Le
rôle des sionistes dans l'invasion de l'Iraq et ses conséquences
par Mohamed Ibrahim, Nida Al Qods (Appel d'Al Qods),6 juin 2004. Traduit de l'arabe
par M. Omar et transmis par Palestine en Marche
Les dirigeants israéliens n'ont pas caché leur engouement, qui
n'a pas faibli avant et après, pour la guerre contre l'Irak. Au delà du
militantisme de la droite américano-sioniste en faveur des projets de
la guerre, l'entité sioniste a lié sa stratégie à court
et moyen terme à l'évolution de la situation irakienne y compris
dans sa réponse à l'Intifada suite à l'échec de son
option militaire. Le premier ministre israélien déclarait le 28/2/2003,
devant la Knesset, dans son discours de politique générale : " Nous
sommes à la porte d'un conflit militaire en Irak" il ajoutait :" Ce
conflit sera une grande occasion et mènera à une victoire contre
le terrorisme, instaurera la paix, et nous sortira de la stagnation économique.
Ce sont les objectifs du gouvernement". Alluf Benn écrivait dans
Haaretz du 16/2/2003 : "la direction politique et militaire en Israël
souhaite la guerre contre l'Irak et attend beaucoup d'elle dans son épuisante
guerre d'usure contre les Palestiniens".
Plus encore, la guerre est une occasion, selon les sionistes, pour l'émergence
d'une direction palestinienne favorable aux conditions de la solution sharonienne
et disposée à réprimer l'Intifada et la résistance;
c'est pour cela que la propagande sioniste faisait des mois avant la guerre un
parallèle entre Arafat et Saddam. Le héraut de la guerre contre
l'Irak, le général Amos Gilaad, déclarait à l'époque
: "L'attaque américaine réglera non seulement le danger irakien
mais elle sera un exemple pour nos autres voisins dictateurs, partisans de la
violence et du terrorisme".
Ce climat en faveur de la guerre contre l'Irak dépassait ce qu'on peut
appeler la droite et touchait la gauche. Shimon Pères, ministre des affaires étrangères
dans le premier gouvernement de Sharon, paraissait comme le responsable israélien
le plus favorable à la guerre. Il déclara qu'il y a : "une
occasion unique pour frapper l'Irak". Quand au ministre israélien
de la guerre, il déclarait sur CNN le 29/8/2002 : "attaquer l'Irak
et déloger Saddam Hussein modifiera la carte moyen-orientale, brisera
le cercle du terrorisme et dissuadera la Syrie et le Liban". Sur le plan
des médias, la presse israélienne se mobilisa pour la guerre avec
une ferveur qui surpassa les médias américains. Dans Haaretz du
19/2/2003 Uzi Ben Zeman écrivait:" le climat de peur qui règne
dans l'Etat à cause de l'attaque américaine prévue n'est
pas compatible avec les appréciations de la situation. Ces craintes sont
nées et encouragées par des calculs : la situation d'urgence favorable à ses
démarches pour la constitution d'un gouvernement et ses prévisions,
le grand tournant de cette guerre pour la situation d'Israël"
De cela, on comprend les buts non avoués, de faire de l'entité sioniste
une partie prenante dans cette guerre; buts qui dépassent le seul objectif
d'en finir avec l'Intifada et de créer une nouvelle direction palestinienne
favorable aux projets politiques et sécuritaires de Sharon, ils visent
d'autre parties arabes. Ephraim Halevi, confident de Sharon et ancien président
du conseil de sécurité nationale déclarait, selon Haaretz
(10/2/2003), devant un congrès mondial des politiques de sécurité à Munich: " Israël
prévoit des changements positifs à long terme dans la région
après la chute de Saddam" et il ajoute : "que selon sa lecture,
cette chute aura des répercussions sur : Téhéran, Damas
et Ramallah". Clarifiant son idée, "La Syrie aura l'occasion
de se libérer de l'Iran en tout ce qui concerne le Sud-Liban. Les forces
syriennes se retireront du Liban ainsi que les iraniennes, et on désarmera
le Hezbollah ; à ce moment, le Liban aura l'occasion de signer une paix
avec Israël".
Israël a participé aux préparatifs de la guerre dans toutes
ses étapes. Maariv du 6/10/2002 dévoila qu'une délégation
de haut officiers américains comprenant le commandant de la cinquième
armée et l'attaché militaire américain en Israël ont
inspecté les bases américaines en Israël, les stocks de munitions,
les pièces détachées et la nature du matériel. Yadiot
Aharonot aborda le 6/10/2002 les démarches conjointes de Tel-Aviv et Washington à propos
de l'Irak, de la manière suivante:
-Israël sera informé 72 heures avant l'attaque, Bush téléphonera
en personne à Sharon et ensuite Rumsfeld, secrétaire à la
Défense, restera en contact avec Ben Eliezer ministre de la Défense
israélienne.
- les satellites : les USA mettront à la disposition d'Israël des
moyens satellitaires pour détecter dans les sept minutes les lancements
des fusées irakiennes sur Israël.
- le téléphone rouge : dès l'ouverture des hostilités
une ligne rouge sera établie entre le bureau de Sharon et la Maison Blanche
(au cas où Israël décide de répliquer à une
attaque irakienne).
