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Edito

Touchante unanimité nationale en France : combien de temps durera-t-elle ?

Édito n°31, 30 août 2004

Ainsi, d'obscurs combattants "islamiques" de l'autre bout du monde, l'Iraq occupé, ont réussi à réaliser en quelques heures ce que personne d'autre n'a pu réaliser depuis 1914 en France : l'union nationale et même, pourrait-on dire, l'unanimisme national. Tous sont d'accord pour rejeter l'ultimatum lancé par les ravisseurs de deux journalistes français. Particulièrement en pointe : ces personnages du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur en tête, qui trouvent enfin là l'occasion de faire ce pour quoi on les a intronisés "représentants démocratiques des musulmans de France".
Lorsqu'un événement suscite l'unanimité ou, mieux encore, l'unanimisme, il faut se méfier. Combien d'heures cette belle unanimité durera-t-elle ? Peut-être encore moins de temps qu'il a fallu pour qu'elle se constitue. Dès ce lundi soir, au moins quatre rassemblements différents sont prévus à Paris pour exiger la vie sauve et la libération des otages français en Iraq : l'unanimité ne va pas jusqu'à rendre possible un seul et grand rassemblement unique, qui traduirait dans la rue l'unanimité exposée par les ténors à la télévision.
Il est évident que nous, qui avons combattu la loi contre le port du hijab à l'école, ne croyons pas que la prise en otages de journalistes français en Iraq soit la bonne manière de régler correctement la question des "signes extérieurs" d'appartenance religieuse telle qu'elle a été posée en France par les lobbies juifs et pro-US. Il est évident pour nous que la loi anti-hijab est le résultat des manigances de ceux qui voulaient briser l'idylle (relative) entre la France et le monde arabo-islamique consécutive à l'opposition française à la guerre contre l'Iraq. L'ultimatum des combattants iraquiens n'est donc pas si étonnant que cela, si l'on prend en considération que l'adoption de la loi anti-hijab était beaucoup plus liée à la guerre d'Iraq qu'on veut nous le faire croire, dans la mesure où elle a été un gage donné au camp pro-sioniste et pro-Bush de France.
La mondialisation, c'est aussi cela : de par l'abolition des frontières, il n'est pas étonnant que des groupes à un bout de la planète prennent fait et cause pour ceux ou celles dont ils sont solidaires à l'autre bout de la planète. De surcroît, la guerre d'occupation en Iraq focalise toutes les forces et tous les groupes d'intérêt possibles et imaginables, donc aussi tous les services spéciaux et secrets de la planète, Pas seulement US, britanniques et israéliens. Ceux qui ont déjà exécuté le journaliste italien, Enzo Baldoni, s'appellent 3l'Armée islamique en Iraq2. Ils seraient responsable de l'exécution des 4 mercenaires US à Falloujah il y a quelques mois. On sait peu de choses d'eux. En attendant d'en savoir plus, soulignons que leur ultimatum de 48 heures ne concerne pas l'abrogation de la loi française sur la laïcité, mais la réponse à leur communiqué. Ci-après, le dossier de cette affaire, qu'on pourrait appeler : «Deux vies pour une loi ».


Le texte de l'ultimatum
Voici le texte de la déclaration de l'Armée islamique en Iraq, diffusé par Al Jazeera dans la soirée du samedi 28 août 2004 :
L'Armée islamique en Iraq Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux
Sujet : les deux otages français
L'Armée islamique en Iraq annonce détenir deux otages français enlevés par l'une des brigades de l'Armée et demande à la France d'annuler la loi sur le voile, en raison de ce qu'elle comporte comme injustice et agression contre l'islam et la liberté personnelle dans le pays de la liberté présumée.
Nous donnons à la France un délai de 48 heures, à partir de la publication de communiqué, pour répondre à ce communiqué.
Allah est le plus Grand, Gloire à Dieu.


