« Nous avons beaucoup de choses à
raconter sur Beslan »
Chamil Bassaïev vient d'être nommé vice-Premier
ministre du gouvernement de Tchétchénie. Il sera le bras
droit du successeur de Maskhadov, Le président Abdoul Khalim
Sadoulaïev.
par Shamil Basayev, Gazeta, 31 Août 2005. Source Gazeta (Fédération
de Russie)
Résumé Pour faire les bons choix et prendre les bonnes
décisions, il faut être indépendant. Les sympathisants
et frères qui me critiquent sont non-seulement dépendants
mais sont les otages des pays qui leur servent d'asile. Ils peuvent
à tout moment être remis aux Russes s'ils s'expriment librement.
Ils sont les otages de cette politique erronée qui est menée
depuis le début de la guerre, pensant être protégés
et soutenus par l'Occident. C'est de là que vient toute l'incompréhension.
Nous avons tous été témoins des gémissements
poussés par les « Russistes » [1] après mon
interview donnée à Babitsky. Tout cela parce que j'ai
répété les revendications des martyrs à
Beslan, « le retrait des troupes ou le départ de Poutine
». La logique voudrait que je garde le silence sur Beslan mais
pourquoi se démarquer d'une opération réussie qui
a montré le vrai visage des « Russistes ». Pourquoi
endosser une culpabilité qui ne nous revient pas ?
Cette attaque nous a été inspirée par des responsables
des services spéciaux d'Ossétie du nord qui ont introduit
dans nos rangs leur agent Abdullah Khodov, connu sous le nom de code
de « Putnik ». Il avait été enlevé
lors de l'enterrement d'un frère et ils lui ont laissé
le choix : la prison et la torture ou une collaboration avec eux. Pour
qu'il ait ma confiance, ils l'ont aidé à organiser quelques
plastiquages à Vladikavkaz. Khodov, sur ordre des services russes,
nous a alors proposé une opération kamikaze sur le parlement
d'Ossétie du Nord. Au bout d'un mois, Khodov a avoué qu'il
travaillait pour le FSB, je l'ai rencontré et je lui ai proposé
de devenir un agent double au nom de l'Islam. Il s'est ensuite plaint
à ses supérieur d'un manque de confiance de notre part
envers lui, ils l'ont alors aidé à organiser des attentats
plus importants. A partir du printemps 2004, « conjointement »
avec les services russes, nous avons préparé l'attaque
du parlement ossète, prévu le 6 septembre, jour de l'indépendance
de l'Ichkérie. Il était prévu que les services
spéciaux nous éliminent à la sortie de Vladikavkaz
mais quand on nous a ouvert un corridor à partir du 31 Août,
nous nous sommes dirigés vers Beslan, changeant le moment et
le lieu de l'opération.
Nous sommes prêts pour une enquête internationale transparente
sur Beslan, nous avons un participant vivant qui peut témoigner.
Nous devons arrêter les discussions vides et déterminer
nos véritables ennemis comme Michka Goutseriev qui a pillé
le pays pendant la première guerre et qui continue actuellement.
C'est lui qui dans l'espoir de s'accaparer le pétrole tchétchène,
a armé Kadyrov, c'est lui qui a versé 5 millions de dollars
à Alkhanov, c'est lui qui a payé les forces de police
à Beslan, qui nous avait garanti qu'il n'y aurait pas d'assaut.
Grâce à tout cela, il a pu acheter deux gisements de pétrole
en Sibérie.
Aujourd'hui, nous ne combattons pas le peuple russe, nous combattons
le « russisme », cette idéologie schizophrénique,
impériale, mêlant le fascisme, le racisme, le chauvinisme
et d'autres.
« C'est le simple fait de rencontrer Bassaïev
qui a déclenché la fureur »
Auteur Andreï Babitsky
Andreï Babitsky est correspondant de radio-Svaboda (radio-liberté),
il est l'auteur de plusieurs livres sur la Tchétchénie.
La compagnie ABC qui a publié cette interview s'est vue retirer
son accréditation pour travailler en Russie. Il avait été
arrêté pendant les évènements de Beslan dans
un aéroport moscovite et empêché de prendre l'avion
pour l'Ossétie du Nord, accusé de transporter des explosifs.
Il est dans le collimateur du Kremlin depuis des années pour
sa couverture de la guerre en Tchétchénie, du côté
des séparatistes tchétchènes.
