Nouvel Ordre Mondial ou :
La main et le poing invisibles
par Patrice Remya, http://www.vivelarep.org/analyses/display.php?id=9&begin=0,
21 août 2005
"A racket is best described, I believe, as something that is
not what it seems to the majority of the people. Only a small "inside"
group knows what it is about. It is conducted for the benefit of the
very few, at the expense of the very many. Out of war a few people
make huge fortunes".
Un racket n'est pas ce que pense la majorité des gens. Seule
une minorité sait de quoi il retourne. Il est réalisé
aux frais de l'immense majorité pour le bénéfice
de quelques uns. La guerre permet à ce petit groupe de réaliser
d'immenses fortunes.
Général Smedley Darlington Butler 1881/1940 War
is a racket.
Selon ses promoteurs le défunt Traité
Constitutionnel (TCE) aurait dû contribuer à une plus
grande indépendance de l'Europe face aux États-Unis.
Rien n'était plus faux et pas seulement parce que ce traité
prévoyait un contrôle accru de l'OTAN sur les forces
armées des pays concernés.
Certains se sont donc prononcés pour ce traité pensant
ainsi contribuer au renforcement d'une Europe susceptible de faire
contrepoids à la puissance américaine. Il n'est donc
pas inutile d'examiner ce qu'ont pu dire à ce sujet des responsables
américains comme George Bush ou John Snow le secrétaire
d'état au trésor.
Une dépêche (Associated Press) en date du 15 juin 2005
rapporte les propos de ce dernier lors d'une visite à l'Union
Européenne. Il recommande l'intégration des marchés
financiers comme condition de la croissance et incite les 25 pays
de l'Union à " réduire leurs bureaucraties ",
à " favoriser nationalement la concentration des capitaux
" et à " encourager les fusions et les prises de
contrôle "
Dans cette même dépêche il est précisé
que, pour leur part, les membres de la Commission poursuivent des
objectifs similaires dans le but de " réduire la bureaucratie
", " accélérer les transactions financières
et faciliter fusions et prises de contrôle " tout cela
en prévision de l'établissement d'une zone de libre
échange transatlantique
A la question de savoir si les " difficultés " post
référendaires de l'Union Européenne pouvaient
" nuire à la croissance " John Snow répond:
" je ne le pense pas dans la mesure ou les réformes de
structures demeurent la priorité ". Snow poursuit : "
tout échec dans le démantèlement des barrières
réglementaires transatlantiques nuirait à l'économie
mondiale "Š c'est à dire à l'économie
dominante !
" L'accélération des transactions financières
" dans le cadre de la " concurrence libre et non faussée
" célébrée par le TCE exige à terme
une situation " structurellement réformée "
c'est à dire ramenée au plus petit commun dénominateur
social sur l'ensemble du marché, un marché, cela va
sans dire, politiquement et militairement " sécurisé
" par l'hyperpuissance. John Snow n'a pas besoin de se faire
trop explicite car dans la mesure où l'on procède aux
" réformes de structures " exigées par la
puissance impériale, centre stratégique de la "
mondialisation financière ", l'agonie politique et sociale
de nos cultures est dès lors " structurellement "
programmée.
Sans les Français et les Hollandais (pour commencer !?) les
" réformes de structures " engagées dès
Maastricht auraient été pour longtemps gravées
dans le marbre d'une vraie fausse constitution antidémocratique,
véritable cheval de Troie d'un capitalisme mondialisé
à la sauce de l'hyperpuissance. C'est par la mise en ¦uvre
de ces " réformes " que l'élimination progressive
et pour ainsi dire " naturelle " de nos services publics
et autres " obstacles " de même nature devait être
réalisé pour faire place à des services exclusivement
marchands quand ce n'est pas directement par une introduction en bourse
comme dans le cas d'EDF/GDF. C'est par le moyen de la " concurrence
libre et non faussée " mantra de l'Europe de Bruxelles
que tout devait être mis à l'encan, de l'éducation
à la santé sans oublier la sécurité sociale
clef de voûte de notre " modèle social " qui,
à l'issue d'une telle logique, devrait être ramenée
à un mince filet de sécurité pour les plus démunis
et l'essentiel de ses ressources dirigées vers le secteur bancaire
comme le demande depuis un certain temps déjà les responsables
du patronat français.