Chirac : « Je veux saluer la réaction unanime des représentants des musulmans de France »
Voici le texte intégral de l'allocution télévisée prononcée le dimanche 29 août dans l'après-midi par Jacques Chirac :
Mes Chers Compatriotes,
Depuis une semaine, deux journalistes français, Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT, ont été enlevés en Iraq. C'est à eux, à leurs familles et à leurs proches que je veux dire, au nom de tous les Français, notre solidarité et notre détermination. Au moment où je vous parle, nous n'avons pas d'informations supplémentaires. Mais tous les deux se trouvaient en Iraq pour faire connaître la réalité de la situation du pays et de son peuple.
Hier, leurs ravisseurs ont adressé à la France un ultimatum.
Depuis le premier jour, tout, je dis bien tout, est mis en œuvre pour obtenir leur libération.
Le gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, est entièrement mobilisé. Le Ministre des Affaires Etrangères part immédiatement pour la région afin d'y développer les contacts nécessaires et de coordonner sur place les efforts de nos représentants.
Aujourd'hui, c'est toute la nation qui est rassemblée, car ce qui est en jeu, c'est la vie de deux Français, cest la défense de la liberté d'_expression, ce sont aussi les valeurs de notre République.
La France est la patrie des droits de l'homme. La France est une terre de tolérance. La France assure l'égalité, le respect et la protection du libre exercice de toutes les religions dans le cadre de notre loi commune. Cette tradition, ancrée dans notre histoire, est le ciment de notre cohésion nationale.
Ces valeurs de respect et de tolérance inspirent notre action partout dans le monde comme sur notre territoire national. Ce sont elles aussi qui ont inspiré la politique de la France en Iraq.
Et je veux saluer la réaction unanime des représentants des musulmans de France pour défendre ces principes, principes qu'ils ont en partage avec tous leurs concitoyens.
C'est fort de cette unité nationale que je demande solennellement la libération de Christian CHESNOT et de Georges MALBRUNOT. Tout est fait et tout sera fait dans les heures et les jours qui viennent pour y parvenir.

Raffarin : « Nous renforcerons notre capacité d'initiative dans la région »
Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a annoncé dimanche, lors d'une déclaration à la presse, que la France avait renforcé et renforcera "dans les heures qui viennent (sa) capacité d'initiative dans la région", après la prise d'otage de deux journalistes français en Irak. "La situation est grave. Nous sommes mobilisés avec toute notre énergie pour obtenir la libération de nos compatriotes qui sont odieusement pris en otages en Irak", a-t-il déclaré à l'issue d'une deuxième réunion de crise avec les principaux ministres concernés à l'Hôtel Matignon. Le Premier ministre a indiqué qu'il avait "eu au téléphone l'ensemble des responsables politiques de la majorité et de l'opposition" et qu'il les "réunirait" lundi matin à Matignon. "Nous partageons ce sentiment que, face à cette épreuve, le sentiment d'unité nationale est une exigence", a-t-il souligné. M. Raffarin a ensuite pris le chemin de l'Elysée pour une réunion de travail avec le président de la République, Jacques Chirac, sur les otages.
Dimanche en début de soirée, Michel Barnier, le ministre des Affaires étrangères, s'est envolé pour Le Caire, d'où il se rendra ensuite, sans doute, à Bagdad.
Source : AFP, 29 août 2004


