Élections
clandestines
Éditorial
n°3 - 26 janvier 2005
Autant l’élection présidentielle en Afghanistan
est passée pour ainsi dire inaperçue en dehors du pays
- elle était pourtant plutôt gratinée - autant
les élections législatives du 30 janvier 2005 font la
une de tous les médias planétaires. Et pourtant, ce
seront les premières élections totalement virtuelles
du XXIème siècle. Les noms et les visages
des candidats sont inconnus, les lieux de vote aussi.
Bref, si ces élections ont lieu, ce sera pour accoucher du
premier Parlement de l’histoire dont les députés
seront des “Monsieur X...”, se déplaçant
avec un passe-montagne pour ne pas être reconnus. Et cette farce
risque d’être sanglante, puisque l’insaisissable
Abou Moussab Al Zarqaoui, digne successeur médiatique du tout
aussi fantomatique Oussama Ben Laden, a promis un bain de sang à
tout Iraquien qui oserait aller déposer un bulletin dans l’urne.
Reste à savoir quel bulletin et dans quelle urne. Le 30 janvier
2005 risque fort d’entrer dans l’histoire du 3ème
Empire yankee comme le jour de la Grande Pantalonnade Sanglante. Et
le nombre d’électeurs iraquiens à
l’étranger risque fort d’être supérieur
à celui des Iraquiens votant dans le pays même.
Bush et son staff sont si bornés et obstinés qu’ils
n’ont pas voulu entendre ce que leur disaient leurs fidèles
harkis, Iyad Allaoui and Co : “Reportez les élections,
elles sont intenables dans ces conditions”. Le rôle des
notables chiites dans cette farce tragique est, quant à lui,
proprement incompréhensible. Ils semblent sûrs de leur
“victoire”, par le double effet de leur majorité
démographique et de l’abstention de masse des sunnites.
Mais nul ne songe à leur envier leur éventuelle victoire,
dont on ne voit pas ce qu’ils pourraient faire. À moins
évidemment qu’ils ne songent à faire
passer l’Iraq de la “protection” US au protectorat
iranien. Cette “alternative” surréaliste
ne pourrait que susciter le rejet massif de la grande majorité
des Iraquiens, chiites compris. Sans compter que les tontons de Washington
ne seraient vraiment pas d’accord avec cette “solution”.
Bref, l’Iraq est un véritable “quagmire”
pour l’Empire : un bourbier. Prions pour que Bush et sa bande
s’y enfoncent jusqu’au-dessus des oreilles. C’est
la seule thérapie qu’ils méritent.
La rédaction de Quibla
Les tortionnaires de
Sa Majesté
Éditorial
n°2 - 22 janvier 2005
Le "scandale"
qu'a suscité la publication de photos montrant des soldats
du Régiment Royal des Fusiliers britanniques en train de
torturer sauvagement des Iraquiens à Bassorah en mai 2003
révèle une fois de plus le cynisme et l'hypocrisie
des dirigeants politiques et militaires britanniques, Tony Blair
et le général Mike Jackson, chef de l'armée
royale. Les deux hommes ont en gros déclaré que, aussi
"dégoûtants" soient-ils, ces faits ne sont
imputables qu'à quelques-uns seulement des 65 000 soldats
de Sa Majesté présents en Iraq. Bref, il ne s'agirait
là que d'une "question de détail". Comment
comprendre cette réaction autrement que comme un encouragement
donné aux soldats britanniques à appliquer le principe
du "pas vu, pas pris" ? Et comment croire que ces faits
sont une exception, une goutte d'eau sale dans une mer pure ?
Comme pendant la guerre du Vietnam, l'image devient une arme de
guerre aussi importante et peut-être même décisive
que les bombes, les hélicoptères et les missiles.
Le scandale des photos de Bassorah va donner de nouvelles ailes
au mouvement antiguerre britannique, qui, à la différence
du mouvement américain, représente la large majorité
des peuples du Royaume-Uni (anglais, gallois, écossais, irlandais).
Et cela se traduira dans les prochaines élections législatives
par une percée du nouveau parti politique créé
par l'ancien député travailliste George Galloway,
Respect, qui a de bonnes chances de remporter des sièges.
Les soldats du Royal Fusiliers n'ont après tout fait que
perpétuer une longue tradition séculaire. Pendant
quatre siècles, les armées coloniales de Sa Majesté
ont tué, pillé, violé, torturé des indigènes,
du Bengale à la Jamaïque, en passant par la Malaisie,
la Birmanie, l'Iraq (où des gaz toxiques furent utilisés
pour la première fois dans l'histoire contre des populations
civiles), le Soudan, l'Afrique du Sud ou le Kénya. Rappelons
parmi les hauts faits d'arme de l'Empire "sur lequel le soleil
ne se couchait jamais" : le massacre de plusieurs centaines
de "Nègres" révoltés à Morant
Bay en Jamaïque en 1865, le massacre en une seule journée
de 10 000 Soudanais partisans du "Mahdi fou", fauchés
à la mitrailleuse à Omdurman, le 2 septembre 1898,
sur ordre du terrible général Kitchener, le massacre
de plusieurs centaines de Sikhs au Temple d'Or d'Amritsar (Pendjab)
en 1919, etc. etc. Sans oublier les sévices infligés
au Kényans en lutte pour l'indépendance dans les années
1940 et 1950. Sans oublier les camps de concentration en Afrique
du Sud pendant la guerre des Boers, ces colons d'origine hollandaise
qui voulaient se libérer de la tutelle impériale,
ou encore les camps de Malaisie, qui servirent de modèles
aux "villages stratégiques" créés
par les yankees au Vietnam.
En quelques mots, les soldats de Sa Majesté qui ont sévi
à Bassorah ont bien mérité de la patrie impériale.
Mais cet Empire-là n'est plus qu'un lointain souvenir et
ces hommes appartenant à des régiments "prestigieux"
à la longue tradition de ...crimes de guerre, ne sont plus
aujourd'hui que des mercenaires au service du IIIème (et
dernier) Empire yankee. Ils n'auront donc pas de médailles,
mais des "punitions exemplaires". Sur ce point de détail
aussi, les juges britanniques siégeant à Osnabrück
ne pourront que suvre l'exemple de leurs grands frères US,
qui ont condamné à 10 ans de prison le caporal tortionnaire
d'Abou Ghraïb Charles Graner. Mais dans un cas comme dans l'autre,
ces condamnations symboliques de criminels directs n'exonère
en rien leurs chefs et donneurs d'ordre, qui finiront bien par devoir
rendre des compte à la justice des hommes, d'une manière
ou d'une autre. Quant à la justice divine, il y a longtemps
qu'elles les a condamnés, et sans appel possible.
Lire
aussi Les Britanniques aussi ont leur scandale Abou Ghraib
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