16/09/04
-Nurpashi Kulayev inculpé
La justice russe a mis en examen un Tchétchène pour acte
de terrorisme et meurtre dans le cadre de l'enquête sur la prise
d'otages de l'école de Beslan, a rapporté mardi l'agence
de presse russe Interfax.
L'homme, identifié sous le nom de Nurpashi Kulayev, est soupçonné
de kidnapping et de banditisme, a dit le procureur Vladimir Ustinov
à Interfax.
Kulayev a été officiellement fait prisonnier lors de l'assaut
de la police russe et fut ensuite montré à la télévision
d'Etat, terrifié, escorté par deux membres des forces
de l'ordre russes. Il a déclaré devant les caméras
de télévision que l'objectif de la prise d'otage était
de "déclencher une guerre dans toute la région du
Caucase" mais a juré ne pas avoir tiré sur des femmes
ou des enfants.
Le procureur a ajouté que les autorités avaient trouvé
les corps de 30 preneurs d'otages. Un autre corps a été
retrouvé détruit et Kulayev a été arrêté.
"Selon les victimes, les assaillants n'étaient pas plus
de 32", Ustinov a dit à Interfax, ajoutant que l'information
selon laquelle certains terroristes avaient fui, n'a pas été
confirmée.
Interrogé sur les nationalités des preneurs d'otages,
le procureur russe a affirmé que le commando était "multi-national".
Déjà, dans les jours qui ont suivi l'attaque, les autorités
affirmaient que des Arabes faisaient partie des assaillants ainsi que
différentes nationalités. Elles avaient accusé
les Tchétchènes et le terrorisme international d'avoir
organisé la prise d'otages.
"Les nationalités ne disent pas grand-chose ici. Ces personnes
ne sont pas des êtres humains. Pour eux, rien n'est sacré,
rien n'est humain", a déclaré Vladimir Ustinov.
Source : AP, 15 septembre 2004
Rappel
de Quibla : Nurpashi Kulayev ( Nurpasha Kulayev) était
prisonnier des russes, ainsi que son frère trouvé mort
dans l'école, depuis 2001
L'axe Moscou-Tel Aviv se développe
Le développement d'une coopération entre services secrets
russes et israéliens semble avancer à grands pas. Il est
entouré d'une très grande discrétion de la part
des Russes, qui veulent ménager leurs amis arabes et musulmans.
Mais les sionistes se font un plaisir de distiller des informations
sur les échanges en cours. Israël a envoyé un groupe
d'officiers de ses services de renseignement en Russie au lendemain
de la prise d'otages de Beslan. Ceux-ci ont expliqué aux Russes
quelle aide ils pourraient leur apporter en matière de lutte
contre le "terrorisme2. Rentrés en israël, ils attendent
une réponse russes à leurs propositions. D'autre part,
au moins deux responsables ses services russes de renseignement se sont
rendus en Israël, où ils ont notamment visité une
installation policière de lutte anti-terroriste.
Enfin, Vladimir Vassiliev, président de la Commission à
la Sécurité de la Douma, a participé à la
conférence organisée il y a quelques jours sur le terrorisme
à Herzliya. Il a profité de son séjour pour visiter
le Mur de séparation et passer du temps avec la police des frontières.
Entourer le Caucase d'un Mur de séparation, ça serait
peut-être une idée ?
Source : AP, 14 septembre 2004
Zakaïev : la politique de Moscou produira de nouveaux Beslan
De nouvelles actions terroristes comme la prise d'otages de Beslan sont
inévitables si la Russie poursuit sa politique en Tchétchénie,
a averti Akhmed Zakaïev, émissaire du président indépendantiste
tchétchène Aslan Maskhadov, lors d'une conférence
de presse mardi à Londres. Il était entouré du
cinéaste Andrey Nekrasov, de l'actrice Vanessa Redgrave, du parlementaire
britannique Lord Rea et d'Alexander Litvinenko, un ancien agent russe
des renseignements.
« Votre silence a de facto donné à Poutine carte
blanche pour régler le conflit par la force », a-t-il dit,
s'adressant au Premier ministre britannique Tony Blair, au président
américain George W. Bush et au chancelier allemand Gerhard Schröder.
« Après tout ce qui s'est passé, je crains que l'on
ne puisse plus trouver une solution (en Tchétchénie) sans
la participation de la communauté internationale », a poursuivi
M. Zakaïev. M. Maskhadov est prêt à participer à
des « négociations de paix (...) sous les auspices de médiateurs
internationaux », a-t-il ajouté.
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004
Après
le coup d'État de Poutine : « inquiétudes »
de Washington et émoi chez ses propres partisans
Les mesures radicales annoncées par le président russe
Vladimir Poutine pour renforcer le pouvoir central ont suscité
hier des protestations au sein de l'opposition et même jusque
chez certains de ses partisans. Washington a, quant à lui, par
la voix de Colin Powell, déclaré que ces réformes
soulèvent des « inquiétudes ».
Le chef de file des opposants libéraux, Irina Khakamada, a dénoncé
« un coup d'État de fait » au lendemain des déclarations
du président Poutine qui a demandé la suppression de l'élection
au suffrage universel des gouverneurs des régions de la Fédération
de Russie, et le passage au scrutin entièrement proportionnel
pour les législatives. Le député indépendant
Vladimir Ryjkov a pour sa part dénoncé le « mensonge
» résidant, selon lui, dans le lien fait par M. Poutine
entre ces réformes et la nécessité de lutter contre
le terrorisme.
Mais ce sont aussi plusieurs voix d'élus du parti pro-Kremlin
Russie unie, qui domine aux trois quarts la Douma, qui se sont élevées
pour critiquer les décisions de M. Poutine. « Toutes les
responsabilités seront au Kremlin, et malgré notre respect
(pour M. Poutine), nous ne le voulons pas », a déclaré
un parlementaire. Un autre député, ancien dirigeant des
commandos antiterroristes du FSB (ex-KGB), a vertement critiqué
le pouvoir à la lumière de la lutte contre le terrorisme.
« Plus nous renforcerons la verticale de l'État, plus grand
sera le fossé entre le peuple et le pouvoir. Or, la solution
à ces problèmes ne peut être trouvée que
dans le cadre d'une société civile », a-t-il dit.
Pour sa part, le chef de file du groupe parlementaire nationaliste La
Patrie a répété son intention d'obtenir un vote
de défiance contre le gouvernement et n'a pas exclu de se retourner
également contre le président.
À Washington, aussi, des voix se sont élevées contre
les réformes politiques annoncées par M. Poutine. Le secrétaire
d'État US, Colin Powell, s'est déclaré hier préoccupé.
« Nous avons effectivement des inquiétudes », a-t-il
dit, ajoutant : « Dans les faits, c'est un recul, comme constaté
par la communauté internationale, par rapport à certaines
réformes démocratiques mises en place par le passé.
» « Nous comprenons la nécessité de lutter
contre le terrorisme (...) Mais dans l'optique de pourchasser les terroristes,
je pense qu'il importe de trouver le bon équilibre pour s'assurer
que l'on ne va pas dans une direction qui éloigne des réformes
démocratiques ou du processus démocratique », a
souligné M. Powell, ajoutant encore que Washington soulèverait
cette question avec Moscou « dans les jours à venir ».
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004 Pankissi n'est plus un
« refuge » pour les "terroristes", corrige Washington
Le département d'État US a assuré que la région
des gorges de Pankissi, en Géorgie, n'était « plus
un refuge pour les terroristes », dans une mise au point implicite
après des déclarations de l'ambassadeur américain
à Tbilissi affirmant que des terroristes internationaux s'y trouvaient
encore. D'autre part, le secrétaire d'État adjoint Richard
Armitage a réaffirmé au Premier ministre géorgien
Zourab Jvania la volonté des États-Unis de continuer à
coopérer avec Tbilissi dans la lutte antiterroriste. Les États-Unis
ont consacré à cet effet 47 millions de dollars, au cours
des trois dernières années.
Source : L'Orient-Le Jour, 15 septembre 2004
L'aide envoyée à Beslan ne parvient pas aux familles
des victimes
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 16 septembre 2004
Tandis que toute la Russie se mobilise, les Ossètes semblent
livrés à eux-mêmes.
Beslan (Ossétie du Nord) de notre envoyée spéciale
- La Russie se mobilise comme jamais, à en croire les communiqués
officiels et les reportages de la télévision d'Etat, pour
venir en aide aux rescapés de la prise d'otages de Beslan. A
Moscou, des collectes sont organisées dans des écoles.
Le gouvernement annonce des mesures et la création d'une commission
spéciale chargée de centraliser les aides, présidée
par un des hommes de confiance de Vladimir Poutine, le nouveau "super-préfet"
pour la région fédérale du sud, Dmitri Kozak.
Des hommes d'affaires téléphonent en Ossétie du
Nord afin de s'enquérir des numéros de comptes bancaires
pour contribuer à l'effort de solidarité annoncé.
L'aide humanitaire afflue aussi de l'étranger. Plus de 187 tonnes
d'équipements médicaux et de médicaments sont arrivées
de quatorze pays différents, selon l'agence Itar-Tass.
Qu'en est-il sur place, dix jours après le dénouement
sanglant de l'attaque terroriste contre l'école "N°
1" de la bourgade ossète ? Les résultats concrets
de cette mobilisation ne sont guère visibles. Les familles touchées
par le drame sont livrées à elles-mêmes, souvent
recluses dans leurs logements, tant le traumatisme les a abasourdies,
tant l'idée même de sortir dans la rue, et d'aller quémander
auprès de l'administration locale une quelconque assistance,
leur paraît au-dessus de leurs forces.
Affalée en larmes, sur un tabouret dans sa cuisine, Lena Smirnova
fait partie de ceux qui auraient eu besoin d'une aide immédiate,
mais qui attendent toujours. Cette jeune femme russe, qui a fui la Tchétchénie
en 1996 pour se réfugier à Beslan, a perdu sa fille, Ina,
âgée d'une dizaine d'années. Lena peut à
peine parler tellement le chagrin l'étrangle. La famille n'a
aucun moyen et vit des maigres revenus de la grand-mère, qui
tient un stand sur le marché local. Dans le petit salon, sur
un meuble, une bougie brûle devant une photographie de la fillette
décédée, le visage orné d'un col de dentelles
blanches.
Comme pour d'autres familles endeuillées par la prise d'otages
- qui a fait officiellement 339 morts, environ 100 disparus, et plus
de 700 blessés, dans cette ville de 40 000 habitants -, la seule
aide étatique perçue à ce jour a été
les 25 000 roubles (environ 700 euros) versés pour l'enterrement.