Un choeur de condamnations unanimes
Le président de l'UDF, François Bayrou, a appelé dimanche les Français à être "solides et solidaires", estimant que "c'est la seule attitude qui puisse faire fléchir les ravisseurs barbares" des deux journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot en Irak. "Il y a des moments dans la vie d'une nation où il n'y a qu'une seule attitude, c'est de se serrer les coudes et de se rassembler autour des valeurs fondamentales qui sont celles du pays", a-t-il dit dans un communiqué.
François Baroin, secrétaire général délégué de l'UMP, a affirmé, lui, que son parti "fait entière confiance aux pouvoirs publics et au gouvernement français pour déterminer les conditions nécessaires à la libération des otages" français en Irak.
Le Parti communiste français a affirmé dans un communiqué que la revendication avancée par les preneurs d'otages détenant les journalistes français "n'est évidemment qu'un prétexte pour des groupes terroristes (...) dont le seul objectif est d'alimenter le chaos". Le PCF "s'associe à la mobilisation de l'opinion française démocratique, dans toute sa diversité, pour faire entendre le refus de l'ignoble et de la barbarie, et l'exigence de libération des deux journalistes".
Le Front national a condamné dans un communiqué "le chantage, assorti d'une menace d'assassinat", exercé contre les deux journalistes. Le FN "soutient sans réserve la réaction unanime de tous les Français pour réclamer leur liberté immédiate" et "salue le courage et l'abnégation des journalistes engagés par leur métier sur des théâtres d'opération de plus en plus dangereux".
Bruno Mégret, président du Mouvement national républicain (MNR), a demandé dans un communiqué au gouvernement d'adopter "une position de grande fermeté sans aucune ambiguité" face à la prise d'otages des deux journalistes français "en assurant sans faiblir l'application de la loi contre le port du tchador à l'école".
"Le MRAP condamne avec la plus grande fermeté l'insupportable prise d'otages de deux journalistes français ainsi que l'immonde chantage de cette armée « islamique » à l'endroit de la République et de ses valeurs", écrit Mouloud Aounit, président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) dans un communiqué. "Les ravisseurs desservent et nuisent gravement à tous ceux et celles qui, en France, ont exprimé leur hostilité et se mobilisent par les armes de la démocratie contre la loi sur le foulard et les conséquences de celle-ci", ajoute le MRAP, opposant déclaré à la loi interdisant les signes religieux à l'école.
L'intellectuel musulman controversé Tariq Ramadan a appelé le gouvernement français à "ne pas céder à l'odieux chantage" des preneurs d'otages de deux journalistes français en Irak. "L'enlèvement des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot est déjà, en soi, un acte inacceptable et contraire à tous les principes de l'islam (...) quelle que soit la situation politique en Irak", écrit M. Ramadan dans un communiqué. Parlant des « musulmans de France », il a ajouté que "c'est à eux de rappeler que, citoyens d'un pays démocratique, ils discutent les politiques et les lois dans le cadre d'une Constitution et d'une République qui permet le débat dans le respect de l'Etat de droit. Quelle que soit leur opinion sur « la loi sur les signes religieux », ils doivent affirmer que seul le dialogue ouvert et démocratique (...) peut être envisagé dans le traitement des affaires concernant les musulmans de France". Rappelons que Tariq Ramadan ne pourra pas prendre ses fonctions de professeur dans une université catholique aux Etats-Unis après la décision de l'administration américaine de révoquer le visa qu'elle lui avait accordé.
Dalil Boubakeur, président du CFCM et par ailleurs recteur de la Mosquée de Paris, a affirmé que la communauté musulmane toute entière devait "se démarquer" des "agissements condamnables par l'islam" du groupe qui a revendiqué l'enlèvement des deux journalistes. Il a également appelé les conseils régionaux du culte musulmans à organiser des réunions et des prières.
Le secrétaire général de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France), Fouad Alaoui s'est d'abord adressé aux ravisseurs : "Ne desservez pas la cause de l'islam et des musulmans de France". S'adressant ensuite à tous les Français, il les a exhortés à "éviter les amalgames". "Je crains que demain mon foulard soit amalgamé avec ces gens-là (les ravisseurs, ndlr)", a expliqué de son côté Fatiha Ajbli, membre de l'UOIF. "Je refuse que mon foulard soit taché de sang", a-t-elle ajouté, se proposant même de se "rendre en Irak" comme "otage de substitution". Selon Lahj Tahmi Breze, président de l'UOIF, "il ne faut pas négocier". Pour sa politique arabe, "la France ne mérite pas une sanction en Irak mais du remerciement. Le CFCM va probablement contacter le conseil des oulémas en Irak pour demander la libération des otages", a-t-il ajouté. "C'est un chantage qui ne sert pas notre cause et prend la communauté musulmane en otage", a-t-il conclu.
Président de la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), Mohamed Bechari a demandé "aux ravisseurs de libérer les otages et de ne pas se tromper de guerre, ni de combat". Afin de s'adresser directement aux membres de "l'armée islamique en Irak", M. Bechari a conclu son allocution en arabe.
Source : AFP, 29 août 2004


