence: on an Islamist forum on
Internet, an armed group had written: “Let¹s tell this
crusader to be patient, because the Islamic Army will conquer Rome.
The declarations of the Italian minister will not be blown away in
the wind." To those who catch the drift...
Una provocación del
ministro italiano Calderoli causa 11 muertos y 25 heridos en Benghazi
(Libia)
http://quibla.net/edito2006/tribune2006-1b.htm, 18 de febrero de 2006
Traducido del francés para Rebelión y Tlaxcala
por Rocío Anguiano, revisado por Juan Vivanco, miembros de
Tlaxcala, la red de traductores por la diversida lingüistica
(tlaxcala@tlaxcala.es). Esa traducción es Copyleft.
Roberto Calderoli es un provocador nato. Entre la banda de mafiosos
y bribones que forman el gobierno de Silvio Berlusconi, este facineroso
que se cree Napoleón, el ministro de las Reformas, destaca
especialmente por sus gestos y sus declaraciones de mal gusto.
Veamos algunos ejemplos, tomados de los archivos de Quibla:
En enero de 2003, cuando era vicepresidente del Senado, recomendó
a todas las italianas de "más de cinco" años
que "metieran en el bolso un buen par de tijeras y que las utilizaran
como es debido" para defenderse de las "bestiales agresiones
de los inmigrantes". Y seguía: "Nos enfrentamos a
sucesos horribles, a una nueva emergencia Œvaca loca¹: niñas
y jóvenes a las que se agrede y se despoja no solo de su ropa
sino también de su dignidad por actos de animales. Hay que
reaccionar en consecuencia".
En agosto de 2004, declaró que "era necesario utilizar
la fuerza para rechazar a los clandestinos", que llegan por mar
y que encallan en la isla de Lampedusa, cuando no se ahogan. "No
somos la Cruz Roja. El terrorismo islámico utiliza esta puerta
abierta a la inmigración clandestina para entrar en el país.
Nuestro pueblo tiene derecho a la legítima defensa".
En noviembre de 2005, Calderoli fue, junto con Mario Landolfi, ministro
de Comunicaciones, el único representante del gobierno de Berlusconi
que participó en la concentración con el lema "viva
Israel, viva la libertad" organizada por Giuliano Ferrara ante
la embajada de Irán en Roma. Pero esta semana, el hombre que
sucedió a Umberto Bossi -reducido al estado vegetal- a la cabeza
de la Liga Norte, organización racista y demagógica,
sobrepasó todos los límites y, en una entrevista en
televisión, se desabrochó la camisa para mostrar su
camiseta, estampada con una de las caricaturas danesas del Profeta.
Unas horas después, al salir de la oración del viernes,
un millar de libios se concentraba frente al consulado de Italia en
Bengazi para protestar contra esta enésima provocación
del Norte. El balance oficial es de 11 muertos y 25 heridos. Los 60
policías que estaban allí se vieron "desbordados".
Nada más empezar los incidentes, el ministro del interior Pisanu
llamaba a Muammar Al Gadafi para mostrarle su repulsa ante las declaraciones
de Calderoli, a lo que el coronel respondió que lo menos que
esperaba era la dimisión del provocador. Pisanu ha insistido
en la voluntad de su gobierno de mantener un "diálogo
entre el Islam y Occidente".
En Nassiriya (Irak) y Herat (Afganistán), dos ciudades ocupadas
por las tropas italianas, los sermones del viernes condenaron firmemente
la provocación de Calderoli, pero después no hubo manifestaciones.
Toda la clase política ha aprovechado la ocasión -en
Italia están en plena campaña electoral- y ha pedido
a voz en grito la dimisión del provocador. Incluso el boss,
Silvio Berlusconi, se ha unido al coro de los que piden la marcha
de Calderoli. Asimismo, ha declarado que se ha entrevistado con Umberto
Bossi, quien se ha distanciado de su sucesor. Entonces ¿la
carrera de Roberto Calderoli está acabada? Siempre puede intentar
trabajar como bufón en el Reino de Dinamarca. Sin embargo,
tendrá que ser prudente. En un foro islamista en Internet un
grupo armado ha escrito: "Le decimos a este Cruzado que tenga
paciencia, porque el ejército del Islam conquistará
Roma. Las declaraciones del ministro italiano no se desvanecerán
en el aire". A buen entendedor...