Le 20 juin, devant les dirigeants de l'Union Européenne, George
W. Bush déclarait : " les Etats-Unis ont besoin d'une
Europe forte pour promouvoir la paix et le progrès économique
dans le monde ". Dans sa réponse Jean-Claude Juncker,
soucieux des conséquences de l'échec du référendum,
tient à se faire rassurant : " L'Europe n'est pas à
genoux " dit-il, " nous restons fortement engagés
aux côtés de nos partenaires ". En clair, rien ne
doit changer en raison de nos engagements internationaux, en particulier
le lien militaro-financier transatlantique qui garanti l'équilibre
planétaire du système impérial.
Au cours d'un déjeuner de travail avec Juncker et Barroso,
Bush déclarait : " Mon message à ces dirigeants
et à leurs amis est le suivant : nous voulons une Europe forte
afin que nous puissions travailler de concert à la réalisation
d'objectifs comme le progrès de la liberté au Moyen
Orient "
Il ajoutait : " Nous avons eu des différents sur l'Irak
mais nous avons parlé de la nécessité pour le
monde d'unir nos efforts pour que la démocratie irakienne puisse
réussir ". La " guerre préventive " contre
l'Irak et l'ampleur des crimes commis contre les populations de ce
pays, en particulier l'élimination de la ville de Falujah façon
Guernica, eurent pu susciter davantage de réserve de la part
des dirigeants de Bruxelles.
Faute d'un minimum de pudeur Barroso devait conclure la rencontre
par ces mots sans ambiguïté : " L'Union Européenne
est et restera l'alliée incontournable des Etats-Unis ".
Il ne s'agissait pas en effet de compromettre la " stabilité
mondiale " par l'évocation " incongrue " de
quelques dizaines de milliers de victimes civilesŠ
Les propos de ces messieurs sont à peine codés. À
la place de " les Etats-Unis ont besoin d'une Europe forte pour
promouvoir la paix et le progrès économique dans le
monde " il faut lire : " les Etats-Unis ont besoin de supplétifs
en mesure de travailler efficacement à la mise en place du
Nouvel Ordre Mondial ". En ce qui concerne la notion de "
progrès économique " on doit surtout lire "
progrès de la mondialisation financière " pilotée
depuis Washington et, dans la mesure du possible, l'élimination
de tous ce qui peut lui faire obstacle comme ces états nations
qui focalisent la conscience des peuples autour de leurs acquis historiques.
Dans l'univers militaro-financier de George Bush et de l'oligarchie
dont il est l'incarnation publicitaire les domaines qui échappent
encore à " l'intégration financière "
sont purement et simplement condamnés. En Irak, dans les premiers
temps de l'occupation, et compte tenu de la puissance des armes, il
avait semblé facile à un homme comme Paul Bremer de
passer de la théorie à la pratique du Nouvel Ordre.
Dans un article du 24 septembre 2004 publié dans Harper's magazine
Naomi Klein <http://www.harpers.org/BaghdadYearZero.html> écrit
: " Paul Bremer qui a conduit l'occupation de l'Irak de mai 2003
avant de la quitter prématurément le 28 juin suivant
débarque dans un Bagdad en flammes. Toutefois, avant même
la fin de " Shock and Awe " il inaugure sa thérapie
de choc faite de mesures plus radicales encore que celles pratiquées
par le Fond Monétaire international en Amérique latine
pendant les trente dernières années. Joseph Stiglitz,
prix Nobel et ancien économiste en chef à la Banque
mondiale décrit les réformes de Bremer comme encore
plus extrêmes que les thérapies de choc poursuivies par
l'ex Union soviétique "
Naomi Klein ajoute : " La tonalité de l'intervention de
Bremer est apparue dès ses premières décisions
: licenciement de 500.000 ouvriers d'état, des militaires pour
la plupart mais aussi des médecins, des infirmières,
des enseignants, des éditeurs et des imprimeurs. Il a ensuite
décidé de l'ouverture maximum des frontières
en levant toutes les restrictions aux importations, abolissant les
tarifs douaniers, droits de douane, inspections et taxes. Deux semaines
après son arrivée Bremer pouvait proclamer : "
Iraq is open for business ".
