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Tribune |
L'avenir de l'Amérique indicateur de l'avenir de l'Europe
Notre époque est une sorte de triomphe à double tranchant - de la philosophie et de la pensée puisque les événements démontrent que ce que quelques uns ont pensé longtemps à l'avance se réalise : la destruction de la civilisation occidentale. Auto-destruction, faudrait-il dire. Un encouragement à continuer à penser de manière impitoyable, sans aucune considération pour personne, pour aucun des acteurs de cette auto-destruction. Et la situation de l'Europe dans cette évolution globale est particulièrement intéressante : non seulement la culture européenne a produit les penseurs qui ont prévu et expliqué en grande partie sa destruction, mais l'Europe peut assister en quelque sorte à son avenir proche en regardant ce qui se passe en Amérique. On pourrait que les Européens peuvent lire leur proche avenir dans des livres, mais déjà le regarder en avant-première en Amérique. Des atouts en quelque sorte dont l'élite européenne, bovinisée ‹ auto-bovinisée pourrait-on même dire ‹ n'est pas capable de profiter pour corriger le parcours. Selon une étude une étude du Bureau of Labour américain, sorte de ministre du travail, la plus grande partie des nouveaux emplois qui seront créé dans les dix prochaines années le seront dans le domaine des services du genre ménagers pour des personnes à faible formation, donc essentiellement des immigrés. Avec destruction progressive, en partie par l'impôt, de ces fameuses classes moyennes, des gens capables de gérer eux-mêmes leur vie quotidienne, source non seulement d'entreprises, mais aussi de grands hommes. Tous les constructeurs de société et de civilisation ont veillé à la constitution progressive de cette classe de personne ayant en quelque sorte mérité d'avoir une individualité, une personnalité, on pourrait presque dire d'une humanité. Une classe qui a été capable, seule capable pourrait-on dire, de créer des républiques, comme la république de Venise ou la ville libre de Strasbourg, des cités qui ont fait croire que la démocratie était possible. Les classes moyennes américaines vivent dans la terreur et de la maladie et du procès qui les mettra entre les mains de la cupidité ou de l'industrie de la santé ou du lobby des avocats, puissants actionnaires de la société anonyme qu'est devenue la présidence des Etats Unis. Les symptômes de cette évolution en matière du travail sont déjà visibles en Europe. Lorsque le parti socialiste allemand, SPD, avait perdu son bastion de la Westphalie-Rhénanie du Nord, la télévisioin allemande avait diffusé le témoignage d'un ouvrier du bâtiment au chômage qui a dit que quand il allait sur un chantier, il n'entendait que des langues étrangères et qu'on lui disait carrément qu'un Allemand n'avait plus besoin de se présenter. Et pendant ce temps le débat entre les deux futurs candidats à la chancellerie tourne autour d'une réforme du système des impôts, des caisses de retraite ou de l'égalité des femmes et des hommes au travail. Alors que justement on constate que les caisses de retraite américaines sont l'un des plus puissants leviers de délocalisation d'entreprise non seulement aux Etats Unis, mais même en Europe. L'épargne-retraite des ouvriers américains est en quelque sorte utilisée pour développer des entreprises hors des Etats Unis. Pour le grand bonheur des spéculateurs de la bourse de New York. Les Etats Unis ont été le premier pays frappé par la satanique délocalisation d'entreprise dont l'Europe avait d'abord profité, et profite encore. Une délocalisation qui entraîne aussi celle de la fameuse R & D, pour recherche et développement. Et le tout est couronné par un fantastique endettement de l'Etat qui est en quelque sorte le coup de grâce de tout Etat. On a l'impression que les pays asiatiques vont continuer à faire crédit aux Etats Unis aussi longtemps qu'il y a des entreprises et du savoir-faire, voire des immeubles et autres valeurs à aspirer. Et les laisseront tomber le jour où il n'y aura plus de substance ni économique ni intellectuelle. L'Amérique alors ne sera plus capable de faire voler un avion, car aujourd'hui déjà elle n'est plus indépendante pour la fourniture de certains composants électroniques. Et dans ce déclin, les parasites et charognards vont grossir et se multiplier. A côté d'un nombre croissant de pauvres, on verra une croissance des riches, riches sans aucun mérite sauf celui d'avoir perfectionné leur art de s'emparer des bons morceaux du cadavre qu'une nation est en train de devenir. Sous le gouvernement d'élus du suffrage universel. |
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