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Le quotidien online des Musulmans libres et actifs et leurs alliés

Le massacre de Beslan

 
 

16/09/04 -Nurpashi Kulayev inculpé
La justice russe a mis en examen un Tchétchène pour acte de terrorisme et meurtre dans le cadre de l'enquête sur la prise d'otages de l'école de Beslan, a rapporté mardi l'agence de presse russe Interfax.
L'homme, identifié sous le nom de Nurpashi Kulayev, est soupçonné de kidnapping et de banditisme, a dit le procureur Vladimir Ustinov à Interfax.
Kulayev a été officiellement fait prisonnier lors de l'assaut de la police russe et fut ensuite montré à la télévision d'Etat, terrifié, escorté par deux membres des forces de l'ordre russes. Il a déclaré devant les caméras de télévision que l'objectif de la prise d'otage était de "déclencher une guerre dans toute la région du Caucase" mais a juré ne pas avoir tiré sur des femmes ou des enfants.
Le procureur a ajouté que les autorités avaient trouvé les corps de 30 preneurs d'otages. Un autre corps a été retrouvé détruit et Kulayev a été arrêté.
"Selon les victimes, les assaillants n'étaient pas plus de 32", Ustinov a dit à Interfax, ajoutant que l'information selon laquelle certains terroristes avaient fui, n'a pas été confirmée.
Interrogé sur les nationalités des preneurs d'otages, le procureur russe a affirmé que le commando était "multi-national". Déjà, dans les jours qui ont suivi l'attaque, les autorités affirmaient que des Arabes faisaient partie des assaillants ainsi que différentes nationalités. Elles avaient accusé les Tchétchènes et le terrorisme international d'avoir organisé la prise d'otages.
"Les nationalités ne disent pas grand-chose ici. Ces personnes ne sont pas des êtres humains. Pour eux, rien n'est sacré, rien n'est humain", a déclaré Vladimir Ustinov.
Source : AP, 15 septembre 2004

 

Rappel de Quibla : Nurpashi Kulayev ( Nurpasha Kulayev) était prisonnier des russes, ainsi que son frère trouvé mort dans l'école, depuis 2001


L'axe Moscou-Tel Aviv se développe
Le développement d'une coopération entre services secrets russes et israéliens semble avancer à grands pas. Il est entouré d'une très grande discrétion de la part des Russes, qui veulent ménager leurs amis arabes et musulmans. Mais les sionistes se font un plaisir de distiller des informations sur les échanges en cours. Israël a envoyé un groupe d'officiers de ses services de renseignement en Russie au lendemain de la prise d'otages de Beslan. Ceux-ci ont expliqué aux Russes quelle aide ils pourraient leur apporter en matière de lutte contre le "terrorisme2. Rentrés en israël, ils attendent une réponse russes à leurs propositions. D'autre part, au moins deux responsables ses services russes de renseignement se sont rendus en Israël, où ils ont notamment visité une installation policière de lutte anti-terroriste.
Enfin, Vladimir Vassiliev, président de la Commission à la Sécurité de la Douma, a participé à la conférence organisée il y a quelques jours sur le terrorisme à Herzliya. Il a profité de son séjour pour visiter le Mur de séparation et passer du temps avec la police des frontières.
Entourer le Caucase d'un Mur de séparation, ça serait peut-être une idée ?
Source : AP, 14 septembre 2004


Zakaïev : la politique de Moscou produira de nouveaux Beslan
De nouvelles actions terroristes comme la prise d'otages de Beslan sont inévitables si la Russie poursuit sa politique en Tchétchénie, a averti Akhmed Zakaïev, émissaire du président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, lors d'une conférence de presse mardi à Londres. Il était entouré du cinéaste Andrey Nekrasov, de l'actrice Vanessa Redgrave, du parlementaire  britannique Lord Rea et d'Alexander Litvinenko, un ancien agent russe des renseignements.
« Votre silence a de facto donné à Poutine carte blanche pour régler le conflit par la force », a-t-il dit, s'adressant au Premier ministre britannique Tony Blair, au président américain George W. Bush et au chancelier allemand Gerhard Schröder. « Après tout ce qui s'est passé, je crains que l'on ne puisse plus trouver une solution (en Tchétchénie) sans la participation de la communauté internationale », a poursuivi M. Zakaïev. M. Maskhadov est prêt à participer à des « négociations de paix (...) sous les auspices de médiateurs internationaux », a-t-il ajouté.
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004

 

Après le coup d'État de Poutine : « inquiétudes » de Washington et émoi chez ses propres partisans
Les mesures radicales annoncées par le président russe Vladimir Poutine pour renforcer le pouvoir central ont suscité hier des protestations au sein de l'opposition et même jusque chez certains de ses partisans. Washington a, quant à lui, par la voix de Colin Powell, déclaré que ces réformes soulèvent des « inquiétudes ».
Le chef de file des opposants libéraux, Irina Khakamada, a dénoncé « un coup d'État de fait » au lendemain des déclarations du président Poutine qui a demandé la suppression de l'élection au suffrage universel des gouverneurs des régions de la Fédération de Russie, et le passage au scrutin entièrement proportionnel pour les législatives. Le député indépendant Vladimir Ryjkov a pour sa part dénoncé le « mensonge » résidant, selon lui, dans le lien fait par M. Poutine entre ces réformes et la nécessité de lutter contre le terrorisme.
Mais ce sont aussi plusieurs voix d'élus du parti pro-Kremlin Russie unie, qui domine aux trois quarts la Douma, qui se sont élevées pour critiquer les décisions de M. Poutine. « Toutes les responsabilités seront au Kremlin, et malgré notre respect (pour M. Poutine), nous ne le voulons pas », a déclaré un parlementaire. Un autre député, ancien dirigeant des commandos antiterroristes du FSB (ex-KGB), a vertement critiqué le pouvoir à la lumière de la lutte contre le terrorisme. « Plus nous renforcerons la verticale de l'État, plus grand sera le fossé entre le peuple et le pouvoir. Or, la solution à ces problèmes ne peut être trouvée que dans le cadre d'une société civile », a-t-il dit. Pour sa part, le chef de file du groupe parlementaire nationaliste La Patrie a répété son intention d'obtenir un vote de défiance contre le gouvernement et n'a pas exclu de se retourner également contre le président.
À Washington, aussi, des voix se sont élevées contre les réformes politiques annoncées par M. Poutine. Le secrétaire d'État US, Colin Powell, s'est déclaré hier préoccupé. « Nous avons effectivement des inquiétudes », a-t-il dit, ajoutant : « Dans les faits, c'est un recul, comme constaté par la communauté internationale, par rapport à certaines réformes démocratiques mises en place par le passé. » « Nous comprenons la nécessité de lutter contre le terrorisme (...) Mais dans l'optique de pourchasser les terroristes, je pense qu'il importe de trouver le bon équilibre pour s'assurer que l'on ne va pas dans une direction qui éloigne des réformes démocratiques ou du processus démocratique », a souligné M. Powell, ajoutant encore que Washington soulèverait cette question avec Moscou « dans les jours à venir ».
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004 Pankissi n'est plus un « refuge » pour les "terroristes", corrige Washington
Le département d'État US a assuré que la région des gorges de Pankissi, en Géorgie, n'était « plus un refuge pour les terroristes », dans une mise au point implicite après des déclarations de l'ambassadeur américain à Tbilissi affirmant que des terroristes internationaux s'y trouvaient encore. D'autre part, le secrétaire d'État adjoint Richard Armitage a réaffirmé au Premier ministre géorgien Zourab Jvania la volonté des États-Unis de continuer à coopérer avec Tbilissi dans la lutte antiterroriste. Les États-Unis ont consacré à cet effet 47 millions de dollars, au cours des trois dernières années.
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004


