| Selon les sources, ce
sont de 700 à 3500 Palestiniens et Libanais chiites
qui ont été massacrés dans les
camps de Sabra et Chatila du 16 au 18 septembre 1982.
Trois groupes ont participé au massacre: larmée
israélienne, les miliciens des Forces libanaises
de Béchir Gemayel et Elie Hobeika et les harkis
libanais de larmée israélienne commandés
par le major Haddad, chef de lArmée du
Liban sud, et le capitaine Camille Khoury.. |
Le
6 juin, larmée israélienne déclenche
lOpération Paix en Galilée et envahit
le Liban. Le prétexte pour cette opération
préparée de longue date est la tentative
dassassinat de lambassadeur israélien
à Londres, Argov, le 4 juin. Après avoir
annoncé son intention de pénétrer
de 40 km dans le territoire libanais, le commandement
militaire, sous la direction du ministre de la Défense
Ariel Sharon, met à exécution un plan
plus ambitieux préparé depuis plusieurs
mois. Après avoir occupé le sud du pays
et y avoir détruit la résistance palestinienne
et libanaise, tout en commettant de nombreuses exactions
contre la population civile, les troupes sionistes effectuent
une percée jusquà Beyrouth. Dès
le 18 juin, elles encerclent les forces armées
de lOLP retranchées dans Beyrouth-Ouest.
Loffensive israélienne, et notamment les
bombardements intensifs de Beyrouth, ont fait, selon
des statistiques libanaises, 18 000 morts et 30 000
blessés, pour la plupart des civils.
Après 2 mois de combats, un cessez-le-feu est
négocié par lintermédiaire
de Philip Habib, émissaire des États-Unis.
Il est convenu que lOLP évacuera Beyrouth
sous la supervision dune force multinationale
qui se déploiera dans la partie évacuée
de la ville. Les accords envisagent que
Beyrouth-Ouest soit éventuellement investi par
larmée libanaise et des garanties américaines
sont données à la direction de lOLP
pour la sécurité des civils dans les camps
après son départ. Lévacuation
de lOLP sachève le 1er septembre
1982. Les forces multinationales quittent Beyrouth le
10 septembre. Le 11, Sharon déclare que 2
000 terroristes restent encore dans les camps
de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth.
Le mardi 14 septembre, un attentat coûte la vie
au leader des Forces libanaises, Béchir Gemayel,
qui vient dêtre élu Président
de la République. Le lendemain, larmée
israélienne envahit Beyrouth-Ouest, encerclant
et bouclant les camps de Sabra et Chatila, habités
uniquement par des civils palestiniens et libanais,
puisque lintégralité des résistants
armés (plus de 14 000 hommes) ont évacué
Beyrouth et sa banlieue. Le 14 septembre, le général
Eytan a dailleurs déclaré devant
la Commission des Affaires étrangères
de la Knesset: «Il ne reste plus à Beyrouth
que quelques terroristes et un petit bureau de lOLP.»
Lintention denvoyer les milices phalangistes
dans Beyrouth-Ouest avait déjà été
annoncée par Sharon le 9 juillet 1982. Cest
sans doute lors dune rencontre à Bikfaya
le 12 septembre que Sharon et Gemayel ont conclu un
accord autorisant les Forces libanaises à «nettoyer»
les camps palestiniens.
Sharon déclarera le 22 septembre devant la Knesset
que lentrée des Phalangistes dans les camps
fut décidée le mercredi 15 septembre à
15h30. Selon Sharon, le commandant israélien
avait reçu linstruction suivante: «Il
est interdit aux forces de Tsahal dentrer dans
les camps de réfugiés. Le ratissage et
le nettoyage des camps seront effectués par les
Phalanges ou larmée libanaise.»
Dès laube du 15 septembre, des chasseurs-bombardiers
israéliens ont commencé à survoler
Beyrouth-Ouest à basse altitude et les troupes
ont commencé leur entrée dans la zone.
