| Succès
et échec par Israël Shamir, 15.09.2003
[Interview accordée par Israël Shamir à M. Kostas
Karaiskos, rédacteur en chef de l’hebdomadaire grec Antifonitis, au
sujet des Partitions territoriales, de l’Ascension des juifs en Russie
et du devoir de résister au sionisme]
Q : Cher M. Shamir, après avoir travaillé
de nombreuses années comme écrivain et journaliste, vous surprenez,
un beau jour, tout le monde, par votre opinion hérétique et audacieuse.
Que s’est-il passé ? Comment un écrivain juif installé peut-il parler
ouvertement du racisme de l’Etat d’Israël, du droit des Palestiniens
à résister et à retourner en Palestine, des crimes américains en Irak,
etc. ?
R : Il n’y a rien d’étrange à cela, dans les moments critiques traversés
par mon pays d’adoption – le temple vivant de Dieu, la Terre sainte,
cette charmante et délicieuse sœur de la Grèce, si semblable au Péloponnèse
ou à la Crète – puisque ce pays a été détruit sous nos yeux par les
forces armées démentes de Sharon. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que
je sois resté calme jusqu’à aussi récemment. Mais l’instinct de survie
fait de nous tous des couards, et de plus, l’Homme est optimiste par
nature. Aussi longtemps que l’enfant ne pleure pas, nous n’accordons
pas beaucoup d’attention à son inconfort éventuel. Aussi longtemps
que les Palestiniens sont restés cois, on pouvait penser : « Eh bien,
sans doute, ils peuvent faire face, et donc le pays peut faire face
aussi ». Mais l’Intifada fut le signal que ce peuple extrêmement pacifique
et patient est poussé vers une mort lente, et qu’avec eux la Palestine
est pour de bon condamnée. J’avais l’impression que chaque balle tirée
par l’armée israélienne tuait mes frères, et que chaque olivier brûlé,
chaque maison rasée, chaque église démolie endommageait le tissu même
de notre existence. Cela n’a aucun sens de vivre, si notre terre est
détruite : cette vérité vaut partout. Les objections et les critiques,
au demeurant ô combien légitimes, ne suffisaient plus.
Q : Votre thèse sur le conflit israélo-palestinien est qu’il
ne peut connaître un terme qu’à la condition que soit édifié un Etat
unifié, garantissant l’égalité à tous ses citoyens. Pensez-vous que
cette solution soit plus réaliste que le cadre de résolution fondé
sur deux Etats ? Quelles pourraient être les premières étapes de la
mise en application de la solution que vous préconisez ?
R : A en juger à votre question, on croirait qu’il existe un Israël
et une Palestine séparés, que Shamir voudrait unifier. Mais ce n’est
pas le cas. Nous avons « un seul Etat », et nous l’avons pratiquement
toujours eu. La Palestine n’est demeurée partagée que pendant un laps
de temps très court à l’échelle historique : de 1948 à 1967. Mais,
avant et après cette parenthèse, nous (les différentes communautés
vivant en Palestine) vivions ensemble dans un seul beau pays situé
entre le Jourdain et la Méditerranée. Ce pays ne peut être divisé,
car il est trop exigu et ses habitants vivent dans en étroite proximité
les uns avec les autres. De plus, sans les Palestiniens, la Palestine
est morte. Comme Chypre avant la partition de 1974, nous sommes toujours
un seul pays, et l’idée du partage de la Palestine est aussi erronée
que celle de partager Chypre. Aujourd’hui, alors même que les communautés
chypriotes s’efforcent de se réconcilier, nous ne devons pas, au contraire,
prôner la partition de la Palestine ! Nous devons mutuellement tirer
les leçons de nos erreurs : la partition de Chypre n’a rien apporté
de bien aux Chypriotes, et nous ne devons pas tenter l’opération ici,
en Palestine. L’énorme tragédie du partage territorial entre la Grèce
et la Turquie, avec ses transferts de population, est la preuve vivante
qu’il s’agissait d’une mauvaise manière de résoudre le problème posé.
A chaque fois que je voyage en Méditerranée orientale, je regrette
profondément qu’il n’y ait plus de Grecs à Izmir (Smyrne), et plus
de Turcs à Thessalonique (Salonique). A Constantinople, les églises
Sainte-Sophie et Sainte Irène rappellent encore aujourd’hui le passé
orthodoxe de la capitale byzantine, et les mosquées de Rhodes pleurent
leur gloire passée. Cette tragédie, nous la vivons encore aujourd’hui,
car les Grecs représentaient un élément important et dirigeant dans
l’Empire ottoman, successeur des Byzantins. Les Turcs étaient des
soldats et des bergers, les Grecs incarnaient l’Etat et le commerce.
Une pièce de monnaie a été frappée, en 1455, à Constantinople ; son
côté face porte l’inscription « Mehmet, Sultan des Croyants », en
arabe, et son côté pile porte, en grec, l’inscription : « Mehmet,
Empereur des Orthodoxes. » L’Empire ottoman était à l’image de cette
pièce de monnaie, et sous la direction des guerriers turcs et des
ministres grecs, il assura la paix et la prospérité en Méditerranée.
L’Occident, jaloux de ses succès, s’employa à les saper. De la mise
à sac de Constantinople (par les Croisés), en 1204, à l’incendie de
Smyrne, en 1921, l’Occident impérialiste a tenté de désintégrer notre
belle Méditerranée orientale, et finit par y réussir. De la partition
gréco-turque surgit Mustafa Kemal Atatürk, et sa politique brisa (pour
un temps) l’esprit des Turcs, en faisant d’eux les instruments de
l’Amérique, en leur interdisant d’adorer Dieu et même de revêtir leur
costume national. La Grèce fut soumise par l’armée britannique durant
de très nombreuses années. Les Grecs représentaient la réelle force
dynamique de l’Empire ottoman. Dans leur Etat indépendant, ils sont
au service des touristes occidentaux. Rétrospectivement, on comprend
que le dépècement de l’Empire ottoman a été une erreur extrêmement
coûteuse, dont nous devons encore acquitter le prix. Le partage de
Chypre, le partage de l’Irlande, le partage de l’Inde – autant de
partages imposés par l’Occident impérialiste, qui, tous, ont conduit
au désastre. Assez ! Pour moi, le partage de la Palestine doit être
absolument évité, et les vrais problèmes résolus en promouvant l’égalité,
la démocratie, l’amour de notre pays et de sa joie de vivre. Sans
doute le non-partage de la Palestine marquera-t-il un tournant dans
l’histoire de l’Humanité.
Q : Vladimir Guzinski, baron des médias russes,
a été arrêté à Athènes et son extradition vers la Russie est imminente.
D’autres membres immensément riches de la communauté juive de Russie
sont également poursuivis par la justice (Berezovsky, Khodorkovski),
et d’autres encore restent en bons termes avec Poutine et les autorités
russes (Abramovitch, Chubais). Vous êtes né et vous avez travaillé
en Russie, vous connaissez ce pays et sa culture. Comment expliquez-vous
le pouvoir illimité qui s’est trouvé rassemblé entre les mains de
certains juifs après 1989 ? Pensez-vous que Poutine soit en train
d’imposer certaines limites à leur pouvoir, ou bien est-il simplement
en train de faire un peu le ménage ?
R : L’ascension des juifs dans la Russie post-soviétique est un phénomène
absolument stupéfiant. Six, sur sept, des hommes les plus riches en
Russie sont juifs, et ils sont extrêmement influents dans les médias,
dans la banque, dans le contrôle des ressources naturelles. Il n’est
pas facile d’expliquer pourquoi Chernoy, simple comptable juif de
Tashkent, qui percevait un salaire mensuel de cent roubles, est devenu
le propriétaire de toute l’industrie de l’aluminium en Russie ! Une
explication cependant existe : elle est d’essence religieuse. Lorsqu’ils
sont riches, les Orthodoxes en conçoivent un sentiment de honte. Ils
se souviennent de la proportion entre une aiguille et un chameau.
Ils savent que les riches sont rarement des gens honnêtes. Ils sont
honteux du pouvoir, car on leur a enseigné : les derniers ici, seront
les premiers, dans l’au-delà. Cette qualité du christianisme orthodoxe
a été en partie héritée par le communisme, c’est pourquoi le communisme
a réussi, en Russie. (Il aurait réussi en Grèce, aussi, mais l’Angleterre
a écrasé les communistes au cours de la guerre civile qui a immédiatement
fait suite à la Seconde guerre mondiale, dans votre pays). Les juifs
non-réformés et les calvinistes n’ont pas de ces inquiétudes. Ils
recherchent le pouvoir, car l’Ancien Testament leur dit : « Sois le
maître de tes frères, et ils inclineront le front devant toi ». Ils
sont persuadés que la richesse matérielle est un signe de bénédiction.
C’est la raison pour laquelle ils sont prêts à s’emparer de tout ce
qui leur tombe sous la main. Sur un registre moins religieux, je citerai
Victor Pelevin, un écrivain russe contemporain : « Dans des temps
troublés, un homme rusé et sans scrupules s’en tire mieux qu’un homme
honnête, car il s’adapte très rapidement aux changements. A un certain
niveau de malhonnêteté et de rouerie, on prévoit les changements à
venir très à l’avance, et l’on s’adapte d’autant plus rapidement.
Les pires voyous s’adaptent aux changements avant même qu’ils ne se
produisent dans la réalité. Ces pires voyous sont le moteur du changement,
car ils ne se contentent pas de prévoir l’avenir : ils lui donnent
forme. Ces voyous sans scrupules, éhontés et arrivistes convainquent
les autres que leur prévision est correcte, après quoi le changement
peut survenir. » [i] En d’autres termes, le « succès » d’un groupe
au détriment des autres est un signe de son absence de scrupules.
Mais, de manière plus pragmatique, les juifs russes doivent leur succès
à leurs relations étroites avec les juifs américains. Quand les juifs
américains sont entrés dans le grand jeu du partage des dépouilles
de la Russie, ils avaient besoin d’associés locaux, et les juifs russes
étaient disponibles, pour jouer ce rôle-là. Ainsi, cette prééminence
des juifs russes est encore pire qu’elle ne paraît, car les prééminents
sont extrêmement pro-américains et pro-capitalistes. Ils soutiennent
la domination occidentale, ils combattent l’Eglise orthodoxe russe,
et ils prônent ce qu’ils appellent la « modernité », ce mélange toxique
à base de CNN, de MTV et de FMI. Ils jouissent du soutien de juifs
américains très influents. Khodorkovsky bénéficie du soutien de juifs
influents aussi différents entre eux et mutuellement hostiles que
Richard Perle et George Soros. Le New York Times du 23 juillet dernier
rapporte, de Moscou : « Lorsque le conseiller politique clé à Washington,
Richard Perle, s’est assis en face d’un analyste politique russe éminent,
cette semaine, au cours d’une réunion très importante, il a prodigué
le conseil non sollicité suivant : « Laissez tomber la compagnie pétrolière
Yukos, le géant russe de l’énergie, laissez-la aux prises avec ses
juges, dans le bras de fer judiciaire actuel. » (Yukos désigne Khodorkovsky).
Charles Grand, un homme de Soros, a écrit : « Aujourd’hui, en termes
purement utilitaristes, Khodorkovsky est un agent du Bien, en Russie.
Il apporte son soutien direct et indirect à beaucoup d’organisations
et d’individus qui s’efforcent d’élever les standards du capitalisme,
de la société civile et de la démocratie, en Russie. Il veut rendre
la Russie plus occidentale, ce qui est, de mon point de vue, ce dont
elle a le plus grand besoin ». Quand Poutine a pris des mesures à
l’encontre de Gusinsky, le New York Times de Sulzberger a exhorté
à « défendre la liberté de la presse indépendante » - autre nom de
code pour désigner la presse détenue par des juifs – et l’on sait
bien que le New York Times n’a jamais défendu Zavtra ni les autres
médias russes d’opposition. Mais les juifs ordinaires, je devrais
plutôt dire les Russes d’origine juive – et ils sont des millions
– c’est une autre histoire. Je les rencontre : ils sont professeurs
de musique, journalistes, économistes… ; ce sont des gens normaux.
