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L'affaire des caricatures danoises du Prophète

Ayons la sagesse de concilier les valeurs sacrées!


par Mahmoud Bouzouzou, février 2006
L’auteur est membre du Conseil de la Fondation Cordoue (www.cordoue.ch) et ancien imam à la mosquée de Genève
La crise des caricatures qui oppose le Danemark, et plus généralement l'Europe, au monde musulman prend hélas la tournure d'un mégaconflit. La protestation contre les caricatures prend des allures de plus en plus violentes, comme nous l'avons vu dans certaines capitales de pays musulmans avec l'incendie d'ambassades scandinaves, acte condamnable, qu'il soit spontané ou le résultat d'une instrumentalisation politique.
Le saint Coran nous ordonne d'être équitables envers tout être humain et nous enseigne que nul n'est responsable pour un acte commis par un autre. De plus, la tradition du prophète - la paix et le salut sur lui et sur tous les prophètes - nous apprend que jamais l'envoyé de Dieu (pssl) ne se vengea d'une injure personnelle.
Cette crise révèle deux fléaux qui menacent l'humanité: l'injustice envers l'Autre et l'ignorance de l'Autre.
La réaction des populations musulmanes aux dessins profanant l'image du prophète (pssl), exprime d'abord une frustration et cristallise un sentiment d'injustice éprouvé par les musulmans depuis trop longtemps. Privés de liberté et dominés par des gouvernements souvent illégitimes, ils sont sans cesse agressés militairement, pillés économiquement et humiliés symboliquement par un envahisseur qui change de nom mais utilise les mêmes méthodes d'antan. Le sentiment d'injustice ne peut produire que de la colère, voire de la haine.
L'ignorance de l'Autre engendre, elle aussi, la peur, le conflit et la haine. Depuis plus d'un demi-siècle, j'ai pris conscience du danger que représente ce fléau. En pleine période de colonisation, au moment où l'occupant français interdisait les écoles d'enseignement de l'arabe en Algérie, nous nous efforcions à aiguiser l'appétit des jeunes Algériens pour le savoir, notamment au sein des scouts musulmans algériens, et à les encourager à apprendre les langues étrangères - y compris le français - car elles représentent à notre sens les clés qui ouvrent l'univers de l'Autre et facilitent sa connaissance.
Connaître l'Autre, c'est connaître ses référents, ses symboles, ses valeurs sacrées. Or le contexte international tendu dans lequel nous vivons depuis quelques années ne favorise pas l'entre-connaissance. Dans le monde occidental où l'on méconnaît les valeurs sacrées du monde musulman, on ne mesure pas assez la portée d'une atteinte grave au symbole des musulmans par excellence, le prophète Mohammed (pssl). Dans le monde musulman où les médias sont souvent aux ordres du pouvoir, on ne mesure pas assez l'importance en Occident de l'indépendance de la presse, considérée par certains comme une valeur sacrée, et on va jusqu'à demander à l'appareil exécutif danois de présenter des excuses pour un forfait commis par un journal, ce qui paraît ici, à juste titre, comme une aberration.
La liberté de la presse est un bien trop précieux pour être traîné dans les bas-fonds de la provocation gratuite, médiocre de surcroît. L'attitude du caricaturiste Lars Refn, qui a accepté de participer à la publication danoise uniquement pour affirmer que «les journalistes de Jyllands Posten sont des provocateurs réactionnaires», comme il l'a précisé dans sa caricature, est à ce titre honorable. Le droit à la liberté d'expression, droit inestimable consacré par l'humanité libre comme universel, ne saurait entrer en contradiction avec le droit à la dignité qui est tout aussi inestimable.
L'équilibre entre d'une part le droit à liberté d'expression, et d'autre part le devoir de lutter contre le racisme, la discrimination, la calomnie, l'antisémitisme et tout appel à la haine, a pu être établi avec le temps par la société occidentale moderne. A l'ère d'Internet et des chaînes satellitaires notre monde prend l'aspect d'un grand village dont les habitants doivent apprendre à vivre ensemble en bonne entente, comme c'est le cas en Suisse, et particulier à Genève, où coexistent pacifiquement des communautés d'origines, de cultures et de religions diverses.
Aussi, non seulement lorsque des valeurs sacrées entrent en conflit, et afin de dépasser le seul cadre juridique, la sagesse commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement. Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher les uns des autres. Une telle démarche relève de la pédagogie et commence bien évidemment à l'école.
Nous devons tous contribuer, chacun à son niveau, d'une manière positive, au dénouement de cette crise grave qui risque de dégénérer davantage, en transformant la colère en sentiment de haine entre les peuples musulmans et les peuples occidentaux amis qui ne peuvent en aucune façon être tenus pour responsables des agissements de quelques journaux irresponsables ou d'une minorité islamophobe.
Bref, il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions, de faire l'effort nécessaire non seulement de connaître l'Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice en toutes circonstances.

 

Aux musulmans du monde entier


par Carsten Juste, Jyllands-Posten, 9 février 2006
Par le biais de l'ambassade du royaume du Danemark, le journal Jyllands Posten a transmis jeudi 9 février aux rédactions de la presse algérienne ses excuses aux musulmans du monde entier rédigées en arabe et dont voici la traduction.
Citoyens musulmans,
Permettez-moi, tout d'abord, d'affirmer que notre journal, Jyllands Posten, croit en la liberté d'appartenance religieuse et la valorise, soutient la démocratie et respecte tout individu. Nous nous excusons pour le grand malentendu généré par la publication des caricatures qui ont présenté le Prophète Mohamed (QSSSL) et nourri des sentiments belliqueux à l'égard du Danemark ainsi que des appels au boycott des produits danois. Et là, permettez-moi d'apporter certaines clarifications dans l'espoir de dissiper le malentendu. Jyllands Posten a publié le 30 septembre 2005 12 caricatures du Prophète Mohamed (QSSSL) dessinées par 12 caricaturistes danois.
Il est d'une importance capitale de préciser que ces caricatures ne visaient nullement à porter atteinte à la personne du Prophète (QSSSL) ni à diminuer de sa valeur, mais elles étaient proposées comme préambule à un dialogue sur la liberté d'expression dont nous sommes fiers dans notre pays. Cependant, nous n'avons, à aucun moment, réalisé l'extrême sensibilité des musulmans vivant au Danemark et celle des millions de musulmans à travers le monde face à cette question. La publication de ces caricatures ne transgresse aucune loi danoise relative à la liberté de la presse et celle d'expression.
Cependant, ces caricatures ont manifestement porté atteinte à des millions de musulmans à travers le monde et c'est pour cette raison que nous présentons aujourd'hui nos excuses et nos profonds regrets pour ce qui vient de se produire et qui n'était nullement dans l'intention du journal, lequel a été lauréat du Prix d'excellence de la Commission européenne à la suite de la publication d'une série d'articles dans son supplément spécial consacré à la cohabitation pacifique, au respect mutuel entre Danois et toutes les autres minorités vivant au Danemark. Beaucoup de sujets abordés dans ce supplément étaient consacrés, de façon positive, à l'Islam et aux musulmans.
Ce qui s'est produit après, en fait, c'est la publication et la diffusion dans le monde musulman de caricatures intentionnellement blasphématoires contre l'Islam et son Prophète Mohamed (QSSSL). Ces caricatures n'ont aucun rapport avec notre journal ni avec nous, et nous en sommes innocents, car elles n'ont jamais été publiées dans les pages du Jyllands Posten. Nous avons toujours veillé et insisté sur l'éthique basée sur le respect des principes. C'est pour cette raison que nous exprimons notre profond regret pour l'amalgame entretenu entre nous et ces caricatures tendancieuses.
Concernant les 12 caricatures publiées par notre journal, certaines s'expliquent par un malentendu dû à des différences culturelles et nous ne préférons pas une culture par rapport à une autre. Ces caricatures ont donc été présentées comme une campagne féroce que nous aurions engagée contre les musulmans au Danemark et à travers le monde. Nous rejetons cette approche et la condamnons, car nous croyons en la liberté de toutes les religions et sacralisons la liberté des individus dans l'exercice de leurs cultes religieux. Nous n'avons jamais pensé et nous ne pensons jamais porter atteinte ou agresser une quelconque religion. Nous regrettons le fait d'avoir été mal compris et affirmons que l'objectif n'a jamais été d'attenter à quiconque.
Et dans une tentative sincère, de notre part, de dissiper ce malentendu, nous avons tenu une série de réunions avec les représentants de la communauté musulmane au Danemark. Ces rencontres ont été positives et le dialogue fructueux. Nous visons, et par tout moyen, à consolider les liens avec les musulmans du Danemark.
Notre espérons, au sein de notre journal, que se réalise la cohabitation pacifique entre les peuples et que règne l'esprit de dialogue avec les musulmans danois. Enfin, permettez-moi, au nom du journal Jyllands Posten, de présenter mes excuses pour tout ce qui s'est produit et d'affirmer ma totale désapprobation de tout acte visant à porter atteinte à toute religion, toute nationalité et à tout peuple. J'espère qu'ainsi j'aurais dissipé le malentendu. Que Dieu vous aide !
Meilleurs sentiments

Défilés à Paris et Strasbourg contre les caricatures du Prophète

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Paris et Strasbourg pour dénoncer la publication de caricatures de Mahomet dans des journaux français, au nom du "respect des religions".

A Paris, 7.200 personnes, selon la police [de fait, plus de 10 000], ont défilé dans le calme de la place de la République à la place de la Nation à l'appel de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint Denis. "Respect des religions, liberté d'expression, pas de contradiction", "Laissez les insultes, liberté des cultes", pouvait-on lire sur des banderoles.

Priée de dire si la vague de colère pourrait gagner la France, Hayett, une musulmane voilée d'une vingtaine d'années, a dit son espoir que "non". "C'est la culture du Moyen-Orient, nous, on est des musulmans français".

A Strasbourg, environ 2.000 personnes, hommes et femmes de tous âges, ont manifesté à l'appel du Parti des musulmans de France (PMF), une organisation islamiste basée dans la capitale européenne. Les manifestants, venus pour certains d'Allemagne, de Haute-Saône ou du Haut-Rhin, brandissaient des pancartes et des banderoles clamant "Non à l'extrémisme démocratique, n'insultez pas le prophète", "Toucher aux prophètes = toucher à l'humanité" ou encore "Plus forte que notre plume est notre foi".

Les slogans affichés, très modérés, contrastaient avec les propos musclés de Mohamed Latrèche, président du PMF. "Quand vous dépassez les lignes rouges, vous allez réveiller le monde musulman, et quand on réveille le monde musulman sur la personne de notre guide, de notre référent, vous allez unir (les Musulmans) qu'ils soient salafistes, qu'ils soient intégristes, qu'ils soient islamistes, qu'ils soient terroristes », a-t-il déclaré, juché sur une table au milieu de la foule.

