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RESISTANCE
: MEXIQUE |
07/07/06 - López Obrador conteste la victoire annoncée de Felipe Calderón : il a 4 jours pour saisir le tribunal fédéral électoral
Quatre jours pour contester les résultats "Un dirigeant pour tous les Mexicains" 20/06/06 - Quand le vent d'en bas souffle sur Oaxaca
Le "vent d'en bas" est une expression employée
par le sous-commandant Marcos dans un de ses premiers textes parus après
l'apparition publique de l'Armée zapatiste de libération
nationale en 1994. Il désigne la rage populaire contre le "malgobierno",
la "malgouvernance", une rage jamais prise en compte par les
politiciens, de gauche comme de droite, qui construisent leur pouvoir
et leur carrière sur la corruption, le vol, le mensonge. 18/06/06 - Alexis, 22 ans, le deuxième mort d'Atenco
Alexis est la deuxième victime de la répression féroce qui s'est abattue sur les marchands de fleurs de San Salvador Atenco et sur la population qui s'est solidarisée avec eux. Le 3 mai dernier, Javier Cortes Santiago, 14 ans, avait été tué par la police. Dans un premier temps, les médias à la solde du pouvoir avaient accusé les manifestants de l'avoir tué. Alexis était un étudiant de l'UNAM (Université nationale autonome de Mexico) et adhérent de l'Autre Campagne. Il était venu se solidariser avec les gens de San Salvador Atenco le 3 mai au soir. Et le 4, il était touché par l'impact d'une grenade de gaz lacrymogène. La police ne laissant pas passer les ambulances, il s'est retrouvé sans soins durant plus de 10 heures, et le médecin qui tentait de lui donner quelques soins à Atenco fut emmené par la police. Il est toujours en prison. Le 12 juin une manifestation a rassemblé 10 000 personnes pour dire : "Alexis n'est pas mort, c'est le le gouvernement qui l'a tué" et pour ne pas oublier qu'il y a 35 ans, le 10 Juin 1971, des centaines d'étudiants étaient tués et des milliers enlevés ("disparus") par les forces de police alliés à des paramilitaires déguisés en étudiants. Les Halcones (Faucons), nom de ces paramilitaires, ont été soigneusement entraînés par les USA, sous ordre du président de l'époque Luis Echeverría, pour aller casser de l'étudiant, en se faisant passer pour de jeunes dissidents. Leurs actions consistaient à intégrer les manifestations, à entraîner des bagarres, et transformer des mobilisations pacifiques en affrontements violents entre une police équipée d' armes à feu et des étudiants n'ayant que des pierres. Les journaux pouvaient titrer le lendemain : "des affrontements violents entre étudiants", ou "la police obligée d'intervenir face aux débordements estudiantins". Un documentaire qui vient de sortir, témoigne de ces liens entre les autorités mexicaines et les Halcones* . Des images extraites des archives de la NBC montrent des Halcones se faisant transporter par les véhicules de la police, discutant avec eux, et soigner. Cela ajouté à des documents rendus publics par l'ambassade usaméricaine qui certifient l'entraînement des Halcones aux techniques de combat, style guerilla, par les services secrets usaméricains. Le terrorisme d'Etat mexicain a fait des milliers de mort entre 1968 et 1973, mais aucun procès n'a vu le jour pour juger les responsables de ces actes. Il en est de même pour Atenco où les responsables sont
toujours en liberté et se pavanent dans les médias en
affirmant qu'"il faut tourner la page", alors que 30 personnes
innocentes restent en prison, continuant courageusement leur grève
de la faim (commencée il y a plus d'un mois), seule manière
pour eux et elles de protester contre cette injustice. Message du sous-commandant Marcos à la famille d'Ollin Alexis Benhumea Hernández,le premier mort d'Atenco
Compañeras, Compañeros, Nous l'avons appris en début de matinée et nous avons
alors compris que l'assassinat commencé avant l'aube du 4 mai
dernier était définitivement consommé, après
avoir échoué à briser la résistance que
la force Le gouvernement mexicain a assassiné un jeune homme, qui a pour
prénom Ollin Alexis et pour nom Benhumea Hernández. Il
a mis plus de trente jours à lui ôter la vie. Par l'¦uvre
de la mort qui porte le sceau du Quand le système fait payer sa cruelle facture à la vie d'un jeune homme comme Ollin Alexis, la mort semble une coupure absurde, une sorte de non-sens planté au milieu du chemin et qui l'interrompt abruptement à jamais. Deux décennies de vie inachevée arrachées par une grenade, par l'arme d'un policier, d'un gouvernement, d'un système. À peine quelques heures auparavant, un de ceux qui, là-haut,
se disputent le butin de notre pays avait promis à tous les jeunes
du Mexique le même destin mortel que celui d'Alexis, et de meilleurs
salaires et alibis Un autre oublia de réfréner ses applaudissements quand le sang fraîchement versé souillait encore les rues d'Atenco et qu'Alexis agonisait, sans pouvoir recevoir les soins médicaux qui lui auraient sauvé la vie. Un autre encore ratifia le silence complice. Pendant ce temps-là, tout là-haut, on ne fait que proférer des sottises tout en prétendant débattre des idées. "Après tout, pense-t-on là-haut, qui se sent concerné par un jeune d'en bas à gauche ?" Et nous, nous répondons : Aussi ajoutons-nous sa mort, respectueusement, avec douleur, à
la longue liste de comptes à régler qu'il faudra bien
régler un jour. Sa vie et ses positions politiques s'ajoutent
à la détermination que nous avons Le gouvernement mexicain a tué Ollin Alexis. Il a commencé à le tuer au petit matin du 4 mai 2006 et il a fini de l'assassiner le 7 juin de cette même année. Il l'a assassiné parce qu'il avait peur de lui. Parce que sa
présence solidaire, le 4 mai 2006, à San Salvador Atenco,
mettait en péril la légalité, les institutions,
les investissements étrangers, l'"état de droit",
les bonnes manières, la tranquillité, la paix et la stabilité. "De l'ordre ! Pas de quartier !", aboyèrent les maîtres de tout, et leurs chiens de chasse ont obéi. Voilà de dont ils avaient peur et ce qu'ils ont tué :
vingt ans d'une existence toute neuve, un universitaire qui suivait
deux carrières en même temps (économie et mathématiques),
un artiste avec dix ans d'études de Un portrait d'Ollin Alexis est là, en terres zapatistes. Debout, bien droit, jeune, derrière le commandant Gustavo (lors d'une réunion préparatoire de La Otra ?), attentif aux autres, regardant, apprenant, avec nous. Inconnu de beaucoup, Ollin Alexis a maintenant un nom et un visage à cause de la brutalité de ceux qui ne savent pas gouverner autrement qu'en intimidant, en réprimant, en violant, en emprisonnant et en assassinant. La mort mortelle donnée aux jeunes, voilà ce que propose le gouvernement. Maintenant, nous apprenons à décliner son nom dans la mort, alors que nous voulions et nous voulons encore le nommer de son vivant. Une autre jeune, condisciple d'Alexis et de tous ceux et toutes celles
qui participent à la grande école que constitue l'Autre
Campagne, lui avait écrit, il y a quelques jours, dans l'espoir
qu'il se rétablisse et Il est vrai qu'Alexis ne pouvait déjà plus lire ces quelques lignes, mais il est tout aussi vrai que l'engagement que reflètent ces mots est l'engagement de femmes et d'hommes très nombreux. Qu'Alexis ne repose pas seul dans la nuit, que l'obscurité de la terre ne soit pas la seule à l'accueillir ! Que la voix collective que nous construisons, avec lui, pour percer le silence, puisse planter l'éclair qui, tel un arbre de lumière, blesse à mort les ténèbres ! Oui, c'est bien vrai, c'est de nous toutes, de nous tous qu'il dépend que le vent d'en bas se lève, qu'il grandisse, qu'il avance. Compañera, compañero, Que pouvons-nous vous dire, à vous qui le connaissiez de tout temps, et que sa mort afflige plus que quiconque ? S'il va nous manquer ? Bien sûr qu'il va nous manquer, mais jamais commeil vous manquera, à vous. Alexis ne sera plus à vos côtés, mais nous toutes, nous tous de cette Autre Campagne, nous y serons. Je vous demande de bien vouloir accepter les embrassades que les zapatistes, collectivement, vous envoient, d'accepter le salut de notre silence pour ce qu'il est : douleur et rage partagées. Avec l'indignation qui est la nôtre, nous levons les yeux vers celui qui, là-haut, nous tue avec sa mort mortelle, avec son mépris et avec son oubli. Debout, défions-le et disons-lui : "Que peux-tu toi, maudit, contre l'air ? Que peux-tu toi, maudit,
contre tout ce qui fleurit et surgit et gardant le silence et regarde,
et m'attend et te juge ?" Avec la vie, avec la dignité, avec la mémoire, levons-nous,
défions-les ! Bien. Salut, et rage, de celle qui accouche des lendemains. De l'Autre ville de Mexico. Sous-commandant insurgé Marcos.