Ils rejettent le Nouvel Ordre Mondial et regrettent la chute de l’Union
soviétique. Même les oligarques sont des gens normaux : Berezovsky
s’est converti au christianisme orthodoxe, il a épousé une Russe,
il soutient l’opposition nationale, et qui sait ? Peut-être a-t-il
changé sa manière de concevoir la vie ? Il faut absolument rejeter
toute approche manichéenne : la réalité est toujours plus compliquée
que tous les schémas, toujours trop simplistes. [i] : Plus un homme
est rusé et malhonnête, plus la vie lui sourit. Cela, précisément
parce qu’il s’habitue plus rapidement que les hommes honnêtes au changement.
Il est un certain niveau de ruse malhonnête qui permet à celui qui
l’a atteint de prédire les changements avant même qu’ils ne se soient
produits, ce qui lui permet de s’habituer à ces changements d’une
manière significativement plus rapide que tous les autres. Les gredins
les plus raffinés se préparent aux changements avant même que ces
changements n’aient commencé à se profiler. Mais il faut savoir que
tous les changements, en ce monde, se produisent exclusivement grâce
à cette bande de gredins sophistiqués. Car, en réalité, ils ne prédisent
nullement l’avenir : ils le modèlent, en rampant dans la direction
à partir de laquelle, estiment-ils, soufflera le vent. Après quoi,
il ne reste au vent, naturellement, d’autre possibilité que de souffler
de l’endroit de leur choix. On parle bien ici des gredins les plus
ignobles, les plus rusés et les plus éhontés qui soient, et pourtant
ils sont capables de convaincre tout le monde que le vent souffle,
précisément, de l’endroit vers lequel ils s’étaient, quant à eux,
discrètement dirigés.
Des « diffamations sanglantes »
à vous glacer le sang [Une histoire pour l'été]
par Israel Shamir, 20 juillet 2003
La canicule met à rude épreuve ceux qui ne bénéficient
pas d'air conditionné. Lorsque le thermomètre s'affole,
atteignant des quarante degrés et plus (ou des valeurs a trois
chiffres, pour les adeptes de la graduation Fahrenheit), l'humanité
marque le pas et elle s'enquiert de trouver son salut en se réfugiant
dans des lieux ombragés et - si possible - frais. Des parents
quittent les villes, emmenant leurs enfants à la plage. Des
couples bon chic bon genre s'acheminent vers les montagnes. Mais la
recette la plus sophistiquée pour se défendre contre
l'inconfort causé par la sueur qui vous fait coller les vêtements
à la peau, ce sont les Japonais, toujours très inventifs,
qui l'ont découverte. Par les nuits d'été les
plus caniculaires, ils forment des petits groupes, et ils se racontent
des histoires d'horreur à faire dresser les cheveux sur la
tête, ce qui leur envoie d'agréables frissons le long
de la colonne vertébrale et leur donne la chair de poule, bien
qu'ils aient souvent une peau d'ivoire. En juillet, tous les cinémas
de Tokyo passent les grands classiques de l'horreur, depuis Kwaidan
et sa flopée de fantômes jusqu'à Godzilla exerçant
sa terrible vengeance sur New York. Après des films pareils,
les Japonais sont (un peu) plus armés pour affronter bravement
la chaleur suffocante
Cet été, l'exemple japonais a fait un émule en
la personne de David Aaronovitch, dans l'hebdomadaire britannique
Observer. Afin de glacer (charitablement) le sang de ses lecteurs
anglais, il a eu recours à la «Diffamation Sanglante
», cette histoire récurrente de juifs enlevant des enfants
chrétiens, les tuant et « utilisant leur sang pour des
rituels ésotériques ». « L'Angleterre, aux
douzième et treizième siècles, a connu une flambée
de ces fantasmagories, et de nombreux juifs ont perdu la vie à
cause d'elles », a-t-il notamment écrit, feignant ensuite
de s'interroger : « Alors, dites-moi ce qu'une diffamation sanglante
peut bien fabriquer dans un éditorial du vénérable
quotidien égyptien à grand tirage Al-Ahram, ou encore
dans un livre écrit par le ministre syrien de la Défense,
ainsi que dans des sermons radiodiffusés depuis certaines mosquées
de Palestine ? » Après quoi, Aaronovitch nous explique
que « la diffamation sanglante en question est celle de l'affaire
des disparitions de Damas, en '840, dans laquelle plusieurs juifs
(dont un certain David Harari) ont « avoué » aux
autorités ottomanes - bien entendu, sous la torture - avoir
kidnappé un prêtre et en avoir utilisé le sang
pour leur rituel. »
Le prêtre assassiné à Damas était loin
d'être un enfant, mais il en faudrait plus pour arrêter
Aaronovitch. Il ne sait absolument rien de cette affaire, mais cela
n'a pas l'air de l'arrêter non plus. C'est simple : IL SAIT
- Un juif ne peut qu'être innocent.
Aaronovitch n'est pas seul dans son cas. Jackie Yakubowsky, en Suède,
et une pléthore de ses clones, de New York a Moscou, rappellent
à leurs lecteurs les infâmies de Damas. Si vous effectuez
une recherche sur Internet, vous trouverez cette expression de «
diffamation sanglante », utilisée d'abondance dès
lors qu'un écrivain juif est irrité par une accusation
portée contre un juif. Qu'il s'agisse d'un Marc Rich soustrayant
au fisc des milliards d'impôts, d'un George Soros mettant la
Malaisie sur la paille, d'un Ariel Sharon accusé de massacre
de masse devant un tribunal belge ou encore de Muhammad al-Durra,
tiré comme un lapin sous les yeux de millions de téléspectateurs,
nous avons affaire, à chaque fois, à un cas de «Diffamation
Sanglante ». Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire qu'il
y ait des enfants et du sang. Dès que les juifs n'aiment pas
un truc, c'est de l'« antisémitisme ». Cela, on
le sait. Mais si une accusation vraiment gênante est formulée,
la meilleure défense consiste à lever vos yeux vers
le ciel et à vous exclamer : « Mais, c'est de la Diffamation
Sanglante ! » Exercice : Devant la glace, essayez d'imiter la
mimique de Shimon Peres après la condamnation mondiale du massacre
de Jénine.
«Diffamation Sanglante ! », voila le cri de guerre juif,
a l'instar du «Montjoie Saint-Denis ! » des Croisés
francais et du « St George for merry England ! » des chevaliers
anglais. Dès qu'il est proféré, les juifs sont
mobilisés, prêts à l'action, tandis que les Gentils,
horrifiés par l'accusation, restent médusés.
Le tribut des enfants palestiniens tués par Tsahal ayant atteint
plusieurs centaines et ayant commencé a attirer l'attention
des organisations internationales, l'épouvantail de la Diffamation
Sanglante, ultime défense des assassins, fut promptement ressorti
du hangar. Cela a aidé, même si le chef du Shabak, les
services secrets israéliens, n'a pu s'empêcher de se
demander, au cours d'une interview televisée diffusée
à une heure de grande écoute, pourquoi autant d'enfants
étaient assassinés sans raison par les soldats israéliens
?
Cette expression terrifiante peut aussi être utilisée
contre des juifs désobéissants, notez bien. Après
qu'Edward Herman, auteur de Manifacturing Consent ['] (La fabrique
du consensus), eut écrit ceci : « Le puissant lobby pro-israélien
aux États-Unis promeut les intérêts d'Israël
en favorisant l'accroissement des aides et de la protection américaine
a ce pays, ainsi, actuellement, qu'en faisant pression en faveur d'une
guerre contre l'Irak, qui servira a son tour les intérêts
israéliens. Ce lobby n'a pas seulement contribué a contrôler
le débat médiatique et à transformer le Congrès
américain en territoire occupé par Israël, il a
veillé à ce que de nombreux officiels a la loyauté
duplice occupent des postes stratégiques dans l'administration
Bush », un réalisateur de cinéma américain,
juif, David Rubinson m'a écrit, qualifiant ces propos d'Herman
de « summum de la Diffamation Sanglante ». Mes allusions
personnelles aux enfants palestiniens assassinés ont été
qualifiées de « Diffamation Sanglante » par le
Jerusalem Post, un quotidien d'extrême-droite publié
par Conrad Black.
L'utilisation fréquente et tendancieuse de cette catégorisation
horrifiante (à côté d' « antisémitisme
» et de « protocoles des Sages de Sion ») a entraîné
une certaine dépréciation de sa valeur faciale, mais
elle n'en est pas moins encore fort importante. Vous ne pouvez jamais,
au grand jamais, considérer qu'il puisse y avoir un fond de
vérité dans la Diffamation Sanglante, cette accusation
de meurtres rituels d'enfants. À moins que ? Une Diffamation
Sanglante a été diffusée, récemment, par
l'Observer, ce même hebdomadaire qui avait publié les
propos d'Aaronovitch, et pourtant, rien ne s'est passé.
Voici l'extrait :
Torso boy' was sacrificed
by Martin Bright and Paul Harris
A boy whose mutilated torso was discovered floating in the Thames
in London was brought to Britain as a slave and sacrificed in an African
religious' ritual intended to bring good luck to his killers.
Genetic tests on the boy - found last September with his head and
limbs removed and wearing orange shorts - point to West African origin.
Further analysis of stomach contents and bone chemistry show the child,
aged between four and seven, whom police have named Adam, could not
have been brought up in London. Detectives are now working on the
theory that he was bought as a slave in West Africa and smuggled to
Britain solely to be killed.
Experts of African religion consulted by police believe Adam may have
been sacrificed to one of 400 3Orisha2 or ancestor gods of the Yoruba
people, Nigeria's second largest ethnic group. Oshun, a Yoruba river
goddess, is associated with orange, the colour of the shorts that
were put on Adam's body 24 hours after he was killed in a bizarre
addition to the ritual.
From analysis of his clothing police believe Adam may have arrived
in London from Germany. His fate shocked the West African community
in Britain. The vice-chairman of the African Caribbean Development
association, Temi Olusanya, said: "This crime cannot be tolerated
in African religions. Murder is murder". The Observer.
Alors, je vous ai fait peur, pas vrai ? Eh bien, non
: pas tout suite, l'extrait Maintenant, là, voilà. Vous
avez repris votre souffle ? Vous êtes détendu ? Bon Dans
le passage en question, ce sont les Noirs, qui commettent des meurtres
rituels, pas les juifs ! A-t-on entendu une quelconque protestation
? Dans le roman Farewell, My Lovely [Adieu, mon amour], de Raymond
Chandler, un paparazzo entre sur le théâtre d'un crime,
littéralement couvert de sang. Apprenant de la bouche d'un
policier que la boucherie a été perpétrée
par des habitants de Harlem, s'exclame : « Ah ça, ça
saute aux yeux ! » avant de s'éloigner en voiture. Pour
quelque raison obscure, on ne qualifie pas une accusation de meurtre
rituel imputé a des Noirs de « Diffamation Sanglante
», de même qu'un génocide perpétré
contre des Noirs ou des Arméniens ne saurait être qualifié
d' « Holocauste ».
« Si les Palestiniens étaient des Noirs, Israël
serait un État paria, assujetti a des sanctions economiques
imposées par les Etats-Unis », a écrit The Observer
dans un éditorial apres l'éclatement de la deuxième
Intifada.
Oh que non ! Si les Palestiniens étaient des Noirs (quelques-uns
d'entre eux, au demeurant, en sont), l'esclavage serait rétabli
aux États-Unis et la maxime du grand sage juif Maimonide [2]
« Les Noirs ne sont pas des êtres humains » serait
inscrite en lettres d'or sur les dollars américains. Et il
est de fait qu'en cent soixante ans d'existence le Liberia, cet «
Israël » afro-américain, a reçu des États-Unis
moins d'aide que le « Liberia » juif, Israël, en
perçoit en un mois.