Caricatures du Prophète : une manipulation
néo-conservatrice ?
par Gilles Munier, AFI Flash n°55, 15 février
2006
Pour recevoir AFI Flash, écrire à gilmun@club-internet.fr
Des ambassades et des consulats du Danemark attaqués ou en
flammes, des drapeaux danois brûlés par des manifestants
en colère, des journalistes et des caricaturistes menacés
de mort, le corps expéditionnaires danois en Irak calfeutré
dans ses bases, des appels au boycottage des produits danois, norvégiens,
françaisŠ Les extrémistes néo-conservateurs
danois, américains, israéliens - ou autres - peuvent
se frotter les mains : avec la publication des caricatures insultantes
du Prophète Muhammad dans le Jyllands-Posten, relayé
quatre mois plus tard par France-Soir et Charlie Hebdo, ils ont donné
aux opinions publiques occidentales un avant goût du «
Choc des civilisations ». Le bombardement préventif de
l'Iran ou la Syrie, accusés par Condoleezza Rice de souffler
sur les braises, est plus que jamais à l'ordre du jour.
La crise provoquée le 30 septembre 2005 par le quotidien Jyllands-Posten
aurait pu se limiter au cadre danois. Il suffisait que des excuses
sincères soient présentées aux musulmans du pays
dans les jours qui suivaient. Mais c'est l'inverse qui s'est produit
: les démarches des organisations musulmanes locales se sont
heurtées à un mur de dédain ou d'arrogance. Le
20 octobre, le Premier ministre libéral Anders Fogh Rasmussen
a fait savoir aux ambassadeurs de 10 pays arabes qui voulaient le
rencontrer pour protester, qu'il n'avait pas le temps de les recevoir.
Quelque chose de pourri au Royaume du Danemark
Le Jyllands Posten n'a pas d'équivalent en France. C'est un
quotidien xénophobe, voire raciste. Il mène des campagnes
incessantes contre les immigrés musulmans, et entretient au
Danemark un climat exécrable. Pour le rédacteur en chef
de Politiken - autre quotidien danois la publication des caricatures
du Prophète n'avait pas d'autre but que « d'offenser,
de conspuer la minorité musulmane » (1). La rédaction
du quotidien l'avait d'ailleurs dit clairement à l'époque,
avant qu'elle ne se retranche derrière la liberté d'expression.
Flemming Rose, responsable de la page « Kulture » du journal,
est un proche de Daniel Pipes, néo- conservateur considéré
aux États-Unis comme le principal théoricien de l'islamophobie
(2). Il lui a d'ailleurs consacré en 2004 un article louangeur
sous le titre « La menace islamiste »Š (3)
Daniel Pipes, très apprécié de George W. Bush,
Dick Cheney et Paul Wolfowitz, dirige le Middle East Forum, un think
tank dont le but est de « promouvoir les intérêts
américains au Proche-Orient ». Sa grande idée
a été la création de Campus Watch, un observatoire
dénonçant les professeurs qui ne sont pas assez pro-israéliens
à son goût. C'est en effet un fervent propagandiste d'Israël,
de tendance ultra sioniste, c'est-à-dire reprochant à
l'État hébreu ne pas réprimer suffisamment les
Palestiniens. Pour lui les fondamentalistes musulmans sont des «
tueurs potentiels » qu'il faut éliminer.
Il est l'auteur d'un article alarmiste intitulé « Les
musulmans arrivent ! Les musulmans arrivent ! », publié
en novembre 1990 dans la National Review, où il affirme que
« les sociétés d'Europe occidentale ne sont pas
suffisamment préparées à une immigration massive
de gens à la peau mate, cuisinant des plats étranges
et n'appliquant pas vraiment les normes d'hygiène allemandes
».
Excuses de circonstance
Excédés par le comportement méprisant des autorités,
les organisations musulmanes danoises ont interpellé l'Oumma
- la communauté des Croyants - à travers ses représentants
officiels. Des délégués ont été
envoyés au Caire par l'imam Ahmed Abou Laban, proche des Frères
musulmans, pour demander à Amr Moussa, Secrétaire général
de la Ligue arabe, et au Cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, Grand imam
de l'Université d'Al-Azhar, de réagir. Puis, le 6 décembre,
Ahmed Akkari, porte parole d'un regroupement de 27 organisations musulmanes
danoises, a remis les caricatures aux représentants de 57 pays
réunis à La Mecque pour le sommet de l'Organisation
de la Conférence Islamique (OCI), parmi lesquels le roi Abdallah
d'Arabie et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (4).