18/06/06 - Alerte en Oaxaca !
Voici le Bulletin d'information de la Commission Sexta de l'EZLN [Commission chargée de la mise en oeuvre de la Sixième déclaration de la jungle Lancandone, lançant l'Autre Campagne) :
A tous les adhérent-e-s de l'Autre Campagne et de la Sexta La Commission Sexta de l'EZLN vous informe qu'elle a reçu les 1. Des éléments de la police du gouvernement de l'Etat d'Oaxaca, dont lenombre n'est pas encore déterminé, ont aujourd'hui, vers 4 h 30 du matin, attaqué le piquet de grève des instituteurs et institutrices de cet Etat, qui demandaient de meilleures conditions de travail et manifestaient contre le gouvernement autoritaire d'Ulises Ruiz. 2. L'agression gouvernementale était accompagnée d'un hélicoptère qui a tiré des gaz lacrymogène. Durant l'attaque, les installations de Radio Planton ont été détruites, radio alternative à laquelle participaient nos compagnons de l'organisation Réseau oaxaquénien zapatiste (ROZ) adhérente à l'Autre Campagne. 3. A cette heure (12 heures, heure locale), il est confirmé que les instituteurs et les institutrices ont repris la place centrale d'Oaxaca, où était le piquet de grève, et que la police est en train de se regrouper. La Commission Sexta de l'EZLN lance un appel urgent à tous les
adhérents au niveau national et international à CONDAMNER
CETTE NOUVELLE ACTION DE REPRESSION DE L'ETAT avec des action de soutiens
et...
16/06/06 - À la famille d'Ollin Alexis Benhumea Hernández
Compañeras, Compañeros, Nous l'avons appris en début de matinée et nous avons alors compris que l'assassinat commencé avant l'aube du 4 mai dernier était définitivement consommé, après avoir échoué à briser la résistance que la force d'Alexis lui opposait depuis plus d'un mois. Le gouvernement mexicain a assassiné un jeune homme, qui a pour prénom Ollin Alexis et pour nom Benhumea Hernández. Il a mis plus de trente jours à lui ôter la vie. Par l'¦uvre de la mort qui porte le sceau du gouvernement, ce jeune compañero est mort au petit matin. Quand le système fait payer sa cruelle facture à la vie d'un jeune homme comme Ollin Alexis, la mort semble une coupure absurde, une sorte de non-sens planté au milieu du chemin et qui l'interrompt abruptement à jamais. Deux décennies de vie inachevée arrachées par une grenade par l'arme d'un policier d'un gouvernement d'un système. À peine quelques heures auparavant, un de ceux qui, là-haut, se disputent le butin de notre pays avait promis à tous les jeunes du Mexique le même destin mortel que celui d'Alexis et de meilleurs salaires et alibis pour les assassins. Un autre oublia de réfréner ses applaudissements quand le sang fraîchement versé souillait encore les rues d'Atenco et qu'Alexis agonisait, sans pouvoir recevoir les soins médicaux qui lui auraient sauvé la vie. Un autre encore ratifia le silence complice. Pendant ce temps-là, tout là-haut, on ne fait que proférer des sottises tout en prétendant débattre des idées. "Après tout, pense-t-on là-haut, qui se sent concerné par un jeune d'en bas à gauche ?" Et nous, nous répondons : "Nous toutes, nous tous." "Nous toutes, nous tous, nous nous sentons concernés." Sa mort nous concerne et sa vie nous importe. Aussi ajoutons-nous sa mort, respectueusement, avec douleur, à la longue liste de comptes à régler qu'il faudra bien régler un jour. Sa vie et ses positions politiques s'ajoutent à la détermination que nous avons acquise. Le gouvernement mexicain a tué Ollin Alexis. Il a commencé à le tuer au petit matin du 4 mai 2006 et il a fini de l'assassiner le 7 juin de cette même année. Il l'a assassiné parce qu'il avait peur de lui. Parce que sa présence solidaire, le 4 mai 2006, à San Salvador Atenco, mettait en péril la légalité, les institutions, les investissements étrangers, l'"état de droit", les bonnes manières, la tranquillité, la paix et la stabilité. Ollin Alexis Benhumea Hernández, étudiant à l'UNAM, constituait une menace et c'est pour cela qu'il a été éliminé. Sa jeunesse constituait un danger. Maintenant, les valeurs boursières et le flux d'investissements et les campagnes électorales et le cabinet Fox et le gouvernement de l'état de Mexico et celui de Texcoco et le PAN et le PRI et le PRD peuvent dormir tranquilles, parce qu'Ollin Alexis est mort. Ceux qui l'ont assassiné reçoivent décorations, honneurs, félicitations. "De l'ordre ! Pas de quartiers !", aboyèrent les maîtres de tout, et leurs chiens de chasse ont obéi. Voilà de dont ils avaient peur et ce qu'ils ont tué : vingt ans d'une existence toute neuve, un universitaire qui suivait deux carrières en même temps (économie et mathématiques), un artiste avec dix ans d'études de la danse derrière lui, passionné d'histoire et passionnément engagé auprès de ceux d'en bas, un jeune parmi d'autres membre de l'Autre Campagne. Un portrait d'Ollin Alexis est là, en terres zapatistes. Debout, bien droit, jeune, derrière le commandant Gustavo (lors d'une réunion préparatoire de La Otra ?), attentif aux autres, regardant, apprenant, avec nous. Inconnus de beaucoup, Ollin Alexis a maintenant un nom et un visage à cause de la brutalité de ceux qui ne savent pas gouverner autrement qu'en intimidant, en réprimant, en violant, en emprisonnant et en assassinant. La mort mortelle donnée aux jeunes, voilà ce que propose le gouvernement. Maintenant, nous apprenons à décliner son nom dans la mort, alors que nous voulions et nous voulons encore le nommer de son vivant. Une autre jeune, condisciple d'Alexis et de tous ceux et toutes celles qui participent à la grande école que constitue l'Autre Campagne, lui avait écrit, il y a quelques jours, dans l'espoir qu'il se rétablisse et puisse rejoindre la lutte, dans un monde où la vie est injuste. "C'est de nous qu'il dépend que les choses ne soient plus comme ça", lui disait-elle dans sa lettre. Il est vrai qu'Alexis ne pouvait déjà plus lire ces quelques lignes, mais il est tout aussi vrai que l'engagement que reflètent ces mots est l'engagement de femmes et d'hommes très nombreux. Qu'Alexis ne repose pas seul dans la nuit, que l'obscurité de la terre ne soit pas la seule à l'accueillir ! Que la voix collective que nous construisons, avec lui, pour percer le silence, puisse planter l'éclair qui, tel un arbre de lumière, blesse à mort les ténèbres ! Oui, c'est bien vrai, c'est de nous toutes, de nous tous qu'il dépend que le vent d'en bas se lève, qu'il grandisse, qu'il avance. Compañera, compañero, Que pouvons-nous vous dire, à vous qui le connaissiez de tout temps, et que sa mort afflige plus que quiconque ? S'il va nous manquer ? Bien sûr qu'il va nous manquer, mais jamais comme il vous manquera, à vous. Alexis ne sera plus à vos côtés, mais nous toutes, nous tous de cette Autre Campagne, nous y serons. Je vous demande de bien vouloir accepter les embrassades que les zapatistes, collectivement, vous envoient, d'accepter le salut de notre silence pour ce qu'il est : douleur et rage partagées. Avec l'indignation qui est la nôtre, nous levons les yeux vers celui qui, là-haut, nous tue avec sa mort mortelle, avec son mépris et avec son oubli. Debout, défions-le et disons-lui : "Que peux-tu toi, maudit, contre l'air ? Que peux-tu toi, maudit, contre tout ce qui fleurit et surgit et gardant le silence et regarde, et m'attends et te juges ?" (Pablo Neruda, "Canto general") Avec la vie, avec la dignité, avec la mémoire, levons-nous, défions-les ! Ils ne connaîtront plus ni paix ni tranquillité. Bien. Salut, et rage, de celle qui accouche des lendemains. De l'Autre ville de Mexico. Sous-commandant insurgé Marcos, Armée zapatiste de libération nationale, Mexique, juin 2006. Traduit par Angel Caido pour http://cspcl.ouvaton.org 07/06/06 - Quatrième Commission Civile Internationale d'Observation pour les droits humains au Mexique au sujet des évènements d'Atenco
