Ayons la sagesse de concilier les valeurs
sacrées!
par Mahmoud Bouzouzou, février 2006
L’auteur est membre du Conseil de la Fondation Cordoue (www.cordoue.ch)
et ancien imam à la mosquée de Genève
La crise des caricatures qui oppose le Danemark, et plus généralement
l'Europe, au monde musulman prend hélas la tournure d'un mégaconflit.
La protestation contre les caricatures prend des allures de plus en
plus violentes, comme nous l'avons vu dans certaines capitales de
pays musulmans avec l'incendie d'ambassades scandinaves, acte condamnable,
qu'il soit spontané ou le résultat d'une instrumentalisation
politique.
Le saint Coran nous ordonne d'être équitables envers
tout être humain et nous enseigne que nul n'est responsable
pour un acte commis par un autre. De plus, la tradition du prophète
- la paix et le salut sur lui et sur tous les prophètes - nous
apprend que jamais l'envoyé de Dieu (pssl) ne se vengea d'une
injure personnelle.
Cette crise révèle deux fléaux qui menacent l'humanité:
l'injustice envers l'Autre et l'ignorance de l'Autre.
La réaction des populations musulmanes aux dessins profanant
l'image du prophète (pssl), exprime d'abord une frustration
et cristallise un sentiment d'injustice éprouvé par
les musulmans depuis trop longtemps. Privés de liberté
et dominés par des gouvernements souvent illégitimes,
ils sont sans cesse agressés militairement, pillés économiquement
et humiliés symboliquement par un envahisseur qui change de
nom mais utilise les mêmes méthodes d'antan. Le sentiment
d'injustice ne peut produire que de la colère, voire de la
haine.
L'ignorance de l'Autre engendre, elle aussi, la peur, le conflit et
la haine. Depuis plus d'un demi-siècle, j'ai pris conscience
du danger que représente ce fléau. En pleine période
de colonisation, au moment où l'occupant français interdisait
les écoles d'enseignement de l'arabe en Algérie, nous
nous efforcions à aiguiser l'appétit des jeunes Algériens
pour le savoir, notamment au sein des scouts musulmans algériens,
et à les encourager à apprendre les langues étrangères
- y compris le français - car elles représentent à
notre sens les clés qui ouvrent l'univers de l'Autre et facilitent
sa connaissance.
Connaître l'Autre, c'est connaître ses référents,
ses symboles, ses valeurs sacrées. Or le contexte international
tendu dans lequel nous vivons depuis quelques années ne favorise
pas l'entre-connaissance. Dans le monde occidental où l'on
méconnaît les valeurs sacrées du monde musulman,
on ne mesure pas assez la portée d'une atteinte grave au symbole
des musulmans par excellence, le prophète Mohammed (pssl).
Dans le monde musulman où les médias sont souvent aux
ordres du pouvoir, on ne mesure pas assez l'importance en Occident
de l'indépendance de la presse, considérée par
certains comme une valeur sacrée, et on va jusqu'à demander
à l'appareil exécutif danois de présenter des
excuses pour un forfait commis par un journal, ce qui paraît
ici, à juste titre, comme une aberration.
La liberté de la presse est un bien trop précieux pour
être traîné dans les bas-fonds de la provocation
gratuite, médiocre de surcroît. L'attitude du caricaturiste
Lars Refn, qui a accepté de participer à la publication
danoise uniquement pour affirmer que «les journalistes de Jyllands
Posten sont des provocateurs réactionnaires», comme il
l'a précisé dans sa caricature, est à ce titre
honorable. Le droit à la liberté d'expression, droit
inestimable consacré par l'humanité libre comme universel,
ne saurait entrer en contradiction avec le droit à la dignité
qui est tout aussi inestimable.
L'équilibre entre d'une part le droit à liberté
d'expression, et d'autre part le devoir de lutter contre le racisme,
la discrimination, la calomnie, l'antisémitisme et tout appel
à la haine, a pu être établi avec le temps par
la société occidentale moderne. A l'ère d'Internet
et des chaînes satellitaires notre monde prend l'aspect d'un
grand village dont les habitants doivent apprendre à vivre
ensemble en bonne entente, comme c'est le cas en Suisse, et particulier
à Genève, où coexistent pacifiquement des communautés
d'origines, de cultures et de religions diverses.
Aussi, non seulement lorsque des valeurs sacrées entrent en
conflit, et afin de dépasser le seul cadre juridique, la sagesse
commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent
un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement.
Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher
les uns des autres. Une telle démarche relève de la
pédagogie et commence bien évidemment à l'école.
Nous devons tous contribuer, chacun à son niveau, d'une manière
positive, au dénouement de cette crise grave qui risque de
dégénérer davantage, en transformant la colère
en sentiment de haine entre les peuples musulmans et les peuples occidentaux
amis qui ne peuvent en aucune façon être tenus pour responsables
des agissements de quelques journaux irresponsables ou d'une minorité
islamophobe.
Bref, il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions,
de faire l'effort nécessaire non seulement de connaître
l'Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice
en toutes circonstances.
Aux musulmans du monde entier
par Carsten Juste, Jyllands-Posten, 9 février
2006
Par le biais de l'ambassade du royaume du Danemark, le journal Jyllands
Posten a transmis jeudi 9 février aux rédactions de
la presse algérienne ses excuses aux musulmans du monde entier
rédigées en arabe et dont voici la traduction.
Citoyens musulmans,
Permettez-moi, tout d'abord, d'affirmer que notre journal, Jyllands
Posten, croit en la liberté d'appartenance religieuse et la
valorise, soutient la démocratie et respecte tout individu.
Nous nous excusons pour le grand malentendu généré
par la publication des caricatures qui ont présenté
le Prophète Mohamed (QSSSL) et nourri des sentiments belliqueux
à l'égard du Danemark ainsi que des appels au boycott
des produits danois. Et là, permettez-moi d'apporter certaines
clarifications dans l'espoir de dissiper le malentendu. Jyllands Posten
a publié le 30 septembre 2005 12 caricatures du Prophète
Mohamed (QSSSL) dessinées par 12 caricaturistes danois.
Il est d'une importance capitale de préciser que ces caricatures
ne visaient nullement à porter atteinte à la personne
du Prophète (QSSSL) ni à diminuer de sa valeur, mais
elles étaient proposées comme préambule à
un dialogue sur la liberté d'expression dont nous sommes fiers
dans notre pays. Cependant, nous n'avons, à aucun moment, réalisé
l'extrême sensibilité des musulmans vivant au Danemark
et celle des millions de musulmans à travers le monde face
à cette question. La publication de ces caricatures ne transgresse
aucune loi danoise relative à la liberté de la presse
et celle d'expression.
Cependant, ces caricatures ont manifestement porté atteinte
à des millions de musulmans à travers le monde et c'est
pour cette raison que nous présentons aujourd'hui nos excuses
et nos profonds regrets pour ce qui vient de se produire et qui n'était
nullement dans l'intention du journal, lequel a été
lauréat du Prix d'excellence de la Commission européenne
à la suite de la publication d'une série d'articles
dans son supplément spécial consacré à
la cohabitation pacifique, au respect mutuel entre Danois et toutes
les autres minorités vivant au Danemark. Beaucoup de sujets
abordés dans ce supplément étaient consacrés,
de façon positive, à l'Islam et aux musulmans.
Ce qui s'est produit après, en fait, c'est la publication et
la diffusion dans le monde musulman de caricatures intentionnellement
blasphématoires contre l'Islam et son Prophète Mohamed
(QSSSL). Ces caricatures n'ont aucun rapport avec notre journal ni
avec nous, et nous en sommes innocents, car elles n'ont jamais été
publiées dans les pages du Jyllands Posten. Nous avons toujours
veillé et insisté sur l'éthique basée
sur le respect des principes. C'est pour cette raison que nous exprimons
notre profond regret pour l'amalgame entretenu entre nous et ces caricatures
tendancieuses.
Concernant les 12 caricatures publiées par notre journal, certaines
s'expliquent par un malentendu dû à des différences
culturelles et nous ne préférons pas une culture par
rapport à une autre. Ces caricatures ont donc été
présentées comme une campagne féroce que nous
aurions engagée contre les musulmans au Danemark et à
travers le monde. Nous rejetons cette approche et la condamnons, car
nous croyons en la liberté de toutes les religions et sacralisons
la liberté des individus dans l'exercice de leurs cultes religieux.
Nous n'avons jamais pensé et nous ne pensons jamais porter
atteinte ou agresser une quelconque religion. Nous regrettons le fait
d'avoir été mal compris et affirmons que l'objectif
n'a jamais été d'attenter à quiconque.
Et dans une tentative sincère, de notre part, de dissiper ce
malentendu, nous avons tenu une série de réunions avec
les représentants de la communauté musulmane au Danemark.
Ces rencontres ont été positives et le dialogue fructueux.
Nous visons, et par tout moyen, à consolider les liens avec
les musulmans du Danemark.
Notre espérons, au sein de notre journal, que se réalise
la cohabitation pacifique entre les peuples et que règne l'esprit
de dialogue avec les musulmans danois. Enfin, permettez-moi, au nom
du journal Jyllands Posten, de présenter mes excuses pour tout
ce qui s'est produit et d'affirmer ma totale désapprobation
de tout acte visant à porter atteinte à toute religion,
toute nationalité et à tout peuple. J'espère
qu'ainsi j'aurais dissipé le malentendu. Que Dieu vous aide
!
Meilleurs sentiments
Défilés à Paris et Strasbourg
contre les caricatures du Prophète
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à
Paris et Strasbourg pour dénoncer la publication de caricatures
de Mahomet dans des journaux français, au nom du "respect
des religions".
A Paris, 7.200 personnes, selon la police [de fait, plus de 10 000],
ont défilé dans le calme de la place de la République
à la place de la Nation à l'appel de l'Union des associations
musulmanes de Seine-Saint Denis. "Respect des religions, liberté
d'expression, pas de contradiction", "Laissez les insultes,
liberté des cultes", pouvait-on lire sur des banderoles.
Priée de dire si la vague de colère pourrait gagner
la France, Hayett, une musulmane voilée d'une vingtaine d'années,
a dit son espoir que "non". "C'est la culture du Moyen-Orient,
nous, on est des musulmans français".
A Strasbourg, environ 2.000 personnes, hommes et femmes de tous
âges, ont manifesté à l'appel du Parti des musulmans
de France (PMF), une organisation islamiste basée dans la capitale
européenne. Les manifestants, venus pour certains d'Allemagne,
de Haute-Saône ou du Haut-Rhin, brandissaient des pancartes
et des banderoles clamant "Non à l'extrémisme démocratique,
n'insultez pas le prophète", "Toucher aux prophètes
= toucher à l'humanité" ou encore "Plus forte
que notre plume est notre foi".
Les slogans affichés, très modérés,
contrastaient avec les propos musclés de Mohamed Latrèche,
président du PMF. "Quand vous dépassez les lignes
rouges, vous allez réveiller le monde musulman, et quand on
réveille le monde musulman sur la personne de notre guide,
de notre référent, vous allez unir (les Musulmans) qu'ils
soient salafistes, qu'ils soient intégristes, qu'ils soient
islamistes, qu'ils soient terroristes », a-t-il déclaré,
juché sur une table au milieu de la foule.