Mais cette somme ne pouvait suffire, et il a fallu, comme souvent, emprunter
aux voisins, aux amis, pour joindre les deux bouts. Prévenir
les détournements
Les autorités russes ont promis d'accorder une indemnité
de 100 000 roubles (3 000 euros) si l'ex-otage est mort, 50 000 roubles
s'il est blessé, et 15 000 euros (420 euros) s'il est rentré
physiquement indemne chez lui. Mais aucune des familles rencontrées
à Beslan, dans les dix jours qui ont suivi le drame, n'a touché
un kopeck de cet argent. "Nous en sommes encore à dresser
les listes des familles touchées" ,tente d'expliquer Erik
Goussiev, le responsable de la commission municipale de Beslan chargée
de distribuer des fonds d'aide. "Nous n'avons pas eu le temps de
nous occuper d'aider les survivants et leurs proches. Nous étions
trop occupés à identifier les morts et à les enterrer."
Dans ces contrées où la corruption des fonctionnaires
et leur capacité à "capter" les envois humanitaires
ne font aucun doute au sein de la population, des méfiances s'expriment.
Les habitants de Beslan craignent que l'aide qui leur est destinée
ne soit "volée" par l'administration, et réduite
à néant par tous les échelons de la pléthorique
bureaucratie russe.
Pour tenter de prévenir ces détournements, une petite
structure indépendante a été créée,
à l'initiative d'un groupe d'enseignantes de l'école "N°1",
la plupart ayant elles-mêmes été séquestrées
par le commando terroriste. Dans les locaux d'un club d'informatique,
prêtés par un entrepreneur de la ville, Elena Kassoumova,
la directrice adjointe de l'école, aux côtés de
ses amies, a fondé le Comité des enseignants pour l'aide
aux victimes de l'attaque terroriste à Beslan.
"Nous avons décidé d'agir nous-mêmes, pour
mieux canaliser les aides vers les plus pauvres" , disent ces institutrices.
"Nous savons qu'à la mairie les listes officielles de bénéficiaires
sont déjà faussées. De nombreuses personnes n'ayant
aucun rapport avec la prise d'otages se sont arrangées pour y
faire figurer leurs noms" .
La radio Echo de Moscou a fait état de ce projet qui, d'apparence
banale pour un observateur occidental, n'en revêt pas moins, dans
ces régions encore lourdement marquées par l'héritage
soviétique et son centralisme étouffant, un caractère
d'audace et de liberté. Comme l'esquisse d'une société
civile en germe, comme une tentative d'exister, après la catastrophe.
15/09/04
- "Les sentiments de revanche ont occulté la raison" : Déclaration
au peuple tchétchène du Président Aslan Maskhadov,
5 septembre 2004
La prise d'assaut de l'école de Beslan, la destruction de deux
avions de ligne russes et l'attentat suicide de Moscou sont condamnés
sans aucune réserve par le Gouvernement de la République
tchétchène d' Ichkérie. Nous avons déclaré,
et nous renouvelons ici cette déclaration, qu' il ne saurait
y avoir une quelconque justification à l'exercice de la terreur
à l'encontre de civils innocents. Toutefois, après avoir
condamné les assassins, il serait malhonnête vis-à-vis
des victimes, et irresponsable vis-à-vis des vivants, de ne pas
qualifier les conditions politiques qui aboutissent à des tragédies
et de ne pas tenter, même si c'est sans espoir d'aboutir, d'exhorter
le monde entier à condamner les politiques qui ont pour résultat
le fait que de telles tragédies sont non seulement possibles,
mais inévitables. Dans son discours, le président Poutine
a tenté d'impliquer des puissances extérieures. Toutefois,
les circonstances qui ont abouti aux événements dramatiques
de Beslan, et l'enchaînement perpétuel des violences, en
Tchétchénie et autour de la Tchétchénie,
résultent de la politique menée par Poutine lui-même.
Poutine, dont le régime est responsable des pires crimes de guerre
jamais commis en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Ceux qui
perpètrent des attaques et des attentats en Tchétchénie
et à l' extérieur de la Tchétchénie ne le
font pas parce qu'ils seraient poussés par le fanatisme religieux,
ni par quelque idéologie politique abstraite. Ils sont généralement
motivés par un désir de revanche généré
par la mort de leurs proches, tués par des militaires russes,
dans une atmosphère d' impunité totale - impunité
totale dans laquelle la Russie poursuit sa campagne de génocide
contre le peuple tchétchène. Mieux que n'importe quel
autre peuple, les Tchétchènes comprennent ce que veut
dire le fait d'être la victime impuissante d'une cruauté
insensible et méprisante. Un quart de notre population, dont
plus de 40 000 enfants, a été exterminé au cours
des dix années écoulées. Chaque Tchétchène
sait qu'aux yeux des racistes du Kremlin, nous ne sommes que des citoyens
de deuxième catégorie, qui n'ont droit ni à la
vie, ni à la décence, ni à la liberté. Et
nous sommes désormais convaincus que les idéaux élevés
de démocratie, de droits de l'homme et de liberté proclamés
par un Occident qui continue à courtiser Poutine, en qui il voit
un allié, ne sont plus dans sa bouche, dès lors qu'ils
nous concernent, que des mots dénués de sens. Mais les
atrocités russes, la connivence internationale et la trahison
occidentale ne signifient en rien que nous devions faire la guerre à
des femmes ou à des enfant. Les Tchétchènes qui
prennent part à de telles exactions se placent eux-mêmes
sur le même niveau que les soldats russes coupables de crimes
systématiques à l'encontre de la population civile de
Tchétchénie. Ce sont des temps difficiles qui nous attendent.
Loin de répondre positivement à notre appel à trouver
une solution politique au conflit en Tchétchénie, M. Poutine
va, hélas, probablement répondre aux fous de l'école
de Beslan par une extension des exactions de représailles contre
les civils tchétchènes. Mais, comme l'Histoire l'a déjà
montré plus d'une fois, la prison attend les criminels de guerre
et les organisateurs de génocide. Leurs parrains seront couverts
de honte, et nous serons libres ! Si nous voulons conserver intacte
la rectitude morale de notre lutte, nous devons résolument prendre
nos distances d'avec tous ceux dont les désirs de revanche ont
éclipsé la raison. C'est pourquoi j'exhorte les Tchétchènes
à pleurer les victimes et, au nom du peuple tchétchène,
je présente mes condoléances à leurs familles.
Toutes ces victimes, aux côtés de quelque cent mille Tchétchènes
tués, viennent rejoindre toutes celles de la politique russe,
criminelle et démente, dans la région du Caucase.
Source : PRIMA-News, 13 septembre 2004.
Traduit de l'angalis par MC pour Quibla
Poutine
fait son coup d'Etat permanent
Au nom de la lutte antiterroriste, le président russe met à
mal la démocratie et renforce son emprise sur le pays en annonçant
des réformes institutionnelles radicales. La tragédie
de Beslan sert de prétexte au Kremlin pour asseoir son autoritarisme,
ce que dénonce la presse russe et internationale.
"Révolution". Le terme figure dans nombre de commentaires
de la presse russe au lendemain du programme de réformes politiques
radicales annoncé par le président russe Vladimir Poutine,
lundi 13 septembre, devant l'ensemble du gouvernement et les gouverneurs
de la Fédération de Russie. C'est la "révolution
de septembre", titrent les Izvestia. Entre autres, Poutine a annoncé
que désormais les gouverneurs des régions et des Républiques
seront élus par les parlements locaux à partir de candidats
présentés par le président en personne. Quant aux
députés russes, ils seront désormais élus
exclusivement à partir de listes présentées par
les partis d'échelle nationale, en pratique des partis pro-Poutine.
"Il n'y a pas si longtemps, le président a dit : 'Notre
système politique n'est pas en adéquation avec le niveau
de démocratisation de la société'", rappelle
Moskovski Komsomolets à propos de l'allocution de Poutine après
le carnage de Beslan. "Hier, le sens caché de ses paroles
a été découvert", se résigne le quotidien,
qui traduit la pensée présidentielle avec ironie :
"Notre système politique était trop avancé
par rapport à la société. La Russie n'a pas encore
atteint la démocratie. La dictature est le modèle qui
nous convient le mieux. Cette dictature, on l'appelle chez nous :
'renforcement de la verticale du pouvoir'."
Cette "révolution" se traduit par un "nouvel isolement
de Poutine", commente le président de l'Institut de stratégie
nationale de la Fédération de Russie, Stanislav Belkovski.
Cet éminent analyste politique fait son mea culpa dans Vedomosti
et s'en prend sévèrement à celui qu'il avait jusque-là
défendu : "Il fut un temps où je me démenais
pour convaincre mes contradicteurs les plus brillants de la productivité
historique du pouvoir poutinien, appelé à faire sortir
le pays de l'insupportable cadre des vues américaines. Hier,
le 13 septembre, j'ai été obligé de reconnaître
ma défaite. Effectivement, Poutine, le maître de notre
destinée, que ni les sous-marins qui coulent, ni les prises d'otages,
ni les magnats de la presse intrigants n'ont pu faire hésiter,
a accompli sa plus grave erreur depuis son arrivée au pouvoir."
"Les mesures annoncées par le président nécessiteront
des changements radicaux dans la législation russe, y compris
dans la Constitution", préviennent d'emblée les Novyé
Izvestia . Néanmoins, pour ce quotidien moscovite, les "réformes
poutiniennes" n'ont "rien d'inattendu". La seule innovation
concerne la réorganisation de la région fédérale
du Sud. Devant l'ampleur des changements envisagés par le président
Poutine, le journal se montre déçu par la passivité
de certaines personnalités politiques. "Après la
réunion gouvernementale, le maire de Moscou, Iouri Loujkov, comme
le président de la république du Tatarstan, Mintimer Chaïmiev,
ont réagi dans la presse de façon inhabituelle :
ils avaient perdu non seulement leur liberté de ton, mais aussi
leur volonté de confrontation."
En fait, les Novyé Izvestia ouvrent leurs colonnes à Vladimir
Ryjkov, le seul député russe indépendant à
avoir osé critiquer le président Poutine, qui "promulgue
une transformation totale du système politique russe, ouvertement
contradictoire à la Constitution". Kommersant reprend l'analyse
de Ryjkov et titre : "Poutine s'assoit sur la Constitution".