Les libéro- conservateurs danois sont restés sourds
aux protestations des États musulmans. Cela n'a rien d'étonnant
quand on sait que pour le Parti populaire danois (Dansk Folkeparti
- 13,3% des votes- 24 députés), qui les soutient au
Parlement, les musulmans sont au Danemark pour le « conquérir,
comme ils l'ont fait ces 1400 dernières années »(5).
Pour ceux qui en doutaient encore, la provocation est devenue claire
lorsque le Jyllands-Posten a autorisé la revue chrétienne
norvégienne Magazinet à republier les caricatures le
10 janvierŠ pour l'Aïd Al-Fitr, la plus grande fête
musulmane.
D'ailleurs, si le 30 janvier, Carsten Juste, directeur du Jyllands-Posten,
a fini par « s'excuser », c'est uniquement parce que les
intérêts commerciaux du Danemark, et la vie de Danois,
sont en jeu. Et, il l'a fait de façon peu convaincante (6).
Il a prévenu que c'était des « excuses »
de circonstance, et que d'autres caricatures seront publiées,
si besoin est. Le texte de sa déclaration publié en
arabe sur son site ne trompe pas : il est différent de celui
traduit en français (7).
French Connection
Les excuses hypocrites de Carsten Juste, puis celles du Premier ministre
danois, auraient pu calmer le jeu et l'affaire prendre un autre cours
si France-Soir n'avait pas relancé la campagne islamophobe
et, par voie de conséquence, ajouter la France aux pays «
blasphémateurs ». Comme Vebjoern Selbekk de Magazinet,
Serge Faubert, rédacteur en chef de France-Soir, savait ce
qu'il faisait en publiant les caricatures du Prophète. Au Proche-Orient
ses amitiés sont pro-israéliennes et il est connu pour
assimiler toute critique de l'idéologie sioniste à de
l'antisémitisme. Pourquoi Rami (Raymond) Lakah, l'homme d'affaires
franco-égyptien propriétaire du quotidien, a limogé
le Pdg Jacques Lefranc en lui reprochant d'avoir porté atteinte
aux «croyances et [aux] convictions intimes de chaque individu»,
alors que ce dernier était hostile, selon divers témoignages,
à la publication des caricatures ?
France-Soir et Charlie Hebdo qui l'a imité, ne voulait pas
seulement faire du coup publicitaire pour augmenter leur tirage ou
alors il faudrait qu'ils expliquent ce qu'a à voir la recherche
du profit à tout prix avec la déontologie journalistique.
Dans cette affaire la liberté d'expression a bon dos et l'invocation
des mannes de Voltaire par France-Soir relève de la crapulerie
(8). L'incitation à la haine religieuse c'est uniquement
de cela qu'il s'agit - est le fond de commerce des néo-conservateurs
et des extrémistes israéliens qui entraînent le
monde dit chrétien dans une nouvelle croisade contre l'islam.
Deux poids, deux mesures
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a finalement porté
plainte contre les médias ayant reproduit les caricatures du
Prophète. Tant mieux, mais on doute qu'ils soient condamnés.
En France, l'islamophobie se porte bien. L'écrivain Michel
Houellbecq n'a-t-il pas été définitivement relaxé
par la justice après avoir déclaré en 2001 au
magazine Lire : « La religion la plus con, c'est quand même
l'Islam » ; et Alain Finkielkraut, « philosophe »
d'une certaine gauche française, n'a-t-il pas dit au quotidien
israélien Haaretz (18 novembre 2005), sans être ensuite
ostracisé: « Malgré tout ce que la France a fait
pour eux les fils d'immigrés islamiques la haïssent. C'est
comme çà dans leur culture. [Š] Le problème
est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s'identifient
à l'Islam» ?
Le 31 janvier, Amr Moussa, secrétaire général
de la Ligue arabe, avait raison de déclarer que la presse européenne
"observe deux poids, deux mesures" envers l'islam et le
judaïsme parce qu'elle «craint d'être accusée
d'antisémitisme, mais invoque la liberté d'expression
lorsqu'elle caricature l'islam». Il ne faut surtout pas croire
que les musulmans sont les seuls à partager cette analyse.