Source Newsweek.Ru (Fédération de Russie)
Référence « C'est le simple fait de rencontrer Bassaïev
qui a déclenché la fureur », par Andreï Babitsky,
Newsweek.Ru, 14 août 2005. Ce texte est adapté d'une interview.
Résumé J'ai pris des vacances et je suis parti de Prague
en voiture, j'ai traversé la Tchéquie, la Pologne et l'Ukraine,
j'ai terminé en taxi jusqu'en Ingouchie. Je voulais rencontrer
chef de guerre Doku Oumarov et le nouveau président Abdul Khalim
Sadoulaïev. Je me suis adressé aux représentant du
gouvernement d' « Ichkérie » [2] à l'étranger
et j'ai été mis en contact avec une personne venant de
Turquie. Sur place j'ai acheté une carte Sim et on m'a contacté
pour me fixer un rendez-vous.
J'ai passé deux jours avec Basayev et j'ai eu l'impression qu'il
manquait de compagnie, il voulait vérifier si ses arguments étaient
efficaces sur une personne venant de l'extérieur. Il m'a expliqué
que la guerre a été déclenchée par une provocation
du FSB, que les Daguestanais vivants en Tchétchénie étaient
tombés dans le piège et qu'il avait été
obligé de leur venir en aide.
Concernant Beslan, il m'a affirmé qu'il ne savait pas qu'il y
aurait des enfants en bas âge et qu'il avait ordonné de
libérer les enfants de moins de 10 ans si les revendications
étaient satisfaites. Je pensais qu'il était devenu un
complet wahhabite mais il appelle cela une guerre de libération
nationale. Il affirme que les motifs religieux viennent au second plan.
D'après lui, il ont 38 secteurs et 6 fronts dans le pays.
J'ai choisi ABC car l'émission Nightline est la meilleure émission
d'analyse au États-Unis. Je suis convaincu que cette interview
était utile, d'abord pour rappeler que le Kremlin a construit
un monde virtuel sur la Tchétchénie réelle, ensuite
parce que le terrorisme occupe une place tellement importante désormais
qu'il faut étudier le phénomène. Le plus important
était de montrer que nos valeurs sont supérieures. Dans
l'opposition entre le communisme et le monde occidental, le communisme
a perdu grâce au verbe. Ce verbe doit désormais être
utilisé contre le terrorisme.
06/06/2005
- Un preneur d'otages de Beslan accuse la Russie
Lors de son procès, le seul rescapé du commando a contredit
la version de Moscou.
Par Lorraine MILLOT
jeudi 02 juin 2005 (Liberation - 06:00)
Moscou de notre correspondante
Ce fut bien un «assaut» des forces spéciales russes
qui a déclenché le massacre de Beslan le 3 septembre,
a assuré le seul preneur d'otages rescapé, le Tchétchène
Nourpachi Koulaïev, devant le tribunal de Vladikavkaz qui le juge
depuis deux semaines. Au troisième jour de la prise d'otages,
le «colonel» qui dirigeait le commando a soudain «accouru»
dans le gymnase où étaient entassés plus de 1 000
enfants, parents et professeurs, a raconté mardi Nourpachi Koulaïev,
24 ans.
«L'assaut commence», aurait crié ce colonel, annonçant
qu'un sniper venait d'abattre l'un de ses hommes. Il aurait alors appelé
avec son portable le quartier général des forces de l'ordre
et hurlé : «Qu'est ce que vous faites ? Vous donnez l'assaut
? Vous ne savez pas combien il y a d'enfants ici ?» Puis il aurait
rageusement jeté son téléphone et ordonné
de se «battre jusqu'au bout». Selon ce récit, les
snipers russes auraient réussi à abattre les deux preneurs
d'otages qui tenaient en main deux grosses charges placées dans
le gymnase, qui auraient alors explosé et provoqué les
deux premières très fortes détonations, entendues
juste après 13 heures.
Cette version contredit celle des autorités russes qui ont toujours
assuré que le dénouement de la prise d'otages de Beslan
avait été provoqué par les Tchétchènes
eux-mêmes, de façon totalement «inattendue».
Le récit de l'accusé, qui assure n'avoir jamais «tué
personne», est bien sûr à prendre avec précaution.
Mais la version officielle n'a jamais été très
plausible. Les autorités elles-mêmes avaient indiqué
le 3 septembre qu'à 13 heures précises, c'est-à-dire
juste avant les deux grosses explosions initiales, elles avaient envoyé
trois «secouristes» près de l'école, pour
ramasser des cadavres dans la cour. Le déroulement ultérieur
des événements et le témoignage de Nourpachi Koulaïev
laissent à penser que ces «secouristes» étaient
plutôt des tireurs d'élite, chargés de préparer
l'assaut.