"REMUER LE COUTEAU DANS LA PLAIE"
"Ces caricatures auraient pu s'arrêter au Danemark, mais
les diffuser en France, les diffuser ailleurs, c'est remuer le couteau
dans la plaie", a-t-il ajouté dans une harangue que l'assistance
ponctuait de « Allah Akbar » (Dieu est grand).
Il s'en est pris aux journalistes et aux « politiques ».
"Pendant que le Danemark voulait présenter ses excuses,
nos hypocrites politiques, à commencer par l'exécutif,
à commencer par l'Elysée, par Matignon, par tout le
gouvernement, a chuchoté aux Danois pour leur dire 'tenez bons'.
Il n'y a pas plus hypocrites que nos hommes politiques », a-t-il
lancé.
"Nous avons un cadavre qui s'appelle le Parti socialiste, nous
avons un navire qui chavire qui s'appelle l'UMP, nous avons un psychopathe
qui s'appelle Nicolas Sarkozy, avec un maboul, avec quelqu'un qui
a besoin d'un toubib, avec un Chirac », a-t-il conclu dans une
adresse à "l'électorat musulman".
Le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui représente
les quelque cinq millions de musulmans de France, a annoncé
vendredi son intention d'engager une action en justice contre les
journaux français qui ont publié les caricatures de
Mahomet à l'origine d'une vague de violences dans le monde
musulman.
Ces douze dessins, parus initialement en septembre dernier dans
le quotidien danois Jyllands-Posten, ont été publiés
par France Soir et l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.
Jacques Chirac a mis en garde mercredi contre les "provocations
manifestes" susceptibles d'"attiser dangereusement les passions".
Des manifestations de musulmans ont également eu lieu ailleurs
en Europe, notamment à Londres où 4.000 personnes ont
convergé sur Trafalgar Square à l'appel du maire, Ken
Livingstone, pour dénoncer la publication des caricatures.
A Düsseldorf, quelque 2.500 musulmans ont défilé
devant le consulat du Danemark, tandis qu'à Berlin, environ
1.200 ont manifesté devant l'ambassade danoise.
A Berne, un millier de personnes se sont rassemblées dans
le calme devant le bâtiment du Parlement suisse. Ils n'étaient
en revanche que plusieurs centaines à manifester dans le centre
d'Amsterdam. Source : Reuters, 11 février 2006
Liberté d'expression et respect des
croyances
par Alain de Benoist, Paris, 6 février 2006
Les violentes réactions enregistrées dans le monde musulman
depuis la publication, d'abord dans un journal danois, puis dans différents
journaux occidentaux, de caricatures du prophète Mahomet étaient
sans doute prévisibles quand on connaît la susceptibilité
extrême des musulmans vis-à-vis de toute représentation
figurée du Prophète, à plus forte raison lorsqu'à
celle-ci s'ajoute la satire ou la moquerie. Ces réactions,
qui n'ont cessé de prendre de l'ampleur ces derniers jours
(manifestations de rue, incendie du consulat danois de Beyrouth, campagnes
de boycottage des produits danois, etc.), peuvent néanmoins
nourrir diverses réflexions.
La première question qu'on peut se poser est la raison pour
laquelle toute cette affaire a éclaté aussi tard. Les
dessins incriminés sont parus en effet dans le Jyllands-Posten
l'un des principaux quotidiens danois le 30 septembre dernier, soit
il y a déjà presque cinq mois. La série était
intitulée « Les 12 visages de Mahomet ». Le journal
précisait alors qu'il avait pris cette initiative pour commenter
à sa façon l'« autocensure » de plusieurs
dessinateurs et illustrateurs danois qui s'étaient refusés
à illustrer un livre de l'écrivain Kaare Bluitgen consacré
au fondateur de l'islam, Koranen og profeten Muhammeds liv («
Le Coran et la vie du prophète Mahomet »).
A l'époque, l'affaire ne provoqua guère que des remous
locaux, en l'occurrence une protestation des ambassadeurs musulmans
en poste à Copenhague. Ce n'est qu'à la fin du mois
de janvier que l'affaire a rebondi, ce qui a amené les dirigeants
du Jylland-Posten à présenter le 30 janvier leurs «
excuses » aux musulmans offensés. Que s'est-il donc passé
entre-temps ? La réponse qui vient à l'esprit est :
la victoire du Hamas aux élections palestiniennes. Toute une
campagne internationale s'est en effet engagée aussitôt
après ce scrutin pour obtenir de l'Union européenne
qu'elle cesse de financer l'Autorité palestinienne. Ameuter
l'opinion des pays arabes contre l'Europe au moyen des caricatures
danoises, et plus précisément faire apparaître
à la télévision des masses de manifestants palestiniens
dénonçant le « blasphème » avec violence,
n'était-il pas de nature à susciter dans l'opinion l'idée
qu'il serait bien naturel de cesser de « financer ces gens-là
» ? On peut se poser la question. Face aux protestations islamiques,
la plupart des pays européens ont tenu à faire l'éloge
de la « liberté d'expression » (mais on notera
que les caricatures n'ont été reproduites ni en Israël
ni aux Etats-Unis, et que les Américains, tout comme les Anglais,
ont jugé peu convenable cette publication). Ce qui pose une
autre série de problèmes. La liberté d'expression
est certes une belle chose. Toute liberté implique cependant
une responsabilité. « Effrayante est une liberté
que ne guide pas un devoir », disait l'écrivain André
Gide. Il va de soi néanmoins que la liberté d'expression
ne se partage pas, et il est également bien connu que le droit
à liberté d'expression n'a jamais été
fait pour bénéficier avant tout aux opinions convenables
et consensuelles, mais au contraire à celles qui sont les plus
dérangeantes ou les plus choquantes. En d'autres termes, si
l'on admet le « droit au blasphème », alors on
doit aussi admettre que ce droit ne se partage pas. Or, en Europe,
la liberté d'expression n'a jamais été totale.
Encore aujourd'hui, certaines propos ou opinions sont, à tort
ou à raison, proscrits par la loi et leurs auteurs peuvent
être déférés devant les tribunaux. L'Allemagne
possède elle-même un « index ». Les mêmes
qui trouvent tout-à-fait normal que des caricatures antimusulmanes
paraissent dans un « pays libre » accepteraient-ils de
la même façon la publication de caricatures antijuives
? Ceux qui rient de voir représenté Mohamet dans des
postures équivoques ou grotesques admettraient-ils avec la
même facilité la diffusion mondiale d'images pornographiques
d'Anne Frank ? Diraient-ils qu'il ne s'agit après tout que
de caricatures, en laissant entendre que ceux qui s'en offusquent
sont exagérément « susceptibles » ? On sait
bien que non. Il y a dans les pays européens des lois qui sanctionnent
l'antisémitisme, mais il n'y en a aucune qui sanctionne l'islamophobie.
Pour nombre de musulmans, il y a là deux poids et deux mesures.
Enfin, si le blasphème apparaît si peu important aux
yeux des Occidentaux, n'est-ce pas d'abord parce qu'ils ont eux-mêmes
perdu le sens du sacré ? Qu'ils ne croient eux-mêmes
bien souvent plus à rien ? Il n'y a pas si longtemps, le blasphème
était encore lourdement sanctionné dans bien des pays
d'Europe. Dans le passé, les Européens considéraient
eux aussi que certaines choses étaient insupportables et que
certains propos ne pouvaient pas être tenus. Aujourd'hui, ils
parlent de « fanatisme » pour stigmatiser des attitudes
qui, dans le passé, furent aussi les leurs. Le sociologue Zygmunt
Bauman soulignait récemment « la rapidité avec
laquelle la volonté de sacrifier sa vie pour une cause s'est
vue condamnée et classée comme symptôme de fanatisme
religieux, retard culturel ou barbarie, par des pays qui, de nombreux
siècles durant, présentèrent le martyre-pour-une-cause
comme étant preuve de sainteté ». La liberté
d'expression peut être aussi le masque de l'indifférence.
La liberté d'expression, les pays occidentaux l'ont conquise
de haute lutte (le plus souvent contre l'Eglise) au terme d'un combat
qui a pris des siècles. Ils n'y sont parvenus qu'une fois leur
société totalement « désenchantée
» (Max Weber). Pour en arriver à ce stade, les musulmans
ont encore du chemin à faire. La conclusion qui s'impose est
qu'il y a là comme un décalage, non pas tant dans l'espace
que dans le temps : les différents peuples du monde ne vivent
pas aujourd'hui à la même heure de l'histoire.
Première manifestation en Amérique
latine à Caracas
Près de 200 personnes ont défilé jusqu'à
l'ambassade du Danemark à Caracas en incendiant des drapeaux
danois et américains pour protester contre les caricatures
de presse représentant le prophète Mahomet.
Les manifestants, de confession musulmane dans leur majorité,
ont parcouru plus de trois kilomètres entre la mosquée
de la ville et l'ambassade danoise située dans le quartier
des affaires. "Nous devons faire notre devoir. Manifestons et
protestons calmement pour notre religion, pour notre Prophète",
a déclaré un des manifestants.
Il s'agit de la première manifestation observée en Amérique
latine dans l'affaire des caricatures, qui atteint désormais
presque tous les continents.
La communauté musulmane du Venezuela, principalement composée
de Libanais et de Syriens, est modeste mais influente. La mosquée
de Caracas figure parmi les plus grandes d'Amérique latine.
Source : Reuters, 10 février 2006
Liberté d'expression à géométrie
variable
Des libres-penseurs, hier accusateurs de l'humoriste Dieudonné,
se sont transformés en défenseurs de la liberté
d'expression. Pourquoi cette hiérarchie dans le rejet de la
haine de l'Autre?
par Paul-Olivier DELANNOIS, député wallon socialiste,
Malik Ben ACHOUR et Pierre-Yves DERMAGNE, militants socialistes, La
Libre Belgique, 10 février 2006
Nous n'entendons pas ici juger les réactions d'une partie de
la population des pays musulmans. Qu 'elles soient disproportionnées
et qu'elles contribuent avant tout à renforcer les régimes
en place est probable. Mais cela ne sera pas notre propos.
Ce qu'on appelle désormais la «polémique des caricatures»
repose sur un certain nombre de non-dits. Elle s'inscrit dans la lignée
générale d'une dégradation de l'image des musulmans
dans l'imaginaire collectif occidental et d'une détérioration
du climat dans lequel les échanges entre musulmans et non-musulmans
s'effectuent.
D'Al Qaeda aux émeutes dans les banlieues françaises,
de l'Intifada à la condition de la femme, des rapts en Irak
à l'immigration clandestine, de la victoire du Hamas en Palestine
à la loi sur la laïcité, du nucléaire iranien
aux excisions en Afrique: tout est bon pour la grande soupe! Un nouvel
«Autre» tend désormais à se définir
et à s'inscrire durablement dans l'inconscient collectif occidental.
Et à en croire Edward Saïd, l'intellectuel américano-palestinien,
ça ne date pas d'hier, ni d' ailleurs du 11 septembre 2001.
