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Tribune

Les premiers ennemis du peuple : les élus du suffrage universel
« La démocratie moderne est la forme historique de la décomposition de l’Etat. » (Friedrich Nietzsche)
par Manfred-C. Stricker
, Strasbourg, 12 juin 2004
L’échec du parti de Tony Blair aux élections européennes en Grande Bretagne suit l’échec du parti d’Aznar aux élections générales en Espagne. Si l’Allemagne avait été gouvernée par les chrétiens-démocrates, ce pays aurait suivi le gangster Bush dans son aventure irakienne. Du moins d’après les déclarations de deux des représentants les plus éminents de la CDU-CSU, Schäuble et Stoiber. Et l’Italien Berlusconi attend encore sa raclée. Que la France n’eut pas fait partie de cette organisation politique criminelle semble un pur hasard, car dans l’UMP les membres qui auraient été prêts à suivre les mêmes instructions que Bush occupent des positions fortes.
Tous ces chefs d’Etat ou de gouvernement ont agi à la fois contre la volonté des peuples qui leur avaient confié le pouvoir, contre le droit et les conventions internationals et contre l’éthique tout court.
On peut donc dire que le suffrage universel amène peu à peu, et peu à peu partout, une véritable racaille au pouvoir. Une racaille naturellement en costume et cravate, mais racaille tout de même. Qu’ils soient, après leurs méfaits, désélus par leur peuple n’a aucune importance, car leurs successeurs seront sans doute pires. Et les maux faits sont rarement réparés. Et probablement pas réparables. Voilà bien la décomposition de l’Etat par la démocratie comme l’avait annoncée Nietzsche. Et cette décomposition ne se passe pas seulement dans un événement bien visible comme l’agression de l’Irak, elle se passe aussi dans d’autres domaines. La délocalisation massive d’emplois vers la Chine, l’appauvrissement des Etats occidentaux, leur endettement croissant, font partie de la même décomposition.
Mais en fait il ne s’agit pas seulement de la décomposition de l’Etat. Il s’agit de la décomposition de la culture, la décomposition de l’Etat n’en étant qu’une conséquence.
La décomposition de la culture a commencé avec la démission des penseurs, constatée par Nietzsche, Albert Schweitzer, puis Martin Heidegger (« Qu’appelle-t-on penser ? », 1952). Mais même si un penseur apparaissait quelque part, il aurait les plus grands problèmes pour reprendre une activité, car les mots, surtout les plus importants, ont non seulement perdu leur sens, ils ont subi la célèbre inversion des valeurs que Nietzsche, bon élève des Grecs, avait remis sur le tapis. Des mots importants ont non seulement pris un sens contraire, pis, ils sont utilisés dans les deux sens, le vrai et le contraire (exemple : « la paix c’est la guerre, la guerre c’est la paix », dans le roman politique 1984 de George Orwell). Un exemple pratique sont « les pourparlers de paix » qui, depuis un demi siècle accompagnent une entreprise génocidaire en Palestine. « Pourparlers de paix » accompagnés d’un prix Nobel de la Paix au plus grand terroriste du siècle dernier, Begin..
Pour reprendre la culture et la civilisation à partir de zéro, il faudrait se souvenir de l’acte le plus important pour l’humanité, selon Confucius : donner à chaque chose son vrai nom.
[Sur les élections en Grande-Bretagne, voir nos informations en rubrique “Europe”]