La prise d'otages de Beslan, revendiquée par le terroriste tchétchène
Chamil Bassaïev, a fait officiellement 330 morts, dont 186 enfants,
la plupart tués lors de cet assaut final.
22/01/05
- La colère des habitants de Beslan
Ils demandent une enquête internationale sur la prise d'otages
sanglante et la démission du président d'Ossétie
du Nord
par Alexandre Cèdre, Le Figaro, 22 janvier 2005
Des dizaines de personnes, surtout des parents de victimes de la prise
d'otages de septembre à Beslan, en Ossétie du Nord, manifestaient
hier pour la deuxième journée consécutive afin
d'exiger la démission du président de cette république
russe du Caucase et une enquête internationale sur le drame.
Cinq mois après la prise en otage de son école, Beslan
crie sa colère. Contre la commission d'enquête, soupçonnée
de cacher la vérité sur le tragique dénouement
qui, parmi les 1 000 enfants et parents détenus pendant trois
jours, du 1er au 3 septembre dernier, a causé la mort de plus
de 330 personnes. Contre les élus locaux, accusés de débiter
mensonge sur mensonge depuis le début même de l'attaque
terroriste dans cette petite ville d'Ossétie du Nord, la république
russe du Caucase située près de la Tchétchénie.
Pour la deuxième nuit consécutive, plusieurs dizaines
de résidents s'apprêtaient ainsi hier soir à protester
en bloquant l'un des principaux axes routiers de la région. Un
blocus de protestation symbolique sur une autoroute au nom tout aussi
symbolique, Caucase. Au milieu de cette voie reliant la Russie à
l'Azerbaïdjan, une grande tente a désormais été
plantée.
«Le président Alexandre Dzassokhov a sur sa conscience
le sang de nos enfants», crie cette foule exaspérée
par les silences et les contradictions du président d'Ossétie
du Nord. Pendant la prise d'otages, le commando avait exigé de
négocier directement avec lui. Mais il avait refusé. Tout
au long de la crise, les habitants l'ont ensuite accusé d'être
le chef d'orchestre des multiples mensonges répétés
par les autorités locales. Les comptes rendus officiels assuraient
par exemple qu'il y avait seulement quelques centaines de personnes
détenues dans l'école. Les familles savaient très
bien que le nombre était plus élevé, proche des
1 000 otages.
Les habitants de Beslan ont depuis soupçonné les membres
corrompus de l'administration d'Alexandre Dzassokhov, mais aussi ceux
de la police locale, d'avoir facilité l'attaque du commando :
venant pour la plupart de Tchétchénie, selon la version
officielle, les preneurs d'otages auraient en particulier payé
des pots-de-vin pour passer les multiples chekpoints installés
sur la route menant à Beslan. Des armes auraient également
pu être cachées en avance à l'intérieur même
de l'école. Autant de faits pour le moment non prouvés
qu'Alexandre Dzassokhov, selon une grande partie de la population, essaie
désormais d'étouffer. Après la fin de la prise
d'otages, le président avait renvoyé son gouvernement.
Mais il a toujours rejeté les appels exigeant sa propre démission.
Le départ d'Alexandre Dzassokhov est à nouveau l'une des
principales demandes des habitants qui organisent ce blocus. Le président
s'est lui-même rendu hier sur les lieux. Mais la rencontre a tourné
court. Alexandre Dzassokhov a accusé des forces «invisibles»
d'être derrière ce soudain mouvement, cherchant à
profiter de la situation à des fins politiques. Et la colère
des manifestants n'a fait que redoubler : «Nous sommes fatigués
des mensonges.» «Dzassokhov est la marionnette de Moscou.»
«Vous auriez dû sauver nos enfants.» «Nous camperons
jusqu'à sa démission», lit-on et entend-on. Jusqu'à
300 habitants de Beslan ont rejoint hier le mouvement, malgré
le froid et le brouillard. Des feux ont été allumés
pour se réchauffer. Des habitants ont apporté de la nourriture
et des vêtements chauds pour aider les manifestants. Plusieurs
tenaient des pancartes avec le nom ou la photographie d'un enfant perdu.
