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  24 avril 2004
 
Edito

107 morts : héroïque jeunesse thaïlandaise

Éditorial n° 16 - 29 avril 2004

La Thaïlande a un point commun avec la Turquie et l'Algérie : c'est l'armée qui y détient le véritable pouvoir, entre autre le pouvoir économique, et pas seulement le narco-pouvoir. Ici aussi, elle a ses propres banques et ses propres fonds de pension. Bien sûr, pour la façade, le gouvernement est composé de messieurs en costume civil. Mais depuis 1932, ce sont les hauts gradés, profondément corrompus et réactionnaires, qui tirent les ficelles. Face à ce despotisme, la jeunesse thaïlandaise a démontré un héroïsme incroyable à chaque génération : en 1972, ce sont les étudiants de Bangkok qui ont chassé le régime militaire, au prix de nombreux morts. L'embellie ne dura que 3 ans. En mai 1992, ce sont les jeunes banlieusards et les élèves des collèges techniques et lycées professionnels qui, à bord de leurs motos, furent le fer de lance du mouvement démocratique. Douze ans plus tard, c'est une autre jeunesse qui est partie à l'assaut du ciel : ces jeunes réduits au chômage malgré leurs études, frères des "gardiens de mur" algériens, qui ont décidé de s'armer de machettes, de couteaux et d'épées et d'aller attaquer les sièges du pouvoir militaire qui quadrille leur région, ce Sud où vivent 6 millions de Musulmans, minoritaires dans le pays mais majoritaires dans leurs provinces et traités avec mépris de "Malais", alors qu'ils sont aussi thaîlandais que leurs concitoyens de Bangkok ou de ChiangMaï. Habitants d'un Sud laissé à l'abandon par les barons de Bangkok, ces jeunes se sont organisés comme ils pouvaient et se sont jetés dans un combat désespéré, au moment où toute révolte menée par des Musulmans est immédiatement taxée de "terroriste" et réprimée dans le sang. Les révoltés du 28 avril sont-ils tombés dans un piège tendu par les services spéciaux de l'armée thaïlandaise ? Certaines informations peuvent le laisser croire. Mais une chose est sûre : ce n'est ni Al Qaïda ni la Jamaa Islamiya qui ont amené les jeunes de Pattani, de Yala, de Songkhla à se dresser contre l'injustice, mais une pure révolte sociale. Le régime ne s'y est pas trompé : après les avoir traités de gangsters, il a préféré opter pour une étiquette plus payante au plan international : "terroristes". Il est ainsi assuré de recevoir la bénédiction des patrons régionaux : Washington, Tokyo et Pékin et les félicitations les plus chaleureuses de ses voisins, les sinistres généraux birmans.
Voir nos infos en rubrique 4 :Boucherie de jeunes Musulmans à Yala, Pattani et Songkhla - Après la boucherie