Protestation !
par Mehdi Mosbah, 15 avril 2006
L'auteur de cette lettre est un réfugié
politique algérien en France, membre de l'association Justitia
Universalis. Il a adressé cette lettre à l'un de nos
auteurs, Fausto Giudice, qui l'a transmise à Quibla. On trouvera
ci-dessous une réponse de Youssef de Bournazel, webmaster de
Quibla et une réponse de Fausto Giudice
Cher Fausto,
Permets-moi de protester contre certaines incohérences sur
ton site, qui, à mon avis, ne reflètetent pas ton réel
engagement et sont contreproductifs :
En premier lieu -car c'est important- tu présentes côte
à côte les photos de Moussaoui et de Tayssir Allouni,
sous la banderole : « Libérez les otages !». Cet
amalgame est déplacé. Car rien, ni dans leurs combats
ni dans leurs convictions et positions, ne rapproche les deux hommes.
J'avais, en tant que militant actif de l'organisation Justitia Universalis,
accompagné le docteur Haytham Manna, de la Commission Arabe
des Droits Humains, à un rassemblement devant l'ambassade d'Espagne
en France pour protester contre l'arrestation du journaliste d'Al
Jazeera. Le ridicule procès inquisitorial, qui lui avait été
intenté, avait tous les ingrédients d'une affaire Dreyfus
à l'espagnole. Qui correspondait ni plus ni moins à
un excès de zèle de subordination de José Maria
Aznar López à la politique colonialiste américaine.
Al Jazeera, de par sa présence avancée, pour les besoins
journalistiques, sur les fronts adverses, mettait à mal la
politique américaine de contrôle de l'information aux
fins de propagande de guerre. On ne saurait compter les innombrables
violences, coups de force, pressions et intimidations dont a été
victime cette chaîne de télévision, qui est pour
les téléspectateurs arabes ce que CNN est pour les téléspectateurs
occidentaux. La position arbitraire de l'ONG RSF, dans l'affaire Allouni,
nous laisse dubitatifs quant à sa partialité et son
indépendance des politiques des gouvernements occidentaux.
Allouni est un dossier de droits humains de premier ordre que nous
défendons et que nous défendrons.
Moussaoui, tout autre, est un autre dossier, et bien différent
! L'homme -y a-t-il un doute ?- s'est engagé dans l'organisation
d'Oussama Ben Laden et avait pour projet des massacres de grande envergure.
Dans la défense qu'il s'est choisie, il a joué le rôle
du parfait collaborateur des apprentis sorciers de La Maison Blanche.
Se donnant ici un rôle capital dans les attentats du 11 $eptembre,
sans qu'il y ait d'autre preuve que sa propre parole. Se faisant passer,
là, pour un petit Zaouahiri du grand manitou Ben Laden, qu'il
aurait côtoyé de près et avec lequel il aurait
pensé et activement participé aux grands massacres de
civils américains. N'importe quel connaisseur du terrorisme,
qui a connu même de loin ce monde (je ne parle pas des charlatans
d'experts qui pullulent dans les médias) te dira : Pour une
opération de cette envergure, lorsqu'un élément
important est pris dans le filet, l'opération est annulée.
Si elle est quand même maintenue le restant des éléments
doit immédiatement changer de lieux, d'identité et d'habitudes
et un plan B est mis en action ! Les éléments qui ont
pris part à ce terrible massacre new-yorkais suivaient, vraisemblablement,
depuis leur arrivée sur le sol américain le même
plan et il n'y a pas eu de changements. Ce qui nous laisse dire que
les auto-accusations de Moussaoui sont celles d'un affabulateur qui
a exagéré la place qui lui avait été donnée
au sein de son organisation, qui était tout au plus celui d'un
leurre inconscient du rôle qui lui était réservé
! Sa défense répond à un ego démesuré,
qui est loin d'être le produit d'un cheminement initiatique
sur les bases des lumières de l'Islam. Mais seulement des haines
suscitées par les graves discriminations raciales (que Chirac
même appelle « poison ») dont a été
certainement victime l'accusé, qui en définitive s'est
trouvé une idéologie déviationniste à
portée de main dans le discours criminel de Ben Laden. Moussaoui,
a offert - tous les observateurs l'ont relevé- aux faucons
de La Maison Blanche, le parfait coupable et pas moins bouc émissaire,
pour les soulager des fortes critiques de l'opinion publique américaine
quant aux graves lacunes de la plus puissante centrale de renseignement
quant à l'incapacité de celle-ci à protéger
ses concitoyens ; quant à son échec cuisant dans la
mission qui lui est dévolue. Moussaoui n'est peut être
pas coupable des crimes qui lui ont été cités
(attentats du 11 $eptembre) mais il est certainement coupable de choisir
d'être un pantin aux mains de deux grands criminels, Ben Laden,
d'un coté, et Bush de l'autre Bush, en ce moment de guerres
tous azimuts orchestrées avec l'apport stratégique de
grands shows et montages hollywoodiens médiatico-politiques
! En tant que militant des droits de l'homme, je lutterais bien sûr
contre la sentence de mort qui risque d'être infligée
à M. Moussaoui.