 

"REMUER LE COUTEAU DANS LA PLAIE"

"Ces caricatures auraient pu s'arrêter au Danemark, mais les diffuser en France, les diffuser ailleurs, c'est remuer le couteau dans la plaie", a-t-il ajouté dans une harangue que l'assistance ponctuait de « Allah Akbar » (Dieu est grand).

Il s'en est pris aux journalistes et aux « politiques ». "Pendant que le Danemark voulait présenter ses excuses, nos hypocrites politiques, à commencer par l'exécutif, à commencer par l'Elysée, par Matignon, par tout le gouvernement, a chuchoté aux Danois pour leur dire 'tenez bons'. Il n'y a pas plus hypocrites que nos hommes politiques », a-t-il lancé.

"Nous avons un cadavre qui s'appelle le Parti socialiste, nous avons un navire qui chavire qui s'appelle l'UMP, nous avons un psychopathe qui s'appelle Nicolas Sarkozy, avec un maboul, avec quelqu'un qui a besoin d'un toubib, avec un Chirac », a-t-il conclu dans une adresse à "l'électorat musulman".

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), qui représente les quelque cinq millions de musulmans de France, a annoncé vendredi son intention d'engager une action en justice contre les journaux français qui ont publié les caricatures de Mahomet à l'origine d'une vague de violences dans le monde musulman.

Ces douze dessins, parus initialement en septembre dernier dans le quotidien danois Jyllands-Posten, ont été publiés par France Soir et l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.

Jacques Chirac a mis en garde mercredi contre les "provocations manifestes" susceptibles d'"attiser dangereusement les passions". Des manifestations de musulmans ont également eu lieu ailleurs en Europe, notamment à Londres où 4.000 personnes ont convergé sur Trafalgar Square à l'appel du maire, Ken Livingstone, pour dénoncer la publication des caricatures. A Düsseldorf, quelque 2.500 musulmans ont défilé devant le consulat du Danemark, tandis qu'à Berlin, environ 1.200 ont manifesté devant l'ambassade danoise.

A Berne, un millier de personnes se sont rassemblées dans le calme devant le bâtiment du Parlement suisse. Ils n'étaient en revanche que plusieurs centaines à manifester dans le centre d'Amsterdam. Source : Reuters, 11 février 2006

 

Liberté d'expression et respect des croyances

par Alain de Benoist, Paris, 6 février 2006 Les violentes réactions enregistrées dans le monde musulman depuis la publication, d'abord dans un journal danois, puis dans différents journaux occidentaux, de caricatures du prophète Mahomet étaient sans doute prévisibles quand on connaît la susceptibilité extrême des musulmans vis-à-vis de toute représentation figurée du Prophète, à plus forte raison lorsqu'à celle-ci s'ajoute la satire ou la moquerie. Ces réactions, qui n'ont cessé de prendre de l'ampleur ces derniers jours (manifestations de rue, incendie du consulat danois de Beyrouth, campagnes de boycottage des produits danois, etc.), peuvent néanmoins nourrir diverses réflexions.

La première question qu'on peut se poser est la raison pour laquelle toute cette affaire a éclaté aussi tard. Les dessins incriminés sont parus en effet dans le Jyllands-Posten l'un des principaux quotidiens danois le 30 septembre dernier, soit il y a déjà presque cinq mois. La série était intitulée « Les 12 visages de Mahomet ». Le journal précisait alors qu'il avait pris cette initiative pour commenter à sa façon l'« autocensure » de plusieurs dessinateurs et illustrateurs danois qui s'étaient refusés à illustrer un livre de l'écrivain Kaare Bluitgen consacré au fondateur de l'islam, Koranen og profeten Muhammeds liv (« Le Coran et la vie du prophète Mahomet »).

A l'époque, l'affaire ne provoqua guère que des remous locaux, en l'occurrence une protestation des ambassadeurs musulmans en poste à Copenhague. Ce n'est qu'à la fin du mois de janvier que l'affaire a rebondi, ce qui a amené les dirigeants du Jylland-Posten à présenter le 30 janvier leurs « excuses » aux musulmans offensés. Que s'est-il donc passé entre-temps ? La réponse qui vient à l'esprit est : la victoire du Hamas aux élections palestiniennes. Toute une campagne internationale s'est en effet engagée aussitôt après ce scrutin pour obtenir de l'Union européenne qu'elle cesse de financer l'Autorité palestinienne. Ameuter l'opinion des pays arabes contre l'Europe au moyen des caricatures danoises, et plus précisément faire apparaître à la télévision des masses de manifestants palestiniens dénonçant le « blasphème » avec violence, n'était-il pas de nature à susciter dans l'opinion l'idée qu'il serait bien naturel de cesser de « financer ces gens-là » ? On peut se poser la question. Face aux protestations islamiques, la plupart des pays européens ont tenu à faire l'éloge de la « liberté d'expression » (mais on notera que les caricatures n'ont été reproduites ni en Israël ni aux Etats-Unis, et que les Américains, tout comme les Anglais, ont jugé peu convenable cette publication). Ce qui pose une autre série de problèmes. La liberté d'expression est certes une belle chose. Toute liberté implique cependant une responsabilité. « Effrayante est une liberté que ne guide pas un devoir », disait l'écrivain André Gide. Il va de soi néanmoins que la liberté d'expression ne se partage pas, et il est également bien connu que le droit à liberté d'expression n'a jamais été fait pour bénéficier avant tout aux opinions convenables et consensuelles, mais au contraire à celles qui sont les plus dérangeantes ou les plus choquantes. En d'autres termes, si l'on admet le « droit au blasphème », alors on doit aussi admettre que ce droit ne se partage pas. Or, en Europe, la liberté d'expression n'a jamais été totale. Encore aujourd'hui, certaines propos ou opinions sont, à tort ou à raison, proscrits par la loi et leurs auteurs peuvent être déférés devant les tribunaux. L'Allemagne possède elle-même un « index ». Les mêmes qui trouvent tout-à-fait normal que des caricatures antimusulmanes paraissent dans un « pays libre » accepteraient-ils de la même façon la publication de caricatures antijuives ? Ceux qui rient de voir représenté Mohamet dans des postures équivoques ou grotesques admettraient-ils avec la même facilité la diffusion mondiale d'images pornographiques d'Anne Frank ? Diraient-ils qu'il ne s'agit après tout que de caricatures, en laissant entendre que ceux qui s'en offusquent sont exagérément « susceptibles » ? On sait bien que non. Il y a dans les pays européens des lois qui sanctionnent l'antisémitisme, mais il n'y en a aucune qui sanctionne l'islamophobie. Pour nombre de musulmans, il y a là deux poids et deux mesures.

Enfin, si le blasphème apparaît si peu important aux yeux des Occidentaux, n'est-ce pas d'abord parce qu'ils ont eux-mêmes perdu le sens du sacré ? Qu'ils ne croient eux-mêmes bien souvent plus à rien ? Il n'y a pas si longtemps, le blasphème était encore lourdement sanctionné dans bien des pays d'Europe. Dans le passé, les Européens considéraient eux aussi que certaines choses étaient insupportables et que certains propos ne pouvaient pas être tenus. Aujourd'hui, ils parlent de « fanatisme » pour stigmatiser des attitudes qui, dans le passé, furent aussi les leurs. Le sociologue Zygmunt Bauman soulignait récemment « la rapidité avec laquelle la volonté de sacrifier sa vie pour une cause s'est vue condamnée et classée comme symptôme de fanatisme religieux, retard culturel ou barbarie, par des pays qui, de nombreux siècles durant, présentèrent le martyre-pour-une-cause comme étant preuve de sainteté ». La liberté d'expression peut être aussi le masque de l'indifférence.

La liberté d'expression, les pays occidentaux l'ont conquise de haute lutte (le plus souvent contre l'Eglise) au terme d'un combat qui a pris des siècles. Ils n'y sont parvenus qu'une fois leur société totalement « désenchantée » (Max Weber). Pour en arriver à ce stade, les musulmans ont encore du chemin à faire. La conclusion qui s'impose est qu'il y a là comme un décalage, non pas tant dans l'espace que dans le temps : les différents peuples du monde ne vivent pas aujourd'hui à la même heure de l'histoire.

Première manifestation en Amérique latine à Caracas


Près de 200 personnes ont défilé jusqu'à l'ambassade du Danemark à Caracas en incendiant des drapeaux danois et américains pour protester contre les caricatures de presse représentant le prophète Mahomet.
Les manifestants, de confession musulmane dans leur majorité, ont parcouru plus de trois kilomètres entre la mosquée de la ville et l'ambassade danoise située dans le quartier des affaires. "Nous devons faire notre devoir. Manifestons et protestons calmement pour notre religion, pour notre Prophète", a déclaré un des manifestants.
Il s'agit de la première manifestation observée en Amérique latine dans l'affaire des caricatures, qui atteint désormais presque tous les continents.
La communauté musulmane du Venezuela, principalement composée de Libanais et de Syriens, est modeste mais influente. La mosquée de Caracas figure parmi les plus grandes d'Amérique latine.
Source : Reuters, 10 février 2006

Liberté d'expression à géométrie variable
Des libres-penseurs, hier accusateurs de l'humoriste Dieudonné, se sont transformés en défenseurs de la liberté d'expression. Pourquoi cette hiérarchie dans le rejet de la haine de l'Autre?


par Paul-Olivier DELANNOIS, député wallon socialiste, Malik Ben ACHOUR et Pierre-Yves DERMAGNE, militants socialistes, La Libre Belgique, 10 février 2006