En février 1998 et à cause de la tuerie d'Acteal qui a eu lieu trois mois plus tôt, la société civile internationale a réagi et s'est manifesté à travers diverses mobilisations pour montrer son dégoût au sujet du massacre contre les indigènes rebelles des Chiapas et pour chercher des voies vers une solution pacifique du conflit. Plus de 500 personnes et organisations des 5 continents ont accepté la création d'une Commission Civile Internationale d' Observation pour les Droits de l'Homme (CCIODH) qui a voyagé aux Chiapas à cette époque. En novembre 1999, une seconde commission a réalisé une nouvelle visite d'observation pour évaluer la situation et la comparer avec les observations et les recommandations antérieures. C'est en février 2003 qu'eut lieu la troisième visite de la CCIODH. Après le triomphe dans les urnes du nouveau gouvernement, son objectif a été de vérifier la possibilité d'une solution juste au conflit avec le consentement de la Loi Indigène. Cette possibilité s'annula à cause du refus de l'EZLN et du CNI d'appuyer la réforme constitutionnelle approuvée en 2001 considérant qu'elle ne respectait pas les Accords de San Andrés Ces trois commissions ont eu pour résultat la réalisation de divers rapports qui ont été envoyés à tous les interlocuteurs de la commission au Mexique, à toutes les organisations et personnes qui les ont acceptées, et aux institutions internationales (au Parlement Européen, aux Parlements Nationaux, au Parlement d'Amérique Centrale, à l'Office de la Haute Commission pour les Droits de l'Homme de l'ONU, etc). Après les évènements qui ont eu
lieu à San Salvador Atenco le 3 et le 4 mai de cette année
ayant pour résultat un enfant de 14 ans tué, plusieurs
personnes gravement blessées, presque 300 détenus et 5
étrangers expulsés Pour toutes ces raisons, nous demandons à la société civil mexicaine ainsi qu'au gouvernement fédéral et à la Sixième Commission de l'EZLN pour l'autre campagne,aux organisations et aux ONG affectées par les évènements, qu'ils nous fassent confiance comme pour les trois occasions antérieures, qu'ils nous reçoivent, nous donnent leur parole et nous permettent de réaliser notre travail librement et de façon responsable. Nous demandons aussi à toutes les organisations
qui nous avaient alors acceptés qu'elles le fassent de nouveau
pour observer, réfléchir et diagnostiquer la situation
des Droits de l'Homme après ce conflit. La CCIODH voyagera au Mexique du 29 mai au 4 juin pour réaliser des interviews des acteurs du conflit et, ensuite, envoyer son rapport aux instances, aux institutions et organisations de la même manière que ce qui a été fait pour les trois visites antérieures.
Premier communiqué de la CCIODH au Mexique Mexico DF, 29 mai 2006 (Traduit de l'espagnol, Mexique)
Aujourd'hui débute le travail de la IVème visite de la Commission civile internationale d'observation pour les droits humains CCIODH au Mexique, convoquée en urgence suite au large écho des faits intervenus à Atenco et Texcoco les 3 et 4 mai 2006. La mort de Francisco Javier Cortes Santiago, de 14 ans, la détention de plus de 300 personnes soumises à des traitements vexatoires et violents, l'expulsion de cinq étrangers (deux Catalanes, une Allemande, deux Chilien.nes), la mort cérébrale d'Alexis Benumea, étudiant de la faculté d'économie de l'UNAM : Tout cela a créé une grande préoccupation dans la société civile internationale, qui s'est concrétisée par la convocation de cette Commission d'observation des droits humains avec l'aval de plus de mille signatures dans 29 pays,parmi lesquelles des organisations civiles, politiques, syndicales,associatives, comités et personnalités du monde de la culture de plusieurs continents. La Commission, qui travaillera à Mexico à partir d'aujourd'hui jusqu'au 4 juin, est composée de 28 personnes de 7 pays (Autriche, Canada, Danemark, Etat espagnol, Etats-Unis, France, Italie). Elle comprend des avocats spécialisés dans les droits humains, des chercheurs universitaires spécialisés dans les droits de la femme, des experts dans la solution des conflits, des médecins et psychiatres, des représentants de syndicats et de partis politiques, d'organisations sociales et de coopérations internationales. Au total 14 hommes et 14 femmes. La Commission s'est installée ce matin Fray Servando Teresa de Mier 92 (lieu qui nous a été trés aimablement prêté par l'Université autonome de la Ville de Mexico, UACM). Ici, nous pourrons recevoir les témoignages de toutes les personnes qui veulent rapporter des faits ou des documents sur les événements. Pour cela nous invitons toutes les personnes affectées à se mettre en contact avec nous et/ou nous faire parvenir tout matériel utile pour les investigations. Nous lançons cet appel à toute personne pouvant apporter une information significative, en particulier aux travailleurs.euses des médias. La Commission a sollicité des entrevues avec le ministére de l'Intérieur, la Commission nationale des droits humains et l'Institut national d'immigration, le ministére de la Justice, le gouverneur de l'Etat de Mexico, le maire de Texcoco, la Direction de la sécurité publique du gouvernement fédéral, la Police fédérale préventive, et le Conseil national de la sécurité publique ainsi qu'à l'Agence de sécurité publique de l'Etat de Mexico. Au sujet des personnes expulsées, nous avons demandé des entrevues avec les ambassades d'Allemagne, du Chili et d'Espagne et à la délégation de l'Union européenne au Mexique. Nous sommes en l'attente de confirmation des rendez-vous avec des autorités responsables pour chacune, souhaitant leur bonne disposition, le Mexique ayant reconnu l'importance de notre présence en accordant à chacun des membres de la Commission un visa spécial d'observateur des droits humains. Notre objectif est aussi de visiter les prisons de Santiaguito et Almoloya de Juaréz où sont encore détenues les personnes en raison des événements d'Atenco. Nous sommes en l'attente de la réponse des directeurs de ces prisons, auxquels nous avons adressé nos demandes d'entrevue et de visite pour obtenir les témoignages des prisonniers.
La Commission visitera aussi la ville d'Atenco. La Commission a concrétisé les entrevues avec les organisations civiles de droits humains comme le réseau mexicain "Todos los Derechos para Todos", ainsi que les organisations sociales dont le Front communal de défense de la terre et "la Otra Campaña". Dans les dix jours à partir d'aujourd'hui nous allons rédiger un rapport préliminaire qui reprendra les conclusions et recommandations de la CCIODH et qui sera remis à toutes les organisations qui nous ont appuyé ainsi qu'au Parlement européen, au Parlement et au gouvernement catalans, au Parlement italien et à la Commission des droits humains, entre autres destinataires.
Le rapport complet sera prêt pour le mois de septembre 2006. Nous remercions pour la réponse positive à nos demandes, les institutions, les organisations et spécialement les personnes affectées par les graves événements d'Atenco. Sans leurs témoignages notre travail ne serait pas valable. Notre objectif est qu'ils nous aident à rechercher la vérité pour que justice se fasse.
Bulletin de presse n° 2 DE LA CCIODH Mexico, mardi 30 mai 2006
Hier, premier jour de travail pour la Commission civile internationale d'observation pour les droits humains au Mexique, après avoir donné une conférence de presse de début de ses activités.
Les témoignages de différentes organisations civiles ont été reçus au siège de la Commission. Entre autre, Edgar Cortez du réseau "Todos los derechos para todos", et Miguel Alvarez, Pablo Romano et Enrique Pineda de Serapaz (Service et aide pour la paix). Les spécialistes en droits humains ont souligné : "Les événements d'Atenco représentent un fait majeur quant à la valeur symbolique de cette population en résistance civile découlant de sa lutte contre la construction d'un aéroport sur sa terre et aussi par le fait qu'ils sont une référence d'appui et de solidarité aux autres luttes de la région." Dans l'après midi, Juan de Dios Hernandez Monje et Pedro David Suarez, deux avocats de l'équipe qui suit sur le plan légal le cas d'Atenco ont été reçus au siège de la Commission. Ils ont remis à la Commission une lettre des prisonniers politiques d'Atenco : "Frères écrivent-ils depuis la prison de Santiaguito malgré les coups, les viols de nos femmes, le viol de l'un de nos compagnons, le meurtre d'un enfant, les tentatives de nous enlever ce qui nous appartient, ici entre les cris des gardiens et de ce que des prisonniers nous accusent, nous essayons de ne pas oublier ce qu'on nous a fait, de ne pas oublier l'odeur du sang, les cris, les coups, les menaces." Et, ajoutent-ils dans leur lettre : "Etudiez consciencieusement les irrégularités et les anomalies de notre dossier et diffusez-le au monde. Nous portons également à votre connaissance que nous sommes tous en grève de la faim. (...) Quand il y aura la justice il n'y aura ni pauvres, ni riches, ni prison, ni lois."