Pourquoi l'accusation de meurtre rituel portée contre des Noirs
est-elle prise autant à la légère, tandis qu'une
accusation formulée à l'encontre d'un juif crée
des vagues dans les consciences ? Pouvons-nous considérer une
accusation formulée contre des juifs de la même manière
sereine, détachée et pragmatique dont The Observer et
Scotland Yard ont considéré une accusation de même
nature portée contre des Noirs ? Si ce n'est pas le cas, alors
: notre anti-racisme autoproclamé ne vaut pas un clou !
La Diffamation Sanglante, les juifs n'ont rien contre, a l'occasion.
Les parents palestiniens sont constamment accusés par des scribouillards
juifs de sacrifier rituellement leurs propres enfants en les exposant
a la furie « (o combien) justifiable » des soldats israéliens.
Dans un article intitulé Child Sacrifice, Palestinian Style
[Sacrifice d'enfant, à la mode palestinienne], un certain Reuven
Koret remarque, dans Capitalism Magazine du 13 novembre 2002 : [3]
: « Les Palestiniens sacrifient désormais leurs propres
fils et filles pour des raisons politiques, comme en un rituel sacré.
» Le Jerusalem Post a décrit [4] « des parents
et des dirigeants palestiniens (qui) envoient, fiers d'eux, des enfants
mourir dans des attaques contre Israël et ont recours, tout aussi
bien, à des attentats ciblant des enfants israéliens
», tandis que la particulièrement maligne Cynthia Ozick
a osé écrire : « Mais l'invention sociétale
palestinienne la plus ingénieusement barbare, laissant loin
derrière toute autre innovation imaginative, consiste à
recruter des enfants palestiniens qu'on envoie se faire exploser dans
le but de détruire le plus grand nombre possible de juifs dans
les endroits accessibles les plus bondés possibles. »
Pour quelque raison inconnue, pratiquement aucun lecteur juif [5]
n'a écrit à ces publications afin de protester contre
la « diffamation sanglante » qu'ils formulaient, ni contre
« la mise en cause globale de l'ensemble d'une communauté,
stigmatisée de manière ignoble afin de diffuser la haine
et d'attiser l'animosité raciale jusqu'à la porter au
degré du meurtre et du massacre », pour reprendre les
termes de la protestation formulée par David Rubinson contre
les articles de Herman, et les miens. Apparemment, on peut accuser
une communauté entière, dès lors que cette communauté
n'est pas juive. La diffamation sanglante ne pose aucun problème,
dès lors que les juifs sont les accusateurs, et non les accusés.
Néanmoins, voyez-vous, c'est la croyance dans les meurtres
rituels juifs (et non pas palestiniens) qui s'est répandue
historiquement et qui persiste aujourd'hui. L'ancienne Jewish Encyclopaedia
(Vol. III, p. 266) énumère les cas suivants, en commençant
par William de Norwich : cinq au douzième siecle; quinze au
treizième ; dix au quatorzième ; seize au quinzième
; treize au seizième ; huit au dix-septième ; quinze
au dix-huitième et trente-neuf au dix-neuvième siecle.
Le comput s'arrête en 1900. Total : cent treize meurtres rituels.
Il y a eu encore plus de cas au vingtième siecle [6]. Quelle
est la raison de cette croyance ? Y aurait-il eu une conspiration
d' ampleur mondiale - persistant au cours des siècles - de
surcroît, visant à impliquer des juifs innocents dans
des crimes haineux, ou y a-t-il réellement un crime derrière
ces accusations ?
II
L'intrépide Professeur Israel Yuval, de l'Université
Hébraïque de Jérusalem, s'est attaqué à
cette question, dans un ouvrage fondateur [7], disponible en hébreu.
Sa traduction anglaise aurait du paraître il y a quelques années
aux Presses de l'Universite de Californie, mais, pour un certain nombre
de raisons, elle n'est pas encore disponible. C'est certainement pure
coïncidence, si certains universitaires juifs américains
ont formulé des objections contre la publication de ce livre
et ont appelé à ce qu'il soit « effacé
de la conscience publique »
Yuval a découvert qu'il y a eu des cas irréfutables
d'assassinats d'enfant derrière ces Diffamations Sanglantes.
Durant la Première Croisade, des gens impatients ont tenté
de baptiser par la force des juifs de la vallée du Rhin afin
de sauver leur âme du culte satanique de la haine, car c'est
ainsi qu' ils considéraient le judaïsme. Leur refus d'être
baptisés fut considéré comme un attachement borné
à Satan : pour des gens pré-modernes, notre indifférence
religieuse actuelle était totalement inacceptable. Ils voyaient
un lien direct entre la foi et le comportement, et ils ressentaient
la nécessité d'une foi partagée, afin d'unifier
la communion des croyants. Un juif résidant en permanence dans
un pays chrétien créait une situation compliquée
: il etait libéré du devoir de l'amour fraternel et
pouvait se comporter de manière antisociale (ce qu'il faisait
fréquemment) en pratiquant, par exemple, l'usure et la sorcellerie.
Les chrétiens étaient particulièrement outrés
par la coutume très respectée par les juifs de maudire
les Gentils. Chaque jour, les juifs demandaient à Dieu de tuer,
de détruire, d'humilier, d'exterminer, d'affamer, de diffamer,
d'empaler les chrétiens, de faire tomber sur eux sa Divine
Vengeance et de couvrir le manteau de Dieu du sang des goyim. Le livre
d'Israel Yuval offre au lecteur une riche sélection de maledictions
à vous glacer le sang [À lire par temps
de canicule NDT].
Les Croisés n'étaient pas racistes. Ils ne pensaient
pas que les juifs fussent irrémissiblement mauvais, mais ils
rejetaient l'idéologie de la haine et de la vengeance que les
malédictions juives exprimaient. Ils avaient également
peur de ces malédictions, au moins autant que les juifs. (Dans
l'Israel moderne, maudire quelqu'un est considéré comme
un délit passible de prison). En réalité, pour
les juifs comme pour les chrétiens de l'époque, les
malédictions n'étaient pas de simples propos offensants
imbéciles. Les malédictions étaient des armes
- puissantes. Les Croisés donnaient le choix aux juifs entre
l'expulsion et la conversion ; c'était là l'équivalent
archaïque de notre traitement psychologique moderne destiné
aux adeptes des sectes totalitaires. À l'époque, on
baptisait de force les Slaves et les Scandinaves, par exemple, et
il était évident pour tout le monde que les juifs vivant
en terre chrétienne devaient être baptisés, eux
aussi.
Toutefois, les juifs ne prenaient pas à la légère
la tentative de les faire passer dans le Nouvel Israël. Lorsque
le « danger » du baptême devenait imminent, beaucoup
d'entre eux assassinaient leurs propres enfants et se suicidaient.
Ceci est amplement attesté : les chroniqueurs juifs et chrétiens
de cette époque décrivent longuement ces événements,
les juifs glorifiant ce comportement à la mode de [la ferme
de] Waco, les chrétiens le condamnant. Assassinaient-ils les
enfants afin de les sauver des griffes du Christ-démon ? Eh
bien, pas exactement. Cela aurait déjà été,
en soi, suffisamment affreux, mais la réalité était
pire. Le crime était perpétré à la manière
d'un abattage rituel, suivi de libations du sang de la victime.
En effet, les juifs ashkenazes croyaient fermement que le sang juif
répandu avait la vertu magique d'appeler la Vengeance Divine
sur la tête des Gentils. D'autres utilisaient le sang de la
victime en expiation. A Mayence (Mainz), Yitzhak ben David, le chef
de la communauté juive, amena ses jeunes enfants à la
synagogue, les égorgea, puis il répandit leur sang sur
l'Arche, en proclamant : « Que ce sang d'agneau innocent soit
en expiation de mes péchés. » Cela s'est passé
deux jours apres des heurts avec les chrétiens, aucun danger
n'étant plus à redouter.
L'image de juifs tuant des enfants pour des motifs cultuels eut un
impact énorme sur les peuples chrétiens d'Europe. Ce
comportement n'était en rien comparable au martyre chrétien.
Alors que les martyrs chrétiens permettaient que d'autres les
tuassent au nom de leur foi, jamais aucun d'entre eux ne s'est suicidé,
ni a fortiori n'a assassiné ses enfants, ou ceux de quelqu'un
d'autre, à cette sublime fin. Cela contribua à imposer
une image de cruauté et d'impitoyable dureté des juifs.
Au fil des ans, les circonstances exactes qui avaient entouré
les assassinats d'enfants furent oubliées, mais l'image d'un
juif tuant des enfants resta inscrite dans la psyché européenne.
(Yuval reprend la thèse de Robert Graves [ http://www.robertgraves.org
], qui expliqua bien des traditions de l'Église par la lecture
erronée qu'elle fit au cours des siècles d'images remontant
à un lointain passé). Cela fut à l'origine de
l'idée voulant que les juifs trucidassent des enfants chrétiens,
alors qu'en réalité, les juifs assassinaient leurs propres
enfants, nous explique le Professeur Yuval.
Et il est de fait que les accusations de crime rituel apparurent peu
de temps après que des enfants eurent été assassinés
en Allemagne. Yuval évoque ces accusations avec horreur, passant
à côté d'un point essentiel : un assassinat rituel
d'enfant est un assassinat rituel d'enfant. Si des juifs ont pu commettre
ce crime haineux a Mayence et a Worms, et si d'autres juifs ont pu
exalter ce crime, le transformant en comportement exemplaire, jusque
dans des ouvrages historiques publiés en Israel dans les années
1950, peut-on encore s'indigner et être horrifié par
des accusations de crimes similaires perpétrés à
Norwich ou à Blois, ou encore à Damas et à Kiev
? Si Yuval pense qu'un juif peut utiliser seulement du sang juif pour
des libations destinées a réveiller Adonai [la furie
de Jehovah], il n'en reste
pas moins que, dans certains cas, l'enfant kidnappé etait circoncis
juste avant d'etre assassiné, c'est-à-dire qu'on l'avait
auparavant « transformé en enfant juif ». Quant
à l'expiation des péchés, même le sang
d'un agneau aurait fait l'affaire.
De nombreux récits médiévaux de juifs tuant leurs
enfants parce qu'ils étaient entrés dans une église
ou parce qu'ils avaient manifesté le désir d' être
baptisés n'ont rien de particulièrement étonnant,
lorsqu'on sait que les parents et la famille plus eloignée
de juifs convertis portaient le grand deuil de ceux-ci. Encore au
vingtième siecle, le doux Tevye le Laitier, héros idéalisé
du Violon sur le Toit de Sholem Aleichem, prend le deuil de sa fille
baptisée. Le rite de deuil pour une personne encore vivante
est un rite magique destiné à tuer cette personne. Des
gens intimement convaincus des pouvoirs de la magie pouvaient en mourir,
comme nous l'explique Frazer dans son enorme encyclopedie des croyances
populaires. Si vous êtes capable d'essayer de tuer quelqu'un
par la magie, pourquoi reculeriez-vous devant des methodes plus classiques
pour ce faire ?
Sur une période de huit siècles, les juifs ont été
convaincus de plus de cent cas de meurtre rituel et d'offrande de
sang. C'est raisonnable, si nous tenons présent à l'esprit
le nombre de maniaques religieux. Sans doute toute autre communauté
religieuse de taille comparable aurait produit un nombre approchant
de déviants dans le style d'un Gilles de Rais [maréchal
de France, au quinzième siecle] ou d'un Comorre le Maudit [un
chef breton du sixième siecle]. Il serait bien étrange
que tous ces cas ressortissent eux aussi a la « diffamation
». Le concept des pouvoirs magiques du sang était profondément
ancré dans la pensée juive. Le sang était utilisé,
nous l'avons vu, pour des libations et des expiations.
Bien sûr, il s'agissait du sang d'un agneau. Mais, dans l'affaire
de Mayence, c'est du sang d'enfant qui a été utilisé,
en l'occurrence. Dans le monde chrétien, certaines personnes
pratiquaient la magie noire, accompagnée de sacrifices humains,
au cours d'un rituel « chrétien » perverti. Ils
remplacaient par du sang humain le vin de la communion, qui est le
sang du Christ, lui-même sang de l'Agneau Pascal. Peut-on raisonnablement
penser que les juifs n'ont jamais vu naitre chez eux de magiciens
ni de sorciers capables d'utiliser du sang humain afin de laver les
péchés ou de hâter le Salut ?