Nous n'entendons pas ici juger les réactions d'une partie de la population des pays musulmans. Qu 'elles soient disproportionnées et qu'elles contribuent avant tout à renforcer les régimes en place est probable. Mais cela ne sera pas notre propos.
Ce qu'on appelle désormais la «polémique des caricatures» repose sur un certain nombre de non-dits. Elle s'inscrit dans la lignée générale d'une dégradation de l'image des musulmans dans l'imaginaire collectif occidental et d'une détérioration du climat dans lequel les échanges entre musulmans et non-musulmans s'effectuent.
D'Al Qaeda aux émeutes dans les banlieues françaises, de l'Intifada à la condition de la femme, des rapts en Irak à l'immigration clandestine, de la victoire du Hamas en Palestine à la loi sur la laïcité, du nucléaire iranien aux excisions en Afrique: tout est bon pour la grande soupe! Un nouvel «Autre» tend désormais à se définir et à s'inscrire durablement dans l'inconscient collectif occidental. Et à en croire Edward Saïd, l'intellectuel américano-palestinien, ça ne date pas d'hier, ni d' ailleurs du 11 septembre 2001.
Le débat qui occupe en quantité les pages de nos journaux s'est posé de la manière suivante: la liberté d'expression et son corollaire qu'est la liberté de la presse doivent-elles céder devant les interdits religieux et plus précisément devant les principes fondamentaux de l'Islam? En d'autres termes, la problématique est présentée comme étant d'essence religieuse, comme si une opposition ontologique se jouait entre un occident pluraliste, ouvert et tolérant et un Islam fanatique, fermé et menaçant. L'Etat de droit contre le fanatisme religieux.
La problématique est-elle vraiment de cet ordre? L'enjeu renvoie-t-il réellement à la sphère théologique? Ces caricatures n'ont-elles pas bafoué autre chose qu'un simple interdit religieux - dont il nous semble par ailleurs évident qu'il ne s'impose qu'à la communauté des croyants? N'y a-t-il pas dans ces caricatures un substrat d'une autre nature, quelque chose qui relève moins de la lib erté d'expression que de ses limites?
Car cessons de jouer les candides, si cette liberté d'expression constitue bel et bien un principe fondamental de notre démocratie, son application reste restrictive. L'une des limites que lui impose la loi est celle de l'incitation à la haine raciale. Or, lorsqu'un caricaturiste représente le Prophète coiffé d'un turban en forme de bombe, c'est l'Islam dans son essence et, par extension, l'ensemble de la communauté musulmane qui se trouvent réduits à des colporteurs de principes de haine et de repli sur soi.
Dans cette mesure l'entreprise n'est pas seulement maladroite, elle n'est pas non plus, comme on l'entend souvent, l'oeuvre salutaire de libres-penseurs voltairiens, héritiers des Lumières. Elle est l'émanation brumeuse d'un climat nauséabond. Elle alimente les pires clichés racistes et contribue à renforcer l'imaginaire collectif dans ce qu'il a de plus sombre. Les caricatures anti-juives dans les années trente n e faisaient rien d'autre.
La liberté d'expression a des limites et ces limites sont consacrées par la loi. L'enjeu n'est pas le respect de principes religieux auxquels les auteurs des caricatures n'adhèrent de toute façon pas. Il est ailleurs.
Une observation attentive de la couverture de cette affaire est, à cet égard, révélatrice. La vie médiatique est en effet pleine de contradictions. Lorsque Dieudonné, sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel, s'embourbait dans un sketch - dont soit dit en passant la pauvreté humoristique insulte son talent intrinsèque - assimilant les colons israéliens aux nazis, il s'agissait de toute évidence d'une caricature. Plongée durant de nombreuses semaines dans une polémique d'une ampleur comparable à celle que nous connaissons aujourd'hui, l'opinion publique française - conduite (ou suivie) par ses médias - a pourtant réagi de manière très différente. En effet, il se trouvait à l'époque très peu de «libres-penseurs» pour d éfendre la liberté d'expression. Le caricaturiste d'un soir fut au contraire voué aux gémonies par une foule médiatique qui, quasi unanime, prononça sans détour sa condamnation à une mort publique.
Il est dès lors pour le moins curieux de voir ces mêmes libres-penseurs, hier accusateurs farouches, se transformer aujourd'hui en défenseurs d'une liberté d'expression à deux vitesses. Les Finkielkraut, Glucksmann et autres s'enfoncent une fois de plus dans leurs contradictions avec un empressement qui frôle le ridicule et qui leur ôte toute crédibilité intellectuelle.
Si le sketch de Dieudonné était antisémite, les caricatures publiées (celle du turban et celle du poignard) sont indiscutablement islamophobes et racistes. La liberté d'expression interroge dans les deux cas ses propres limites. Quoi qu'il en soit, tâchons de faire preuve de cohérence dans nos condamnations. Il ne peut y avoir de hiérarchie dans le rejet de la haine de l'Autre. Il y va de la crédibi lité de nos combats.

 

Grande manifestation pour le respect des religions au nom de la liberté d'expression


Des caricatures ignobles et mensongères du Prophète Mohammad (PBDSL) continuent à être publiées par des médias français, plusieurs associations musulmanes appellent à une manifestation pour le respect des religions et de la déontologie journalistique
Samedi 11 février 2006 à 14h - Départ : Place de la République - Arrivée : Place de la Nation
« Pour l'adoption d'une loi contre l'islamophobie » Venez nombreux et en famille .. Donnons une bonne image du
musulman (Prévoir un drapeau français) Manifestation à l'initiative de l'Union des Associations Musulmanes de la Seine-Saint-Denis (UAM-93) et des associations musulmanes de :
Tremblay-en-France, Montrouge, Sartrouville, Bagnolet,
Aulnay-sous-Bois, Cergy Pontoise, Champigny-sur-Marne, Aubervilliers,
Bobigny, Sarcelles, Argenteuil, Blanc-Mesnil, Dugny, Villier Le Bel,
Montreuil, Rueil-Malmaison, Neuilly-sur-Marne, Gagny, Noisy-Le-Sec, Pré
St Gervais, Villeneuve-La-Garenne, ..
Contact : Tél./Fax : 01.48.45.27.93

Le Jyllands-Posten avait refusé de publier des caricatures de Jésus il y a 3 ans : il y a donc des limites à liberté d'expression ?


Le quotidien danois Jyllands-Posten, qui, le premier, avait publié les caricatures de Mahomet à l'origine de la polémique, est accusé d'avoir, trois ans auparavant, refusé de publier des caricatures virulentes de Jésus. Selon le quotidien britannique The Guardian du 6 février, le quotidien avait retourné au caricaturiste Christoffer Zieler une série de dessins autour de la résurrection du Christ, au motif que les lecteurs pouvaient se sentir offensés par ces derniers, et qu'ils n'étaient, de toutes façons, pas drôles.

Innocente blague


Selon le Guardian, le caricaturiste a indiqué n'avoir vu là qu'une "innocente blague d'un genre qui aurait fait rire son grand-père chrétien". "Je les ai montrés à quelques pasteurs qui les ont trouvés drôles" a-t-il indiqué au quotidien britannique. Le rédacteur en chef du quotidien danois, Jens Kaiser, a indiqué pour sa part qu'il était "ridicule" d'aborder ce sujet aujourd'hui car cela "n'a rien à voir avec les dessins de Mahomet". "Dans le cas des caricatures de Mahomet, nous avions demandé aux dessinateurs de les faire. Je n'avais pas demandé ses dessins (de Jésus). C'est la différence", s'est-il justifié auprès du Guardian.
Source : http://permanent.nouvelobs.com/, 9 février 2006

Pétitions


Au Président de la République, au gouvernement et au parlement français
Nous, Citoyens Français Musulmans, entendons favoriser la participation de tous les citoyens, indépendamment de leurs origines et de leurs convictions, pour lutter contre les inégalités de fait dans la société française et promouvoir le "vivre ensemble".
Le scandale des caricatures ignobles et mensongères du Prophète Muhammad (PBDSL) publiées par un quotidien danois et repris par certains médias français où il est représenté en terroriste témoigne clairement d'une volonté de salir, de criminaliser et d'associer la pratique de l'Islam à l'expression d'un terrorisme aussi violent qu'aveugle. Contrairement à ce qui a été déclaré, il ne peut s'agir en aucun cas de liberté d'expression. La liberté d'expression n'inclut nullement l'insulte, la diffamation et l'incitation à la haine religieuse. La liberté d'expression signifie exprimer ses opinions et ses pensées dans le respect d'autrui.
Or, comment peut-on outrager ainsi des citoyens en raison d'une religion qui est la conviction profonde d'hommes et de femmes de ce pays, les qualifier de « cons » et méconnaître le sens du « respect de l'autre » ?
Ces caricatures insultantes sont un message évident de provocation. Elles participent d'une volonté de confronter les communautés religieuses et les individus entre eux.
En conséquence, nous appelons toutes les femmes et tous les hommes de paix et de dialogue à condamner avec une extrême vigueur ces caricatures insultantes et stigmatisantes à l'endroit des Citoyens Français Musulmans.
Par ailleurs, il est malheureusement à craindre que ces dérapages médiatiques ne soient que les signes avant-coureurs laissant présager une institution généralisée de l'islamophobie en France, c'est pourquoi nous demandons qu'une loi contre l'islamophobie soit proposée afin de garantir le respect des convictions des Musulmans de France.
Pour signer > http://www.petitiononline.com/azer5678/petition.html

Caricatures du Prophète Mohammed - Justice contre les médias racistes, provocateurs et les auteurs de violences


En défense des Lumières, appel à signature - Au moment où l'humanité a besoin de connaissance pour garantir une c¦xistence pacifique, la propagation de ces caricatures, a renforcé l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et a incité à la violence contre les citoyens européens et leurs intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans. Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été touchés, nous appelons les autorités de tous les pays concernés à juger les responsables, qu'ils aient abusé de la liberté d'expression ou qu'ils aient commis des actions violentes au lieu de chercher recours auprès de la Justice.

En défense des Lumières - Appel à signature
La publication d'une série de caricatures du Prophète Mohammed dans un certain nombre de journaux occidentaux a causé la colère des Musulmans du monde entier. Les réponses apportées jusqu'ici, se sont exprimées en grande partie, par des manifestations et des drapeaux brûlés, par des condamnations de la part des représentants de gouvernements et l'appel au boycott de produits, et par les attaques de plusieurs ambassades Européennes aux Moyen Orient. Quelques mois après la diffusion des rapports sur la destruction de Coran par des troupes américaines dans la prison de Guantanamo, bien qu'elle soit reniés à la suite, ces caricatures ont renforcé chez de nombreux Musulmans la perception qu'ils sont non seulement exploités économiquement par les puissances hégémoniques occidentales, mais qu'ils sont également insultés au niveau culturel.
Cette controverse survient dans un contexte où les armés de plusieurs pays occidentaux ont été déployées en Afghanistan et en Iraq; qu'Israël poursuit son occupation des territoires palestiniens, que l'Occident a menacé de couper son aide financière à l'Autorité Palestinienne suite à la victoire aux élections parlementaires du Mouvement de Résistance Islamique, le Hamas, et que l'Iran demeure en tension pour son programme nucléaire. En Occident, de nombreux Musulmans et d'autres communautés minoritaires souffrent depuis longtemps de l'érosion de la diversité culturelle qui se traduit par un préjudice croissant. Dans un monde si fortement polarisé, la poursuite de l'escalade de ce nouveau conflit pourrait avoir des conséquences désastreuses.
La publication de ces caricatures a été défendue par certains en Occident au motif de la liberté d'expression. Cependant, la liberté d'expression peut développer la compréhension seulement si elle est exercée avec une rigueur intellectuelle, une responsabilité sociale et une intégrité morale. Présenter le Prophète Mohammed comme un symbole du terrorisme, comme cela a été fait dans l'une des caricatures, n'est pas différent d'une présentation du prophète Moise comme un symbole des actions des Israéliens d'extrême-droite à l'égard des Palestiniens, association qui serait à juste titre condamnée comme étant antisémite et interdite par les lois de nombreux pays européens. Les Musulmans n'ont jamais blâmé Jésus-Christ pour les nombreuses atrocités qui ont été commises dans le monde entier au nom du Christianisme. Le réductionisme populiste qui se trouve derrière la publication des caricatures est enraciné dans la tradition de l'anti-Sémitisme Européen qui a commencé par la démonisation des Juifs, de leur foi et de leur culture et qui s'est terminée par la tentative de leur extermination.
Nous appelons à une présentation sérieuse du Prophète de l'Islam par l'Occident serait en conformité avec ce qu'il y a de mieux dans la tradition intellectuelle de l'Occident. Beaucoup de gens dans le monde Musulman ont été impressionnés et inspirés par l'engagement aux faits et l'analyse rationnelle qui ont été démontrée dans la pensée occidentale depuis le siècle des Lumières. Des écrits sur l'Islam par des auteurs tels que les défunts Maxime Rodinson et Montgomery Watt , biographes Français et Britannique du Prophète Mohammed- sont considérés par de nombreux Musulmans et non Musulmans comme des modèles d'érudition.
Au moment où l'humanité a besoin de connaissance pour garantir une c¦xistence pacifique, la propagation de ces caricatures, a renforcé l'ignorance et le racisme envers les Musulmans et a incité à la violence contre les citoyens européens et leurs intérêts dans plusieurs pays arabes et musulmans. Pour défendre les droits de tous ceux qui ont été touchés, nous appelons les autorités de tous les pays concernés à juger les responsables, qu'ils aient abusé de la liberté d'expression ou qu'ils aient commis des actions violentes au lieu de chercher recours auprès de la Justice.

