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9 dhil qa'da 1424 Jeudi 01 janvier 2004
Le quotidien online des Musulmans libres et actifs et leurs alliés
Edito

Éditorial n°2/2004

Suite de l' Éditorial n°1/2004

C - Les nouveaux enjeux

Pour nous, qui sommes des combattants de l’information, avec des moyens dérisoires qui ne permettent qu’une petite guérilla cybernétique, la question fondamentale est celle-ci : comment pouvons-nous contribuer à la résistance planétaire contre le pillage, l’oppression et le mensonge, comment pouvons-nous aider les gens à distinguer le vrai du faux, dans le bombardement permanent de textes, d’images, de sons et de messages subliminaux auquel ils sont soumis ? Deux exemples peuvent nous inspirer : Marcos et Al Jazira.

1° - Marcos. Cet étonnant poète fumeur de pipe au visage caché par un passe-montagne, a acquis instantanément la célébrité mondiale en répondant aux journalistes accourus le 1er janvier 1994 à San cristobal de Las Casas, au Chiapas, dans le sud-est du Mexique. ce Blanc intellectuel et urbain a su se faire le porte-parole des combattants indigènes pauvres et méprisés, sans jamais trahir leur parole et leurs intérêts, sans se vendre au système et aux médias. Il a réussi en 3-4 ans à construire un mur planétaire de protection pour la population zapatiste du Chiapas par une gestion artisanale mais souveraine de la communication “urbi et orbi”. Le régime mexicain, pervers et tordu, a du se résoudre à accepter l’existence d’une zone libérée sur son territoire, d’où partait un message reçu 5 sur 5 aux quatre coins de la planète. Les zapatistes sont sans doute les principaux artisans de l’essor spactaculaire du mouvement “altermondialiste”, de Seattle à Saint-Denis, en passant par Porto Alegre, Montréal, Cancun et Florence. De plus en plus de jeunes ont reçu le message de Marcos, qui les a poussés à tenter de devenir des militants d’un type nouveau [ par rapport aux militants des courants traditionnels : communistes et leurs diverses chapelles, écologistes et leurs diverses tendances, anarchistes et leurs diverses sectes, droitsdel’hommistes et leurs diverses paroisses, guévaristes, nationalistes arabes, autonomistes régionaux, indépendantistes, souverainistes etc.]. le message de Marcos se résume à trois devises :

a) “Liberté, Justice, Démocratie” : un programme “basique” clair pour tous.

b) “Tout pour tous, rien pour nous-mêmes” : c’est-à-dire “nous combattons pour l’intérêt général, pas pour pour arracher le pouvoir pour nous-mêmes”, “nous ne voulons pas imposer un modèle unique, mais permettre l’éclosion d’un monde contenant tous les mondes, dans le respect de la diversité humaine, aussi riche que la diversité biologique”.

c) “Obéir en commandant” : tout chef est soumis aux décisions collectives et la communauté peut le renvoyer à ses fourneaux à tout instant. Démocratie directe déjà tentée par la Commune de Paris (1870) qui avait instauré la révocabilité des mandats des élus. Plus intéressant pour les Musulmans, le processus de décision chez les zapatistes : les assemblées villageoises discutent autant de temps que nécessaire pour aboutir à une décision qui fasse le consensus. On ne vote pas. Une fois le consensus établi, la décision prise doit être appliquée sans discussion. Toute infraction à cette décision est sanctionnée par la communauté. C’est similaire à la choura islamique et à ses variantes régionales, de la jemaa maghrébine à la Loya Jirga afghane - la Loya Jirga traditionnelle, pas celle de Hamid Karzaï ! Et c’est tout le contraire de la démocratie parlementaire représentative, avec ses isoloirs, ses bulletins de vote et ses “promesses qui n’engagent que ceux qui y croient”, pour reprendre la célèbre expression du Grand Corse Charles Pasqua. Voilà pour Marcos.

Al Jazira : cette extrodinaire “CNN arabo-musulmane” a brisé le monopole planétaire des médias impériaux. désormais, pour être parfaitement informé sur le monde, séolés, il ne faut plus connaître l’anglais mais la langue du Coran ! C’est une véritable révolution qui a entre autres réultats celui-ci : aujourd’hui, un vieil immigré arabe analphabète, un jeune chômeur arabe, une mère au foyer sont mieux informés sur la Palestine, L’Iraq, l’Afghanistan, le sionisme ou la Maison blanche qu’un professeur d’Université ou un militant politique “occidentalisé”. Tout cela grâce à la parabole, à Internet, à la chaîne qatarie et à ses petites sœurs, en particulier  Al Manar, la TV du Hezbollah libanais.

L’information est la première arme de la résistance. transformée en savoir et en savoir-faire, elle peut réaliser des prouesses géniales.

D - Savoir, faire savoir, savoir faire

La résistance des peuples à l’Ordre impérial quadripartite (OIQ) s’inscrit dans la longue, et souvent, la très longue durée.

Exemples :

-les zapatistes du Chipas ont la mémoire transmise de 500 ans de résistance à la colonisation et ils s’appuyent pour réclamer les terres dont ils sont spoliés sur des documents datant du XVIIIème siècle;

-les Tchétchènes combattent depuis plus de deux siècles l’occupant russe et vivent afuellement la 3ème tentative de génocide en 60 ans (1944: Staline, 1994: Eltsine, 1999 : Poutine).