III
Par ailleurs, le rapport établi entre les sacrifices de sang
et les matzot de la Pâque ou l'homentash de Purim relève
tout simplement de la croyance populaire : le mysticisme inhérent
à la notion de libations pouvait être mal interprété
par des gens simples. Yuval voit dans ces fantasmes une combinatoire
de différentes traditions, de surcroît, mal interprétées.
Les juifs haissaient de tout leur coeur la chrétienté
et ils organisaient plusieurs cérémonies magiques visant
le Christ et la chrétienté, au moment de Pâques,
de Purim et de la Pâque (juive). Ils confectionnaient des figurines
qu'ils attachaient à une croix, et ils les brûlaient
ou ils les mutilaient de différentes manières ; ils
désacralisaient des hosties et parodiaient la communion. La
coutume consistant à eliminer toute trace de ferment (levain),
observée par les juifs au matin de la Pâque, entendait
aussi symboliser l'éradication des goyim, et à y conduire
magiquement, écrit Yuval.
À l'occasion, les juifs tuaient des prêtres et des nonnes.
Les prières de la Pâque regorgeaient d'allusions anti-chrétiennes,
dont certaines ont survécu jusqu'à ce jour, notamment
le Shepoch Hamatha, une prière appelant la vengeance de Dieu
sur les goyim, et le Aleinu Leshabeyach, qui décrit le Christ
et Sa (sainte) Mère dans les termes les plus blasphématoires
qui soient.
Les chrétiens ont associé mentalement ces phénomènes,
écrit Yuval. Si les juifs haïssent le Christ et les chrétiens,
profanent des hosties et ont été vus parfois en train
de tuer rituellement leurs propres enfants, les chrétiens devaient
penser que, sans doute, les juifs assassinaient itou les enfants des
autres, au moment de Pâques ou de la Pâque, nous explique-t-il.
Néanmoins, Yuval pense que, même si les faits motivant
cette déduction étaient exacts, la conclusion, en revanche,
ne l'était pas. Les juifs ne mettaient pas de sang dans leurs
matzots, conclut-il.
Toutefois, la croyance en l'utilisation de sang humain par les juifs
pour la confection de leurs matzots (pain azyme, ndt) peut s'expliquer
de manière plus satisfaisante si l'on tient compte de l'intensité
de la haine généralisée des juifs envers les
chrétiens. Dans les rites de la Pâque juive, un petit
morceau de pain sans levain - Afikoman - symbolisait l'Agneau Pascal.
Au début du repas (Seder) de la Pâque, on le tenait caché.
On peut imaginer qu'un mystique ait pu donner un sens littéral
à la métaphore de l'Afikoman en tant qu'Agneau Pascal.
Cela a été affirmé par de nombreux juifs qui
ont quitté le bercail et qui ont rejoint l'Église. Ils
ont aussi témoigné du fait que l'afikoman était
cuit séparément et en grand secret. Certains parmi eux
expliquèrent que du sang n'etait certes pas ajouté directement
à la pâte de ce pain pascal, mais brûlé,
et que les cendres de ce sang étaient utilisées au cours
d'un rituel évoquant la purification de la Génisse Rousse.
Pour Israel Yuval, qui est un juif observant, tout témoignage
d'un converti est « suspect » et « douteux »,
mais discréditer les témoignages de tout non-juif, voilà
qui relève d'une tradition juive ancestrale. De la même
manière, les « Nouveaux Historiens » israéliens
n'ont fait que confirmer les informations auxquelles leurs collègues
palestiniens étaient parvenus. Mais la confirmation, par eux,
des horreurs de 1948 eut un impact considérable en Occident,
car les recherches effectuées par des non-juifs étaient
considérées « suspectes » et « douteuses
» par un discours occidental soumis à l'emprise juive.
Pour des non-racistes, il n'y a aucune raison de douter du témoignage
donné par un non-juif ou un ex-juif. D'ailleurs, si l'objection
opposée à des convertis devait être fondée
sur le rejet en soi des renégats, on devrait rejeter les arguments
avancés par les auteurs du Zero et l'Infini [Darkness at Noon]
(Arthur Koestler) et de La Catalogne libre [Homage to Catalonia] (George
Orwell), ou même ceux notre David Aaronovitch, car tous ont
renié leur foi communiste pour adopter un autre credo.
Les convertis savaient de quoi ils parlaient, et Yuval le confirme.
Ainsi, un converti de Norwich a expliqué que « les juifs
croient que, sans verser du sang humain, ils ne peuvent recouvrer
leur pays et leur liberté. » C'est là, pour Yuval,
une interprétation correcte de l'idée ashkenaze de Vengeance
en tant que voie vers le Salut. « Les juifs croyaient effectivement
que leur Salut dépendait de l'Extermination des Gentils »,
écrit-il. Certes, ils espéraient que Dieu et/ou leur
Messie se chargerait de faire le boulot. Mais cette restriction peut-elle
servir d'alibi ?
Si j'espère et prie Dieu que Pierre tue mon ennemi Paul, et
que Paul est effectivement trouvé assassiné, mes espoirs
et mes prières ne seront-ils pas la cause de fortes présomptions
à mon egard, plutôt qu'un alibi en béton ? «
Oh, non, il espérait que Pierre ferait sa fête a Paul
Donc, ce n'est certainement pas lui qui a fait le coup ? »
Cela me rappelle une réplique immortelle chez Raymond Chandler
[8]. Marlowe, son détective privé, découvre sur
le lieu d'un crime un mouchoir orné d'initiales non dénuées
de signification. Le suspect - en l'occurrence, la suspecte - une
jeune femme très distinguée, très intime avec
la victime, rejette les soupcons de Marlowe avec indignation. Marlowe
s'exclame, ironiquement : « Ce bout de chiffon porte vos initiales.
De plus, on l'a trouvé sous l'oreiller de la victime Mais ce
torchon empeste le parfum de santal à bon marché, et
vous n'acheteriez pour rien au monde un parfum bas de gamme. Et il
ne vous viendrait jamais à l'idée de mettre vos mouchoirs
sous l'oreiller d'un mecton. Donc, vous n'êtes pour rien dans
cette histoire ! Vous ne trouvez pas que c'est un peu tiré
par les cheveux, comme explication ? »
IV
Le dernier débat autour des sacrifices rituels s'est tenu,
il y a un peu moins d'un siècle. En 19'', à Kiev (aujourd'hui
capitale de l'Ukraine, à l'époque, il s'agissait d'une
ville importante des provinces de l'Empire russe), Andrew, un écolier
d'une école religieuse, âgé de douze ans, fut
assassiné de maniere horrible et inédite. On releva
quarante-sept blessures sur son cadavre. Il avait ete vidé
de son sang, et il avait ete baîllonné. Il semble que
ce crime ait revêtu un caractere rituel, comme celui de Torso
boy, en Angleterre [jeune Africain victime d'un crime, dont le cadavre
a été retrouvé flottant sur la Tamise, à
Londres], de nos jours. Cela pouvait être l'oeuvre d'un sataniste,
d'un fanatique ou de tout autre obsédé. Pouvait-il s'agir
d'un juif ? Oui. Le meurtrier aurait-il pu être poussé
par quelque déformation particulière de la religion
juive ? Nous avons vu que la réponse est : « oui ».
Toutefois, quatre cents rabbins envoyèrent une lettre ouverte
aux autorités et au tribunal, rejetant la possibilité
même d'une telle scélératesse.
Dans un paroxysme d'hystérie, la Russie se divisa entre ceux
qui croyaient aux meurtres rituels et ceux qui n'y croyaient pas.
Les journaux libéraux retinrent la these philosémite
: un juif ne saurait tuer qui que ce soit. Certainement pas, en tous
les cas, de maniere rituelle. Le Tsar, avisé, s' enquit de
savoir comment les quatre cents rabbins pouvaient être tellement
sûrs de ce qu'ils avançaient. Il souleva un point fondamental.
Il n'y a nul crime que des Russes, des Anglais, des Américains,
des Français ou des Chinois, ou encore, des chrétiens,
des musulmans ou des bouddhistes jugeassent leurs compatriotes ou
leurs coreligionnaires incapables de commettre. Nous savons que les
hommes sont tout aussi capables des plus hautes inspirations que de
la plus vile cruauté. Les sacrifices humains ont existé
dans toutes les nations, même chez les Grecs (Iphigénie)
et chez les Hébreux (Jephte). Toutefois, les juifs, dont la
religion comporte l' obligation religieuse du génocide (Amalek),
le devoir religieux de maudire les Gentils, et qui ont effectivement
pratiqué le meurtre rituel d'enfants (quand bien même
ce fussent les leurs propres), étaient disposés à
se porter garants de leurs coreligionnaires, co-membres de la tribu
d'Israël : des juifs ne pouvaient avoir fait cela. Ce degré
extraordinaire de solidarité tribale plaçait les juifs
dans une catégorie autre. Pour ainsi dire, hors-concours. Non
pas une nation, non pas une religion, mais un syndicat de protection
mutuelle.
« Il s'agit la d'une accusation portée contre l'ensemble
du peuple juif », avaient écrit les rabbins. C'etait
un mensonge : seul, un homme etait accusé, et son innocence
finit par être prouvée. Mais l'approche des rabbins était
utile, tactiquement : des masses de juifs, depuis New York jusqu'à
Moscou, s'étaient mobilisés, prêts à défendre
Beyliss. L'opinion libérale en Russie, en Europe et en Amérique
leur apportait son soutien.
Un seul homme de renom, Vassili Rosanov [9], non-conformiste brillant,
poète, écrivain et théologien, naguère
tombé dans l'oubli mais à nouveau très populaire
dans la Russie post-soviétique, etait convaincu qu'Andrew avait
ete martyrisé par des juifs, quand bien même il ne s'agit
pas de Beyliss en personne. (L'intelligentsia russe, de ce fait l'ostracisa).
Auparavant philosémite pur sucre (il envisagea même de
se convertir au judaïsme), il fut bouleversé par le sort
horrifiant du jeune Andrew et ulcéré par le fait qu'aucun
des défenseurs de Beyliss ne se préoccupait le moins
du monde de cet enfant assassiné dans des circonstances horribles.
Il écrivit un memoire tres intéressant ['0], dans lequel
il s'efforce de démontrer que les juifs ont effectivement pratiqué
des sacrifices humains.
Il s'etait initié a la cabale, avait mis les blessures d'Andrew
sous la forme de schémas dignes de son contemporain Alistair
Crawley, et il cite force passages de l'Ancien Testament, du Talmud
et même du Nouveau Testament, faisant allusion au sang. Dans
ses conclusions, il fait référence à la coutume
juive de sucer du sang du membre circoncis (des bébés)
et aux rituels juifs d'abattage des animaux de boucherie (aujourd'hui
interdits dans certains pays européens). Son intuition la plus
intéressante est tout à fait surprenante, même
pour le chrétien dechu qu'il était : il considère
que le judaïsme biblique ancien, précurseur du christianisme,
connaissait et pratiquait les sacrifices humains ; car, sinon, (raisonne-t-il),
le Christ ne se serait pas offert Lui-même en victime pour le
sacrifice suprême.
Rosanov voit dans Isaie, 53 [il fut transpercé à cause
de nos péchés, etc] - non pas une prophétie de
la Passion du Christ, mais la description d'un sacrifice humain réel
pratiqué dans le Temple de Jérusalem. Le rite pratique
dans le Temple dédié à Jehovah à Jérusalem,
était effectivement extrêmement sanglant et la Mishna
évoque des rivières de sang s'écoulant depuis
son autel. Cela fut condamné par les prophètes, qui
avaient fini par faire du Temple une survivance anachronique, à
l'epoque de sa destruction. C'est là, probablement, la raison
pour laquelle ce temple n'a pas été reconstruit. Toutefois,
les hypothèses de Rosanov, qu'elles soient ou non fondées,
ne répondent en rien à la question des sacrifices humains
au vingtième siecle.