Ce quotidien moscovite juge le nouveau plan de réformes de Poutine
à l'aune de la politique engagée depuis son accession
au pouvoir.
"On pensait que la verticale du pouvoir, entamée au début
du deuxième mandat de Poutine, était pratiquement achevée.
Mais elle n'a pas empêché toute une série d'attentats
terribles en Russie au cours de ces dernières semaines. De plus,
le fait même que le président russe a annoncé un
nouveau plan de réformes imposantes démontre l'échec
de la politique menée depuis 2000", estime Kommersant.
Et le quotidien moscovite de souligner que "le président
russe a proposé de régler les nouveaux problèmes
auxquels le pays est confronté par des méthodes anciennes
qui ont déjà démontré leur inefficacité,
c'est-à-dire en renforçant la centralisation du pouvoir".
Reste que la presse internationale s'inquiète du tournant pris
par le Kremlin. La Frankfurter Allgemeine Zeitung soupçonne Poutine
"de vouloir profiter du choc de la nation après les actes
terroristes de Beslan et de Moscou, et cimenter son pouvoir personnel
sous prétexte de lutte contre le terrorisme tchétchène".
De manière générale, le quotidien allemand constate
"que le règne de Poutine se caractérise par une dé-démocratisation
tantôt rampante, tantôt ouverte". Le Financial Times
craint que l'autoritarisme de Poutine ne mène la Russie vers
la catastrophe. "Une fois en marche, il est difficile de mettre
un frein à une telle dérive, surtout dans un pays avec
de faibles traditions démocratiques, note le quotidien financier
britannique dans son éditorial. Que M. Poutine jette seulement
un coup d'|il sur l'histoire de la Russie pour voir à quel point
ces changements peuvent se révéler dramatiques !"
Source : Courrier international, 14 septembre 2004
13/09/04
- Poutine limoge le ministre de l'intérieur et le chef du FSB
d'Ossétie du Nord
Les Ossètes du Nord soupçonnent les policiers d'avoir
été corrompus par les preneurs d'otages, qui auraient
pu ainsi traverser sans problème le territoire. Cette semaine,
des manifestants ont réclamé la démission du président
Dzassokhov lui-même, accusé de n'avoir pas pris contact
avec les ravisseurs lorsque ceux-ci ont exigé sa médiation.
Le président russe Vladimir Poutine a limogé, samedi 11
septembre, deux hauts responsables des forces de l'ordre en Ossétie
du Nord, dont le ministre de l'intérieur de cette république
du Caucase, Kazbek Dzantiev, une semaine après la tuerie de Beslan,
a annoncé le service de presse du Kremlin cité par les
agences russes.
Le chef du FSB (Service fédéral de Sécurité)
d'Ossétie du Nord, Valeri Andreïev, a également été
remercié.
Ces limogeages sont les premières sanctions contre de hauts responsables
des forces de l'ordre depuis la prise d'otages de Beslan, qui a fait
339 morts, outre les 31 ravisseurs abattus.
Kazbek Dzantiev avait offert sa démission à l'issue de
la prise d'otages, mais elle avait été refusée
par le président d'Ossétie du Nord, Alexandre Dzassokhov.
Les autorités locales d'Ossétie du Nord ont été
violemment mises en cause par la population pour leur gestion de la
crise, et pour avoir permis à un commando fortement armé
de pénétrer dans la république et d'arriver sans
encombre jusqu'à l'école de Beslan. Les Ossètes
du Nord soupçonnent les policiers d'avoir été corrompus
par les preneurs d'otages, qui auraient pu ainsi traverser sans problème
le territoire.
Cette semaine, des manifestants ont réclamé la démission
du président Dzassokhov lui-même, accusé de n'avoir
pas pris contact avec les ravisseurs lorsque ceux-ci ont exigé
sa médiation.
M. Dzassokhov se trouvait samedi à Moscou, pour assister à
une réunion du Conseil de sécurité présidée
par Vladimir Poutine. C'est à l'issue de cette réunion
que le président a pris la décision d'écarter les
deux responsables ossètes des forces de l'ordre.
Le déroulement des négociations avec les ravisseurs et
les conditions dans lesquelles a été déclenché
l'assaut final font encore l'objet de nombreuses questions.
Vendredi, Vladimir Poutine avait accepté le principe de la création
d'un commission d'enquête parlementaire sur le drame. La mise
en place de cette commission a été confiée au Conseil
de la Fédération, la chambre haute du parlement. Le quotidien
des affaires Kommersant affirmait samedi que le choix de confier l'enquête
au Conseil de la Fédération, très loyal envers
Vladimir Poutine, éviterait des conclusions désagréables
pour le président.
Source : AFP et Reuters, 11 septembre 2004
11/09/04
- "Colonel" a pris la fuite
Le chef du commando de la prise d'otages de l'école de Beslan
aurait pu prendre la fuite, a indiqué vendredi le quotidien Vremia
Novosteï, citant des enquêteurs. Rouslan Khoutchbarov, alias
"Colonel", 32 ans, décrit par plusieurs otages comme
l'homme le plus cruel du commando, est originaire du village tchétchène
de Galachki (sud). Il a participé à plusieurs opérations
menées par le chef de guerre Arbi Baraïev, criminel connu
pour sa cruauté et exécuteur d'otages.
Selon cette source, Rouslan Khoutchbarov, devenu ensuite proche du chef
de guerre radical Chamil Bassaïev, aurait même préparé
les femmes-kamikazes ayant participé à la prise d'otages
au théâtre moscovite de la Doubrovka.
Les sources du quotidien n'excluent pas que le "Colonel" ait
pu prendre la fuite, son corps n'ayant toujours pas été
identifié parmi ceux des autres 30 terroristes tués.
Le Service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB)
et le Parquet général de Russie ont refusé vendredi
de commenter cette information.
Source : AFP, 10 septembre 2004
20 millions de dollars pour la capture de Poutine !
Le site Kavkazcenter a affirmé jeudi avoir reçu, au même
titre que d'autres sites pro-tchétchènes, l'annonce d'une
récompense de 20 millions de dollars (16,4 millions d'euros)
pour toute "aide décisive dans la détention du criminel
de guerre Poutine."
La somme promise par les Tchétchènes est le double de
celle promise par le service de sécurité fédéral
russe et s'élevant à 300 millions de roubles (8,2 millions
d'euros), pour des informations aidant à la neutralisation des
chefs tchétchènes que sont Shamil Basaïev et Aslan
Maskhadov.
Source : AP, 10 septembre 2004
Les "Brigades Islambouli" menacent de tuer Poutine
Les "Brigades Islambouli", un groupe islamiste qui a revendiqué
des attentats perpétrés en août en Russie, assure
dans un communiqué publié jeudi sur Internet que sa prochaine
cible sera le président russe Vladimir Poutine.
Vladimir Poutine a "annoncé qu'il prendra pour cible chaque
musulman dans le monde et en Tchétchénie", déclare
le communiqué. "Le son de notre réponse sera entendu
par tous ceux qui vivent en Russie. Votre peuple va goûter l'enfer,
aussi longtemps que vous serez assoiffé du sang d'hommes et de
femmes musulmans en Tchétchénie."
"Nous, dans les Brigades Islambouli (...), annonçons que
le chef de l'Etat des infidèles sera notre cible dans de prochaines
opérations qualitatives", poursuit le communiqué,
faisant allusion au président russe.
Le communiqué a été diffusé par Internet
sur un site Web connu pour avoir publié de telles déclarations
par le passé. Les "Brigades Islambouli" appellent toutes
leurs cellules en Russie à lancer "une guerre violente contre
les infidèles en Russie, les prenant pour cibles partout".
L'authenticité du communiqué n'a pu être vérifiée
dans l'immédiat. L'organisation a déjà revendiqué
le crash des deux avions russes qui ont fait 90 morts le 24 août
dernier, ainsi que l'attentat du métro de Moscou qui a tué
10 personnes et blessé une cinquantaine d'autres le 31 août.
La semainer dernière, le groupe a déclaré dans
un communiqué que des rebelles tchétchènes étaient
responsables de la prise d'otages contre l'école de Beslan, en
Ossétie du Nord, mais a attribué au gouvernement russe
la responsabilité de l'issue sanglante qui y a mis un terme.
Source : AP, 10 septembre 2004
"Commission d'enquête"
Vladimir Poutine a approuvé l'idée du Conseil de la Fédération
russe (ce qui correspond au Sénat) de créer une commission
d'enquête sur la prise d'otages de Beslan et a indiqué
qu'il ordonnerait aux forces de sécurité de lui fournir
tous les renseignements nécessaires.
Le président du Conseil de la Fédération Sergueï
Mironov a indiqué à l'issue d'un entretien avec Poutine
qu'il avait convoqué une session extraordinaire de la chambre
haute le 20 septembre pour étudier "les mesures législatives
indispensables pour combattre le terrorisme". Cette session devrait
créer une commission d'enquête pour étudier toutes
les circonstances de la tragédie de Beslan.
"Nous sommes tous intéressés à obtenir une
image complète et objective des événements tragiques
touchant à la prise d'otages", a déclaré de
son côté Poutine. Lavrov contre la politique des «
deux poids, deux mesures » de Washington et Londres
La Russie a vivement critiqué jeudi les pays occidentaux qui
affirment lutter contre le terrorisme tout en offrant l'asile à
des 3séparatistes" tchétchènes, près
d'une semaine après le dénouement tragique de la prise
d'otages de Beslan.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï
Lavrov a ainsi dénoncé la politique des « deux poids,
deux mesures » de Washington et Londres où sont exilés
des émissaires du leader indépendantiste tchétchène
Aslan Maskhadov. Ce dernier, qui a toujours condamné les prises
d'otages et les attentats menés en dehors de la Tchétchénie,
est assimilé à Oussama Ben Laden par les Russes qui ont
offert une importante récompense pour sa capture. Lavrov a critiqué
les pays dont les dirigeants restent marqués par les «
vieux stéréotypes » de la guerre froide et dont
la politique « nuit considérablement à l'unité
de la coalition antiterroriste ». Il a également souligné
la volonté de la Russie de se démarquer d'une «
tentative d'associer le terrorisme à l'islam et la nation arabe
», dans un entretien au quotidien Vremia Novosteï hier.
Par ailleurs, le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov
a déclaré hier « parfaitement justifiées
et possibles » des frappes préventives contre « les
bases terroristes », y compris à l'étranger, mais
sans utiliser la marine ou l'aviation.