Initiateurs
Hossein Shahidi, Assistant Professor of Communication, American University of Beirut
Sari Hanafi, (hanafi@p-ol.com), Visiting Associate Professor of Sociology, American University of Beirut

Premières signatures
Hassan Hanafi, Prof. of Philosophy, University of Cairo
Nabil Dajani, Professor of Communication, American University of Beirut
Armando Salvatore, Research fellow in Sociology at Humboldt University, Berlin
Ray Jureidini, Associate Prof. of Sociology, American University in Cairo
Lisa Taraki, Prof. of Sociologist, Birzeit University
Georges Giacaman, Prof. of Philosopher, Birzeit University
Omar Nashabe, Assistant Prof. of sociology, American University of Science and Technology
Baudoin Dupret, CNRS/IFPO, Damascus
Benoit Challand, Senior researcher, European University Institute, Italy
Lena Jayyuisi, Prof. of Communication, American University of Sharqa
Michael Warschawski, Human rights activist, Jerusalem, Israel
Joss Dray, Photographer, France
Micheline Garreau, Human rights activist, France.
Pour ajouter votre nom
http://www.planetenonviolence.org/index.php?action=article&numero=503&PHPSESSID=18a9192f078dbc18571325079c8b43ac

Les journaux ont eu tort de publier des caricatures de Mahomet, estime une majorité de Français sondés


Plus d'un Français sur deux (54%) estiment que les «journaux ont eu tort de publier les caricatures du prophète Mahomet car cela constituait une provocation inutile», selon un sondage CSA publié vendredi par «La Croix».
Seul un gros tiers des sondés (38%) pensent que les journaux ont eu raison de publier ces dessins «au nom de la liberté d'expression».
Pour autant, 35% des Français ne comprennent pas du tout l'indignation suscitée chez les musulmans par ces publications et 18% ne la comprennent «plutôt pas». Ils sont 36% à la comprendre «plutôt» (22%) ou «tout à fait» (14%).
Pour 78% de sondés, la montée de violence à laquelle on assiste dans certains pays depuis que ces caricatures ont été publiées est un «grand» sujet d'inquiétude. Cette inquiétude est «plutôt» faible pour 15% des gens et «très faible» pour 4%.
-Sondage CSA réalisé par téléphone le 8 février 2006 auprès d'un échantillon national représentatif de 1.000 personnes âgées de 18 ans et plus, d'après la méthode des quotas. Source : AP, 10 février 2006

 

Javier Solana en tournée dans des pays musulmans la semaine prochaine


Le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana a annoncé mercredi qu'il allait se rendre la semaine prochaine dans "différents pays" du monde arabe pour tenter d'apaiser la situation après la publication des caricatures du prophète Mahomet.

"Je voudrais prendre la semaine du 13 (février), toute la semaine prochaine, pour voyager, visiter différents pays, (rencontrer) des dirigeants politiques, des leaders sociaux aussi", a déclaré M. Solana.

"Les relations entre les citoyens de l'UE et les citoyens du monde arabe ont été tissées avec beaucoup de travail pendant des années, il ne faut pas jouer avec ça", a-t-il continué.

M. Solana devrait quitter Bruxelles dimanche ou lundi et pourrait se rendre à Jeddah pour rencontrer le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin Ihsanoglu, ainsi qu'en Egypte, en Jordanie et dans les Territoires palestiniens, a précisé une source européenne.

Mardi, la ministre autrichienne des Affaires étrangères Ursula Plassnik avait demandé au nom de l'UE, dont son pays assure la présidence tournante, à Javier Solana de se rendre à Jeddah pour engager le dialogue avec l'OCI. Mardi soir, M. Solana, M. Ihsanoglu et le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan ont exprimé leur profonde préoccupation devant la fureur causée dans le monde musulman par la publication en Europe de caricatures du prophète Mahomet et ont appelé à la retenue et au dialogue.

"Nous sommes profondément préoccupés par les répercussions de la publication au Danemark il y a plusieurs mois de caricatures insultantes du prophète Mohammad (Mahomet), leur reproduction ultérieure par d'autres journaux européens et par les actes de violence qui se sont produits en réaction", avaient-il déclaré dans un communiqué commun.


Source : AFP, 8 février 2006

 

L'Inquisition libérale


par le Dr Younes Bounab, Chercheur à l'Institut Hoggar (www.hoggar.org), 7 février 2006
O liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !
La presse européenne qui a reproduit les caricatures haineuses, obscènes et calomnieuses du journal de droite danois Jyllands-Posten est elle plus libre, maintenant que l'arbre de sa liberté d'expression a été arrosé par l'offense de 1.4 milliards de musulmans ? Disséminer à grande échelle des insultes outrageantes et incendiaires sur le Prophète (qpssl) de l'Islam et blesser, dans leur foi, des centaines de millions de musulmans a-t-il certifié sa virilité libérale ?
Un musulman est en droit d'en douter. La liberté qui s'établit par l'oppression d'autrui n'est pas la liberté.
Que l'on ne nous raconte pas que cette affaire est un conflit entre deux sacrés, la liberté d'expression d'un coté, et le Prophète Muhammad (qpssl) de l'autre.
La liberté d'expression n'est qu'un prétexte dont font usage les apologues de cette campagne de haine islamophobe.
Depuis quand la liberté d'expression aurait-elle été en Europe, ou ailleurs, un absolu, une valeur sacrée ?
La liberté d'expression y a toujours été restreinte, ses frontières étant souvent délimitées par des lois sur l'obscénité, l'incitation à la haine raciale, la subversion, la trahison et l'atteinte à la sécurité nationale, la diffamation, etc.
De plus, comme l'expliquait Simon Jenkins, dans les pages du Sunday Times dimanche dernier, « un journal n'est pas un monastère retiré du monde et sourd aux réactions. Chaque centimètre d'encre imprimée reflète les opinions de ses auteurs et le jugement de ses rédacteurs. Quotidiennement, les journaux prennent des décisions sur l'équilibre entre audace, délit, bon goût, prudence et maladresse. Ils doivent décider à qui donner la parole et à qui la dénier. Ils sont contraints par les lois sur la diffamation, par la politesse ou le savoir vivre, et ce qui est acceptable aux lecteurs. L'expression n'est libre qu'au sommet de la montagne ; tout le reste n'est que décision rédactionnelle. [..] Sur chaque page plane un censeur, quand bien même il est honoré du titre de rédacteur.»

La liberté d'expression n'est pas absolue en Europe, et ses limites sont constamment négociées pour assurer l'harmonie sociale et la protection de certaines minorités, en particulier la minorité juive, et ce à juste titre.
Si la liberté d'expression n'est donc pas, de fait, absolue, la question est pourquoi ses limites ne prennent-elles pas en compte la protection contre l'incitation à la haine anti-islamique ?
Pourquoi les musulmans en Europe devraient-ils accepter que la liberté d'expression soit exercée en profanant ce qui leur est le plus sacré ? Si la liberté d'expression s'arrête la ou commencent les droits contre la discrimination sexuelle et raciale, pourquoi la conviction religieuse ne serait-elle pas pertinente dans la définition de ses limites ? D'autant plus que la religion participe à l'identité du musulman aussi fortement que le détermine son sexe ou sa race, car, pour lui, l'Islam est un caractère inévitable, plutôt que contingent, de sa nature.
Agnès Callamard, directrice de l'organisation internationale Article 19 pour la liberté d'expression, explique dans un article intitulé « Fausseté Prophétique », publié dans le Guardian du 2 février, pourquoi il ne faut pas restreindre la liberté d'expression contre l'incitation à la haine anti-musulmane : « Nous reconnaissons que les caricatures ont offensé beaucoup de musulmans, mais l'offense et le blasphème ne devraient pas être des standards limites pour restreindre la liberté d'expression. Les lois contre le blasphème protègent les croyances et non les personnes. »
Mais la disjonction entre les croyances et les personnes sur laquelle repose cet argument est absurde. Les croyances sont une partie intégrante de l'identité des personnes. Si la remise en cause des croyances sur certains événements de la deuxième guerre mondiale, qui font maintenant partie de la mémoire collective juive, sont un standard pour restreindre la liberté d'expression, pourquoi la profanation d'une croyance partagée par un sixième de l'humanité ne pourrait-elle pas être une limite de la liberté d'expression ?
En résumé, on voit que la reproduction des caricatures haineuses par une certaine presse européenne ne peut se défendre avec cohérence par l'argument de la liberté d'expression.
Si la reproduction des caricatures anti-islamiques ressemble à une liberté, elle ressemble alors plutôt à la liberté de tyranniser et à la solidarité dans la tyrannie.
Preuve en est que, non satisfait de violer le sacré des musulmans et de promouvoir la haine de leur religion, cet intégrisme libéral leur dicte aussi, quotidiennement, avec une condescendance effrontée, comment ils devraient réagir avec « maturité » face à l'offense qu'il leur fait subir. L'inquisition libérale exerce ce qu'elle considère son droit démocratique d'offenser les musulmans, mais en même temps elle leur dénie le droit se sentir offensés !
Solidarité corporatiste avec les profanateurs du sacré musulman oblige, même Reporters sans frontières rabâche le même sermon sur la liberté d'expression, sans un mot sur les responsabilités qu'elle engage, et se permet, en plus, d'appeler « les responsables politiques et religieux des pays musulmans ainsi que la presse du monde arabe à tout faire pour calmer les esprits », position qui rappelle ce que disait Steve Biko, l'Africain du Sud : « Non seulement les blancs nous frappent, mais en plus ils nous dictent la façon de réagir à leurs coups. »
La fraternité médiatique qui propage l'incitation à la haine anti-islamique ferait bien de méditer cet enseignement du Prophète (qpssl) qu'elle insulte. Muhammad (qpssl) a dit : « Soutiens ton frère qu'il soit oppresseur ou opprimé». Les gens dirent « Ô Prophète, nous soutiendrons celui qui est opprimé, mais comment soutenir l'oppresseur ? » Le Prophète (qpssl) répondit : « En l'empêchant d'opprimer les autres. »

 

 

Les caricatures danoises : les liens du Jyllands-Posten avec le Club Bilderberg

par Anwaar Hussain, 7 février 2006. Original : http://malakandsky.blogspot.com/2006/02/denmark-cartoons.html.
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). cette traduction est en Copyleft.