Une chose est sûre : on peut trouver de nombreuses citations,
dans la Bible, dans le Talmud est dans des ouvrages cabalistiques
plus récents, plaidant en faveur de l'existence des sacrifices
humains. Dahl, un Danois auteur, au dix-neuvième siècle,
d'un court traité de criminologie, fait référence
à Nombres 23:24 « il boit le sang de ses victimes »
ainsi qu'à plusieurs autres versets. Nous sommes mieux équipés,
pour ce genre de recherche, que les contemporains de William de Norwich
ou d'Andrew de Kiev, car nous disposons de meilleurs textes de référence.
Ainsi, par exemple, en 1913, les experts n'auraient pas pu trouver
la citation suivante, du Talmud [''] : « Il est bon de transpercer
un jeune garcon goy, même un jour de Kippour, si le Kippour
tombe un jour de shabat. Pourquoi « transpercer », au
lieu d' « égorger » ? Parce que l'égorgement
exige une bénédiction, alors qu'on peut transpercer
à sa guise sans qu'il soit nécessaire de prononcer la
moindre bénédiction ». Aujourd'hui, nous disposons
de ce texte imprimé, dans de nouvelles éditions publiées
en Israël. Il est convenu de considérer ce genre de citation
comme une preuve de la haine exagérée des sages talmudistes
vis-a-vis des gens ordinaires. Mais il pourrait se faire qu'un jour
un mystique ou un praticien de la magie noire, y ait vu des instructions
pour le sacrifice du Yom Kippour, les kapparoth.
Toutefois, cela ne prouve en rien que ces cas étaient nombreux,
ni que cette tradition était largement répandue. De
plus, les chercheurs qui ont étudié ce phénomène
et qui ont été amenés à en admettre la
réalité objective, ont conclu que ces cas étaient
rares, et qu'ils demeuraient inconnus de la grande majorite des juifs.
Rosanov se trompait, tout autant que les rabbins. Rien ne permettait
à ceux-ci de dénier a priori la possibilité qu'un
crime ait pu être perpétré par un juif. Ils avaient
tort, lorsqu'ils clamaient que « tous les juifs » étaient
ainsi mis en accusation. Rosanov n'avait quant a lui aucun motif à
être aussi péremptoire qu'eux. Mais Rosanov n'avait nul
motif à faire des sacrifices humains la pierre angulaire du
judaïsme. Toutefois, confronté au front uni du philosémitisme,
il a laissé sa nature pugilistique prendre le dessus sur son
bon fond. Nous devons rejeter son attitude, injuste et pleine de préjugés.
En réalité, l'idée de sacrifice humain et de
sang versé en expiation est bien connue des chrétiens
comme des juifs ; ainsi, le meurtre rituel perpétré
sur la personne d'Andrew pouvait tout aussi bien avoir été
le fait de personne(s) de culture juive, comme de personne(s) de culture
non-juive.
Dans le meilleur des cas, le livre de Rosanov pourrait inciter un
mystique juif à s'essayer au meurtre rituel et aux libations
vampiroïdes. Mais les juifs y virent une attaque contre l'ensemble
des juifs. Les défenseurs de Beyliss tentèrent de circonvenir
l'un des témoins essentiels au procès, Vera Cheberiak.
On lui offrit un énorme pot de vin par l'intermédiaire
d'un avocat qui avoua l'avoir rencontrée de sa propre initiative,
dans des circonstances douteuses. Les propres enfants de Vera Cheberiak
avaient été tués par « des inconnus ».
En 1919, après la victoire des Bolcheviques, elle fut arrêtée
et maltraitée par les commissaires juifs de la Tcheka de Kiev.
Elle refusa de revenir sur ses déclarations, réaffirma
qu'elle avait dit la vérité. Mais elle fut exécutée,
après un « procès » expédié
en quarante
minutes [12]. En ce même an de grâce 1919, le ministère
soviétique de l' Éducation réunit une commission
afin d'établir la vérité définitive au
sujet des crimes rituels. Simon Dubnov, un historien juif, a participé
à cette commission, composée de quatre juifs et de quatre
chrétiens. Dans ses mémoires, il écrit : «
Les membres russes (de la commission) n'ont pas exclu la possibilite
qu'une secte juive secrète ait pu pratiquer des violences rituelles.
Les membres juifs, pour leur part, étaient absolument certains
que c'était totalement impossible. »
Alexander Etkind, un contemporain, juif, russe, spécialiste
des religions et auteur d'un ouvrage faisant autorité sur les
sectes en Russie, a écrit dans la revue qu'il dirige [13] :
« Aujourd'hui, nous pouvons être plus ouverts. Je ne considère
pas comme impossible qu'il ait pu y avoir, chez les juifs, une secte
cruelle et secrète. J'ai étudié les sectes en
Russie, certaines d' entre elles peuvent à juste titre être
qualifiées de sanguinaires, vicieuses, meurtrières.
Je n'ai pas connaissance de l'existence d'une / de secte(s) juive(s)
de cette nature, mais je ne saurais en exclure l'existence a priori.
Apparemment, mes sentiments sont plus proches de ceux des membres
russes de la commission que de ceux de ses membres juifs. »
Dans la longue histoire des études consacrées à
l'accusation de crime rituel, c'est l'observation la plus avisée
qui ait jamais été faite. Alexander Etkind a raison,
tandis que David Aaronovitch a tort. Yitzhak Ginzburg, un cabbaliste
et mystique juif célèbre, chef de la Yeshiva Od Yosef
Hai, en Israël, en a apporté la confirmation en déclarant,
récemment, à la presse americaine : « Un juif
est autorisé à extraire le foie d'un goy s'il en a besoin,
car la vie d'un juif a plus de valeur que la vie d'un goy, de la même
manière que la vie d'un goy est plus précieuse que celle
d'un animal ». Des gens qui pensent cela font-ils un quelconque
distinguo un sacrifice animal et un sacrifice humain ?
V
La question des meurtres rituels divise l'humanité, mais il
ne s'agit pas d' une division opposant les juifs aux gentils, et réciproquement.
La division réelle est tout aussi tranchée : d'un côté,
les philosémites, les juifs et les gentils qui excluent a priori
la possibilité d'une quelconque culpabilité juive. Même
s'ils trouvent un cadavre et un juif muni d'un couteau ensanglanté
à côté, ils s'exclameraient : « Ah non,
s'il vous plait, pas encore une Diffamation Sanglante ! ». De
l'autre, les gens normaux, juifs et gentils, qui prennent en considération
toutes les circonstances de chaque cas, sans préjugés,
comme le propose Alexander Etkind. Un philosémite est quelqu'un
qui exclut toute possibilité qu'un meurtre cruel ou rituel
ait pu être commis par un juif ; c'est un raciste naïf,
dans le meilleur des cas. M. Aaronovitch ne cherche pas à se
renseigner sur le cas des disparitions de Damas. Le meurtre a eu lieu
en 1840, il y a si longtemps ! Il se contente de présumer qu'un
juif ne peut pas être coupable. Point final.
Les suspects de Damas furent torturés. Par conséquent,
leur témoignage est invalide, ecrit Aaronovitch. La torture
est un grand mal. Mais en Israël, les suspects de « crimes
terroristes » sont invariablement torturés. D'après
Amnesty International et d'autres institutions de défense des
droits humains, des dizaines de milliers de Palestiniens, dont des
enfants, ont été torturés dans les caves du Shabak.
Néanmoins, il n'est jamais venu à l'idée d'Aaronovitch
de mettre en doute les aveux arrachés par les tortionnaires
israéliens.
La victime du meurtre de Damas etait un prêtre, et cela amène
Aaronovitch à classer l'affaire dans la rubrique de la «
diffamation sanglante antisémite ». Mais des prêtres,
des religieuses et des moines ont bel et bien été tués
par des juifs. Des centaines ont ete égorgés, en 6'0,
à Antioche, et des milliers, en 6'4, à Jerusalem. Des
moines et des prêtres se font tuer, encore aujourd'hui, en Israël.
Ainsi, il y a quelques années, un colon, Asher Rabo, a tué
plusieurs moines à la hache après quoi il a éclaboussé
les murs de leur sang. Il a été arrêté
par un moine du monastère du Puits de Jacob, et un tribunal
israélien l'a jugé mentalement irresponsable. Plus tard,
deux religieuses russes furent assassinées à la hache
dans le monastère de Saint-Jean Baptiste. Pratiquement tous
les assassins de prêtres et tous les profanateurs d'églises
et de mosquées ont été jugés psychiquement
dérangés par les juges israéliens, mais leur
irresponsabilité psychique n'était certes pas d'une
nature ordinaire.
Aaronovitch présente l'affaire de Damas comme une « diffamation
contre l' ensemble des juifs ». Mais seul, un coupable a été
accusé du meurtre. Or, cet accusé, Farhi, un juif de
Damas, qui possédait « plus d'argent que la Banque d'Angleterre
», a écrit un voyageur anglais, était responsable
du trésor a Saint-Jean d'Acre. Si accuser un juif équivaut
à les accuser tous, il n'y a des lors plus aucune possibilité
de corriger des fautes bénignes par des sanctions benignes.
En réalité, les philosémites à la Aaronovitch
ont causé des calamités incroyables à l'humanité
entière, dont les juifs. Ils ont exclu a priori toute possibilité
que le Capitaine Dreyfus et Beyliss fussent coupables. Au lieu de
se tenir tranquilles et de laisser la justice faire son travail, ils
ont créé une hystérie collective en France et
en Russie, et ils ont certes fini par obtenir ainsi des acquittements,
mais au prix de la perte totale de confiance du peuple dans le système
judiciaire de ces deux pays. Après les procès de Dreyfus
et de Beyliss, les juifs se sont placés au-dessus des lois.
Cela a causé le retour de manivelle des annees 1930, ainsi
que le retour de retour de manivelle auquel nous assistons de nos
jours. Et cela provoquera sans doute demain un retour de retour de
retour de manivelle.
Dans un monde meilleur, les Dreyfusards et les Beylissistes seraient
condamnés pour mépris de la chose jugée, car
leur axiome non-dit était qu'«un gentil ne saurait juger
un juif ». On ne devrait ni croire, ni ne pas croire, a priori,
à la possibilité que des crimes rituels aient pu être
commis. La capacité de l'homme à commettre des crimes
est bien connue, et des monstres comme le Docteur Hanibal Lector,
dans le Silence des Agneaux, peuvent bel et bien exister. Certains
d'entre eux sont guidés par leur interprétation particulière
de la Sainte Bible. De nos jours, le président d'une superpuissance
a envoyé ses troupes de choc attaquer un petit pays affaibli,
tuant des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, parce qu'il pensait
que c'etait la ce que Dieu voulait. (Certes, il s'agissait du Dieu
Mammon, comme l'a fait observer avec à-propos un philosophe
polonais [14].) Il aurait mieux fait de siroter tranquillement le
sang de quelque bébé.
Les juifs, de nos jours, savent rarement qu'ils sont supposés
manger des matzot pour la Pâque, sans même aller jusqu'à
chercher la petite bête avec l'afikoman. Bénis sont-ils
de n'avoir nulle idée de l'héritage trouble du judaïsme
médiéval. Néanmoins, de ces temps anciens, tout
n'a pas disparu.
L'idee d'écrire cet essai m'est venue tandis que je prenais
connaissance du décompte des enfants palestiniens massacrés,
qui ne faisait que croitre, de jour en jour. Depuis le début
de la deuxieme Intifada, le 29 septembre 2000, 2 237 Palestiniens
ont perdu la vie. Ce total inclut 430 enfants tués ; 228 avaient
moins de quinze ans, et 202 avaient entre 15 et 17 ans. Cela dépasse
le nombre de tous les enfants que les juifs sont accusés d'avoir
assassinés depuis William de Norwich. Pourquoi nous préoccuper
de ces vieilles accusations poussiéreuses, alors qu'un nouveau
crime, irréfutable, vient - est en train - d'être commis
?