Dans le courant de la journée, nous avons reçu plusieurs jeunes détenus durant les opérations de la matinée du 4 mai à San Salvador de Atenco "séquestrés par la Police fédérale préventive" et victimes de vexations et de divers abus au cours de leur transfert à la prison selon leurs témoignages. L'un d'eux nous a fait part du traitement subi par Maria Sastres, l'une des Catalanes détenues à Atenco, étant lui-même par terre à côté d'elle pendant le transfert. Dans l'après-midi, une délégation de la Commission prit rendez-vous avec des membres du Front des communes pour la défense de la terre là même où s'est tenue une réunion plénière de la "Otra Campaña", afin d'organiser la visite à San Salvador Atenco. Nous avons également remis une lettre pour le "Delegado Zero" destinée à "La Otra Campaña" signifiant notre disposition à écouter leurs témoignages, dénonciations et observations qu'ils voudront nous faire". Dans cette même lettre, nous informons "La Otra Campaña" que "nous allons rédiger un rapport d'urgence sur les faits et implications tant pour leur ampleur que pour les atteintes au droits individuels et collectifs des organisations, populations et personnes affectées".
Aujourd'hui, mardi 30 mai, la plus grande partie de la Commission s'est déplacée à San Salvador Atenco, invitée par le Front des communes pour la défense de la terre, afin de recevoir les témoignages (entrevues, documents, photos) sur le lieu même des événements. Selon un porte-parole de la Commission, Ignacio Garcia Garcia, "notre activité d'hier a été très positive, car nous avons reçu d'importants témoignages et une documentation fondamentale pour nos travaux. Les entrevues avec les acteurs institutionnels et sociaux, et les réponses faites ont été positives. Nous tenons à remercier tous ceux qui nous ont apporté les informations et, d'avance, les personnes qui le feront dans les prochains jours".
Bulletin de presse n° 3 DE LA CCIODH Mexico, mercredi 31 mai 2006
Deuxième jour de travail. La journée a débuté à 7 h 30 du matin au siège de la Commission. Un important groupe s'est rendu dans les localités de Texcoco et de San Salvador Atenco. Ils ont été reçus par un groupe de personnes affectées par les faits qui se sont produits les 3 et 4 mai, certaines appartenant au Front des communes pour la défense de la terre. Après les présentations réciproques, la Commission s'est divisée en trois groupes afin de mieux couvrir le travail sur le terrain. Deux groupes ont été accompagnés dans leur propre village par des habitants de Texcoco et San Salvador Atenco, tandis qu'un troisième groupe installait un bureau dans la Maison communautaire. Etant donné la quantité de témoignages reçus plus ceux qui insistèrent pour donner leur opinion, il a été décidé d'un commun accord de faire une autre visite de la Commission, cette fois-ci moins nombreuses, pour aujourd'hui. On se doit de souligner la volonté des gens de raconter ce qui s'est passé malgré l'ambiance générale manifeste de peur. Nous avons pu entrer dans des maisons et voir dans quel état elles se trouvent, nous avons constaté les marques et traces sur les personnes durement frappées. Selon ce qui nous a été dit, beaucoup de ceux qui ont été affectés vivent encore une situation de "terreur" et ne retournent pas dans leur maison, de crainte qu'une nouvelle opération se produise. Il y a des ordres d'arrestation pendants, ce qui explique que de nombreuses personnes se cachent par crainte d'être arrêtées. Certaines, par l'intermédiaire de leurs familles, ont exprimé le désir d'apporter leur témoignage à la Commission mais le considère impossible, persuadées que, si un membre de la Commission s'approche de la maison, elles risquent d'être détenues et elles ne peuvent venir au lieu où la Commission travaille. On nous parle d'environ 100 personnes en situation de clandestinité. En une première estimation, les conséquences en terme de rupture d'une communauté historiquement résistante sont palpables, de nombreuses personnes présentent une grave affection psychologique et certaines se demandent pourquoi cette affaire leur est arrivée, d'autres parlent de "vengeance" en raison de leur résistance historique. Durant la matinée, nous avons remis directement à la direction de la prison de Santiaguito une demande de visite dans cet établissement, la même demande a été déposée la veille à la prison de La Palma, afin qu'une délégation de la Commission puisse visiter les prisonniers et prisonnières. Toute la journée, nous avons également réalisé des entrevues avec des avocats et des familles de détenu.es. Aujourd'hui, la délégation qui s'y était engagée s'est rendue à Atenco pour compléter son travail pendant qu'un autre groupe a rencontré des familles de prisonnier.es devant la prison de Santiaguito, où une permanence de soutien s'est installée nuit et jour.
Bulletin de presse n° 4 DE LA CCIODH Mexico, 1er juin 2006
Pour son troisième jour de travail, la Commission civile internationale d'observation pour les droits humains au Mexique s'est déplacée à San Salvador Atenco pour réaliser des entrevues et recevoir des témoignages de personnes affectées par les violents événements du 4 mai au matin. Jeunes, hommes, femmes et anciens ont été reçus au siège de la CCIODH dans la Maison communautaire, démontrant la volonté de la population d'Atenco de dénoncer les événements et les violations diverses qu'ils ont subis. Leurs propos mettent en relief la peur de ceux qui n'ont pas été détenus et qui restent dans un village désolé. Nous avons entendu les témoignages qui parlent de déchirure du tissu social d'un village en lutte et organisé. Certains soulignent que c'était l'objectif central de l'opération. D'autres continuent à ne pas comprendre ce qui s'est passé. D'autres membres de la Commission sont allés rencontrer des familles de détenu.es, membres d'organisations sociales, qui, avec des adhérents de la "Otra Campaña" se sont installés nuit et jour devant la prison de Santiaguito. Des différents témoignages recueillis, on peut retenir des informations sur les conditions des détenu.es en grève de la faim depuis plus de trois semaines. Selon leur témoignage en manifestation d'hostilité envers les prisonnier.es, on ne laisse pas entrer dans la prison le sucre, les fruits et les gâteaux que le groupe d'appui se chargeait de faire parvenir à la prison. Le docteur Guillermo Selvas, qui a perdu 11 kilos, souligne que les conditions des grévistes de la faim vont empirer jour après jour s'ils n'ont aucun suivi médical et psychologique, mais tous sont fermes dans leur intention de suivre leur grève de la faim jusqu'à ce qu'ils obtiennent justice. Différentes personnes nous ont fait part de disparitions et aussi de personnes jetées de camions de police, informations que nous tenterons de recouper avec davantage de témoignages. Dans l'après-midi d'hier, nous avons reçu Angel Benhumea et Yolanda Hernandez, les parents d'Alexis Benhumea, l'étudiant en économie de l'UNAM en état de coma cérébral à l'hopital Lopez Mateos de Mexico. Ils considèrent que l'opération fut brutale et démesurée s'agissant d'une manifestation pacifique : "Mon fils se débat entre la vie et la mort dit le père le gouvernement mexicain est coupable de toute l'opération." La maman souligne que "toute la famille est indignée et blessée par cette souffrance, espérant que d'autres familles ne subiront pas le même sort seulement pour le fait de s'exprimer et défendre ses droits comme êtres humains. Ils ont tiré directement sur mon fils". Ajoutant qu'ensuite ils ont dû se cacher pendant onze heures avec leur fils blessé qui commençait à entrer dans le coma sans avoir d'assistance médicale. Au matin du quatrième jour de travail, aujourd'hui, différents membres de la CCIODH ont rencontré la Commission nationale des droits humains, tandis que d'autres se sont rendus à la prison de La Palma en vue de participer à la première audience publique des trois détenus qui se trouvent dans cette prison de haute sécurité. Une délégation s'est rendue à Texcoco pour rencontrer le maire de la ville et les policiers qui auraient été "frappés et retenus" dans l'après-midi du 3 mai. Nous continuons les démarches et les entrevues institutionnelles avec plus de difficultés que prévu. Une semaine avant de venir, la Commission avait envoyé toutes les demandes officielles. Depuis le début de notre travail, le 29 mai, deux membres de la Commission se consacrent exclusivement à formaliser les contacts. Jusqu'à présent, malgré les efforts déployés, nous avons eu peu de suite. Nous regrettons que