En second lieu, et ce n'est pas moins important : Il serait judicieux,
lorsque tu rajoutes certains commentaires sur les articles publiés
dans la presse, de le préciser que c'en est un. Car on pourrait
s'y méprendre et croire qu'il s'agit du titre de l'article
que tu retranscris. C'est ce que j'ai constaté dans l'article
Tariq Ramadan-Daniel Cohn-Bendit : 1 à 0, qui reproduit l'article
d'Allain Auffray, publié dans Libération du 31 mars,
sous le seul titre « Cohn-Bendit se frotte au controversé
Tariq Ramadan ». Je protesterai aussi contre le fait que tu
nous rapporte un score comme s'il s'agissait d'un combat de boxe où
il y aurait un perdent et un gagnant. Alors que dans ce genre de rhétorique,
le seul gagnant c'est le dialogue. N'est-ce pas ce que nous recherchons,
pour « emmerder » (disons-le, humainement, loin des scléroses
académiques) le très scientiste Samuel Huntington et
sa théorie charlatanesque et pas moins guerrière et
pro-colonialiste du « Chocs des civilisations » ? Et je
proteste d'autant que « Les Verts » ont eu et ont toujours
des positions courageuses concernant cette lutte des peuples pour
leur liberté, qui nous est à tous les deux si chère.
Il est impossible que j'oublie, et il est impossible que je ne puisse
te rappeler que rien qu'en ce qui concerne le drame algérien
( nous pourrions aussi parler de la Palestine), la position des Verts
nous a été, à nous autres Algériens, d'un
grand secours. Oublierais -je Hélène Flautre, debout
devant le taghut [despote] Nezzar (ancien ministre de la défense
de la junte putschiste du 11/01/92) lui assénant la vérité
sur les Algériens que, tout soldat de l'armée coloniale
qu'il fut, il considérait comme « cheptel » ? Oublierais-je
que c'est grâce à de telles positions, de femmes et d'hommes
justes, qu'aujourd'hui ce criminel de Nezzar -dont pas un journaliste
algérien n'osait prononcer le nom- rase les murs à la
manière du voleur et brigand qu'il est réellement et
que n'importe quel journaliste aujourd'hui en Algérie le somme
de se taire (ce que nous avons toujours demandé aux militaires
et ce qui nous a valu les pires châtiments) ? Oublierais-je
que beaucoup de généraux grâce à des soutiens
nombreux dont ceux des Verts (contrairement aux manigances du PS)
rasent les murs et qu'en cela il y a déjà une victoire
? Et que nous veillerons à ce qu'ils les rasent encore jusqu'à
ce qu'ils se referment contre eux ? Et ils se refermeront, un jour
très prochain, avec le concours de la justice supranationale
!
Mon cher Fausto, je n'ignore rien du travail considérable que
tu fournis à la lutte des peuples pour leur liberté.
Et tu possède en plus cette rare faculté de ne pas,
comme le font beaucoup, détourner à ton compte la lutte
que d'autres mènent. Je te mentirais si je te disais que je
partage toutes tes positions et nous sommes, j'en suis sûr,
d'accord que ce serait bien grave si c'était le cas et que
nous n'aurions alors rien à nous dire. Mais je partage un nombre
considérable de tes positions, et ce qui nous a amenés
à nous retrouver, d'une manière ou d'une autre, plusieurs
fois sous la même bannière. Beaucoup d'idiots te donnent
bien de jolis portraits : antisémite, négationniste,
pro-islamiste, islamo-zapatiste (peux-tu compléter s'il te
plait la liste ?). Mais ceux qui te connaissent savent qui tu es,
un personnage atypique et c'est ce qui énerve le plus tes ennemis.
Et pour aggraver leurs angoisses, je fais le pari que, de un, tu apporteras
les corrections nécessaires et, de deux, tu publieras cette
lettre ! Et tous les deux nous dirons aux ignorants que ce sont des
Musulmans et des érudits de la charia qui ont transmis à
l'Occident la philosophie grecque, que cet Occident même avait
brûlée et censurée car - disait-il- païenne.
Et en parfaits rhétoricien, je te dirai Alléluia et
tu me diras : Allahou Akbar !
Et parlant de lumières : Demain il fera jour, mon ami, pour
ceux qui ouvriront les yeux' !
