UN
MORATOIRE QUI ACCÉLÈRE UNE RÉFORME AUX ALLURES
DE LAPIDATION
RÉPONSE À L'APPEL INTERNATIONAL LANCÉ PAR TARIQ
RAMADAN
À UN MORATOIRE SUR LES CHÂTIMENTS CORPORELS, LA LAPIDATION
ET LA PEINE DE MORT DANS LE MONDE MUSULMAN
(http://oumma.com/article.php3?id_article=1443)
Le postulat qui préside à tout discours politique sur
l'islam, on le sait, c'est l'incompatibilité claironnée
à tous les vents de sa doctrine et de ses prescriptions avec
un type certifié, autant que lacunaire, de démocratie
imposée. Si l'on considère, dans la foulée, cette
image figée de la démocratie comme la référence
obligée (l'islam étant "évolutif",
susceptible d'un aggiornamento de type conciliaire), on comprend mieux
la nécessité qui anime certains de réformer cet
islam, de l'adapter, pour le rendre, par elle, (plus) acceptable...
Or, l'islam (l'idée islamique, ou la châri'a, qui en
est, en somme, l'expression citoyenne) inclut sa propre conception
de la démocratie, plus respectueuse de l'homme, qui embrasse,
dans une universalité de la transcendance (ou de la Création)
l'ensemble des rapports vitaux qui le lient à Dieu, au cosmos,
à la nature, à son semblable (1), dans une étroite
communauté de destin et de connivence originelle (2). Si la
démocratie pervertie, celle qui relègue Dieu dans des
sphères "privées", est, en effet, incompatible
avec l'islam, l'islam, au contraire, assoit la seule démocratie
authentique acceptable (3), qui rétablit Dieu au coeur de Sa
création.
Tariq Ramadan récuse dans son Appel international à
un moratoire sur les châtiments corporels, la lapidation et
la peine de mort dans le monde musulman une pratique islamique pressentie
comme anachronique, une lecture de textes jugée littéraliste,
un islam mal conceptualisé, non contextualisé, dont
les injonctions, appliquées sans justice aucune (elles ne sont
pas les seules), sont au reste (ou d'entrée de jeu?) non applicables
dans ces pseudo démocraties considérées comme
la pierre de touche inéluctable de son admissibilité.
Cet Appel, qui se veut la dénonciation d'une justice mal rendue,
aussi fallacieusement démocratique qu'islamique, met tout aussi
faussement en cause, non pour son application injuste, mais pour sa
non-applicabilité, la justice de la peine! Ramadan emmêle
les pinceaux. Ce n'est pas la peine qui est injuste, bien évidemment,
mais la manière inéquitable avec laquelle elle est (ou
n'est pas) appliquée; c'est contre elle, et elle seule, que
s'insurgent, avec lui, le PJM et la plupart des musulmans qui exigent
qu'elle soit administrée avec justice par leurs États
respectifs (ou plus exactement par un État islamique qui est
seul légitimé à l'appliquer). C'est cette injustice
que le PJM refuse d'associer à celle de la peine, dénoncée
bruyamment par l'ensemble des non musulmans, cette fois, qui la juge
barbare, cruelle et inhumaine (4).
Mais allons de l'avant. Comment Ramadan peut-il concevoir une application
uniforme des hudûd (châtiments) par des régimes
aux idéologies disparates qui ne bénéficient
d'aucune légitimité constitutionnelle islamique? Qu'est-ce
qui l'autorise à mesurer à l'aune des idéologies
démocratiques libérales et droitsdel'hommistes un islam
inexistant, "passionné", qu'il juge, au reste, irrémédiablement
révolu?
Engageons-nous plus loin encore. Sans nous arrêter davantage
au fait qu'il y aurait une très grande injustice à renoncer
à rendre la justice ici (c'est-à-dire, à commettre
un déni de justice) sous prétexte qu'elle n'est pas
rendue là, ou mal, ou pas à bon escient, l'Appel lancé
par Tariq Ramadan pour un moratoire, est pareillement inacceptable,
CAR CE N'EN EST PAS UN, précisément, ou qu'il n'est
pas que cela; qu'il est inutile et superflu, car il est déjà
dans les faits, de gré ou de force (et bien entendu, bien plus
de gré que de force), quasi unanimement appliqué.