Longtemps avant l'invasion, nous le savons désormais avec certitude,
existait un projet de " réforme de structure " pour
l'Irak comparable dans ses grandes lignes à celui souhaité
pour l'Europe par John Snow ; un projet pour " réduire
la bureaucratie ", " accélérer les transactions
financières et faciliter les fusions et prises de contrôle
". Le plan Bremer prévoyait également la vente
massive des actifs irakiens presque essentiellement aux transnationales
états-uniennes.
Ce plan initialement imposé par la force des armes devait échouer
à convaincre les Irakiens de ses bienfaits car aux désastres
d'une guerre succédant aux sanctions administrées par
l'ONU s'ajoutaient les désastres sociaux imposés par
les représentants d'un capitalisme essentiellement prédateur.
L'idéologie néo-conservatrice, néo-impériale,
néo-coloniale de Washington est le produit des forces sociales
qui ont fait sortir un George W. Bush du chapeau de l'histoire. En
outre, l'appareil d'Etat de l'hyperpuissance et ses forces armées
ont été mis au service quasi exclusif de quelques grands
groupes financiers liés pour l'essentiel aux industries de
l'armement. Ce phénomène de collusion étroite
entre l'argent et l'Etat n'est pas nouveau mais il n'a cessé
de s'amplifier depuis la seconde guerre mondiale pour atteindre aujourd'hui
des proportions insupportables tant pour le peuple américain
que pour le reste du monde.
Dans un pays où 10% de la population possède 70,9% de
la richesse nationale (pour ne rien dire de ce 1% qui possède
38.1% des richesses) il est pour ainsi dire " normal " que
ces même 10% puissent monopoliser l'État à leur
profit et faire dépendre la poursuite de leur enrichissement
d'un véritable détournement de la république
américaine passée désormais sous le contrôle
de " lobbies " aussi irresponsables qu'incontrôlables.
. http://www.faireconomy.org/research/wealth_charts.html (chiffres
2001).
À titre d'exemple il n'est pas inutile de rappeler que Lockheed-Martin,
le plus grand fabricant mondial d'armes et principal bénéficiaire
des crédits et marchés d'état (14 milliards de
dollars de ventes en 2001), a versé 2.8 millions de dollars
à la campagne de Georges Bush en 2000 et que, dans ces conditions,
il n'est pas excessif de rappeler que le président américain
est surtout l'agent commercial de Lockheed sans oublier d'autres compagnies
dans l'ordre décroissant de leurs contributionsŠ
L'État américain (et progressivement des institutions
comme la cour suprême) est donc devenu l'instrument de quelques
lobbies, ceux qui, en particulier, contrôlent le Pentagone,
l'OTAN etc. Il suffit d'examiner les budgets militaires pour saisir
l'importance de ce secteur dans l'économie américaine
et l'intérêt qu'il y a pour le " lobby militaro-industriel
" à faire prendre les décisions qui le concernent
par président des Etats-Unis interposé. Le Congrès
est lui-même devenu une sorte de marché ouvert au plus
offrant où tout s'achète même et surtout les consciences
d'une majorité de parlementaires. L'activité des "
lobbyistes " de tout poil n'y a jamais été aussi
florissante. L'argent étant devenu le moteur principal de toute
élection ce sont les " lobbies " les plus influents
qui s'assurent de la sélection du personnel politique. Cela
explique en partie pourquoi ceux qui ont voté contre l'invasion
de l'Irak se comptent sur les doigts d'une seule main.
Il suffit d'examiner le budget américain pour être pris
de vertige devant l'importance des budgets militaires. Plus de la
moitié de la dépense fédérale est consacrée
à la défense (entre 51 et 56% selon les bases de calcul
et sans tenir compte de divers budgets de recherche associés).