Le débat qui occupe en quantité les pages de nos journaux
s'est posé de la manière suivante: la liberté
d'expression et son corollaire qu'est la liberté de la presse
doivent-elles céder devant les interdits religieux et plus
précisément devant les principes fondamentaux de l'Islam?
En d'autres termes, la problématique est présentée
comme étant d'essence religieuse, comme si une opposition ontologique
se jouait entre un occident pluraliste, ouvert et tolérant
et un Islam fanatique, fermé et menaçant. L'Etat de
droit contre le fanatisme religieux.
La problématique est-elle vraiment de cet ordre? L'enjeu renvoie-t-il
réellement à la sphère théologique? Ces
caricatures n'ont-elles pas bafoué autre chose qu'un simple
interdit religieux - dont il nous semble par ailleurs évident
qu'il ne s'impose qu'à la communauté des croyants? N'y
a-t-il pas dans ces caricatures un substrat d'une autre nature, quelque
chose qui relève moins de la lib erté d'expression que
de ses limites?
Car cessons de jouer les candides, si cette liberté d'expression
constitue bel et bien un principe fondamental de notre démocratie,
son application reste restrictive. L'une des limites que lui impose
la loi est celle de l'incitation à la haine raciale. Or, lorsqu'un
caricaturiste représente le Prophète coiffé d'un
turban en forme de bombe, c'est l'Islam dans son essence et, par extension,
l'ensemble de la communauté musulmane qui se trouvent réduits
à des colporteurs de principes de haine et de repli sur soi.
Dans cette mesure l'entreprise n'est pas seulement maladroite, elle
n'est pas non plus, comme on l'entend souvent, l'oeuvre salutaire
de libres-penseurs voltairiens, héritiers des Lumières.
Elle est l'émanation brumeuse d'un climat nauséabond.
Elle alimente les pires clichés racistes et contribue à
renforcer l'imaginaire collectif dans ce qu'il a de plus sombre. Les
caricatures anti-juives dans les années trente n e faisaient
rien d'autre.
La liberté d'expression a des limites et ces limites sont consacrées
par la loi. L'enjeu n'est pas le respect de principes religieux auxquels
les auteurs des caricatures n'adhèrent de toute façon
pas. Il est ailleurs.
Une observation attentive de la couverture de cette affaire est, à
cet égard, révélatrice. La vie médiatique
est en effet pleine de contradictions. Lorsque Dieudonné, sur
le plateau de Marc-Olivier Fogiel, s'embourbait dans un sketch - dont
soit dit en passant la pauvreté humoristique insulte son talent
intrinsèque - assimilant les colons israéliens aux nazis,
il s'agissait de toute évidence d'une caricature. Plongée
durant de nombreuses semaines dans une polémique d'une ampleur
comparable à celle que nous connaissons aujourd'hui, l'opinion
publique française - conduite (ou suivie) par ses médias
- a pourtant réagi de manière très différente.
En effet, il se trouvait à l'époque très peu
de «libres-penseurs» pour d éfendre la liberté
d'expression. Le caricaturiste d'un soir fut au contraire voué
aux gémonies par une foule médiatique qui, quasi unanime,
prononça sans détour sa condamnation à une mort
publique.
Il est dès lors pour le moins curieux de voir ces mêmes
libres-penseurs, hier accusateurs farouches, se transformer aujourd'hui
en défenseurs d'une liberté d'expression à deux
vitesses. Les Finkielkraut, Glucksmann et autres s'enfoncent une fois
de plus dans leurs contradictions avec un empressement qui frôle
le ridicule et qui leur ôte toute crédibilité
intellectuelle.
Si le sketch de Dieudonné était antisémite, les
caricatures publiées (celle du turban et celle du poignard)
sont indiscutablement islamophobes et racistes. La liberté
d'expression interroge dans les deux cas ses propres limites. Quoi
qu'il en soit, tâchons de faire preuve de cohérence dans
nos condamnations. Il ne peut y avoir de hiérarchie dans le
rejet de la haine de l'Autre. Il y va de la crédibi lité
de nos combats.
Grande manifestation pour le respect des religions
au nom de la liberté d'expression
Des caricatures ignobles et mensongères du Prophète
Mohammad (PBDSL) continuent à être publiées par
des médias français, plusieurs associations musulmanes
appellent à une manifestation pour le respect des religions
et de la déontologie journalistique
Samedi 11 février 2006 à 14h - Départ : Place
de la République - Arrivée : Place de la Nation
« Pour l'adoption d'une loi contre l'islamophobie » Venez
nombreux et en famille .. Donnons une bonne image du
musulman (Prévoir un drapeau français) Manifestation
à l'initiative de l'Union des Associations Musulmanes de la
Seine-Saint-Denis (UAM-93) et des associations musulmanes de :
Tremblay-en-France, Montrouge, Sartrouville, Bagnolet,
Aulnay-sous-Bois, Cergy Pontoise, Champigny-sur-Marne, Aubervilliers,
Bobigny, Sarcelles, Argenteuil, Blanc-Mesnil, Dugny, Villier Le Bel,
Montreuil, Rueil-Malmaison, Neuilly-sur-Marne, Gagny, Noisy-Le-Sec,
Pré
St Gervais, Villeneuve-La-Garenne, ..
Contact : Tél./Fax : 01.48.45.27.93
Le Jyllands-Posten avait refusé de
publier des caricatures de Jésus il y a 3 ans : il y a donc
des limites à liberté d'expression ?
Le quotidien danois Jyllands-Posten, qui, le premier, avait publié
les caricatures de Mahomet à l'origine de la polémique,
est accusé d'avoir, trois ans auparavant, refusé de
publier des caricatures virulentes de Jésus. Selon le quotidien
britannique The Guardian du 6 février, le quotidien avait retourné
au caricaturiste Christoffer Zieler une série de dessins autour
de la résurrection du Christ, au motif que les lecteurs pouvaient
se sentir offensés par ces derniers, et qu'ils n'étaient,
de toutes façons, pas drôles.
Innocente blague
Selon le Guardian, le caricaturiste a indiqué n'avoir vu là
qu'une "innocente blague d'un genre qui aurait fait rire son
grand-père chrétien". "Je les ai montrés
à quelques pasteurs qui les ont trouvés drôles"
a-t-il indiqué au quotidien britannique. Le rédacteur
en chef du quotidien danois, Jens Kaiser, a indiqué pour sa
part qu'il était "ridicule" d'aborder ce sujet aujourd'hui
car cela "n'a rien à voir avec les dessins de Mahomet".
"Dans le cas des caricatures de Mahomet, nous avions demandé
aux dessinateurs de les faire. Je n'avais pas demandé ses dessins
(de Jésus). C'est la différence", s'est-il justifié
auprès du Guardian.
Source : http://permanent.nouvelobs.com/, 9 février 2006
Pétitions
Au Président de la République, au gouvernement et au
parlement français
Nous, Citoyens Français Musulmans, entendons favoriser la participation
de tous les citoyens, indépendamment de leurs origines et de
leurs convictions, pour lutter contre les inégalités
de fait dans la société française et promouvoir
le "vivre ensemble".
Le scandale des caricatures ignobles et mensongères du Prophète
Muhammad (PBDSL) publiées par un quotidien danois et repris
par certains médias français où il est représenté
en terroriste témoigne clairement d'une volonté de salir,
de criminaliser et d'associer la pratique de l'Islam à l'expression
d'un terrorisme aussi violent qu'aveugle. Contrairement à ce
qui a été déclaré, il ne peut s'agir en
aucun cas de liberté d'expression. La liberté d'expression
n'inclut nullement l'insulte, la diffamation et l'incitation à
la haine religieuse. La liberté d'expression signifie exprimer
ses opinions et ses pensées dans le respect d'autrui.
Or, comment peut-on outrager ainsi des citoyens en raison d'une religion
qui est la conviction profonde d'hommes et de femmes de ce pays, les
qualifier de « cons » et méconnaître le sens
du « respect de l'autre » ?
Ces caricatures insultantes sont un message évident de provocation.
Elles participent d'une volonté de confronter les communautés
religieuses et les individus entre eux.
En conséquence, nous appelons toutes les femmes et tous les
hommes de paix et de dialogue à condamner avec une extrême
vigueur ces caricatures insultantes et stigmatisantes à l'endroit
des Citoyens Français Musulmans.
Par ailleurs, il est malheureusement à craindre que ces dérapages
médiatiques ne soient que les signes avant-coureurs laissant
présager une institution généralisée de
l'islamophobie en France, c'est pourquoi nous demandons qu'une loi
contre l'islamophobie soit proposée afin de garantir le respect
des convictions des Musulmans de France.
Pour signer > http://www.petitiononline.com/azer5678/petition.html
Caricatures du Prophète Mohammed -
Justice contre les médias racistes, provocateurs et les auteurs
de violences
En défense des Lumières, appel à signature -
Au moment où l'humanité a besoin de connaissance pour
garantir une c¦xistence pacifique, la propagation de ces caricatures,
a renforcé l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et
a incité à la violence contre les citoyens européens
et leurs intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans.
Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été
touchés, nous appelons les autorités de tous les pays
concernés à juger les responsables, qu'ils aient abusé
de la liberté d'expression ou qu'ils aient commis des actions
violentes au lieu de chercher recours auprès de la Justice.
En défense des Lumières - Appel à signature
La publication d'une série de caricatures du Prophète
Mohammed dans un certain nombre de journaux occidentaux a causé
la colère des Musulmans du monde entier. Les réponses
apportées jusqu'ici, se sont exprimées en grande partie,
par des manifestations et des drapeaux brûlés, par des
condamnations de la part des représentants de gouvernements
et l'appel au boycott de produits, et par les attaques de plusieurs
ambassades Européennes aux Moyen Orient. Quelques mois après
la diffusion des rapports sur la destruction de Coran par des troupes
américaines dans la prison de Guantanamo, bien qu'elle soit
reniés à la suite, ces caricatures ont renforcé
chez de nombreux Musulmans la perception qu'ils sont non seulement
exploités économiquement par les puissances hégémoniques
occidentales, mais qu'ils sont également insultés au
niveau culturel.
Cette controverse survient dans un contexte où les armés
de plusieurs pays occidentaux ont été déployées
en Afghanistan et en Iraq; qu'Israël poursuit son occupation
des territoires palestiniens, que l'Occident a menacé de couper
son aide financière à l'Autorité Palestinienne
suite à la victoire aux élections parlementaires du
Mouvement de Résistance Islamique, le Hamas, et que l'Iran
demeure en tension pour son programme nucléaire. En Occident,
de nombreux Musulmans et d'autres communautés minoritaires
souffrent depuis longtemps de l'érosion de la diversité
culturelle qui se traduit par un préjudice croissant. Dans
un monde si fortement polarisé, la poursuite de l'escalade
de ce nouveau conflit pourrait avoir des conséquences désastreuses.
La publication de ces caricatures a été défendue
par certains en Occident au motif de la liberté d'expression.
Cependant, la liberté d'expression peut développer la
compréhension seulement si elle est exercée avec une
rigueur intellectuelle, une responsabilité sociale et une intégrité
morale. Présenter le Prophète Mohammed comme un symbole
du terrorisme, comme cela a été fait dans l'une des
caricatures, n'est pas différent d'une présentation
du prophète Moise comme un symbole des actions des Israéliens
d'extrême-droite à l'égard des Palestiniens, association
qui serait à juste titre condamnée comme étant
antisémite et interdite par les lois de nombreux pays européens.