Parce que les nouveaux meurtriers ont bénéficié
du camouflage traditionnel. Le système de l'etouffoir ne date
pas d'hier, il a ete hérité du Moyen Age, de l'époque
ou les communautés juives etaient régies par la loi
de l'omertà, par le code du silence et de la loyauté
absolue. Un système dans lequel un criminel ne doit en aucun
cas être remis à la justice par un frère criminel.
Cette approche a fini par être intégrée à
la vie interne des communautés juives. Elles ont même
adopté une insulte criminelle, celle de « moser »
(informateur), qui désigne quiconque informe les autorités
non-juives de crimes perpétrés par des juifs sur des
non-juifs. Un tel moser est « ben mavet » [hb. : enfant
de la mort] : il mérite - il doit - être tué par
n' importe quel [15] juif, de préférence à Purim
ou à la Pâque, mais le Yom Kippur convient bien, aussi,
comme jour, pour ce faire. Ainsi, par exemple, un juif ayant eu à
connaître qu'un fanatique fou avait commis un (ou des) meurtre(s)
rituel(s) n'était pas autorisé, sous peine de mort,
à informer les autorites gentilles de ce crime. Cette attitude
moyenâgeuse est encore là, puisqu'elle a trouvé
une nouvelle vie dans le concept philosémite de l' innocence
des juifs a priori.
En d'autres termes, un philosémite qui rejette l'idée
même qu'un crime put être commis par un juif se fait l'instrument
en puissance d'un crime. Examinons à nouveau les coupures de
presse de l'Observer. Pourquoi n'ont-elles pas suscité une
explosion d'indignation ? Cela signifie-t-il que « nous ne pouvons
pas comparer les juifs et les négros » ? Ou bien cela
signifie-t-il que les Noirs n'eprouvent aucun besoin pathologique
et dépravé de défendre tous les autres Noirs
[16], sans égard pour la gravité du crime dont l'un
d'entre eux a été accusé ?
Et maintenant, le moment est venu de révéler le véritable
crime sous-jacent à ces allegations, car ce crime est encore
perpétué de nos jours. Des centaines de juifs avaient
eu connaissance du plan satanique des «Vengeurs » conduits
par Abba Kovner, consistant à empoisonner des millions de civils
allemands innocents, hommes, femmes et enfants - et pourtant, aucun
d'entre eux n'a averti la police. Quant à tenter de s'y opposer,
n'en parlons même pas À un moindre degré de gravité,
tout juste aujourd'hui, le responsable de la communaute juive allemande
a exprimé son « soutien de tout coeur » au repoussant
Michael Friedman, « cet homme qui a su faire de sa judaïté
un outil très utile », pour reprendre les termes du journaliste
Benny Zipper, du quotidien israelien Haaretz ['7], lequel Friedman
a été
pincé par la police en train de sniffer de la coke en compagnie
de prostituées ukrainiennes. Cette solidarité quasi-criminelle
entre juifs - consistant à défendre Sharon, à
défendre Mark Rich, à défendre Michael Friedman,
et à donner refuge à n'importe quel malfaiteur s'il
s'avère par hasard être juif ou « bon pour les
juifs », - voila le crime réel que l'on veut cacher derrière
la Diffamation Sanglante, car ce crime a causé la mort de centaines
d'enfants palestiniens, dans le silence approbateur des philosémites.
VI
Paradoxalement, cette tendance qu'ont les juifs à accorder
refuge à toutes sortes de criminels tient à leur vision
du monde, diamétralement opposée à celle des
chrétiens. Le chiasme le plus profond entre le christianisme
et le judaïsme ne se situe pas dans la zone glauque des sacrifices.
Les juifs croient au salut collectif, à la culpabilité
collective et à l'innocence collective, tandis que les chrétiens
croient au salut individuel, à la culpabilité individuelle
et à l'innocence individuelle. C'est pourquoi un péché
commis par un chrétien est sans conséquence pour les
autres chrétiens.
Un chrétien est libéré du péché
par l'incarnation, la mort et la résurrection du Christ, en
vertu aussi de son propre baptême et de sa propre communion.
Ainsi, aux yeux des chrétiens, les juifs n'ont aucune culpabilité
collective.
Pour un juif, admettre qu'un seul juif put être coupable entraînerait
la culpabilité de l'ensemble des juifs. C'est pourquoi, pour
les juifs, tous les chrétiens (ou tous les Allemands, tous
les Palestiniens, tous les etc.) sont coupables d'une offense commise
par l'un ou quelques-uns d'entre eux. C'est la raison pour laquelle
des non-juifs sont toujours coupables, aux yeux des juifs. Coupables,
les Américains, parce que leurs pères n'ont pas rassemblé
tous les juifs sur leur giron dans les années 1930. Coupables,
les chrétiens, parce que leurs ancêtres n'aimaient pas
se faire maudire et maltraitaient parfois ceux qui les maudissaient
(les juifs).
Les Allemands et les Palestiniens, les Russes et les Francais : tout
le monde, absolument tout le monde a des torts envers les juifs, a
leurs yeux.
De nos jours, l'idee de la responsabilité collective infecte
la chrétienté. Les Allemands sont obsédés
par leur sentiment de culpabilité, et dans une apothéose
de masochisme, ils achètent les degueulis de Goldhagen. L'Église
catholique est allée jusqu'a demander le pardon aux juifs.
C'est bien, que quelqu'un qui a mal fait aille demander le pardon
de celui à qui il a porté tort. Mais l'adoption du paradigme
juif de la culpabilité collective est une erreur de jugement,
et c'est aussi une erreur théologique. Nous sommes libres de
toute culpabilité. L'Église est libre de toute culpabilité.
Et les juifs - les juifs d'aujourd'hui - sont libres de toute culpabilité,
quoi que leurs ancêtres aient bien pu faire. Quand bien même
les juifs du Moyen Âge auraient réchauffé en leur
sein une secte de tueurs d'enfants, les juifs - ceux d'aujourd'hui
- sont libres de toute culpabilité.
Maintenant, en une époque où l'évocation de la
Diffamation Sanglante est utilisée afin d'induire des sentiments
de culpabilité chez les Européens contemporains, il
faut bien le reconnaître que les chrétiens ont été
plutôt sympas vis-a-vis de la foule haineuse de mes ancêtres.
En permanence, ils étaient prêts à les recevoir
en égaux, en frères et en soeurs bien-aimés.
Pensez-y : quotidiennement, les juifs souhaitaient que les chrétiens
tombent raides morts, foudroyés, et les chrétiens continuaient
à vouloir que les juifs viennent se joindre à eux et
soient sauvés. La générosité de l'Église
était fabuleuse - même des juifs qui avaient commis un
crime cruel pouvaient être sauvés, grâce au baptême.
J'y pense toujours, lorsque je lis les attaques de Goldhagen contre
l' Église, ou d'autres écrits juifs condamnant l'Église
pour « son antisémitisme, qui a entraîné
l'holocauste ». La gratitude n'est pas le point fort, dans le
système juif des valeurs morales, force est de le constater.
En 1916, Weitzman promit la reconnaissance éternelle
des juifs aux Anglais qui avaient envoyé leurs soldats mourir
à Gaza, à Beersheba, a Jérusalem et à
Megiddo pour la création du foyer national juif. En 1940, l'éternité
avait sans doute pris fin, et les juifs commencèrent à
chasser et à tuer le soldat britannique. Durant la Seconde
guerre mondiale, les Russes accueillirent tous les réfugiés
juifs qui affluaient chez eux. Ils perdirent des milliers de leurs
soldats, et ils sauvèrent les juifs. En lieu et place de gratitude,
les juifs comparèrent Staline à Hitler, évoquèrent
des pogromes russes imaginaires et exigèrent (avec succès)
que des sanctions soient imposées à la Russie. Les Maronites
libanais s'étaient alliés à Israël, à
seule fin qu'Israël les laisse tomber comme une brique brûlante
en se retirant du Sud Liban. Mais l'ingratitude des juifs envers l'Église,
c'est le cas limite. Le pompon. Cela bat tous les records !
Les chrétiens voyaient dans les juifs un peuple possédé
du démon, et les juifs étaient réellement en
proie a un démon - le démon de la haine. Ils ne constituaient
pas un groupe racial, mais un groupe idéologique et théologique
et, en renonçant à ses idées de haine, un juif
pouvait rejoindre la commune humanité. Les juifs étaient
traités comme le sont les néonazis de nos jours : on
voyait en eux des créatures repoussantes et haineuses, à
éviter soigneusement, mais auxquelles il fallait pardonner
pour peu qu'elles renonçassent à leurs errements. Les
juifs étaient accueillis, nombreux, dans l'Église, et
certains d'entre eux devinrent des saints, comme Sainte Thérèse
(d'Avila). D'autres devinrent évêques, d'autres encore
devinrent nobles, maîtres d'ecoles, professeurs d'université.
Mais la chose la plus importante qu'ils recevaient de l'Église,
c'était leur libération totale de l'emprise de l'esprit
de la haine. Ils etaient libérés du doute qu'on les
aimât, et ils pouvaient, à leur tour, aimer les gens.
Plus seulement les Élus. Non. Désormais, ils pouvaient
aimer tout le monde.
VII
Cependant, nous pouvons proposer une autre lecture, sans doute plus
pertinente encore, de la « diffamation sanglante », de
l'accusation de meurtre rituel. Les gens du peuple, pré-modernes,
étaient naturellement jungiens : ils avaient recours au mythe
pour exprimer leurs pensées. Les juifs médiévaux
étaient les précurseurs du capitalisme et de la mondialisation
- tendances qui allaient s'avérer périlleuses pour les
enfants et pour les futurs hommes ordinaires. Ils eéaient des
usuriers, et les usuriers « sucent le sang vital » de
leurs débiteurs, même dans le langage moderne. Aussi
l'accusation de sacrifice rituel représentait-elle un puissant
«épouvantail », un avertissement métaphorique
adressé à des emprunteurs potentiels de se tenir aussi
loin que possible des usuriers et de regarder avec une suspicion
maximale le capitalisme bourgeonnant.
Nous utilisons, aujourd'hui encore, des épouvantails métaphoriques.
Le gouvernement pourrait dire : « Ne consommez pas de hachisch,
car nous avons fortement investi dans les vins et les liqueurs et,
de plus, nous voulons que vous vous distrayez en faisant du shopping,
non en fumant des joints ».
Mais non : le gouvernement a recours à des photos illustrant
les effets de l'addiction a l'héroïne, histoire de foutre
les jetons au public : des familles ravagées, des malades agonisants
et des scénes de déréliction sociale, résultant
de l'usage des drogues. Le haschich, allez-vous me faire remarquer
à juste titre, ça n'est pas l'héroïne. Mais
si ont ne fout pas suffisamment les jetons aux gens, les gens ne tiendront
aucun compte de nos avertissements, semblent penser les publicistes.
Les pauvres gens de l'ère pré-moderne n'avaient pu bénéficier
des enseignements de Marx, et ils utilisaient le langage des mythes.
Et il est de fait que toutes les victimes des meurtres rituels appartenaient
aux classes plébéiennes, et que la croyance dans les
meurtres rituels juifs était très répandue chez
les pauvres, qui furent les premiers a souffrir de l'avènement
du capitalisme. Par ailleurs, l'entourage du roi, la noblesse et les
classes superieures étaient généralement favorables
aux juifs et punissaient quiconque osait se plaindre de meurtres rituels.
Dans certains cas, ces plaintes étaient passibles de mort,
tandis qu'en Russie, le Tsar interdit par un Statut adopté
en 1817 [18] jusqu'à la simple possibilité qu' un meurtre
rituel put avoir été commis. On le sait : les classes
dirigeantes, quant à elles, ne redoutaient ni le capitalisme,
ni l'usure.
Cependant, ce schéma de mise en garde fonctionna jusqu'à
ce que les chrétiens succombassent à la tentation de
l'usure, en une époque de tolérance religieuse, ou «
sucer le sang » cessa d'être une occupation exclusivement
juive. Mme Bovary, ce personnage charmant et par trop humain de Flaubert,
finit ruinée par un usurier francais qui l'avait embobinée,
apaisant ses craintes par ces paroles rassurantes : « Vous savez,
je ne suis pas juif. » C'est alors que le vieux mythe effrayant,
ayant perdu toute pertinence, tomba en désuétude.