Un moratoire, comme son nom l'indique, c'est un délai, une
pause, une suspension provisoire de peines, de décisions qui
seront appliquées plus tard, quand les conditions d'application
seront remplies. L'exemple du calife Omar (que Dieu l'agrée)
illustre très clairement cela, et pas autre chose. Il ne constitue
nullement un "précédent historique de première
importance" qui justifierait l'Appel de Ramadan. La famine (ou
la guerre, ou tout autre raison) qui allait immanquablement entraîner
des pillages de la part des plus pauvres, entraîne la suspension
de la peine de l'amputation de la main, jusqu'au retour des conditions
d'applicabilité. Elle est donc rétablie un an après,
et il est impensable que l'idée d'en contester la validité
ait été, à cette occasion, émise. C'est
pour la rétablir par après, dans sa continuité
(en somme, pour la préserver), qu'elle fut momentanément
suspendue.
Ce que nous propose Tariq Ramadan, c'est exactement l'inverse. Ce
n'est pas un moratoire sur l'application injuste des peines (en fait,
une suspension sine die), mais une réforme radicale de celles-ci,
suite au débat "fondamental" qui devrait, à
cette occasion, se développer: "Pour les musulmans",
assène-t-il, "toutes les interrogations sont les bienvenues,
de la part de leurs coreligionnaires ou des femmes et des hommes qui
ne partagent pas leurs convictions", et, comme si cela ne suffisait
pas à garantir une véritable mise à plat des
textes, "en tenant compte des exigences de l’époque
contemporaine!". Un moratoire? Non: un Munich doublé d'un
Yalta! Un autodafé de l'islam, dont les commanditaires, dès
que les insurrections seront mâtées, se partageront le
contrôle. Un moratoire? Non: un 'Vatican II"! Celui-là
même qui est réclamé à corps et à
cris par ceux qui, en admiration devant le sabordage qu'il entraîna
de l'Église ("une barque qui prend l'eau" dira le
futur Benoît XVI), ne rêvent à rien d'autre que
d'en réitérer le désastre pour l'islam!
Suivons encore Ramadan, le boutefeu (ou l'apprenti sorcier?), d'un
pas qui pourrait bien, cette fois, nous faire glisser des revendications
libertaires enflammées de Mai 68, directement dans l'abîme
(ou plus exactement, dans la géhenne): "Les sociétés
ne se réformeront pas", pontifie-t-il dans son Appel,
"par des mesures répressives et des châtiments"
[à noter que même les "Occidentaux" n'osent
pas, à ce point, s'ériger contre les stipulations divines
(et humaines, au reste), qui intercalent à cet endroit de la
phrase, après le "ne...pas", un petit "que"
qui change tout], "mais par l’engagement de chacun à
établir l’Etat de droit (sic), la société
civile (sic), le respect de la volonté populaire (sic) et une
législation juste garantissant l’égalité
des femmes et des hommes (sic), des pauvres et des riches (sic), devant
la loi [car la loi coranique, qui devrait donc au plus tôt abandonner
"mesures répressives et (...) châtiments" (on
est loin de la lapidation!) ne défend pas tout cela?]. Il est
urgent de mettre en branle un mouvement de démocratisation
qui fasse passer les populations de l’obsession de ce que sanctionne
la loi [pur délire ramadanien! Aucune obsession de cet ordre
(hélas!) n'agite les populations musulmanes qui sont, par l'absence
de tout État islamique, privées de toute loi, et forcément
de toute sanction!] à la revendication de ce qu’elle
devrait protéger: leur conscience, leur intégrité,
leur liberté et leurs droits".
Consternant! Ramadan ignore-t-il que les hudûd ne peuvent être
appliqués que dans le cadre exclusif d'un État islamique,
aujourd'hui inexistant? Pourquoi néglige-t-il cette porte de
sortie juridique, que tous les musulmans sont tenus de garder béante,
qui s'ouvre sur un authentique et légitime moratoire, cette
fois? Pourquoi, tout au contraire, en profite-t-il (mais à
qui profite le crime?) pour introduire une formulation intrinsèquement
"occidentale" (non plus même "occidentalisée"),
déstabilisante, exclusive et discriminante d'un "État
de droit" (l'État islamique n'en serait-il pas un?) composé
d'une "société civile" respectant la "volonté
populaire" (musulmans et non musulmans confondus) et "tenant
compte des exigences de l’époque contemporaine"?