L'aide envoyée à Beslan ne parvient pas aux familles des victimes
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 16 septembre 2004
Tandis que toute la Russie se mobilise, les Ossètes semblent livrés à eux-mêmes.
Beslan (Ossétie du Nord) de notre envoyée spéciale - La Russie se mobilise comme jamais, à en croire les communiqués officiels et les reportages de la télévision d'Etat, pour venir en aide aux rescapés de la prise d'otages de Beslan.  A Moscou, des collectes sont organisées dans des écoles. Le gouvernement annonce des mesures et la création d'une commission spéciale chargée de centraliser les aides, présidée par un des hommes de confiance de Vladimir Poutine, le nouveau "super-préfet" pour la région fédérale du sud, Dmitri Kozak.
Des hommes d'affaires téléphonent en Ossétie du Nord afin de s'enquérir des numéros de comptes bancaires pour contribuer à l'effort de solidarité annoncé. L'aide humanitaire afflue aussi de l'étranger. Plus de 187 tonnes d'équipements médicaux et de médicaments sont arrivées de quatorze pays différents, selon l'agence Itar-Tass.
Qu'en est-il sur place, dix jours après le dénouement sanglant de l'attaque terroriste contre l'école "N° 1" de la bourgade ossète ? Les résultats concrets de cette mobilisation ne sont guère visibles. Les familles touchées par le drame sont livrées à elles-mêmes, souvent recluses dans leurs logements, tant le traumatisme les a abasourdies, tant l'idée même de sortir dans la rue, et d'aller quémander auprès de l'administration locale une quelconque assistance, leur paraît au-dessus de leurs forces.
Affalée en larmes, sur un tabouret dans sa cuisine, Lena Smirnova fait partie de ceux qui auraient eu besoin d'une aide immédiate, mais qui attendent toujours. Cette jeune femme russe, qui a fui la Tchétchénie en 1996 pour se réfugier à Beslan, a perdu sa fille, Ina, âgée d'une dizaine d'années. Lena peut à peine parler tellement le chagrin l'étrangle. La famille n'a aucun moyen et vit des maigres revenus de la grand-mère, qui tient un stand sur le marché local. Dans le petit salon, sur un meuble, une bougie brûle devant une photographie de la fillette décédée, le visage orné d'un col de dentelles blanches.
Comme pour d'autres familles endeuillées par la prise d'otages - qui a fait officiellement 339 morts, environ 100 disparus, et plus de 700 blessés, dans cette ville de 40 000 habitants -, la seule aide étatique perçue à ce jour a été les 25 000 roubles (environ 700 euros) versés pour l'enterrement. Mais cette somme ne pouvait suffire, et il a fallu, comme souvent, emprunter aux voisins, aux amis, pour joindre les deux bouts. Prévenir les détournements
Les autorités russes ont promis d'accorder une indemnité de 100 000 roubles (3 000 euros) si l'ex-otage est mort, 50 000 roubles s'il est blessé, et 15 000 euros (420 euros) s'il est rentré physiquement indemne chez lui. Mais aucune des familles rencontrées à Beslan, dans les dix jours qui ont suivi le drame, n'a touché un kopeck de cet argent. "Nous en sommes encore à dresser les listes des familles touchées" ,tente d'expliquer Erik Goussiev, le responsable de la commission municipale de Beslan chargée de distribuer des fonds d'aide. "Nous n'avons pas eu le temps de nous occuper d'aider les survivants et leurs proches. Nous étions trop occupés à identifier les morts et à les enterrer."
Dans ces contrées où la corruption des fonctionnaires et leur capacité à "capter" les envois humanitaires ne font aucun doute au sein de la population, des méfiances s'expriment. Les habitants de Beslan craignent que l'aide qui leur est destinée ne soit "volée" par l'administration, et réduite à néant par tous les échelons de la pléthorique bureaucratie russe.
Pour tenter de prévenir ces détournements, une petite structure indépendante a été créée, à l'initiative d'un groupe d'enseignantes de l'école "N°1", la plupart ayant elles-mêmes été séquestrées par le commando terroriste. Dans les locaux d'un club d'informatique, prêtés par un entrepreneur de la ville, Elena Kassoumova, la directrice adjointe de l'école, aux côtés de ses amies, a fondé le Comité des enseignants pour l'aide aux victimes de l'attaque terroriste à Beslan.
"Nous avons décidé d'agir nous-mêmes, pour mieux canaliser les aides vers les plus pauvres" , disent ces institutrices. "Nous savons qu'à la mairie les listes officielles de bénéficiaires sont déjà faussées. De nombreuses personnes n'ayant aucun rapport avec la prise d'otages se sont arrangées pour y faire figurer leurs noms" .
La radio Echo de Moscou a fait état de ce projet qui, d'apparence banale pour un observateur occidental, n'en revêt pas moins, dans ces régions encore lourdement marquées par l'héritage soviétique et son centralisme étouffant, un caractère d'audace et de liberté. Comme l'esquisse d'une société civile en germe, comme une tentative d'exister, après la catastrophe.

 

15/09/04 - "Les sentiments de revanche ont occulté la raison" : Déclaration au peuple tchétchène du Président Aslan Maskhadov, 5 septembre 2004
La prise d'assaut de l'école de Beslan, la destruction de deux avions de ligne russes et l'attentat suicide de Moscou sont condamnés sans aucune réserve par le Gouvernement de la République tchétchène d' Ichkérie. Nous avons déclaré, et nous renouvelons ici cette déclaration, qu' il ne saurait y avoir une quelconque justification à l'exercice de la terreur à l'encontre de civils innocents. Toutefois, après avoir condamné les assassins, il serait malhonnête vis-à-vis des victimes, et irresponsable vis-à-vis des vivants, de ne pas qualifier les conditions politiques qui aboutissent à des tragédies et de ne pas tenter, même si c'est sans espoir d'aboutir, d'exhorter le monde entier à condamner les politiques qui ont pour résultat le fait que de telles tragédies sont non seulement possibles, mais inévitables. Dans son discours, le président Poutine a tenté d'impliquer des puissances extérieures. Toutefois, les circonstances qui ont abouti aux événements dramatiques de Beslan, et l'enchaînement perpétuel des violences, en Tchétchénie et autour de la Tchétchénie, résultent de la politique menée par Poutine lui-même. Poutine, dont le régime est responsable des pires crimes de guerre jamais commis en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Ceux qui perpètrent des attaques et des attentats en Tchétchénie et à l' extérieur de la Tchétchénie ne le font pas parce qu'ils seraient poussés par le fanatisme religieux, ni par quelque idéologie politique abstraite. Ils sont généralement motivés par un désir de revanche généré par la mort de leurs proches, tués par des militaires russes, dans une atmosphère d' impunité totale - impunité totale dans laquelle la Russie poursuit sa campagne de génocide contre le peuple tchétchène. Mieux que n'importe quel autre peuple, les Tchétchènes comprennent ce que veut dire le fait d'être la victime impuissante d'une cruauté insensible et méprisante. Un quart de notre population, dont plus de 40 000 enfants, a été exterminé au cours des dix années écoulées. Chaque Tchétchène sait qu'aux yeux des racistes du Kremlin, nous ne sommes que des citoyens de deuxième catégorie, qui n'ont droit ni à la vie, ni à la décence, ni à la liberté. Et nous sommes désormais convaincus que les idéaux élevés de démocratie, de droits de l'homme et de liberté proclamés par un Occident qui continue à courtiser Poutine, en qui il voit un allié, ne sont plus dans sa bouche, dès lors qu'ils nous concernent, que des mots dénués de sens. Mais les atrocités russes, la connivence internationale et la trahison occidentale ne signifient en rien que nous devions faire la guerre à des femmes ou à des enfant. Les Tchétchènes qui prennent part à de telles exactions se placent eux-mêmes sur le même niveau que les soldats russes coupables de crimes systématiques à l'encontre de la population civile de Tchétchénie. Ce sont des temps difficiles qui nous attendent. Loin de répondre positivement à notre appel à trouver une solution politique au conflit en Tchétchénie, M. Poutine va, hélas, probablement répondre aux fous de l'école de Beslan par une extension des exactions de représailles contre les civils tchétchènes. Mais, comme l'Histoire l'a déjà montré plus d'une fois, la prison attend les criminels de guerre et les organisateurs de génocide. Leurs parrains seront couverts de honte, et nous serons libres ! Si nous voulons conserver intacte la rectitude morale de notre lutte, nous devons résolument prendre nos distances d'avec tous ceux dont les désirs de revanche ont éclipsé la raison. C'est pourquoi j'exhorte les Tchétchènes à pleurer les victimes et, au nom du peuple tchétchène, je présente mes condoléances à leurs familles. Toutes ces victimes, aux côtés de quelque cent mille Tchétchènes tués, viennent rejoindre toutes celles de la politique russe, criminelle et démente, dans la région du Caucase.
Source : PRIMA-News, 13 septembre 2004.
Traduit de l'angalis par MC pour Quibla

 

Poutine fait son coup d'Etat permanent
Au nom de la lutte antiterroriste, le président russe met à mal la démocratie et renforce son emprise sur le pays en annonçant des réformes institutionnelles radicales. La tragédie de Beslan sert de prétexte au Kremlin pour asseoir son autoritarisme, ce que dénonce la presse russe et internationale.
"Révolution". Le terme figure dans nombre de commentaires de la presse russe au lendemain du programme de réformes politiques radicales annoncé par le président russe Vladimir Poutine, lundi 13 septembre, devant l'ensemble du gouvernement et les gouverneurs de la Fédération de Russie. C'est la "révolution de septembre", titrent les Izvestia. Entre autres, Poutine a annoncé que désormais les gouverneurs des régions et des Républiques seront élus par les parlements locaux à partir de candidats présentés par le président en personne. Quant aux députés russes, ils seront désormais élus exclusivement à partir de listes présentées par les partis d'échelle nationale, en pratique des partis pro-Poutine.
"Il n'y a pas si longtemps, le président a dit : 'Notre système politique n'est pas en adéquation avec le niveau de démocratisation de la société'", rappelle Moskovski Komsomolets à propos de l'allocution de Poutine après le carnage de Beslan. "Hier, le sens caché de ses paroles a été découvert", se résigne le quotidien, qui traduit la pensée présidentielle avec ironie : "Notre système politique était trop avancé par rapport à la société. La Russie n'a pas encore atteint la démocratie. La dictature est le modèle qui nous convient le mieux. Cette dictature, on l'appelle chez nous : 'renforcement de la verticale du pouvoir'."
Cette "révolution" se traduit par un "nouvel isolement de Poutine", commente le président de l'Institut de stratégie nationale de la Fédération de Russie, Stanislav Belkovski. Cet éminent analyste politique fait son mea culpa dans Vedomosti et s'en prend sévèrement à celui qu'il avait jusque-là défendu : "Il fut un temps où je me démenais pour convaincre mes contradicteurs les plus brillants de la productivité historique du pouvoir poutinien, appelé à faire sortir le pays de l'insupportable cadre des vues américaines. Hier, le 13 septembre, j'ai été obligé de reconnaître ma défaite. Effectivement, Poutine, le maître de notre destinée, que ni les sous-marins qui coulent, ni les prises d'otages, ni les magnats de la presse intrigants n'ont pu faire hésiter, a accompli sa plus grave erreur depuis son arrivée au pouvoir."
"Les mesures annoncées par le président nécessiteront des changements radicaux dans la législation russe, y compris dans la Constitution", préviennent d'emblée les Novyé Izvestia . Néanmoins, pour ce quotidien moscovite, les "réformes poutiniennes" n'ont "rien d'inattendu". La seule innovation concerne la réorganisation de la région fédérale du Sud. Devant l'ampleur des changements envisagés par le président Poutine, le journal se montre déçu par la passivité de certaines personnalités politiques. "Après la réunion gouvernementale, le maire de Moscou, Iouri Loujkov, comme le président de la république du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev, ont réagi dans la presse de façon inhabituelle : ils avaient perdu non seulement leur liberté de ton, mais aussi leur volonté de confrontation."
En fait, les Novyé Izvestia ouvrent leurs colonnes à Vladimir Ryjkov, le seul député russe indépendant à avoir osé critiquer le président Poutine, qui "promulgue une transformation totale du système politique russe, ouvertement contradictoire à la Constitution". Kommersant reprend l'analyse de Ryjkov et titre : "Poutine s'assoit sur la Constitution". Ce quotidien moscovite juge le nouveau plan de réformes de Poutine à l'aune de la politique engagée depuis son accession au pouvoir.
"On pensait que la verticale du pouvoir, entamée au début du deuxième mandat de Poutine, était pratiquement achevée. Mais elle n'a pas empêché toute une série d'attentats terribles en Russie au cours de ces dernières semaines. De plus, le fait même que le président russe a annoncé un nouveau plan de réformes imposantes démontre l'échec de la politique menée depuis 2000", estime Kommersant. Et le quotidien moscovite de souligner que "le président russe a proposé de régler les nouveaux problèmes auxquels le pays est confronté par des méthodes anciennes qui ont déjà démontré leur inefficacité, c'est-à-dire en renforçant la centralisation du pouvoir".
Reste que la presse internationale s'inquiète du tournant pris par le Kremlin. La Frankfurter Allgemeine Zeitung soupçonne Poutine "de vouloir profiter du choc de la nation après les actes terroristes de Beslan et de Moscou, et cimenter son pouvoir personnel sous prétexte de lutte contre le terrorisme tchétchène". De manière générale, le quotidien allemand constate "que le règne de Poutine se caractérise par une dé-démocratisation tantôt rampante, tantôt ouverte". Le Financial Times craint que l'autoritarisme de Poutine ne mène la Russie vers la catastrophe. "Une fois en marche, il est difficile de mettre un frein à une telle dérive, surtout dans un pays avec de faibles traditions démocratiques, note le quotidien financier britannique dans son éditorial. Que M. Poutine jette seulement un coup d'|il sur l'histoire de la Russie pour voir à quel point ces changements peuvent se révéler dramatiques !"
Source : Courrier international, 14 septembre 2004