Les caricatures offensantes qui ont provoqué une flambée de manifestations violentes dans l'ensemble du monde musulman avaient été publiée en septembre 2005, pour la première fois, dans un quotidien danois, Jyllands-Posten. Elles ont été republiées, au mois de janvier, en Autriche, puis, au début de février, dans un certain nombre de journaux européens, en France, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en Espagne.

On a assisté depuis lors à des manifestations de colère, parfois violentes, d'une extrémité à l'autre du monde musulman, ainsi qu'en Grande-Bretagne et en France. Ce sont au minimum six décès qui ont été déplorés jusqu'ici. C' est un véritable nid de guêpe qui a été ainsi dérangé, et on n'aperçoit pas de fin à cette véritable crise.

Tout ceci s'est-il produit par hasard, incidemment, ou bien s'agit-il d'une tentative délibérée de susciter des troubles, à des fins particulières ?

Pour répondre à cette question, nous devons remonter dans le passé, jusqu'au mois de mai 2005.

Cinq mois, seulement, avant le déclenchement de cette crise, entre le 5 et le 8 mai 2005, des hommes très puissants, appartenant aux sphères de la finance, de l'industrie et de la politique, se sont réunis dans les salons luxueux et feutrés de l'hôtel 5 étoiles Dorint Sofitel Seehotel Überfahrt, à Rottach-Egern, en Allemagne. Devant l'hôtel, des gardes privés et des membres de la gendarmerie nationale patrouillaient, armés de fusils automatiques, avec des chiens renifleurs. Le ciel bavarois était bas et gris, et il pleuvait.

Cette camarilla secrète d'hommes puissants est connue sous le nom de Groupe Bilderberg (une simple requête sur le moteur de recherche Google vous donnera rapidement des milliers de résultats). Ce Groupe Bilderberg est la seule organisation privée internationale que Time magazine note 10, en matière de secret, sur une échelle allant de 1 à 10 [10 étant la note maximale, correspondant à une extrême confidentialité.]

Vous allez me dire : et alors, qu'est-ce que les caricatures sacrilèges ont à voir avec le groupe Bilderberg ? Examinons simplement, tout d'abord, les noms de quelques-uns de ses membres présents à la conférence de mai 2005. Il s'agissait notamment de :

Josef Ackermann, président, comité exécutif du groupe, Deutsche Bank AG, Allemagne ;

Joaquin Almunia Amann, Commissaire européen ;

José M. Durno Barroso, Président de la Commission européenne, Portugal ;

Franco Bernabe, Vice-président de Rothschild Europe, Italie ;

Martin S. Feldstein, Président et PDG, National Bureau of Economic Research, U.S.A. ;

William C. Ford, Jr., Président et PDG, Ford Motor Company, U.S.A. ;

Timothy F. Geithner, Péesident, Federal Reserve Bank of New York, U.S.A ;

Donald E. Graham, Président et PDG, The Washington Post Company, U.S.A. :

Richard N. Haass, Président, Council on Foreign Relations, U.S.A. ;

Jaap Hoop de Scheffer, Secrétaire National de l'OTAN, Hollande ;

Allan B. Hubbard, Assistant du Président pour la politique économique et Directeur du Conseil économique national, U.S.A. ;

John M. Keane, Président, GSI, LLC; général de l'armée US, à la retraite, U.S.A. ;

Henry A. Kissinger, Président de Kissinger Associates, Inc., U.S.A. :

Neelie Kroes, Commissaire européenne ;

Michael A.Ledeen, American Enterprise Institute, U.S.A. ;

William J. Luti, sous-Secrétaire à la défense pour les Affaires du Moyen-Orient et de l'Asie méridionale, U.S.A. ;

Jessica T. Mathews, Président, Carnegie Endowment for International Peace, U.S.A. ;

Kenneth B. Mehlman, Président, Republican National Committee, U.S.A. ;

Elena Nemirovskaya, Fondatrice et Directrice de l'Ecole d'Etudes Politiques de Moscou, Russie ;

La Reine Beatrix des Pays-Bas ;

Andrzej Olechowski, dirigeant de la Plate-forme Civique, Pologne ;

Norman Pearlstine, rédacteur en chef, Time Inc., U.S.A. ;

Richard N. Perle, chercheur titulaire, American Enterprise Institute for Public Policy Research, U.S.A. ;

Friedbert Pflüger, Membre du Parlement (Bundestag), CDU/CSU, Allemagne ;

Son Altesse Royale le Prince Philippe de Belgique ;

Rato y Figaredo, Rodrigo de, Directeur, Fonds Monétaire International ;

David Rockefeller, Member, JP Morgan International Council, U.S.A. ;

Judith Rodin, Président, The Rockefeller Foundation, U.S.A. ;

Dennis B. Ross, Directeur, The Washington Institute for Near East Policy, U.S.A. :

Sa Majesté la Reine d'Espagne ;

Peter D. Sutherland, Président, Goldman Sachs International ;

Jean-Claude Trichet, Gouverneur de la Banque Centrale Européenne ;

James D. Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, U.S.A. ;

Paul Wolfowitz, Président nommé de la Banque Mondiale, U.S.A.

Et, bien entendu, il y avait les habituels Premiers ministres et responsables du gouvernement US. Présents également, les faiseurs de la pluie et du beau temps des médias occidentaux, dont des présidents de médias de tous les pays dont la presse a choisi de publier les caricatures blasphématoires. Les noms de MM. Michael Ledeen, Richard Perle et Paul Wolfowitz, toutefois, doivent normalement faire « tilt ».

On trouvait aussi sur la liste des participants un certain Anders Eldrep, du Danemark. Anders Eldrep (ce nom est parfois orthographié Eldrup) se trouve être marié à une certaine Merete Eldrep. Cette dame est PDG de la firme JP/Politikens Hus [JP signifiant Jyllands-Posten], qui a publié les scandaleuses caricatures anti-islamiques au Danemark.

Anders Eldrep n'est pas le premier venu, et sa femme n'est pas particulièrement tombée non plus de la dernière pluie, pour ne pas avoir compris quelles répercussions leurs décisions allaient avoir.

Son épouse, Merete Eldrep, est l'ancienne présidente du cabinet du ministère de l'économie et des entreprise, et adjointe au directeur de l'Autorité danoise de l'énergie.

Quant à son illustre époux, Anders Elderp, il est l'actuel secrétaire de la Compagnie danoise du pétrole et du gaz naturel, la DONG [Denmark's Oil and Natural Gas Company]. Il avait déjà participé aux cinq dernières réunions du groupe de Bilderberg. Curieusement, un ancien rédacteur en chef de 'Politiken', autre quotidien du groupe JP/Politikens Hus, Toger Seidenfaden, était également un Bilderberger de longe date.

Et maintenant, examinons un peu ce groupe Bilderberg.

Au cours d'une des rares interviews accordées à la BBC, Etienne Davignon, 73 ans, secrétaire du groupe Bilderberg et ancien diplomate belge et commissaire européen, a démenti des allégations selon lesquelles le groupe Bilderberg serait partie constitutive d'une vaste conspiration mondiale visant à placer aux manettes du monde entier une élite auto-sélectionnée de faiseurs de pluie et de beau temps. Ses dénégations étaient tout aussi naturelles qu'aurait été étrange le fait qu'il admît publiquement le sinistre programme de cette cabale. Lisez cette interview, pour vous faire une idée personnelle sur cette question. A mon humble avis, l'unique objectif de ce groupe, c'est l'instauration d'une copie conforme euro-américaine, d'aucuns disent anglo-américaine, d'un Nouvel Ordre Mondial, au bénéfice exclusif des élites.

Les débats du Bilderberg sont structurées autour du principe de la nécessité de parvenir à un accord, plutôt que d'un cérémonial de résolutions et de scrutins. Le statut et le pouvoir de ses membres actifs sont tels que si un accord est atteint, en vue d'une action déterminée, la décision résultante doit théoriquement être appliquée dans l'ensemble des pays occidentaux.

En particulier dans les milieux géopolitiques de l'ère post-onze septembre, l'objectif du groupe a consisté à servir les politiques étrangères des gouvernements américain et britannique, ou plus simplement, d'aider à mettre en application la formule précise vendue internationalement par la doublette Bush / Blair. Ce nouvel ordre mondial, bénéficiant du soutien indéfectible du groupe, est en train d'être forcé dans le gosier collectif des citoyens du monde, sous le déguisement d'une « guerre mondiale contre le terrorisme », et de l'établissement de la « démocratie », de la « paix » et de la « liberté » dans le monde.

Trois ou quatre citations tirées des bavardages de ces dirigeants anglo-américains éclairent l'interprétation de leurs intentions ;

« Des temps troublés actuels (conflit Irak / Koweït), notre cinquième objectif est le suivant. : un nouvel ordre mondial est susceptible de se faire jour : ce sera une ère nouvelle. Nous apercevons maintenant des Nations unies qui fonctionnent effectivement de la manière envisagée par leurs fondateurs. » [11 septembre 1990 - Discours sur l'Irak du président Goerge H. W. Bush.]

« Notre mission est claire : débarrasser le monde du mal », [conférence de presse du président George W. Bush, à la suite des attentats du 11 septembre 2001.]

« Des ténèbres de ce mal [attentats du 11/09] doit émerger un bien, pour longtemps. Le temps est venu de saisir. reconstruisons ce monde, là, autour de nous. » [Premier ministre britannique Anthony Blair, 2 octobre 2001, à la BBC.]

Et maintenant, mes interrogations :

Toute cette campagne de caricatures anti-musulmanes n'était-elle rien de plus, en réalité, qu'une tentative innocente de promouvoir la cause sacrée de la liberté d'_expression y compris sur des sujets politiques ultrasensibles - l'antisémitisme étant rejeté, en paroles ou en actes, et même par la loi, dans la plupart des pays occidentaux ?