les entrevues accordées soient bien inférieures aux demandes et que le niveau des responsabilités des fonctionnaires rencontrés soit inférieur à nos attentes. Bulletin de presse n° 5 de la CCIODH Mexico, 2 juin 2006 Pour son quatrième jour de travail, la Commission civile internationale d'observation pour les droits humains au Mexique a pu commencer les entrevues avec les différents acteurs institutionnels. Nous sommes allés le matin au bureau de la Commission nationale des droits humains (CNDH) et l'après-midi une délégation de la Commission s'est rendue à Toluca pour une entrevue au ministère de l'Intérieur de l'Etat de Mexico. Après avoir expliqué le rôle de la Commission, le gouvernement confirme son point de vue sur "le problème d'Atenco". Il explique que le Front des communes pour la défense de la terre (FPDT) a toujours freiné toutes les mesures que le gouvernement a voulu prendre pour aider la population de cette commune. Le gouvernement reconnaît qu'au cours de l'opération des excès policiers ont été commis, mais néanmoins il rejette toute responsabilité pénale ou politique. A Texcoco, la CCIODH a rencontré le maire de cette commune de l'Etat de Mexico qui a présenté le problème des fleuristes. Il a expliqué qu'il n'y eut jamais d'accord pour qu'ils puissent vendre (leurs fleurs) le 3 mai, ce qui est en contradiction avec d'autres témoignages et des documents reçus par la Commission. Il affirme également que le Front des communes pour la défense de la terre (FPDT) "contrôle" les fleuristes. Le maire déclare qu'il n'y eut jamais une opération conjointe entre la police municipale et la police de l'Etat et affirme que les premiers ne portaient pas d'armes. Lors d'autres entrevues, nous avons eu des opinions, confirmées par des documents, qui contredisent cette version officielle. Au cours de la nuit, la Commission a reçu un appel téléphonique d'América del Valle, fille d'Ignacio del Valle le leader du FPDT détenu à la prison de La Palma et qui se trouve en un lieu inconnu. Elle nous dit que, "les membres du Front, nous ne sommes pas des délinquants. Nous allons lutter pour la liberté de nos prisonniers". Elle ajoute que toute la famille, même ceux contre lesquels il n'y a pas de mandat d'arrêt, ont dû fuir la ville. Bien que ne les ayant pas vus depuis le 3 mai, elle a eu des nouvelles selon lesquelles sa maman et son frère vont bien. Hier matin, l'équipe d'avocats participant à la CCIODH voulaient assister à la première audience publique contre les trois prisonniers détenus à la prison spécial de La Palma. Ils n'ont pas pu entrer et l'audience du tribunal s'est effectuée à porte fermée et en secret. Les avocats ont rencontré le juge de la prison de Santiaguito, et ce matin ils se sont rendus une nouvelle fois à la prison d'Almoyola de Juarez, son directeur ayant donné une réponse positive à notre demande de rencontre des détenus. Ce matin du cinquième jour de travail, une délégation de la Commission s'est rendue à l'ambassade d'Allemagne à Mexico ; une autre délégation a eu une entrevue au ministère de la Justice de l'Etat de Mexico et une troisième au ministère de la Justice de la République, à Mexico à 14 heures. Ce même jour à 15 heures, le "Delegado Zero" est venu à notre siège, répondant positivement à l'invitation que nous lui avions faite par courrier adressé à "la Otra Campaña".
Buletin de presse n°6 de la CCIODH Mexico, 3 juin 2006
Pour son cinquième jour de travail, la Commission civile internationale d'observation pour les droits humains (CCIODH) a pu entrer à la prison de Santiaguito et s'entretenir avec les 28 détenu.es (hommes et femmes), récolter des informations sur leur état de santé et constater l'absence de suivi médical. Ils ont pu constater leur courage et leur volonté de résistance. Le groupe de la CCIODH était constitué par une avocate, une docteur en médecine, un psychiatre et un photographe. Ils ont pu s'entretenir avec le directeur général de prévention et de réadaptation social de l'Etat de Mexico, M. Alejandro Carmona. Le psychiatre et le médecin de la CCIODH ont examiné ceux qui présentaient des séquelles psychologiques et souffraient de lésions. Nous avons vérifié qu'aucun nécessitait une hospitalisation et nous avons constaté que l'un d'eux (Arnulfo Pacheco, personne âgée paraplégique accusé des séquestres de 8 policiers) était à l'infirmerie. Les femmes que nous avons vues se sont plaintes des mauvais traitements subis. Il y a des versions absolument contradictoires avec ce que la Commission nationale pour les droits humains nous a présenté notamment concernant les soins reçus. Il est clair, par exemple, qu'un cas de ce type viols et agressions sexuelles ne peut être traité par un homme et moins encore par un médecin qui ne serait pas spécialiste de cas d'agressions sexuelles. Les femmes nous ont indiqué que le 1er juin, trois semaines après les viols, ce fut la première fois qu'elles ont été examinées par un gynécologue, qui a diagnostiqué de graves infections. En marge de la visite de la prison de Santiaguito, entre les activités de la CCIODH, s'est située une entrevue avec le "Delegado Zero" subcomandante Marcos, au siège de la CCIODH à 15 heures. Devant les membres de la commission, le porte-parole de la "Otra Campaña" a souligné "votre travail commencera dimanche, quand vous retournerez dans vos pays". Après avoir dénoncé "sept crimes" qui viennent de se commettre au Mexique en relation avec les événements d'Atenco et de Texcoco, le Delegado Zero lance un appel à "continuer avec la parole afin d'éviter le dernier crime : l'oubli". "Cela, ajoute-t-il, est le devoir de toute personne honnête dans le monde." En soirée, nous avons eu une conversation téléphonique avec l'ambassadeur d'Espagne à Mexico, qui nous a donné son témoignage sur l'expulsion de Maria Sostres et Cristina Valls, citoyennes espagnoles. Aujourd'hui, samedi 3 juin, nous nous consacrons a la rédaction du prérapport et nous mettons au point nos conclusions et les recommandations que la CCIODH rendra publiques demain dimanche 4 juin à la conférence de presse convoquée à midi à l'auditorium de l'Université autonome de la Ville de Mexico (Universidad Autònoma de la Ciudad de México UACM ). Source : Diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL, Paris) - 33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France réunion (ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30 http://cspcl.ouvaton.org cspcl@altern.org liste d'information : http://listes.samizdat.net/sympa/info/cspcl_l 27/05/06 - L'autre voyage : Sur les routes avec les zapatistes par Joani Hocquenghem.
Récit à paraître dans le numéro 60 de la revue "Chimères", printemps 2006, en libririe à partir du 15 juin 2006. http://www.revue-chimeres.org/
Mercredi 8 février. Au bord de la route qui serpente dans la montagne, Gelatao, village natal de Benito Juárez, le premier président indien du Mexique, celui qui bouta dehors l'envahisseur français en 1867. Entre les pins, dans l'école moderne décorée de banderoles en langue indienne, le conseil municipal, élu en assemblée selon les us et coutume, accueille le sous-commandant Marcos et lui remet un document qui retrace "des siècles et décennies" de résistance. "Vous nous avez donné un sens du futur, vous avez donné amplitude et visibilité aux demandes indiennes", lance un des intervenants. Un Mixe du village de Jaltepec retrace "les tromperies, les expropriations arbitraires jamais indemnisées par le gouvernement depuis le XVIIIe siècle et à nouveau dans les années 1950, l'histoire d'en bas, écrite avec du sang, telle qu'on se la raconte de père en fils." Un représentant de Calpulalpan décrit la destruction des sources par une entreprise minière. "Le zapatisme, ça a été comme une chandelle pour éclairer notre chemin", dit Joel Aquino, porte-parole de l'Assemblée des autorités zapotèques, mixes et chinantèques. Il vient de Yalalag, où la collectivité a construit un centre culturel zapotèque. Là-bas, les médecins manquent alors que de nouvelles maladies font des ravages, le diabète et l'hypertension en particulier, apparues avec l'arrivée des chips et du Coca-Cola. 80 % des jeunes prennent le chemin de l'émigration vers les USA, et même la fanfare du village est à Los Angeles. "Ce qui convient au gouvernement, résume un orateur, c'est que nous nous enfuyions tous à l'étranger, qu'il ne reste que des communautés fantômes." Dans le soleil matinal, les paysans de communes de la sierra à huit ou dix heures de route parfois, apportent leur témoignage sur l'exploitation effrénée des forêts, de l'eau, les