Les promoteurs des faux espoirs de paix veulent
liquider l'Intifada et légitimer l'apartheid
Par Pierre Yves Salingue (pysalingue31@hotmail.com) France, 11 mars
2005
La version intégrale de cet article peut être consultée
sur www.ism-France.org (.)
Le grand simulacre du processus de Paix
Pour Bush et Sharon qui exigent quotidiennement de la direction palestinienne
" des actes et non des paroles " dans la destruction de tout
esprit de résistance à l'occupation, il s'agit avant tout
de simuler la construction de la démocratie et de la paix par
des paroles qui doivent masquer la réalité des faits,
c'est à dire le processus réel et ininterrompu de colonisation
conquérante et d'oppression de la population palestinienne.
On ne compte plus les déclarations de Bush esquissant sa "
vision " d'un Etat palestinien indépendant où l'exigence
de " continuité " cède le pas à celle
d'une " contiguïté " : c'est la simulation principale,
celle sur laquelle repose tout l'édifice mystificateur. (.)
Sharon aussi est passé maître dans la simulation des "
sacrifices douloureux " tels que l'abandon de Gaza, le partage
de " la Judée Samarie ", le renoncement à tel
édifice ou à telle pierre liée à l'Histoire
du Peuple juif éternel etc.
Le gouvernement israélien simule en permanence les retraits de
l'armée des villes palestiniennes, les allègements des
bouclages qui interdisent les déplacements de la population,
la libération des prisonniers, le déplacement du tracé
du mur etc.
Tous ces éléments constitutifs d'une politique fictive
acquièrent le statut de réalités non pas parce
qu'ils existeraient vraiment, fût-ce sous forme embryonnaire,
mais parce que ces progrès (qui n'existent pas, rappelons-le)
sont menacés par les exactions violentes des extrémistes
qui veulent saboter le processus de paix et les intérêts
supérieurs des Palestiniens et des Israéliens " qui
veulent la paix ".
En fait ces simulacres sont devenus " la réalité
" par le miracle de leur répétition à l'infini
et par la banalisation de l'emploi d'une terminologie qui, à
défaut d'avoir un quelconque rapport avec la réalité,
présente l'immense avantage d'éveiller l'intérêt
et l'espoir de l'auditeur qui réclame une issue à ce qu'il
perçoit souvent comme un conflit absurde et sans fin prévisible
(.) Bush et Sharon ont retrouvé l'interlocuteur palestinien disparu
!
Quels que soient leurs talents, Bush et Sharon n'ont pu acquérir
et ne peuvent conserver ce rôle d'illusionnistes que pour deux
raisons principales : d'une part l'abandon par la direction palestinienne
du terrain de la lutte et de la mobilisation populaire au profit d'une
stratégie consistant à quémander un "arbitrage
honnête" du décideur unique américain, d'autre
part l'adhésion de cette même direction palestinienne au
rôle principal qui lui a été confié depuis
les accords d'Oslo : celui de garant des intérêts et particulièrement
de la sécurité de l'Etat d'Israël face aux revendications
nationales palestiniennes.
En échange de quelques privilèges et de promesses de trouver
leur place, fût-ce en position subalterne, dans le projet de "
Grand Moyen Orient ", une classe de privilégiés s'est
constituée au travers de la mise en place des monopoles économiques,
du contrôle des taxes sur les produits importés dans les
territoires de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, de la perception
et de la distribution des fonds publics et privés attribués
aux Palestiniens des territoires (réfugiés et autres)
etc. Le déclenchement de la deuxième Intifada a été
rapidement vécu comme une catastrophe par ces privilégiés
(.).
Pour eux le temps semble maintenant venu de tenter un retour en grâce
auprès du parrain impérialiste. Deux paramètres
leurs semblent enfin réunis : d'abord et avant tout l'épuisement
de la population palestinienne à la suite des quatre années
de guerre menée contre elle par l'armée israélienne,
quatre années pendant lesquelles ils se sont bien gardés
de proposer et d'organiser une résistance populaire alternative
aux méthodes qu'ils dénonçaient.
Ensuite la disparition d'Arafat à qui ses liens personnels et
historiques avec le mouvement de libération palestinien interdisaient
de se transformer en un simple auxiliaire de police de l'occupant (.).