L'ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev
a aussi apporté son soutien à la ligne de fermeté
du président russe. Il ne peut s'asseoir « à la
même table que des tueurs et des criminels » et «
ce serait une erreur de critiquer maintenant le président Poutine.
Le monde entier doit rester uni pour lutter contre la terreur »,
a-t-il relevé. M. Gorbatchev a toutefois estimé que Moscou
doit se faire à l'idée de négocier avec les séparatistes
tchétchènes ouverts au dialogue. Le ministre de l'Intérieur
Rachid Nourgaliev a pour sa part annoncé à Vladimir Poutine
de premières mesures pour renforcer la lutte antiterroriste dans
le Caucase du Nord, région instable que les preneurs d'otages
voulaient « enflammer », selon le président russe.
En outre, le gouvernement russe a décidé de verser des
compensations aux victimes prévoyant notamment de verser 100
000 roubles (environ 3 400 dollars) aux familles des morts.
Près d'une semaine après le drame de Beslan, les responsables
russes gardaient toutefois le silence sur les identités des preneurs
d'otages. Les mots « tchétchène » et «
ingouche » ont d'ailleurs été bannis du vocabulaire
des responsables politiques et des sujets télévisés
consacrés à la prise d'otages. La presse a néanmoins
publié une liste de dix noms, comprenant des Tchétchènes,
des Ingouches et un Ossète du Nord.
Certains analystes estiment que le Kremlin préfère présenter
la Russie comme une victime du terrorisme international, plutôt
que de reconnaître un nouveau coup porté par les indépendantistes
tchétchènes. Une stratégie dont les motivations
sont doubles. Accuser les séparatistes reviendrait en effet à
admettre indirectement l'échec de la politique de normalisation
menée péniblement par le Kremlin et affichée dans
les médias et les discours officiels, à défaut
de pouvoir la réaliser sur le terrain. Par ailleurs, en gommant
la participation de Tchétchènes et d'Ingouches, Moscou
espère réduire le risque d'une explosion interethnique
dans la poudrière caucasienne.
Enfin, à Vladikavkaz, le président de la République
caucasienne d'Ossétie du Nord Alexandre Dzassokhov a limogé
hier l'ensemble de son gouvernement, suite aux sévères
critiques de ces derniers jours de la population.
Source : L'Orient-Le Jour, 10 septembre 2004
Libération du chef du bureau d'Al-Arabiya à Moscou
Amr Abdel Hamid, directeur du bureau moscovite de la chaîne de
télévision Al-Arabiya, arrêté le 6 septembre
après qu'une cartouche avait été trouvée
dans ses affaires, a été libéré le 8 septembre
dans la matinée. Une enquête judiciaire est toujours en
cours.
Source : www.rsf.fr, 9 septembre 2004
10/09/04
- Manifestations de colère anti-Poutine à Beslan et Vladikavkaz
Plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Beslan
mercredi pour clamer leur colère envers le président russe
Vladimir Poutine et exiger la démission du président de
la république d'Ossétie du Nord après le bain de
sang qui a conclu la prise d'otages dans une école de leur ville
vendredi dernier.
"Poutine et ses hommes de main ici, ils nous ont vendus aux terroristes",
accuse une femme en pleurs, qui a perdu sa soeur et sa nièce
au cours de la prise d'otages qui s'est terminée par une bataille
entre le commando et les forces de sécurité russes.
Comme d'autres habitants de Beslan qui sont venus déposer des
ours en peluche et des fleurs dans l'école dévastée,
en hommage aux centaines de personnes tuées, cette femme n'a
pas caché sa haine envers le président d'Ossétie
du Nord, Alexandre Dzassokhov.
"S'il s'approche de moi, je le tue. Dzassokhov répond à
Moscou, au monde entier, mais pour sa république il n'a rien
pu faire. Il aurait dû être tué. Mes proches sont
morts, pourquoi devrait-il vivre?", hurle-t-elle.
Cette femme exprime l'opinion de beaucoup d'habitants de l'Ossétie
du Nord, république peuplée en majorité de Russes
orthodoxes, selon lesquels les autorités russes auraient pu faire
plus pour éviter le carnage.
Dans la capitale d'Ossétie du Nord, Vladikavkaz, l'humeur était
encore plus agressive lors de la manifestation de 2.500 personnes qui
ont réclamé là aussi la démission de Dzassokhov.
"Ce qui s'est produit en Russie est le fruit de la négligence
des autorités", estime une autre femme, venue de Stavropol
dans le sud de la Russie pour se joindre aux personnes endeuillées.
"Un poison est en train de se répandre dans notre pays",
ajoute-t-elle
Source : Reuters, 8 septembre 2004.
Mobilisation pacifiste à Saint-Petersbourg
Le premier piquet, organisé par le Comité Anti-guerre
de Saint-Pétersbourg, après le carnage de la ville ossète
de Beslan, a eut lieu le dimanche 5 septembre. Comme les précédentes
actions du comité contre la guerre coloniale menée par
la Russie dans le Caucase, cette action s’est tenue à une
intersection de la perspective Nevsky avec une petite rue. Tout comme
après la prise d’otages au théâtre Nord-Ost,
les récents événements en Ossétie du Nord
ont augmenté le nombre de participants au rassemblement. En effet,
alors que ce genre de rassemblement ne mobilise d’habitude que
20 ou 30 personnes, cette fois, il y avait au moins 80 participants.
Cela s’explique en particulier par la participation de membres
d’organisation humanitaires-libérales de défense
des droits de l’homme, comme ceux de l’association Mémorial
par exemple, ou du syndicat « Nezavisimost » (Indépendance).
Malheureusement, pour des raisons encore inexpliquées, le Comité
des Mères de Soldats n’a pas été invité.
Une fraction non-négligeable des manifestants étaient
composés d’anarchistes, membres de l’Association
des Mouvements Anarchistes, de la Ligue des Anarchistes de Petersbourg,
des sympathisants de « l’Action Autonome » ainsi que
des anti-fascistes. Etaient également présents des trotskistes
de « Démocratie Ouvrière » et des sympathisants
du candidat bolchevik-internationaliste du RKCM (Bolchevik) et une responsable
du Parti Communiste Révolutionnaire. Les libéraux n’ayant
pas apporté leurs drapeaux tricolore, le rassemblement s’est
fait sous plis des drapeaux noirs des anarchistes et d’un petit
drapeau rouge amené par des communistes. Les banderoles suivantes
ont été déployés : « Non au terrorisme
et à la haine entre les peuples ! », « 10 mille soldats
tués, 100 mille Tchétchènes assassinés,
des milliers de victimes de la terreur. Assez de sang ! A bas la guerre
! ». Les militants de la Ligue des Anarchistes de Petersbourg
avaient des pancartes « Contre la politique de la Fédération
de Russie dans le Nord-Caucase » et « Pour la paix sans
annexion ni contribution » (reprenant le slogan des bolcheviks
pendant la première guerre mondiale). Les libéraux avaient
des pancartes : « L’acte terroriste à Beslan est
le résultat de la politique de Poutine en Tchétchénie
! ». Le rassemblement s’est tenu de 14 heures 05 à
16 heures, et si à quelques mètres se tenaient un véhicule
de la milice, les flics sont restés discrets et n’ont même
pas vérifié s’il y avait une autorisation officielle
pour la manifestation. Sept ou huit passants ont manifesté leur
désapprobation quant au rassemblement. A noter que pour une fois,
le boycott de la part des médias des actions du Comité
Pacifiste a été démenti, puisqu’on a pu noter
la présence de quelques journalistes. Suite à cette action,
le Comité Anti-guerre de Saint-Pétersbourg s’est
réuni et, après une discussion sur la tragédie
de Breslan et ses conséquences, a élaboré le texte
suivant qui sera distribué sous forme de tract : «CONTRE
LA GUERRE COLONIALE DANS LE CAUCASE : La politique des autorités
russes dans le Caucase a mené à une nouvelle tragédie.
Le 3 septembre, le bilan de « l’opération de libération
des otages » a causé le bilan officiel suivant : entre
380 et 650 morts, plus de 730 personnes hospitalisées. Etait-il
possible d’éviter ces victimes ? L’impression donnée
est que pour ceux qui ont pris la décision de l’assaut,
la destruction des combattants était plus importante que la libération
des otages. La direction officielle des séparatistes tchétchènes
a déclaré qu’elle n’avait rien à voir
avec la prise d’otage, elle l’a condamnée et s’est
proposé comme médiateur pour parvenir à une issue
pacifique de la crise de Breslan, mais les autorités comme les
médias de la Fédération de Russie ont simplement
ignoré cette proposition. (…) Nous ne pouvons considérer
que la prise d’enfants en otage puisse être un moyen pour
se venger des autorités, ou même, qu’elle puisse
être une méthode acceptable de lutte pour la liberté.
Il existe de nombreux autres moyens pour s’opposer victorieusement
à un ennemi. Cependant, parmi ceux qui portent la responsabilité
de l’agression de l’école à Breslan, il est
clair que l’on trouve les autorités de Russie dans le Nord-Caucase
et leur politique de terreur, et cela ne peut que mettre en évidence
la faillite totale de cette politique. Tout soutien au régime
qui a mis en place la destruction de masse d’un peuple (incluant
des milliers d’enfants en Tchétchénie) est pour
nous inadmissible. Nos condoléances vont aux victimes des actes
terroristes, à leurs proches, à ceux qui ressentent aujourd’hui
ce que signifie le sang de la guerre coloniale. Nous protestons contre
l’utilisation de reportages sur le terrorisme pour renforcer les
haines interethniques ou interconfessionnelles, nous refusons leur utilisation
pour justifier les actes de terreur d’une politique impériale.
NON A LA TERREUR ET A LA HAINE ENTRE LES PEUPLES ! CONTRE LA POLITIQUE
DE PREDATEURS DES GUERRES COLONIALES ! Pour NOTRE et VOTRE liberté
! Comité anti-guerre de Saint-Pétersbourg, 5 septembre
04. » Source : Giselle DONNARD <giselle@donnard.net>
Téléthon minable pour les victimes de l’école
Près de 2,5 millions de roubles (70 000 €) ont été
récoltés lors d’un téléthon organisé
dans la nuit de mardi à mercredi pour les victimes de la prise
d’otages de Beslan, a rapporté la chaîne de télévision
NTV. Les stars du rock russe se sont succédé sur scène
alors que journalistes et personnalités invités ont appelé
la population à faire des virements sur des comptes destinés
aux victimes de la tragédie. De nombreux théâtres,
ainsi que le Bolchoï de Moscou et le Mariïnski de Saint-Pétersbourg,
ont fait don d’une partie de leurs recettes aux enfants de Beslan.
