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Edito

Un fusible saute à Washington

Édito n°24, 5 juin 2004

Alors que George Bush s'apprêtait à s 'envoler pour l'Europe, où on l'attend de pied ferme, à Rome, Paris, Caen et Bayeux, une nouvelle a éclaté dans le microcosme washingtonien : George Tenet, le directeur de la Cia a démissionné pour des "raisons personnelles". Raisons personnelles ? Tu parles ! Tenet a préféré démissionner plutôt que de comparaître jeudi 3 juin à huis clos devant une commssion du Sénat qui souhaitait entendre ses réponses à un rapport de 400 pages qui épingle sérieusement la CIA pour le mensonge éhonté concernant les "armes de destruction massive" qui ont justifié la guerre d'agression contre l'Iraq. Tenet et son agence étaient dans le collimateur depuis le 12 septembre. Depuis 1979, lorsqu'elle s'est révélée incapable de prédire la révolution iranienne et le renversement du Chah Reza Pahlevi, la CIA a fait preuve de son incompétence à servir les projets de l'Empire. Depuis lors, elle n'a fait qu'accumuler les bourdes. Comme tous les services de renseignement, la CIA est un des hauts lieux de la corruption, où l'on mélange allègrement intérêts "nationaux", intérêts de lobbies et intérêts personnels. C'est une machine bureaucratique qui n'a fait qu'enfler au cours des soixante années de son histoire, au point de devenir très largement inefficace. Ce qui lui fait le plus défaut, c'est justement "l'intelligence" dont elle est censée être l'agence centrale. Elle a sans doute perdu la bataille des services qui fait rage depuis le déclenchement de la "guerre contre le terrorisme" au lendemain du 11 septembre. Les deux grands gagnants de cette bataille sont le FBI, qui a désormais acquis des compétences extra-territoriales - il intervient directement un peu partout dans le monde - et les services de renseignement militaires, qui sont les principaux responsables des tortures et sévices de prisonniers à Abou Ghraïb, guantanamo, bagram et ailleurs.
Bush n'avait donc aucune difficulté à sacrifier George Tenet pour tenter quelque peu de calmer l'opinion US, de plus en plus remontée contre lui. George Tenet était un fusible qu'il était facile de faire sauter. Rumsfeld, Wolfowitz et Condoleeza Rice, eux, vont sans doute s'accrocher à leurs fauteuils jusqu'à ce que le navire bushien coule définitivement, ce qui ne saurait tarder. Le 4 novembre, les électeurs US renverront sans doute Bush et sa bande au secteur privé, qu'ils n'auraient jamais du quitter. Quoique, à la réflexion, on puisse se demander s'ils l'ont vraiment jamais quitté.
La rédaction de Quibla