Éditorial, 25 octobre 2005
"Bye, bye, Al Assad" ?
La publication, à la fin de la semaine dernière, du
rapport de l'Oberstaatsanwalt (procureur) berlinois Detlev Mehlis,
des résultats préliminaires de l'enquête sur
l'assassinat, le 14 février dernier, du Premier ministre
libanais Rafic Hariri, a fait l'effet d'une bombe. Ce rapport implique
sans preuves, sur la base de l'unique témoignage d'une personne,
de hauts responsables du régime syrien, notamment Maher Al
Assad, jeune frère du président Bachar Al Assad et
chef de la sécurité et son beau-frère Assef
Shawkat, chef des renseignements militaires. La décision
de liquider Hariri aurait été prise par le régime
syrien suite à l'adoption par le Conseil de sécurité
des Nations unies d'une résolution très dure pour
la Syrie, sur laquelle Hariri s'était appuyé pour
refuser le prolongement du mandat du Président Émile
Lahoud. Quelle est la part de vérité dans ce rapport
? Bien malin qui saurait répondre à cette question.
Que penser de ce rapport, qui a suscité la jubilation des
responsables de Washington et de Tel Aviv et l'indignation du régime
syrien, qui a organisé des manifestations de masse pour protester
contre ces accusations ?
Bachar Al Assad et ses hommes sont tout sauf des enfants de ch¦ur.
Les Syro-Libanais ont une longue tradition de règlement des
conflits à l'explosif. On ne compte plus les hommes politiques
libanais qui ont été liquidés physiquement
par leurs adversaires ou même par leurs "amis".
Seulement voilà, ce rapport s'inscrit dans un contexte qui
le rend irrecevable.
Quel est ce contexte ?
Embourbé dans la guerre d'Iraq, l'Empire yankee tente depuis
un bon moment de faire déborder son agression en incluant
la Syrie dans les cibles de la "guerre contre le terrorisme".
Il avait tenté de faire de même avec l'Iran, mais le
régime iranien a complètement subverti la stratégie
US en infiltrant à Bagdad ses affidés, qui sont désormais
au "pouvoir" et jouent le rôle de marionnettes US.
Des marionnettes dont les Yankees ont tout lieu de se méfier.
En effet, le concept opérationnel de base de toute politique
chiite est la "taqiya", la dissimulation.
L'assassinat de Hariri s'est retourné immédiatement
contre Damas. La mobilisation des Libanais a conduit au départ
des troupes syriennes du pays du Cèdre. La plupart des alliés
libanais de la Syrie se sont retournés contre leur "grand
frère" et ont constitué une "sainte alliance"
nationale, fragile mais réelle, fondée sur un nationalisme,
certes bizarre au vu de l'histoire des deux pays, mais néanmoins
compréhensible. On voit donc mal l'intérêt syrien
à faire disparaître violemment Hariri.
Washington tente de pratiquer une guerre à tiroirs au Moyen-Orient,
dont les deux buts principaux sont de garantir l'approvisionnement
en pétrole et de réaliser le projet de "Eretz
Israel", le "Grand Israël", de la Méditerranée
à l'Euphrate et pourquoi pas au Nil. Dans cette guerre à
tiroirs, la Syrie est un obstacle. Le rapport de Detlev Mehlis est
donc appelé à jouer le même rôle que les
fantomatiques "armes de destruction massive" qui ont justifié
l'occupation de l'Iraq. D'après un témoin interrogé
par le procureur berlinois, le général de brigade
libanais Mustapha Hamdane, actuellement emprisonné, aurait
conclu une réunion en octobre 2004 par ses mots : «
Nous allons l'envoyer en voyage, bye, bye Hariri. »
Alors bye, bye Al Assad ?
Ce départ n'est sans doute pas pour demain. On peut supposer
que la "communauté internationale" avalisera un
embargo total décrété par les USA contre la
Syrie. Quant à une opération de guerre franche et
massive, elle risque fort de se retourner contre ceux qui tenteraient
cette folie.
La rédaction de Quibla