Dès 9 heures du matin, Sharon est sur place pour
diriger personnellement la poursuite de la percée
israélienne. Il sinstalle au QG de larmée,
au carrefour de lambassade du Koweït, à
la limite de Chatila. Du toit de cet immeuble de six
étages, on peut parfaitement observer la ville
et les camps de Sabra et Chatila.
Dès midi, les camps de Sabra et Chatila sont
encerclés par des tanks et des soldats israéliens.
Ceux-ci installent tout autour des camps des points
de contrôle permettant de surveiller tout entrée
et sortie des camps. En fin daprès-midi
et en soirée, les camps sont bombardés
dobus. |
Le jeudi 16, larmée israélienne
contrôle tout Beyrouth-Ouest. Son porte-parole
déclare: « Tsahal contrôle tous les
points stratégiques de Beyrouth. Les camps de
r éfugiés, incluant les concentrations
de terroristes, sont encerclés et fermés.»
Le haut commandement de larmée émet
lordre n°6: «Le ratissage etle nettoyage
des camps sera effectué par les Phalangistes
ou larmée libanaise.»
Pendant la matinée, des obus sont tirés
sur les camps depuis les hauteurs environnantes et des
snipers israéliens, postés autour,
tirent sur des personnes se trouvant dans les rues.
Vers midi, le commandement militaire israélien
donne aux Forces libanaises dHobeika le feu vert
pour entrer dans les camps. Peu après 17 heures,
une unité denviron 150 Phalangistes entre
par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila.
Lorsque le général Drori appelle Sharon
et lui dit: «Nos amis avancent dans les camps.
Nous avons coordonné leur entrée»,
celui-ci répond: «Félicitations!
Lopération de nos amis est approuvée.»
Pendant 40 heures, jusquau matin du samedi 18
septembre, dans les camps encerclés et bouclés,
les miliciens phalangistes vont violer, tuer, blesser,
saccager et piller. Toutes les victimes seront des civils,
essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards.
Ces actes sont accompagnés ou suivis de rafles
systématiques, avalisées ou renforcées
par larmée israélienne, de dizaines
ou peut-être même de centaines de civils,
qui disparaîtront purement et simplement.
Durant toute laction, larmée israélienne,
parfaitement au courant de ce qui se passait, a fourni
une aide directe en empêchant les civils de fuir
les camps et en organisant un éclairage constant
des camps durant la nuit, par des fusées éclairantes
lancées par des hélicoptères et
des mortiers. Ses chefs étaient en contact permanent
avec les chefs des milices commettant le massacre. |
Les chiffres des victimes varieront entre 700 (chiffre
officiel israélien) et 3 500 (chiffre donné
par le journaliste israélien Amnon Kapeliouk.
Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé:
un grand nombre de cadavres ont été enterrés
par les miliciens eux-mêmes sous les décombres
des immeubles quils ont rasés au bulldozer,
plus de 1 000 personnes ont été enterrées
dans des fosses communes par la Croix-Rouge ou dans
des cimetières de Beyrouth par leurs proches.
En outre, les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes
ont été emmenées vivantes dans
des camions et ont disparu.
La Knesset, en réponse à une manifestation
de 400 000 personnes à Tel Aviv, a nommé
en septembre 1982 une commission denquête
présidée par Itzhak Kahan. Cette commission
a conclu que «le ministre de la Défense
portait une responsabilité personnelle»
dans le massacre. Sur linsistance de la Commission
et des manifestations qui ont suivi son rapport, Sharon
démissionne de son poste mais reste au gouvernement
comme ministre sans portefeuille. La manifestation pacifiste
qui a immédiatement précédé
sa démission a été
attaquée à la grenade par ses partisans.
Un jeune manifestant, Emile Grunzweig fut tué
et Avraham Burg, actuel président de la Knesset,
fut blessé.
Depuis le massacre, les victimes et les survivants nont
bénéficié daucune instruction
judiciaire, ni au Liban ni en Israël ni ailleurs.
Le 16 décembre 1982, lAssemblée
générale des Nations unies adoptait, à
une majorité écrasante, une résolution
décidant que ce «massacre est un acte de
génocide.»