Les Musulmans n'ont jamais blâmé Jésus-Christ
pour les nombreuses atrocités qui ont été commises
dans le monde entier au nom du Christianisme. Le réductionisme
populiste qui se trouve derrière la publication des caricatures
est enraciné dans la tradition de l'anti-Sémitisme Européen
qui a commencé par la démonisation des Juifs, de leur
foi et de leur culture et qui s'est terminée par la tentative
de leur extermination.
Nous appelons à une présentation sérieuse du
Prophète de l'Islam par l'Occident serait en conformité
avec ce qu'il y a de mieux dans la tradition intellectuelle de l'Occident.
Beaucoup de gens dans le monde Musulman ont été impressionnés
et inspirés par l'engagement aux faits et l'analyse rationnelle
qui ont été démontrée dans la pensée
occidentale depuis le siècle des Lumières. Des écrits
sur l'Islam par des auteurs tels que les défunts Maxime Rodinson
et Montgomery Watt , biographes Français et Britannique du
Prophète Mohammed- sont considérés par de nombreux
Musulmans et non Musulmans comme des modèles d'érudition.
Au moment où l'humanité a besoin de connaissance pour
garantir une c¦xistence pacifique, la propagation de ces caricatures,
a renforcé l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et
a incité à la violence contre les citoyens européens
et leurs intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans.
Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été
touchés, nous appelons les autorités de tous les pays
concernés à juger les responsables, qu'ils aient abusé
de la liberté d'expression ou qu'ils aient commis des actions
violentes au lieu de chercher recours auprès de la Justice.
Initiateurs
Hossein Shahidi, Assistant Professor of Communication, American University
of Beirut
Sari Hanafi, (hanafi@p-ol.com), Visiting Associate Professor of Sociology,
American University of Beirut
Premières signatures
Hassan Hanafi, Prof. of Philosophy, University of Cairo
Nabil Dajani, Professor of Communication, American University of Beirut
Armando Salvatore, Research fellow in Sociology at Humboldt University,
Berlin
Ray Jureidini, Associate Prof. of Sociology, American University in
Cairo
Lisa Taraki, Prof. of Sociologist, Birzeit University
Georges Giacaman, Prof. of Philosopher, Birzeit University
Omar Nashabe, Assistant Prof. of sociology, American University of
Science and Technology
Baudoin Dupret, CNRS/IFPO, Damascus
Benoit Challand, Senior researcher, European University Institute,
Italy
Lena Jayyuisi, Prof. of Communication, American University of Sharqa
Michael Warschawski, Human rights activist, Jerusalem, Israel
Joss Dray, Photographer, France
Micheline Garreau, Human rights activist, France.
Pour ajouter votre nom
http://www.planetenonviolence.org/index.php?action=article&numero=503&PHPSESSID=18a9192f078dbc18571325079c8b43ac
Les journaux ont eu tort de publier des caricatures
de Mahomet, estime une majorité de Français sondés
Plus d'un Français sur deux (54%) estiment que les «journaux
ont eu tort de publier les caricatures du prophète Mahomet
car cela constituait une provocation inutile», selon un sondage
CSA publié vendredi par «La Croix».
Seul un gros tiers des sondés (38%) pensent que les journaux
ont eu raison de publier ces dessins «au nom de la liberté
d'expression».
Pour autant, 35% des Français ne comprennent pas du tout l'indignation
suscitée chez les musulmans par ces publications et 18% ne
la comprennent «plutôt pas». Ils sont 36% à
la comprendre «plutôt» (22%) ou «tout à
fait» (14%).
Pour 78% de sondés, la montée de violence à laquelle
on assiste dans certains pays depuis que ces caricatures ont été
publiées est un «grand» sujet d'inquiétude.
Cette inquiétude est «plutôt» faible pour
15% des gens et «très faible» pour 4%.
-Sondage CSA réalisé par téléphone le
8 février 2006 auprès d'un échantillon national
représentatif de 1.000 personnes âgées de 18 ans
et plus, d'après la méthode des quotas. Source : AP,
10 février 2006
Javier Solana en tournée dans des pays
musulmans la semaine prochaine
Le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère
Javier Solana a annoncé mercredi qu'il allait se rendre la
semaine prochaine dans "différents pays" du monde
arabe pour tenter d'apaiser la situation après la publication
des caricatures du prophète Mahomet.
"Je voudrais prendre la semaine du 13 (février), toute
la semaine prochaine, pour voyager, visiter différents pays,
(rencontrer) des dirigeants politiques, des leaders sociaux aussi",
a déclaré M. Solana.
"Les relations entre les citoyens de l'UE et les citoyens du
monde arabe ont été tissées avec beaucoup de
travail pendant des années, il ne faut pas jouer avec ça",
a-t-il continué.
M. Solana devrait quitter Bruxelles dimanche ou lundi et pourrait
se rendre à Jeddah pour rencontrer le secrétaire général
de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin
Ihsanoglu, ainsi qu'en Egypte, en Jordanie et dans les Territoires
palestiniens, a précisé une source européenne.
Mardi, la ministre autrichienne des Affaires étrangères
Ursula Plassnik avait demandé au nom de l'UE, dont son pays
assure la présidence tournante, à Javier Solana de se
rendre à Jeddah pour engager le dialogue avec l'OCI. Mardi
soir, M. Solana, M. Ihsanoglu et le secrétaire général
de l'Onu Kofi Annan ont exprimé leur profonde préoccupation
devant la fureur causée dans le monde musulman par la publication
en Europe de caricatures du prophète Mahomet et ont appelé
à la retenue et au dialogue.
"Nous sommes profondément préoccupés par
les répercussions de la publication au Danemark il y a plusieurs
mois de caricatures insultantes du prophète Mohammad (Mahomet),
leur reproduction ultérieure par d'autres journaux européens
et par les actes de violence qui se sont produits en réaction",
avaient-il déclaré dans un communiqué commun.
Source : AFP, 8 février 2006
L'Inquisition libérale
par le Dr Younes Bounab, Chercheur à l'Institut Hoggar
(www.hoggar.org), 7 février 2006
O liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !
La presse européenne qui a reproduit les caricatures haineuses,
obscènes et calomnieuses du journal de droite danois Jyllands-Posten
est elle plus libre, maintenant que l'arbre de sa liberté d'expression
a été arrosé par l'offense de 1.4 milliards de
musulmans ? Disséminer à grande échelle des insultes
outrageantes et incendiaires sur le Prophète (qpssl) de l'Islam
et blesser, dans leur foi, des centaines de millions de musulmans
a-t-il certifié sa virilité libérale ?
Un musulman est en droit d'en douter. La liberté qui s'établit
par l'oppression d'autrui n'est pas la liberté.
Que l'on ne nous raconte pas que cette affaire est un conflit entre
deux sacrés, la liberté d'expression d'un coté,
et le Prophète Muhammad (qpssl) de l'autre.
La liberté d'expression n'est qu'un prétexte dont font
usage les apologues de cette campagne de haine islamophobe.
Depuis quand la liberté d'expression aurait-elle été
en Europe, ou ailleurs, un absolu, une valeur sacrée ?
La liberté d'expression y a toujours été restreinte,
ses frontières étant souvent délimitées
par des lois sur l'obscénité, l'incitation à
la haine raciale, la subversion, la trahison et l'atteinte à
la sécurité nationale, la diffamation, etc.
De plus, comme l'expliquait Simon Jenkins, dans les pages du Sunday
Times dimanche dernier, « un journal n'est pas un monastère
retiré du monde et sourd aux réactions. Chaque centimètre
d'encre imprimée reflète les opinions de ses auteurs
et le jugement de ses rédacteurs. Quotidiennement, les journaux
prennent des décisions sur l'équilibre entre audace,
délit, bon goût, prudence et maladresse. Ils doivent
décider à qui donner la parole et à qui la dénier.
Ils sont contraints par les lois sur la diffamation, par la politesse
ou le savoir vivre, et ce qui est acceptable aux lecteurs. L'expression
n'est libre qu'au sommet de la montagne ; tout le reste n'est que
décision rédactionnelle. [..] Sur chaque page plane
un censeur, quand bien même il est honoré du titre de
rédacteur.»
La liberté d'expression n'est pas absolue en Europe, et ses
limites sont constamment négociées pour assurer l'harmonie
sociale et la protection de certaines minorités, en particulier
la minorité juive, et ce à juste titre.
Si la liberté d'expression n'est donc pas, de fait, absolue,
la question est pourquoi ses limites ne prennent-elles pas en compte
la protection contre l'incitation à la haine anti-islamique
?
Pourquoi les musulmans en Europe devraient-ils accepter que la liberté
d'expression soit exercée en profanant ce qui leur est le plus
sacré ? Si la liberté d'expression s'arrête la
ou commencent les droits contre la discrimination sexuelle et raciale,
pourquoi la conviction religieuse ne serait-elle pas pertinente dans
la définition de ses limites ? D'autant plus que la religion
participe à l'identité du musulman aussi fortement que
le détermine son sexe ou sa race, car, pour lui, l'Islam est
un caractère inévitable, plutôt que contingent,
de sa nature.
Agnès Callamard, directrice de l'organisation internationale
Article 19 pour la liberté d'expression, explique dans un article
intitulé « Fausseté Prophétique »,
publié dans le Guardian du 2 février, pourquoi il ne
faut pas restreindre la liberté d'expression contre l'incitation
à la haine anti-musulmane : « Nous reconnaissons que
les caricatures ont offensé beaucoup de musulmans, mais l'offense
et le blasphème ne devraient pas être des standards limites
pour restreindre la liberté d'expression. Les lois contre le
blasphème protègent les croyances et non les personnes.
»
Mais la disjonction entre les croyances et les personnes sur laquelle
repose cet argument est absurde. Les croyances sont une partie intégrante
de l'identité des personnes. Si la remise en cause des croyances
sur certains événements de la deuxième guerre
mondiale, qui font maintenant partie de la mémoire collective
juive, sont un standard pour restreindre la liberté d'expression,
pourquoi la profanation d'une croyance partagée par un sixième
de l'humanité ne pourrait-elle pas être une limite de
la liberté d'expression ?
En résumé, on voit que la reproduction des caricatures
haineuses par une certaine presse européenne ne peut se défendre
avec cohérence par l'argument de la liberté d'expression.
Si la reproduction des caricatures anti-islamiques ressemble à
une liberté, elle ressemble alors plutôt à la
liberté de tyranniser et à la solidarité dans
la tyrannie.
Preuve en est que, non satisfait de violer le sacré des musulmans
et de promouvoir la haine de leur religion, cet intégrisme
libéral leur dicte aussi, quotidiennement, avec une condescendance
effrontée, comment ils devraient réagir avec «
maturité » face à l'offense qu'il leur fait subir.
L'inquisition libérale exerce ce qu'elle considère son
droit démocratique d'offenser les musulmans, mais en même
temps elle leur dénie le droit se sentir offensés !