problèmes de santé, d'éducation, les menaces, les morts et les prisonniers de cette guerre rampante, la conquête autrefois, le néolibéralisme aujourd'hui deux temps qui se rejoignent à l'heure du grand réveil. "Dans la région, le processus d'autonomie a commencé dans les années 1970 : la lutte pour la reconnaissance de nos normes pour nommer et choisir nos autorités. Et ce indépendamment des partis, contre leurs caciques qui nous dépouillent de nos terres et ressources naturelles et imposent l'individualisme et le mercantilisme", reprend un intervenant. "Le régime de propriété communale est un énorme avantage pour les peuples indiens, opine un autre. Ils doivent conserver leur capacité d'autosuffisance alimentaire : l'Etat veut leur faire perdre pour les accrocher avec ses programmes d'aide' et tuer leur initiative sociale." Les chapeaux de feutre et de paille acquiescent et applaudissent ; "ne pas dépendre du capital", "continuer à exister", c'est l'idée ambiante sur les cimes. Midi. L'heure de redescendre vers la ville, Oaxaca, capitale de l'Etat du même nom, un Etat toujours gouverné par le Parti révolutionnaire institutionnel depuis 1929. La sono retentit sous les hauts murs lépreux du pénitencier d'Ixcotel. Meeting pour la libération des prisonniers politiques. Malgré le règlement peint en grandes lettres à la porte (sont interdits entre autres "les vêtements aux couleurs militaires" et "les couvre-chefs gênant l'identification"), Marcos parvient à entrer avec ceux qui veulent l'accompagner. "Ils ont décidé qu'il valait mieux le laisser passer, commente le reporter de "La Jornada" Hermann Bellinghausen, le seul journaliste qui suive son équipée. C'est la quatrième prison qu'il visite. Au Chiapas, à la prison de Tuxtla, il a interpellé les gardiens du dehors et fait passer un message de soutien aux zapatistes incarcérés. Au Tabasco, on est entré au forcing, carrément. C'était une prison municipale et ça n'a pas été trop dur. Maintenant, ce sont deux prisons fédérales où il réussit pénétrer : hier à Tehuantepec, et aujourd'hui à Ixcotel. Il s'arrête partout où sont enfermés des gens en lutte et on s'aperçoit qu'il y en a beaucoup." Au parloir, Marcos se réunit avec seize indiens incarcérés, ceux de Loxicha. Loxicha est le nom d'une municipalité zapotèque de la montagne qui est parvenu à chasser le cacique local, c'est aussi le nom d'une expérience d'autonomie férocement écrasée par l'armée. Le maire élu en assemblée, Agustín Luna, arrêté violemment en 1996 avec tout le conseil de la commune, est toujours derrière les barreaux. Soixante-dix habitants sont encore objets d'un mandat d'arrestation. Vingt ont été assassinés par des paramilitaires dans les trois dernières années. Depuis 2000, c'est-à-dire sous la présidence de Fox, dix autres ont été emprisonnés pour des accusations fabriquées de toutes pièces. "Je suis en prison depuis trois ans et huit mois pour des délits que je n'ai pas commis, témoigne la jeune Isabel Almaraz. Mon père travaillait avec la mairie ; lui aussi a été détenu, torturé. Mon mari est recherché, ils n'ont pas pu le prendre alors ils m'ont arrêtée moi." "Nous n'avons pas faibli, intervient Fortino Enríquez. Nous n'avons pas baissé la tête. Ici, nous avons fait des grèves, des conférences de presse et tout ce qu'on pouvait pour démontrer au gouvernement que nous sommes innocents. Nos enfants sont abandonnés par la faute du gouvernement." "On veut la liberté de papa", lit-on dehors sur une pancarte que brandissent deux marmots parmi les banderoles. "Tous ceux qui sont enfermés pour leurs idées sont nos compagnons, dit Marcos à sa sortie. Il faut faire savoir au monde qu'au Mexique il y a des prisonniers politiques. Et lutter pour la libération de tous, de ceux de toutes les organisations... Nous n'allons pas les laisser seuls. Cette porte doit s'ouvrir." Par les écoulements qui traversent la muraille, les voix d'autres détenus invisibles interpellent, exigent l'attention, se mêlent aux slogans des gens du quartier contre les nuisances des travaux d'amplification de la gare routière. 2006, année électorale. Au long des avenues, surplombant le périphérique, le candidat du PRI sourit de toutes ses dents sur les panneaux publicitaires. "Avec Roberto, pour que les choses se fassent !" "Ma préoccupation, c'est toi." Les promesses des aspirants inondent la télévision et s'étalent sur les rambardes de chaque village, de chaque quartier, fraîchement repeintes aux couleurs des trois grands partis. Le 2 juillet, on élira le nouveau chef de l'Etat. La campagne présidentielle bat son plein, une campagne qui semble planer très loin au-dessus du pays réel. De leur côté, loin des caméras de télé, les zapatistes ont entrepris l'Autre Campagne, "la Otra" comme on abrège ici. Nouvelle phase de leur cheminement : la construction de l'autonomie, telle qu'ils la pratiquent au Chiapas, ne suffit pas ; il faut sortir, prendre l'offensive, sinon il n'y aura bientôt plus rien à défendre. Pour dresser un état des lieux, des ravages, des répressions, des luttes et des initiatives, pour définir les vrais problèmes sur lesquels les candidats devraient s'engager, le sous-commandant Marcos, promu pour l'occasion "délégué Zéro", parcourt pendant six mois les 31 Etats du pays. Pourquoi "délégué Zéro" ? Parce qu'il part en éclaireur. Ce mouvement ne s'arrêtera pas au calendrier électoral ; ce n'est que la préparation de la visite de délégations plus importantes qui commencera à l'été, après le scrutin, et prendra "une année ou plusieurs s'il le faut", un déplacement sans date limite pour tisser des relations durables. Ils ne présentent aucun candidat, n'appellent à voter pour aucun parti et ne prônent pas non plus l'abstention. Inutile d'attendre des solutions de "ceux d'en haut". Les accords de San Andrés, signés par le gouvernement en 1996, n'ont jamais été appliqués. La Constitution ne reconnaît toujours pas l'autonomie des peuples indiens; le projet c'est maintenant une nouvelle constitution. "La Otra" se définit comme anticapitaliste et se situe en bas et à gauche. Elle ne ménage pas les critiques aux politiciens de tous bords, dinosaures de l'ancien régime, droite moralisatrice du nouveau, sociaux-démocrates prêts à prendre la relève, tous chantres de la croissance macro-économique, variantes du néolibéralisme ayant reçu d'avance la bénédiction du FMI et de la Banque mondiale. Elle invective tous les gouvernements locaux, et ils ne se privent pas de lui mettre des bâtons dans les roues. Les embûches ne manquent pas: coups bas et arrestations des organisateurs dans les Etats où son arrivée est annoncée ou dès qu'elle a disparu à l'horizon. Elle a pour adversaires tous les tenants de la prise du pouvoir : le PRI qui veut y revenir, le PAN qui veut y rester, le PRD qui prétend y grimper. Plus le parti à construire, l'avant-garde des partisans de la révolution. Ceux qui vantent la démocratie parlementaire et ceux qui prônent la dictature du prolétariat. Sa force d'attraction, c'est justement le refus du pouvoir. Cette année justement les sondages donnent le parti de gauche largement gagnant pour la première fois au Mexique, relançant les espoirs électoralistes et la crédibilité d'une démocratie parlementaire sans cesse bafouée au long du XXe siècle, de la révolution de 1910 à l'an 2000. Sous cette double impulsion, la campagne officielle des partis et la contre-campagne des insurgés, le pays connaît un moment de débat et d'effervescence. A chaque étape de l'Autre Campagne, le seul quotidien à en rendre compte pas à pas, "La Jornada", est épuisé dès qu'il arrive au kiosque. "La Otra" retentit aussi dans les journaux régionaux à son passage, mais c'est sur un ton le plus souvent sarcastique; un journal d'Oaxaca appelle Marcos "tête de chiffon", "diva", un autre, "La Prensa", le traite de fou. Les journaux étrangers ne sont pas moins critiques; le "Los Angeles Times" stigmatise en titre ces "Marxistes cachés derrière les marimbas". Jeudi 9 février. Les organisations sociales se sont regroupées au syndicat des enseignants. Au matin, la session reprend dans le gymnase couvert; instituteurs contre la centrale officielle, fonctionnaires, employés, travailleurs de la Sécurité sociale en lutte contre la privatisation se relaient au micro. Aux murs, géographie de sigles, banderoles, affiches, mots d'ordres, peintures et fresques accrochées à la hâte, faucilles et marteaux perdues au milieu des motifs mayas, drapeaux rouges, noirs, drapeau noir à étoile rouge de l'EZLN, Zapata, bien sûr, Che Guevara, Ricardo Flores Magón, repère axial de la révolution de 1910, l'agitateur libertaire, que certains trotskistes d'ici alignent avec leur idole sur leur table de presse et intègrent à leur credo, et même la sacré brochette Marx-Engels-Lénine-Staline, que le PCML trimballe dans sa camionnette d'une escale à l'autre, tentant de conserver leur posture martial au milieu des flots anarchisants. Midi, autre terrain de basket, aux gradins remplis de paysans, orné de toiles peintes et d'inscriptions en langue nahuatl et zapotèque, celui de l'Organisation indienne des droits de l'homme d'Oaxaca, au village d'Atzompa, où le MULT, mouvement des indiens triquis, annonce qu'il se joint à la "Otra Campaña". Une vieille dame embrasse le sous-commandant, chausse ses lunettes et dénonce le gâchis de dizaines de millions de dollars en propagande des campagnes électorales qui finira à la poubelle. Leonor, Mixtèque du Consejo Indígena Popular Flores Magón,dix-sept ans, ex-prisonnière politique, lance : "Nous luttons pour être libre, pas pour arriver au pouvoir !" Une fille de la radio "La Voix des Indiens Chatinos" dénonce le maire d'un village qui s'enrichit grâce à l'exploitation sauvage des forêts et réprime les femmes de mouvement, qui sont très actives, là-bas à Panixtlahuaca. 