 

13/09/04 - Poutine limoge le ministre de l'intérieur et le chef du FSB d'Ossétie du Nord
Les Ossètes du Nord soupçonnent les policiers d'avoir été corrompus par les preneurs d'otages, qui auraient pu ainsi traverser sans problème le territoire. Cette semaine, des manifestants ont réclamé la démission du président Dzassokhov lui-même, accusé de n'avoir pas pris contact avec les ravisseurs lorsque ceux-ci ont exigé sa médiation.
Le président russe Vladimir Poutine a limogé, samedi 11 septembre, deux hauts responsables des forces de l'ordre en Ossétie du Nord, dont le ministre de l'intérieur de cette république du Caucase, Kazbek Dzantiev, une semaine après la tuerie de Beslan, a annoncé le service de presse du Kremlin cité par les agences russes.
Le chef du FSB (Service fédéral de Sécurité) d'Ossétie du Nord, Valeri Andreïev, a également été remercié.
Ces limogeages sont les premières sanctions contre de hauts responsables des forces de l'ordre depuis la prise d'otages de Beslan, qui a fait 339 morts, outre les 31 ravisseurs abattus.
Kazbek Dzantiev avait offert sa démission à l'issue de la prise d'otages, mais elle avait été refusée par le président d'Ossétie du Nord, Alexandre Dzassokhov.
Les autorités locales d'Ossétie du Nord ont été violemment mises en cause par la population pour leur gestion de la crise, et pour avoir permis à un commando fortement armé de pénétrer dans la république et d'arriver sans encombre jusqu'à l'école de Beslan. Les Ossètes du Nord soupçonnent les policiers d'avoir été corrompus par les preneurs d'otages, qui auraient pu ainsi traverser sans problème le territoire.
Cette semaine, des manifestants ont réclamé la démission du président Dzassokhov lui-même, accusé de n'avoir pas pris contact avec les ravisseurs lorsque ceux-ci ont exigé sa médiation.
M. Dzassokhov se trouvait samedi à Moscou, pour assister à une réunion du Conseil de sécurité présidée par Vladimir Poutine. C'est à l'issue de cette réunion que le président a pris la décision d'écarter les deux responsables ossètes des forces de l'ordre.
Le déroulement des négociations avec les ravisseurs et les conditions dans lesquelles a été déclenché l'assaut final font encore l'objet de nombreuses questions.
Vendredi, Vladimir Poutine avait accepté le principe de la création d'un commission d'enquête parlementaire sur le drame. La mise en place de cette commission a été confiée au Conseil de la Fédération, la chambre haute du parlement. Le quotidien des affaires Kommersant affirmait samedi que le choix de confier l'enquête au Conseil de la Fédération, très loyal envers Vladimir Poutine, éviterait des conclusions désagréables pour le président.
Source : AFP et Reuters, 11 septembre 2004

 

11/09/04 - "Colonel" a pris la fuite
Le chef du commando de la prise d'otages de l'école de Beslan aurait pu prendre la fuite, a indiqué vendredi le quotidien Vremia Novosteï, citant des enquêteurs. Rouslan Khoutchbarov, alias "Colonel", 32 ans, décrit par plusieurs otages comme l'homme le plus cruel du commando, est originaire du village tchétchène de Galachki (sud). Il a participé à plusieurs opérations menées par le chef de guerre Arbi Baraïev, criminel connu pour sa cruauté et exécuteur d'otages.
Selon cette source, Rouslan Khoutchbarov, devenu ensuite proche du chef de guerre radical Chamil Bassaïev, aurait même préparé les femmes-kamikazes ayant participé à la prise d'otages au théâtre moscovite de la Doubrovka.
Les sources du quotidien n'excluent pas que le "Colonel" ait pu prendre la fuite, son corps n'ayant toujours pas été identifié parmi ceux des autres 30 terroristes tués.
Le Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB) et le Parquet général de Russie ont refusé vendredi de commenter cette information.
Source : AFP, 10 septembre 2004


20 millions de dollars pour la capture de Poutine !
Le site Kavkazcenter a affirmé jeudi avoir reçu, au même titre que d'autres sites pro-tchétchènes, l'annonce d'une récompense de 20 millions de dollars (16,4 millions d'euros) pour toute "aide décisive dans la détention du criminel de guerre Poutine."
La somme promise par les Tchétchènes est le double de celle promise par le service de sécurité fédéral russe et s'élevant à 300 millions de roubles (8,2 millions d'euros), pour des informations aidant à la neutralisation des chefs tchétchènes que sont Shamil Basaïev et Aslan Maskhadov.
Source : AP, 10 septembre 2004


Les "Brigades Islambouli" menacent de tuer  Poutine
Les "Brigades Islambouli", un groupe islamiste qui a revendiqué des attentats perpétrés en août en Russie, assure dans un communiqué publié jeudi sur Internet que sa prochaine cible sera le président russe Vladimir Poutine.
Vladimir Poutine a "annoncé qu'il prendra pour cible chaque musulman dans le monde et en Tchétchénie", déclare le communiqué. "Le son de notre réponse sera entendu par tous ceux qui vivent en Russie. Votre peuple va goûter l'enfer, aussi longtemps que vous serez assoiffé du sang d'hommes et de femmes musulmans en Tchétchénie."
"Nous, dans les Brigades Islambouli (...), annonçons que le chef de l'Etat des infidèles sera notre cible dans de prochaines opérations qualitatives", poursuit le communiqué, faisant allusion au président russe.
Le communiqué a été diffusé par Internet sur un site Web connu pour avoir publié de telles déclarations par le passé. Les "Brigades Islambouli" appellent toutes leurs cellules en Russie à lancer "une guerre violente contre les infidèles en Russie, les prenant pour cibles partout".
L'authenticité du communiqué n'a pu être vérifiée dans l'immédiat. L'organisation a déjà revendiqué le crash des deux avions russes qui ont fait 90 morts le 24 août dernier, ainsi que l'attentat du métro de Moscou qui a tué 10 personnes et blessé une cinquantaine d'autres le 31 août.
La semainer dernière, le groupe a déclaré dans un communiqué que des rebelles tchétchènes étaient responsables de la prise d'otages contre l'école de Beslan, en Ossétie du Nord, mais a attribué au gouvernement russe la responsabilité de l'issue sanglante qui y a mis un terme.
Source : AP, 10 septembre 2004