Solidarité corporatiste avec les profanateurs du sacré
musulman oblige, même Reporters sans frontières rabâche
le même sermon sur la liberté d'expression, sans un mot
sur les responsabilités qu'elle engage, et se permet, en plus,
d'appeler « les responsables politiques et religieux des pays
musulmans ainsi que la presse du monde arabe à tout faire pour
calmer les esprits », position qui rappelle ce que disait Steve
Biko, l'Africain du Sud : « Non seulement les blancs nous frappent,
mais en plus ils nous dictent la façon de réagir à
leurs coups. »
La fraternité médiatique qui propage l'incitation à
la haine anti-islamique ferait bien de méditer cet enseignement
du Prophète (qpssl) qu'elle insulte. Muhammad (qpssl) a dit
: « Soutiens ton frère qu'il soit oppresseur ou opprimé».
Les gens dirent « Ô Prophète, nous soutiendrons
celui qui est opprimé, mais comment soutenir l'oppresseur ?
» Le Prophète (qpssl) répondit : « En l'empêchant
d'opprimer les autres. »
Les caricatures danoises : les liens du Jyllands-Posten
avec le Club Bilderberg
par Anwaar Hussain, 7 février 2006. Original
: http://malakandsky.blogspot.com/2006/02/denmark-cartoons.html.
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). cette traduction est en Copyleft.
Les caricatures offensantes qui ont provoqué une flambée
de manifestations violentes dans l'ensemble du monde musulman avaient
été publiée en septembre 2005, pour la première
fois, dans un quotidien danois, Jyllands-Posten. Elles ont été
republiées, au mois de janvier, en Autriche, puis, au début
de février, dans un certain nombre de journaux européens,
en France, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en Espagne.
On a assisté depuis lors à des manifestations de colère,
parfois violentes, d'une extrémité à l'autre
du monde musulman, ainsi qu'en Grande-Bretagne et en France. Ce sont
au minimum six décès qui ont été déplorés
jusqu'ici. C' est un véritable nid de guêpe qui a été
ainsi dérangé, et on n'aperçoit pas de fin à
cette véritable crise.
Tout ceci s'est-il produit par hasard, incidemment, ou bien s'agit-il
d'une tentative délibérée de susciter des troubles,
à des fins particulières ?
Pour répondre à cette question, nous devons remonter
dans le passé, jusqu'au mois de mai 2005.
Cinq mois, seulement, avant le déclenchement de cette crise,
entre le 5 et le 8 mai 2005, des hommes très puissants, appartenant
aux sphères de la finance, de l'industrie et de la politique,
se sont réunis dans les salons luxueux et feutrés de
l'hôtel 5 étoiles Dorint Sofitel Seehotel Überfahrt,
à Rottach-Egern, en Allemagne. Devant l'hôtel, des gardes
privés et des membres de la gendarmerie nationale patrouillaient,
armés de fusils automatiques, avec des chiens renifleurs. Le
ciel bavarois était bas et gris, et il pleuvait.
Cette camarilla secrète d'hommes puissants est connue sous
le nom de Groupe Bilderberg (une simple requête sur le moteur
de recherche Google vous donnera rapidement des milliers de résultats).
Ce Groupe Bilderberg est la seule organisation privée internationale
que Time magazine note 10, en matière de secret, sur une échelle
allant de 1 à 10 [10 étant la note maximale, correspondant
à une extrême confidentialité.]
Vous allez me dire : et alors, qu'est-ce que les caricatures sacrilèges
ont à voir avec le groupe Bilderberg ? Examinons simplement,
tout d'abord, les noms de quelques-uns de ses membres présents
à la conférence de mai 2005. Il s'agissait notamment
de :
Josef Ackermann, président, comité exécutif
du groupe, Deutsche Bank AG, Allemagne ;
Joaquin Almunia Amann, Commissaire européen ;
José M. Durno Barroso, Président de la Commission européenne,
Portugal ;
Franco Bernabe, Vice-président de Rothschild Europe, Italie
;
Martin S. Feldstein, Président et PDG, National Bureau of
Economic Research, U.S.A. ;
William C. Ford, Jr., Président et PDG, Ford Motor Company,
U.S.A. ;
Timothy F. Geithner, Péesident, Federal Reserve Bank of New
York, U.S.A ;
Donald E. Graham, Président et PDG, The Washington Post Company,
U.S.A. :
Richard N. Haass, Président, Council on Foreign Relations,
U.S.A. ;
Jaap Hoop de Scheffer, Secrétaire National de l'OTAN, Hollande
;
Allan B. Hubbard, Assistant du Président pour la politique
économique et Directeur du Conseil économique national,
U.S.A. ;
John M. Keane, Président, GSI, LLC; général
de l'armée US, à la retraite, U.S.A. ;
Henry A. Kissinger, Président de Kissinger Associates, Inc.,
U.S.A. :
Neelie Kroes, Commissaire européenne ;
Michael A.Ledeen, American Enterprise Institute, U.S.A. ;
William J. Luti, sous-Secrétaire à la défense
pour les Affaires du Moyen-Orient et de l'Asie méridionale,
U.S.A. ;
Jessica T. Mathews, Président, Carnegie Endowment for International
Peace, U.S.A. ;
Kenneth B. Mehlman, Président, Republican National Committee,
U.S.A. ;
Elena Nemirovskaya, Fondatrice et Directrice de l'Ecole d'Etudes
Politiques de Moscou, Russie ;
La Reine Beatrix des Pays-Bas ;
Andrzej Olechowski, dirigeant de la Plate-forme Civique, Pologne
;
Norman Pearlstine, rédacteur en chef, Time Inc., U.S.A. ;
Richard N. Perle, chercheur titulaire, American Enterprise Institute
for Public Policy Research, U.S.A. ;
Friedbert Pflüger, Membre du Parlement (Bundestag), CDU/CSU,
Allemagne ;
Son Altesse Royale le Prince Philippe de Belgique ;
Rato y Figaredo, Rodrigo de, Directeur, Fonds Monétaire International
;
David Rockefeller, Member, JP Morgan International Council, U.S.A.
;
Judith Rodin, Président, The Rockefeller Foundation, U.S.A.
;
Dennis B. Ross, Directeur, The Washington Institute for Near East
Policy, U.S.A. :
Sa Majesté la Reine d'Espagne ;
Peter D. Sutherland, Président, Goldman Sachs International
;
Jean-Claude Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale Européenne
;
James D. Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, U.S.A.
;
Paul Wolfowitz, Président nommé de la Banque Mondiale,
U.S.A.
Et, bien entendu, il y avait les habituels Premiers ministres et
responsables du gouvernement US. Présents également,
les faiseurs de la pluie et du beau temps des médias occidentaux,
dont des présidents de médias de tous les pays dont
la presse a choisi de publier les caricatures blasphématoires.
Les noms de MM. Michael Ledeen, Richard Perle et Paul Wolfowitz, toutefois,
doivent normalement faire « tilt ».
On trouvait aussi sur la liste des participants un certain
Anders Eldrep, du Danemark. Anders Eldrep (ce nom est parfois orthographié
Eldrup) se trouve être marié à une certaine Merete
Eldrep. Cette dame est PDG de la firme JP/Politikens Hus [JP signifiant
Jyllands-Posten], qui a publié les scandaleuses caricatures
anti-islamiques au Danemark.
Anders Eldrep n'est pas le premier venu, et sa femme n'est
pas particulièrement tombée non plus de la dernière
pluie, pour ne pas avoir compris quelles répercussions leurs
décisions allaient avoir.
Son épouse, Merete Eldrep, est l'ancienne présidente
du cabinet du ministère de l'économie et des entreprise,
et adjointe au directeur de l'Autorité danoise de l'énergie.
Quant à son illustre époux, Anders Elderp,
il est l'actuel secrétaire de la Compagnie danoise du pétrole
et du gaz naturel, la DONG [Denmark's Oil and Natural Gas Company].
Il avait déjà participé aux cinq dernières
réunions du groupe de Bilderberg. Curieusement, un ancien rédacteur
en chef de 'Politiken', autre quotidien du groupe JP/Politikens Hus,
Toger Seidenfaden, était également un Bilderberger de
longe date.
Et maintenant, examinons un peu ce groupe Bilderberg.
Au cours d'une des rares interviews accordées à la
BBC, Etienne Davignon, 73 ans, secrétaire du groupe Bilderberg
et ancien diplomate belge et commissaire européen, a démenti
des allégations selon lesquelles le groupe Bilderberg serait
partie constitutive d'une vaste conspiration mondiale visant à
placer aux manettes du monde entier une élite auto-sélectionnée
de faiseurs de pluie et de beau temps. Ses dénégations
étaient tout aussi naturelles qu'aurait été étrange
le fait qu'il admît publiquement le sinistre programme de cette
cabale. Lisez cette interview, pour vous faire une idée personnelle
sur cette question. A mon humble avis, l'unique objectif de ce groupe,
c'est l'instauration d'une copie conforme euro-américaine,
d'aucuns disent anglo-américaine, d'un Nouvel Ordre Mondial,
au bénéfice exclusif des élites.
Les débats du Bilderberg sont structurées autour du
principe de la nécessité de parvenir à un accord,
plutôt que d'un cérémonial de résolutions
et de scrutins. Le statut et le pouvoir de ses membres actifs sont
tels que si un accord est atteint, en vue d'une action déterminée,
la décision résultante doit théoriquement être
appliquée dans l'ensemble des pays occidentaux.
En particulier dans les milieux géopolitiques de l'ère
post-onze septembre, l'objectif du groupe a consisté à
servir les politiques étrangères des gouvernements américain
et britannique, ou plus simplement, d'aider à mettre en application
la formule précise vendue internationalement par la doublette
Bush / Blair. Ce nouvel ordre mondial, bénéficiant du
soutien indéfectible du groupe, est en train d'être forcé
dans le gosier collectif des citoyens du monde, sous le déguisement
d'une « guerre mondiale contre le terrorisme », et de
l'établissement de la « démocratie », de
la « paix » et de la « liberté » dans
le monde.
Trois ou quatre citations tirées des bavardages de ces dirigeants
anglo-américains éclairent l'interprétation de
leurs intentions ;
« Des temps troublés actuels (conflit Irak / Koweït),
notre cinquième objectif est le suivant. : un nouvel ordre
mondial est susceptible de se faire jour : ce sera une ère
nouvelle. Nous apercevons maintenant des Nations unies qui fonctionnent
effectivement de la manière envisagée par leurs fondateurs.
» [11 septembre 1990 - Discours sur l'Irak du président
Goerge H. W. Bush.]
« Notre mission est claire : débarrasser le monde du
mal », [conférence de presse du président George
W. Bush, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.]
« Des ténèbres de ce mal [attentats du 11/09]
doit émerger un bien, pour longtemps. Le temps est venu de
saisir. reconstruisons ce monde, là, autour de nous. »
[Premier ministre britannique Anthony Blair, 2 octobre 2001, à
la BBC.]
Et maintenant, mes interrogations :
Toute cette campagne de caricatures anti-musulmanes n'était-elle
rien de plus, en réalité, qu'une tentative innocente
de promouvoir la cause sacrée de la liberté d'_expression
y compris sur des sujets politiques ultrasensibles - l'antisémitisme
étant rejeté, en paroles ou en actes, et même
par la loi, dans la plupart des pays occidentaux ?