(Parce que des exigences, elle en a beaucoup la modernité athée,
surtout en ce qui concerne la morale et la religion, dont elle n'a
que faire?).
Si peut paraître courageuse la dénonciation par Tariq
Ramadan de la lâcheté (ou de l'incurie) des intellectuels
musulmans à s'exprimer sur la question des hudûd (qui
sont en fait, l'ont-ils oublié? des sanctions expiatoires,
d'authentiques purifications réparatrices), de la "prudence"
des savants qui ont "peur de perdre leur crédibilité
auprès des masses", du fanatisme simpliste de ces mêmes
populations qui se taillent une réputation de bon musulman,
à bon compte, sur le dos (la vie, la main) des suppliciés,
elle prête le flanc à la même critique, tient de
la même posture: il agit exactement comme eux, non vis-à-vis
des musulmans, mais vis-à-vis de ceux qui ne le sont pas (ou
qui font tout pour ne pas l'être, ou le paraître) (5).
Au PJM, ce texte a choqué profondément. On y souhaite
ardemment que le frère Tariq le retire, ou alors pousse plus
loin, dans une direction plus respectueuse de la spécificité
inaliénable de l'islam, sa réflexion. La réforme
(nécessaire) ne se fait pas là où il dit, qui
réside dans l'intelligibilité (qui varie avec le temps,
certes, mais aussi avec le lieu, le niveau de compréhension:
pure question, finalement, de vocabulaire!) de paroles, d'injonctions,
d'interdits qui, eux, ne changent pas. Ce n'est pas le Coran qu'il
faut réformer, mais les musulmans, les systèmes obscurantistes
socio-économomico et politiques en vigueur, qui mènent
le monde à sa perte.
Il faut, certes, s'évader des formules, des imitations aveugles,
des compilations stériles (et l'existence et l'exigence du
Parti Jeunes Musulmans – "Jeunes" prenant ici toute
sa dimension - en offre assurément une illustration des plus
signifiante) pour aborder différemment, dans un CONTEXTE perpétuellement
évolutif, un TEXTE, qui pour être immuable, n'en est
pas moins, de toute éternité, admirablement adapté.
(6) Un texte solidaire du contexte, donc, dans un rapport de concordance
(ou de discordance) qui est très éloigné, c'est
le moins qu'on puisse dire, du spectre de la réduction binaire
sans cesse agité (serait-ce, finalement, la réflexion
ramadanienne qui l'est?).
Le PJM dynamise les approches. Il prône la réintégration
des musulmans dans l'islam par un déplacement (réformiste)
du musulman vers le texte, diamétralement opposée à
celle que préconise ici Ramadan, qui n'hésite pas, tout
à l'inverse, dans un mouvement d'intégration réellement
rétrograde et authentiquement policier, cette fois, à
déplacer (réformer) le texte ("circulez, il n'y
a rien à lire") vers des musulmans menottés, paralysés
dans un contexte ô combien humiliant d'aliénation identitaire.
"Pour qui voyage dans le monde islamique et côtoie un tant
soit peu les musulmans, un constat s’impose: partout les populations
manifestent un attachement à l’islam et à ses
enseignements". Tariq Ramadan se déplace, en effet, beaucoup.
Est-ce cela qui lui donne l'illusion que les populations du "monde
islamique" (encore une fiction) sont, comme lui, scotchées
à l'islam (et "à ses enseignements"), dans
un mouvement constant pour vivre le plus fidèlement possible
leur religion? Ses conclusions, en tout cas, nous laissent interdits:
"Cette réalité, en soi intéressante"
(merci pour eux), ajoute-t-il aussitôt, "peut se révéler
troublante, et carrément dangereuse, quand la nature de cet
attachement est quasiment passionné (sic)". Quelle belle
expression de sa vision sécuritaire de la "littéralité",
de l'"essentialisme", de la "non-contextualisation"!