Les parents dirigent aussi leur colère contre la commission d'enquête
qui, à l'initiative du président Vladimir Poutine, a été
créée dès septembre à la Douma, la chambre
basse du Parlement russe. Le Kremlin avait alors promis une enquête
à la hauteur de celle menée aux Etats-Unis après
les attentats du 11 septembre. De nombreuses familles ont rapidement
déchanté. La commission, qui à plusieurs reprises
s'est rendue sur place, doit publier en principe son rapport en mars.
Mais Alexandre Torchine, son président, que certains résidents
ne veulent plus rencontrer, a semblé d'ores et déjà
confirmé la thèse officielle : les forces de sécurité
n'ont pas «planifié d'assaut» et, au troisième
jour de la prise d'otages, elles n'ont pas pris l'initiative de la contre-attaque
: des négociations étaient en cours avec le commando lorsqu'une
explosion «accidentelle» dans l'école a provoqué
le chaos général, obligeant les multiples forces policières
et armées à intervenir.
Déçus et désillusionnés par le travail de
la commission de la Douma, certains manifestants exigent que l'enquête
soit désormais confiée à une équipe internationale.
Une proposition inacceptable aux yeux du Kremlin.
19/11/04
- 18 enfants de Beslan et leurs parents en Israël
18 enfants qui ont survécu au carnage de la prise d'otage de
l'école de Beslan (Caucase) en Septembre dernier ont été
invités à se rétablir, physiquement et psychologiquement,
en Israël. Les enfants sont arrivés le 7 novembre dernier
en compagnie de leurs parents, d'un médecin et d'un psychologue,
et passeront 3 semaines en Israël.
Cette visite fait suite à l'invitation du maire d'Ashkélon.
De nombreuses organisations et sociétés ont contribué
à rendre ce voyage possible. Mais en fait, de nombreuses autres
municipalités ont voulu accueillir les enfants et le groupe.
Lors de sa visite en Israël, il se rendra à Tel-Aviv et
à Rishon Lezion ; il ira également à la Mer morte
et voir le Safari de Ramat Gan.
Les enfants ont passé leur première journée en
Israël à l'hôpital Barzilai d'Ashkélon afin
de passer différents examens médicaux et une évaluation
psychologique. Ils ont pratiqué également de l'art-thérapie
pour les aider à communiquer sur le drame qu'ils ont vécu.
Se confiant à un journaliste de Maariv, un enfant déclare
« Lorsqu'on nous a dit que nous allions en Israël, nous avons
eu peur. Ici, il y a aussi beaucoup de terrorisme, mais dès notre
arrivée nous avons senti la chaleur et l'amour des gens ».
Source : www.israel21c.org
20/09/04
- La Lituanie ferme le site kavkazcenter
Au lendemain de la publication d'un communiqué attribué
à Chamil Bassaïev et revendiquant la prise d'otages de Beslan,
le site internet www.kavkazcenter.com a été fermé
par les services de sécurité lituaniens. Un message affirmant
que le site est hors service dans l'attente d'une décision de
justice sur sa légalité s'affiche désormais lorsque
l'on tente de s'y connecter. L'ambassadeur de Lituanie à Moscou
avait été convoqué cette semaine au ministère
russe des Affaires étrangères où il lui avait été
signifié "avec la plus grande fermeté" que Vilnius
devait fermer le site. Vilnius s'est donc ausstôt exécuté.
Source : Reuters, 18 septembre 2004
18/09/04
- Chamil Bassaïev revendique tout
Chamil Bassaïev a revendiqué dans un communiqué publié
par le site internet www.kavkazcenter.com la prise d'otages dans une
école de Beslan, où plus de 320 personnes ont péri,
et a menacé de perpétrer d'autres attentats par tous les
moyens qu'il jugerait convenables.
Bassaïev, l'homme le plus recherché de Russie, déclare
en outre que les brigades du groupe Riyadus-Salikhine, qu'il dirige,
ont mené les attentats à la bombe qui ont détruit
en vol deux avions de ligne ainsi que des attentats à Moscou,
selon le site internet .
Il dit regretter l'issue sanglante de la prise d'otages de Beslan, dont
il rend les forces russes responsables, mais il assure qu'il n'y aura
aucun répit dans les attentats perpétrés par les
indépendantistes tchétchènes.
Bassaïev parle à cet égard d'"opération
Nord-Ouest", référence au nom de la pièce
jouée lors de La prise d'otages d'octobre 2002 au théâtre
de la Doubrovka à Moscou ("Nord-Est").