En 2004 les dépenses militaires des Etats-Unis étaient
de 420.7 milliards de dollars (chiffre lui-même variable suivant
les approches) alors que celui de la Chine, le second en importance
n'était pour la même année que de 51 milliards
de dollars. Dans sa totalité le budget américain de
la défense est plus ou moins équivalent à celui
de tous les autres pays additionnés. Il y a là je crois
de sérieux motifs d'inquiétude pour l'avenir de notre
planète.
Il serait fastidieux de passer en revue les nombreuses expéditions,
provocations, invasions, " changements de régime "
et autres agressions dont les responsables américains se sont
rendus coupables depuis le milieu du dix-neuvième siècle.
La première véritable provocation, celle qui a inaugurée
une longue suite d'agressions date de 1898 : le Maine, un navire de
guerre ancré dans le port de la Havane, faisait l'objet d'une
mystérieuse explosion. 268 marins devaient y trouver la mort.
C'est cet événement qui a conduit à la "
libération " de Cuba alors colonie espagnole ; une "
libération " soutenue aux Etats-Unis même par une
formidable campagne de presse " pour la liberté et la
démocratie" ; campagne de presse qui n'était pas
sans rappeler le rôle joué pour l'invasion de l'Irak
par des grands médias comme CNN, Fox News etc. Des recherches
sur l'épave ont démontré beaucoup plus tard que
l'explosion provenait de l'intérieur du navire et non de quelque
machination espagnole.
Depuis le naufrage du Maine jusqu'à la seconde intervention
en Irak, en passant par la provocation du Madox (un autre navire de
guerre), prétexte à une aggravation de la guerre au
Vietnam, on a pu observer une remarquable continuité dans les
méthodes. Dans le Downing Street Memo, un document secret en
date du 23 juillet 2002 rendu public le 1er mai 2005 le responsable
britannique des services de renseignement (MI6) de retour de Washington
annonçait à Blair et à ses plus proches collaborateurs
: " intelligence and facts were being fixed around the policy
" (les faits ont été rendus conformes aux décisions).
Le gouvernement britannique n'avait plus dès lors qu'à
s'exécuter ou à compromettre son rôle de second
couteau dans la mise en ¦uvre du Nouvel Ordre dont l'instauration
implique l'abandon de l'ordre international issu de la seconde guerre
mondiale. Dans ces circonstances nouvelles où la force prime
le droit l'ONU, relique du passé façon SDN doit d'une
manière où d'une autre disparaître... La guerre
en Irak et les conditions - illégales au regard de l'ordre
ancien - de son déclenchement ont par ailleurs nettement signalé
notre passage dans une nouvelle dimension de l'histoire.
Aux Etats-Unis même, la " liberté du marché
" est des plus relative. Une vingtaine d'industries de l'armement
mais surtout 5 parmi les plus puissantes se partagent la plus grande
partie du budget fédéral de la défense dans une
forme de détournement légal des ressources publiques,
le plus souvent sans adjudications. Est-il besoin de rappeler que
le contrôle politique de ces dépenses par le Congrès
est presque entièrement fictif dans la mesure ou une majorité
des représentants est le jouet des " lobbies ". Des
entreprises " militaro-industrielles " comme Lockheed Martin,
Boeing, etc. et leurs relais dans la finance, la presse, l'armée
etc., sont en réalité les seuls maîtres de l'hyperpuissance.
" Lobby militaro-industriel " est le terme créé
par Eisenhower lors de son message d'adieux à l'issue de son
dernier mandat <http://mcadams.posc.mu.edu/ike.htm> ; un "
lobby " qui semble l'avoir définitivement emporté
sur l'Amérique des Lumières. Après un siècle
et demi d'expansion coloniale continue l'agression contre l'Irak marque
le franchissement d'une sorte de Rubicon.
Il suffit d'examiner la carte des implantations militaires américaines
dans le monde pour s'interroger sur les raisons d'une telle projection.
Le Pentagone possède en effet plus de 700 bases hors Etats-Unis
dont un nombre croissant se trouve dans la zone d'instabilité
dite " croissant de crise " qui part de la Baltique en passant
par le Kosovo, la Turquie, le Moyen Orient, les anciennes républiques
musulmanes de l'URSS, l'Afghanistan pour se poursuivre jusque dans
l'extrême nord du Japon en contournant la Russie et la Chine.
