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TCHETCHENIE
 

Kadyrov City, capitale radioactive d’une Tchétchénie transformée en enfer


Les parlementaires tchétchènes veulent rebaptiser leur capitale pour honorer la mémoire de l’ancien président, feu Akhmad Kadyrov.


Le Parlement prorusse de Tchétchénie, doux pléonasme, s’est réuni pour sa session inaugurale le 12 décembre, en recevant la visite surprise de Vladimir Poutine. Celui-ci, qui s’était maintes fois félicité du processus électoral qui a conduit à la naissance de cette assemblée où, rappelons-le, les députés de Russie Unie, son parti, ont obtenu la majorité des 58 sièges, a promis que la reconstruction de Grozny serait l'une des priorités du gouvernement. Deux jours plus tard, le Parlement tchétchène émet sa première proposition : rebaptiser la capitale Grozny en « Akhmad-Kala » (ville d’Akhmad), en hommage au président Akhmad Kadyrov, victime d’un attentat terroriste le 9 mai 2004.
Depuis le début du XIXe siècle, et l’expansion panrusse, la forteresse de Groznaïa gardait les marches caucasiennes de l’Empire. La ville fut fondée en 1818 à partir de ce même fort tenu par des Cosaques. En 1870, elle pris le nom de Grozny qui signifie « Terrible » en russe, sans doute à cause du caractère irréductible de ses habitants. Beaucoup plus tard, dans les années 1990, la capitale fut nommée officieusement « Djokhar-Kala » par les séparatistes tchétchènes, fidèles à leur président Djokhar Doudaïev, assassiné, en 1995.
Ce projet s’inscrit dans la continuité de la politique du gouvernement russe, relayée par ses inféodés, visant à installer sur le « trône » tchétchène une dynastie prorusse et donc farouchement opposée aux indépendantistes. Et quelle meilleure solution pour y parvenir que d’imposer aux habitants un culte voué à la personnalité de Kadyrov, déjà inauguré par une avenue portant son nom et une place centrale ornée d’une statue à son effigie. On se doute que l’homme fort du pouvoir à Grozny, Ramzan Kadyrov, fils de la nouvelle icône, vice Premier ministre en exercice et leader des milices sanguinaires qui sillonnent le pays, n’est pas étranger à cette proposition…

Une radioactivité atteignant jusqu'à... 58.000 fois la normale, c'est ce qui a été constaté dans un quartier de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, a annoncé le procureur de la république caucasienne, Valéri Kouznetsov.
Une enquête a été ouverte au sujet de l'entreposage inadéquat de matières radioactives par la société publique Industrie pétrochimique tchétchène.
Selon le procureur, près d'une trentaine d'éléments radioactifs non sécurisés émettent des radiations dans cette usine située dans les faubourgs de la capitale tchétchène, non loin d'immeubles d'habitation et d'une station d'autobus.
La présence de cobalt-60 pose un danger particulier, indique le procureur. "Il s'agit d'une menace pour la population car la direction de l'usine ne prend aucune initiative quelconque pour déplacer les matières radioactives ou pour isoler l'accès à l'usine", a-t-il expliqué vendredi.
Selon la chaîne de télévision russe NTV, les installations de l'usine ont été sérieusement endommagées en 1999 lors du bombardement de Grozny par l'armée russe. Par la suite, l'usine est restée en grande partie sans surveillance.
3ème info : Les écoles de la région de Chelkovsky, dans le nord-est de la Tchétchénie, ont été fermées mercredi 21 décembre jusqu'à nouvel ordre, après l'empoisonnement mystérieux qui a frappé au moins 70 personnes, dont 53 écoliers, a annoncé le porte-parole du ministère des Situations d'urgence.
Des examens sanguins des malades sont en cours à Moscou, la thèse dominante étant pour l'instant celle d'un empoisonnement avec une forme ou une autre de gaz neurotoxique.
Les responsables sanitaires n'excluent pas que le nombre de malades augmente, alors que les écoles de quatre villes de la région sont touchées.
Alors que cet empoisonnement collectif reste mystérieux, le procureur général de Tchétchénie Valeri Kouznetsov affirmait mardi qu'il était "prématuré de parler d'un acte terroriste", mais que "toutes les possibilités étaient envisagées".
C’était les dernières nouvelles de la Tchétchénie à l’ère de Vladimir Poutine.
Source : www.marianne-en-ligne.fr, 18 décembre 2005, AP, 16 & 21 décembre 2005