En 2001, 23 survivants de Sabra et Chatila déposaient
devant la justice belge une plainte contre Sharon, Yaron
et consorts pour «actes de génocide, crimes
contre lhumanité, crimes portant atteinte
aux personnes et aux biens protégés par
les conventions signées à Genève
le 12 août 1949.» Cette plainte était
rendue possible par une loi belge du 16 juin 1993, modifiée
par la loi du 10 février 1999, permettant de
poursuivre en Belgique toute personne soupçonnée
de génocide ou de crimes contre lhumanité.
En juin 2002, le Tribunal de Bruxelles se déclarait
incompétent dans la mesure où les personnes
incriminées ne résidaient pas sur le territoire
belge. Les plaignants ont fait appel de cette décision. |
Les Israéliens ont-ils participé
directement?
|
|
Le chef des milices des Forces libanaises, le criminel
de guerre Elie Hobeika ne pourra plus jamais témoigner:
il a été abattu, sans doute par le Mossad,
le 25 janvier 2002. Le premier responsable de ce massacre,
le général Ariel Sharon, est Premier
ministre. Selon Alain Ménargues, correspondant
de Radio-France à Beyrouth, les premiers à
pénétrer dans les camps ont été
les membres d'une unité de commandos israéliens,
qui ont exécuté 63 Palestiniens figurant
sur une liste de personnes à exécuter,
avocats, médecins, enseignants et infirmières.
Puis les Israéliens ont laissé la place
à une deuxième vague de tueurs de l'Armée
du Liban sud, commandée par le major Haddad.
L'unité chargée de continuer le nettoyage
était dirigée par le capitaine Camille
Khoury. Après le retour de cette deuxième
équipe, l'état-major israélien
a demandé à l'état-major des
Forces libanaises de finir le "travail".
C'est alors qu'intervient Elie Hobeika, chef du service
de renseignement de Béchir Gemayel, assassiné
le 14 septembre. C'est la "troisième équipe"
qui va commettre le plus d'horreurs.
|
Témoignage d'une rescapée
|
Nous publions ci-dessous le témoignage dune
des 23 plaignantes.
«Mon nom est Souad Srour El Marai, réfugiée
palestinienne vivant au Liban. Je vais essayer de vous
résumer ce qui mest arrivé, à
moi et à ma famille, pendant les massacres de
Sabra et Chatila lors de linvasion israélienne
de Beyrouth en 1982. Javais alors 17 ans. Dans
laprès-midi du 16 septembre, jétais
en compagnie de mon frère de 12 ans; nous étions
en route vers un des camps de réfugiés
dans lequel nos amis sabritaient des bombardements
et pour leur demander de nous raccompagner chez nous.
En route, nous avons vu des choses effrayantes, des
corps étendus sur la route pleins de sang, nous
avons entendu des cris de lamentation et de souffrance.
Soudain, jai entendu une voix qui mappelait.
Cétait notre voisin Abou Redha qui me demandait
de laider. Il ma dit: «Ils nous ont
massacrés, ils ont violé nos filles et
ils ont pris tous les enfants entre 12 et 16 ans.»
Puis il ma demandé de quitter notre maison,
car ils reviendraient encore une fois pour tuer tous
ceux qui resteraient dans le camp. Pendant que je me
demandais qui avait commis toutes ces atrocités,
une voix ma surpris: «Vous êtes encore
en vie, bande de chiens?»
Nous avons couru à la maison pour raconter cet
incident terrible. Mon père a alors dit quil
ne nous arriverait pas plus que ce qui nous est destiné
par Dieu, que cest lui qui nous crée et
il fait de nous ce quil veut.
Nous sommes restés chez nous jusquà
laube du lendemain. Le vendredi 17 septembre,
vers 16 h 30, notre voisine, qui avait passé
la nuit chez nous, est montée, en compagnie de
mon frère de 11 ans, sur le toit de notre maison
pour voir ce qui se passait, afin que nous puissions
décider si nous devions rester à la maison
ou la quitter. Lorsquils sont montés, ils
ont été vus par des miliciens qui étaient
sur une colline proche. Ils ont eu peur et ils sont
redescendus en vitesse pour nous dire ce quils
avaient vu. Quelques instants plus tard, nous avons
entendu quelquun frapper à la porte. Mon
père a demandé: «Qui est là?»