Les Dahalan, Radjoub et autres Abed Rabo et Nabil Shath n'ont pas ce
souci. Partagés entre une conception maffieuse de l'action politique
et une profonde conviction que leurs racines sociales les relient d'abord
aux intérêts de l'Impérialisme, ils sont prêts
à toutes les concessions politiques et toutes les aventures policières
: s'il faut écraser tout esprit de résistance pour imposer
leur projet ils le feront, fût-ce sous la direction d'un général
américain, avec l'entraînement dispensé par des
spécialistes égyptiens prêtés par Mubarak
et même avec la collaboration directe des forces répressives
israéliennes.
Abu Mazen est là pour assurer la transition et commencer le travail.
(.)
Si Arafat est revenu en Palestine grâce à l'enchaînement
de la première Intifada et du processus de normalisation d'Oslo,
Abu Mazen n'est à la place qu'il occupe aujourd'hui que comme
le témoin d'un équilibre provisoire entre d'une part les
résultats d'une Intifada désordonnée et insuffisamment
ouverte au mouvement populaire et d'autre part la réalité
d'une politique coloniale d'annexion qui a fermé définitivement
la porte à toute issue prétendant organiser la cohabitation
de deux états distincts.
L'instabilité de cet équilibre n'a pas encore atteint
le point de rupture : l'artiste Abu Mazen peut maintenir encore un peu
l'illusion mais les récents évènements montrent
que cette fois les tenants d'Oslo n'auront pas dix ans pour tirer avantage
d une politique qui amplifie la souffrance populaire quotidienne et
détruit les bases mêmes de la lutte de libération
: comme l'original Afghan, les Karzaï palestiniens sont désormais
entièrement dépendants de la volonté du maître
qu'ils se sont choisis et celui-ci ne les gardera que pour autant qu'ils
lui soient utiles.
On comprend que le moindre balbutiement de Bush sur " l'Etat palestinien
indépendant" ait pour eux beaucoup plus d'importance que
la réalité d'une occupation qui s'intensifie chaque jour
davantage pour la grande majorité de la population. " Bush
a changé " : la paix est revenue !
On a beau ne plus guère avoir d'illusions sur la nature politique
d'une direction qui a " pour objectif premier de se garder l'oreille
des Etats Unis " on n'en reste pas moins bouche bée devant
le spectacle que Tanya Reinhart a fort justement nommé les "
faux festivals de paix "
Après avoir annoncé le commencement d'une nouvelle ère
de paix au Proche-Orient l'Autorité palestinienne confirme sa
demande de retour en grâce auprès du maître : "
le Président et la direction palestinienne ont salué les
déclarations et les positions énoncées par le président
américain. "
Donc " Bush a changé " ! il veut désormais "
une solution qui passe par un vrai état, véritablement
indépendant, pas par des bantoustans épars " insiste
Elias Sanbar.
Comment Sanbar explique-t-il cette soudaine mutation de l'homme de la
guerre totale contre les peuples ? C'est que " Bush a besoin d'une
solution au Proche Orient " et Sharon va en être pour ses
frais, pris au piège de son plan d'évacuation de Gaza,
il devra changer le tracé du mur, d'ailleurs les Américains
" en ont préparé un " et " ils ont leurs
propres cartes "
Telle est donc la nouvelle fable " les Américains bougent
", ils ne sont plus unilatéralement pro israéliens,
ils vont même peut-être redevenir des " médiateurs
impartiaux ", il suffit que les Palestiniens consentent un petit
effort de soumission supplémentaire : ne rien dire de la mascarade
de la libération des prisonniers, attendre patiemment le retrait
dix fois promis de l'armée israélienne des villes palestiniennes,
passer rapidement sur la décision confirmée d'annexer
plus de 40% de la Cisjordanie par le maintien des blocs de colonies
et l'extension du réseau routier qui les intègre définitivement
à Israël.
" Le président de l'AP s'est dit déterminé
à poursuivre le processus de démocratisation, la mise
en ouvre des réformes et l'application de la feuille de route
pour permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de coexister
en paix et en sécurité " a déclaré
le porte-parole de l'Autorité aux lendemains des discours de
Bush en Europe fin février. (.)
Abu Mazen et Sanbar croient-ils vraiment que Bush et Sharon ont changé
et que Bush notamment veut " un vrai Etat palestinien indépendant
et pas des bantoustans épars ? " Ne lisent-ils pas ces rapports
d'observateurs qui tous, sans exception, attestent que la politique
menée quotidiennement sur le terrain, avant et après Sharm
el Sheikh, poursuit les annexions de terres et les destructions de maisons
et de cultures et que les projets politiques du gouvernement israélien
n'annoncent aucune rupture ni même ralentissement de cette politique
?