Source : L’Orient-Le Jour, 9 septembre 2004
La
tête de Maskhadov et Bassaïev mis à prix pour 10 millions
de dollars
Moscou s'est dit prêt mercredi à frapper des bases terroristes
"partout dans le monde" et a offert 10 millions de dollars
pour toute information permettant de "neutraliser" les chefs
de la rébellion séparatiste tchétchène Aslan
Maskhadov et Chamil Bassaïev, accusés par la Russie d'être
derrière la prise d'otages de Beslan.
Parallèlement, la chaîne russe NTV a diffusé brièvement
mardi soir des images inédites de la prise d'otages, filmées
par le commando terroriste à l'intérieur du gymnase où
quelque 1.200 personnes étaient retenues: on y voit des centaines
d'otages assis dans un silence tendu, des terroristes encagoulés
fixant des explosifs aux murs, des traînées de sang au
sol...
Ces images, diffusées tard mardi, n'avaient pas été
rediffusées mercredi en milieu de journée.
La Russie est prête à frapper des bases terroristes dans
toute région du monde, a pour sa part prévenu mercredi
le chef d'état-major de l'armée, le général
Iouri Balouïevski. "Pour ce qui est des frappes préventives
sur des bases de terroristes, nous entreprendrons tout pour liquider
les bases terroristes dans toute région du monde", a déclaré
le général Balouïevski, cité par l'agence
Interfax.
Le Service fédéral de sécurité russe (FSB)
a de son côté annoncé qu'il offrait 300 millions
de roubles (10 millions de dollars) pour toute information qui permettra
de "neutraliser" le chef de guerre radical tchétchène
Chamil Bassaïev et le leader indépendantiste Aslan Maskhadov.
Le FSB a souligné que Chamil Bassaïev et Aslan Maskhadov
étaient les auteurs d'actes terroristes "inhumains"
en Russie, sans toutefois faire de référence directe à
la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord.
Aucune preuve de l'implication des deux hommes n'a pour l'heure été
apportée par les autorités, et Aslan Maskhadov a démenti
toute participation. La vidéo diffusée par NTV a montré
les centaines d'otages assis, un petit garçon apeuré parmi
des femmes se tenant la tête, dans une salle où étaient
installées de multiples charges explosives, reliées du
sol au panier de basket. Dans l'encadrement d'une porte, apparaît
une femme membre du commando, entièrement voilée de noir.
"Je pense qu'il faut tout montrer aux gens, le monde entier doit
les voir", a déclaré à Beslan une ex-otage,
Rima Somartova, 57 ans, venue se recueillir sur les lieux du drame mercredi.
La vidéo montrant la prise d'otages de l'intérieur a été
diffusée alors que les informations officielles sur les preneurs
d'otages de Beslan restent très vagues, une semaine jour pour
jour après le début de la prise d'otages qui s'est soldée
par la mort de 336 personnes, dont la moitié d'enfants, sans
compter les membres du commando.
"Les 32 combattants ont été mis hors d'état
de nuire", a déclaré mercredi le procureur général
de Russie, Vladimir Oustinov, lors d'une rencontre avec le président
Vladimir Poutine retransmise à la télévision.
Un des membres du commando, vivant, est en cours d'interrogatoire, a-t-il
confirmé. Des images de l'homme ont déjà été
diffusées à la télévision. Parmi eux, douze
ont été identifiés, a précisé le
procureur général adjoint Sergueï Fridinski, sans
autres détails. Si elle n'est pour l'heure pas confirmée,
la piste tchétchène est dans tous les esprits, en particulier
celle de Chamil Bassaïev, le plus radical et le plus influent des
chefs de guerre tchétchènes, accusé par la Russie
d'être lié au réseau terroriste al-Qaïda. Il
a revendiqué par le passé nombre d'attentats contre des
objectifs russes et affirme entretenir un bataillon de femmes martyres
pour des attaques suicide.
Les autorités russes avaient par le passé proposé
un million de dollars pour pouvoir le "neutraliser", mais
Chamil Bassaïev, qui est présumé se trouver en territoire
tchétchène, n'a jamais pu être capturé. Le
président indépendantiste Aslan Maskhadov, dont la "neutralisation"
a également été réclamée mercredi,
élu en 1997 dans un scrutin reconnu à l'époque
par la Russie et la communauté internationale, s'est vu dénier
toute légitimité par Moscou après le début
de la deuxième guerre de Tchétchénie fin 1999.
Source : AFP, 8 septembre 2004
L'opposition a boycotté la manifestation contre le terrorisme
La manifestation contre le terrorisme qui a eu lieu à Moscou
le mardi 7 septembre a réuni près de 130 000 personnes
à l'appel du pouvoir. "La municipalité de Moscou
et la Fédération moscovite des syndicats étaient
les organisateurs", d'après le quotidien Novyé Izvestia.
Plusieurs officiels et personnalités politiques étaient
présents, dont le maire de Moscou, Iouri Loujkov, et le porte-parole
du Conseil de la Fédération, Sergueï Mironov. "Aux
côtés des leaders du parti présidentiel Russie unie
étaient présents une délégation du groupe
parlementaire du LDPR avec, à sa tête, son chef, l'ultranationaliste
Vladimir Jirinovski, ainsi que le chef du parti nationaliste et populiste
Rodina, Dmitri Rogozine.
Mais les partis d'opposition ont boycotté la manifestation. Les
communistes, qui ont subit un revers électoral sans précédent
aux dernières législatives de décembre 2003, ont
expliqué qu'ils avaient pris cette décision après
qu'on leur avait signifé qu'ils n'auraient pas le droit de prendre
la parole.
Les libéraux, qui ont disparu de la Douma, ont également
ignoré l'appel. Le parti de l'Union des forces de droite a estimé
que la manifestation était officiellement organisée "en
soutien aux actions du pouvoir". Pour sa part, la présidente
du comité Russie libre, Irina Khakamada, candidate à la
dernière élection présidentielle, a déclaré
qu'elle organiserait sa propre manifestation contre le terrorisme.
Source : Courrier international, 8 septembre 2004
Le gouvernement ossète va être limogé
Le président ossète Alexandre Dzasokhov a annoncé
mercredi le prochain limogeage de l'ensemble du gouvernement de cette
république du sud de la Russie qui a été le théâtre,
la semaine dernière, d'une prise d'otages sanglante.
"Je promets que dans les prochaines 48 heures, un décret
sera publié ordonnant le renvoi de l'ensemble du gouvernement",
a-t-il déclaré devant une foule réunie dans la
capitale régionale, Vladivadkaz, pour protester contre la gestion
du drame par les autorités.
Source : Reuters, 8 septembre 2004
Arrestation du chef du bureau d'Al Arabiya à Moscou
Amr Abdel Hamid, directeur du bureau moscovite de la chaîne de
télévision arabe Al Arabiya, a été arrêté,
le 6 septembre, à l'aéroport de Mineralniye Vody (Caucase),
alors qu'il rentrait à Moscou après avoir couvert la tragique
prise d'otages de Beslan.
Reporters sans frontières a demandé des informations complémentaires
"afin de comprendre les circonstances et les motifs de cette arrestation",
dans un courrier adressé au ministre de l'Intérieur russe,
Rachid Nourgaliev.
Selon des informations émanant de la chaîne Al-Arabiya,
Amr Abdel Hamid aurait été arrêté après
qu'une cartouche avait été trouvée dans ses affaires.
Le journaliste a déclaré que l'objet avait été
placé dans son sac à son insu. Une enquête judiciaire
a été ouverte.
Cet incident intervient alors que Raf Chakirov, rédacteur en
chef du quotidien Izvestia, a été remercié en raison
d'un désaccord avec Profmedia, la société d'édition
du journal. Celle-ci a jugé la couverture de la tragédie
de Beslan trop "émotionnelle", après la publication
de gros plans d'otages tués. Izvestia a été l'un
des premiers médias à faire état de plus d'un millier
d'otages, alors que les autorités russes parlaient de 300 personnes.
Par ailleurs, Nana Lezhava, de la chaîne de télévision
géorgienne Rustavi 2, et Levan Tetvadze, cameraman, avaient été
arrêtés le 4 septembre 2004 par la police de Beslan (Ossétie
du Nord) et sont toujours détenus. Andreï Babitski et Anna
Politkovskaïa, deux journalistes russes spécialistes de
la question tchétchène, avaient été empêchés
de couvrir la tragique prise d'otages.
Source : www.rsf.fr, 8 septembre 2004
08/09/04
- Après le massacre de Beslan : Union sacrée Moscou-Tel
Aviv - Washington
« Les Russes ont désormais compris que l'on ne peut pas
faire de distinction entre un bon et un mauvais terroriste. »
« Le terrorisme qui a frappé la Russie au cours des deux
dernières semaines, est le même que celui qui s'est manifesté
à New York, Tel-Aviv ou Beer Sheva. »« Il est temps
pour le monde libre de s'unir » contre «le Jihad islamique
mondial » « Il n'est plus possible de soutenir les soi-disant
mouvements de libération nationale, qui recourent au terrorisme
tout en condamnant les islamistes extrémistes. »
Ces petites phrases ont été prononcées par Ariel
Sharon et ses proches dans les jours qui ont suivi le massacre
de Beslan. Comme après le 11 septembre 2001, les chefs sionistes
ne cachent nullement leur jubilation. Ils espèrent non seulement
obtenir un certificat de 3défenseurs du monde libre" de
Washington et de Moscou, mais ils tentent même de prendre en main
la défense de leurs "amis" confrontés au "terrorisme",
à coup de contrats militaires, d'échanges d'experts, de
conseillers de "techniques de combat". On savait déjà
que des snipers russes avaient été embauchés par
l'armée sioniste pour abattre des palestiniens en Cisjordanie.
Poutine vient de déclarer à propos des hommes de son FSB
: « Ils sont très motivés et très bien préparés.
Je me demande s'il existe des gens pareils dans un autre pays. »
Mais on peut parier que les experts du Mossad pourraient transmettre
des "trucs" utiles à leurs collègues du FSB,
de manière à enseigner aux Russes les "méthodes
occidentales" pour répondre aux prises d'otage (voir ci-dessous
les déclarations d'André Glucksmann).