"Commission d'enquête"
Vladimir Poutine a approuvé l'idée du Conseil de la Fédération russe (ce qui correspond au Sénat) de créer une commission d'enquête sur la prise d'otages de Beslan et a indiqué qu'il ordonnerait aux forces de sécurité de lui fournir tous les renseignements nécessaires.
Le président du Conseil de la Fédération Sergueï Mironov a indiqué à l'issue d'un entretien avec Poutine qu'il avait convoqué une session extraordinaire de la chambre haute le 20 septembre pour étudier "les mesures législatives indispensables pour combattre le terrorisme". Cette session devrait créer une commission d'enquête pour étudier toutes les circonstances de la tragédie de Beslan.
"Nous sommes tous intéressés à obtenir une image complète et objective des événements tragiques touchant à la prise d'otages", a déclaré de son côté Poutine. Lavrov contre la politique des « deux poids, deux mesures » de Washington et Londres
La Russie a vivement critiqué jeudi les pays occidentaux qui affirment lutter contre le terrorisme tout en offrant l'asile à des 3séparatistes" tchétchènes, près d'une semaine après le dénouement tragique de la prise d'otages de Beslan.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a ainsi dénoncé la politique des « deux poids, deux mesures » de Washington et Londres où sont exilés des émissaires du leader indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov. Ce dernier, qui a toujours condamné les prises d'otages et les attentats menés en dehors de la Tchétchénie, est assimilé à Oussama Ben Laden par les Russes qui ont offert une importante récompense pour sa capture. Lavrov a critiqué les pays dont les dirigeants restent marqués par les « vieux stéréotypes » de la guerre froide et dont la politique « nuit considérablement à l'unité de la coalition antiterroriste ». Il a également souligné la volonté de la Russie de se démarquer d'une « tentative d'associer le terrorisme à l'islam et la nation arabe », dans un entretien au quotidien Vremia Novosteï hier.
Par ailleurs, le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov a déclaré hier « parfaitement justifiées et possibles » des frappes préventives contre « les bases terroristes », y compris à l'étranger, mais sans utiliser la marine ou l'aviation.
L'ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a aussi apporté son soutien à la ligne de fermeté du président russe. Il ne peut s'asseoir « à la même table que des tueurs et des criminels » et « ce serait une erreur de critiquer maintenant le président Poutine. Le monde entier doit rester uni pour lutter contre la terreur », a-t-il relevé. M. Gorbatchev a toutefois estimé que Moscou doit se faire à l'idée de négocier avec les séparatistes tchétchènes ouverts au dialogue. Le ministre de l'Intérieur Rachid Nourgaliev a pour sa part annoncé à Vladimir Poutine de premières mesures pour renforcer la lutte antiterroriste dans le Caucase du Nord, région instable que les preneurs d'otages voulaient « enflammer », selon le président russe. En outre, le gouvernement russe a décidé de verser des compensations aux victimes prévoyant notamment de verser 100 000 roubles (environ 3 400 dollars) aux familles des morts.
Près d'une semaine après le drame de Beslan, les responsables russes gardaient toutefois le silence sur les identités des preneurs d'otages. Les mots « tchétchène » et « ingouche » ont d'ailleurs été bannis du vocabulaire des responsables politiques et des sujets télévisés consacrés à la prise d'otages. La presse a néanmoins publié une liste de dix noms, comprenant des Tchétchènes, des Ingouches et un Ossète du Nord.
Certains analystes estiment que le Kremlin préfère présenter la Russie comme une victime du terrorisme international, plutôt que de reconnaître un nouveau coup porté par les indépendantistes tchétchènes. Une stratégie dont les motivations sont doubles. Accuser les séparatistes reviendrait en effet à admettre indirectement l'échec de la politique de normalisation menée péniblement par le Kremlin et affichée dans les médias et les discours officiels, à défaut de pouvoir la réaliser sur le terrain. Par ailleurs, en gommant la participation de Tchétchènes et d'Ingouches, Moscou espère réduire le risque d'une explosion interethnique dans la poudrière caucasienne.
Enfin, à Vladikavkaz, le président de la République caucasienne d'Ossétie du Nord Alexandre Dzassokhov a limogé hier l'ensemble de son gouvernement, suite aux sévères critiques de ces derniers jours de la population.
Source : L'Orient-Le Jour, 10 septembre 2004


Libération du chef du bureau d'Al-Arabiya à Moscou
Amr Abdel Hamid, directeur du bureau moscovite de la chaîne de télévision Al-Arabiya, arrêté le 6 septembre après qu'une cartouche avait été trouvée dans ses affaires, a été libéré le 8 septembre dans la matinée. Une enquête judiciaire est toujours en cours.
Source : www.rsf.fr, 9 septembre 2004

 

10/09/04 - Manifestations de colère anti-Poutine à Beslan et Vladikavkaz
Plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Beslan mercredi pour clamer leur colère envers le président russe Vladimir Poutine et exiger la démission du président de la république d'Ossétie du Nord après le bain de sang qui a conclu la prise d'otages dans une école de leur ville vendredi dernier.
"Poutine et ses hommes de main ici, ils nous ont vendus aux terroristes", accuse une femme en pleurs, qui a perdu sa soeur et sa nièce au cours de la prise d'otages qui s'est terminée par une bataille entre le commando et les forces de sécurité russes.
Comme d'autres habitants de Beslan qui sont venus déposer des ours en peluche et des fleurs dans l'école dévastée, en hommage aux centaines de personnes tuées, cette femme n'a pas caché sa haine envers le président d'Ossétie du Nord, Alexandre Dzassokhov.
"S'il s'approche de moi, je le tue. Dzassokhov répond à Moscou, au monde entier, mais pour sa république il n'a rien pu faire. Il aurait dû être tué. Mes proches sont morts, pourquoi devrait-il vivre?", hurle-t-elle.
Cette femme exprime l'opinion de beaucoup d'habitants de l'Ossétie du Nord, république peuplée en majorité de Russes orthodoxes, selon lesquels les autorités russes auraient pu faire plus pour éviter le carnage.
Dans la capitale d'Ossétie du Nord, Vladikavkaz, l'humeur était encore plus agressive lors de la manifestation de 2.500 personnes qui ont réclamé là aussi la démission de Dzassokhov.
"Ce qui s'est produit en Russie est le fruit de la négligence des autorités", estime une autre femme, venue de Stavropol dans le sud de la Russie pour se joindre aux personnes endeuillées. "Un poison est en train de se répandre dans notre pays", ajoute-t-elle
Source : Reuters, 8 septembre 2004.


Mobilisation pacifiste à Saint-Petersbourg
Le premier piquet, organisé par le Comité Anti-guerre de Saint-Pétersbourg, après le carnage de la ville ossète de Beslan, a eut lieu le dimanche 5 septembre. Comme les précédentes actions du comité contre la guerre coloniale menée par la Russie dans le Caucase, cette action s’est tenue à une intersection de la perspective Nevsky avec une petite rue. Tout comme après la prise d’otages au théâtre Nord-Ost, les récents événements en Ossétie du Nord ont augmenté le nombre de participants au rassemblement. En effet, alors que ce genre de rassemblement ne mobilise d’habitude que 20 ou 30 personnes, cette fois, il y avait au moins 80 participants. Cela s’explique en particulier par la participation de membres d’organisation humanitaires-libérales de défense des droits de l’homme, comme ceux de l’association Mémorial par exemple, ou du syndicat « Nezavisimost » (Indépendance). Malheureusement, pour des raisons encore inexpliquées, le Comité des Mères de Soldats n’a pas été invité. Une fraction non-négligeable des manifestants étaient composés d’anarchistes, membres de l’Association des Mouvements Anarchistes, de la Ligue des Anarchistes de Petersbourg, des sympathisants de « l’Action Autonome » ainsi que des anti-fascistes. Etaient également présents des trotskistes de « Démocratie Ouvrière » et des sympathisants du candidat bolchevik-internationaliste du RKCM (Bolchevik) et une responsable du Parti Communiste Révolutionnaire. Les libéraux n’ayant pas apporté leurs drapeaux tricolore, le rassemblement s’est fait sous plis des drapeaux noirs des anarchistes et d’un petit drapeau rouge amené par des communistes. Les banderoles suivantes ont été déployés : « Non au terrorisme et à la haine entre les peuples ! », « 10 mille soldats tués, 100 mille Tchétchènes assassinés, des milliers de victimes de la terreur. Assez de sang ! A bas la guerre ! ». Les militants de la Ligue des Anarchistes de Petersbourg avaient des pancartes « Contre la politique de la Fédération de Russie dans le Nord-Caucase » et « Pour la paix sans annexion ni contribution » (reprenant le slogan des bolcheviks pendant la première guerre mondiale). Les libéraux avaient des pancartes : « L’acte terroriste à Beslan est le résultat de la politique de Poutine en Tchétchénie ! ». Le rassemblement s’est tenu de 14 heures 05 à 16 heures, et si à quelques mètres se tenaient un véhicule de la milice, les flics sont restés discrets et n’ont même pas vérifié s’il y avait une autorisation officielle pour la manifestation. Sept ou huit passants ont manifesté leur désapprobation quant au rassemblement. A noter que pour une fois, le boycott de la part des médias des actions du Comité Pacifiste a été démenti, puisqu’on a pu noter la présence de quelques journalistes. Suite à cette action, le Comité Anti-guerre de Saint-Pétersbourg s’est réuni et, après une discussion sur la tragédie de Breslan et ses conséquences, a élaboré le texte suivant qui sera distribué sous forme de tract : «CONTRE LA GUERRE COLONIALE DANS LE CAUCASE : La politique des autorités russes dans le Caucase a mené à une nouvelle tragédie. Le 3 septembre, le bilan de « l’opération de libération des otages » a causé le bilan officiel suivant : entre 380 et 650 morts, plus de 730 personnes hospitalisées. Etait-il possible d’éviter ces victimes ? L’impression donnée est que pour ceux qui ont pris la décision de l’assaut, la destruction des combattants était plus importante que la libération des otages. La direction officielle des séparatistes tchétchènes a déclaré qu’elle n’avait rien à voir avec la prise d’otage, elle l’a condamnée et s’est proposé comme médiateur pour parvenir à une issue pacifique de la crise de Breslan, mais les autorités comme les médias de la Fédération de Russie ont simplement ignoré cette proposition. (…) Nous ne pouvons considérer que la prise d’enfants en otage puisse être un moyen pour se venger des autorités, ou même, qu’elle puisse être une méthode acceptable de lutte pour la liberté. Il existe de nombreux autres moyens pour s’opposer victorieusement à un ennemi. Cependant, parmi ceux qui portent la responsabilité de l’agression de l’école à Breslan, il est clair que l’on trouve les autorités de Russie dans le Nord-Caucase et leur politique de terreur, et cela ne peut que mettre en évidence la faillite totale de cette politique. Tout soutien au régime qui a mis en place la destruction de masse d’un peuple (incluant des milliers d’enfants en Tchétchénie) est pour nous inadmissible. Nos condoléances vont aux victimes des actes terroristes, à leurs proches, à ceux qui ressentent aujourd’hui ce que signifie le sang de la guerre coloniale. Nous protestons contre l’utilisation de reportages sur le terrorisme pour renforcer les haines interethniques ou interconfessionnelles, nous refusons leur utilisation pour justifier les actes de terreur d’une politique impériale. NON A LA TERREUR ET A LA HAINE ENTRE LES PEUPLES ! CONTRE LA POLITIQUE DE PREDATEURS DES GUERRES COLONIALES ! Pour NOTRE et VOTRE liberté ! Comité anti-guerre de Saint-Pétersbourg, 5 septembre 04. » Source : Giselle DONNARD <giselle@donnard.net>