N'ont-ils pas eu connaissance du compte-rendu détaillé
du conseil des ministres israéliens du dimanche 20/02, lequel
ne laisse aucun doute sur le fait que loin d'avoir arrêté
" le tracé provisoire d'une barrière de sécurité
", le nouveau gouvernement a décidé du tracé
des nouvelles frontières provisoires de l'Etat d'Israël,
dans les limites permises par la présente configuration des rapports
de force internationaux et confiant dans les promesses du tuteur américain
?
Ce conseil des ministres a décidé que la nouvelle frontière
intègrera à Israël le bloc de 10 colonies de Maale
Adumin, 10 km à l'est de Jérusalem avec ses 25000 colons,
les 14 colonies qui forment le bloc de Gush Etzion à l'ouest
de Bethlehem et qui rejoignent presque Hébron avec la création
d'une nouvelle colonie "Gvaot", portant l'effectif des colons
de ce bloc à plus de 60 000 et Ariel, plus de 15000 colons déjà
regroupés dans cet autre axe de pénétration d'ouest
en Est de la Cisjordanie, entre Ramallah et Naplouse.
Ne savent-ils pas que moins de 5 jours après ce conseil des ministres
le Fonds National Juif entérinait un plan visant à construire
dans ces colonies plus de 6000 unités de logements supplémentaires
et à légaliser plus de 120 points de colonisation présentement
"non officiels" et donc "juridiquement fragiles"
pour en imposer l'acceptation contrainte par les Palestiniens lors des
négociations futures ?
N'est-il pas incroyable de voir Sanbar reprendre à son compte
la déclaration du conseil des ministres israéliens affirmant
" la barrière est une mesure sécuritaire temporaire
et ne préjuge pas d'une séparation politique ou d'une
frontière ? ".
Sans doute Sanbar n'a-t-il pas eu le temps de lire l'argumentaire de
Daniel Sanderman, avocat israélien des Palestiniens expulsés
par la construction du mur
Sanderman explique très bien ce que masquent les mensonges israéliens:
" Israël dit qu'il n'y a rien d'irréversible et que
la barrière peut être déplacée. Mais ce n'est
pas le mur lui-même qui crée l'irréversibilité.
C'est l'articulation (l'interface) entre le mur et la construction des
colonies. " La mise en ouvre des décisions israéliennes
c'est l'aboutissement de la séparation définitive de Jérusalem
(Est) de toute assise palestinienne, coupant définitivement le
nord du sud de la Cisjordanie et c'est la coupure du sud en deux morceaux,
l'un autour de Bethlehem et l'autre autour d'Hébron.
Dans ces conditions comment est-il possible de se fier aux déclarations
de Bush assurant son souci de " la contiguïté "
de l'Etat palestinien ? (.)
La résurrection de la feuille de route et le retour à
Oslo
" Depuis quand accepte-t-on qu'un pouvoir occupant demande à
ses prisonniers d'assurer sa sécurité ? " demande
un journaliste palestinien scandalisé par le déroulement
du sommet de Sharm el Sheikh.
Depuis quand ? Mais, comme l'a écrit Edward Said, tout simplement
depuis que "pour la première fois au 20 ème siècle,
un mouvement de libération anti-colonial a non seulement abandonné
ses objectifs majeurs, mais a passé un accord de collaboration
avec une occupation militaire avant que l'occupation ne soit achevée."
Autrement dit depuis les accords d'Oslo, aujourd'hui remis au goût
du jour de la politique impérialiste par la feuille de route.
(.)
Présentée comme le bon sens même (il faut bien "
restaurer la confiance ") et tout comme le dispositif des accords
d'Oslo, la feuille de route repose sur un principe intangible : les
discussions relatives aux questions politiques relevant du " règlement
final complet du conflit " ne peuvent s'ouvrir qu'au terme de la
mise en ouvre d'une solution intérimaire qui permettra aux Palestiniens
de faire leurs preuves. C'est ce qu'on a appelé " le découplage
entre les discussions intérimaires et les négociations
finales sur le statut permanent. " Pendant que les Palestiniens
arrêtent les violences, démocratisent leurs institutions
suivant les normes de Bush, réforment leurs services de sécurité
en vue de garantir la sécurité d'Israël etc. la colonisation
israélienne de la Palestine continue et celle-ci se transforme
en bantoustans dont " la contiguïté " chère
à Buch sera assurée par des tunnels, des routes dédiées
aux Palestiniens, financées par l'Europe mais sécurisées
par les Israéliens et des ponts évitant aux Palestiniens
qui iront d'un bantoustan à l'autre de croiser les colons israéliens
qui vont à la mer ou à Jérusalem.