13 h 30, rendez-vous avec les étudiants dans la cour de la fac autour d'une sono criarde : se former, il le faut, mais lutter aussi contre l'individualisme et la privatisation de l'éducation. Les femmes interviennent plus chez les paysans que chez les étudiants, fait remarquer l'homme à la pipe. 15 h 30. Repas sur la petite terrasse de l'Université de la Terre, trace du séjour du philosophe Ivan Ilitch sur ces rivages. Malgré son nom, modeste institution où la discussion continue dans une salle comble, et roule sur la défense du maïs créole, la production de chocolat bio, l'installation de fours solaires dans les communautés, l'eau, la nourriture, la merde, l'utilisation de wc secs. Et bien sûr l'éducation : "Quel monde allons nous laisser à nos enfants ? C'est ce que se demandent beaucoup, dit une intervenante. Je pose la question à l'envers: vu les idées que nous leur inculquons, quels enfants allons nous laisser à ce monde ?" Nouvelle traversée de la ville, dans le crépuscule grenat de Oaxaca, en toute hâte. Une foule plus large attend depuis 16 heures sur la grand-place. Les orateurs se relaient devant 5 000 spectateurs impatients. Rapporteur de la commission "autres amours", le jeune Tlahui, robe longue et perruque mauve, bondit sur scène : "La réalité, c'est nous tous. Les autres, c'est nous tous. Les différents, c'est nous tous. Les minorités sont majorité. Nous aussi, nous sommes la dignité rebelle. Parce que l'amour a ses droits, parce que la patrie est nôtre, parce que nous sommes coquettes et nous vivons dans la maison de la joie..." lance-t-il sous un roulement d'applaudissements. - Vous n'êtes pas seuls ! se crie la place à elle-même, heureuse de sortir de l'isolement quotidien. La Cenicienta (Cendrillon), passe-montagne et soutien-gorge, et une collègue en châle indien à la Maria Félix, la joue maquillée du sigle EZLN, l'entourent. Marcos se prend la photo avec eux et proclame : "Je suis fier d'être parmi vous." Et personne ne lui en veut quand il bute sur un mot et les appelle "transgénique" au lieu de "transgénérique". Il soupire : "J'y arriverai pas", et on le sent rougir sous son bas de laine. Il continue pourtant : "La nouvelle Constitution, la fin de ce système, nous vous promettons que vous allez voir ça, vous qui êtes ici. Ce n'est pas quelque chose qui va arriver plus tard. C'est quelque chose qui est en train se passer." Au contraire des multiples campagnes des zapatistes et de leur grande virée de 2001, cette fois son activité consiste à écouter. Fumant sa pipe, il écoute et invite à s'écouter entre eux les mille groupes locaux qui peuplent la société mexicaine. Catalyseur, prétexte, il fournit le public, l'occasion, l'espace. Relançant sans cesse les invitations à prendre le micro, il établit le contact, recueille documents écrits, témoignages, comptes-rendus d'agression et d'abus, messages vidéos, dossiers photos, journaux communautaires, prend des notes, trace un bilan provisoire. Il suffit de le suivre pour entendre ce pays profond, d'ordinaire muet, se raconter, déverser son amertume et ses espoirs. Il entraîne les curieux, les marginaux, les dissidents, montre le Mexique aux Mexicains qui veulent le voir, en détail, l'autre pays, l'envers du même, "l'autre Mexique", oblige à regarder la carte à la loupe pour repérer son itinéraire. Les villages sont au centre, il va au bout des routes, là où elle est toute blanche. Passant par les villes, il court de l'un à l'autre, et s'arrête plus longuement dans les montagnes, là où personne ne vient jamais. Dans les locaux culturels, collectifs écologiques, écoles parallèles, syndicats contestataires, coopératives, salles des fêtes, cinémas, dancings désaffectés, sur les places publiques ou dans les maisons individuelles où il est hébergé, affluent la faune variée des inorganisés, défilent rebelles individuels, paysans endettés, pêcheurs, orchestres de rock, enfants des rues, ouvriers et chômeurs, taggeurs, sinistrés de l'ouragan Stan, familles en lutte contre les tarifs de l'électricité, cultivateurs expulsés par les grands projets d'autoroutes, d'aéroports, de centre commerciaux et de parcs touristiques. Et aussi les prostituées en lutte qu'il rencontre d'étape en étape. Débats polis, courtois, pleins de formules : "buenas tardes", "bienvenido", "con su permiso", "me atrevo tomar la palabra", "disculpe el mal hablado", "gracias", "hasta siempre". Jamais d'interruption, même des plus diserts ou lents. Invités à se mettre au micro au nom d'organisations ou à titre personnel, ils sortent du public, se détachent de l'ombre, se jettent à l'eau, le regard intimidé, improvisent ou sortent de leur poche une feuille manuscrite, énoncent fiévreusement leur vérité, inventent des mimiques, s'adonnent dans leur chroniques au présent narratif, la syntaxe en bataille. La concordance des temps succombe, le subjonctif est sacrifié, tout verbe devient transitif. Attention chantier : parole au travail. Sans autre outil que la langue, se déclenche une mécanique déferlante, le verbe pour matériau, des idées pour moteur, les luttes pour carburant, la mémoire orale pour repère. Mus par une même soif d'_expression, ils balancent pêle-mêle leur expérience, leur vision, leur théorie jusque tard dans la nuit. Murmures ou éloquences s'amplifiant jusqu'au cri, balbutiements, répétitions, contradictions, mais on applaudit toujours, autant le courage de dire que l'opinion émise. Combien sont-ils à s'essayer à cette école nomade d'orateurs publics, à participer à ce forum ambulant de 180 jours ? Plusieurs dizaines à chaque rencontre, soir et matin ; petit à petit, des centaines et des centaines. Dimanche 12 février. L'Etat de Puebla, autre fief du PRI. Sur les rambardes au long de l'autoroute, les mêmes affiches électorales, des sourires équivalents, d'autres promesses mirifiques. Seul change le prénom du candidat local ; ici c'est un Lucio qui réclame notre confiance. La vallée de Tehuacán, vaste plaine venteuse entre deux murailles de sierra, piquée de cactus au garde à vous, balayée de tourbillons de poussière qui font voler des lambeaux de plastique. Sous le soleil de midi, le bourg d'Altepeji aux murs ornés de graffitis, où des flèches soulignant l'inscription laconique "la Otra" mènent à la Maison de la culture. Dans le patio, où les assistants se sont répartis les chaises et l'ombre des arcades, un Nahua évoque les peuples anciens, "les êtres pensants qui habitaient cette vallée et y ont laissé leurs glyphes". "Là bas, à Santa Ana Telostoc, explique un autre intervenant nommé Eusebio, nous avons constaté le pillage d'une caverne sacrée. Des objets archéologiques ont été soustraits. Notre projet, c'est de monter un musée communautaire." Un cultivateur de maïs parle de la désillusion de la fameuse "révolution verte" : irrigation et fertilisants dans les plaines ont usés les sols et l'eau manque dans la Sierra Mixteca. "Tout le monde parle de l'eau gazeuse de Tehuacan qui est commercialisée dans le pays entier, reprend un autre orateur, c'est notre richesse régionale, et nous dans la Vallée de Tehuacan on peut pas en boire, il nous faut l'acheter en bouteille au supermarché." "Notre syndicat a trahi notre cause, proteste un maître d'école. Nous avons chassé les voleurs et d'autres voleurs les ont remplacés." Et un autre enseignant évoque le