Le monde devint civilisé, des communautés et des pays
entiers se retrouvèrent endettés et leurs citoyens -
coincés entre les remboursements de prêts immobiliers
et les crédits a la consommation. Avec la victoire du capitalisme
et la déferlante de la mondialisation, les chances qu'avaient
les enfants du peuple de grandir, de trouver un vrai travail, digne,
et de vivre en paix dans leur maison, dans leur quartier, comme leurs
parents avant eux, ces chances piquèrent du nez. Le grand danger,
pour nos enfants, aujourd'hui, ce n'est pas quelque juif rejeté
aux marges de la société ; ce sont les structures mêmes
de cette société. Voilà qui appelle un mythe
conjurateur d'une autre nature.
Notes :
[1] Coédité avec Noam Chomsky
[2] More Nevochim, or Le Guide de l'Égaré, 3:51«
Les Chinois et les Noirs sont inférieurs aux êtres humains,
mais ils se situent au-dessus des singes. »
[3] http://www.capmag.com/article.asp?ID=2110
[4] http://www.aish.com/Israel/articles/Targeting_Children.asp
[5] A ce sujet, nous devons garder à l'esprit l'importante
exception de nos merveilleux camarades juifs, qui soutiennent la cause
de l'égalité en Palestine
[6] Voir Medieval Sourcebook [Références médiévales]
http://www.fordham.edu/halsall/sbook.html pour plus de détails.
Ce document en ligne propose des biographies des saints et des martyrs
suivants :
William de Norwich, + 1144 ; Richard de Pontoise (ou de Paris), +
1179 ; Herbert de Huntingdon, + 1180 - ; Dominique du Val, + 1250
; Hugues de Lincoln, + '255 ; Werner d'Oberwesel, + '287 ; Rudolf
de Berne, + 1294 ; Conrad de Weissensee, + 1303 : Louis (ou Ludwig)
de Ravensburg + '429 ; Anderl de Rinn, + 1462 ; Simon de Trente, +
1475 et Lorenzino Sossio, +1485.
[7] Two Nations in Thy Womb, or Perceptions of Jews and Christians
[Deux Nations en ton sein, ou Perceptions des juifs et des chrétiens],
Tel Aviv, Am Oved 2000
[8] The Lady in the Lake
[9] http://www.reec.uiuc.edu/srl/Rozanov/rozanov_program.ht
[10] L'attitude des juifs devant l'odeur et le contact du sang, Moscou,
réédition 1998.
[11] Hesronot Shas, Pesahim mem tet 13 bet, Omar R Eliezer, am haaretz
mutar lenochro byom kipurim shehal lihiot beshabat. Omru lo talmidav,
Rabbi, emor « leshohto »! Omar lahen ze taun bracha, uze
ein taun bracha.
['2] Memoires d'un Tchékiste, Prague 1925, cité d'après
Soljenitsyne, 200 ans, I:45', 2000
[13] Kolo'klol Nr ', Londres - Moscou, 2002
[14] Marek Glogoczowski
[15] Voir l'étude exhaustive dans l'ouvrage d'Israel Shahak
et Norton Medvinsky Jewish Fundamentalism in Israel [Le fondamentalisme
juif en Israël]. Écrit rapidement et mal édité
(par exemple, il désigne l'Arche de la synagogue par l'expression
: « le placard sacré » !), cet ouvrage fournit
néanmoins la plupart des données utiles.
[16] Mis a part OJ [Simpson, ndt]
[17] Haaretz, '' July 2003
[18] Le procès de Beyliss s'est tenu après les réformes
politiques de 1905, qui avaient révoqué les anciens
« statuts », ce qui rendit ce procès possible.
Le Facteur X
par Israël Shamir
[Conférence dans le cadre du colloque « Dialogue entre
civilisations » à Kiev (Ukraine). Traduit du russe par
Marcel Charbonnier]
Je suis très heureux que l'occasion me soit donnée de
vous rendre visite et de vous rencontrer, car nombreux sont les liens
qui nous unissent. Comme vous, je suis originaire de notre pays commun,
l'Union soviétique. Je suis né en Sibérie, où
- comme au Canada - beaucoup d'Ukrainiens se sont installés.
Mais mon regretté père était natif de vos contrées,
d'Ukraine occidentale, de Stanislav, devenue aujourd'hui Ivano-Frankovska.
Hier, j'ai visité Ouman, ravissante petite ville, avec son
parc somptueux, qui est un chef-d'ouvre de jardin paysager de classe
mondiale, avec ses jeunes habitants accueillants, ses marronniers
ombreux, sa vieille église, et je suis allé visiter
également le mausolée du rabbin Nahman de Breslau, un
saint juif local. Rabbi Nahman a vécu à l'époque
de Napoléon Ier ; il était contemporain du Comte Potocki
et de son épouse Sophie, la créatrice du parc Sofievka
d'Ouman.
Et, depuis cette époque là, il y a, dans le monde entier,
des hassidim, ces disciples du rabbin Nahman. Tous ne comprennent
pas très bien que le meilleur de la formation spirituelle du
rabbi Nahman était redevable à l'influence de l'orthodoxie
et aussi à celle du peuple ukrainien sur l'âme rebelle
des juifs. Le rabbin Nahman médita à la lumière
christique, il défendit l'idée de la proximité
avec l'âme du Christ, il étudia auprès des paysans
et des citadins d'Ouman, et c'est ainsi que le chêne depuis
longtemps desséché de l'âme juive s'épanouit
à nouveau en terre ukrainienne.
Mais, personnellement, j'ai grandi en Palestine, et c'est de Palestine
que je suis venu vous voir - c'est donc du pays de l'orthodoxie que
je suis venu en Ukraine, terre orthodoxe. Les habitants de la Terre
sainte ont reçu la foi en Christ directement de notre Seigneur
Jésus Christ, et c'est de Palestine que cette foi s'est répandue
dans l'ensemble de l'Empire byzantin, jusqu'à Constantinople.
De là, elle est parvenue à Kiev, grâce au saint
apostolique Oleg et au prince Vladimir. C'est pourquoi Kiev et Jérusalem
sont tout naturellement proches l'une de l'autre, car l'une et l'autre
sont unies par l'orthodoxie, la foi en Christ, en la Sainte Trinité
et en la Mère de Dieu. Il est très important de bien
le comprendre car la foi, c'est aussi une idéologie, mais très
profonde, et étroitement entrelacée avec l'âme
du peuple.
L'orthodoxie, l'islam, la catholicité et les juifs authentiquement
croyants vivent très bien ensemble, en Palestine. Ils vivent
dans les mêmes villages, ils prient dans les mêmes temples.
Nos musulmans prient dans la Basilique de la Nativité, à
Bethléem, à côté des orthodoxes et des
catholiques. La Palestine est un modèle pour le monde, et notre
monde merveilleux et multicolore ressemble à une mosaïque
somptueuse ou encore à un tapis persan. Ce modèle de
globalisation préserve sa diversité dans l'harmonie
de ses composantes et de son tout, la paix de l'âme et la solidarité
entre les hommes, et c'est en cela que réside la mondialisation
des hommes de bonne volonté.
Mais, aujourd'hui, triomphe une autre variante de globalisation. Leur
globalisation, à eux, immerge le tapis persan dans un dissolvant,
et il en ressort d'une seule couleur : celle du fric. Pour ceux qui
s'opposent à une telle globalisation, les châtiments
ont été préparés, et pour eux a été
prédestinée la théorie du Conflit éternel
entre les civilisations. Toutefois, les civilisations n'ont aucune
raison d'entrer en conflit. Chaque civilisation a sa niche, son territoire,
et on ne voit pas pourquoi elles se battraient entre elles. Entre
elles, certes, se produisent des frictions périphériques,
aux frontières, et l'Ukraine est l'une de ces zones frontalières
mondiales, mais c'est là plutôt présage d'énergie,
de vitalité, pour la civilisation, plutôt que d'agressivité.
Certaines civilisations sont si éloignées de nous, qu'on
les croirait sur une autre planète, mais d'autres sont proches.
C'est pourquoi l'on peut utiliser le mot d'Oïkouméné
- pour décrire les groupes de civilisations proches parentes
entre elles. Notre Oikouméné se compose de trois grandes
civilisations - orthodoxe, chrétienne occidentale et islamique.
Imaginons-nous les comme une fleur à trois pétales,
au centre de laquelle se trouverait la figure unificatrice de Jésus-Christ.
Chaque civilisation a sa propre vision du monde. Pour les catholiques,
c'est Jésus Homme qui est le plus important, c'est pourquoi,
chez eux, on représente souvent la Crucifixion ; pour les orthodoxes,
c'est le Christ - Dieu qui est le plus important, et c'est pourquoi
dans l'orthodoxie on trouve le plus souvent la représentation
du Pantocrator. Les musulmans, quant à eux, vénèrent
l'Esprit Saint. Cela, au total, forme la Sainte Trinité, autrement
dit : la globalisation de l'âme. Nous faire la guerre entre
nous ? Nous n'avons aucun motif à cela, bien entendu. Même
si, jusqu'à une époque pas très éloignée,
les idéologies préféraient expliquer les conflits
en termes idéologiques. Par exemple, le libéralisme
contre le totalitarisme, ou, comme l'a dit un contemporain, ayant
à l'esprit la bataille de Stalingrad, c'était les hégéliens
de droite et les hégéliens de gauche qui se faisaient
la guerre. Toutefois, même la chute de l'Union soviétique
n'a pas apporté la paix à l'humanité. Bien au
contraire, le président américain nous a promis une
guerre éternelle, dont nous ne verrons pas la fin de notre
vivant. Quant au sort du malheureux Irak, avec ses musées incendiés
et pillés et ses ministères occupés, il nous
apprend à prendre les menaces du président Bush au sérieux.
Les politologues américains ont imposé l'idée
du conflit entre civilisations afin de justifier leur guerre contre
le monde musulman. Mais nous savons bien que les musulmans révèrent,
eux aussi, Jésus, qu'ils le respectent comme le Christ - Sauveur
et qu'ils croient que c'est seulement grâce à sa puissance
qu'il sera possible de vaincre l'Antéchrist. Il nous est bien
difficile d'admettre l'existence d'un Axe du Mal.
Il n'y a pas très longtemps, nous autres, habitants de l'Union
soviétique, étions les citoyens de l'Empire du Mal,
aux yeux des Américains. Aujourd'hui, l'Axe du Mal semble concerner
d'autres galaxies et d'autres planètes, mais nous n'avons certainement
pas oublié qu'il n'y a pas si longtemps, l'axe du mal, c'était
nous. C'est la raison pour laquelle nous devons apprendre avec beaucoup
d'attention à nous orienter dans les constellations. En effet,
le communisme lui-même, dans lequel nous vivions il n'y a encore
pas si longtemps, était une forme particulière d'orthodoxie
; c'était une religion sans dieu, mais qui soulignait la profondeur
des idées chrétiennes d'amour fraternel et de solidarité.
Quelles sont donc ces forces américaines qui veulent nous entraîner
dans une nouvelle guerre mondiale ? Quelle civilisation proposent-elles
dans le schéma des civilisations ? Il serait difficile de les
assimiler à l'Europe occidentale, dans la mesure où
les Européens de l'Ouest regardent l'Amérique avec horreur
et inquiétude. C'est pourquoi, afin de comprendre et d'expliquer
les événements passés, nous introduisons dans
notre schéma des civilisations un facteur complémentaire
- le facteur X. Nous l'appellerons la Quatrième civilisation,
facteur invisible, mais influent.
Le facteur X est extraterritorial, et en cela, il est susceptible
d'agresser une aire d'influence pratiquement illimitée : son
aire d'expansion est mondiale. En même temps, comme les autres
civilisations satisfaites d'elles-mêmes, le facteur X ne connaît
pas la retenue. Parmi ses caractéristiques, le caractère
vindicatif. En effet, la guerre contre l'Afghanistan désarmé
s'est déroulée sous la devise «venger le 11 septembre
». Il éprouve une véritable haine pour la
solidarité humaine, en laquelle
il voit le « totalitarisme ». Les narcotiques - l'Afghanistan
a été conquis après que les Talibans eurent détruit
les plantations de pavots à opium, et après la conquête
de l'Afghanistan, la production d'opium retrouva des niveaux encore
jamais atteints. Depuis la prise de Bagdad, l'Irak est submergé
par les narcotiques, qui ne pénétraient pas dans ce
pays du temps de l'horrible Saddam Hussein.