Bref, on discutera des questions fondamentales du conflit lorsque celles-ci
auront été réglées dans les faits au bénéfice
d'Israël !
Les dangers de la feuille de route
La période qui s'ouvre est lourde de dangers pour le Peuple palestinien.
A la colère et à la frustration consécutives au
prétendu "processus de paix" d'Oslo a succédé
le désarroi issu d'une Intifada qui a certes recueilli une adhésion
populaire réelle mais qui n'a pas réussi à devenir
une Intifada populaire, associant les masses palestiniennes à
des actions de résistance collective qui renforcent la confiance
dans la lutte et marginalise les motivations de revanche et les actes
de désespoir.
Aujourd'hui, après avoir ouvertement soutenu (USA) ou ayant permis
par son silence complice (Europe) l'offensive de destruction menée
par l'Etat israélien, les puissances impérialistes ont
lancé un ultimatum aux Palestiniens.
"Vous aurez peut-être un semblant d'Etat, mais nous déciderons
quand, sous quelle forme, quels seront ses contours et les limites de
sa souveraineté.
Nous allons vous octroyer une démocratie adaptée, telle
que nous la concevons bonne pour vous, mais en tout état de cause
vous allez devoir la mériter par votre comportement, votre aptitude
à vous réformer selon nos critères et votre soumission
à nos règles de bonne gouvernance. Nous avons décidé
de vous accorder une place spécifique dans le nouveau Moyen Orient
en cours de remodelage, elle sera subalterne et vous devrez vous y tenir.
Nous choisirons qui sera chargé de vous diriger, évidemment
sous notre contrôle.
Ceux-là devront se lier à nous, nous promettre allégeance
et nous donner des gages.
Non seulement ils devront s'engager, en votre nom à tous, à
renoncer à toute demande excessive mais ils devront en outre
participer activement à l'écrasement de celles et ceux
d'entre vous qui ne voudront pas renoncer à leurs droits et notamment
à ces rêves absurdes d'autodétermination et de retour
des réfugiés." (.)
Pour imposer cette "vision de l'Etat palestinien indépendant"
les moyens de pression ne manquent pas, l'un des principaux étant
évidemment l'argument financier. Normaliser l'occupation et l'apartheid
La conférence de Londres à permis de faire connaître
au monde entier les engagements pris par les USA et l'Europe pour soutenir
l'économie palestinienne mais les communications ont été
plus discrètes sur les conditions qui seront mises au versement
de ces sommes.
La Banque mondiale va superviser l'ensemble du dispositif.
Pour ce faire elle s'est dotée d'un instrument le " Reform
Fund " qui va contrôler le respect des engagements économiques
et financiers pris par l'Autorité palestinienne.
Les déboursements, qui se font par tranche de six mois, sont
soumis à de fortes conditionnalités et peuvent être
suspendus à tout moment en cas de non-respect des engagements
pris. Les employés publics palestiniens en sont la première
cible car leurs salaires sont devenus la principale variable d'ajustement
des dépenses de l'Autorité.
La Banque mondiale semble d'ailleurs prendre très au sérieux
son rôle politique d'enracinement de l'occupation israélienne
dans les territoires palestiniens occupés de Cisjordanie.
Par exemple elle vient de faire connaître un de ses projets :
financer les " check points israéliens " pour les rendre
plus performants ( c'est à dire permettre un contrôle plus
rapide et efficace des travailleurs palestiniens et des marchandises
aux points de passage entre zones israéliennes bientôt
annexées et zones octroyées aux Palestiniens ). Bref,
rendre l'occupation permanente plus supportable et faire légitimer
le système par les Palestiniens ( puisque compte tenu des critères
de la Banque Mondiale, seule l'Autorité Palestinienne pourrait
recevoir les fonds.). (.)
Pour un mouvement de soutien à la résistance du Peuple
palestinien Dans ces conditions il n'est pas d'autre voie pour les militants
qui veulent soutenir la lutte du Peuple palestinien que celle d'agir
encore plus massivement et plus vigoureusement en soutien aux exigences
des Palestiniens.
Cette action doit se développer indépendamment des manouvres
coordonnées entre les puissances impérialistes et le gouvernement
israélien.