C'est nous, sans conteste, qui devons nous réformer pour nous
rapprocher de l'islam, pour en comprendre des pratiques qui nous apparaissent
(parce qu'on nous les assène en permanence ainsi) inacceptables,
injustifiables, inapplicables... Au PJM, on n'est pas plus demeurés
que d'autres, et pas moins humains (ce qui n'est pas difficile, au
reste). Et les Compagnons du Prophète (sur lui le salut) n'étaient
pas plus sauvages ni plus inhumains que les "civilisés"
d'aujourd'hui, qui n'ont pas progressé d'un pas dans la reconnaissance
de leur condition humaine (qui est, on peut le rappeler, l'adoration
de leur Créateur et Maître) depuis Ibrahîm et Moïse
(sur eux le salut). Être à dos de chameau n'est pas plus
affligeant que d'être assis au volant d'un 4×4, tout au
contraire! La chaise électrique et autres injections létales
ne sont pas plus humaines que les décapitations, les bombes
atomiques plus humanistes que les cimeterres! Au contraire, nous avons
reculé en humanité, en intelligence et en moralité,
les imbéciles, les brutes et les pervers occupent le devant
de la scène, notre âme s'est évanouie derrière
des "avancées" techniques et sociales incontrôlées,
largement régressives.
La question, finalement, se pose. N'est-ce pas encore et toujours
ce préjugé tenace d'archaïsme de la pensée
islamique coranique (dont on n'évoque, à chaque fois,
l'éblouissant développement que dans un processus historique
irrémédiablement dépassé) qui transpire
de ce moratoire qui n'en est pas un, par son incapacité intellectuelle
et morale à placer d'autorité le fait religieux islamique
authentique (qui procède d'une continuité irréfutable
de la Révélation) dans le monde occidental(isé)
d'aujourd'hui? Un homme de la stature, de la finesse, de l'intelligence
discursive d'un Ramadan, pourrait-il être encore pareillement
accablé des réflexes de l'immigré en voie d'intégration,
du post-colonisé assailli de ressentiments? (7).
Ce moratoire est un guet-apens dans lequel la communauté musulmane,
partout et de partout lapidée (8), risque d'être entraînée
avec lui. Il exprime de manière emblématique le phantasme
humiliant du dominé qui relooke ses modèles contestés
sur ceux plus "justes", plus "critiques", plus
"contextualisés", en un mot plus "civilisés",
de ses maîtres et seigneurs qu'il n'a d'autre ambition que d'égaler.
Le contexte, précisément, tel qu'il est perçu
au PJM, exigerait plutôt une libératrice dénonciation
par les musulmans indigénés (9) de la bassesse, de la
barbarie, de l'inhumanité colonialiste réfléchies
en permanence par cet étrange miroir DE "L’AUTRE"
OU DE "L’OCCIDENT" que nous présente Ramadan.
Un faux miroir magique dans lequel le musulman n'a bien évidemment
pas à se mirer pour "rester, mieux et plus constructivement
(sic), fidèle à soi" (le piège!), mais à
retourner derechef contre cet "autre", contre cet "Occident"
qui n'a d'autre voie pour assurer son salut (et celui de l'humanité)
que de s'évader de lui-même, de ses terrifiantes grimaces,
de son impérialisme destructeur.
Aucune réforme de l'islam ne le fera mieux accepter de ceux
qui le rejettent par principe ou par ignorance. Aucune tentative de
recomposition littéraire (ou de littérarité,
pour donner la réplique à la littéralité
si chère - façon de parler! - au frère Tariq),
qui est d'essence romantique et dégénérative,
n'est envisageable pour le PJM. Aucun effort de recevabilité
d'un islam dénaturé, plus intégré, plus
policé, moins "dangereux", qui le condamnerait, à
coup sûr, à une bien plus certaine et "dangereuse"
dissolution (assimilation), n'est envisageable par ceux qui se font
un point d'honneur à en expliquer, à en faire comprendre
et aimer l'inaltérable bénédiction qu'il représente
pour l'humanité tout entière.
Rien n'appelait à l'islam la société idolâtre,
brutale, matérialiste où il s'est implanté. Or,
il s'imposa dans son irrécusable autant que rebutante singularité,
en parfaite symbiose avec elle.
Si pareil résultat n'est pas obtenu à l'époque
actuelle, qui est très proche, pourtant, de la djâhîliya
antéislamique, ce n'est nullement dû au contenu du message
de l'islam, ni même à sa formulation (les conversions
nombreuses d'"Occidentaux" le prouvent à suffisance),
mais au déficit du témoignage de la part de ceux qui
sont censés transmettre sans peur et sans états d'âme
(si l'on peut dire!) un islam préservé dans tous ses
atours, respecté et défendu dans l'intégrité
absolue de sa doctrine, de sa pratique, dans son irrécusable
excellence.