 

Tout va bien


Les candidats du parti pro-Kremlin Russie Unie ont dominé, comme prévu, les élections législatives tchétchènes de dimanche, recueillant près de 60% des voix, et les communistes se sont placés deuxièmes, avec près de 12%, a indiqué lundi matin la commission électorale tchétchène, citant des résultats partiels.
Les hommes de Russie Unie ont obtenu 59,26% des suffrages exprimés, ceux du PC 11,93% et les libéraux de l'Union des forces de droite (SPS), 10,57%, selon les résultats de 171 bureaux de vote sur 430, a indiqué le président de la commission Ismaïl Baïkhanov. Ils sont suivis par l'Union eurasienne (5,15%), le parti réformateur Iabloko (4,07%) et les nationalistes de La Patrie (3,05%). La participation a atteint 66,09%, selon Baïkhanov.
À Moscou, Vladimir Poutine a déclaré, péremptoire : "Les élections finalisent le processus légal de restauration de l'ordre constitutionnel dans cette république". Autrement dit : circulez, il n'y a plus rien à voir...
Le déroulement des élections a été implicitement critiqué dans la nuit de dimanche à lundi par le chef de la délégation du Conseil de l'Europe, le Suisse Andreas Gross. Ce dernier a déclaré à Grozny qu'il nourrissait des sentiments "ambivalents" à propos de ce scrutin - les premières législatives tchétchènes en huit ans -, estimant que le "pouvoir réel" dans la république n'était pas fondé sur la démocratie. "Le pouvoir réel (...) est basé sur une légitimité qui n'est pas démocratique", a ajouté M. Gross, qui est rapporteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) sur la Tchétchénie. Il faisait référence à l'homme fort de la république, le Premier ministre tchétchène Ramzan Kadyrov, qui dirige une force de plusieurs milliers de combattants pro-russes. M. Gross a estimé que les indépendantistes tchétchènes devraient être inclus dans le processus politique et appelé à l'organisation d'une table ronde.
Près de 600.000 électeurs tchétchènes, dont quelque 34.000 soldats ou officiers des forces fédérales basées dans la république, étaient appelés à choisir les 58 députés de leur Parlement local. Le Kremlin et le gouvernement tchétchène pro-russe avaient eu à c¦ur depuis un an de présenter ces législatives locales comme un pas supplémentaire et définitif vers le retour à une vie normale, dans la république caucasienne où les troupes russes sont à nouveau déployées depuis 1999. Une Constitution a été adoptée en mars 2003 et deux élections présidentielles se sont déroulées en octobre 2003 et août 2004.
Source : AFP, 28 novembre 2005

 

Dans la Tchétchénie en guerre, Moscou organise des élections législatives qualifiées de "farce" par les ONG