sort d'un instituteurs et de sa femme assassinés. Hilario, de l'Union paysanne Emiliano Zapata, mentionne les projets de club de golf et de circuit automobile à Tepeaca : "Ils nous offrent un demi-peso le mètre carré. Nous ne vendons pas la terre." "En l'an 88, nous nous sommes rebellés à la raffinerie de sucre, dit Martin, de Jalipá, au garde à vous sur le podium. Aujourd'hui, bien que je sois retraité, je suis là, pour me rendre utile, pour ce à quoi je peux servir. Viva Zapata ! Viva Mexico ! A bas le capitalisme ! "Moi, c'est la canne à sucre. J'aime couper la canne, intervient un moustachu en pantalon de treillis et chapeau de paille. C'est un travail dur, il faut savoir s'y prendre, ce n'est pas comme couper n'importe quelle herbe. J'ai travaillé dans les plantations et les raffineries de sucre. Je ne veux pas être propriétaire ni patron, je veux gagner mon salaire" "En 68, je me suis retrouvé à Tlatelolco à mettre des morts dans des sacs poubelles. J'étais conscrit. Ce sont les morts d'hier, ils disaient. Je ne comprenais pas. C'était vrai, c'était les étudiants qui avaient été massacrés le jour d'avant Dans les années 80, à force de couper de la canne, je me suis mis à boire de l''aguardiente'. Alors j'étais au plus bas. Je me sentais mourir, j'étais mort." "Quand il y a eu 1994, je me suis dit : ça, je ne le rate pas. Un jour je vais voir Marcos. Je ne suis plus seul. Et regardez: il est là, en direct et en couleur ! " "Vingt ans maintenant que je ne bois plus. J'ai été à Cuba, en Chine, en Corée du Nord... mais dans les livres. Aujourd'hui les femmes regardent les telenovelas, et maintenant les hommes aussi. Même plus de livres, rien que des vidéos, c'est ce qu'on s'envoie. J'ai vu des mères allaitant leur enfant avec du Coca-Cola Comment voulez vous qu'on résiste si nous devenons un pays d'aliénés, c'est à dire des abrutis ?" (Rires.) "On ne vient pas de Mars ou d'une autre planète, nous sommes nous-mêmes. Je suis descendant de Quetzalcoatl. On a hérité un peu de la vision cosmique des anciens. L'histoire est une horloge qui ne se trompe pas. Il y a eu 1810, la guerre d'indépendance, 1910, la révolution, avec ici la lutte des frères Cerdan. Ca ne peut pas manquer, il y aura 2010." "Je vois tant de T-shirts avec Che Guevarra, lance un autre intervenant. Lui, il était argentin. Il nous faut des personnages nationaux. Pour moi, ni Cuba ni les Etats Unis, ni Pepsi ni Coca. La nourriture, c'est pareil ; on veut nous faire manger étranger. Il ne faut pas acheter la nourriture dans la rue, c'est ce qu'on nous répète Moi je dis que si justement, il faut manger les tacos et les légumes de nos voisins. Ceux qui achètent du pain Bimbo en paquet ferait mieux de goûter le pan de burro' qu'on fait par ici." 14 heures, pause casse-croûte. Les assistants se répartissent les quelques tables où l'on sert des "quesadillas" sur la place du village. Une rafale d'explosions interrompt les conversations. Sur le parvis de l'église aux coupoles carrelées de bleu et blanc, les Nahuas vêtus de rouge et blanc, coiffés de miroirs, lancent des pétards et virevoltent au son d'une guitare ventrue et d'un accordéon. C'est la cérémonie du changement des "majordomes", les autorités traditionnelles ceux qui seront chargées de la fête du saint patron du village, saint François d'Assise, le 4 octobre. Quatre porteurs sortent sa statue polychrome et la trimballent en musique. Des femmes l'accompagnent, portant des gerbes de fleurs. A l'arrière de la procession, deux fillettes ramassent les confettis dans le caniveau et enfouissent leur récolte dans un sac en plastique. Sur le côté de l'église, les haut-parleurs reprennent le dessus, rameutent le public, invitent à poursuivre les débats sous une bâche jaune et bleu. Assis à l'ombre du marché obscur, appuyés aux murs, accoudés à leurs vélos, les habitants se rassemblent, T-shirts à têtes de mort Kiss, Iron Maiden, ponchos et chapeaux de pailles, casquettes de base-ball, maillots numérotés des Red Socks, des Yankees, des Mets de New York. Un ex-travailleur des usines Montana prend la parole : "On a été renvoyés du jour au lendemain, on en a appelé au Conseil de conciliation et arbitrage [l'équivalent de nos prud'hommes], et on a bien vu qu'il est manipulé. Il l'a été par le PRI, il l'est par le PAN, demain probablement il le sera par le PRD. "Quand la maire de Mexico, du PRD, est venue, relate un autre orateur, on était en pleine lutte; elle n'en a pas tenu compte du tout. Quand elle s'est réunie avec les patrons, elle a déclaré : Voilà les nouveaux hommes d'affaire dont le pays a besoin." "Nous ne sommes pas en pierre, et encore moins en métal, s'exclame Vicente, jeune gars de la fabrique de vêtements Calidad y Confecciones. L'employeur nous retire 10 % du salaire, car on est payé au rendement. Comme on a protesté, le 22 novembre dernier, on a été licenciés. Alors, nous aussi, on est allé au Conseil de conciliation, qui est présidé par M. Conde - dire que j'ai voté pour lui ! Là, on ne m'a pas laissé entrer ; je me suis senti comme un émigrant face au mur de la frontière. Ici, dans notre Etat ! C'est comme ça pour ceux qui travaillent dans les maquiladoras." Les USA ou les maquiladoras, ce sont les deux destinations des paysans déracinés. La migration vers les Etats-Unis dépeuple la campagne, les maquiladoras, achèvent de la désertifier. Produisant directement pour le marché américain ou européen, ces entreprises délocalisées profitent des bas salaires locaux et bénéficient d'un statut particulier, aux limbes du droit mexicain. Leurs usines légères apparaissent et disparaissent du jour au lendemain, viennent et s'en vont au gré des flux d'investissement, des modes et du jeu du marché. La main-d'¦uvre y est "corvéable et jetable à merci", expliquent les intervenants : des journées de 12, 14 ou 16 heures parfois, aucune liberté syndicale, pas de sécurité sociale, heures supplémentaires non payées, licenciements sans préavis ni indemnisation. Enclaves des transnationales, elles ont fleuri d'abord à la frontière avec les USA, puis se sont ramifiées au gré de la pénétration des autoroutes et pullulent aujourd'hui au bord des grandes voies de transport jusqu'au sud du Mexique et en Amérique centrale. Avec la construction, dans les années 1990, de la voie express Mexico-Puebla-Oaxaca, elles ont transformé cette région, drainé la population de 17 villages environnants, où les champs sont abandonnés. Dans ce paysage aride, battu par les bourrasques, la misère porte de drôles de noms : Bongo, Tommy, Ralph Laureen, Kalvin Klein, Hello Kitty, Quarry, American Eagle, Tabernity. Des mots joyeux de conversations d'ado, de clips publicitaires aux mannequins sexy. Ceux qui les prononcent sont des indiens, métis, petits, gros, jeunes, vieux, tous usés, exaspérés au point de vaincre leur peur de parler dans la sono. Un ouvrier du groupe Levis-Charming raconte combien les femmes y sont maltraitées ; la loi n'y est pas appliquée, elles travaillent 48 heures au lieu des 40 prévues par le code du travail. Chez Rich's Confecciones, c'est jusqu'à 60 heures, pour un salaire 900 pesos (75 euros) par semaine, en réalité 500 (42 euros) à cause du système de paye au rendement, explique María del Carmen, toute jeune employée qui exhorte ses collègues: "Ne vous laissez plus faire! Vous valez mieux que ça !" Les cloches de l'église sonnent 5 heures, puis 6. Le soleil se couche lorsqu'on annonce l'intervention du délégué Zéro. Marcos décline et invite à causer davantage. Guadalupe des maquiladoras Eslavas prend le micro : "Comme nous avions un contrat embauche temporaire, ils nous ont mis à la porte. On est maltraité si on est indien, ou si on ne parle pas bien l'espagnol, c'est indignant. Dans la sierra, les enfants tombent malades à cause des produits qu'emploient les usines." Modesto de l'organisation Voix de la Sierra Negra, montagne où vivent les Indiens Popolocas et où il y a plusieurs prisonniers politiques, décrit la pollution des rivières et des sources, les hectares peints en bleu à cause de la mode du jean délavé. Alejandro, des usines Tarrant, où règne Kamel Nacif, "le roi du blue jean", signale qu'en complicité avec le gouverneur Mario Marín, le patron a fait arrêter pour calomnie la journaliste Lydia Cacho qui avait dénoncé les viols et la prostitution forcée de jeunes ouvrières. Martín Barrios, d'une organisation défendant les droits de l'homme, a lui aussi été victime de cette collusion du pouvoir d'Etat et du patron : il a été passé à tabac par les sbires de ce même personnage, puis, cet automne, accus&ea |