Téléthon minable pour les victimes de l’école
Près de 2,5 millions de roubles (70 000 €) ont été récoltés lors d’un téléthon organisé dans la nuit de mardi à mercredi pour les victimes de la prise d’otages de Beslan, a rapporté la chaîne de télévision NTV. Les stars du rock russe se sont succédé sur scène alors que journalistes et personnalités invités ont appelé la population à faire des virements sur des comptes destinés aux victimes de la tragédie. De nombreux théâtres, ainsi que le Bolchoï de Moscou et le Mariïnski de Saint-Pétersbourg, ont fait don d’une partie de leurs recettes aux enfants de Beslan.
Source : L’Orient-Le Jour, 9 septembre 2004

 

La tête de Maskhadov et Bassaïev mis à prix pour 10 millions de dollars
Moscou s'est dit prêt mercredi à frapper des bases terroristes "partout dans le monde" et a offert 10 millions de dollars pour toute information permettant de "neutraliser" les chefs de la rébellion séparatiste tchétchène Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev, accusés par la Russie d'être derrière la prise d'otages de Beslan.
Parallèlement, la chaîne russe NTV a diffusé brièvement mardi soir des images inédites de la prise d'otages, filmées par le commando terroriste à l'intérieur du gymnase où quelque 1.200 personnes étaient retenues: on y voit des centaines d'otages assis dans un silence tendu, des terroristes encagoulés fixant des explosifs aux murs, des traînées de sang au sol...
Ces images, diffusées tard mardi, n'avaient pas été rediffusées mercredi en milieu de journée.
La Russie est prête à frapper des bases terroristes dans toute région du monde, a pour sa part prévenu mercredi le chef d'état-major de l'armée, le général Iouri Balouïevski. "Pour ce qui est des frappes préventives sur des bases de terroristes, nous entreprendrons tout pour liquider les bases terroristes dans toute région du monde", a déclaré le général Balouïevski, cité par l'agence Interfax.
Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a de son côté annoncé qu'il offrait 300 millions de roubles (10 millions de dollars) pour toute information qui permettra de "neutraliser" le chef de guerre radical tchétchène Chamil Bassaïev et le leader indépendantiste Aslan Maskhadov. Le FSB a souligné que Chamil Bassaïev et Aslan Maskhadov étaient les auteurs d'actes terroristes "inhumains" en Russie, sans toutefois faire de référence directe à la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord.
Aucune preuve de l'implication des deux hommes n'a pour l'heure été apportée par les autorités, et Aslan Maskhadov a démenti toute participation. La vidéo diffusée par NTV a montré les centaines d'otages assis, un petit garçon apeuré parmi des femmes se tenant la tête, dans une salle où étaient installées de multiples charges explosives, reliées du sol au panier de basket. Dans l'encadrement d'une porte, apparaît une femme membre du commando, entièrement voilée de noir.
"Je pense qu'il faut tout montrer aux gens, le monde entier doit les voir", a déclaré à Beslan une ex-otage, Rima Somartova, 57 ans, venue se recueillir sur les lieux du drame mercredi. La vidéo montrant la prise d'otages de l'intérieur a été diffusée alors que les informations officielles sur les preneurs d'otages de Beslan restent très vagues, une semaine jour pour jour après le début de la prise d'otages qui s'est soldée par la mort de 336 personnes, dont la moitié d'enfants, sans compter les membres du commando.
"Les 32 combattants ont été mis hors d'état de nuire", a déclaré mercredi le procureur général de Russie, Vladimir Oustinov, lors d'une rencontre avec le président Vladimir Poutine retransmise à la télévision.
Un des membres du commando, vivant, est en cours d'interrogatoire, a-t-il confirmé. Des images de l'homme ont déjà été diffusées à la télévision. Parmi eux, douze ont été identifiés, a précisé le procureur général adjoint Sergueï Fridinski, sans autres détails. Si elle n'est pour l'heure pas confirmée, la piste tchétchène est dans tous les esprits, en particulier celle de Chamil Bassaïev, le plus radical et le plus influent des chefs de guerre tchétchènes, accusé par la Russie d'être lié au réseau terroriste al-Qaïda. Il a revendiqué par le passé nombre d'attentats contre des objectifs russes et affirme entretenir un bataillon de femmes martyres pour des attaques suicide.
Les autorités russes avaient par le passé proposé un million de dollars pour pouvoir le "neutraliser", mais Chamil Bassaïev, qui est présumé se trouver en territoire tchétchène, n'a jamais pu être capturé. Le président indépendantiste Aslan Maskhadov, dont la "neutralisation" a également été réclamée mercredi, élu en 1997 dans un scrutin reconnu à l'époque par la Russie et la communauté internationale, s'est vu dénier toute légitimité par Moscou après le début de la deuxième guerre de Tchétchénie fin 1999.
Source : AFP, 8 septembre 2004


L'opposition a boycotté la manifestation contre le terrorisme
La manifestation contre le terrorisme qui a eu lieu à Moscou le mardi 7 septembre a réuni près de 130 000 personnes à l'appel du pouvoir. "La municipalité de Moscou et la Fédération moscovite des syndicats étaient les organisateurs", d'après le quotidien Novyé Izvestia. Plusieurs officiels et personnalités politiques étaient présents, dont le maire de Moscou, Iouri Loujkov, et le porte-parole du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov. "Aux côtés des leaders du parti présidentiel Russie unie étaient présents une délégation du groupe parlementaire du LDPR avec, à sa tête, son chef, l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, ainsi que le chef du parti nationaliste et populiste Rodina, Dmitri Rogozine.
Mais les partis d'opposition ont boycotté la manifestation. Les communistes, qui ont subit un revers électoral sans précédent aux dernières législatives de décembre 2003, ont expliqué qu'ils avaient pris cette décision après qu'on leur avait signifé qu'ils n'auraient pas le droit de prendre la parole.
Les libéraux, qui ont disparu de la Douma, ont également ignoré l'appel. Le parti de l'Union des forces de droite a estimé que la manifestation était officiellement organisée "en soutien aux actions du pouvoir". Pour sa part, la présidente du comité Russie libre, Irina Khakamada, candidate à la dernière élection présidentielle, a déclaré qu'elle organiserait sa propre manifestation contre le terrorisme.
Source : Courrier international, 8 septembre 2004


Le gouvernement ossète va être limogé
Le président ossète Alexandre Dzasokhov a annoncé mercredi le prochain limogeage de l'ensemble du gouvernement de cette république du sud de la Russie qui a été le théâtre, la semaine dernière, d'une prise d'otages sanglante.
"Je promets que dans les prochaines 48 heures, un décret sera publié ordonnant le renvoi de l'ensemble du gouvernement", a-t-il déclaré devant une foule réunie dans la capitale régionale, Vladivadkaz, pour protester contre la gestion du drame par les autorités.
Source : Reuters, 8 septembre 2004


Arrestation du chef du bureau d'Al Arabiya à Moscou
Amr Abdel Hamid, directeur du bureau moscovite de la chaîne de télévision arabe Al Arabiya, a été arrêté, le 6 septembre, à l'aéroport de Mineralniye Vody (Caucase), alors qu'il rentrait à Moscou après avoir couvert la tragique prise d'otages de Beslan.
Reporters sans frontières a demandé des informations complémentaires "afin de comprendre les circonstances et les motifs de cette arrestation", dans un courrier adressé au ministre de l'Intérieur russe, Rachid Nourgaliev.
Selon des informations émanant de la chaîne Al-Arabiya, Amr Abdel Hamid aurait été arrêté après qu'une cartouche avait été trouvée dans ses affaires. Le journaliste a déclaré que l'objet avait été placé dans son sac à son insu. Une enquête judiciaire a été ouverte.
Cet incident intervient alors que Raf Chakirov, rédacteur en chef du quotidien Izvestia, a été remercié en raison d'un désaccord avec Profmedia, la société d'édition du journal. Celle-ci a jugé la couverture de la tragédie de Beslan trop "émotionnelle", après la publication de gros plans d'otages tués. Izvestia a été l'un des premiers médias à faire état de plus d'un millier d'otages, alors que les autorités russes parlaient de 300 personnes.
Par ailleurs, Nana Lezhava, de la chaîne de télévision géorgienne Rustavi 2, et Levan Tetvadze, cameraman, avaient été arrêtés le 4 septembre 2004 par la police de Beslan (Ossétie du Nord) et sont toujours détenus. Andreï Babitski et Anna Politkovskaïa, deux journalistes russes spécialistes de la question tchétchène, avaient été empêchés de couvrir la tragique prise d'otages.
Source : www.rsf.fr, 8 septembre 2004

 

08/09/04 - Après le massacre de Beslan : Union sacrée Moscou-Tel Aviv - Washington
« Les Russes ont désormais compris que l'on ne peut pas faire de distinction entre un bon et un mauvais terroriste. » « Le terrorisme qui a frappé la Russie au cours des deux dernières semaines, est le même que celui qui s'est manifesté à New York, Tel-Aviv ou Beer Sheva. »« Il est temps pour le monde libre de s'unir » contre «le Jihad islamique mondial » « Il n'est plus possible de soutenir les soi-disant mouvements de libération nationale, qui recourent au terrorisme tout en condamnant les islamistes extrémistes. »
Ces petites phrases ont été prononcées par Ariel Sharon et  ses proches dans les jours qui ont suivi le massacre de Beslan. Comme après le 11 septembre 2001, les chefs sionistes ne cachent nullement leur jubilation. Ils espèrent non seulement obtenir un certificat de 3défenseurs du monde libre" de Washington et de Moscou, mais ils tentent même de prendre en main la défense de leurs "amis" confrontés au "terrorisme", à coup de contrats militaires, d'échanges d'experts, de conseillers de "techniques de combat". On savait déjà que des snipers russes avaient été embauchés par l'armée sioniste pour abattre des palestiniens en Cisjordanie. Poutine vient de déclarer à propos des hommes de son FSB : « Ils sont très motivés et très bien préparés. Je me demande s'il existe des gens pareils dans un autre pays. » Mais on peut parier que les experts du Mossad pourraient transmettre des "trucs" utiles à leurs collègues du FSB, de manière à enseigner aux Russes les "méthodes occidentales" pour répondre aux prises d'otage (voir ci-dessous les déclarations d'André Glucksmann).
Le massacre de Beslan signe l'instauration d'un axe Moscou-Tel Aviv-Washington [lire à ce sujet : « L'Axe de la guerre des civilisations - Sommet historique pour sceller l'Alliance des guerriers de Dieu » dans la rubrique Protocoles des fous de Sion] qui menace non seulement le monde arabe et musulman, mais aussi l'Europe, l'Asie et l'Afrique, en un mot toute la planète. Les deux armes principales de cet axe sont la violence - à la fois la violence exercée directement et la violence manipulée - et le mensonge. Tous les mouvements de libération sont désormais ciblés, que ce soient des mouvements de libération nationale ou sociale.