"Nous ne sommes dépendants d'aucune situation, de personne,
et nous continuerons à lutter comme il nous convient et selon
nos propres règles", déclare-t-il dans le communiqué.
Ce message survient au lendemain des déclarations du président
russe Vladimir Poutine qui a de nouveau exclu toute négociation
avec les dirigeants de la rébellion tchétchène.
"Les atrocités auxquelles nous avons été confrontés
à Beslan nous donnent pleinement le droit moral de souligner
que les personnes qui s'opposent à la Russie font partie de l'internationale
terroriste", a-t-il dit jeudi lors d'une conférence de presse
dans la capitale du Kazakhstan.
"Il n'existe qu'une façon de procéder avec ces gens-là:
par la loi et l'inflexibilité", a-t-il ajouté.
Cette attitude a suscité l'inquiétude des Occidentaux,
notamment des USA et de l'Union européenne, qui redoutent que
Poutine profite du terrorisme pour accroître les pouvoirs du Kremlin
et mettre à mal la démocratie.
Commentant à Varsovie la revendication de la prise d'otages ossète,
le secrétaire d'Etat adjoint américain Richard Armitage,
a souligné l'"inhumanité" du chef de guerre
tchétchène. "Il prouve ainsi, sans l'ombre d'un doute,
qu'il est inhumain. Quiconque se sert (de la mort) d'innocents à
des fins politiques n'est pas digne de vivre dans le type de société
que nous souhaitons", a-t-il ajouté.
Dans son message, Chamil Bassaïev confirme les suspicions des autorités
russes en indiquant que son groupe est bien à l'origine des attentats
à la bombe contre deux avions de ligne, qui ont fait 90 morts
le 24 août dernier, et de deux autres attentats à Moscou.
Le chef tchétchène revient sur le déroulement de
la prise d'otage de Beslan, qui s'est achevée dans un bain de
sang le 3 septembre après deux jours de siège. Plus de
320 personnes, dont la moitié étaient des enfants, ont
été tuées au cours de l'assaut donné par
les forces spéciales russes.
Il affirme que son groupe exigeait le retrait des forces russes de Tchétchénie
ou, au moins, la démission de Poutine.
Son commando avait selon lui assuré à des négociateurs
qu'il donnerait de l'eau et de la nourriture aux otages et qu'il libérerait
les plus jeunes enfants si la Russie commençait à accéder
à ses requêtes.
Bassaïev précise qu'il a formé lui-même les
membres du commando, composé de 14 Tchétchènes,
dont deux femmes, de deux Arabes et d'autres ressortissants de républiques
caucasiennes.
Il détaille par ailleurs son budget pour les récents attentats
revendiqués: les deux explosions d'avions ont coûté
4.000 dollars à réaliser et les deux déflagrations
de Moscou 7.000 dollars. Quant à la prise d'otages de Beslan,
elle aurait coûté 8.000 euros à son groupe.
Il dément par ailleurs de façon insistante être
en relation avec la nébuleuse Al Qaïda d'Oussama ben Laden,
contrairement aux accusations de Vladimir Poutine.
"Je ne connais pas Ben Laden. Je ne reçois pas d'argent
de sa part, mais je ne le refuserais pas", dit-il.
Le Kremlin a déclaré après la prise d'otages de
Beslan qu'il offrirait une récompense de dix millions de dollars
pour la capture de Bassaïev et du chef tchétchène
en exil, Aslan Maskhadov, qui a pourtant rejeté toute responsabilité
dans ce drame.
Le Kremlin se dit "en guerre", Boris Eltsine rompt
le silence
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 18 septembre 2004
Pour la première fois depuis sa démission de la présidence
de la Fédération de Russie, le 31 décembre 1999,
Boris Eltsine est sorti de son silence pour mettre en garde son successeur
Vladimir Poutine. "Nous ne permettrons pas d'abandonner" la
Constitution de 1993, dit-il, "l'étouffement des libertés,
la réduction des droits démocratiques seraient aussi une
victoire des terroristes". Cet avertissement de l'ancien président,
certes déconsidéré en Russie, intervient alors
que le Kremlin décrit un pays "en état de guerre"
et s'apprête en conséquence à bouleverser le système
politique comme à renforcer les moyens de l'armée et des
services secrets. Rejetant les quelques critiques et inquiétudes
exprimées à l'Occident et en Russie même, les proches
de M. Poutine mettent en avant le "chaos"et la désorganisation
du pays.
Moscou de notre correspondante -"Grâce à Allah, la
brigade des martyrs Riadous-Salikhin a mené une série
d'opérations militaires réussies sur le territoire russe."
