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Edito
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Éditorial n° 2 - 6 janvier 2004 Premières leçons de l'après-tsunamiLa grande vague venue de la mer a redonné visage humain aux damnés de la terre. Une gestion intelligente de la reconstruction pourrait contribuer à combler le fossé entre le Nord et le Sud 12 jours après le cataclysme qui a frappé durement la population et les rivages d'une quinzaine de pays riverains de l'Océan indien, plusieurs constations s'imposent pour alimenter la réflexion : 1° - Jamais auparavant, la quasi-totalité de la population mondiale ne s'était identifiée à ce point et si vite à des victimes d'une catastrophe naturelle, culturelle ou militaire. Du Canada à la Suède, du Cachemire à l'Afrique du Sud, les sociétés civiles ont réagi plus vite et plus fort que les États et les gouvernements. L'expression majeure de la solidarité a été la collecte de fonds, principalement par Internet, suivie par les propositions massives d'adoptions d'orphelins. En moins d'une semaine, 200 millions de $ ont été collectés aux USA, presque autant que la somme promise par Washington, et les Suédois ont, eux, collecté 40 millions d'Euro. On n'avait jamais vu cela, ni après le tremblement de terre en Turquie en 1999 ni après celui de Bam, en Iran, il y a juste un an, qui a tout de même fait 40 000 morts et dont les survivants vivotent encore sous des tentes. Deux facteurs ont joué dans cette identification : la réputation d'hospitalité des sociétés frappées, surtout celles du Sri Lanka et de Thaïlande, obtenue par une ouverture au tourisme de masse, qui suivit naturellement la fin de la guerre d'Indochine en 1975. Le "sourire du Bouddha" impressionne fortement les habitants des pays riches du Nord et contribue à donner une image positive de ces pays, tout à l'opposé de l'image négative de l'islam, diabolisé depuis la révolution iranienne de 1979 et criminalisé depuis le 11 septembre 2001. Le nombre important de victimes parmi les touristes - le record est battu par les Suédois, pour lesquels la perte de 2000 à 3500 concitoyens est une perte énorme, eux qui ne sont qu'à peine 10 millions - a aussi fortement joué, toutes les télévisions passant en boucle des reportages compassionnels sur les drames des familles de touristes victimes ou rescapés. Les sociétés civiles ont en tout cas réagi vite et fort et vont sans doute continuer à vouloir se mêler de "ce qui ne les regarde pas". Parmi les grandes et moyennes organisations humanitaires, semble régner un souci de faire un travail réfléchi, consciencieux et respectueux des populations locales, et d'élaborer des stratégies pour, au-delà des aides de première urgence, ¦uvrer à une reconstruction qui prenne en compte les besoins et les capacités réels des populations concernées. 2°
- Les considérations géostratégiques sont immédiatement
entrées en ligne de compte dans les démarches de l'hyperpuissance
et des moyennes puissances. Deubelya Bush a de nouveau fait une gaffe
énorme, en proclamant à l'emporte-pièce, encore
une nouvelle "coalition". Décidément l'homme
est mal ou pas conseillé. On avait déjà eu droit
à la "croisade" après le 11 septembre - il
s'en est ensuite excusé dans une mosquée de Washington
- puis à une "coalition" contre l'Iraq qui a tourné
rapidement au cauchemar et ne pourra que mal finir. Mais n'a-t-il
donc aucun conseiller en communication qui pourrait lui faire choisir
des mots qui fâchent moins, que sais-je, il aurait pu parler
d'alliance, par exemple ? En tout cas, ce qui est clair, c'est que
la Maison blanche a été totalement prise de court par
le tsunami. Ni la CIA ni la NSA n'avaient prévu ça.
Le pauvre Bush était donc pour le moins désemparé
et, comme à son habitude, il a pratiqué l'amok, cette
course meurtrière pratiquée par les Malais pris de folie. 3°
- L'après-tsunami menace sérieusement deux gouvernements,
celui d'Indonésie et celui du Sri Lanka. En Indonésie,
la région a plus touchée est Aceh, au nord de Sumatra,
où une guerre féroce oppose depuis 28 ans un mouvement
islamo-nationaliste qui revendique l'indépendance par les armes
et veut restaurer ce territoire, siège du sultanat le plus
puissant de la région pendant plus d'un siècle, à
une armée indonésienne, qui détient toujours
le pouvoir réel dans l'archipel qu'elle a conquis il y a 40
ans, malgré la chute de Suharto. Malgré les offres hypocrites
de cessez-le-feu, l'armée indonésienne ne consacre que
les deux tiers de ses effectifs présents à Aceh aux
secours, le dernier tiers continuant les opérations de "sécurisation".
Et il y a fort à craindre que les 90 hélicoptères
promis par Powell ne servent pas qu'aux secours, mais aussi à
l'appui tactique aux opérations de contre-guérilla de
l'armée de Jakarta. Tous ceux qui se veulent solidaires des
victimes du tsunami doivent aussi prendre conscience de ces réalités-là. 4° - Pour conclure provisoirement : à quelque chose malheur pourrait être bon. Le tsunami a rapproché toute l'humanité.. Peut-être la prise de conscience planétaire de l'injustice et de l'inégalité peut-elle se transformer en énergie pour contribuer à combler le fossé entre pauvres et riches, Nord et Sud, Blancs et bruns, modernes et archaïques, nantis et exploités. La grande vague venue de a mer à redonné visage humain aux damnés de la terre. Une gestion intelligente de la reconstruction pourrait commencer à combler le fossé mondial, qui s'apparente à un grand Rift. De plus en plus de nantis semblent comprendre qu'ils ont intérêt à partager s'ils veulent s'en sortir. Une douleur partagée peut être plus puissante que tous les plaisirs égoïstes. |
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