Ils ont dit: «Nous sommes des Israéliens
et nous voulons fouiller la maison.» Mon père
a ouvert la porte. Il y avait 13 soldats armés.
Quelques-uns sont entrés et nous ont encerclés,
dautres sont montés sur le toit de la maison
et les derniers sont restés à lextérieur.
Je me suis mise avec ma petite sur à côté
de mon père pendant que mes autres frères
et surs se sont mis à côté
de notre mère et de la voisine. Mon père
les a bien reçus et les a invités à
sasseoir. Un des hommes a dit: «Nous voulons
prendre tout ce qui se trouve dans votre maison.»
Alors, je lui ai demandé: «Pourquoi voulez-vous
tout prendre, après nous avoir pris la chose
la plus chère, notre terre, que voulez-vous encore
prendre?» Mon père la supplié:
«Prends tout ce que tu veux sauf mes enfants.»
Le soldat la lors frappé si fort au visage
quil sest mis à saigner. Je nai
pas pu me contrôler et jai commencé
à crier: «Comment pouvez-vous frapper un
homme aussi âgé que mon père?»
Ils mont alors frappée et jetée
au sol. Jai senti de terribles douleurs et jai
commencé aussi à frapper le soldat qui
mavait attaquée. Ils ont alors pris tout
notre argent et nos bijoux, même lalliance
de mon père. Lun deux nous a ordonné
de rentrer dans une des chambres, de regarder vers le
mur et de ne pas nous retourner.
Ma petite sur dun an et demi a levé
la main et demandé à ma mère de
la prendre dans ses bras, car elle était effrayée.
Alors, ils ont commencé à tirer sur nous.
Ma petite sur a reçu une balle dans la
tête. Mon père a été touché
à la poitrine mais était encore en vie.
Mes frères et surs Chadli, 3 ans, Farid,
8 ans, Bassam, 11 ans, Hajer, 7 ans et Chadia, 1 an
1/2 ainsi que notre voisine sont morts sur le coup.
Seuls mes deux frères Maher, 12 ans et Ismaïl,
9 ans sont restés indemnes parce quils
étaient cachés dans les toilettes. Ma
sur Nihad, 16 ans et ma mère nont
pas été grièvement touchées.
Et moi, jétais paralysée.
Les soldats, qui croyaient que nous étions tous
morts, sont partis. Nous avons commencé à
vérifier qui était encore en vie et qui
était mort. Nous avons demandé à
ma mère, à mon frère et à
ma sur daller chercher des secours. Moi,
je suis restée avec mon père qui était
grièvement blessé. Nous étions
entourés par les cadavres des membres de notre
famille. Cétait un moment horrible que
je noublierai jamais.
Vers 10 heures du matin, 3 soldats sont revenus pour
prendre largent quils avaient oublié
à lintérieur de la maison. Ils ont
vu que je bougeais encore et que jessayais de
me rapprocher de mon père. Ils ont commencé
à minsulter et à mhumilier,
puis ils mont dit: «Regarde bien ce quon
va te faire devant ton père.» Ils mont
alors violée lun après lautre
sous les yeux de mon père et ensuite, ils mont
tiré dessus, me blessant à la main gauche.
Puis ils sont partis.
Mon père a dit: «Que Dieu te vienne en
aide, ma fille», puis il a rendu lâme,
car il ne pouvait supporter de voir ce qui métait
arrivé. Cétait horrible, dautant
plus que jai vécu ça sous les yeux
de mon père. Ils sont revenus une nouvelle fois
le soir et ils étaient fous furieux de me voir
encore en vie et en train de boire. Ils mont tiré
deux fois dessus, me touchant à la tête.
Je me suis alors évanouie. Jai été
réveillée par le miaulement des chats
qui tournaient autour des cadavres. Avec ma main indemne,
jai essayé de recouvrir les corps avec
des couvertures, mais je ny suis pas parvenue.