En une phrase : nous sommes tous des Tchétchènes en sursis !


1 - Le Kremlin vote George Bush, un homme "fiable"
par Daniel Vernet, le Monde, 8 septembre 2004
Devant une trentaine de ceux qu'on appelait autrefois les "kremlinologues", dont plusieurs américains, Vladimir Poutine n'a pas caché, le lundi 6 septembre, sa sympathie pour George Bush, confirmant ainsi une vieille règle de la politique internationale : les Russes s'entendent généralement mieux avec les présidents républicains qu'avec les démocrates.
Invité à commenter un sondage selon lequel, si les Russes étaient appelés à voter aux Etats-Unis, 7 % se prononceraient pour le président sortant et 25 % pour John Kerry, quand 41 % manifestent leur total désintérêt, le chef du Kremlin a d'abord fait une réponse d'homme d'Etat : peu importent les personnalités, a-t-il dit, l'essentiel est le développement des relations entre Moscou et Washington, et son objectif est de continuer à travailler dans ce sens. Puis, dans une demi-boutade, il a remarqué que parmi les 7 % favorables à M. Bush, "il y avait des gens influents" .
Il a ensuite fait l'éloge de celui qui, dès leur première rencontre, en Slovénie en 2001, avait su "lire au fond de son âme" . George Bush a de la suite dans les idées, a déclaré Vladimir Poutine, et malgré les divergences qui les ont opposés sur l'Irak, c'est un homme "prévisible et fiable" ."Je le considère comme un collègue, une bonne nature" , a-t-il ajouté. Il n'a pas dit un mot sur le candidat démocrate, peut-être parce qu'il ne le connaît pas personnellement.
Au-delà des relations personnelles, le président russe s'est montré très modéré sur la situation irakienne. Il n'est certes pas question que la Russie y envoie des troupes pour "aider à lutter contre le terrorisme" ni même se lance dans une coopération militaire, mais elle "fera tout pour aider à la stabilisation du pays. Le président Bush a déjà beaucoup fait en faveur de la normalisation" , a ajouté M. Poutine.
La situation est complexe, et Moscou ne prendra aucune initiative qui pourrait être mal comprise par le peuple irakien. La tradition de coopération Russie-Irak sera poursuivie notamment dans les domaines économique, humanitaire et éducatif. Moscou formera du personnel pour les situations d'urgence. "Nous sommes prêts à travailler avec tous les segments de la société irakienne , a conclu le président russe, y compris, bien sûr, avec l'actuel gouvernement irakien." Le gouvernement intérimaire a été mis en place par les Américains, avec, il est vrai, l'assentiment du Conseil de sécurité des Nations unies.


2 - « Il n'y a aucun lien entre la politique russe en Tchétchénie et la prise d'otages de Beslan » : Poutine accuse et s'explique sur sa "guerre totale" au terrorisme
par   Daniel Vernet, Le Monde, 8 septembre 2004
Vladimir Poutine a longuement justifié sa politique, lundi 6 septembre, en recevant un groupe de journalistes étrangers et de spécialistes de la Russie. Après le bain de sang de Beslan, le président russe a félicité les forces spéciales russes et réfuté tout lien entre la prise d'otages et le conflit en Tchétchénie. Pour M. Poutine, la Russie est la cible du terrorisme international et d'Etats étrangers, qu'il n'a pas voulu citer. Déterminé à poursuivre sa politique en Tchétchénie et à y maintenir des forces "aussi longtemps que nécessaire", M.  Poutine n'a pas repris l'idée d'une réforme d'ampleur du système de sécurité russe, pourtant annoncée samedi. Il a en revanche critiqué "certains milieux politiques en Occident qui veulent affaiblir la Russie comme les Romains voulaient détruire Carthage".
Vladimir Poutine n'est pas disposé à infléchir sa politique en Tchétchénie après la prise d'otages de Beslan en Ossétie du Nord, qui a fait au moins 338 morts, selon un bilan officiel, et plus de 400 blessés.  Comme il l'avait annoncé samedi 4 septembre dans son allocution télévisée, le président russe entend poursuivre "la guerre totale contre le terrorisme" tout en essayant d'imposer en Tchétchénie une "solution constitutionnelle" avec les hommes choisis par Moscou.
"Autant demander aux Occidentaux de discuter avec Ben Laden, de l'inviter à Bruxelles au quartier général de l'OTAN ou à Washington à la Maison Blanche !" , a-t-il déclaré, répondant à ceux qui lui suggèrent de négocier avec les "séparatistes" . Le chef du Kremlin s'exprimait ainsi, lundi, devant un groupe d'une trentaine de spécialistes occidentaux de la Russie qu'il a reçus pendant trois heures et demie dans sa résidence de Novo Ogorevo, dans la banlieue ouest de Moscou.
M. Poutine a été formel. "Il n'y a aucun lien entre la politique russe en Tchétchénie et la prise d'otages de Beslan", a-t-il dit, avant de conclure : "Nous savons ce qu'il faut faire en Tchétchénie ; continuer le dialogue avec la société tchétchène ; continuer le processus politique qui, après le référendum sur l'appartenance à la Fédération de Russie et l'élection présidentielle, se poursuivra avec les élections parlementaires ; renforcer les éléments tchétchènes dans la police locale, ce qui n'empêchera pas de laisser sur place des forces russes aussi longtemps que nécessaire comme il y a des forces américaines au Texas et en Californie."

Les erreurs du passé
Pour M. Poutine, il n'existe pas de différence fondamentale entre les "séparatistes" agents du terrorisme international et les preneurs d'otages. Dans un long exposé de l'histoire mouvementée de la Tchétchénie, il a reconnu que des injustices avaient été perpétrées du temps de l'Union soviétique, notamment par Staline - "Mais toutes ces injustices ne peuvent expliquer les tendances séparatistes" - et que des erreurs avaient été commises par ses prédécesseurs après la chute du communisme. Ces erreurs, a-t-il confié, ont conduit à la première guerre de Tchétchénie. Artisan de la deuxième guerre, déclenchée à l'automne 1999, le président russe reconnaît que les forces fédérales ont commis des exactions mais assure que leurs auteurs ont été ou seront punis. Aux organisations humanitaires qui l'accusent de crimes de guerre, il répond : "On ne met pas en cause le président des Etats-Unis pour les tortures à Abou Ghraib."
"Toujours et partout quand le pouvoir central s'affaiblit, le séparatisme se développe" , a-t-il déclaré. Dès que Moscou a donné aux Tchétchènes, en 1996, l'indépendance de facto sinon de jure ,"le fondamentalisme islamique s'est développé en liaison avec le terrorisme international" .
L'objectif de ce terrorisme international, soutenu plus ou moins ouvertement par des Etats étrangers, dont le président russe ne veut pas citer les noms, est d'affaiblir la Russie de l'intérieur, en criminalisant son économie, en provoquant sa désintégration par la propagation du séparatisme dans le Caucase et la transformation de la région en "place d'armes" dirigée contre la Fédération.
Le président a vanté les mesures économiques et sociales prises par son gouvernement. Il s'est dit prêt à aller aussi loin que le lui permet la Constitution russe, à condition que la ligne jaune du séparatisme ne soit pas franchie. Mais il ne veut pas parler avec Aslan Maskhadov, le président tchétchène élu en 1997, qu'il considère comme une marionnette des fondamentalistes. "Posez-vous la question , a-t-il lancé. Voudriez-vous que quelque part dans le monde des gens, pour une cause ou pour une autre, tuent des enfants pour arriver au pouvoir ? Si vous vous posez cette question, vous n'avez plus de doute sur notre politique en Tchétchénie."
Vladimir Poutine n'a pas de doute non plus sur la manière dont les forces de l'ordre russes se sont comportées dans la prise d'otages de Beslan, comme au Théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002 (130 morts) ou à l'hôpital de Boudenovsk en 1995 (plus 150 morts). Il a fait l'éloge des unités spéciales du FSB, qu'il a rappelé avoir lui-même créées. Il a loué leur courage au combat, qu'il a comparé avec l'abnégation des soldats soviétiques de la seconde guerre mondiale. "Ils sont très motivés et très bien préparés. Je me demande s'il existe des gens pareils dans un autre pays" , a-t-il souligné.
Dans son allocution télévisée, il avait fait allusion à une réorganisation des forces antiterroristes. Devant ses interlocuteurs étrangers, il n'a pas repris cette idée, expliquant au contraire que la Russie n'avait pas les moyens des Etats-Unis qui, après le 11 septembre 2001, ont créé un ministère pour coordonner le renforcement de la sécurité intérieure.
M. Poutine a repris, en revanche, une accusation lancée à demi-mot contre des pays occidentaux qui lui semblent parler un double langage. D'un côté, leurs dirigeants assurent le président russe de leur solidarité dans la lutte contre le terrorisme. De l'autre côté, les services de renseignement et les militaires - "qui n'ont pas abandonné les préjugés de la guerre froide" - entretiennent des contacts avec ceux que la presse occidentale appellent des "rebelles" .
"Pourquoi les émules de Ben Laden sont-ils appelés terroristes et les gens qui tuent des enfants sont-ils appelés rebelles ? Où est la logique ?" , s'est demandé Vladimir Poutine, en apportant sa réponse : "Parce que certains milieux politiques en Occident veulent affaiblir la Russie comme les Romains voulaient détruire Carthage." Mais, a poursuivi le chef du Kremlin, "nous ne laisserons pas ce scénario se réaliser" . C'est d'ailleurs, selon lui, un mauvais calcul car la Russie est un facteur de stabilité. En l'affaiblissant, les nostalgiques de la guerre froide agissent contre les intérêts bien compris de leur propre pays.
Le président russe n'a pas caché que ces soupçons, qu'il dit étayés par des faits, nuisent à la coopération internationale pour la lutte antiterroriste. "Nous sommes des champions sincères de cette coopération ,a-t-il affirmé, nous sommes des partenaires ouverts et fiables. Mais si des services étrangers ont des contacts avec les "rebelles", ils ne peuvent être des alliés aussi sûrs que l'est pour eux la Russie." Revenant comme un leitmotiv sur les risques de désintégration de son pays, M. Poutine a conclu : "La Tchétchénie n'est pas l'Irak. L'Irak est à des milliers de kilomètres des Etats-Unis. Ici, l'ennemi est tout près."