Réaction des salafistes iraquiens, des islamistes jordaniens et des Frères musulmans égyptiens
Un groupe salafiste irakien, le Comité Irchad wal-Fatwa, a appelé dimanche les ravisseurs de deux journalistes français en Irak à les libérer. "Nous appelons l'Armée islamique en Irak à libérer les deux journalistes français en reconnaissance de la position de la France pendant la guerre et pour rendre hommage au travail des journalistes français qui rapportent les crimes commis quotidiennement contre le peuple irakien par les forces d'occupation américaines", indique un communiqué du groupe salafiste.
Ce groupe, dont la doctrine se fonde sur l'imitation littérale du comportement du prophète Mahomet et des deux générations qui lui ont succédé, demande cependant au "gouvernement français de revoir sa décision sur le voile", dont le port sera interdit à la rentrée dans les écoles publiques.
Le principal parti islamiste jordanien, le Front de l'action islamique (FAI, opposition) a appelé dimanche à la libération des deux journalistes français retenus en otages en Irak, affirmant que leur enlèvement ne devait pas être lié à la loi interdisant le foulard islamique à l'école.
"Nous appelons ceux qui ont enlevé les journalistes à épargner leurs vies et leur dignité et à les libérer immédiatement, car cela serait un grand service pour la cause de l'Irak et la cause des musulmans en France et ailleurs", a affirmé le FAI dans un communiqué. Il "pense que le foulard est un devoir islamique pour les femmes musulmanes (...), mais ne pense pas qu'enlever des journalistes soit la meilleure façon de faire pression" pour l'annulation de la loi française, précise le communiqué.
Tout en saluant la résistance irakienne à l'occupation étrangère, tout comme la position française opposée à la guerre lancée par les Etats-Unis en Irak, le FAI a prévenu que l'enlèvement "compliquerait encore la situation et ferait plus de mal que de bien".
"La liberté des journalistes devrait être garantie pour qu'ils puissent couvrir les événements (en Irak) et rapporter la vérité au monde", a ajouté le FAI, branche jordanienne des Frères musulmans et qui compte 17 députés sur 110 au parlement.
Le FAI avait organisé au début de l'année des manifestations en Jordanie contre la loi française interdisant à l'école les signes religieux ostensibles.
Les Frères musulmans ont récusé le lien établi par les ravisseurs des deux journalistes français en Irak avec l'affaire du foulard islamique en France et dénoncé l'enlèvement de civils, dans une déclaration parvenue dimanche à l'AFP. Les Frères musulmans, principale formation de l'opposition en Egypte, "sont contre l'enlèvement de civils, sous n'importe quel prétexte, notamment lorsque les problèmes soulevés ne concernent pas le pays où se déroule l'enlèvement", a déclaré Badr Mohamed Badr, directeur de la revue de la confrérie "Afaq Arabiya" ("Horizons arabes").
M. Badr n'écarte pas l'implication de non-Irakiens dans l'enlèvement des deux journalistes français, Christian Chesnot de Radio France Internationale (RFI) et Georges Malbrunot du Figaro. "Je n'exclue pas qu'il se trouve derrière les jeunes (preneurs d'otage, ndlr), qui agissent sans objectif précis, une autre partie (étrangère, ndlr) voulant impliquer la France dans cette affaire (irakienne), dans un sens contraire à ses orientations politiques nationales", a ajouté M. Badr. "Personne ne sait au juste qui se trouve derrière les évènements qui se déroulent en Irak et dans quel cadre se déroulent les enlèvements", a affirmé M. Badr, en affirmant que "les cartes de la scène irakienne sont brouillées".