Le massacre de Beslan signe l'instauration d'un axe Moscou-Tel Aviv-Washington
[lire à ce sujet : « L'Axe de la guerre des civilisations
- Sommet historique pour sceller l'Alliance des guerriers de Dieu »
dans la rubrique Protocoles des fous de Sion] qui menace non seulement
le monde arabe et musulman, mais aussi l'Europe, l'Asie et l'Afrique,
en un mot toute la planète. Les deux armes principales de cet
axe sont la violence - à la fois la violence exercée directement
et la violence manipulée - et le mensonge. Tous les mouvements
de libération sont désormais ciblés, que ce soient
des mouvements de libération nationale ou sociale.
En
une phrase : nous sommes tous des Tchétchènes en sursis
!
1 - Le Kremlin vote George Bush, un homme "fiable"
par Daniel Vernet, le Monde, 8 septembre 2004
Devant une trentaine de ceux qu'on appelait autrefois les "kremlinologues",
dont plusieurs américains, Vladimir Poutine n'a pas caché,
le lundi 6 septembre, sa sympathie pour George Bush, confirmant ainsi
une vieille règle de la politique internationale : les Russes
s'entendent généralement mieux avec les présidents
républicains qu'avec les démocrates.
Invité à commenter un sondage selon lequel, si les Russes
étaient appelés à voter aux Etats-Unis, 7 % se
prononceraient pour le président sortant et 25 % pour John Kerry,
quand 41 % manifestent leur total désintérêt, le
chef du Kremlin a d'abord fait une réponse d'homme d'Etat : peu
importent les personnalités, a-t-il dit, l'essentiel est le développement
des relations entre Moscou et Washington, et son objectif est de continuer
à travailler dans ce sens. Puis, dans une demi-boutade, il a
remarqué que parmi les 7 % favorables à M. Bush, "il
y avait des gens influents" .
Il a ensuite fait l'éloge de celui qui, dès leur première
rencontre, en Slovénie en 2001, avait su "lire au fond de
son âme" . George Bush a de la suite dans les idées,
a déclaré Vladimir Poutine, et malgré les divergences
qui les ont opposés sur l'Irak, c'est un homme "prévisible
et fiable" ."Je le considère comme un collègue,
une bonne nature" , a-t-il ajouté. Il n'a pas dit un mot
sur le candidat démocrate, peut-être parce qu'il ne le
connaît pas personnellement.
Au-delà des relations personnelles, le président russe
s'est montré très modéré sur la situation
irakienne. Il n'est certes pas question que la Russie y envoie des troupes
pour "aider à lutter contre le terrorisme" ni même
se lance dans une coopération militaire, mais elle "fera
tout pour aider à la stabilisation du pays. Le président
Bush a déjà beaucoup fait en faveur de la normalisation"
, a ajouté M. Poutine.
La situation est complexe, et Moscou ne prendra aucune initiative qui
pourrait être mal comprise par le peuple irakien. La tradition
de coopération Russie-Irak sera poursuivie notamment dans les
domaines économique, humanitaire et éducatif. Moscou formera
du personnel pour les situations d'urgence. "Nous sommes prêts
à travailler avec tous les segments de la société
irakienne , a conclu le président russe, y compris, bien sûr,
avec l'actuel gouvernement irakien." Le gouvernement intérimaire
a été mis en place par les Américains, avec, il
est vrai, l'assentiment du Conseil de sécurité des Nations
unies.
2 - « Il n'y a aucun lien entre la politique russe en
Tchétchénie et la prise d'otages de Beslan » : Poutine
accuse et s'explique sur sa "guerre totale" au terrorisme
par Daniel Vernet, Le Monde, 8 septembre 2004
Vladimir Poutine a longuement justifié sa politique, lundi 6
septembre, en recevant un groupe de journalistes étrangers et
de spécialistes de la Russie. Après le bain de sang de
Beslan, le président russe a félicité les forces
spéciales russes et réfuté tout lien entre la prise
d'otages et le conflit en Tchétchénie. Pour M. Poutine,
la Russie est la cible du terrorisme international et d'Etats étrangers,
qu'il n'a pas voulu citer. Déterminé à poursuivre
sa politique en Tchétchénie et à y maintenir des
forces "aussi longtemps que nécessaire", M. Poutine
n'a pas repris l'idée d'une réforme d'ampleur du système
de sécurité russe, pourtant annoncée samedi. Il
a en revanche critiqué "certains milieux politiques en Occident
qui veulent affaiblir la Russie comme les Romains voulaient détruire
Carthage".
Vladimir Poutine n'est pas disposé à infléchir
sa politique en Tchétchénie après la prise d'otages
de Beslan en Ossétie du Nord, qui a fait au moins 338 morts,
selon un bilan officiel, et plus de 400 blessés. Comme
il l'avait annoncé samedi 4 septembre dans son allocution télévisée,
le président russe entend poursuivre "la guerre totale contre
le terrorisme" tout en essayant d'imposer en Tchétchénie
une "solution constitutionnelle" avec les hommes choisis par
Moscou.
"Autant demander aux Occidentaux de discuter avec Ben Laden, de
l'inviter à Bruxelles au quartier général de l'OTAN
ou à Washington à la Maison Blanche !" , a-t-il déclaré,
répondant à ceux qui lui suggèrent de négocier
avec les "séparatistes" . Le chef du Kremlin s'exprimait
ainsi, lundi, devant un groupe d'une trentaine de spécialistes
occidentaux de la Russie qu'il a reçus pendant trois heures et
demie dans sa résidence de Novo Ogorevo, dans la banlieue ouest
de Moscou.
M. Poutine a été formel. "Il n'y a aucun lien entre
la politique russe en Tchétchénie et la prise d'otages
de Beslan", a-t-il dit, avant de conclure : "Nous savons ce
qu'il faut faire en Tchétchénie ; continuer le dialogue
avec la société tchétchène ; continuer le
processus politique qui, après le référendum sur
l'appartenance à la Fédération de Russie et l'élection
présidentielle, se poursuivra avec les élections parlementaires
; renforcer les éléments tchétchènes dans
la police locale, ce qui n'empêchera pas de laisser sur place
des forces russes aussi longtemps que nécessaire comme il y a
des forces américaines au Texas et en Californie."
Les
erreurs du passé
Pour M. Poutine, il n'existe pas de différence fondamentale entre
les "séparatistes" agents du terrorisme international
et les preneurs d'otages. Dans un long exposé de l'histoire mouvementée
de la Tchétchénie, il a reconnu que des injustices avaient
été perpétrées du temps de l'Union soviétique,
notamment par Staline - "Mais toutes ces injustices ne peuvent
expliquer les tendances séparatistes" - et que des erreurs
avaient été commises par ses prédécesseurs
après la chute du communisme. Ces erreurs, a-t-il confié,
ont conduit à la première guerre de Tchétchénie.
Artisan de la deuxième guerre, déclenchée à
l'automne 1999, le président russe reconnaît que les forces
fédérales ont commis des exactions mais assure que leurs
auteurs ont été ou seront punis. Aux organisations humanitaires
qui l'accusent de crimes de guerre, il répond : "On ne met
pas en cause le président des Etats-Unis pour les tortures à
Abou Ghraib."
"Toujours et partout quand le pouvoir central s'affaiblit, le séparatisme
se développe" , a-t-il déclaré. Dès
que Moscou a donné aux Tchétchènes, en 1996, l'indépendance
de facto sinon de jure ,"le fondamentalisme islamique s'est développé
en liaison avec le terrorisme international" .
L'objectif de ce terrorisme international, soutenu plus ou moins ouvertement
par des Etats étrangers, dont le président russe ne veut
pas citer les noms, est d'affaiblir la Russie de l'intérieur,
en criminalisant son économie, en provoquant sa désintégration
par la propagation du séparatisme dans le Caucase et la transformation
de la région en "place d'armes" dirigée contre
la Fédération.
Le président a vanté les mesures économiques et
sociales prises par son gouvernement. Il s'est dit prêt à
aller aussi loin que le lui permet la Constitution russe, à condition
que la ligne jaune du séparatisme ne soit pas franchie. Mais
il ne veut pas parler avec Aslan Maskhadov, le président tchétchène
élu en 1997, qu'il considère comme une marionnette des
fondamentalistes. "Posez-vous la question , a-t-il lancé.
Voudriez-vous que quelque part dans le monde des gens, pour une cause
ou pour une autre, tuent des enfants pour arriver au pouvoir ? Si vous
vous posez cette question, vous n'avez plus de doute sur notre politique
en Tchétchénie."
Vladimir Poutine n'a pas de doute non plus sur la manière dont
les forces de l'ordre russes se sont comportées dans la prise
d'otages de Beslan, comme au Théâtre de la Doubrovka à
Moscou en 2002 (130 morts) ou à l'hôpital de Boudenovsk
en 1995 (plus 150 morts). Il a fait l'éloge des unités
spéciales du FSB, qu'il a rappelé avoir lui-même
créées. Il a loué leur courage au combat, qu'il
a comparé avec l'abnégation des soldats soviétiques
de la seconde guerre mondiale. "Ils sont très motivés
et très bien préparés. Je me demande s'il existe
des gens pareils dans un autre pays" , a-t-il souligné.
Dans son allocution télévisée, il avait fait allusion
à une réorganisation des forces antiterroristes. Devant
ses interlocuteurs étrangers, il n'a pas repris cette idée,
expliquant au contraire que la Russie n'avait pas les moyens des Etats-Unis
qui, après le 11 septembre 2001, ont créé un ministère
pour coordonner le renforcement de la sécurité intérieure.
M. Poutine a repris, en revanche, une accusation lancée à
demi-mot contre des pays occidentaux qui lui semblent parler un double
langage. D'un côté, leurs dirigeants assurent le président
russe de leur solidarité dans la lutte contre le terrorisme.
De l'autre côté, les services de renseignement et les militaires
- "qui n'ont pas abandonné les préjugés de
la guerre froide" - entretiennent des contacts avec ceux que la
presse occidentale appellent des "rebelles" .
"Pourquoi les émules de Ben Laden sont-ils appelés
terroristes et les gens qui tuent des enfants sont-ils appelés
rebelles ? Où est la logique ?" , s'est demandé Vladimir
Poutine, en apportant sa réponse : "Parce que certains milieux
politiques en Occident veulent affaiblir la Russie comme les Romains
voulaient détruire Carthage." Mais, a poursuivi le chef
du Kremlin, "nous ne laisserons pas ce scénario se réaliser"
. C'est d'ailleurs, selon lui, un mauvais calcul car la Russie est un
facteur de stabilité. En l'affaiblissant, les nostalgiques de
la guerre froide agissent contre les intérêts bien compris
de leur propre pays.