par Marie Jégo, Le Monde, 26 novembre 2005
La Tchétchénie n'a plus de capitale mais elle aura bientôt un Parlement. Dimanche 27 novembre, les électeurs tchétchènes sont appelés à se rendre aux urnes pour élire leurs députés. Le scrutin, présenté comme le point d'orgue de la "normalisation", verra la participation de 35 000 officiers russes — sur 80 000 hommes basés sur place — invités à prendre part au vote, eux aussi, tandis que cinq militaires se sont portés candidats.
Aucun observateur occidental ne suivra le vote, si ce n'est une mission envoyée par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (ACPE) pour "recueillir des informations". En revanche la Communauté des États indépendants (CEI), le groupe de Shanghaï (Chine, Russie, et trois pays d'Asie centrale) et le parti de la jeunesse poutinienne Nachi, ont envoyé les leurs. Évoquant "l' atmosphère tranquille" de la campagne, les chaînes publiques russes ont filmé — en plan serré — les affiches électorales placardées sur les murs en ruines de Grozny, sans s'attarder sur l'état de cette ville du Caucase russe, aujourd'hui rasée mais qui comptait jadis 450 000 habitants.
Le processus électoral a été qualifié de "farce" par les ONG russes Memorial et Demos, soutenues par la Fédération d'Helsinki et la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). "La communauté internationale commet une erreur irréparable en faisant semblant de croire que la situation en Tchétchénie s'améliore, comme si des élections sous la menace de fusils étaient des élections", ont-elles indiqué. Évoquant le parallèle fait par les responsables russes avec les élections en Irak, Oleg Orlov, de Memorial, a évoqué la "terreur d'Etat" en Tchétchénie.
Le résultat du scrutin devrait renforcer le vice-premier ministre Ramzan Kadyrov, chef d'une bande de 5 000 hommes qui font régner leur loi, gèrent des centres de détention secrets, torturent et font disparaître leurs victimes. Malgré la "normalisation", racket, arrestations, passages à tabac, mauvais traitements sont le lot quotidien comme le souligne le dernier rapport publié par la FIDH et Memorial : "L'un des cas les plus significatifs (...) a été enregistré à Novye Atagui. En septembre 2005, les disparitions n'y ont pas cessé (...), presque toujours accompagnées de passages à tabac ou de traitements cruels et de tortures. Certains détenus avaient 12, 13 ou 14 ans."
L'impunité demeure écrit le rapport : "Les enquêtes criminelles — quand elles sont ouvertes — sont fermées peu après, les dossiers se perdent ou disparaissent, ainsi que des preuves (...) Les témoins sont menacés. " Lundi 21 novembre, deux cents personnes s'étaient rassemblées à Grozny pour protester après la mort de trois civils, tués d'une balle dans la nuque par des soldats ivres.

La nouvelle stratégie de la résistance tchétchène : quand la BBC tente d'analyser la situation au Caucase


Dans les années 1990, les peuples du Caucase ne s'étaient guère solidarisés avec les Tchétchènes, qui se sont battus seuls contre les forces fédérales. Mais la situation serait en train de changer, notamment au Daguestan, où des opérations, de mieux en mieux organisées se produiraient quasiment tous les jours.

Le groupe kabardino-balkar "Jamaat Yarmouk" a revendiqué la responsabilité des événements du 13 octobre 2005 à Naltchik.

Créé par un certain Mouslim Ataïev, il est formé avant tout de membres originaires comme lui de la région de l'Elbrouz. Il a fait parler pour la première fois de lui en juillet 2002 par une déclaration publiée sur le site Kavkaz-Center. En 1999, Ataïev a subi l'influence d'islamistes de la République karbardino-balkare. Ses hommes et lui ont suivi un entraînement militaire sur le plateau de Betchassyne, proche de l'Elbrouz, avant de se rendre dans les gorges de Pankissi en Géorgie. C'est là qu'Ataïev et ses hommes suivirent un entraînement auprès de Rouslan Guélaïev.

Ils soutinrent celui-ci lors de la prise par l'unité de Guélaïev du village de Galachki en Ingouchie au cours de l'automne 2002. Ataïev revint ensuite en Kabardino-Balkarie et commença à recruter des membres pour agir dans la République. Il fut tué en janvier 2005 par les forces de l'ordre et remplacé par l'émir Seïfoullah.

Selon des sources locales, il y avait en novembre 2003 en Kabardino-Balkarie une cinquantaine de personnes qui avaient combattu en Tchétchénie. Le Jamaat, qui revendique une composition pluriethnique, appelle les musulmans au djihad contre les autorités "fantoches imposées par la Russie" et accuse cette dernière d'être responsable de la toxicomanie et de la corruption ambiantes.

Il revendique deux conditions pour cesser la lutte : que les autorités de Kabardino-Balkarie reconnaissent et condamnent le génocide des Tchétchènes commis par la Russie et qu'elles exigent l'ouverture de négociations entre le président Poutine et l'Ichkérie.

En réaction, les autorités régionales ont fermé toutes les mosquées sauf une, qui est étroitement contrôlée par la milice. Le Jamaat a adhéré au "Front caucasien", créé en mai 2005 par un décret du nouveau président tchétchène Abdoulkhalim Sadoulaïev. Alors que Maskhadov tentait de limiter la guerre contre les forces fédérales à la Tchétchénie, son successeur a cédé à la pression des chefs militaires tchétchènes en changeant officiellement de stratégie.

