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Tribune |
Sauve
qui peut ! Fuyons la zone verte ! Vous auriez sans doute pensé que le président Bush devrait avoir appris, à l 'heure qu'il est, à se garder ses aphorismes vasouillards par devers soi : « Chopez moi Oussama, mort ou vif ! » - Ou. : ni l'un, ni l'autre. « Enfumez-moi cet Oussama et faites-le sortir de sa tanière ! » - Oui, chef. Quand, au juste ?. « Amenez-les moi ! » - Que nenni : n'en faites rien ! « Mission Accomplie ! » - Euh ? Ah bon ? « Que la Liberté règne ! » - Karl Rove et ses mignons pourraient-ils, au moins, nous épargner ce rabâchage de la « Liberté » ad libitum : ils nous doivent bien ça !. « On va pas décrocher et se tirer ! » - Pour ça, on va pas décrocher. Mais pour ce qui est de se tirer : pour sûr, on se tire. Faut voir comme ! Paul Bremer s'est tiré tellement rapidement de Bagdad qu'il n'a même pas attendu que le nouvel ambassadeur John Negroponte soit arrivé pour lui refiler quelques tuyaux au sujet de la sécurité. M. Negroponte, en prenant ses fonctions dans le poste diplomatique le plus exposé au monde, va avoir besoin du maximum de conseils en matière de sécurité, si l'Irak persiste comme il le fait actuellement à dériver vers le fondamentalisme islamique et le terrorisme endémique. L'administration américaine, de « Choc et Tremblement », est passée à « Fuite et Evitement ». On se tire, les mecs - gardez le menton haut et la tête basse ! La bande à Bush prétendait que le pays était libre et capable de se débrouiller seul, au moment où M. Bremer, fuyant à l'américaine, démontrait qu'il n'en était rien. Le président a fait comme si l'Irak était sous contrôle, mais notre armée ne peut pas rentrer à la maison, parce que l 'Irak échappe toujours à tout contrôle. Tandis que Paul Bremer filait à l'américaine, Ahmad Chalabi, le rufian qui a chouravé à l'Amérique des millions de dollars, s'introduisait subrepticement. A la cérémonie solennelle d'intronisation du nouveau Premier ministre, Iyad Allawi, il souriait d'une oreille à l'autre. [Cérémonie, en réalité, tellement confidentielle que les responsables de la coalition avaient confisqué aux journalistes leur téléphone cellulaire, afin d'imposer l'embargo sur sa tenue, pour raison de sécurité.] Si les Américains avaient encore besoin d'une confirmation supplémentaire qu 'ils sont considérés comme des occupants honnis, et non comme des libérateurs adulés, ils l'ont eue, avec ce spectacle déplorable d'une remise du pouvoir bâclée et lourdement gardée, qu'aucun John Trumbell irakien n' immortalisera jamais sur un tableau peint à l'huile de la Déclaration d' Indépendance Irakienne. Naguère, Dick Cheney et ses néocons ont certainement rêvé à de grandioses célébrations de l'Independence Day, là où rôdait jadis la statue aujourd'hui déboulonnée de Saddam. Ils rêvaient d'un défilé de vaillantes cohortes de lycéens irakiens et des athlètes de l'Equipe Olympique Irakienne de bobsleigh ; de tribunes aériennes pour les boss d'Halliburton ; d'Irakiens reconnaissants, enthousiastes et pleurant d'émotion ; du Président Bush venant en visite surprise depuis le sommet de l'Otan réuni en Turquie voisine ; avec des parures de stylos « Mission Accomplie » pour le nouveau gouvernement ; tandis que les pom-pom girls Katie, Matt et Diane enverraient des baisers à des Américains gonflés de fierté comme des pâtes Lustucru. Mais revenons sur Terre. Il n'y eut pas de réel transfert du pouvoir, pour la bonne raison qu'il n'y avait nul pouvoir à transférer. Nous assistâmes à un transfert virtuel, tout comme virtuelle avait été la raison de la guerre et tout comme est virtuel le transfert du prisonnier Saddam. L'équipe Bush ne va sûrement pas faire confiance à la sécurité irakienne pour avoir Saddam à l'oil, étant donné qu'elle ne sait même pas à l'heure qu'il est si la sécurité irakienne sera capable de tenir le pays. Tandis que l'Irak bruit de rumeurs selon lesquelles il faudra sans doute un homme fort pour mettre fin à l'anarchie, que se passera-t-il si la vieille équipe du Baath s'empresse de couronner Saddam, au lieu que ses ennemis jurés envahissent sa prison pour le « réduire en morceaux », répondant aux voux les plus chers de M. Bremer lors de sa prestation télévisée au talk-show « Today » ? La débandade de M. Bremer fuyant Bagdad rappelle de manière embarrassante les derniers jours de Saigon. Personnes n'était accroché aux patins des hélicoptères, mais l'ambiance était furtive, et non festive. Les troupes irakiennes restent enlisées en Irak et les soldats continuent à se faire tuer. Pire encore : 5 600 anciens soldats sont en train d'être appelés à nouveau, dans ce qui est une mobilisation américaine qui ne dit pas son nom. La Maison Blanche prétendait que la souveraineté irakienne était réelle. L' administration, qui déteste partager l'information et les petits papiers du président - même lorsqu'il s'agit d'aider l'enquête sur les attentats du 11 septembre à faire en sorte que les Etats-Unis soient un pays plus en sécurité - s'est néanmoins empressée de communiquer un fac-similé d'une annotation manuscrite de M. Bush : « Que la Liberté règne ! », sur une note que Condi Rice lui avait envoyée pour lui annoncer le « transfert ». Mais cela résonne - ou raisonne - particulièrement faux, en cette semaine - entre mille - où Sandra Day O'Connor et les juges de la Cour suprême - à l' exception remarquée du juge combinard du clan Bush, Clarence Thomas - a filé une torgnole au commandant en chef pour avoir torturé sans permis. « L'Etat de guerre ne saurait donner un chèque en blanc au président », a dit la Cour. Quoi qu'il en soit, Brenner a pris la fuite du bon pied. Remarquant que l' ex-proconsul était sur la pelouse de la Maison Blanche dans les mêmes pompes qu'il portait en Irak, Charlie Gibson, de la chaîne de télévision ABC, a demandé au fugitif comment il se sentait ? « Eh bien, c'est comme si un grand poids m'avait été enlevé des épaules », a répondu Bremer. « Je suis bien content d'être de retour. » Ah, si seulement nos soldats pouvaient en dire autant !
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