(12/2/06)
Notes :
(1) Interview sur Europe 1 (1/2/05).
(2) Daniel Pipes, expert de la haine > http://www.voltairenet.org/article13765.html
(3) The threat of islamism, par Flemming Rose (Jyllands-Posten
29/10/04). Voir traduction française sur cette même page
de Quibla
(4) How a meeting of leaders in Mecca set off the cartoon wars around
the world, par Daniel Howden (The Independant - 10/2/06) > >
http://news.independent.co.uk/world/middleeast/article344482.ece
(5) Déclaration de Soren Krarup, prêtre a la retraite
porte-parole du Dansk Folkeparti. > http://fr.wikipedia.org/wiki/Islamophobie#Au_Danemark
(6) Le dilemme du rédacteur en chef, interview de Carsten Juste,
par Pierre Collignon (8/2/06) > http://www.jp.dk/udland/artikel:aid=3548096:fid=11332
(7) Le Phare Blog de Gérard Klein qui suit le développement
de cette affaire avec beaucoup d'objectivité > http://gklein.blog.lemonde.fr
(8) France-Soir titrait en Une le 2 février : « Au secours
Voltaire, ils sont devenus fou » ! Lire dans "La
phrase du jour" l'opinion de Voltaire sur le Coran.
Un concours de "caricatures antisémites"
réservé aux...juifs !
Un concours international de caricatures antisémites a été
annoncé en Israël pour tourner en dérision celui
que le grand quotidien iranien Hamshahri a récemment lancé
pour se moquer de la Shoah, le génocide nazi, à la suite
de l'affaire des caricatures de Mahomet. "Notre réponse
à la violence, au mauvais goût et à la médiocrité,
c'est l'autodérision et l'humour noir", affirme à
l'AFP le dessinateur israélien indépendant Amitai Sandarovich,
qui organise ce concours.
"Hamshahri n'innove pas, car jour après jour, la presse
iranienne et arabe regorge de dessins antisémites (...) Je
ne hais ni les musulmans ni les Arabes, et je crois que les juifs
sont les mieux placés pour rire d'eux-mêmes. Aucun Iranien
ne peut nous battre sur ce terrain", ajoute-t-il. "Nous
n'allons ni incendier des ambassades, ni organiser des autodafés
ou des manifestations sanglantes. Nous publierons ici (en Israël)
les caricatures les plus haineuses de juifs encore jamais vues",
dit ce dessinateur.
Il balaye les éventuelles répercussions de son initiative,
estimant que "les antisémites n'ont pas besoin de prétextes".
Le concours est ouvert jusqu'au 3 mars uniquement aux juifs sur
un site Internet (www.boomka.org.), et les meilleurs dessins seront
exposés à Tel-Aviv et dotés de prix. M. Sandarovich
compte sur la générosité des visiteurs de son
site pour financer ces prix.
"Nous avons déjà reçu des centaines de
réponses de juifs nous félicitant de notre initiative
et se disant fiers d'appartenir à un peuple pour qui l'humour
a toujours été un refuge", indique M. Sandarovich.
Il cite le cas d'un juif américain dont le père est
né en Iran et qui a eu ces mots: "J'espère que
les juifs vont dominer le monde par l'humour". Parmi les caricatures
déjà reçues, certaines relèvent du déjà
vu comme le classique rabbin au nez crochu qui tient le globe terrestre
dans sa main. Mais, d'autres sont plus sarcastiques. L'une d'elles
montre ainsi Moïse qui descend du Mont Sinaï avec les tables
de la Loi, accompagné de cette légende: "Onzième
commandement: dominez les médias internationaux". Interrogé
par l'AFP, le caricaturiste du quotidien Haaretz, Amos Biederman,
a approuvé la tenue de ce concours.
"L'idée est sympathique. Les juifs sont les premiers
à raconter des blagues juives. Nous devons effectivement réagir
aux excès par l'humour et la modération. Il n'est pas
question de mobiliser des foules en colère pour quelques caricatures",
a-t-il dit.
Beaucoup plus circonspecte, Estie Yaari, porte-parole du Mémorial
Yad Vashem de Jérusalem consacré à l'étude
et au souvenir de la Shoah, estime en revanche qu'"il n'est pas
évident que ce genre d'initiative soit la meilleure façon
de répondre aux dangereuses prises de positions de Téhéran".