Ou bien alors, compte tenu des temps lourds de danger que nous traversons, les Musulmans sont-ils provoqués délibérément, afin de les exploiter émotionnellement, en les amenant à se présenter comme une masse bouillonnante, foisonnante, d'hommes des cavernes enragés, en vue de leur annihilation finale ? Personne, après tout, ne pleure devant les nuages en forme de champignon de Paris qui bouchent l'horizon au-dessus de pays de sauvages ?

Mais peut-être le scripteur de ces lignes est-il indûment alarmiste ?

A vous d'en décider.

[Droits réservés : Anwaar Hussain]

The Denmark Cartoons

by Anwaar Hussain

http://malakandsky.blogspot.com/2006/02/denmark-cartoons.html

Tuesday, February 07, 2006

The derogatory cartoons that have the Islamic world in throes of violent protests were first published in September 2005 by Danish newspaper Jyllands-Posten. They were later republished in Austria in January, and then at the beginning of February in a number of European newspapers in France, Germany, the Netherlands, Italy and Spain.

There have since been angry and sometimes violent protests across the Islamic world, Britain and France. At least six deaths have been reported thus far. A hornets' nest has been stirred with the end of the rapidly escalating crisis nowhere in sight.

Has it all happened innocuously and accidentally or is it a deliberate attempt towards an ulterior motive?

To answer this question let us go back in time to May 2005.

Only four months before the crisis, between May 5 to May 8, 2005, a group of powerful men from today's finance, industry and politics huddled together in the warm and cozy rooms of the 5-star Dorint Sofitel Seehotel Überfahrt in Rottach-Egern, Germany. Outside the hotel, private and state guards patrolled with automatic weapons and sniffer dogs. The gray Bavarian skies rained on.

This secretive cabal of powerful men otherwise goes by the name of Bilderberg Group (a simple Google query will throw up thousands of results). The Bilderberg Group is the only private international organization that Time magazine rated 10 for secrecy on a scale of 1 to 10 (10 being most secret).

So what do the defamatory cartoons have to do with the Bilderbergs? Let us first have a look at the names of just some of the attendees of the May 2005 conference. These were;

Josef Ackermann, Chairman, Group Executive Committee. Deutsche Bank AG, Germany

Joaquin Almunia Amann, Commissioner, European Commission

José M. Durno Barroso, President, European Commission, Portugal

Franco Bernabe, Vice Chairman, Rothschild Europe, Italy

Martin S. Feldstein, President and CEO, National Bureau of Economic Research, U.S.A.

William C. Ford, Jr., Chairman and CEO, Ford Motor Company, U.S.A.

Timothy F. Geithner, President, Federal Reserve Bank of New York, U.S.A

Donald E. Graham, Chairman and CEO, The Washington Post Company, U.S.A.

Richard N. Haass, President, Council on Foreign Relations, U.S.A.

Jaap Hoop de Scheffer, Secretary General, NATO, Netherlands

Allan B. Hubbard, Assistant to the President for Economic Policy and Director of the National Economic Council, U.S.A.

John M. Keane, President, GSI, LLC; General, US Army, Retired, U.S.A.

Henry A. Kissinger, Chairman, Kissinger Associates, Inc., U.S.A.

Neelie Kroes, Commissioner, European Commission

Michael A.Ledeen, American Enterprise Institute, U.S.A.

William J. Luti, Deputy Under Secretary of Defense for Near Eastern & South Asian Affairs, U.S.A.

Jessica T. Mathews, President, Carnegie Endowment for International Peace, U.S.A.

Kenneth B. Mehlman, Chairman, Republican National Committee, U.S.A.

Elena Nemirovskaya, Founder and Director, Moscow School of Political Studies, Russia

Queen Beatrix of the Netherlands

Andrzej Olechowski, Leader Civic Platform, Poland

Norman Pearlstine, Editor-in-Chief, Time Inc., U.S.A.

Richard N. Perle, Resident Fellow, American Enterprise Institute for Public Policy Research, U.S.A.

Friedbert Pflüger, Member of Parliament, CDU/CSU Fraktion, Germany

H.R.H. Prince Philippe, Belgium

Rato y Figaredo, Rodrigo de, Managing Director, IMF

David Rockefeller, Member, JP Morgan International Council, U.S.A.

Judith Rodin, President, The Rockefeller Foundation, U.S.A.

Dennis B. Ross, Director, The Washington Institute for Near East Policy, U.S.A.

H.M. the Queen of Spain

Peter D. Sutherland, Chairman, Goldman Sachs International;

Jean-Claude Trichet, Governor, European Central Bank

James D. Wolfensohn, President, The World Bank, U.S.A.

Paul Wolfowitz, President designate, The World Bank, U.S.A.

And of course there were the usual prime ministers and U.S. government officials. Also present were the movers and shakers of the Western media including media heads from almost all the countries whose press chose to publish the insulting cartoons. The names of Messers Michael Ledeen, Richard Perle and Paul Wolfowitz, however, must ring some bells. (Click here for the complete list)

Also on the list of attendees was one Anders Eldrep from Denmark. Anders Eldrep (sometimes spelled as Eldrup) happens to be married to one Merete Eldrep. This lady is the managing director of company JP/Politikens Hus (JP for Jyllands-Posten) that published the slanderous anti-Islamic cartoons in Denmark.

Neither Anders Eldrep is an ordinary Tom, Dick or Harry nor his wife exactly a babe in woods not to have understood the repercussions of their actions.

Merete Eldrep, the wife, is a former Head of Secretariat at the Ministry of Economic and Business Affairs and Deputy Director of the Danish Energy Authority.

And Anders Elderp, her illustrious husband, is the current Chairman of Denmark's Oil and Natural Gas Company DONG and has been Permanent Secretary, Ministry of Danish Finance up to the year 2001. He also has attended the last FIVE Bilderberg meetings thus far. Interestingly, a previous editor-in-chief of 'Politiken', another of JP/Politikens Hus's newspapers, namely Toger Seidenfaden, too was a long-time Bilderberger.

Now a little more about the Bilderberg Group.

In a rare interview given to BBC, Etienne Davignon, 73, the chairman of the Bilderberg Group and a former Belgian diplomat and European Commissioner, dismissed claims that the Bilderberg Group is part of a global conspiracy to rule the world by a self-selected elite of movers and shakers. His dismissal is as natural as publicly admitting the cabal's sinister agenda would have been unnatural. Please read the interview to form up your own opinion. In my judgment the sole aim of the group is implementing a Euro-American, some say Anglo-American, blueprint of a New World Order for the express benefit of these elites.

The Bilderberg discussions are structured on the principle of reaching accord rather than through ceremonial resolutions and voting. Such is the power and status of the active members that if an agreement for action is arrived at, the resulting decision is expected to be implemented in the West as a whole.

In the post 9/11 geo-political milieu particularly, the group's aim has been to buttress the foreign policies of the governments of the United States and Great Britain or, more simply, to help execute the precise formula sold internationally by the Bush/Blair combo. This new world order, with the group's unflinching support, is being shoved down the collective throat of the world citizenry under the guise of "global war on terrorism", and of establishing "democracy", "peace", and "freedom" in the world.

Just three quotes from the lamb talk of these Anglo-American leaders make clear enough readings of their intentions;

"Out of these troubled times [Iraq/Kuwait conflict], our fifth objective -- a new world order can emerge: a new era...We're now in sight of a United Nations that performs as envisioned by its founders." September 11, 1990 - Iraq Speech by President George H. W. Bush

"Our mission is clear: to rid the world of evil" - Pres. George W. Bush, post-Sept. 11, 2001

"Out of the shadow of this evil [9/11], should emerge lasting good... This is a moment to seize...let us re-order this world around us." - British Prime Minister Tony Blair, Oct. 2, 2001 (BBC)

My questions then;

Was this whole anti-Islamic cartoon exercise actually nothing more than an innocent attempt at promoting the much cherished cause of freedom of _expression on sensitive topics---anti-Semitism being disallowed, by word or action, by law in most of the western world?

Or, given the ominous times we are in, the Muslims are deliberately being provoked, exploiting their emotionality, into presenting one seething, throbbing mass of foaming-at-the-mouths herd of rabid cavemen image for their eventual annihilation? No one, after all, cries over the mushroom clouds blotting the horizons over beastlands.

Or is the scribe being overly alarmist?

You decide.

Copyrights : Anwaar Hussain

 


Caricatures à traits tirés - Il ne s'agit pas d'un conflit entre Occident et Islam mais entre raison et passions aveugles.


par Tariq RAMADAN, Libération, 8 février 2006
l’auteur est professeur invité à l'université d'Oxford (St. Antony's College) et Senior Research à la Lokahi Foundation.

J'étais à Copenhague en octobre lorsque l'affaire des caricatures a commencé à provoquer des manifestations au Danemark. Interviewé par un journaliste de la rédaction qui avait publié les douze dessins, celui-ci m'avait fait part des vifs débats internes au journal, du malaise que beaucoup de journalistes éprouvaient autour de cette affaire en même temps que de leur surprise face à la réaction des musulmans et des ambassades du monde arabe. Il semblait néanmoins que la tension ne devait pas franchir les frontières du Danemark. Aux musulmans qui dénonçaient un acte raciste, une provocation dont allait se servir l'extrême droite danoise en pleine expansion, je conseillais de ne pas réagir émotionnellement, d'expliquer calmement en quoi ces caricatures les blessaient et de ne point manifester ni prendre le risque de déclencher un mouvement de foule impossible à maîtriser.

Tout semblait réglé et on peut se demander pourquoi, trois mois après les faits, on a intérêt à rallumer la flamme d'une controverse aux conséquences aujourd'hui aussi dramatiques qu'incontrôlables. Des musulmans danois se sont rendus dans des pays du Moyen-Orient et ont attisé la flamme du ressentiment : des gouvernements, trop contents de prouver leur attachement à l'islam - et ainsi de se légitimer aux yeux de leur population - ont saisi l'aubaine et se sont présentés en grands défenseurs de la cause. Il n'en fallait pas davantage pour que des politiciens, des intellectuels et des journalistes - avocats de l'autre grande cause de la liberté d'expression - se présentent en résistants à l'obscurantisme religieux au nom des valeurs de l'Occident. Et nous voilà en face de la grande simplification, de la polarisation la plus simpliste qui soit : il s'agirait d'un clash entre les civilisations, d'un affrontement entre, d'un côté, l'inaliénable principe de la liberté d'expression et, de l'autre, le principe qui fonde l'inviolable sphère du sacré.

Présenté en ces termes, le débat a malheureusement viré au bras de fer : qui l'emportera ? Des musulmans veulent des excuses, menacent de s'en prendre aux intérêts européens, voire aux personnes ; des gouvernements et des journalistes occidentaux refusent de plier sous les menaces et certains organes de presse en rajoutent en publiant à leur tour les caricatures. La majorité des populations du monde observent ces excès avec perplexité : quelle folie mène le monde ?