Dans la matinée du jour suivant, le samedi 18
septembre, les soldats sont à nouveau revenus.
Jai alors fait semblant dêtre morte.
Le dimanche matin, un soldat libanais est venu pour
demander des nouvelles de membres de sa famille. Jai
alors crié pour demander de laide. Je ne
pouvais plus parler lorsque ce soldat a enlevé
son manteau pour couvrir mon corps nu et memmener
avec lui. En sortant du camp, jai vu des cadavres
égorgés et enflés, et pendant tout
le chemin, je nentendais que cris et lamentations.
Le soldat ma déposée à la
Croix-Rouge. Ils mont directement branché
un appareil de respiration artificielle. Ils mont
ensuite emmenée dans un hôpital où
ils ont refusé de me recevoir. Finalement, ils
mont emmenée à lhôpital
de lUniversité américaine de Beyrouth.» |
La Cour de cassation belge
a décidé de recevoir la plainte
contre le criminel Sharon - par Ginette Hess-Skandrani |
24/02/03 La Cour de cassation belge a estimé, le
12 février 2003 que le Premier ministre israélien
pouvait finalement être poursuivi en Belgique,
pour crimes contre l'humanité pour autant qu'il ne
soit plus en exercice de ses fonctions. Le parquet belge
avait déjà jugé recevable
le 1er juillet 2001 la plainte déposée pour
"crimes de guerre" pour sa responsabilité
dans le massacre des réfugiés palestiniens
dans les camps de Sabra et Chatila, avant de statuer sur
sa recevabilité qui avait été mise
en doute. Les parties civiles et leurs avocats n'ont pas
abandonné le combat et ont finalement réussi
à faire annuler la précédente
décision par la plus haute instance judiciaire belge.
Cette décision a immédiatement provoqué
la colère de l'État sioniste qui a rappelé
son ambassadeur.
Les parties civiles
23 personnes, de nationalité palestinienne et libanaise,
se sont constituées partie civile contre MM Ariel
Sharon, Amos Yaron et autres responsables israéliens
et libanais des massacres, tueries, viols et disparitions
de populations civiles qui ont eu lieu à Beyrouth
(Liban) du jeudi 16 au samedi 18 septembre 1982 dans la
région des Camps de Sabra et Chatila.
La présente plainte est introduite conformément
à la loi du 16 juin 1993 (modifiée par
la loi du 10 février 1999) relative à
la répression des violations graves du droit international
humanitaire du chef de :
- actes de génocide
- crimes contre l'humanité
- crimes portant atteinte aux personnes et aux biens protégés
par les conventions de Genève du 12 août 1949.
La plainte est également fondée sur le droit
coutumier international et sur le jus cogens par rapport
aux mêmes crimes. Par ces crimes, les requérants
ont été personnellement blessés et/ou
ont perdu des membres proches de leur famille ou des biens.
Les faits
Le 6 juin 1982 l'armée israélienne a envahi
le Liban. L'opération préparée de longue
date, sous la direction du ministre de la Défense,
Ariel Sharon, a été baptisée "Paix
en Galilée". Après avoir occupé
le Sud du pays, et y avoir détruit la résistance
palestinienne et libanaise, tout en commettant déjà
une série d'exactions contre la population civile,
les troupes israéliennes ont effectué une
percée jusqu'à Beyrouth, encerclant
à partir du 18 juin 1982 les forces armées
de l'O.L.P. retranchées dans la partie ouest de la
ville. L'offensive israélienne et notamment les bombardements
intensifs sur Beyrouth auraient occasionné, selon
des statistiques libanaises, 16 000 morts et 30 000
blessés, en grande majorité des civils.
Après deux mois de combat, un cessez-le-feu a été
négocié par l'émissaire des USA
Philippe Habib. Il a été convenu que
l'O.L.P. évacuerait Beyrouth sous la supervision
d'une force multinationale qui se déploierait dans
la partie évacuée de la ville. Des garanties
américaines avaient été données
au leadership palestinien pour la sécurité
des civils dans les camps après leur départ.