Hamshahri a lancé un concours international de caricatures
sur l'holocauste auquel il a invité les auteurs danois de douze
dessins du prophète Mahomet publiées dans de nombreux
journaux européens. Ces publications ont provoqué une
vague de colère à travers le monde et plus particulièrement
dans de nombreux pays musulmans. Le président iranien ultraconservateur
Mahmoud Ahmadinejad a de son côté scandalisé la
communauté internationale en qualifiant à plusieurs
reprises la Shoah de "mythe" et en déclarant en octobre
qu'Israël devait "être rayé de la carte".
Source : AFP, 16 février 2006
Des chambres à gaz hilarant(es)
par Sarah Blau, Haaretz magazine, 30 avril 2004.
Traduction de l'anglais : Yolanda Peorovich > yolapeor@hotmail.com
Source : www.israelshamir.net
C'est le plus grand tabou dans les charges satiriques israéliennes,
mais c'est aussi la source intarissable de l'humour noir underground.
Pourquoi il est impossible de plaisanter sur l'Holocauste en public,
et ce qui, malgré le tabou, est acceptable.
Hitler... tomate. Remplacez les pointillés par l'expression
correcte et vous avez une blague (Uzi Weil, The Back Page, Ha'ir weekly)
Hitler et une tomate ? Le symbole du mal cosmique juxtaposé
avec un légume stupide et banal ? En fait, pas la peine de
rajouter quoique ce soit pour faire apparaître l'absurde. Mais
un sentiment de faute apparaît immédiatement aussi. Une
plaisanterie sur l'Holocauste ? Verboten ! D'un autre côté,
c'est si horrible, ça dépasse tellement notre capacité
de conceptualisation sur ce qui s'est passé, que tout ce qu'on
peut faire, c'est de se marrer, en désespoir de cause. Ce sera
donc comme un refuge pour tous ceux qui éclatent de rire en
entendant par exemple ceci:
« Où se trouvait la plus haute concentration de juifs
pendant l'Holocauste ? »
Réponse : « Dans l'atmosphère ».
Ne vous sentez pas mal à l'aise. Le rire libère, le
rire est un moyen légitime d'auto-défense, le rire est
une cure pour les maladies de l'âme, le rire ne peut que vous
rapprocher du sujet, tout ça. Le seul problème, c'est
qu'avec l'Holocauste, ces arguments ne marchent pas. Comme l'explique
l' humoriste Kobi Arieli : « En 10 minutes je suis capable de
convaincre le ministre de la justice Tommy Lapid, avec une argumentation
logique, que le moyen le plus efficace de rendre hommage à
la mémoire de ses parents c'est de demander un sketch à
l'humoriste Gil Kopatch. Mais ça ne marchera pas, parce qu'à
la deuxième phrase il squeezera le micro et quittera le studio.
Et pourtant Tommy est quelqu'un qui comprend l'humour ». C'est
que Tommy Lapid est aussi un survivant de l'Holocauste. Il y a des
gens pour dire que c'est à cause des survivants, qu'on prend
ces précautions inhabituelles. Les pessimistes diront que le
lendemain de la disparition du dernier survivant, une orgie d'humour
sauvage s'abattra sur le pays. Les optimistes soutiendront au contraire
que le sujet atteindra dès lors le niveau de la sainteté
inappréhensible et inépuisable. Quoi qu'il en soit,
en 56 ans d'existence d'Israël, l'Holocauste se fait remarquer
par son absence à l'appel, pour ce qui est de notre humour
national. Même dans les rares tentatives faites pour amener
le couteau au plus près de la jugulaire de la vache sacrée,
la vache est restée impavide au centre de sa prairie, et ses
mugissements ont été unanimement écoutés,
sans que personne ne se mette à rigoler, parce que . 6 millions
de cadavres, qu'est-ce qu'il y a de drôle, là-dedans
? Rien, six millions de juifs assassinés, il n'y a vraiment
pas de quoi exercer la satire. Certes, il y a les blagues de mauvais
goût, mais la satire c'est autre chose. Ce qui mérite
un traitement satirique, en revanche, ce sont par exemple les gens
qui commercialisent l'Holocauste, ceux qui font des affaires en mémoire
des morts, ceux qui se sont approprié l'Holocauste pour eux-mêmes
et qui l'invoquent dans un but politique.