Le site Internet kavkazcenter. com , des groupes islamistes tchétchènes,
a affiché, vendredi 17 septembre, une revendication par le chef
de guerre, Chamil Bassaïev, de la récente série d'attentats
ayant frappé la Russie : la prise d'otages à Beslan, qui
a fait au moins 339 morts le 3 septembre, selon le bilan officiel ;
l'attentat à la bombe dans une station de métro de Moscou
le 31 août (10 morts) ; l'explosion en vol de deux avions des
lignes intérieures russes le 24 août (90 morts).
Ce texte signé "Abdallah Bassaïev" , dont l'authenticité
est difficile à vérifier, est apparu au lendemain d'un
nouveau refus de Vladimir Poutine d'ouvrir de quelconques négociations
avec les séparatistes tchétchènes. "Les atrocités
auxquelles nous avons été confrontés à Beslan
nous donnent le droit moral d'affirmer que ces événements
ont été organisés par des membres de l'internationale
terroriste" , a déclaré le président russe.
Le pouvoir russe considère que le pays est désormais en
"état de guerre" . Vladimir Poutine l'avait déjà
déclaré le 5 septembre, dans une allocution télévisée
diffusée après la tragédie de Beslan. Le message
a été réitéré, jeudi, par un groupe
d'analystes proches du Kremlin, lors d'une conférence de presse
visant à répondre aux critiques formulées en Occident
sur la dérive autoritaire du pouvoir russe. Gleb Pavlovski, un
des conseillers en image du Kremlin, a souligné "le caractère
militaire" de la situation dans le pays, "qui peut s'appeler
une guerre" .
Les réformes annoncées par le président russe -
suppression de l'élection au suffrage universel des gouverneurs,
et passage au système proportionnel pour les élections
à la Douma - visent, selon Gleb Pavlovski, trois objectifs :
"L'achèvement de la construction du pouvoir exécutif,
une meilleure participation de la société aux décisions
du pouvoir, et des changements de structures dans la sphère de
la sécurité."
A ses côtés, un autre proche du Kremlin, l'analyste Sergueï
Markov, a souligné que les réformes de M. Poutine correspondent
aux nouvelles nécessités du moment. "Quels étaient
les buts des terroristes ? Détruire le système politique
du pays et créer le chaos." Le renforcement du contrôle
sur les régions et la modification du mode de scrutin "étaient
à l'étude depuis plusieurs années" , affirme-t-il,
"et les attentats n'ont fait qu'accélérer le processus"
.
Les critiques entendues à l'Ouest contre ce que la presse russe
a qualifié de "révolution de septembre" , et
qui pourraient constituer - les avis des juristes divergent - une violation
de la Constitution de 1993 adoptée sous Boris Eltsine, sont rejetées
avec virulence par ce simili porte-parole. "Tout se passe dans
le cadre de la Constitution. Dans un grand nombre de pays démocratiques,
les chefs des régions sont nommés. Ces critiques relèvent
soit du mensonge, soit de l'ignorance."
Les propos tenus par ces analystes semblaient donner l'état d'esprit
régnant au Kremlin. "Nous ne sommes pas éternellement
prêts à passer des examens devant les professeurs européens
et américains" , a poursuivi M. Markov. George Bush avait
exprimé, la veille, sa "préoccupation" face
à la nouvelle concentration des pouvoirs en Russie, affirmant
que "les décisions prises pourraient porter atteinte à
la démocratie" ."Bien sûr, la Russie n'est pas
une totale démocratie" , a commenté en réplique
M. Markov. "Mais dans l'héritage de Boris Eltsine, il y
avait surtout du chaos et de l'anarchie, ce qui ne peut être considéré
comme de la démocratie."
Psychose
sécuritaire
Boris Eltsine justement a rompu son silence, vendredi, en exprimant
en filigrane, dans un entretien accordé au journal Moskovskie
Novosti , des inquiétudes sur la préservation des "droits
démocratiques" dans le pays.
Le pouvoir russe, ont encore affirmé les analystes proches du
Kremlin, peinerait à faire comprendre aux habitants du pays la
gravité de la situation et la nature de la "guerre"
en cours. "Il faudra développer l'éducation civique"
, ont-ils affirmé.