Il faut pourtant trouver les moyens de sortir de ce cycle infernal et de demander à tous et à chacun de cesser de jeter de l'huile sur le feu pour enfin entrer dans un débat sérieux, profond et serein. Non, il ne s'agit pas d'un clash entre les civilisations ; non, cette affaire ne symbolise pas l'affrontement entre les principes des Lumières et ceux de la religion. Non, trois fois non. Ce qui est en jeu au coeur de cette triste affaire, c'est de mesurer la capacité des uns et des autres à savoir être libre, rationnel (croyant ou athée) et, dans le même temps, raisonnable. La fracture qui se dessine aujourd'hui n'est point entre l'Occident et l'Islam mais entre celles et ceux qui, dans les deux univers, savent être et affirmer ce qu'ils sont avec mesure au nom d'une foi et/ou d'une raison raisonnables, et ceux qui se laissent emporter par les certitudes exclusives, la passion aveugle, les perceptions réductrices de l'autre et les conclusions hâtives. Ces traits de caractère sont équitablement partagés entre certains intellectuels, savants religieux, journalistes et une partie des populations des deux univers. Face aux dérives graves qu'ils peuvent provoquer, il est urgent d'appeler à plus de sagesse.

Il est interdit en islam de représenter les prophètes de n'importe quelle façon que ce soit. Il s'agit là non seulement de l'expression du respect fondamental qui leur est dû mais également d'un principe de la foi qui exige que Dieu et ses prophètes ne soient jamais figurés pour éviter toute tentation idolâtre. En ce sens, représenter un prophète équivaut à une transgression grave. Si, en sus, on y ajoute l'insulte et l'amalgame bien maladroit comme cela a été perçu par les musulmans dans la représentation du prophète avec un turban en forme de bombe, on comprend la nature du choc et du rejet qui s'est manifesté très largement parmi les musulmans (dont certains ne sont pas même pratiquants). Ils estimaient qu'on allait trop loin : il était bon et important qu'ils puissent l'exprimer et être entendus. Il était néanmoins nécessaire qu'ils n'oublient pas que les sociétés occidentales, depuis trois siècles, se sont habituées (à la différence des sociétés musulmanes) à la dérision, à l'ironie et à la critique du fait et des symboles religieux, du pape, du Christ, voire de Dieu. Même s'ils ne partagent pas cette attitude, il est impératif que les musulmans sachent garder une distance intellectuelle critique en pareille circonstance et ne se laissent pas entraîner par une ferveur qui est mauvaise conseillère. En face de caricatures aussi maladroites que bêtement méchantes, il eut été - et il demeure - préférable d'exposer sans fracas au public ses principes et ses valeurs et de passer son chemin jusqu'à ce qu'une conjoncture plus favorable permette un débat plus serein. Ce qui sourd des communautés et du monde musulmans aujourd'hui est aussi excessif qu'insensé : l'obsession des excuses, les appels aux boycottages, voire les menaces de représailles physiques et armées sont totalement démesurées et ces excès sont à rejeter et à condamner.

Invoquer le «droit à la liberté d'expression» pour se donner le droit de tout dire, n'importe comment, contre n'importe qui, est également une attitude irresponsable. D'abord parce qu'il n'est pas vrai que tout est permis au nom de la liberté d'expression. Chaque pays a des lois, qui fixent un cadre qui permet, par exemple, de condamner les propos racistes, et auxquelles il faut ajouter un corps de règles particulières qui correspondent à la culture, aux traditions, à la psychologie collective de la société en question et qui régulent les relations entre les individus et la diversité des cultures et des religions en présence. On ne traite pas de la même façon l'injure raciale et/ou religieuse selon les sociétés occidentales : à l'intérieur d'un cadre légal à peu près commun, chaque pays a sa mémoire et sa sensibilité que la sagesse impose de reconnaître et de respecter. Les sociétés européennes ont changé et la présence des musulmans a quelque peu modifié cette sensibilité collective. Plutôt que d'être obsédé par le droit - au point de le transformer en dictature du droit à l'expression de n'importe quoi - ne serait-il pas bienvenu d'appeler les citoyens à un usage responsable de leur liberté d'expression qui tienne compte des sensibilités qui composent nos sociétés contemporaines? Il ne s'agit pas d'ajouter des lois et de restreindre l'espace de la parole libre : non, il s'agit simplement d'appeler les uns et les autres à user de leurs droits de façon raisonnable. Il s'agit bien plus de civisme que de droits ; les citoyens de confession musulmane ne demandent pas plus de censure, simplement un peu plus de respect. On ne décrète pas le respect mutuel à coups de lois, on l'enseigne au nom d'une citoyenneté libre, responsable et raisonnable.

Nous sommes à la croisée des chemins. Il est l'heure que des femmes et des hommes refusent les faux clivages entre deux mondes et bâtissent des ponts entre deux univers qui ont de nombreux principes communs. Qu'ils affirment le droit à l'expression libre en même temps que le sens de la mesure quant à son usage ; qu'ils promeuvent l'autocritique nécessaire et qu'ils refusent les vérités exclusives et les postures binaires. Nous avons un urgent besoin de confiance mutuelle. La crise provoquée par ces caricatures nous montre combien le pire est possible (à partir d'«apparemment rien») entre deux univers de sens quand ils deviennent sourds l'un à l'autre et sont tentés de se définir l'un contre l'autre. Un désastre dont les extrémistes des deux camps ne manqueront pas de tirer parti.

Si les femmes et les hommes qui chérissent la liberté, qui savent l'importance du respect mutuel, qui ont conscience de l'impérative nécessité du dialogue critique et constructif ; si ces femmes et ces hommes, disais-je, ne s'expriment pas, ne s'engagent pas plus visiblement ensemble et ne résistent pas aux dérives de notre temps, alors il y a fort à parier que des lendemains douloureux et noirs nous attendent. Au demeurant, c'est à nous de choisir.

Plainte Citoyenne Islamophobie - Contre les Caricatures de Mahomet faisant de chaque Musulman un terroriste


par Ahmed, La banlieue s’exprime, 8 février 2006. Source : http://www.labanlieuesexprime.org/article.php3?id_article=363

Les caricatures du prophète ont fédéré tous les Musulmans. Du politique au simple citoyen, du religieux au profane, du pratiquant au non pratiquant, et même bien au-delà de l’islam. Il n’y a guère qu’une certaine presse occidentale qui n’y ait pas vu la portée injurieuse et insultante.

Mohammed est le symbole direct de l’Islam, représentant les personnes de confession musulmane dans leur ensemble. Une bombe dans le turban d’une représentation du prophète ne suffit pas à délimiter un champs politique. On aurait en effet du mal à imputer une "opinion politique" à Mohammed ou à son image inventée. On pourrait faire le même raisonnement pour d’autres des caricatures. Cette caricature n’est donc ni une simple provocation à portée politique, ni une simple entorse à la liberté d’expression. Ce dessin agressif vise personnellement l’ensemble des Musulmans, les assimilant chacun et tous à des terroristes.

Il est plus que temps de mettre un terme aux manifestations généralisées d’islamophobie, trop souvent impunie. C’est notre action CITOYENNE qui va le permettre. Chaque Musulman est insulté en voyant ces caricatures. Chaque Français Musulman peut porter plainte pour cette raison. Plainte Citoyenne Islamophobie

 

Nous condamnons toute manifestation violente quelle qu’elle soit. Il est temps que la majorité silencieuse musulmane se fasse entendre par les voies légales. Elle ne doit plus s’en remettre seulement à des associations, antiracistes ou autres. Nous, citoyens, devons agir par nous-même, et ne plus laisser porter atteinte à notre religion. Nous ne tenons pas à être insulté, par des intégristes de la liberté d’expression, ni d’être défendue par une poignée d’intégristes religieux aveugles, en contradiction avec l’éthique musulmane. Nous demandons à tous les Musulmans, qui viennent d’être insultés personnellement et collectivement, de porter plainte au commissariat, ou bien par lettre recommandée au Procureur de la République de leur préfecture.

Munissez-vous du premier journal que vous trouverez et qui contient la caricature avec un turban-bombe sans dénoncer clairement son racisme religieux.

Portez plainte contre ce journal. Une lettre très simple suffit, expliquant que vous portez plainte contre le journal - - - daté du — -- — -- qui publit à la page — un dessin du prophète Mohammed qui est injurieux à votre encontre car vous êtes Musulman. Il vous injurie parce qu’il donne de tous les Musulmans une image fausse de terroriste. Même si vous n’êtes pas sûr d’aller jusqu’au bout (vous pouvez toujours annuler ensuite), allez dans votre commissariat et réclamez qu’on enregistre votre réclammation.

Rendez-vous dans les gendarmeries et commissariats en groupe et faites la queue. Insistez même si on vous dit que ça ne se fait pas, demandez à déposer une "main courante" si on refuse de prendre votre plainte. Créez des queues de plusieurs centaines de mètre s’il le faut. Ce phénomène en lui-même déclenchera une prise en compte par les médias de ce mouvement. Il faut que tout le monde sache que les Musulmans sont tous individuellement insultés, et que ce n’est pas du tout une question de liberté d’expression. Et qu’il n’y a pas que les mitraillettes hors de France à entendre. C’est une action CITOYENNE. La loi punit l’injure et ces caricatures seront punies, mais cela prendra du temps. Il ne faut pas attendre. Il faut montrer que pour nous tous, et pour tout citoyen honnête, il s’agit d’une insulte grave. Un non musulman ne peut pas porter plainte à titre personnel, vos amis ne le pourront pas tous, mais il est bon de se faire accompagner par des citoyens de toutes religions et couleurs, qui diront aussi qu’ils sont choqués même s’ils ne portent pas plainte.

Si vous le pouvez, prévenez-nous de votre plainte en donnant le nom du journal cité et la ville où vous avez porté plainte ou tenté de le faire : labanlieuesexprime@yahoo.fr

Une simple file d’attente de 20 personnes devant un commissariat déclenchera déjà une prise de conscience, et contraindra les médias à dire la vérité : Il n’est pas question ici de liberté d’expression. Ces caricatures sont injurieuses pour chaque Musulman, l’une d’elle montre chaque Musulman comme un terroriste. Allez-y tout de suite !