-La coordination : des officiers américains et israéliens détermineront
les couloirs aériens pour les avions américains dans l'espace israélien.
-les fusées Patriot : les USA installeront de nouvelles batteries Patriot
en Israël augmentant l'efficacité de la protection contre une attaque
des Skud Irakiens.
-les objectifs : Israël et les USA définiront les objectifs visés
dans l'ouest de l'Irak. Israël a transmis aux Américains beaucoup
de renseignements sur la question.
-pont aérien : un pont pour transporter en Israël du matériel
de guerre et le stocker comme réserve.
-pièces détachées: les USA ont déposé dans
des bases israéliennes des pièces détachées en vue
de les transporter vers Bahreïn et le Koweït.
L'Intifada et la résistance ont contredit toutes les prévisions
stratégiques israéliennes durant les premières années
de ce millénaire; du coup la guerre contre l'Irak est une occasion pour
remodeler la donne et une porte de sortie. En fait les Israéliens croient
que la région va se résigner après l'Irak aux projets sionistes
comme si le peuple palestinien se brisera, se résignera et oubliera les
expérience proches telles que les ligues des villages créées
et armées par Sharon au début des années 80. Ligues qui
ont échoué dans leurs mission en moins d'un an. Ce sera le sort
de toutes tentatives dans la Palestine et son environnement.
Les données actuelles montrent l'échec des espoirs israéliens.
La carte régionale n'a pas changé au profit de Tel-Aviv et de Washington.
Le peuple palestinien ne s'est pas résigné au diktat d'Israël
et n'a pas suspendu son Intifada, au contraire le piège s'est retourné contre
Israël du moment où son rôle actif dans la guerre est dévoilé.
Les déclarations publiques de certaines personnalités américaines,
dans les médias américains, sur ce rôle le montre, telle
la déclaration il y a deux semaines du général américain à la
retraite, Antony Zinni et celle du sénateur démocrate Ernest Hollings,
devant le Congrès : "la guerre de l'Irak est un service pour notre
ami Israël" Ce sénateur a reconnu le poids de la commission
AIPAC (communauté juive américaine pour les affaires publiques)
: "il n'y a aucun président américain, démocrate soit-il
ou républicain, à qui l'AIPAC n'a pas dicté sa politique" .
On commence à craindre dans les milieux sionistes les conséquences
de ces prises de position sur Tel-Aviv. Aaron Zeev, Chef des renseignements militaires
israéliens dans une déclaration devant le gouvernement, le 30/5/2004
dit : "que l'implication des américains est grandissante" et
estime que pour les deux années à venir il n'y aura pas de règlement
pour l'affaire irakienne et que la pression sur les américains risque
de les pousser à payer par la monnaie israélienne, c'est-à-dire
: faire pression sur Israël pour donner une image d'équilibre aux
Palestiniens".
Des milieux israéliens, selon Yediot Aharonot du 1/6/2004, craignent deux
scénarios:
- qu'Israël soit soupçonné d'être à l'origine
du « bourbier irakien" Le général Zinni qui dit que
les nouveaux conservateurs dans l'administration Bush ont poussé à la
guerre pour les intérêts israéliens est un signe révélateur.
- l'isolement des américains sur la scène internationale face à la
pression des européens qui les soupçonnent de soutenir clairement
la politique israélienne.
Alouf Benn dans Haaretz du 13/5/2004, montre la probabilité que l'entité sioniste
soit sacrifiée pour l'Irak. Il ajoute : "que le problème du
sacrifice n'est pas dû seulement à la judaïté des architectes
de la guerre mais aussi, manquer une occasion c'est payer le prix politique.
En effet les amis des Américains en Europe, aux Nations Unies et dans
les pays arabes lui demandent de s'éloigner d'Israël et de Sharon
en contrepartie d'une aide sur l'Irak".
Zeev Sheev dans le Haaretz du 28/5/2004 parle d'une mise en garde. Vu les difficultés
américaines en Irak que les : "leçons stratégiques
en cas d'un échec américain en Irak seront des leçons aux
conséquences internationales dont Israël ne sera pas épargné".
Les services israéliens suivent attentivement l'évolution de la
situation irakienne. La veille de l'Intifada de Nadjaf et de Fallouja, début
avril, le ministre de la guerre israélien, Shaul Mofaz, organisa une réunion
des services militaire et de sécurité pour analyser et évaluer
la situation en Irak. Et il y a comme une croyance dans ces services que la dégradation
de la situation en Irak et l'incapacité des Américains à le
pacifier affectera les capacités dissuasives américaines surtout
en ce qui concerne sa politique au Moyen Orient.
Certes, les craintes grandissantes des sionistes et l'échec des projets
américano-sionistes dans la région sont dûs à la résistance
qui se renforce en Irak et Palestine dévoilant par là le visage
horrible des américano-sionistes et les mensonges sur le règne
de la démocratie et des droits de l'homme, qui viennent après le
mensonge des armes de destruction massive. La continuité de cette résistance
est suffisante pour anéantir ce qui reste des espoirs américano-sionistes.
Cela dévoilera totalement ces projets et mettra en lumière leur
relation avec le sionisme, principal bénéficiaire
de cette guerre.