Mehdi Mosbah te salutat.
Libérez les otages
! Réponse à Mehdi Mosbah
Par Youssef de Bournazel, webmaster de Quibla, 16
avril 2006
Cher Monsieur Mosbah,
Nous vous remercions pour votre lettre. Mais vous devez savoir que
nous ne partageons absolument pas votre analyse sur Zakarias Moussaoui.
Il n'y a pas de juge dans le staff du site quibla.net. Nous n'avons
donc pas de jugement à porter sur les actes ou les paroles
de Zakarias Moussaoui. Quibla n'a pas pour vocation non plus de dénoncer
l'Axe du mal ou de trier les bons musulmans des mauvais.
Nous ne connaissons pas non plus, comme vous, de "connaisseur
du terrorisme" pour savoir si l'arrestation de Zakarias aurait
pu changer le cours de l'histoire, s'il y avait un plan B ou si Zakarias
devait être le cinquieme pirate de l'air dans l'avion qui s'est
écrasé sur le Pentagone, comme il l'affirme lui même.
Surtout que sur les photos prises aprés l'explosion, il n'y
a même pas de morceaux de carlingue, de pièces de moteur
ou d'ailes cassées autour du Pentagone.
Je vous rappelle que Zakarias est détenu pour défaut
de visa. Et que s'il risque la peine de mort, c'est uniquement parce
que selon l'accusation, son témoignage aurait pu éviter
les attaques du 11 septembre. Pourtant nous savons tous que des agents
de la CIA et du FBI avaient prévenu leur hiérarchie
qu'un tel événement se préparait et que les 4000
membres d'une certaine communauté n'ont pas été
travailler ce jour-là, prévenus qu'ils étaient
de l'imminence d'une attaque sur le Word Trade Center. Ceux qui savaient,
auraient pu, avec beaucoup plus d'éfficacité que Zakarias
Moussaoui, empêcher le massacre d'innocents. Seront-ils jugés
? Ont- ils seulement été recherchés ?
Zakarias Moussaoui n'a visiblement pas toutes ses facultés
intelectuelles. Il est devenu, pour cette raison, la clef de voûte
de la cathédrale de mensonges que l'administration Bush a construit
avant et après le 11 septembre. Sans Zakarias et ses déclarations
fracassantes il n'y aurait aucune preuve que des musulmans ont participé
aux attentats. Au contraire, le passeport de Mohamed Atta retrouvé
intact dans les ruines fumantes du WTC démontrerait que celui-ci
n'a jamais embarqué sur l'un des avions. Si le chef du commando
n'était pas dans l'avion, ses supposés compagnons y
étaient-ils?
Zakarias Moussaoui est tombé dans un piège. Ses troubles
mentaux et le système judiciaire usaméricain l'empêchent
de se défendre. Il est vraiment l'otage d'un système.
Il est l'otage de l'Empire. S' il est déclaré coupable
et exécuté, nous serons tous soupçonnés.
Par amalgane. Par analogie. Non seulement les musulmans, mais tous
ceux qui luttent contre l'Empire injuste et ses multiples tantacules.
Les pro-Chavez, les Zapatistes et les jeunes des banlieues en tête
! Nous sommes tous dans le même sac ! Se diviser maintenant,
c'est monter sur l'échafaud par petits groupes! Mais certainement
pas échapper a la mort!
Le slogan "Libérez les otages
!" vous choque ?
Par quoi devrait-on le remplacer ?
"Rendez-nous Allouni ! Pendez Moussaoui
!" ?
Jamais!
Nous publions également un dossier sur
les dernières péripéties de l'étonnant
procès Moussaoui et une partie de nos archives sur le sujet.
Concernant le 11 septembre, nous ne connaissons toujours pas la vérité.
L'enquête citoyenne continue à travers le monde et nous
tentons de la documenetr au jour le jour, dans les rubriques "11
septembre, l'enquête continue", "Contes
et légendes du Londonistan", " CIA"
et "La galaxie guantanamo".
Concernant le commentaire et le titre sur le débat Tariq Ramadan
- Cohn-Bendit, vous avez peut être raison : nous oublions parfois
de distinguer par des mentions typographiques claires ce qui est notre
commentaire du document original. Nous allons tenter de nous améliorer.
Pour conclure, Quibla se veut, vous l'aurez compris, un site pluraliste,
ouvert à toutes sortes d'expressions, de documents et d'opinions.
Nous ne publions pas que des documents avec lesquels nous sommes à
100% d'accord mais aussi des documents qu'il nous semble important
de rendre accessibles à nos usagers, pour alimenter leurs réflexions,
leurs débats et leurs combats.