Le président russe n'a pas caché que ces soupçons,
qu'il dit étayés par des faits, nuisent à la coopération
internationale pour la lutte antiterroriste. "Nous sommes des champions
sincères de cette coopération ,a-t-il affirmé,
nous sommes des partenaires ouverts et fiables. Mais si des services
étrangers ont des contacts avec les "rebelles", ils
ne peuvent être des alliés aussi sûrs que l'est pour
eux la Russie." Revenant comme un leitmotiv sur les risques de
désintégration de son pays, M. Poutine a conclu : "La
Tchétchénie n'est pas l'Irak. L'Irak est à des
milliers de kilomètres des Etats-Unis. Ici, l'ennemi est tout
près."
3 - Israël et la Russie resserrent leurs liens contre le
"Djihad islamique mondial"
par Marie Jégo, Le Monde, 8 septembre 2004
Prévue de longue date, la visite en Israël, lundi 6 septembre,
du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, centrée
à l'origine sur le processus de paix et la situation régionale,
a vu son ordre du jour bouleversé par la tragédie de Beslan,
que les médias israéliens ont largement rapportée,
la comparant avec le double attentat qui a fait 16 morts, mardi (jour
de la prise d'otages en Ossétie du Nord), à Beersheba,
une localité du sud d'Israël.
"Le terrorisme qui a frappé la Russie n'est pas différent
de celui qui sévit à New York, à Tel-Aviv ou à
Madrid" , a déclaré Sylvan Shalom, le ministre israélien
des affaires étrangères, en recevant son homologue russe
lundi. La veille, le premier ministre israélien, Ariel Sharon,
avait appelé Vladimir Poutine pour lui proposer de faire front
face au "Djihad islamique mondial" ."Il est temps pour
le monde libre de s'unir" , avait indiqué M. Sharon sur
un ton qui tranchait avec les demandes d'explications formulées,
dans le même temps, par l'Union européenne envers la Russie,
quant au dénouement tragique de la prise d'otages.
S'estimant donc liés par une communauté de destins, les
deux Etats souhaitent désormais renforcer leur coopération
"dans les domaines de la sécurité, du renseignement
et de l'humanitaire" .Coopération renforcée
"Il n'est plus possible de soutenir les soi-disant mouvements de
libération nationale, qui recourent au terrorisme tout en condamnant
les islamistes extrémistes" , a expliqué, lundi,
un proche d'Ariel Sharon à la presse, dans une allusion au soutien
sans failles apporté jadis par Moscou à la cause palestinienne.
Cette page a été tournée. Avec la dislocation de
l'URSS en 1991, les liens de la direction russe avec les pays arabes
se sont effilochés. Les tenants de cette ligne, à l'image
de l'ancien maître espion Evgueni Primakov, ne sont plus aux affaires.
Avec l'arrivée d'un nouveau locataire au Kremlin en mars 2000,
tout a changé. Cette année-là, l'ancien lieutenant
colonel du KGB, Vladimir Poutine invite l'ancien refuznik Nathan Chtcharanski
à un déjeuner en tête à tête. Pour
la petite histoire, l'ex-dissident - devenu entre temps ministre dans
la coalition de droite emmenée par M. Sharon - attendait son
vol de retour pour Israël lorsqu'une limousine vint le quérir,
direction le Kremlin. Deux ans plus tard, le président du Sénat
russe, Sergueï Mironov, proche de Vladimir Poutine, refusa, lors
d'une tournée dans la région, de rencontrer le chef de
l'autorité palestinienne, Yasser Arafat.
Ces dernières années, les relations entre Israël
et la Russie se sont renforcées. Les deux pays coopèrent
dans le domaine de l'armement notamment à la fabrication d'un
hélicoptère d'assaut Ka-52 et à celle d'un Awacs
A-50, un avion de reconnaissance aérienne. Il y a douze jours,
au moment du double attentat commis sur deux avions de ligne en Russie,
la presse moscovite, fustigeant les insuffisances de la sécurité
aérienne locale, avait vanté les mérites de celui
d'Israël, "le plus sûr au monde" .
Les échanges commerciaux ont crû, dynamisés par
la présence en Israël d'une importante diaspora russophone
(1 million de personnes soit 1/6e de la population d'Israël) arrivée
en masse entre 1980 et 1990. Restée très attachée
à sa culture, cette communauté russe d'Israël lit
la presse russe, regarde la télévision russe et, friande
de cochonnailles, possède ses propres charcuteries, ce qui n'est
pas toujours bien vu.
Elle n'en est pas moins proche des ultra-orthodoxes et constitue un
vivier électoral de choix pour les partis de droite. Marqués
par la mentalité soviétique, les russophones d'Israël
sont généralement partisans d'une ligne dure envers les
Palestiniens, assimilés par eux aux "Noirs" ( "Tchiornye"
), le terme communément employé dans la langue de Pouchkine
pour désigner les Caucasiens.
Engagés dans une lutte sans fin contre les guérillas -
tchétchène et palestinienne -, les deux Etats échangent
depuis longtemps informations et expériences. En 2002, des officiers
des forces spéciales russes, dont le général Viatcheslav
Ovtchinnikov avait exposé, au Collège israélien
de défense nationale, les tactiques de l'armée russe en
Tchétchénie. En 2002 également, les forces russes,
imitant l'armée israélienne dans les territoires occupés,
avaient fait sauter les maisons de kamikazes tchétchènes.
La différence, souligne le politologue russe Andreï Riabov,
c'est qu'en Israël "une très vive opposition à
la politique du gouvernement s'exprime ouvertement, alors que chez nous
il n'y a aucun débat" .
4 - Le mystérieux "empoisonnement" de la journaliste
Anna Politkovskaïa
par Marie Jégo, Le Monde, 5 septembre 2004
[Contrairement à ce qu'écrivait
Quibla le 7 septembre, la journaliste Anna Politkovskaïa n'est
pas morte, mais elle l'a échappé belle]
Jeudi 2 septembre, alors que le millier d'otages retenus par un commando
armé dans l'école "Numéro un" de Beslan
vivait une deuxième journée de calvaire, deux journalistes
russes, familiers du conflit tchétchène, décident
de se rendre sur les lieux du drame, dans l'espoir de servir de médiateur
entre le commando et les autorités.
Journaliste à Novaïa Gazeta , l'un des rares médias
russes critiques du pouvoir, Anna Politkovskaïa, qui avait joué
ce rôle lors de la prise d'otages du théâtre de la
Doubrovka, cherche à prendre le même avion que le docteur
Leonid Rochal, éminent pédiatre - et gradé du FSB
- dont la médiation avait été acceptée.
En vain, on ne la laisse pas passer. La troisième tentative est
la bonne, elle réussit à se glisser dans un vol pour Rostov,
grosse ville du sud de la Fédération russe.
Dans l'avion, après avoir bu un thé, elle fait un malaise.
A l'hôpital de Rostov, les médecins diagnostiquent une
infection intestinale aiguë. Elle rentre alors à Moscou
pour se faire soigner. Que s'est-il passé ? Malaise ou empoisonnement
? Le mystère demeure. Certains, à la rédaction
de son journal, comparent son histoire avec celle de son collègue,
Iouri Chtchekotchikhine, décédé en juillet 2003
dans un hôpital moscovite, dix jours après y avoir été
admis dans le coma.
Député, membre d'une commission d'enquête sur les
attentats de 1999 - lorsqu'à Moscou et au sud de la Russie, des
immeubles furent soufflés par des explosions, emportant les vies
de 300 civils et servant de prétexte au lancement de la seconde
guerre tchétchène - Iouri Chtchekotchikhine est décédé
mystérieusement. Rien ne permet, à ce jour, d'affirmer
avec certitude qu'il a été empoisonné. Rien ne
peut être affirmé non plus sur les auteurs des attentats
de 1999 et il est probable que personne ne saura jamais ce qui s'est
passé avec Anna Politkovskaïa. Andreï Babitski a été
arrêté
Ce même jour, le 2 septembre, Andreï Babitski, un journaliste
de Radio Svoboda (le service russe de Radio Liberty financée
par le Congrès américain à l'époque de la
guerre froide pour diffuser sur le territoire soviétique), un
connaisseur de la problématique tchétchène, se
rend lui aussi à l'aéroport moscovite de Vnoukovo. Il
compte s'envoler vers le lieu du drame. Par le passé, Andreï
a longtemps travaillé en Tchétchénie, couvrant
les deux guerres pour sa rédaction.
Comme il est l'un des rares journalistes à être resté
dans l'enfer de Grozny bombardée, il rend compte des souffrances
des civils - dont de nombreux retraités russes - terrés
dans les caves sous le feu incessant des forces fédérales.
A l'hiver 2000, peu après la chute de la ville que les combattants
ont fini par laisser aux forces russes, il est arrêté par
l'armée russe puis officiellement échangé à
des "bandits tchétchènes" en échange
de soldats russes, selon une mise en scène orchestrée
par le FSB.
Mais très vite, ce 2 septembre, Andreï apprend qu'il ne
peut pas voler. Son sac, lui explique la police de l'aéroport,
a été flairé par les chiens chargés de détecter
les explosifs. Andreï doit se rendre au poste où lui et
ses affaires sont fouillés. Comme il n'y a pas d'explosifs, il
est relâché. Mais les choses se gâtent à sa
sortie du poste de police lorsqu'il est vivement pris à partie
par deux jeunes habillés en civil.
Cette altercation le ramène au poste de police où il est
bientôt accusé de hooliganisme et risque quinze jours de
prison. Malgré ses protestations - il n'est pas blessé
et ne veut pas d'un examen médical - il est examiné, gardé
à vue puis présenté le jour suivant au tribunal
de Solntsevo à Moscou.
Ainsi pour des raisons différentes, ni l'un ni l'autre des deux
journalistes n'ont pu se rendre à Beslan. Visiblement, non seulement
leur médiation n'était pas souhaitée, mais leur
simple présence sur les lieux de la prise d'otages était
exclue. Sans doute les autorités russes, qui avaient déjà
tranché en faveur de l'assaut - comme tend à l'indiquer
la grande concentration de forces et de matériel militaire autour
de l'école ces jours-là - ne souhaitaient pas être
gênées par ces indésirables qui avaient dans l'idée
de négocier.