3 - Israël et la Russie resserrent leurs liens contre le "Djihad islamique mondial"
par Marie Jégo, Le Monde, 8 septembre 2004
Prévue de longue date, la visite en Israël, lundi 6 septembre, du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, centrée à l'origine sur le processus de paix et la situation régionale, a vu son ordre du jour bouleversé par la tragédie de Beslan, que les médias israéliens ont largement rapportée, la comparant avec le double attentat qui a fait 16 morts, mardi (jour de la prise d'otages en Ossétie du Nord), à Beersheba, une localité du sud d'Israël.  
"Le terrorisme qui a frappé la Russie n'est pas différent de celui qui sévit à New York, à Tel-Aviv ou à Madrid" , a déclaré Sylvan Shalom, le ministre israélien des affaires étrangères, en recevant son homologue russe lundi. La veille, le premier ministre israélien, Ariel Sharon, avait appelé Vladimir Poutine pour lui proposer de faire front face au "Djihad islamique mondial" ."Il est temps pour le monde libre de s'unir" , avait indiqué M. Sharon sur un ton qui tranchait avec les demandes d'explications formulées, dans le même temps, par l'Union européenne envers la Russie, quant au dénouement tragique de la prise d'otages.
S'estimant donc liés par une communauté de destins, les deux Etats souhaitent désormais renforcer leur coopération "dans les domaines de la sécurité, du renseignement et de l'humanitaire" .Coopération renforcée
"Il n'est plus possible de soutenir les soi-disant mouvements de libération nationale, qui recourent au terrorisme tout en condamnant les islamistes extrémistes" , a expliqué, lundi, un proche d'Ariel Sharon à la presse, dans une allusion au soutien sans failles apporté jadis par Moscou à la cause palestinienne.
Cette page a été tournée. Avec la dislocation de l'URSS en 1991, les liens de la direction russe avec les pays arabes se sont effilochés. Les tenants de cette ligne, à l'image de l'ancien maître espion Evgueni Primakov, ne sont plus aux affaires.
Avec l'arrivée d'un nouveau locataire au Kremlin en mars 2000, tout a changé. Cette année-là, l'ancien lieutenant colonel du KGB, Vladimir Poutine invite l'ancien refuznik Nathan Chtcharanski à un déjeuner en tête à tête. Pour la petite histoire, l'ex-dissident - devenu entre temps ministre dans la coalition de droite emmenée par M. Sharon - attendait son vol de retour pour Israël lorsqu'une limousine vint le quérir, direction le Kremlin. Deux ans plus tard, le président du Sénat russe, Sergueï Mironov, proche de Vladimir Poutine, refusa, lors d'une tournée dans la région, de rencontrer le chef de l'autorité palestinienne, Yasser Arafat.
Ces dernières années, les relations entre Israël et la Russie se sont renforcées. Les deux pays coopèrent dans le domaine de l'armement notamment à la fabrication d'un hélicoptère d'assaut Ka-52 et à celle d'un Awacs A-50, un avion de reconnaissance aérienne. Il y a douze jours, au moment du double attentat commis sur deux avions de ligne en Russie, la presse moscovite, fustigeant les insuffisances de la sécurité aérienne locale, avait vanté les mérites de celui d'Israël, "le plus sûr au monde" .
Les échanges commerciaux ont crû, dynamisés par la présence en Israël d'une importante diaspora russophone (1 million de personnes soit 1/6e de la population d'Israël) arrivée en masse entre 1980 et 1990. Restée très attachée à sa culture, cette communauté russe d'Israël lit la presse russe, regarde la télévision russe et, friande de cochonnailles, possède ses propres charcuteries, ce qui n'est pas toujours bien vu.
Elle n'en est pas moins proche des ultra-orthodoxes et constitue un vivier électoral de choix pour les partis de droite. Marqués par la mentalité soviétique, les russophones d'Israël sont généralement partisans d'une ligne dure envers les Palestiniens, assimilés par eux aux "Noirs" ( "Tchiornye" ), le terme communément employé dans la langue de Pouchkine pour désigner les Caucasiens.
Engagés dans une lutte sans fin contre les guérillas - tchétchène et palestinienne -, les deux Etats échangent depuis longtemps informations et expériences. En 2002, des officiers des forces spéciales russes, dont le général Viatcheslav Ovtchinnikov avait exposé, au Collège israélien de défense nationale, les tactiques de l'armée russe en Tchétchénie. En 2002 également, les forces russes, imitant l'armée israélienne dans les territoires occupés, avaient fait sauter les maisons de kamikazes tchétchènes. La différence, souligne le politologue russe Andreï Riabov, c'est qu'en Israël "une très vive opposition à la politique du gouvernement s'exprime ouvertement, alors que chez nous il n'y a aucun débat" .


4 - Le mystérieux "empoisonnement" de la journaliste Anna Politkovskaïa
par Marie Jégo, Le Monde, 5 septembre 2004
[Contrairement à ce qu'écrivait Quibla le 7 septembre, la journaliste Anna Politkovskaïa n'est pas morte, mais elle l'a échappé belle]
Jeudi 2 septembre, alors que le millier d'otages retenus par un commando armé dans l'école "Numéro un" de Beslan vivait une deuxième journée de calvaire, deux journalistes russes, familiers du conflit tchétchène, décident de se rendre sur les lieux du drame, dans l'espoir de servir de médiateur entre le commando et les autorités.  
Journaliste à Novaïa Gazeta , l'un des rares médias russes critiques du pouvoir, Anna Politkovskaïa, qui avait joué ce rôle lors de la prise d'otages du théâtre de la Doubrovka, cherche à prendre le même avion que le docteur Leonid Rochal, éminent pédiatre - et gradé du FSB - dont la médiation avait été acceptée. En vain, on ne la laisse pas passer. La troisième tentative est la bonne, elle réussit à se glisser dans un vol pour Rostov, grosse ville du sud de la Fédération russe.
Dans l'avion, après avoir bu un thé, elle fait un malaise. A l'hôpital de Rostov, les médecins diagnostiquent une infection intestinale aiguë. Elle rentre alors à Moscou pour se faire soigner. Que s'est-il passé ? Malaise ou empoisonnement ? Le mystère demeure. Certains, à la rédaction de son journal, comparent son histoire avec celle de son collègue, Iouri Chtchekotchikhine, décédé en juillet 2003 dans un hôpital moscovite, dix jours après y avoir été admis dans le coma.
Député, membre d'une commission d'enquête sur les attentats de 1999 - lorsqu'à Moscou et au sud de la Russie, des immeubles furent soufflés par des explosions, emportant les vies de 300 civils et servant de prétexte au lancement de la seconde guerre tchétchène - Iouri Chtchekotchikhine est décédé mystérieusement. Rien ne permet, à ce jour, d'affirmer avec certitude qu'il a été empoisonné. Rien ne peut être affirmé non plus sur les auteurs des attentats de 1999 et il est probable que personne ne saura jamais ce qui s'est passé avec Anna Politkovskaïa. Andreï Babitski a été arrêté
Ce même jour, le 2 septembre, Andreï Babitski, un journaliste de Radio Svoboda (le service russe de Radio Liberty financée par le Congrès américain à l'époque de la guerre froide pour diffuser sur le territoire soviétique), un connaisseur de la problématique tchétchène, se rend lui aussi à l'aéroport moscovite de Vnoukovo. Il compte s'envoler vers le lieu du drame. Par le passé, Andreï a longtemps travaillé en Tchétchénie, couvrant les deux guerres pour sa rédaction.
Comme il est l'un des rares journalistes à être resté dans l'enfer de Grozny bombardée, il rend compte des souffrances des civils - dont de nombreux retraités russes - terrés dans les caves sous le feu incessant des forces fédérales. A l'hiver 2000, peu après la chute de la ville que les combattants ont fini par laisser aux forces russes, il est arrêté par l'armée russe puis officiellement échangé à des "bandits tchétchènes" en échange de soldats russes, selon une mise en scène orchestrée par le FSB.
Mais très vite, ce 2 septembre, Andreï apprend qu'il ne peut pas voler. Son sac, lui explique la police de l'aéroport, a été flairé par les chiens chargés de détecter les explosifs. Andreï doit se rendre au poste où lui et ses affaires sont fouillés. Comme il n'y a pas d'explosifs, il est relâché. Mais les choses se gâtent à sa sortie du poste de police lorsqu'il est vivement pris à partie par deux jeunes habillés en civil.
Cette altercation le ramène au poste de police où il est bientôt accusé de hooliganisme et risque quinze jours de prison. Malgré ses protestations - il n'est pas blessé et ne veut pas d'un examen médical - il est examiné, gardé à vue puis présenté le jour suivant au tribunal de Solntsevo à Moscou.
Ainsi pour des raisons différentes, ni l'un ni l'autre des deux journalistes n'ont pu se rendre à Beslan. Visiblement, non seulement leur médiation n'était pas souhaitée, mais leur simple présence sur les lieux de la prise d'otages était exclue. Sans doute les autorités russes, qui avaient déjà tranché en faveur de l'assaut - comme tend à l'indiquer la grande concentration de forces et de matériel militaire autour de l'école ces jours-là - ne souhaitaient pas être gênées par ces indésirables qui avaient dans l'idée de négocier.