Rassemblements et appels aux ravisseurs
1 - Un comité pour la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot , composé d'intellectuels arabes et de représentants d'instances religieuses musulmanes et de défense des droits de l'Homme, s'est constitué dimanche et a appelé à une manifestation lundi à 17h30 devant la maison de la Radio à Paris .
Ce comité, où figure notamment Mohamed Bechari, président de la Fédération nationale des musulmans de France et président de la conférence islamique européenne, Abderrahmane Dahmane, président du Conseil des démocrates musulmans (CDMF), condamne "sans réserve cette prise d'otages". "Nous invitons vivement tous les hommes épris de justice et particulièrement les Arabes et musulmans de France et d'ailleurs à manifester vigoureusement leur réprobation et leur condamnation de tels actes de terreur", indique le texte transmis à l'AFP.
2 - L'organisation de défense de liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a lancé un appel dimanche au Comité des oulémas musulmans et au grand ayatollah Ali Sistani en faveur des deux journalistes français otages d'un groupe islamiste en Irak. RSF a exprimé, dans un communiqué, sa "très vive inquiétude après la revendication de l'enlèvement des deux reporters français", George Malbrunot et Christian Chesnot. "L'organisation est très préoccupée par l'imposition d'un ultimatum de 48 heures au gouvernement français, d'autant plus que ce groupe est responsable de l'exécution du journaliste (italien) Enzo Baldoni il y a quelques jours", a ajouté RSF.
"Il est extrêmement choquant de voir des journalistes, civils protégés par les Conventions de Genève, utilisés dans un tel chantage, a affirmé RSF, lançant un "appel aux plus hautes autorités religieuses irakiennes, notamment au Comité des oulémas musulmans et au grand ayatollah Ali Sistani, pour que tout soit mis en oeuvre en faveur de la libération des deux journalistes français".
3 - Déclaration de Gilles Munier,  secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, Rennes, 29 août 2004 :
Je lance un appel aux dirigeants de l' Armée islamique en Irak pour qu'ils libèrent Georges Malbrunot et Christian Chesnot en leur disant, notamment, qu'exiger l'annulation de la loi interdisant le voile islamique à l'école publique, n'a aucun lien avec le combat courageux mené par le peuple irakien pour recouvrer sa souveraineté.
En tant que Secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes , association qui a milité pour la levée de l'embargo, contre la première et la seconde guerre du Golfe, et qui milite pour la reconnaissance internationale de la résistance irakienne, je tiens à dire également aux dirigeants de l' Armée islamique en Irak que cet enlèvement et la demande formulée sont de nature à faire régresser le soutien que de très nombreux Français apportent à la lutte du peuple irakien et aux revendications légitimes des musulmans qui vivent en France.
Les dirigeants de l' Armée islamique en Irak doivent savoir que des personnalités de tous milieux et des associations réclament l'abrogation de la loi interdisant le voile islamique à l'école, parce qu'elles considèrent - comme moi - que cette loi porte atteinte aux libertés individuelles et au respect que l'on doit aux musulmans.
L'ultimatum lancé au gouvernement français ne doit pas être mis à exécution. L' Armée islamique en Irak doit reconsidérer son exigence avec sagesse et libérer les deux journalistes français le plus tôt possible.
4 - Et enfin, nous avons reçu un appel de citoyens anonymes, qui organisent un rassemblement ce lundi à 19 heures place de la Bastille à Paris . Ils déclarent :
Nous apprenons avec effroi aujourd'hui que deux de nos compatriotes sont retenus en otage en Irak par un groupe qui se ferait appelé Armée Islamique d'Irak. Ce groupe a déjà mis en éxecution ses menaces en tuant jeudi un journaliste italien, après que le gouvernement italien n'ait pas satisfait aux demandes des ravisseurs. Ce groupe réclame l'annulation dans les 48h de la loi concernant les signes religieux à l'école, dite loi du foulard. Quelque soit nos points de vue respectifs concernant cette loi, nous refusons cette ingérence dans nos affaires intérieures. Que des combattants en Irak résistent à une occupation ne les autorise pas à venir décider de notre politique. Personne en France ne considère que cette question intérieure ne mérite la mort, ni la captivité de deux de nos compatriotes. Il est URGENT de faire savoir à leurs ravisseurs, qu'il nous appartient de décider démocratiquement de nos lois, comme il appartient aux Irakiens de faire de même. Nous refusons de voir nos compatriotes sacrifiés, nous refusons de voir notre liberté et notre auto-détermination tombés dans des mains étrangères. La situation dramatique que vivent les Irakiens aujourd'hui suscite pour beaucoup d'entre nous sympathie et compassion. Aussi, c'est avec la plus grande incompréhension que nous voyons certains combattants en Irak s'occuper d'une question qui ne les regarde pas, alors même que se joue le destin de leur peuple. Nous nous rassemblerons lundi soir, sur toutes les places de France pour dire notre soutien inconditionnel aux familles de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, et affirmer aujourd'hui plus que jamais notre union nationale face à cette tentative d'atteinte à notre souveraineté, nous refusons de jouer le jeu de puissances étrangères qui de part et d'autres tentent de semer la sédition. Ce pays est le notre, il nous appartient de le gouverner. Face à cette épreuve, uni-e-s, Françaises et Français, nous prions solennement l'Armée Islamique d'Irak de relâcher nos compatriotes. Merci de diffuser cet appel le plus largement. Paris     rassemblement lundi 30 août 2004 place de la Bastille 19h Pour coordonner les rassemblements dans d'autres villes : otagesfrancais@yahoo.fr


Le mot de la fin au patriarcat russe !
Dans le concert d'unanimité, on entend une voix doscordante : c'est celle, inattendue, du partiarcat de l'Église orthodixe russe, qui vient  de prendre une position similaire à celle du Conseil des oulémas (sunnites) d'Iraq.
Un responsable du patriarcat orthodoxe russe a qualifié dimanche d'"acte de désespoir de la civilisation laïcisée qui perd pied et reste sans défense face à des conceptions du monde plus fortes " la loi française interdisant le port du voile islamique à l'école publique, en commentant l'enlèvement en Irak de deux journalistes français, dont les ravisseurs demandent l'annulation de la loi en question.
Cette interdiction est une "mesure incorrecte", a affirmé le père Vsevolod Tchapline, numéro deux du département des relations extérieurs du patriarcat, sur la radio Echo de Moscou. "L'époque où l'Etat décidait quels vêtements doivent porter les gens devrait appartenir au passé", a-t-il ajouté. Aussi, les hommes qui cherchent à soutenir une telle "société libérale occidentale fortement laïcisée" ont-ils recours "à des mesures extrêmes", a dit le père Tchapline, dans une allusion à la loi sur le voile.
Source : AFP, 29 août 2004