Le ministre des finances, Alexeï Koudrine, a confirmé que
le budget de la défense sera sensiblement augmenté en
2005, d'environ 25 %. Une nouvelle "bataille contre la corruption"
est annoncée, celle-ci étant présentée comme
le principal terreau favorisant les attentats terroristes. Une psychose
sécuritaire gagne le pays. Dans des écoles de Moscou,
des cours spéciaux ont été organisés pour
expliquer que la Russie était "en guerre" , et qu'il
fallait se mobiliser autour des dirigeants.
Des enseignants expliquent à leurs élèves qu'il
faut se "tourner vers la religion, qui nous a toujours aidés
dans les moments difficiles, comme pendant la grande guerre patriotique"
. Au Daghestan, les forces de l'ordre déclaraient que des "Tchétchènes"
s'apprêtaient à commettre de nouveaux attentats.
Peu de voix s'élèvent pour critiquer les mesures politiques
prises par M. Poutine. Une manifestation organisée jeudi à
Moscou, par le petit parti démocratique Iabloko et les communistes,
n'a mobilisé qu'une quarantaine de personnes. Une élue
indépendante à la Douma, Oksana Dimitrieva, originaire
de Saint-Petersbourg, était un des rares députés
à fustiger le pouvoir, affirmant sur les ondes de la radio Liberté
que "les acquis de la glasnost" étaient en passe d'être
balayés. Elle prévoit que dans la lutte contre le terrorisme,
"l'absence de contrôles démocratiques par la société
mènera à un faible niveau d'efficacité du pouvoir"
.Sergueï Kovalev : "La démocratie n'est pas morte,
mais elle a été placée dans un cercueil"
Entretien avec le président de l'association russe de défense
des droits de l'homme Memorial. Par Natalie Nougayrède, Le Monde,
18 septembre 2004
Ancien dissident, Sergueï Kovalev est président de l'association
russe de défense des droits de l'homme Memorial, fondée
par Andreï Sakharov. Quel regard jetez-vous sur l'évolution
politique en Russie ?
Ma réponse est simple. Imaginez qu'en Allemagne, quelques
années après la deuxième guerre mondiale, un ancien
SS ait été élu président, et que cet homme,
interrogé sur son passé, déclare : "J'en suis
fier." Et qu'ensuite les dirigeants des pays occidentaux se bousculent
pour lui serrer la main, et même que l'un d'entre eux déclare
: "Je l'ai regardé dans les yeux, j'ai vu son âme,
c'est un homme bien2 (George Bush, NDLR).
Nous en sommes là avec la Russie. Vladimir Poutine est issu du
KGB, une organisation responsable de la mort de millions, si ce n'est
de dizaines de millions de personnes. L'attitude de l'Occident est de
traiter ses propres valeurs comme de simples mots, de les bafouer. Mais
on objectera sans doute que mes propos ne sont que du moralisme simpliste,
et qu'il faut être pragmatique.
Que
doit faire l'Occident ?
J'espère que la tragédie de Beslan a modifié la
perception de la réalité russe, à l'Ouest et en
Russie même. Les problèmes de la Russie sont inscrits dans
le passé, dans l'Union soviétique. Ce terrorisme international,
qui l'a encouragé à ses premiers stades ? Qui, pendant
des années, a entraîné, armé, et fourni des
bases arrière à certains groupes terroristes du Proche-Orient
? C'est l'Union soviétique. Et ce n'est pas la seule région
où l'Union soviétique a "semé" ses méthodes.
La Tchétchénie est un de ces n|uds difficiles. Une partie
significative de la population là-bas éprouve un fort
ressentiment vis-à-vis de l'Ouest. Ils disent : "L'Occident
nous a abandonnés. Il est prêt à assister, sans
agir, à la violence déployée par la Russie contre
notre peuple." Ilias Akhmadov - représentant de Maskhadov
aux Etats-Unis - a présenté un plan de règlement
du conflit où il demande un mandat international sur la Tchétchénie.
C'est encore là le signe d'un espoir placé dans l'attitude
de la communauté internationale. Si la Tchétchénie
sentait une quelconque attention de la part du monde extérieur,
je vous garan- tis que la base sociale sur laquelle le terrorisme s'appuie
dans ces régions s'effriterait. Les droits de l'homme ne sont
jamais une affaire intérieure, dans aucun pays. Vous, sociétés
occidentales, devez exiger qu'une solution soit apportée au problème
du Caucase du Nord. L'Occident doit dire qu'il est prêt à
fournir une médiation, des conseils, des observateurs. Quelle
est la portée des récentes mesures politiques annoncées
par Vladimir Poutine ?