08.05.05
AU NOM DU PJM
JEAN-FRANÇOIS BASTIN ABDULLAH ABU ABDULAZIZ
NOTES
(1) En islam, la "religion" (du latin religare, lier) ne
"lie" pas seulement l'homme à Dieu, mais à
l'ensemble de Ses créatures, dans une relation qui est forcément
"politique".
(2) La terre et le ciel, les plantes et les animaux, les hommes, déclare
l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, sont des "poussières
d'étoiles".
(3) Les pseudo démocraties marchandes libérales capitalistes
ou sociales démocrates manipulent et exploitent effrontément
les peuples dominés par l'argent, les médias, le sport,
les jeux; elles n'accordent la plénitude de leurs droits qu'aux
plus forts, ou à certaines minorités privilégiées;
elles ne partagent le pouvoir qu'entre elles, dans des alternances
qui ne font même plus illusion.
(4) Les amputations, lapidations et autres décapitations ne
ménagent guère, c'est même là leur véritable
cruauté, les très délicates sensibilités
de nos concitoyens hautement civilisés. Georges Bernanos disait:
"Certaines contradictions de l'histoire moderne se sont éclairées
à mes yeux dès que j'ai bien voulu tenir compte d'un
fait qui d'ailleurs crève les yeux: l'homme de ce temps a le
coeur dur et la tripe sensible. Comme après le Déluge
la terre appartiendra peut-être demain aux monstres mous".
(Les grands cimetières sous la lune, Essais et écrits
de combat, I). Ramadan en serait-il un?
(5) Un petit exercice labyrinthique d'inversion d'un texte extrait
de l'Appel, qui (r)établit la véracité des dires!:
"Face à cette passion, beaucoup de ulamâ’
[Ramadan] reste(nt) prudent(s) de peur de perdre leur (sa) crédibilité
auprès des masses [occidentales]. On observe une sorte de pression
psychologique exercée par le sentiment populaire [occidental]
sur l’élaboration juridique des ulamâ’ [Ramadan]
qui devrai(en)t normalement être indépendant(s) afin
d’éduquer les populations et proposer des alternatives.
Or, c’est le phénomène inverse qui s’observe
aujourd’hui : la majorité des ulamâ’ [Ramadan]
craint de confronter les revendications populaires [occidentales]
parfois simplistes, peu savantes, passionnées et binaires de
peur de perdre leur (son) statut et d’être considéré(s)
comme trop compromis, pas assez strict(s), trop occidentalisés,
pas assez islamiques" ["trop islamiques, pas assez occidentalisés"].
(6) Un texte non "adaptable", perpétuellement en
accord avec un contexte qui doit apprendre perpétuellement
à le lire. Cette notion d'adaptabilité (qui n'a rien
à voir avec celle de réforme) est d'ailleurs très
proche de celle d'intégration. Après l'intégration
sécuritaire des musulmans, est-ce celle du Coran que nous propose
Ramadan?
(7) "Or, vouloir se passer du patrimoine de l'interprétation
du texte, le manipuler partiellement de façon sélective,
pour finir par le déformer pour plaire à la culture
du dominant, c'est accepter le statut et le rôle du dominé,
sans pouvoir un jour se servir de son patrimoine pour bâtir
l'avenir". Mohamed Mestiri (Réformer ou Déformer
la pensée islamique?).
(8) Agressée de l'intérieur comme de l'extérieur.
Le PJM rejette tout esprit de victimisation. Lors de l'agression du
14.11.2004 à Kinépolis d'un citoyen belge musulman,
nous disions: "Le PJM, que cela soit clair, salue la détermination
de M. Mohamed Bourass, qu’il soutient sans faille, non parce
qu’il a été une victime, mais parce qu’il
n’a pas accepté, justement, de l’être"
(http://www.mvjm.be/parti//textes/communiques_de_presse/5_mai_04.html).
La "colonisation" des peuples et des esprits, a dit Malek
Bennabi, répond à la "colonisabilité"
des peuples et des esprits ( qui elle-même n'est rendue possible,
pour les musulmans, que par leur éloignement des prescriptions
divines).
(9) L'expression, savoureuse, se trouve dans les annales des Indigènes
de la République, un mouvement contestataire de libération
postcoloniale auquel adhérent Tariq Ramadan et le PJM (sous
sa forme associative MJM).
[Les gras et crochets du texte et des notes sont de nous]