Ou bien alors, compte tenu des temps lourds de danger que nous traversons,
les Musulmans sont-ils provoqués délibérément,
afin de les exploiter émotionnellement, en les amenant à
se présenter comme une masse bouillonnante, foisonnante, d'hommes
des cavernes enragés, en vue de leur annihilation finale ?
Personne, après tout, ne pleure devant les nuages en forme
de champignon de Paris qui bouchent l'horizon au-dessus de pays de
sauvages ?
Mais peut-être le scripteur de ces lignes est-il indûment
alarmiste ?
A vous d'en décider.
[Droits réservés : Anwaar Hussain]
The Denmark Cartoons
by Anwaar Hussain
http://malakandsky.blogspot.com/2006/02/denmark-cartoons.html
Tuesday, February 07, 2006
The derogatory cartoons that have the Islamic world in throes of
violent protests were first published in September 2005 by Danish
newspaper Jyllands-Posten. They were later republished in Austria
in January, and then at the beginning of February in a number of European
newspapers in France, Germany, the Netherlands, Italy and Spain.
There have since been angry and sometimes violent protests across
the Islamic world, Britain and France. At least six deaths have been
reported thus far. A hornets' nest has been stirred with the end of
the rapidly escalating crisis nowhere in sight.
Has it all happened innocuously and accidentally or is it a deliberate
attempt towards an ulterior motive?
To answer this question let us go back in time to May 2005.
Only four months before the crisis, between May 5 to May 8, 2005,
a group of powerful men from today's finance, industry and politics
huddled together in the warm and cozy rooms of the 5-star Dorint Sofitel
Seehotel Überfahrt in Rottach-Egern, Germany. Outside the hotel,
private and state guards patrolled with automatic weapons and sniffer
dogs. The gray Bavarian skies rained on.
This secretive cabal of powerful men otherwise goes by the name of
Bilderberg Group (a simple Google query will throw up thousands of
results). The Bilderberg Group is the only private international organization
that Time magazine rated 10 for secrecy on a scale of 1 to 10 (10
being most secret).
So what do the defamatory cartoons have to do with the Bilderbergs?
Let us first have a look at the names of just some of the attendees
of the May 2005 conference. These were;
Josef Ackermann, Chairman, Group Executive Committee. Deutsche Bank
AG, Germany
Joaquin Almunia Amann, Commissioner, European Commission
José M. Durno Barroso, President, European Commission, Portugal
Franco Bernabe, Vice Chairman, Rothschild Europe, Italy
Martin S. Feldstein, President and CEO, National Bureau of Economic
Research, U.S.A.
William C. Ford, Jr., Chairman and CEO, Ford Motor Company, U.S.A.
Timothy F. Geithner, President, Federal Reserve Bank of New York,
U.S.A
Donald E. Graham, Chairman and CEO, The Washington Post Company,
U.S.A.
Richard N. Haass, President, Council on Foreign Relations, U.S.A.
Jaap Hoop de Scheffer, Secretary General, NATO, Netherlands
Allan B. Hubbard, Assistant to the President for Economic Policy
and Director of the National Economic Council, U.S.A.
John M. Keane, President, GSI, LLC; General, US Army, Retired, U.S.A.
Henry A. Kissinger, Chairman, Kissinger Associates, Inc., U.S.A.
Neelie Kroes, Commissioner, European Commission
Michael A.Ledeen, American Enterprise Institute, U.S.A.
William J. Luti, Deputy Under Secretary of Defense for Near Eastern
& South Asian Affairs, U.S.A.
Jessica T. Mathews, President, Carnegie Endowment for International
Peace, U.S.A.
Kenneth B. Mehlman, Chairman, Republican National Committee, U.S.A.
Elena Nemirovskaya, Founder and Director, Moscow School of Political
Studies, Russia
Queen Beatrix of the Netherlands
Andrzej Olechowski, Leader Civic Platform, Poland
Norman Pearlstine, Editor-in-Chief, Time Inc., U.S.A.
Richard N. Perle, Resident Fellow, American Enterprise Institute
for Public Policy Research, U.S.A.
Friedbert Pflüger, Member of Parliament, CDU/CSU Fraktion, Germany
H.R.H. Prince Philippe, Belgium
Rato y Figaredo, Rodrigo de, Managing Director, IMF
David Rockefeller, Member, JP Morgan International Council, U.S.A.
Judith Rodin, President, The Rockefeller Foundation, U.S.A.
Dennis B. Ross, Director, The Washington Institute for Near East
Policy, U.S.A.
H.M. the Queen of Spain
Peter D. Sutherland, Chairman, Goldman Sachs International;
Jean-Claude Trichet, Governor, European Central Bank
James D. Wolfensohn, President, The World Bank, U.S.A.
Paul Wolfowitz, President designate, The World Bank, U.S.A.
And of course there were the usual prime ministers and U.S. government
officials. Also present were the movers and shakers of the Western
media including media heads from almost all the countries whose press
chose to publish the insulting cartoons. The names of Messers Michael
Ledeen, Richard Perle and Paul Wolfowitz, however, must ring some
bells. (Click here for the complete list)
Also on the list of attendees was one Anders Eldrep from Denmark.
Anders Eldrep (sometimes spelled as Eldrup) happens to be married
to one Merete Eldrep. This lady is the managing director of company
JP/Politikens Hus (JP for Jyllands-Posten) that published the slanderous
anti-Islamic cartoons in Denmark.
Neither Anders Eldrep is an ordinary Tom, Dick or Harry nor his wife
exactly a babe in woods not to have understood the repercussions of
their actions.
Merete Eldrep, the wife, is a former Head of Secretariat at the Ministry
of Economic and Business Affairs and Deputy Director of the Danish
Energy Authority.
And Anders Elderp, her illustrious husband, is the current Chairman
of Denmark's Oil and Natural Gas Company DONG and has been Permanent
Secretary, Ministry of Danish Finance up to the year 2001. He also
has attended the last FIVE Bilderberg meetings thus far. Interestingly,
a previous editor-in-chief of 'Politiken', another of JP/Politikens
Hus's newspapers, namely Toger Seidenfaden, too was a long-time Bilderberger.
Now a little more about the Bilderberg Group.
In a rare interview given to BBC, Etienne Davignon, 73, the chairman
of the Bilderberg Group and a former Belgian diplomat and European
Commissioner, dismissed claims that the Bilderberg Group is part of
a global conspiracy to rule the world by a self-selected elite of
movers and shakers. His dismissal is as natural as publicly admitting
the cabal's sinister agenda would have been unnatural. Please read
the interview to form up your own opinion. In my judgment the sole
aim of the group is implementing a Euro-American, some say Anglo-American,
blueprint of a New World Order for the express benefit of these elites.
The Bilderberg discussions are structured on the principle of reaching
accord rather than through ceremonial resolutions and voting. Such
is the power and status of the active members that if an agreement
for action is arrived at, the resulting decision is expected to be
implemented in the West as a whole.
In the post 9/11 geo-political milieu particularly, the group's aim
has been to buttress the foreign policies of the governments of the
United States and Great Britain or, more simply, to help execute the
precise formula sold internationally by the Bush/Blair combo. This
new world order, with the group's unflinching support, is being shoved
down the collective throat of the world citizenry under the guise
of "global war on terrorism", and of establishing "democracy",
"peace", and "freedom" in the world.
Just three quotes from the lamb talk of these Anglo-American leaders
make clear enough readings of their intentions;
"Out of these troubled times [Iraq/Kuwait conflict], our fifth
objective -- a new world order can emerge: a new era...We're now in
sight of a United Nations that performs as envisioned by its founders."
September 11, 1990 - Iraq Speech by President George H. W. Bush
"Our mission is clear: to rid the world of evil" - Pres.
George W. Bush, post-Sept. 11, 2001
"Out of the shadow of this evil [9/11], should emerge lasting
good... This is a moment to seize...let us re-order this world around
us." - British Prime Minister Tony Blair, Oct. 2, 2001 (BBC)
My questions then;
Was this whole anti-Islamic cartoon exercise actually nothing more
than an innocent attempt at promoting the much cherished cause of
freedom of _expression on sensitive topics---anti-Semitism being disallowed,
by word or action, by law in most of the western world?
Or, given the ominous times we are in, the Muslims are deliberately
being provoked, exploiting their emotionality, into presenting one
seething, throbbing mass of foaming-at-the-mouths herd of rabid cavemen
image for their eventual annihilation? No one, after all, cries over
the mushroom clouds blotting the horizons over beastlands.
Or is the scribe being overly alarmist?
You decide.
Copyrights : Anwaar Hussain
Caricatures à traits tirés - Il
ne s'agit pas d'un conflit entre Occident et Islam mais entre raison
et passions aveugles.
par Tariq RAMADAN, Libération, 8 février
2006
l’auteur est professeur invité à l'université
d'Oxford (St. Antony's College) et Senior Research à la Lokahi
Foundation.
J'étais à Copenhague en octobre lorsque l'affaire des
caricatures a commencé à provoquer des manifestations
au Danemark. Interviewé par un journaliste de la rédaction
qui avait publié les douze dessins, celui-ci m'avait fait part
des vifs débats internes au journal, du malaise que beaucoup
de journalistes éprouvaient autour de cette affaire en même
temps que de leur surprise face à la réaction des musulmans
et des ambassades du monde arabe. Il semblait néanmoins que
la tension ne devait pas franchir les frontières du Danemark.
Aux musulmans qui dénonçaient un acte raciste, une provocation
dont allait se servir l'extrême droite danoise en pleine expansion,
je conseillais de ne pas réagir émotionnellement, d'expliquer
calmement en quoi ces caricatures les blessaient et de ne point manifester
ni prendre le risque de déclencher un mouvement de foule impossible
à maîtriser.
Tout semblait réglé et on peut se demander pourquoi,
trois mois après les faits, on a intérêt à
rallumer la flamme d'une controverse aux conséquences aujourd'hui
aussi dramatiques qu'incontrôlables. Des musulmans danois se
sont rendus dans des pays du Moyen-Orient et ont attisé la
flamme du ressentiment : des gouvernements, trop contents de prouver
leur attachement à l'islam - et ainsi de se légitimer
aux yeux de leur population - ont saisi l'aubaine et se sont présentés
en grands défenseurs de la cause. Il n'en fallait pas davantage
pour que des politiciens, des intellectuels et des journalistes -
avocats de l'autre grande cause de la liberté d'expression
- se présentent en résistants à l'obscurantisme
religieux au nom des valeurs de l'Occident. Et nous voilà en
face de la grande simplification, de la polarisation la plus simpliste
qui soit : il s'agirait d'un clash entre les civilisations, d'un affrontement
entre, d'un côté, l'inaliénable principe de la
liberté d'expression et, de l'autre, le principe qui fonde
l'inviolable sphère du sacré.
Présenté en ces termes, le débat a malheureusement
viré au bras de fer : qui l'emportera ? Des musulmans veulent
des excuses, menacent de s'en prendre aux intérêts européens,
voire aux personnes ; des gouvernements et des journalistes occidentaux
refusent de plier sous les menaces et certains organes de presse en
rajoutent en publiant à leur tour les caricatures. La majorité
des populations du monde observent ces excès avec perplexité
: quelle folie mène le monde ?
