Les murs de l’Empire
Éditorial n°15 – 5 octobre 2006
Tlaxcala révèle aujourd’hui que l’ambassade
US à Bagdad s’apprête à lancer un appel
d’offres pour la construction d’un mur de 650 km de long
à la frontière entre l’Iraq et la Syrie. Cette
information surgit quelques jours après le vote à Washington
du projet de construction d’un autre mur, long de 1200 km à
la frontière des USA et du Mexique.
On pourrait imaginer ce texte de publicité :
«
Vous avez un problème avec les voisins de la maison que vous
squattez après en avoir tué le propriétaire,
violé sa fille et déporté le reste de la famille
? Pas de problème : construisez un mur d’enceinte avec
vidéo-surveillance et mitrailleuses télécommandées
! Confiez vos travaux à Halliburton et à sa filiale
Kellog, Brown & Root ! Vous aurez la garantie d’un travail
professionnel réalisé par des ouvriers importés
de l’autre bout du monde et non syndiqués ! »
La mode est donc aux murs. Des murs doublés de fossés,
surmontés de barbelés, jalonnés de miradors et
bardés d’électronique dernier cri.
Simultanément, l’Arabie saoudite, le plus fidèle
allié de Washington après Israël construit deux
autres murs : l’un au sud, à la frontière avec
le Yémen, et l’autre au nord, à la frontière
avec la Jordanie.
Tous ces murs ont bien sûr pour but d’empêcher les
« infiltrations » d’éléments indésirables,
« terroristes », c’est-à-dire résistants
ou « clandestins », c’est-à-dire migrants.
L’Empire yankee n’a pas le monopole des murs. Citons en
vrac :
- Le mur de Sharon
- le mur construit par le Maroc pour ceinturer le Sahara occidental
occupé depuis 31 ans : c’est le plus long du monde (après
la Muraille de Chine), avec ses 2720 km
- le mur qui sépare la partie grecque de la partie turque de
Chypre
- le mur qui ferme hermétiquement les enclaves coloniales espagnoles
de Sebta (Ceuta) et Melilla en territoire marocain
- le mur qui sépare l’Inde du Pakistan, près d’Amritsar
au Pendjab
- le mur qui sépare le Zimbabwe du Bostwana
- les murs qui séparent la Pologne de l’Ukraine, la Lituanie
de la Biélorussie
- le mur de Sangatte, destiné à empêcher les migrants
illégaux de s’engouffrer dans l’Eurotunnel
- le mur qui entoure le port de Hoek van Holland, aux Pays-Bas, pour
empêcher les passagers clandestins de bateaux de mettre pied
à terre en Europe.
Sans oublier le on man’s land de 4 km de large qui sépare
les deux Corée depuis 52 ans, les murs qui séparent
quartiers républicains (dits « catholiques ») et
loyalistes (dits « protestants) en Irlande du Nord.
Le seul message que ces murs envoient à l’humanité
sont des messages de mort et de terreur. Leurs concepteurs oublient
simplement une chose : tout mur est fait pour être franchi,
soit en sautant par-dessus, soit en passant en-dessous, et finit un
jour ou l’autre par être abattu. Et les fanatiques des
forteresses devraient méditer la légende juive de la
prise de Jéricho, symbole du paganisme et du mal dont les prêtres
firent s’écrouler les murailles par le seul son de leurs
trompettes.