« La Pologne classique en 14 jours,
visite comprise de 7 camps de concentration ».
L'agente de voyage (au téléphone) : « Nous avons
quelques tarifs exceptionnels pour la Pologne, que je vous recommande
vraiment. Tout d' abord, le paquet touristique de base, qui comporte
5 camps de concentration en 10 jours, séjour en hôtel
4 étoiles à Varsovie, et une journée libre pour
vos achats. Naturellement, nous avons aussi le circuit 'Pologne classique',
en 14 jours, avec visite de 7 camps de concentration incluse, séjour
en hôtel 4 étoiles et visite du ghetto de Varsovie, avec
une après-midi libre pour le shopping. Sans oublier le Week-end
en Pologne, un peu plus sportif, avec 7 camps de concentration en
3 jours, évidemment, pas de journée libre pour le shopping.
Enfin bien sûr, le circuit de 12 jours avec visite de toute
la Pologne et tous ses camps de concentration. La fille de ma sour
l'a fait, avec son école, et c'était très impressionnant.
Elle a pleuré, mais oui, à Auschwitz. »
La vendeuse raccroche, et revient à son client.
V : « Nous en étions à.»
Le client « Excusez-moi, mais ce que vous venez de dire, là,
sur la Pologne, 7 camps en 3 jours, là, ça fait un peu.»
V. « Un peu trop, vous voulez dire? Vous n'avez pas idée
de tout ce qu'on peut faire en 3 jours.»
C. Non, c'est pas ça, c'est plutôt que.»
V : « Un peu cher, peut-être ?»
C : « Non pas du tout ; je ne voudrais pas vous vexer, mais,
est-ce que c'est pas un peu horrible, quelque part ? »
V : « Attendez, et ce qui a eu lieu dans ces camps, c'était
pas un peu horrible peut-être ?
(« Les agents du chemin de fer » Sketch écrit
par Assaf Tzipor, joué par les acteurs du Cameri Quintet Keren
Mor et Shai Avivi)
Le Cameri Quintet (un groupe d'acteurs qui a un programme de gags
sur la Deuxième chaîne) vise tout ce qui a rapport à
la commercialisation, l' exploitation cynique, ceux qui lèvent
les yeux au ciel en toute innocence et qui font des affaires avec
la mémoire des morts de l'Holocauste. Quelque chose, en fait,
dans leur travail, a fait tilt. Voici les sketchs en question : «
Holocauste », par Assaf Tzipor, dans lequel un survivant raconte
ses souvenirs des atrocités avec un grand effroi, jusqu'au
moment où on découvre qu'il a été figurant
dans le film La liste de Schindler ; « Le ghetto », par
Tzipor aussi, où Shai Avivi explique à son partenaire
Rami Heuberger comment se rendre à une soirée à
Tel Aviv en prenant « l'Avenue des exécutés »,
le « Boulevard Auschwitz » et en passant par « Dachau
Square » ; enfin « Le lobby israélien » par
Etgar Kert, dans lequel deux fonctionnaires israéliens aux
Affaires Sportives essaient de convaincre un Allemand qui a la responsabilité
d'une course d'obstacle aux Jeux Olympiques de faire passer le joueur
israélien en premier à cause de ses obligations héritées
du passé
« La question, dans toutes les blagues, c'est de savoir de
qui vous vous moquez », dit Uzi Weil, qui a également
écrit pour le Cameri Quintet. « Si l 'humour est une
arme, contre qui vous battez-vous ? C'est qui le sale type ? L'humour
autour de la commercialisation de l'Holocauste s'attaque à
l' hypocrisie et à la disparité entre les mots grandiloquents
et ce que nous éprouvons réellement, quand nous utilisons
des émotions très largement partagées pour des
buts qui sont passablement plus restreints. Toutes les blagues au
monde travaillent sur ce décalage, ce qui est parfaitement
légitime ».
« La Knesset horrifiée par la comparaison entre Himmler
et Hitler » (Comment osez-vous comparer, on ne peut pas comparer
!)
1. « le Ketchup c'est l'Auschwitz des tomates » : commentaire
du président du syndicat des producteurs de tomates dans la
Vallée du Jourdain, dans un discours lors d'une manifestation
orageuse des producteurs de tomate à la