5 - Entraves à la couverture médiatique de la tragédie de Beslan
par Reporters sans frontières, 6 septembre 2004
Nana Lezhava, de la chaîne de télévision géorgienne Rustavi 2, et Levan Tetvadze, cameraman, ont été arrêtés le 4 septembre 2004 par la police de Beslan (Ossétie du Nord) et sont toujours détenus. Par ailleurs, Andreï Babitski et Anna Politkovskaïa, deux journalistes russes spécialistes de la question tchétchène, ont été empêchés de couvrir la tragique prise d'otages.
" Nous vous demandons de vous assurer que les journalistes puissent faire leur travail sans entraves, en particulier en cette période critique et tragique où la population est en droit de recevoir une information complète, impartiale et indépendante ", a déclaré Reporters sans frontières dans un courrier adressé au ministre de l'Intérieur russe, Rachid Nourgaliev.
" Nous demandons la libération immédiate des journalistes géorgiens et la restitution de leur matériel de travail, ainsi qu'une enquête sur les circonstances de l'empoisonnement d'Anna Politkovskaïa ", a ajouté l'organisation.
Les autorités locales affirment que les journalistes géorgiens ne sont pas en possession des visas et accréditations nécessaires. Selon Eka Khoperia, responsable de l'information à Rustavi 2, Nana Lezhava et Levan Tetvadze se trouvent en situation régulière puisqu'ils sont résidents de Kazbegi, ville frontalière entre l'Ossétie du Nord (Russie) et la Géorgie. Conformément aux accords entre les deux pays, les habitants de cette ville peuvent entrer en Russie sans visa. La police locale a saisi la caméra, les enregistrements, les documents et les téléphones de l'équipe de télévision. Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a exigé que ses ressortissants soient relâchés sans délai.
Anna Politkovskaïa, du quotidien russe Novaya Gazeta, a tenté à trois reprises, le 1er septembre, de prendre un vol à l'aéroport Vnukovo de Moscou pour se rendre sur le lieu du drame et essayer de négocier avec les terroristes, comme elle l'avait déjà fait lors de la prise d'otages dans un théâtre de Moscou, en 2002. Les deux premières tentatives se sont soldées par un échec, puis la journaliste a finalement été autorisée à embarquer dans un avion.
Pendant le vol, Anna Politkovskaïa a bu un thé et, environ dix minutes plus tard, a été victime d'un malaise. Elle a été admise en urgence à l'hôpital de Rostov (Sud), où les médecins ont diagnostiqué une infection intestinale aiguë. Le 3 septembre, elle a été transportée à Moscou, dans un état stable. Dmitri Muratov, directeur de Novaya Gazeta, a déclaré attendre les résultats des analyses pour se prononcer sur l'origine de l'intoxication de la journaliste. " Il est toutefois évident que tous les journalistes qui font autorité en Tchétchénie ont été tenus éloignés du déroulement des événements de Beslan ", a-t-il ajouté.
Andreï Babitski, du service russe de la radio américaine Radio Free Europe, a été interpellé le 2 septembre à l'aéroport Vnukovo de Moscou alors qu'il souhaitait se rendre à Beslan. La police de l'aéroport a expliqué que les chiens avaient flairé des explosifs dans les bagages du journaliste. Elle a relâché Andreï Babitski après avoir fouillé ses affaires. Mais à la sortie du poste de police, le journaliste a été pris à partie par deux inconnus en civil. Cette altercation a donné lieu à une seconde arrestation. Andreï Babitski, détenu jusqu'au soir, a été condamné le lendemain pour " hooliganisme ". En appel, la peine initiale de cinq jours de prison a été convertie en amende.


6 - Le rédacteur en chef des "Izvestia" limogé
Raf Chakirov, le rédacteur en chef du quotidien russe Izvestia, a été limogé de son poste le lundi 6 septembre, annonce Gazeta.ru. Le quotidien en ligne russe rapporte les explications de l'intéressé sur son éviction : il est question d'un "désaccord de la direction de Prof-Media, l'actionnaire principal des Izvestia, avec le numéro du samedi 4 septembre du journal, qui couvrait la prise d'otages de Beslan". Les Izvestia n'ont fait aucun commentaire à propos de cette décision. Dans leur édition datée du 4 septembre, au lendemain de l'assaut contre les preneurs d'otages, les Izvestia avaient publié de nombreuses photos chocs de victimes. Par ailleurs, le journal avait avancé la thèse, fondée sur le témoignage de ses correspondants sur place, que l'assaut avait été lancé non pas par les forces spéciales russes, mais par les pères des enfants détenus.
Raf Chakirov dirigeait la rédaction des Izvestia depuis octobre 2003, en remplacement de Mikhaïl Kojokine, qui l'avait précédé pendant cinq ans. "Il reste membre du conseil de direction jusqu'à sa prochaine séance", précise Gazeta.ru. Ses fonctions de rédacteur en chef seront temporairement occupées par Vladimir Borodine, secrétaire en chef du journal.
Source : Courrier international, 6 septembre 2004


7 - L'autre prise d'otages
Au lendemain du démarrage de la prise d'otages de Beslan, les forces d'occupation russes en Thcétchènie ont kidnappé une quarantaine de parents proches et lointains du président Maskhadov, de Chamil Bassaïev et de Dokou Oumarov, qu'ils ont détenu, en les brutalisant, à la base militaire russe de Khankala, près de Grozny, jusqu'au samedi 4 septembre. Une famille particulièrement ciblée a été celle de la femme de Maskhadov, à commencer par son père Khavazh Semiyev, 67 ans. Le plus jeune des otages était un bébé de cinq mois. Les hommes raflés ont été contraintes de rester agenouillés, avec des sacs sur la tête et les mains liées dans le dos, pendant 24 heures. Kim Murphy a publié le témoignage de ces otages dans le Los Angeles Times du 7 septembre 2004.


8 - Qui étaient  les preneurs d'otages ?
[Les informations qui commencent à filtrer sur l'identité des membres du commando de Beslan font immanquablement penser aux 3GIA2 algériens, totalement infiltrés par la Sécurité militaire d'Alger. Voici ce qu'en dit la presse russe.]
L'identité des membres du commando de l'école de Beslan, en Ossétie du Nord, fait l'objet de toutes les spéculations. Le Kremlin affirme le caractère international de l'attentat terroriste, mais les premiers éléments d'enquête fiables livrent une réalité tout autre...
"On nous a rassemblés dans la forêt et on nous a dit que nous devions occuper l'école de Beslan. Cette mission nous a été donnée par Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev. Quand nous avons demandé pourquoi on devait faire cela, on nous a répondu qu'il fallait étendre la guerre dans tout le Caucase", rapporte Vremia Novostieï d'après les fragments d'aveux de Nour-Pachi Koulaïev. Ce Tchétchène de 24 ans, ancien garde du corps de Bassaïev, est le seul survivant parmi les 32 preneurs d'otages de l'école de Beslan, en Ossétie du Nord. Des fragments d'aveux que les chaînes de télévision russes ont largement diffusés.
"Si les noms des combattants identifiés n'ont pas été dévoilés par les enquêteurs, on connaît déjà l'identité d'une dizaine de ceux qui ont été tués, dont Arsene Merjoev, Khanpachi Koulaïev, Maïrbek Chaïbekkhanov, Vladimir Khodov", cite le journal. Des personnages bien connus des services de sécurité russes, mais, reconnaît-on dans les ministères de force - armées, sécurité, intérieur,... -, "on ne comprend pas comment ils pouvaient se trouver en liberté alors qu'ils avaient été précédemment arrêtés et qu'en principe ils auraient dû être sous les verrous". "Apparemment, ils ont été libérés par décision d'un tribunal ou du parquet", rapporte Vremia Novostieï . Pourtant, "les exploits de la fratrie Koulaïev, composée de quatre frères, sont connus des services spéciaux en Tchétchénie".
Un autre membre identifié, considéré comme le chef du commando, a lui aussi joui d'une totale liberté dans les mois qui ont précédé la prise d'otages. Vladimir Khodov, qui répondait au nom d'Abdoullah, "était le plus cruel des preneurs d'otages, note le Moskovski Komsomolets. Cela est d'autant plus terrible que cet assassin d'enfants d'Ossétie est, dit-on, de nationalité ossète. En fait, Khodov est slave, plutôt ukrainien, mais il a grandi en Ossétie du Nord", précise le quotidien populaire de Moscou. Or, ce terroriste, "deux fois recherché par un mandat d'arrêt fédéral, n'a pas fait que passer chez sa mère, dans le village d'Elkhotov, à 50 km de Beslan : il est resté tranquillement chez elle durant tout l'été", s'indigne le journal. Reste que son identité n'a pas été officiellement révélée, "même si sa participation à la prise d'otages était connue depuis le premier jour".
La question de la nationalité des membres du commando fait l'objet de nombreuses spéculations, alimentées en grande partie par les autorités elles-mêmes. Le fait le plus remarquable est sans doute l'affirmation de la "présence de dix Arabes et d'une personne de peau noire, supposée originaire d'un pays musulman africain", parmi les preneurs d'otages, rapportaient les Izvestia au lendemain de l'assaut, citant Aslanbek Aslakhanov, un conseiller du président Poutine. "De plus, d'après une information des services spéciaux, la prise d'otages de Beslan aurait été financée par l'un des idéologues du wahhabisme, Abou Omar As Seïf. Ce serait le représentant d'Al Qaida en Tchétchénie et le tuteur des recrues en provenance de l'étranger."
Ces affirmations n'ont pas été confirmées par la suite. D'ailleurs, "dans les extraits télédiffusés des aveux de Koulaïev, il n'est à aucun moment question d'Arabe ou de Noir, observe Gazeta.ru. De surcroît, l'histoire de l'homme noir est une bêtise : il s'agit en fait d'un terroriste tué dont les parties dénudées du corps étaient couvertes de suie." Le quotidien russe en ligne souligne les fluctuations des déclarations de personnages officiels. Pour leur part, les Novyé Izvestia titrent "L'Internationale des bandits", en référence aux origines suppo