Il faut pourtant trouver les moyens de sortir de ce cycle infernal
et de demander à tous et à chacun de cesser de jeter
de l'huile sur le feu pour enfin entrer dans un débat sérieux,
profond et serein. Non, il ne s'agit pas d'un clash entre les civilisations
; non, cette affaire ne symbolise pas l'affrontement entre les principes
des Lumières et ceux de la religion. Non, trois fois non. Ce
qui est en jeu au coeur de cette triste affaire, c'est de mesurer
la capacité des uns et des autres à savoir être
libre, rationnel (croyant ou athée) et, dans le même
temps, raisonnable. La fracture qui se dessine aujourd'hui n'est point
entre l'Occident et l'Islam mais entre celles et ceux qui, dans les
deux univers, savent être et affirmer ce qu'ils sont avec mesure
au nom d'une foi et/ou d'une raison raisonnables, et ceux qui se laissent
emporter par les certitudes exclusives, la passion aveugle, les perceptions
réductrices de l'autre et les conclusions hâtives. Ces
traits de caractère sont équitablement partagés
entre certains intellectuels, savants religieux, journalistes et une
partie des populations des deux univers. Face aux dérives graves
qu'ils peuvent provoquer, il est urgent d'appeler à plus de
sagesse.
Il est interdit en islam de représenter les prophètes
de n'importe quelle façon que ce soit. Il s'agit là
non seulement de l'expression du respect fondamental qui leur est
dû mais également d'un principe de la foi qui exige que
Dieu et ses prophètes ne soient jamais figurés pour
éviter toute tentation idolâtre. En ce sens, représenter
un prophète équivaut à une transgression grave.
Si, en sus, on y ajoute l'insulte et l'amalgame bien maladroit comme
cela a été perçu par les musulmans dans la représentation
du prophète avec un turban en forme de bombe, on comprend la
nature du choc et du rejet qui s'est manifesté très
largement parmi les musulmans (dont certains ne sont pas même
pratiquants). Ils estimaient qu'on allait trop loin : il était
bon et important qu'ils puissent l'exprimer et être entendus.
Il était néanmoins nécessaire qu'ils n'oublient
pas que les sociétés occidentales, depuis trois siècles,
se sont habituées (à la différence des sociétés
musulmanes) à la dérision, à l'ironie et à
la critique du fait et des symboles religieux, du pape, du Christ,
voire de Dieu. Même s'ils ne partagent pas cette attitude, il
est impératif que les musulmans sachent garder une distance
intellectuelle critique en pareille circonstance et ne se laissent
pas entraîner par une ferveur qui est mauvaise conseillère.
En face de caricatures aussi maladroites que bêtement méchantes,
il eut été - et il demeure - préférable
d'exposer sans fracas au public ses principes et ses valeurs et de
passer son chemin jusqu'à ce qu'une conjoncture plus favorable
permette un débat plus serein. Ce qui sourd des communautés
et du monde musulmans aujourd'hui est aussi excessif qu'insensé
: l'obsession des excuses, les appels aux boycottages, voire les menaces
de représailles physiques et armées sont totalement
démesurées et ces excès sont à rejeter
et à condamner.
Invoquer le «droit à la liberté d'expression»
pour se donner le droit de tout dire, n'importe comment, contre n'importe
qui, est également une attitude irresponsable. D'abord parce
qu'il n'est pas vrai que tout est permis au nom de la liberté
d'expression. Chaque pays a des lois, qui fixent un cadre qui permet,
par exemple, de condamner les propos racistes, et auxquelles il faut
ajouter un corps de règles particulières qui correspondent
à la culture, aux traditions, à la psychologie collective
de la société en question et qui régulent les
relations entre les individus et la diversité des cultures
et des religions en présence. On ne traite pas de la même
façon l'injure raciale et/ou religieuse selon les sociétés
occidentales : à l'intérieur d'un cadre légal
à peu près commun, chaque pays a sa mémoire et
sa sensibilité que la sagesse impose de reconnaître et
de respecter. Les sociétés européennes ont changé
et la présence des musulmans a quelque peu modifié cette
sensibilité collective. Plutôt que d'être obsédé
par le droit - au point de le transformer en dictature du droit à
l'expression de n'importe quoi - ne serait-il pas bienvenu d'appeler
les citoyens à un usage responsable de leur liberté
d'expression qui tienne compte des sensibilités qui composent
nos sociétés contemporaines? Il ne s'agit pas d'ajouter
des lois et de restreindre l'espace de la parole libre : non, il s'agit
simplement d'appeler les uns et les autres à user de leurs
droits de façon raisonnable. Il s'agit bien plus de civisme
que de droits ; les citoyens de confession musulmane ne demandent
pas plus de censure, simplement un peu plus de respect. On ne décrète
pas le respect mutuel à coups de lois, on l'enseigne au nom
d'une citoyenneté libre, responsable et raisonnable.
Nous sommes à la croisée des chemins. Il est l'heure
que des femmes et des hommes refusent les faux clivages entre deux
mondes et bâtissent des ponts entre deux univers qui ont de
nombreux principes communs. Qu'ils affirment le droit à l'expression
libre en même temps que le sens de la mesure quant à
son usage ; qu'ils promeuvent l'autocritique nécessaire et
qu'ils refusent les vérités exclusives et les postures
binaires. Nous avons un urgent besoin de confiance mutuelle. La crise
provoquée par ces caricatures nous montre combien le pire est
possible (à partir d'«apparemment rien») entre
deux univers de sens quand ils deviennent sourds l'un à l'autre
et sont tentés de se définir l'un contre l'autre. Un
désastre dont les extrémistes des deux camps ne manqueront
pas de tirer parti.
Si les femmes et les hommes qui chérissent la liberté,
qui savent l'importance du respect mutuel, qui ont conscience de l'impérative
nécessité du dialogue critique et constructif ; si ces
femmes et ces hommes, disais-je, ne s'expriment pas, ne s'engagent
pas plus visiblement ensemble et ne résistent pas aux dérives
de notre temps, alors il y a fort à parier que des lendemains
douloureux et noirs nous attendent. Au demeurant, c'est à nous
de choisir.
Plainte Citoyenne Islamophobie - Contre les
Caricatures de Mahomet faisant de chaque Musulman un terroriste
par Ahmed, La banlieue s’exprime, 8 février
2006. Source : http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=363
Les caricatures du prophète ont fédéré
tous les Musulmans. Du politique au simple citoyen, du religieux au
profane, du pratiquant au non pratiquant, et même bien au-delà
de l’islam. Il n’y a guère qu’une certaine
presse occidentale qui n’y ait pas vu la portée injurieuse
et insultante.
Mohammed est le symbole direct de l’Islam, représentant
les personnes de confession musulmane dans leur ensemble. Une bombe
dans le turban d’une représentation du prophète
ne suffit pas à délimiter un champs politique. On aurait
en effet du mal à imputer une "opinion politique"
à Mohammed ou à son image inventée. On pourrait
faire le même raisonnement pour d’autres des caricatures.
Cette caricature n’est donc ni une simple provocation à
portée politique, ni une simple entorse à la liberté
d’expression. Ce dessin agressif vise personnellement l’ensemble
des Musulmans, les assimilant chacun et tous à des terroristes.
Il est plus que temps de mettre un terme aux manifestations généralisées
d’islamophobie, trop souvent impunie. C’est notre action
CITOYENNE qui va le permettre. Chaque Musulman est insulté
en voyant ces caricatures. Chaque Français Musulman peut porter
plainte pour cette raison. Plainte Citoyenne Islamophobie
Nous condamnons toute manifestation violente quelle qu’elle
soit. Il est temps que la majorité silencieuse musulmane se
fasse entendre par les voies légales. Elle ne doit plus s’en
remettre seulement à des associations, antiracistes ou autres.
Nous, citoyens, devons agir par nous-même, et ne plus laisser
porter atteinte à notre religion. Nous ne tenons pas à
être insulté, par des intégristes de la liberté
d’expression, ni d’être défendue par une
poignée d’intégristes religieux aveugles, en contradiction
avec l’éthique musulmane. Nous demandons à tous
les Musulmans, qui viennent d’être insultés personnellement
et collectivement, de porter plainte au commissariat, ou bien par
lettre recommandée au Procureur de la République de
leur préfecture.
Munissez-vous du premier journal que vous trouverez et qui contient
la caricature avec un turban-bombe sans dénoncer clairement
son racisme religieux.
Portez plainte contre ce journal. Une lettre très simple
suffit, expliquant que vous portez plainte contre le journal - - -
daté du — -- — -- qui publit à la page —
un dessin du prophète Mohammed qui est injurieux à votre
encontre car vous êtes Musulman. Il vous injurie parce qu’il
donne de tous les Musulmans une image fausse de terroriste. Même
si vous n’êtes pas sûr d’aller jusqu’au
bout (vous pouvez toujours annuler ensuite), allez dans votre commissariat
et réclamez qu’on enregistre votre réclammation.
Rendez-vous dans les gendarmeries et commissariats en groupe et
faites la queue. Insistez même si on vous dit que ça
ne se fait pas, demandez à déposer une "main courante"
si on refuse de prendre votre plainte. Créez des queues de
plusieurs centaines de mètre s’il le faut. Ce phénomène
en lui-même déclenchera une prise en compte par les médias
de ce mouvement. Il faut que tout le monde sache que les Musulmans
sont tous individuellement insultés, et que ce n’est
pas du tout une question de liberté d’expression. Et
qu’il n’y a pas que les mitraillettes hors de France à
entendre. C’est une action CITOYENNE. La loi punit l’injure
et ces caricatures seront punies, mais cela prendra du temps. Il ne
faut pas attendre. Il faut montrer que pour nous tous, et pour tout
citoyen honnête, il s’agit d’une insulte grave.
Un non musulman ne peut pas porter plainte à titre personnel,
vos amis ne le pourront pas tous, mais il est bon de se faire accompagner
par des citoyens de toutes religions et couleurs, qui diront aussi
qu’ils sont choqués même s’ils ne portent
pas plainte.
Si vous le pouvez, prévenez-nous de votre plainte en donnant
le nom du journal cité et la ville où vous avez porté
plainte ou tenté de le faire : labanlieuesexprime@yahoo.fr
Une simple file d’attente de 20 personnes devant un commissariat
déclenchera déjà une prise de conscience, et
contraindra les médias à dire la vérité
: Il n’est pas question ici de liberté d’expression.
Ces caricatures sont injurieuses pour chaque Musulman, l’une
d’elle montre chaque Musulman comme un terroriste. Allez-y tout
de suite !
Lettre-type pour porter plainte
PRENOM NOM ADRESSE à Monsieur le Procureur de la République
Tribunal de Grande Instance 4 Boulevard du Palais 75055 PARIS CEDEX
01 Lettre Recommandée avec Accusé de Réception
Paris, le 8 février 2006 Monsieur le Procureur, L’objet
de la présente est de vous saisir d’un ensemble de faits
extrêmement graves qui se sont produits au sein de votre ressort
juridictionnel ces derniers jours, et pour lesquels je souhaite déposer
plainte auprès de vos services. Le quotidien France-Soir et
Charlie Hebdo se sont permis de publier et de diffuser sur le territoire
national un certain nombre de dessins infamants, dits "caricatures
de Mahomet", constitutifs d’attaques injustifiées
prenant délibérément pour cible la communauté
arabe en général et la religion musulmane en particulier.
