Éditorial, 27 septembre 2005
Le verdict scandaleux de Madrid : le lundi
26 janvier 2005 restera un jour noir pour tous les humains épris
de liberté
Ainsi donc, le journaliste d’Al Jazira Taysir Allouni a été
condamné lundi 26 septembre par l’Audiencia Nacional
de Madrid à sept ans de prison pour “collaboration
avec un groupe terroriste”, en l’occurrence la désormais
mythique Al Qaïda. Les preuves de cette “complicité”
fournies par l’accusation étaient pour le moins légères.
La seule chose qu’on puisse reprocher au journaliste hispano-syrien,
arrêté en 2003, c’est d’avoir interviewé
Oussama Ben Laden le 21 octobre 2001 dans les montagnes afghanes.
L’interview avait été filmée par Al Qaïda
et n’avait jamais été diffusée par Al
Jazira. CNN en avait diffusé des extraits, la chaîne
de Ted Turner s’étant procurée, par des moyens
illégaux, une copie de la vidéo. Logiquement, tous
les journalistes qui ont interviewé Oussama Ben Laden ou
l’un de ses hommes devraient donc passer en jugement pour
“complicité avec Al Qaïda”. le juge Baltazar
Garzon, devenu mondilament célèbre pour ses poursuites
contre Augusto Pinochet, n’a pas de quoi être fier.
24 hommes comparaissaient devant la justice espagnole pour le plus
grand procès de terroristes depuis le 11 septembre 2001.
18 d’entre eux ont été condamnés à
des peines de 6 à 27 ans de prison, 6 autres ont été
acquittés. Le Syrien Imad Eddine Barakat Yarkas a été
condamné à la peine la plus lourde pour avoir organisé,
selon le tribunal, la réunion de juillet 2001 en Espagne
au cours de laquelle l’opération du 11 septembre aurait
été préparée. Le Marocain Driss Chebli
a été condamné à 6 ans de prison. Quant
au Syrien Syrien Ghasoub Al Asbrash Ghalyoun, accusé d’avoir
fourni à Al Qaïda une vidéo des tours jumelles,
il a été acquitté, ayant pu convaincre le tribunal
qu’il n’avait filmé les tours que pour garder
un souvenir d’un séjour touristique à New York.
"C'est un jour sombre pour la justice espagnole qui a dévié
aujourd'hui de toutes les normes de la justice internationale",
a déclaré le rédacteur en chef d'Al Jazira,
Ahmed Al Cheikh.
Tous les condamnés vont faire appel de leur condamnation.
Al Jazira compte donc désormais deux “prisonniers de
guerre” : outre Taysir Allouni, Sami Al Haj, caméraman
soudanais de la chaîne qatariote, est enfermé sans
jugement ni inculpation à guantanamo depuis janvier 2002.
Il a été enlevé par les forces d’occupation
US en Afghanistan le 15 décembre 2001, alors qu’il
n’y faisait que son travail d’information.
Il y a belle lurette que Reporters sans Frontières a oublié
Sami Al Haj. Les defenseurs professionnels des droits humains vont-ils
garder le silence après le verdict scandaleux de Madrid ?
C’est sûr et certain : les condamnés sont des
Arabo-Musulmans barbus. Ils peuvent donc crever dans une prison
démocratique.
La rédaction de Quibla