Le moins que l'on puisse dire c'est qu'un dispositif de cette ampleur
n'est pas accidentel.
L'équilibre du système impérial en cours de formation
repose sur deux piliers principaux : le Pentagone et le contrôle
politico financier du dollar (et les manipulations de l'économie
mondiale que permet un tel contrôle). Le pilier militaire est
indispensable au pilier financier car la faillite structurelle de
l'économie américaine implique la force, une force incontestable
(la capacité de mener plusieurs conflits majeurs au même
moment), pour assurer la pérennité de ce qu'il faut
bien considérer comme une forme de racket universel.
Dans un article du 12 janvier 2005 intitulé " Déclin
du dollar américain : qui en profite ? " (Decline of the
US Dollar who benefits ?) Andre Gunder Frank explique que : "
les Etats-Unis sont la plus privilégiée des nations.
Ils disposent en effet du monopole et du privilège de produire
à volonté la monnaie de réserve mondiale au prix
du papier sur lequel ces dollars sont imprimés. Ce faisant
l'oncle Sam exporte l'inflation qu'il produit par l'impression de
montagnes de dollars ; des dollars qui représentent des quantités
au moins trois fois supérieures à celles qui circulent
aux Etats-Unis même. Il s'agit également du seul pays
dont la dette extérieure est libellée dans sa propre
monnaie de réserve mondiale et qu'il peut continuer d'imprimer
à volonté. À l'inverse d'une méthode aussi
avantageuse la dette de la plupart des pays étrangers est également
libellée en dollars mais à cette différence près
qu'ils doivent la racheter auprès de l'Oncle Sam avec leurs
propres monnaies et leurs propres ressources. L'Oncle Sam paie donc
les Chinois et les autres essentiellement avec des dollars qui n'ont
d'autre valeur que celle de l'encre et du papier sur lequel ils sont
imprimés. "
http://globalresearch.ca/index.php?context=viewArticle&code=GUN20050112&articleId=358
Naturellement, la question ne se résume pas uniquement à
une vaste entreprise de fausse monnaie. C'est, nous le savons, l'ensemble
du système international qui est tributaire du dollar et de
son bras armé le Pentagone. Si l'économie mondiale est
techniquement comparable à un château de carte à
la merci du moindre coup de vent boursier les apprentis sorciers de
l'hyperpuissance ont à leur manière résolu d'y
apporter la stabilité propre aux régimes totalitaires.
Selon Michael Ledeen, un néoconservateur influent : "
le meilleur programme démocratique jamais inventé c'est
l'armée américaine ", ou encore : " la paix
dans le monde ne peut que résulter d'une guerre victorieuse
". (Michael Ledeen cité par Andrew Bacevitch in TomDispatch.com)
Sans doute le fond de l'affaire repose-t-il sur l'incapacité
croissante d'un capitalisme " voyou " à faire face
aux besoins essentiels de l'humanité dans une période
de profonde convergence des crises. Un tel régime pourrait
bien en effet signaler la " fin de l'histoire " et cela
d'une manière beaucoup plus abrupte que ne l'imagine Francis
Fukuyama!
C'est en fonction de ce contexte difficile que les idéologues
néo-conservateurs ont élaboré des justifications
théoriques pour l'instauration d'un " nouveau siècle
américain " (Project for a New American Century) ou Nouvel
Ordre Mondial armé! Il s'agit pour l'oligarchie de poser les
bases d'une domination durable avant que des rivaux potentiels comme
la Chine et subsidiairement la Russie ne parviennent à surmonter
leurs difficultés actuelles et à présenter le
risque d'une certaine rivalité sur le marché de la puissance.
La guerre en Irak s'inscrit dans cette perspective. Le simple contrôle
du robinet irakien, même sans exploitation commerciale, permet
de peser significativement sur la consommation mondiale et donc sur
le développement de la concurrence.
Pour les promoteurs du Nouvel Ordre il existe une fenêtre de
quelques années dont il s'agit de tirer parti. Frederick W.