La nouvelle stratégie viserait à étendre la guerre russo-tchétchène en coordonnant de petits groupes régionaux de francs-tireurs et en contribuant à une aggravation des problèmes politiques dans les République du Caucase du Nord.

Ainsi, les combattants tchétchènes espèrent-ils détourner de Tchétchénie des ressources de l'armée fédérale russe et faire pencher l'équilibre des forces en leur faveur.

Cela leur permettrait de passer d'une guerre de résistance à des opérations militaires coordonnées à grande échelle qui favorisaient un soulèvement populaire.

Une étape ultérieure consisterait à porter la guerre dans le "c¦ur économique" de la Russie au début de l'année prochaine. Face à cette dégradation de la situation dans le Nord du Caucase, il faut bien constater que la réaction des forces de maintien de l'ordre et du Kremlin est insuffisante et tardive.


Source : site russe de BBC World Service, http://news.bbc.co.uk/hi/russian/russia/newsid_4340000/4340578.stm. Traduction résumée de l'anglais par PF.

 


4 proches de Maskhadov en danger


On peut craindre le pire pour Viskhan Khadjimouradov, Vakhid Mourdachev, Ilias Iriskhanov et Andarbek Ioussoupov, arrêtés le 8 mars 2005 à Doïkour-Evl (Tolstoï-Iourt, district de Staro-Iourt/Grozny).
Leur procès, qui s'est ouvert le 10 octobre, devrait être "équitable et ouvert" selon les autorités de Russie. Mais le Comité de travail spécial chargé de l'enquête sur le Président de la République tchétchène d'Ichkérie Aslan Maskhadov craint que celles-ci ne cherchent à les éliminer à la faveur d'un transfert d'un lieu de détention
dans un autre.
Viskhan Khadjimouradov, qui était un parent de Maskhadov, le président tchétchène assassiné par les Russes, était arrêté pour la seconde fois. Vakhid Mourdachev, général de la Résistance depuis 1996, était chargé de
rédiger les discours du Président avant son arrestation.
Source : Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH)

 

 

Six soldats russes tués et sept blessés en 24 heures


Six soldats des forces fédérales russes ont été tués et sept blessés au cours des dernières 24 heures en Tchétchénie, selon une source administrative tchétchène pro-russe. Les positions des forces russes ont fait l'objet de tirs à 14 reprises.
Trois militaires sont morts et quatre ont été blessés dans ces attaques. Vendredi 21 octobre, un accrochage à proximité du village Nojaï-Iourt, non loin de la frontière avec le Daguestan, a fait deux morts et deux blessés parmi les soldats. En outre, un camion militaire a sauté sur une mine près du village Kourtchaloï (centre-sud), faisant un mort et un blessé.
Source : ATS, 22 octobre 2005

 

Réponse à l'article de Thierry Meyssan, "Beslan : un an après le mystère s'éclaircit"