L'évacuation de l'O.L.P. s'est terminée le
1er septembre 1982.
Le 10 septembre, les forces multinationales ont quitté
Beyrouth. Le lendemain M. Ariel Sharon annonçait
que "deux mille terroristes" restaient encore
dans les camps de réfugiés palestiniens
autour de Beyrouth. Le mercredi 15 septembre, après
l'assassinat la veille du président Bachir Gemayel,
l'armée israélienne occupait Beyrouth-ouest,
"encerclant et bouclant" les camps de Sabra et
Chatila, habités uniquement par une population civile
palestinienne et libanaise, l'entièreté des
résistants armés (plus de 14 000 personnes)
ayant évacué Beyrouth et sa banlieue.*
Dès l'aube du 15 septembre, des chasseurs-bombardiers
israéliens ont commencé à survoler
Beyrouth-ouest à basse altitude et les troupes
israéliennes ont entamé leur entrée
à Beyrouth-ouest. A partir de 9 heures
du matin, le général Sharon a été
sur place pour diriger personnellement la poursuite
de la percée israélienne, et s'est installé
au quartier général de l'armée au carrefour
de l'ambassade du Koweït, situé à
la limite de Chatila. Du toit de cet immeuble de 6 étages,
on pouvait parfaitement observer la ville et les camps de
Sabra et Chatila.
Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment
en réalité une seule zone de camps de réfugiés
au sud de Beyrouth-ouest, sont encerclés par des
chars et par des soldats israéliens, qui installent
tout autour des camps des points de contrôle permettant
de surveiller les entrées et les sorties. Durant
la fin de l'après- midi et la soirée les camps
sont bombardés au tir d'obus. Un communiqué
du porte-parole de Tsahal déclare : "Nous contrôlons
tous les points stratégiques de Beyrouth. Les camps
de réfugiés, incluant les concentrations de
terroristes sont encerclés et fermés".
Au matin du 6 septembre, des obus sont tirés vers
les camps depuis les hauteurs environnantes et des tireurs
israéliens, postés autour tirent sur des personnes
se trouvant dans les rues. Vers midi le commandement
militaire israélien donne aux milices phalangistes
le feu vert pour l'entrée dans les camps. Peu après
17 heures, une unité d'environ 150 phalangistes entre
par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila. Lorsque
le général Drori appelle par téléphone
Ariel Sharon et lui annonce "Nos amis avancent
dans les camps. Nous avons coordonné leur entrée",
ce dernier répond : "Félicitations!,
l'opération de nos amis est approuvée"
*
Pendant 40 heures, dans les camps "encerclés
et bouclés", les miliciens phalangistes vont
violer, tuer, blesser un très grand nombre de civils
non armés, en majorité des enfants, des femmes
et des vieillards. Ces actions sont accompagnées
ou suivies de rafles systématiques, avalisées
ou renforcées par l'armée israélienne
donnant lieu à des dizaines de disparitions.
Jusqu'au matin du samedi 18 septembre 1982, l'armée
israélienne, qui savait parfaitement ce qui
se passait dans les camps, et dont les dirigeants étaient
en contact permanent avec les dirigeants des milices qui
perpétraient le massacre, s'est non seulement abstenue
de toute intervention, mais a fourni une aide directe en
empêchant des civils de fuir les camps et en organisant
un éclairage constant des camps durant la nuit, moyennant
des fusées éclairantes, lancées par
des hélicoptères et des mortiers.
Les chiffres des victimes varieront entre 77O (chiffre israélien)
et 3 500 (selon l'enquête menée par le journaliste
israélien Kapéliouk). Le chiffre exact ne
pourra jamais être déterminé car, environ
1 000 personnes ont été enterrées dans
des fosses communes par le C.I.C.R. ou enterrées
dans des cimetières de Beyrouth par leurs proches,
un grand nombre de cadavres ont été ensevelis
sous des immeubles que les miliciens ont détruit
aux bulldozers. Par ailleurs, les 17 et 18 septembre des
centaines de personnes ont été emmenées
dans des camions vers une destination inconnue et ont disparu.
