Ces
deux noms de morts anonymes n'ont pas fait la Une des médias
et pourtant, ils auraient du la faire, car leur mort est lourde
de sens.
Eustaquio n'était ni musulman ni islamiste. C'était un
mineur de fond bolivien. Il s'est fait sauter devant le Parlement à La
Paz. Il avait chargé son sac à dos de dynamite. Il réclamait
d'être mis à la retraite anticipée et de recevoir
une indemnité pour la mort de son frère, au fond de la
mine. Le président bolivien a eu l'impudence de déclarer
que cet acte n'avait aucune connotation politique ou sociale.
Mustafa était un immigré marocain de Brescia, dans le
nord de l'Italie. Il vivait en Italie depuis 16 ans. Il avait tout
perdu : son travail, sa femme, son logement. Il a chargé quatre
bonbonnes de gaz sur sa Fiat et s'est fait sauter devant un McDonald's.
Il était musulman mais pas "islamiste". Dans une lettre,
il a expliqué qu'il n'aurait pas fait ce geste si l'Italie ne
s'était pas engagée en Iraq.
Eustaquio et Mustafa, sacrifiés du libéralisme, ont suivi
l'exemple des martyrs palestiniens, tchétchènes, iraquiens,
afghans et cachemiris. Leurs suicides "imitatifs" devraient
faire réfléchir ceux qui, au nom de la "liberté des
marchés", mettent notre monde à feu et à sang
et produisent du désespoir en masse.