Une terreur paranoïde devant les citoyens, et la volonté
de tous les désarmer. L'Irak en est un exemple. L'amour des
très riches et la haine et le mépris pour les travailleurs.
Les Banques - les usuriers, la création de systèmes
de prêts qui asservissent des pays entiers.
Vous autres, Ukrainiens, vous devez avoir quelque souvenir de cette
description. Oui, il s'agit du tableau grotesque agrandi de votre
ancien voisin, qui fut aussi parfois votre ennemi : le cabaretier
- usurier juif. Certes, aujourd'hui, il fait le trafic de l'héroïne
au lieu de la vodka gorilka, il prête des milliards, et non
pas des petites sommes, et il utilise des armes stratégiques,
et non pas des haches, mais son principe d'action est toujours le
même. Le facteur X, c'est la mutation extrêmement dangereuse
et particulièrement agressive de l'âme juive, acclimatée
en terrain anglo-saxon.
Quelle idée étrange et monstrueuse, dites-vous. Mais
non, cette idée vient à l'esprit de beaucoup de gens,
juifs et non-juifs. Ainsi, par exemple, l'un des plus influents idéologues
du judaïsme, le rabbin Shmuel Botejach écrit dans un éditorial
programmatique publié le 19 mars dernier dans le Jerusalem
Post : « L'antiaméricanisme, c'est l'antisémitisme
», « L'Amérique, c'est les juifs d'aujourd'hui
». [Vous vous souvenez sans doute de ce slogan : « Staline,
c'est le Lénine d'aujourd'hui ? »] Il poursuit : «
Autrefois, on accusait les juifs de comploter afin de prendre le contrôle
du monde, et maintenant, c'est ce dont on accuse l'Amérique
! »
Mais le rabbin Botejach reconnaît la véridicité
de cette accusation. Il écrit : « L'Amérique et
les juifs sont en train de s'associer afin de prendre le contrôle
du monde. Mais il s'agit d'une conquête plutôt idéologique
que militaire, et vous pouvez être certains que lorsqu'ils rendront
ce monde, il sera en bien meilleur état que lorsqu'ils l'auront
pris. »
Ce sont des idées, mais elle sont assénées au
moyen des missiles ailés «Tomahawk » ! Ils se targuent
d'améliorer le monde - mais cette prétention évoque
cette célèbre affiche d'un vieux théâtre
juif : « Ce soir, Shakespeare - traduit et amélioré
par Rabinovitch ». Quant à la coopération entre
l'Amérique et les juifs, elle répond au principe «
La voix, c'est la voix de Nakov, quant aux mains, ce sont celles d'Isav
», c'est-à-dire : les idées sont juives, mais
les armes sont américaines.
Ces idées, quelles sont-elles ? Je vous citerai un article
récent de Pfaff dans le New York Times, dans lequel il décrit
le groupe des hommes politiques les plus influents dans l'exécutif
américain : « Parmi eux, on trouve le vice-secrétaire
à la Défense Paul Wolfowitz ; Abram Shulsky du bureau
des plans spéciaux au Pentagone ; Richard Perle du bureau des
experts au Pentagone ; Elliott Abrams du Conseil de la
Sécurité Nationale, et les écrivains Robert Kagan
et William Kristol. On pourrait ajouter à ces noms juifs des
dizaines d'autres, au Département d'Etat, dans les Universités,
au Congrès, à la Chambre des Représentants. -
et tous ont le même petit défaut : ce sont les disciples
du politologue allemand, juif et nationaliste, Léo Strauss.
Strauss professait une vision du monde antidémocratique et
totalitaire, selon laquelle c'est une élite qui doit détenir
le pouvoir - de préférence, une élite juive.
- avec un certain nombre de goyim (pas trop, tout de même) pour
donner le change. Strauss préconisait de mentir au pays, tant
il méprisait les gens ordinaires. C'est cette idée juive
qui s'est imposée en Amérique, et qu'aujourd'hui l'élite
américaine s'efforce d'imposer au monde entier. Vous autres,
Ukrainiens, vous connaissez cette idée, et pas seulement par
ouï-dire, car vos ancêtres l'ont combattue jadis, à
l'époque de la révolte de Bogdan Chmielnitski. A ce
propos, je dois vous dire que durant des siècles, de fausses
accusations ont été portées contre les Ukrainiens,
selon lesquelles ils auraient massacré les juifs durant les
guerres de Chmielnitski. Aujourd'hui, cette calomnie est levée
- un ouvrage de J. Israël, publié en 1985 à Oxford,
« Les Juifs européens à l'âge du mercantilisme
» [European Jewry in the age of Mercantilism], démontre
que les juifs ont souffert, durant cette terrible guerre civile, ni
plus ni moins que les Ukrainiens et les Polonais. Je mentionne ceci,
parce que les Ukrainiens ont pu venir à bout de cette idée
agressive, et cent cinquante ans après ces événements,
le talent admirable du rabbin Nahman s'épanouissait à
Ouman. Autrement dit, on le voit, la défaite de cette idée
a été très utile aux juifs eux-mêmes.
Le plein épanouissement de l'idéologie juive s'est produit,
à notre époque, dans l'Etat juif. Nous voyons hélas
ce qui se passe là où cette idéologie s'impose.
En Palestine, des centaines d'habitants d'origine se donnent la mort.
Certains d'entre eux se font sauter avec leurs ennemis, car ils veulent
vendre cher leur vie, tandis que d'autres meurent de la façon
suivante : ils sortent à la lisière de leur village,
où les mitrailleuses juives les attendent.
A ce sujet, il ne faut pas faire retomber la faute sur les Russes,
les Américains, les Ukrainiens. Nous avons créé
un régime monstrueux, nous avons transformé la moitié
de la population en réfugiés et nous les avons enfermés
dans des camps de concentration, nous avons amené des Palestiniens
heureux de vivre à se suicider en masse. Que n'a-t-on pas fait
à ces hommes, pour qu'ils en viennent à se supprimer
par dizaines ? Et voici qu'aujourd'hui l'idée en question se
répand dans le monde entier.
Malheureusement, aujourd'hui, l'idéologie juive dominante,
ce n'est pas l'enseignement du rabbin Nahman, ce sont les idées
de Léo Strauss. A ce sujet, l'Ukraine a un rôle particulier
à jouer - ce pays, qui a réussi en son temps à
se débarrasser de cette idée juive, au cours de l'Intifada
de 1648, et qui a su, par la suite, assimiler de nombreux juifs. Beaucoup
d'Ukrainiens ont émigré vers Israël, et beaucoup
d'entre eux se considéraient juifs. Mais ils sont venus, ils
ont vu et ils ont compris qu'ils s'étaient trompés,
et que leur vrai pays, c'est l'Ukraine. Je pense que c'est très
bien comme cela. Que ceux qui le désirent retournent vivre
en Ukraine et qu'ils y fassent connaître l'amère vérité
sur la véritable nature de l'Etat juif.
Mais ce sont aussi des immigrants ukrainiens qui ont fondé,
en Israël, l'Union Orthodoxe et l'Union Chrétienne-Démocrate.
Ces deux mouvements se battent pour l'égalité et la
démocratie - non seulement pour les juifs, mais aussi pour
les Palestiniens et pour les ouvriers immigrés. Ils mènent
la lutte contre l'idéologie juive dans la tête de l'ennemi,
ils aspirent à ce jour de joie, où dans toute la Palestine
- de la Mer au Jourdain - sera instauré, en lieu et place de
l'Etat raciste, un Etat démocratique pour tous ses citoyens.
L'Ukraine doit soutenir ces forces. Si les juifs peuvent exercer leur
ascendant sur les Ukrainiens, en Ukraine, alors, nul doute, les Ukrainiens
ont le droit d'exercer une influence sur les juifs dans l'Etat juif.
Et cela sera un pas vers la victoire de la mondialisation des hommes
de bonne volonté.
La Feuille de route du Marquis de Sade
par Israël Adam Shamir (conférence prononcée à Paris
le 18 juin 2003)
La Feuille de route est le résultat d'un compromis passé,
non pas entre Palestiniens et juifs, mais entre des juifs et d'autres
juifs, dont aucun ne vit au Moyen-Orient. Passé, ce compromis
l'a été, en l'occurrence, entre les libéraux
- juifs - de New York et les néoconservateurs - juifs - de
Washington. L'un comme l'autre de ces deux groupes sont voués
à la préservation de l'Etat juif et à sa prospérité.
Toutefois, une querelle les oppose : tandis que les néoconservateurs,
à l'instar d'un Richard Perle, souhaiteraient exterminer et
pulvériser leurs ennemis à la Josué bin Nun,
les libéraux, tel Tom Friedman, pensent que les goyim pourraient
avantageusement être emprisonnés dans ce quartier de
haute sécurité qu'est la bande de Gaza, sous la bonne
garde de soldats de l'Otan. Si, aujourd'hui, les deux groupes ont
pratiquement conclu un compromis entre eux, c'est pour la raison suivante
: la phase active de la conquête de l'Iraq par les Etats-Unis
est achevée, mais l'armée américaine connaît
des pertes, tant en Afghanistan qu'en Iraq. Afin d'assurer la relève
des soldats américains par des Français, des Indien,.
bref, des conscrits de toutes les nationalités imaginables,
et avant de s'embarquer dans la phase suivante - à savoir,
la conquête de l'Iran - les Américains ressentent un
besoin croissant de démontrer au monde entier que cette guerre
n'était pas une détestable expédition impériale
menée à bien dans l'intérêt des sionistes,
mais quelque chose d'autre. Aussi ont-ils décidé de
faire entrer en scène la Feuille de route.
Les deux écoles juives en concurrence, nous l'avons vu, aux
Etats-Unis, sont merveilleuses lorsqu'il s'agit de faire du cinéma.
Bien que la différence, entre les deux écoles jumelles,
soit - en réalité - ténue, elles s'emploient
à la dissimuler entièrement en s'adonnant à leurs
philippiques. Comme le commerçant expérimenté
se lamente sur son mauvais sort afin d'encourager l'acheteur innocent
à conclure l'affaire, les sionistes inconditionnels se sont
répandus en jérémiades sur « les frontières
d'Auschwitz » que la Feuille de route, à leurs dires,
reviendrait à leur imposer. Certains amis de la Palestine -
principalement ceux qui croient en une solution à deux États,
et que nous appellerons les biétatistes dans la suite de ce
texte - ont vu ces juifs en détresse et, patatras ! : ils sont
tombés dans le piège. Ils ont tiré la conclusion
- ô combien hâtive - que la Feuille de route serait belle
et bonne pour les Palestiniens.
« Les sionistes sont complètement hystériques
!. » se sont-ils exclamés, « tant ils redoutent
l'intraitable cow-boy texan ! Il va leur montrer un peu, Bush, de
quel bois il se chauffe, et ce que cela veut dire, l'esprit d'indépendance
des Américains ! » Ali Abunimah - comme d'habitude en
avance à l'allumage - a proclamé (dans un artice intitulé
« Qui a peur de la Feuille de route ?) [Who's afraid of the
Road Map ? [1]] ce qui suit : « Chez les partisans d'Israël,
c'est la panique. Rien qu'à l'apparence d'honnêteté
et de réciprocité minimales qui caractérisece
plan (de paix) ».
Las, personne, chez les sionistes, n'a été effrayé
par la Feuille de route ! Abunimah et ses semblables ont commis la
même erreur que la jeune épouse du prince de Beauffrement,
personnage sodomite notoire d'une nouvelle grivoise du Marquis de
Sade. Ce Prince devait être marié à une jeune
fille innocente, dont la mère connaissait les préférences
de son futur gendre. La veille de la nuit |