La responsabilité d'Ariel Sharon
Depuis le massacre, les victimes et les survivants n'ont
bénéficié d'aucune instruction judiciaire.
Sous la pression d'une manifestation, la Knesset a nommé
une commission d'enquête en septembre 1982. Malgré
les limitations judiciaires de cette commission et en dehors
du fait qu'elle n'a auditionné aucune victime, elle
a conclu que "le ministre de la Défense était
personnellement responsable des massacres".
Malgré l'évidence du "massacre criminel",
qualification du Conseil de Sécurité, et la
triste place des massacres de Sabra et Chatila dans la mémoire
collective de l'humanité au rang des grands crimes
contre l'humanité du XXè siècle, le
"responsable personnel" de ces massacres, ses
acolytes, et les exécutants, n'ont jamais, jusqu'à
ces jours derniers, été poursuivis en justice
et punis. Le Conseil de Sécurité des
Nations unies a condamné le massacre par la résolution
521 du 19 septembre 1982.
Cette condamnation a été suivie par une résolution
de l'Assemblée générale du 16 décembre
1982 qui a qualifié le massacre d' "acte
de génocide".
Les témoignages
Un comité de soutien aux familles victimes et témoins
dénommé "Sabra et Chatila"
s'est crée en Belgique. Il soutient financièrement
et matériellement les témoins. Madame Souad
Srour El Mari, Palestinienne ayant sa résidence actuelle
à Beyrouth, Région El Horch, a déjà
été auditionnée. Elle avait 17 ans
à l'époque des faits. Elle a vu massacrer
toute sa famille. " Vendredi le 18 septembre vers 16
heures, on a frappé à notre porte. Il
y avait 13 soldats armés. Ils ont dit : " Nous
sommes des Israéliens et nous voulons fouiller la
maison". Ils ont tout pris, puis ils ont commencé
à tirer sur nous. Ma petite soeur, Chadia,
un an et demi a reçu une balle dans sa tête,
mon père a été touché dans sa
poitrine et était encore vivant, pendant que mes
frères et mes soeurs Chadi (3 ans), Farid (8 ans),
Bassam (11 ans), Hajar (7 ans), ainsi que notre voisine
étaient déjà morts du premier
coup. Ils m'ont violé, l'un après l'autre
, devant mon père agonisant".
Il y a vingt trois autres témoignages, tout aussi
affligeants. Certains étaient des enfants au moment
des faits. Tous ont été marqués à
jamais par cette horreur faisant honte à toute
l'humanité.
Nous espérons que justice sera rendue pour ce crime
de génocide tel que défini dans la Convention
de 1948.
Depuis Juillet 2001, les pressions subies par le Ministère
public belge n'ont pas cessé. Entre les pays européens,
Israël, les communautés juives européennes
et états-uniennes, tous ont essayé de
critiquer cette loi belge de "compétence universelle"
datant de 1993 et révisée en 1999 par le Parlement.
Le Ministère public a fait état de problèmes
de constitutionnalité, mais l'avocat général
a estimé que la justice belge était en droit
de poursuivre Sharon.
Mais le procès a été plusieurs fois
reporté. Le 6 mars 2002, la Cour d'appel de Bruxelles
a reporté sa décision sur la légalité
des poursuites engagées. Ce report était demandé
par les parties civiles ainsi que par la défense
du Premier ministre israélien afin de débattre
des conséquences juridiques de l'arrêt rendu
par la Cour internationale de justice de la Haye, le 14
février, reconnaissant l'immunité des ministres
en exercice et qui a été vivement critiqué.
Les différentes pressions ont failli réussir.
Mais c'était sans compter sur la ténacité
des avocats, de l'association "Sabra et Chatila"
et des associations et collectifs de soutien. Il faut
surtout saluer cette loi de " compétence universelle
" belge, qui permet de traîner d'anciens dirigeants
particulièrement féroces devant la justice.
Elle permet surtout de menacer tous ceux qui croient ou
qui ont cru en leur impunité.
* Selon Kapéliouk, Sabra et Chatila : Enquête
sur un massacre, Paris, Seuil,1982.
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