Kagan, un idéologue néoconservateur, concluait en 1999
que " l'Amérique doit être capable de combattre
l'Irak et la Corée du nord avec, en même temps, le génocide
dans les Balkans sans compromettre sa capacité à entreprendre
deux importants conflits régionaux. L'Amérique doit
également être capable d'envisager une guerre avec la
Russie ou la Chine et cela dans des délais sans doute encore
éloignés mais prévisibles ".
Compte tenu de l'impasse du système d'exploitation mondial
(comme disent les informaticiens !) et de la prééminence
des lobbies de l'armement à Washington les Etats-Unis n'ont
guère d'autres choix que de mener une guerre perpétuelle
contre les " forces du mal ". La guerre contre la terreur
a donc été lancée. De par le caractère
multiforme, insaisissable et infiniment manipulable de " l'ennemi
" elle permet toutes les déclinaisons stratégiques.
En outre, la possibilité que se sont donnés les Etats-Unis
de procéder à tout moment, au nom du bien, à
des " changements de régime " partout dans le monde
ajoute une dimension pseudo messianique à ce qui relève
en réalité d'une forme de gangstérisme international.
Dans un article du Guardian (A cloud over civilisation 15 juillet
2004 - http://www.guardian.co.uk/comment/story/0,3604,1261593,00.html)
JK Galbraith tout en confirmant la mainmise des grandes compagnies
sur les États annonce par ailleurs la déchéance
du politique et des systèmes démocratiques : "
Lorsque les grandes entreprises parviennent à monopoliser l'espace
public elles ne servent que leurs intérêts propres. Cela
est particulièrement vrai des entreprises d'armement en principe
privées. De là provient leur forte influence sur les
budgets militaires, sur la politique étrangère, sur
les orientations de l'armée et enfin sur l'opportunité
de déclencher une guerre "
" En raison de leur place au sein de l'entreprise moderne il
était somme toute normal que les " managers " passent
de l'entreprise à la politique et au gouvernement. Autrefois
il y avait une influence du capitalisme sur les gouvernements, aujourd'hui
il existe une gestion des gouvernements par le privé. Aux Etats-Unis
les gestionnaires de grandes entreprises sont " en affaire "
avec le président, le vice-président et le secrétaire
à la défense. De hauts personnages issus des entreprises
occupent des places éminentes dans l'appareil fédéral.
L'un d'entre eux en provenance d'Enron dont on connaît la réputation
sulfureuse préside même aux destinés de l'armée
".
Dans le cas précis des Etats-Unis ce sont les dirigeants des
principales entreprises d'armement, pétrolières etc.,
qui décident " souverainement " de l'opportunité
des guerres, et cela, en fonction de leurs intérêts propres.
Un conflit comme celui qui afflige en ce moment l'Irak et le peuple
américain résulte d'un plan marketing mondial dans le
cadre d'une " société de marché " en
cours d'achèvement. Il s'agit d'une révolution mondiale
aux effets universels. Il est d'ailleurs impensable pour ses promoteurs
que la moindre parcelle de cette planète ou le territoire des
états clients puisse moindrement échapper à la
marchandisation qui résulte des effets de cette " concurrence
libre et non faussée " tant vanté par le Traité
Constitutionnel.
Dans un livre de 1999, The Lexus and the Olive Tree, Thomas, Friedman,
journaliste au NYT et apologiste de la guerre impérialiste
en Irak, a le mérite de la clarté : " la main invisible
du marché ne saurait fonctionner correctement sans un poing
invisible ". " McDonald's ne saurait prospérer sans
McDonnell Douglas le concepteur du F-15 de l'aviation des Etats-Unis.
Le coup de poing invisible qui assure la sécurité financière
de la Silicon Valley c'est l'armée, l'aviation et le corps
des Œmarines' ".
Tout est dit par l'excellent Friedman ! Les peuples soucieux de leur
indépendance doivent entendre la leçon sous peine de
perdre pour longtemps la maîtrise de leur destin. C'était
d'ailleurs l'un des enjeux du dernier épisode référendaire.
Autant l'invasion de l'Irak relève partiellement d'une opération
coloniale classique et peut être comprise comme telle par de
nombreux citoyens autant des mécanismes plus insidieux sont
à l'¦uvre dans les opérations de la " main
invisible ".