On assiste au stade culminant de la mise en place de la "démocratie
dirigée". La tendance a été prise il y a déjà
un moment. Cela remonte à l'arrivée au pouvoir de Poutine.
Quand Poutine a été choisi comme premier ministre par
la "famille" - l'entourage de Boris Eltsine - tout le monde
à Moscou se posait une même question : qui est-il ? Personne
ne le connaissait. Puis, la cote de popularité de cet inconnu
a subitement grimpé. Pour quelles raisons ? Trois éléments
: le terrible "business" des prises d'otages en Tchétchénie,
puis l'attaque de Bassaïev au Daghestan et ensuite les explosions
d'immeubles à Moscou et Volgodonsk.
Poutine a prononcé sa fameuse phrase, "les buter jusque
dans les chiottes" , et c'était gagné, il a été
élu. Le principal rôle a été joué
par les propos de Poutine promettant d'en "finir" avec les
Tchétchènes, que la propagande a tous assimilés
à des bandits.
En 1988, Sakharov a prononcé une phrase qui reste à mes
yeux d'actualité. Il a dit : "La Russie a à la fois
besoin de soutien et d'être mise sous pression." La guerre
en Tchétchénie n'est pas un facteur interne russe, mais
quelque chose de signification mondiale. L'évolution de la Russie
ne peut vous être indifférente, à vous les Occidentaux.
Ici, ce n'est pas les Balkans, une crise de dimension régionale.
La taille de la Russie confère une tout autre gravité
à la question. En réalité, le monde occidental
est placé devant un choix. Maintenir sa politique actuelle vis-à-vis
de Moscou ne fera qu'approfondir le problème de la Russie. On
ne peut à la fois éliminer Saddam Hussein et regarder
Poutine dans les yeux en disant qu'il est un bon gars. Quel impact le
drame de Beslan peut-il avoir sur l'opinion en Russie ?
A chaque acte terroriste, quel que soit le tambour battu par la propagande
du pouvoir, le nombre de gens désapprouvant la politique russe
dans le Caucase du Nord augmente. Cette désapprobation est passive.
Nous sommes encore marqués par le lointain héritage stalinien.
Une société civile émerge cependant en Russie.
M. Poutine comprend parfaitement l'enjeu et s'en montre très
inquiet. Ses attaques contre les organisations non gouvernementales
et les défenseurs des droits de l'homme, qu'il accuse d'être
financés par l'étranger, montrent une intention de couper
court à ce développement. Je m'attends à ce qu'on
retourne à une situation comparable à celle des années
1960 et 1970, lorsqu'un petit groupe de dissidents se battait. Il y
aura un jour de nouveau des samizdats - publications clandestines -
.
Le Kremlin sait qu'il n'est ni possible ni utile de rétablir
le goulag, ni la censure d'Etat, le Glavlit, qui n'était pas
toujours très efficace. Il y a Internet, il y a la possibilité
de voyager, il y a des juristes très pointus au sein de certaines
organisations non gouvernementales. J'espère que nous verrons
bientôt, dans quelques années, réapparaître
ce rôle indirect joué par la dissidence dans les changements
politiques de la fin des années 1980. Aujourd'hui, en Russie,
la démocratie n'est pas morte, mais elle a été
placée dans un cercueil.
Commission d'enquête parlementaire
Le président de la Chambre basse Boris Gryzlov a déclaré
jeudi que le Parlement russe, la Douma et le Sénat réunis,
envisageait de créer prochainement une commission conjointe d'enquête
parlementaire après la tragédie de l'école de Beslan.
Ce projet confirme un revirement abrupt dans l'attitude des autorités
russes. En effet, le président russe Vladimir Poutine avait d'abord
rejeté le 7 septembre l'éventualité d'une enquête
publique sur les circonstances de l'assaut lancé par les forces
de sécurité russes contre l'école où 339
personnes, dont 156 enfants, ont été tuées. Mais,
trois jours plus tard, il approuvait la création d'une commission
d'enquête sénatoriale.
La commission du Sénat russe devrait par ailleurs chercher à
déterminer si les autorités (fédérales comme
locales) ont « dissimulé » des informations sur la
tragédie de Beslan.
Boris Gryzlov a également relancé le débat sur
la peine de mort en Russie en déclarant que les députés
russes examineraient prochainement la possibilité d'introduire
dans le code pénal la peine capitale pour terrorisme, tout en
maintenant le moratoire sur les exécutions.
Source : L'Orient-Le Jour, 17 septembre 2004
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