En vous remerciant pour votre intérêt et votre vigilance,
Salutations fraternelles
«Tu prends tes désirs pour des
réalités » : Réponse à Mehdi Mosbah
par Fausto Giudice, 16 avril 2006
Cher Mehdi,
Ta lettre est à première lecture assez pertinente pour
sembler mériter une réponse. Une première précision
: Quibla n'est pas "mon site" et je n'en suis qu'un modeste
contributeur, parmi beaucoup d'autres. Ce site étant réalisé
de manière entièrement bénévole et sans
un sou, il a de nombreuses imperfections techniques, qui exigent des
usagers un certain discernement. Je laisse le soin au webmaster du
site de répondre sur Moussaoui, Allouni, Tariq Ramadan et Cohn-Bendit.
Je souhaiterais te répondre sur un seul point :
Les Verts et l'Algérie
Je crois, cher Mehdi, que tu prends tes désirs pour des réalités.
Les Verts ont fait très peu de choses, trop peu de choses pour
soutenir le combat du peuple algérien pour la liberté,
la justice et la démocratie. Ils ont, durant toutes les années
de la sale guerre, depuis 1992, été sous l'influence,
dominante dans la gauche française - dont ils font partie -
du courant éradicateur. Je les classerais dans le camp des
éradicateurs soft. Souviens-toi : lorsque le chef de la délégation
du parlement européen à Alger, en 1998, le RPR lyonnais
Gérard Soulier a déchiré la lettre que lui avait
fait transmettre Ali Belhadj - un appel au secours des emprisonnés
-, Cohn-Bendit, qui était présent, n'a pas pipé
mot. Plus tard, Cohn-Bendit a traité Belhadj de "Goebbels
algérien". Certes, Cohn-Bendit a signé en mai 2002
un appel lancé par Salima Mellah (algeria-watch) intitulé
"Algérie : l'Europe doit agir", mais cet appel n'a
été suivi d'aucune action, du moins à ma connaissance.
Certes, Hélène Flautre, Vice-Présidente de la
délégation Maghreb du Parlement européen, députée
verte du Nord de la France, a rédigé en juin 2001 un
rapport critique sur le régime algérien et elle a aussi
témoigné au procès en diffamation intenté
et perdu par le général Khaled Nezzar à Habib
Souaïdia auteur du livre "La sale guerre".
Certes, Noël Mamère s'est opposé à la tentative
de mainmise de Khalifa sur son club de rugby à Bègles.
Mais quid de la clause n°2 de l'accord d'association UE-Algérie,
qui stipule le respect des droits humains pour que cet accord puisse
être mis en oeuvre ? Les Verts font-ils campagne sur ce thème
? Pas à ma connaissance. Pas plus qu'ils ne le font sur l'accord
d'association UE-Israël.
Et enfin, laisse-moi te raconter une anecdote : Marie-Christine Aulas,
ancienne députée européenne des Verts, et issue
d'une famille pied-noir d'Oran, expliquait dans les années
90, lors d'un meeting public, que le combat en Palestine était
une "guerre civile". Interpellée sur cette drôle
d'expression, elle expliqua que, oui, c'était "une guerre
civile, comme en Algérie de 1954 à 1962".
Bref, à ma connaissance, les Verts n'ont à ce jour rien
fait de marquant pour aider à soulager les souffrances du peuple
algérien et l'aider dans son combat. Ils se sont contentés
de bricoler une sorte de service minimum et de ne pas trop embêter
leurs chers partenaires et parrains socialistes. On ne peut que souhaiter
que cela change, mais il y aura du boulot pour remuer ces gens-là,
crois-moi ! Moi, j'y ai renoncé dès 1992. J'ai quitté
les Verts, auxquels j'avais naïvement adhéré, lorsque
mes "camarades" ont répondu à ma proposition
de reloger dans notre quartier à Paris des familles maliennes
à la rue : «Eh bien, vois-tu, l'équilibre sociologique
du quartier est déjà très fragile...» Autrement
dit, il y avait un seuil de tolérance à ne pas dépasser.
Dix ans plus tard, les Verts ont décidé, suite à
une manifestation contre la venue de Sharon en France, à laquelle
ils avaient participé, de mettre un "moratoire" à
leur participation aux manifestations antisionistes, jugeant que ça
n'était pas bon pour leur image. Et ils se rendent désormais
sans moufter aux dîners annuels du CRIF, pour faire allégeance,
comme le reste de la classe politicienne française, aux suppôts
de "l'État pour les seuls juifs". Sans commentaire,
n'est-ce pas ?
Je ne répondrai pas à ton Alleluia par Allahou AKhbar,
mais par un vieux slogan algérien, qui semble toujours actuel
: «Un seul héros, le peuple !"
Bien à toi.