5 - Entraves à la couverture médiatique de la
tragédie de Beslan
par Reporters sans frontières, 6 septembre 2004
Nana Lezhava, de la chaîne de télévision géorgienne
Rustavi 2, et Levan Tetvadze, cameraman, ont été arrêtés
le 4 septembre 2004 par la police de Beslan (Ossétie du Nord)
et sont toujours détenus. Par ailleurs, Andreï Babitski
et Anna Politkovskaïa, deux journalistes russes spécialistes
de la question tchétchène, ont été empêchés
de couvrir la tragique prise d'otages.
" Nous vous demandons de vous assurer que les journalistes puissent
faire leur travail sans entraves, en particulier en cette période
critique et tragique où la population est en droit de recevoir
une information complète, impartiale et indépendante ",
a déclaré Reporters sans frontières dans un courrier
adressé au ministre de l'Intérieur russe, Rachid Nourgaliev.
" Nous demandons la libération immédiate des journalistes
géorgiens et la restitution de leur matériel de travail,
ainsi qu'une enquête sur les circonstances de l'empoisonnement
d'Anna Politkovskaïa ", a ajouté l'organisation.
Les autorités locales affirment que les journalistes géorgiens
ne sont pas en possession des visas et accréditations nécessaires.
Selon Eka Khoperia, responsable de l'information à Rustavi 2,
Nana Lezhava et Levan Tetvadze se trouvent en situation régulière
puisqu'ils sont résidents de Kazbegi, ville frontalière
entre l'Ossétie du Nord (Russie) et la Géorgie. Conformément
aux accords entre les deux pays, les habitants de cette ville peuvent
entrer en Russie sans visa. La police locale a saisi la caméra,
les enregistrements, les documents et les téléphones de
l'équipe de télévision. Le président géorgien,
Mikhaïl Saakachvili, a exigé que ses ressortissants soient
relâchés sans délai.
Anna Politkovskaïa, du quotidien russe Novaya Gazeta, a tenté
à trois reprises, le 1er septembre, de prendre un vol à
l'aéroport Vnukovo de Moscou pour se rendre sur le lieu du drame
et essayer de négocier avec les terroristes, comme elle l'avait
déjà fait lors de la prise d'otages dans un théâtre
de Moscou, en 2002. Les deux premières tentatives se sont soldées
par un échec, puis la journaliste a finalement été
autorisée à embarquer dans un avion.
Pendant le vol, Anna Politkovskaïa a bu un thé et, environ
dix minutes plus tard, a été victime d'un malaise. Elle
a été admise en urgence à l'hôpital de Rostov
(Sud), où les médecins ont diagnostiqué une infection
intestinale aiguë. Le 3 septembre, elle a été transportée
à Moscou, dans un état stable. Dmitri Muratov, directeur
de Novaya Gazeta, a déclaré attendre les résultats
des analyses pour se prononcer sur l'origine de l'intoxication de la
journaliste. " Il est toutefois évident que tous les journalistes
qui font autorité en Tchétchénie ont été
tenus éloignés du déroulement des événements
de Beslan ", a-t-il ajouté.
Andreï Babitski, du service russe de la radio américaine
Radio Free Europe, a été interpellé le 2 septembre
à l'aéroport Vnukovo de Moscou alors qu'il souhaitait
se rendre à Beslan. La police de l'aéroport a expliqué
que les chiens avaient flairé des explosifs dans les bagages
du journaliste. Elle a relâché Andreï Babitski après
avoir fouillé ses affaires. Mais à la sortie du poste
de police, le journaliste a été pris à partie par
deux inconnus en civil. Cette altercation a donné lieu à
une seconde arrestation. Andreï Babitski, détenu jusqu'au
soir, a été condamné le lendemain pour " hooliganisme
". En appel, la peine initiale de cinq jours de prison a été
convertie en amende.
6 - Le rédacteur en chef des "Izvestia" limogé
Raf Chakirov, le rédacteur en chef du quotidien russe Izvestia,
a été limogé de son poste le lundi 6 septembre,
annonce Gazeta.ru. Le quotidien en ligne russe rapporte les explications
de l'intéressé sur son éviction : il est question
d'un "désaccord de la direction de Prof-Media, l'actionnaire
principal des Izvestia, avec le numéro du samedi 4 septembre
du journal, qui couvrait la prise d'otages de Beslan". Les Izvestia
n'ont fait aucun commentaire à propos de cette décision.
Dans leur édition datée du 4 septembre, au lendemain de
l'assaut contre les preneurs d'otages, les Izvestia avaient publié
de nombreuses photos chocs de victimes. Par ailleurs, le journal avait
avancé la thèse, fondée sur le témoignage
de ses correspondants sur place, que l'assaut avait été
lancé non pas par les forces spéciales russes, mais par
les pères des enfants détenus.
Raf Chakirov dirigeait la rédaction des Izvestia depuis octobre
2003, en remplacement de Mikhaïl Kojokine, qui l'avait précédé
pendant cinq ans. "Il reste membre du conseil de direction jusqu'à
sa prochaine séance", précise Gazeta.ru. Ses fonctions
de rédacteur en chef seront temporairement occupées par
Vladimir Borodine, secrétaire en chef du journal.
Source : Courrier international, 6 septembre 2004
7 - L'autre prise d'otages
Au lendemain du démarrage de la prise d'otages de Beslan, les
forces d'occupation russes en Thcétchènie ont kidnappé
une quarantaine de parents proches et lointains du président
Maskhadov, de Chamil Bassaïev et de Dokou Oumarov, qu'ils ont détenu,
en les brutalisant, à la base militaire russe de Khankala, près
de Grozny, jusqu'au samedi 4 septembre. Une famille particulièrement
ciblée a été celle de la femme de Maskhadov, à
commencer par son père Khavazh Semiyev, 67 ans. Le plus jeune
des otages était un bébé de cinq mois. Les hommes
raflés ont été contraintes de rester agenouillés,
avec des sacs sur la tête et les mains liées dans le dos,
pendant 24 heures. Kim Murphy a publié le témoignage de
ces otages dans le Los Angeles Times du 7 septembre 2004.
8 - Qui étaient les preneurs d'otages ?
[Les informations qui commencent à filtrer sur l'identité
des membres du commando de Beslan font immanquablement penser aux 3GIA2
algériens, totalement infiltrés par la Sécurité
militaire d'Alger. Voici ce qu'en dit la presse russe.]
L'identité des membres du commando de l'école de Beslan,
en Ossétie du Nord, fait l'objet de toutes les spéculations.
Le Kremlin affirme le caractère international de l'attentat terroriste,
mais les premiers éléments d'enquête fiables livrent
une réalité tout autre...
"On nous a rassemblés dans la forêt et on nous a dit
que nous devions occuper l'école de Beslan. Cette mission nous
a été donnée par Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev.
Quand nous avons demandé pourquoi on devait faire cela, on nous
a répondu qu'il fallait étendre la guerre dans tout le
Caucase", rapporte Vremia Novostieï d'après les fragments
d'aveux de Nour-Pachi Koulaïev. Ce Tchétchène de
24 ans, ancien garde du corps de Bassaïev, est le seul survivant
parmi les 32 preneurs d'otages de l'école de Beslan, en
Ossétie du Nord. Des fragments d'aveux que les chaînes
de télévision russes ont largement diffusés.
"Si les noms des combattants identifiés n'ont pas été
dévoilés par les enquêteurs, on connaît déjà
l'identité d'une dizaine de ceux qui ont été tués,
dont Arsene Merjoev, Khanpachi Koulaïev, Maïrbek Chaïbekkhanov,
Vladimir Khodov", cite le journal. Des personnages bien connus
des services de sécurité russes, mais, reconnaît-on
dans les ministères de force - armées, sécurité,
intérieur,... -, "on ne comprend pas comment ils pouvaient
se trouver en liberté alors qu'ils avaient été
précédemment arrêtés et qu'en principe ils
auraient dû être sous les verrous". "Apparemment,
ils ont été libérés par décision
d'un tribunal ou du parquet", rapporte Vremia Novostieï .
Pourtant, "les exploits de la fratrie Koulaïev, composée
de quatre frères, sont connus des services spéciaux en
Tchétchénie".
Un autre membre identifié, considéré comme le chef
du commando, a lui aussi joui d'une totale liberté dans les mois
qui ont précédé la prise d'otages. Vladimir Khodov,
qui répondait au nom d'Abdoullah, "était le plus
cruel des preneurs d'otages, note le Moskovski Komsomolets. Cela est
d'autant plus terrible que cet assassin d'enfants d'Ossétie est,
dit-on, de nationalité ossète. En fait, Khodov est slave,
plutôt ukrainien, mais il a grandi en Ossétie du Nord",
précise le quotidien populaire de Moscou. Or, ce terroriste,
"deux fois recherché par un mandat d'arrêt fédéral,
n'a pas fait que passer chez sa mère, dans le village d'Elkhotov,
à 50 km de Beslan : il est resté tranquillement
chez elle durant tout l'été", s'indigne le journal.
Reste que son identité n'a pas été officiellement
révélée, "même si sa participation à
la prise d'otages était connue depuis le premier jour".
La question de la nationalité des membres du commando fait l'objet
de nombreuses spéculations, alimentées en grande partie
par les autorités elles-mêmes. Le fait le plus remarquable
est sans doute l'affirmation de la "présence de dix Arabes
et d'une personne de peau noire, supposée originaire d'un pays
musulman africain", parmi les preneurs d'otages, rapportaient les
Izvestia au lendemain de l'assaut, citant Aslanbek Aslakhanov, un conseiller
du président Poutine. "De plus, d'après une information
des services spéciaux, la prise d'otages de Beslan aurait été
financée par l'un des idéologues du wahhabisme, Abou Omar
As Seïf. Ce serait le représentant d'Al Qaida en Tchétchénie
et le tuteur des recrues en provenance de l'étranger."
Ces affirmations n'ont pas été confirmées par la
suite. D'ailleurs, "dans les extraits télédiffusés
des aveux de Koulaïev, il n'est à aucun moment question
d'Arabe ou de Noir, observe Gazeta.ru. De surcroît, l'histoire
de l'homme noir est une bêtise : il s'agit en fait d'un terroriste
tué dont les parties dénudées du corps étaient
couvertes de suie." Le quotidien russe en ligne souligne les fluctuations
des déclarations de personnages officiels. Pour leur part, les
Novyé Izvestia titrent "L'Internationale des bandits",
en référence aux origines suppo
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