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Edito
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L'Europe d'en bas a voté avec les pieds |
Éditorial
n°26 - 14 juin 2004
Les électeurs européens sont loin d'être idiots. Ils sont de moins en moins manipulables. Ils viennent de le démontrer lors des élections pour le sixième Parlement européen qui viennent d'avoir lieu dans les 25 pays de l'Union. Premier constat : l'abstention a été massive, atteignant 55,4% en moyenne et 57% en France. Pourquoi se déplacer et aller voter pour un Parlement sans aucun pouvoir ? Ceux qui ont fait le déplacement jusqu'aux bureaux de vote ont signifié généralement leur désaccord avec le gouvernement en place dans leur pays. Cela a été vrai avant tout en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne. Tony Blair, Gerhard Schröder-Joschka Fischer et Chirac-Raffarin sont désormais à la tête de gouvernements ultra-minoritaires et il faudra bien qu'ils en tirent des conclusions. Quant au Parlement européen, peu importera sa faible représentativité - le Parti populaire européen, dominé par la démocratie-chrétienne allemande, y sera le premier groupe -, vu que ses recommandations ne sont que des coups d'épée dans l'eau. À quoi sert-il de voter des motions et des recommandations, puisqu'elles ne sont pas suivies par la Commission européenne, véritable gouvernement autocratique de l'Union européenne, que nul n'a élue, puisque ses membres sont désignés par les gouvernements nationaux ? Depuis 50 ans, la "construction de l'Europe" s'est faite à partir du haut. Pour inverser cette tendance, il faudrait - ou il aurait fallu - commencer par le commencement : appeler l'ensemble des résidents de l'Union à élire d'abord une Assemblée constituante. Celle-ci aurait adopté une Constitution instaurant un régime démocratique européen, avec un Parlement élu, de la majorité duquel serait issu le gouvernement de Bruxelles. Pour cela, il aurait fallu remplir des conditions qui ne sont pas réunies : la classe politique européenne est encore, dans sa très grande majorité, attachée à ses privilèges et clientèles nationaux ou régionaux. L'Europe d'en haut est finalement moins européenne que celle d'en bas. La Constitution qu'elle nous concocte en catimini sera tout sauf démocratique. Or, seule la mobilisation démocratique de ses multitudes permettrait à l'Europe ce que ses armes ne permettront jamais : contrer l'expansion planétaire hégémonique de l'Empire yankee et imposer la paix et la justice dans les rapports entre les peuples du monde. Une chose est claire désormais : la démocratie européenne ne se fera pas au parlement de Strasbourg mais, comme toujours, dans la société réelle, dans la rue, dans les mouvements sociaux, culturels et politiques extra-parlementaires. La rédaction de Quibla |
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