Et cela entre autres par l’assimilation générale
aveugle et à l’emporte pièce de toute la communauté
concernée aux phénomènes contemporains de l’intégrisme
religieux et du terrorisme international. Au vu des dites publications,
il me semble que le délit de provocation publique à
la discrimination et à la haine envers un groupe de personne
du fait de leur origine, de leur appartenance communautaire et de
leur religion est parfaitement constitué - ce dont s’est
d’ailleurs fait écho une autre partie de la presse. J’ajoute
que ces faits me paraissent en outre constitutifs de diffamation et
d’injures, toutes deux publiques, envers la communauté
visée par les publications en question, les citoyens français
de culture ou de confession musulmane. C’est la raison pour
laquelle, choqué par ces faits à la fois non seulement
en tant que membre de la communauté visée, mais aussi
en tant que citoyen et justiciable, je dépose présentement
plainte contre X auprès de vous pour les chefs d’accusation
cités plus haut afin que lesdits délits fassent l’objet
des poursuites qu’ils appellent. Vous remerciant par avance
pour l’accueil que vous voudrez bien réserver au traitement
de cette plainte, je vous prie d’agréer, Monsieur le
Procureur, l’expression de mes meilleures salutations.
SIGNATURE
Polémique
Rim al-Khatib répond à Soheib Bencheikh Mondial:
La double ignorance de l'Islam et de la liberté par Soheib
Bencheikh, Marseille, 6 février 2006 Suite à la publication
des caricatures touchant à la personne du Prophète,
pour des raisons probablement malintentionnées, la réaction
de certains musulmans se situe au-delà du surréalisme.
Des régimes « musulmans » et certaines organisations
« islamiques », comme l´UOIF en France par exemple,
vont jusqu´à l´exigence pathétique d´excuses
solennelles des chefs de gouvernement des pays où les caricatures
ont été publiées. En France, l´évènement
a pris des proportions « élyséiesques ».
Cette revendication insolite de mémoire d´arabe, nous
pose beaucoup d´interrogations.
Ces musulmans, ignorent-ils l´enseignement coranique qui nous
incite à transcender les polémiques ? N´ont-ils
pas dans le coeur le verset « et lorsque ils [les croyants]
sont apostrophés par les ignorants, ils disent : Paix »
? Ne savent-ils pas que le Prophète lui-même, a subi
les affres et les injures les plus humiliantes? Lorsque les polythéistes
de son époque le qualifiaient de fabulateur et d´imposteur,
il ne leur a pas tordu le cou mais leur a répondu : «
Dieu sera juge entre nous le jour de la rétribution. »
Ces musulmans ignorent-ils que l´islam qui a traduit et étudié
les philosophies les plus athéistes et qui a argumenté
face aux idéologies les plus redoutables, destructrices et
semeuses de doutes, ne peut trembler aujourd´hui devant un dessin
caricatural et de mauvais goût ? Pourtant, une religion sûre
d´elle-même, convaincue de sa solidité, ne peut
fuir les critiques et les mises en cause. Alors, comment veulent-ils
que les bases de l´islam vacillent aujourd´hui devant
une futile provocation ?
Quant à l´autre ignorance, elle est plus grave encore.
Ces musulmans ignorent-ils que la liberté d´expression
la plus totale est un édifice commun à toutes les pensées,
construit pour toutes les convictions, même les plus contradictoires
et inassimilables. Tout un chacun à droit de cité, qu´il
soit beau ou laid, fou ou sage, provocant ou responsable. Faut-il
rappeler que c´est grâce à cette même liberté
d´expression que l´islam lui-même peut élever
la voix à tout moment dans les pays démocratiques ?
Qui empêche un musulman, en France ou ailleurs en Europe, de
proposer ses valeurs ? Qui entrave un croyant qui veut publier ses
convictions ? N´est-il pas autorisé à tous les
citoyens, y compris les musulmans, de critiquer tout projet ou de
promouvoir toute action ?
Au moment où l´islam n´a pas bonne presse en
occident, c´est grâce à cette même liberté
d´expression que nous, musulmans, pouvons nous défendre
pleinement.
Mon étonnement est grand lorsque je vois que toute une mobilisation
diplomatique, inédite dans l´histoire des pays musulmans,
se met en marche pour faire pression sur des chefs d´états
et de gouvernements afin d´obtenir leurs excuses et leur mea
culpa. Pourtant, ces mêmes gouvernants et ces mêmes chefs
d´états n´ont jamais été un jour
à l´abri de la satire la plus blessante et de la caricature
la plus caustique. Lorsque certains états arabes boycottent
par des mesures diplomatiques et économiques le Danemark, pays
paisible et pacifique, que penser de leur docilité envers les
Etats-Unis à qui ils sont malheureusement livrés, poings
liés ?
Quant au soutien du rabbinat et de l´église en France,
il ne peut que susciter les remerciements vifs et sincères
des musulmans pour cette solidarité affichée. Mais on
aimerait l´avoir aussi pour les hommes et les femmes, musulmans
de Palestine, d´Iraq, de Tchétchénie et d´ailleurs,
privés de leurs droits fondamentaux et victimes d´atteinte
à leur dignité.
Le vrai débat est ailleurs. Il s´agit, en réalité
de la juxtaposition de deux droits absolus : le droit d´avoir
des convictions religieuses complètement respectées,
non fustigées ni stigamitisées et le droit de s´exprimer
à tout moment, notamment pour commenter ou critiquer des projets
sociaux concrets et des actions politiques palpables. Quant à
la conviction intime ou métaphysique des gens, je ne sais pas
si elle est du ressors de la liberté d´expression. Réfléchissons
! Soheib Bencheikh ancien Mufti de Marseille 17, Boulevard Maurice
Bourdet- F13001 MARSEILLE courriel : issi.institut@wanadoo.fr
Réponse de Rim al-Khatib
Salam
C'est suite à votre article que je tiens à vous écrire,
pour répondre. J'ai lu votre lettre avec intérêt
et elle me fait réagir de cette manière : Peut-être
que votre rôle d'ancien mufti limite votre écrit à
des aspects religieux, ce qui est tout à fait normal, mais
il me semble que vous mettez de côté les vrais problèmes,
ceux pourquoi les masses musulmanes ont réagi, à moins
que vous aussi, vous ne les classiez dans la rubrique "masses
fanatiques".
Tout le monde s'accorde à dire que ces caricatures sont abjectes,
soit. Mais les défendre sous prétexte de droit à
la libre expression ou même droit fondamental des peuples à
s'exprimer, c'est une hypocrisie de première, à laquelle
nous ont habitués les médias et les diverses structures
des Etats européens.
Il faut peut-être vous rappeler que ces caricatures, publiées
en premier par un journal d'extrême-droite danois, n'ont suscité
que la colère des musulmans dans ce pays viking, qui ont demandé
à rencontrer le premier ministre, dans le calme, sans bruit
ni fureur. Ce dernier, dans son arrogance de premier ministre de droite,
avec des antécédents antimusulmans et racistes, refuse
net. Les ambassadeurs de la Ligue arabe sont sollicités à
prendre le relais. Le ministre refuse de les recevoir. Pourquoi ?
Parce qu'il est arrogant et raciste. La campagne de boycott du Danemark
n'a commencé que plus tard, lorsqu'entre temps, les puissances
occidentales se targuant de démocratie et de liberté
affirmaient prendre des mesures contre le peuple palestinien, le menaçant
de lui couper les vivres (alors que le peuple palestinien ne mendie
pas et les sommes qui lui sont versées sont des obligations
des Etats qui ont contribué au vol de sa terre et la destruction
de son pays), pour le vote qu'il ferait puis qu'il a fait. Entretemps,
les bombardiers américains tuent des civils au Pakistan soit-disant
pour lutter contre le terrorisme, les diplomaties européenne,
américaine et onusienne menacent l'Iran, la Syrie, déstabilisent
le Liban, tout cela au moment où ils proclament qu'ils font
tout cela au nom de la démocratie.
Les réactions des masses musulmanes sont une réponse
à toute cette arrogance, toute cette hypocrisie, et non pas
seulement parce qu'ils ne supportent pas que le Prophète soit
assimilé à un terroriste. Cette affaire intervient dans
un climat islamophobe puissant, où le Musulman, quel qu'il
soit, est perçu comme un danger, sauf s'il fait sa révérence
au dieu tout puissant de l'Occident, le dieu argent, le dieu mensonge,
le dieu arrogance, le dieu hypocrisie. C'est contre cet occident malade,
c'est contre la prétention de cet occident fou furieux et hypocrite
que les masses musulmanes se sont mises en colère. Dire que
le pays du Danemark est pacifiste, c'est ne pas voir comment à
l'intérieur du Danemark, les manifestations contre la guerre
ont été réprimées, par ce pays de la libre
expression, lorsque les manifestants brandissaient les photos de
Saddam Hussayn.
Est-ce qu'il est normal que les pays de la libre expression, l'Europe,
menace de porter plainte à l'OMC parce que les produits danois
ont été la cible d'un boycott large, de masse ? C'est
oui ou non la liberté de commerce que l'on défend ?
D'ailleurs, la réaction et la republication de ces ordures
ne se sont faites qu'après la chute d'une firme danoise. C'est
bien de commerce et d'argent qu'il s'agit, et non pas de liberté
d'expression.
Avons-nous le droit de boycotter les produits israéliens
? Des procès ont été menés en France contre
des militants pour avoir OSE le faire. Le dieu mensonger de l'Occident,
qui affirme défendre la liberté d'expression, a cloué
au pilori Dieudonné, a mené des campagnes pour interdire
des conférences de Tareq Ramadan. Ce dieu liberticide de l'Occident
a accepté sans broncher l'interdiction de la chaîne al-Manar,
l'emprisonnement de journalistes arabes (Tayseer Allouni, Sami al-Hage),
ce dieu liberticide ne s'est pas offusqué des milliers de victimes
dans les prisons de la liberté d'Abu Ghrayb, ou de Gantanamo,
et ne parlons surtout pas des prisons israéliennes.
Nous sommes en colère, oui, mais non pas parce qu'un idiot
raciste a fait des caricatures, nous sommes au-dessus de cela, mais
parce que ces caricatures ont été reprises par les autres
journaux, en signe de liberté d'expression de l'Occident.
Nous sommes en colère parce que l'Occident qui pille, viole,
violente, massacre, détruit, vient nous donner des leçons
de son humanité. Pouah....
Nous sommes en colère parce que des intellectuels viennent
nous décrire comme des fanatiques, alors que nous ne demandons
qu'à vivre en paix, dans nos pays, sans l'ingérence,
l'occupation, les massacres, les agressions des puissances et armées
étrangères dans nos patries. Oui, nous sommes en colère
lorsque les dieux de l'Occident, les dieux de la haine, de l'hypocrisie,
de l'argent, décident que nous devons subir leurs outrages,
sinon nous devenons des fanatiques, des sous-hommes, des arriérés
et des manipulés. ASSEZ !!! Salam