-les Palestiniens se battent depuis 80 ans (grèves générales de 1929 et 1936)

-les Iraquiens combattent l’impérialisme anglo-saxon au moins depuis 1912, après avoir combattu l’Empire ottoman

-les Afghans n’ont jamasi été vraiment soumis par aucune puissance étrangère

-les Cachemiris se battent depuis 56 ans contre l’occupation indienne (ils attendant toujours le référendum décidé par l’ONU en...1947!)

-les Ouïghours occupés par la Chine se battent contre l’Empire des Han depuis...1759 !

On peut multiplier les exemples. Les luttes de libération des peuples du “Sud” ne sont pas nées de la dernière pluie. C’est ce qui leur permet de durer, d’appliquer un principe musulman consistant à être des “saaberine” (Allah est avec eux). Saaber signifie à la fois patient, constant et conscient, et non pas résigné.

Les Musulmans qui se battent pour la liberté et la défense de leurs droits dans les pays d’Occident doivent libérer leur esprit de l’emprise médiatique de l’instant, de la propagande qui veut leur faire croire qu’ils sont hors du temps, hors de l’histoire et donc hors de la modernité. S’ils veulent devenir des combattants modernes de la liberté, ils doivent s’instruire et connaître à fond leur histoire. Et ils sont généralement les produits de 2 ou 3 histoires complémentaires : celle du pays où ils vivent et celle des pays et cultures dont ils sont originaires.

Les Musulmans de France doivent étudier l’histoire de France et ses grands moments historiques, avant tout la grande Révolution française, les Révolutions de 1830, 1848, 1870, le front populaire de 1936, la résistance de 1940-1945, Mai 68, les mouvements d’immigrés et de leurs enfants et petits-enfants depuis les années 1930. Mais ils doivent aussi devenir de fins connaisseurs de la colonisation du Maghreb, de l’Afrique de l’Ouest et centrale, de l’Indochine, de la Polynésie, de la Mélanésie et des Caraïbes, du Liban et de la Syrie et des luttes menées par ces peuples pour se libérer depuis l’Émir Abdelkader, l’Algérien, jusqu’à Jean-Marie Tjibaou et Eloi Machoro, les Kanaks, en passant par Abdelkrim le Rifain, Ibn Badis l’Algérien, Farhat Hached le Tunisien, Maâ El Aynine le Sahraoui. Mais ils doivennt aussi étudier la vie et l’oeuvre de Malclom X, de Patrice Lumumba, de Mehdi Ben Barka, comme celles de Robespierre le français, Toussaint-Louverture l’Haïtien ou Jules Vallès, le grand écrivain et journaliste de la Commune de Paris, qu’il appela la “grande Fédération des douleurs”. Les Musulmans d’Italie doivent connaître l’histoie de Giuseppe Garibaldi, le “héros des deux mondes” - qui combattit pour la liberté en Italie, en France, au Brésil et en Uruguay, mais aussi la colonisation italienne et la lutte contre elle en Libye, en Éthipie, en Érythrée et en Somalie.

De manière générale, la “gestion” des Musulmans et des “immigrés” en France, Angleterre, Belgique, Italie, Pays-Bas, Espagne et au Portugal, toutes des puissances coloniales, est dans la continuité du système colonial exercé dans les pays d’où proviennent la plupart des Musulmans et autres “immigrés”. Connaître l’histoire de ces systèmes et de ceux qui y  résistent sera vital pour donner une dimension historique, une pérénnité aux combats de l’instant présent.

Quibla contribuera à cette éducation que ne dispense aucune Université et qui doit donc être autogérée par tous ceux qui le souhaitent. Internet peut être un outil magnifique d’autoéducation interactive, qui peut mettre en contact des “savants” et des “ignorants” assoiffés de savoir, désireux d’apprendre, pour créer des véritables réseaux d’échange des savoirs et des savoir-faire.

Dans ce même état d’esprit, la rédaction de Quibla envisage l’édition de livres documentaires sur support papier pour rendre accessibles à ceux qui n’ont pas accès à Internet les plus importants documents publiés sur le site. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de ce projet. Toute aide, tout coup de main, tout soutien financierà nos projets est bienvenue. Contactez-nous pour en savoir plus !

E - Une nouvelle génération

Ces dernières semaines, en France, une nouvelle génération de militantes et de militants est apparue : ce sont des jeunes filles et des jeunes femmes musulmanes engagées dans le combat pour la liberté et le droit d’étudier, de travailler, de vivre dans la Cité en tant que femmes musulmanes et citoyennes. En créant la rubrique “Un voile, une voix”, nous avons voulu nous mettre à leur service pour les aider dans leur combat. Nous ne défendons là que l’intérêt général du mouvement, n’étant inféodés à aucune secte ou à aucun groupe, n’écoutant que ce que nous dicte notre conscience. Nous avons la même démarche sur la Palestine, L’Iraq et tous les combats de l’humanité pour sa libération.

La rédaction de Quibla, 1er janvier 2004 / 9 dhil qa'da 1424



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