Lettre-type pour porter plainte

PRENOM NOM ADRESSE à Monsieur le Procureur de la République Tribunal de Grande Instance 4 Boulevard du Palais 75055 PARIS CEDEX 01 Lettre Recommandée avec Accusé de Réception Paris, le 8 février 2006 Monsieur le Procureur, L’objet de la présente est de vous saisir d’un ensemble de faits extrêmement graves qui se sont produits au sein de votre ressort juridictionnel ces derniers jours, et pour lesquels je souhaite déposer plainte auprès de vos services. Le quotidien France-Soir et Charlie Hebdo se sont permis de publier et de diffuser sur le territoire national un certain nombre de dessins infamants, dits "caricatures de Mahomet", constitutifs d’attaques injustifiées prenant délibérément pour cible la communauté arabe en général et la religion musulmane en particulier. Et cela entre autres par l’assimilation générale aveugle et à l’emporte pièce de toute la communauté concernée aux phénomènes contemporains de l’intégrisme religieux et du terrorisme international. Au vu des dites publications, il me semble que le délit de provocation publique à la discrimination et à la haine envers un groupe de personne du fait de leur origine, de leur appartenance communautaire et de leur religion est parfaitement constitué - ce dont s’est d’ailleurs fait écho une autre partie de la presse. J’ajoute que ces faits me paraissent en outre constitutifs de diffamation et d’injures, toutes deux publiques, envers la communauté visée par les publications en question, les citoyens français de culture ou de confession musulmane. C’est la raison pour laquelle, choqué par ces faits à la fois non seulement en tant que membre de la communauté visée, mais aussi en tant que citoyen et justiciable, je dépose présentement plainte contre X auprès de vous pour les chefs d’accusation cités plus haut afin que lesdits délits fassent l’objet des poursuites qu’ils appellent. Vous remerciant par avance pour l’accueil que vous voudrez bien réserver au traitement de cette plainte, je vous prie d’agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de mes meilleures salutations.

SIGNATURE

Polémique

Rim al-Khatib répond à Soheib Bencheikh Mondial: La double ignorance de l'Islam et de la liberté par Soheib Bencheikh, Marseille, 6 février 2006 Suite à la publication des caricatures touchant à la personne du Prophète, pour des raisons probablement malintentionnées, la réaction de certains musulmans se situe au-delà du surréalisme.

 

Des régimes « musulmans » et certaines organisations « islamiques », comme l´UOIF en France par exemple, vont jusqu´à l´exigence pathétique d´excuses solennelles des chefs de gouvernement des pays où les caricatures ont été publiées. En France, l´évènement a pris des proportions « élyséiesques ». Cette revendication insolite de mémoire d´arabe, nous pose beaucoup d´interrogations.

Ces musulmans, ignorent-ils l´enseignement coranique qui nous incite à transcender les polémiques ? N´ont-ils pas dans le coeur le verset « et lorsque ils [les croyants] sont apostrophés par les ignorants, ils disent : Paix » ? Ne savent-ils pas que le Prophète lui-même, a subi les affres et les injures les plus humiliantes? Lorsque les polythéistes de son époque le qualifiaient de fabulateur et d´imposteur, il ne leur a pas tordu le cou mais leur a répondu : « Dieu sera juge entre nous le jour de la rétribution. »

Ces musulmans ignorent-ils que l´islam qui a traduit et étudié les philosophies les plus athéistes et qui a argumenté face aux idéologies les plus redoutables, destructrices et semeuses de doutes, ne peut trembler aujourd´hui devant un dessin caricatural et de mauvais goût ? Pourtant, une religion sûre d´elle-même, convaincue de sa solidité, ne peut fuir les critiques et les mises en cause. Alors, comment veulent-ils que les bases de l´islam vacillent aujourd´hui devant une futile provocation ?

Quant à l´autre ignorance, elle est plus grave encore. Ces musulmans ignorent-ils que la liberté d´expression la plus totale est un édifice commun à toutes les pensées, construit pour toutes les convictions, même les plus contradictoires et inassimilables. Tout un chacun à droit de cité, qu´il soit beau ou laid, fou ou sage, provocant ou responsable. Faut-il rappeler que c´est grâce à cette même liberté d´expression que l´islam lui-même peut élever la voix à tout moment dans les pays démocratiques ? Qui empêche un musulman, en France ou ailleurs en Europe, de proposer ses valeurs ? Qui entrave un croyant qui veut publier ses convictions ? N´est-il pas autorisé à tous les citoyens, y compris les musulmans, de critiquer tout projet ou de promouvoir toute action ?

Au moment où l´islam n´a pas bonne presse en occident, c´est grâce à cette même liberté d´expression que nous, musulmans, pouvons nous défendre pleinement.

Mon étonnement est grand lorsque je vois que toute une mobilisation diplomatique, inédite dans l´histoire des pays musulmans, se met en marche pour faire pression sur des chefs d´états et de gouvernements afin d´obtenir leurs excuses et leur mea culpa. Pourtant, ces mêmes gouvernants et ces mêmes chefs d´états n´ont jamais été un jour à l´abri de la satire la plus blessante et de la caricature la plus caustique. Lorsque certains états arabes boycottent par des mesures diplomatiques et économiques le Danemark, pays paisible et pacifique, que penser de leur docilité envers les Etats-Unis à qui ils sont malheureusement livrés, poings liés ?

Quant au soutien du rabbinat et de l´église en France, il ne peut que susciter les remerciements vifs et sincères des musulmans pour cette solidarité affichée. Mais on aimerait l´avoir aussi pour les hommes et les femmes, musulmans de Palestine, d´Iraq, de Tchétchénie et d´ailleurs, privés de leurs droits fondamentaux et victimes d´atteinte à leur dignité.

Le vrai débat est ailleurs. Il s´agit, en réalité de la juxtaposition de deux droits absolus : le droit d´avoir des convictions religieuses complètement respectées, non fustigées ni stigamitisées et le droit de s´exprimer à tout moment, notamment pour commenter ou critiquer des projets sociaux concrets et des actions politiques palpables. Quant à la conviction intime ou métaphysique des gens, je ne sais pas si elle est du ressors de la liberté d´expression. Réfléchissons ! Soheib Bencheikh ancien Mufti de Marseille 17, Boulevard Maurice Bourdet- F13001 MARSEILLE courriel : issi.institut@wanadoo.fr

Réponse de Rim al-Khatib

Salam

C'est suite à votre article que je tiens à vous écrire, pour répondre. J'ai lu votre lettre avec intérêt et elle me fait réagir de cette manière : Peut-être que votre rôle d'ancien mufti limite votre écrit à des aspects religieux, ce qui est tout à fait normal, mais il me semble que vous mettez de côté les vrais problèmes, ceux pourquoi les masses musulmanes ont réagi, à moins que vous aussi, vous ne les classiez dans la rubrique "masses fanatiques".

Tout le monde s'accorde à dire que ces caricatures sont abjectes, soit. Mais les défendre sous prétexte de droit à la libre expression ou même droit fondamental des peuples à s'exprimer, c'est une hypocrisie de première, à laquelle nous ont habitués les médias et les diverses structures des Etats européens.

Il faut peut-être vous rappeler que ces caricatures, publiées en premier par un journal d'extrême-droite danois, n'ont suscité que la colère des musulmans dans ce pays viking, qui ont demandé à rencontrer le premier ministre, dans le calme, sans bruit ni fureur. Ce dernier, dans son arrogance de premier ministre de droite, avec des antécédents antimusulmans et racistes, refuse net. Les ambassadeurs de la Ligue arabe sont sollicités à prendre le relais. Le ministre refuse de les recevoir. Pourquoi ? Parce qu'il est arrogant et raciste. La campagne de boycott du Danemark n'a commencé que plus tard, lorsqu'entre temps, les puissances occidentales se targuant de démocratie et de liberté affirmaient prendre des mesures contre le peuple palestinien, le menaçant de lui couper les vivres (alors que le peuple palestinien ne mendie pas et les sommes qui lui sont versées sont des obligations des Etats qui ont contribué au vol de sa terre et la destruction de son pays), pour le vote qu'il ferait puis qu'il a fait. Entretemps, les bombardiers américains tuent des civils au Pakistan soit-disant pour lutter contre le terrorisme, les diplomaties européenne, américaine et onusienne menacent l'Iran, la Syrie, déstabilisent le Liban, tout cela au moment où ils proclament qu'ils font tout cela au nom de la démocratie.

Les réactions des masses musulmanes sont une réponse à toute cette arrogance, toute cette hypocrisie, et non pas seulement parce qu'ils ne supportent pas que le Prophète soit assimilé à un terroriste. Cette affaire intervient dans un climat islamophobe puissant, où le Musulman, quel qu'il soit, est perçu comme un danger, sauf s'il fait sa révérence au dieu tout puissant de l'Occident, le dieu argent, le dieu mensonge, le dieu arrogance, le dieu hypocrisie. C'est contre cet occident malade, c'est contre la prétention de cet occident fou furieux et hypocrite que les masses musulmanes se sont mises en colère. Dire que le pays du Danemark est pacifiste, c'est ne pas voir comment à l'intérieur du Danemark, les manifestations contre la guerre ont été réprimées, par ce pays de la libre expression, lorsque les manifestants brandissaient les photos de Saddam Hussayn.

Est-ce qu'il est normal que les pays de la libre expression, l'Europe, menace de porter plainte à l'OMC parce que les produits danois ont été la cible d'un boycott large, de masse ? C'est oui ou non la liberté de commerce que l'on défend ? D'ailleurs, la réaction et la republication de ces ordures ne se sont faites qu'après la chute d'une firme danoise. C'est bien de commerce et d'argent qu'il s'agit, et non pas de liberté d'expression.

Avons-nous le droit de boycotter les produits israéliens ? Des procès ont été menés en France contre des militants pour avoir OSE le faire. Le dieu mensonger de l'Occident, qui affirme défendre la liberté d'expression, a cloué au pilori Dieudonné, a mené des campagnes pour interdire des conférences de Tareq Ramadan. Ce dieu liberticide de l'Occident a accepté sans broncher l'interdiction de la chaîne al-Manar, l'emprisonnement de journalistes arabes (Tayseer Allouni, Sami al-Hage), ce dieu liberticide ne s'est pas offusqué des milliers de victimes dans les prisons de la liberté d'Abu Ghrayb, ou de Gantanamo, et ne parlons surtout pas des prisons israéliennes.

Nous sommes en colère, oui, mais non pas parce qu'un idiot raciste a fait des caricatures, nous sommes au-dessus de cela, mais parce que ces caricatures ont été reprises par les autres journaux, en signe de liberté d'expression de l'Occident. Nous sommes en colère parce que l'Occident qui pille, viole, violente, massacre, détruit, vient nous donner des leçons de son humanité. Pouah....

Nous sommes en colère parce que des intellectuels viennent nous décrire comme des fanatiques, alors que nous ne demandons qu'à vivre en paix, dans nos pays, sans l'ingérence, l'occupation, les massacres, les agressions des puissances et armées étrangères dans nos patries. Oui, nous sommes en colère lorsque les dieux de l'Occident, les dieux de la haine, de l'hypocrisie, de l'argent, décident que nous devons subir leurs outrages, sinon nous devenons des fanatiques, des sous-hommes, des arriérés et des manipulés. ASSEZ !!! Salam