Elle doit aussi se développer en toute indépendance des
orientations d'une direction palestinienne qui, ne tirant aucune leçon
d'Oslo, vient de se réinscrire activement dans l'engrenage de
la soumission aux exigences israéliennes (.).
Il n'est certes pas facile de dénoncer les manouvres internationales
et israéliennes de promotion d'une paix fictive quand le principal
dirigeant palestinien parle lui-même de " nouvelle ère
" et de " paix enfin possible après des années
de désespoir "
Il n'est pas non plus facile de développer des campagnes dénonçant
la scandaleuse prétention de l'Impérialisme à faire
la police dans toute la région du Moyen Orient quand "la
direction palestinienne légitime" s'obstine depuis des années
à demander " plus d'intervention et plus de présence
" des Américains d'abord et des Européens ensuite
sur les lieux mêmes de l'affrontement.
Et il ne sera certes pas non plus facile de construire une puissante
campagne de dénonciation de l'Etat d'apartheid israélien,
de la politique raciste qu'il mène contre le million de Palestiniens
vivant en Israël et de son refus absolu de reconnaître le
droit au retour des réfugiés avec, à la tête
des négociateurs palestiniens, un homme qui a fait depuis longtemps
une croix sur les Palestiniens de 1948 (15) et qui, en qualité
de négociateur et signataire des accords d'Oslo, a formalisé
dans un texte négocié avec Yossi Beilin en 1995 le fait
que " les exigences de la nouvelle ère de paix et de coexistence,
aussi bien que les réalités qui ont été
créées sur le terrain depuis 1948, ont rendu impraticable
l'application du droit au retour "
A l'heure actuelle le mouvement de solidarité avec la lutte du
Peuple palestinien ne dispose ni d'un Mandela ni d'une ANC pour impulser
et renforcer sa lutte au plan international. Mais il ne sert à
rien de pleurer et le pire serait d'attendre.
Le Peuple palestinien fait face à l'occupation, à l'exil
et au nettoyage ethnique.
Les fermiers de Cisjordanie qui luttent contre le mur et l'extension
des colonies, les réfugiés des camps de Jordanie ou du
Liban qui veulent rentrer chez eux, les habitants de Jérusalem
chassés de leurs maisons, les habitants de Rafah qui restent
sous le feu des chars qui contrôlent la frontière avec
l'Egypte, les Palestiniens du Naqab et de Galilée qui font face
quotidiennement à la répression de l'Etat raciste dont
ils sont censés être des citoyens égaux en droit
avec les citoyens juifs, les mères de prisonniers qui ne voient
pas leurs fils et leurs filles revenir etc. tous ceux là nous
demandent chaque jour de poursuivre et d'amplifier notre soutien.
Ils/elles nous disent que " ce que n'ont pas fait les chars et
les canons de l'occupation" ne doit pas leur être imposé
par la ruse d'une fausse paix uniquement destinée à "arrêter
l'intifada" . Ils nous disent que " les négociations
actuelles ne visent qu'à aider Sharon et à rendre service
aux quelques privilégiés de l'Autorité Palestinienne
"
Les promoteurs enthousiastes qui aujourd'hui parlent de " fenêtre
d'opportunité " et de " chance pour la paix "
sont souvent les mêmes que ceux qui recouvraient d'éloges
les accords d'Oslo. Ils n'avaient alors pas de mots assez durs pour
condamner ceux qui doutaient et émettaient quelques réserves.
Depuis chacun a pu faire le constat de ce qu'Oslo avait apporté
à Israël pour son projet de colonisation totale de la Palestine.
Et chacun a pu aussi constater le désastre pour les Palestiniens.
Alors, admettons l'enthousiasme un peu naïf et accordons le bénéfice
de l'erreur pour la première fois.
Mais après le constat des dix années de colonisation galopante,
après les quatre années de destruction systématique
de la vie en Cisjordanie et à Gaza, après les milliers
de morts, de blessés et d'emprisonnés la naïveté
n'est plus acceptable.
Aujourd'hui ceux qui adhérent aux illusions d'une " paix
possible " sans satisfaire les revendications des Palestiniens,
ceux qui invitent et accueillent les colporteurs d'illusions, ceux qui
soutiennent la petite élite palestinienne qui veut retrouver
ses privilèges perdus depuis le déclenchement de l'Intifada,
tous ceux-là donc ne construisent pas la solidarité avec
la lutte du Peuple palestinien.
Il ne tient qu'aux militants de la solidarité de ne pas se laisser
berner une nouvelle fois et décider de ne pas tromper les autres.
|