par Fausto Giudice, 1er septembre 2005


Cher Thierry Meyssan,
J'ai été, je l'avoue, littéralement abasourdi par ton article, paru le 31 août et intitulé "Beslan : un an après le mystère s'éclaircit ". Réseauvoltairenet se présente comme un "réseau de presse non-alignée". Après cet article, il devrait plutôt s'intituler "réseau de presse aligné sur Moscou". Il contient en effet une série d'affirmations péremptoires non-étayées et d'omissions qui appellent une réponse.
À te lire, Vladimir Poutine est un démocrate qui est en train d'instaurer la démocratie dans la Fédération de Russie et de "normaliser" la situation en Tchétchénie. Tu en veux comme preuves les "élections" d'août 2004, modèle d'élections démocratiques, selon les "observateurs internationaux unanimes". Simultanément, le gouvernement Maskhadov est qualifié par toi de "gouvernement en exil ayant pignon sur rue à Washington et à Londres". Or, que je sache :
- Aslan Maskhadov était le président élu de Tchétchénie.
- Il a été assassiné par les forces spéciales russes en Tchétchénie et non pas à Washington ou à Londres.
- Les seuls membres du nouveau gouvernement tchétchène constitué après l'assassinat de Maskhadov, à vivre en dehors de Tchétchénie sont Ahmet Zakaïev, réfugié à Londres, d'où il a échappé de peu à l'extradition vers la Russie, et Osman Ferzauli, ministre des Affaires étrangères, qui est réfugié politique au Danemark
Pour revenir aux "élections" du 29 août 2004, j'aimerais bien savoir d'où tu tiens le chiffre de taux de participation de 79%. La moitié de la population tchétchène vit aujourd'hui en dehors de Tchétchénie. Alors, 79% des électeurs inscrits, c'est pratiquement impossible.
Venons-en à Beslan. Pourquoi ne pas parler dans ton article du procès de Nourpachi Koulaïev, qui traîne à Vladikavkaz depuis le mois de mai ? Pourquoi ne pas dire que Nourpachi Koulaïev était détenu depuis de longs mois par les Russes avant la prise d'otages de Beslan et qu'il a été amené sur place pour faire de la figuration, après la prise d'otages ?
Et enfin, Chamil Bassaïev. Tu écris :
« Pour réaliser l'attaque de Beslan, Chamil Bassaïev n'a pas pu compter sur des forces militantes. Il a dû utiliser des toxicomanes, rétribués en drogues, encadrés par quelques combattants aguerris. M. Bassaïev ne dispose pas en effet de légitimité en Tchétchénie et n'a pas de partisans. C'est un chef de guerre qui a connu une carrière de mercenaire dans divers conflits, avant de tenter en vain une percée politique en Tchétchénie, puis de revenir à des activités militaires. »
Je ne sais pas sur quoi tu te fondes pour cette série d'affirmations péremptoires. Ce qui est en revanche évident, c'est que Bassaïev n'est pas seul, qu'il n'est pas en exil mais vit en Tchétchénie et qu'il a des "partisans" puisqu'il est le principal commandant de la résistance armée tchétchène à l'occupation russe. S'il n'était que ce que tu dis, un "chef de guerre" sans base, il y a longtemps que les Russes l'auraient liquidé.
Il est suffisamment difficile d'y voir clair dans le bourbier tchétchène - il n'y a pratiquement plus aucun journaliste sur place - pour ne pas en rajouter dans les analyses fondées sur une idéologie directement héritée de la guerre froide. Avec cette idéologie, on peut faire de la propagande, mais pas de l'information. Allez Thierry, encore un effort pour devenir "non-aligné" !
PS (3 septembre) : Thierry Meyssan n'ayant ni daigné répondre à ce courrier ni le publier, je le rends donc public.

 



Ci-dessous l'article de Meyssan.

 

Mercenariat


Beslan : un an après, le mystère s'éclaircit

 

par Thierry Meyssan, voltairenet.org, 31 août 2005

L'auteur est journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.
Il n'est pas prudent de considérer l'actualité internationale en faisant abstraction des réalités stratégiques. Lors de la prise d'otages du 3 septembre 2004 à Beslan, en Russie, qui causa la mort de 186 enfants, les relais médiatiques dominants s'étaient démarqués de l'horreur en affirmant leur soutien aux « Tchéchènes modérés » d'Aslan Maskhadov, appuyés par Londres et Washington. Pourtant, un an plus tard, Chamil Bassaïev, organisateur de l'opération conçue pour occasionner un carnage, vient d'être proclamé vice-Premier ministre du gouvernement en exil. Avec du recul, on constate donc qu'une fois de plus l'émotion immédiate sert des intérêts plus complexes : le contrôle des ressources de la Caspienne.

Il y a un an exactement, le 1er septembre 2004, un groupe d'hommes armés faisait irruption dans une école à Beslan (Ossétie du Nord) et prenait enfants, parents et professeurs en otages. Au bout de trois jours de crise, d'une série d'explosions et d'un assaut des forces de l'ordre, 376 personnes trouvèrent la mort, dont 186 enfants. Cette action fut revendiquée par Chamil Bassaïev, un chef de guerre tchétchène. Étrangement, la presse occidentale, loin d'exprimer la moindre compassion pour les Russes, s'acharna contre le président Poutine, accusé d'être responsable du carnage à la fois parce qu'il entretiendrait une atroce guerre coloniale en Tchétchénie et parce qu'il aurait ordonné un assaut aveugle. Certains auteurs allérent plus loin en accusant Vladimir Poutine d'avoir délibéremment provoqué le bain de sang pour justifier de nouvelles mesures autoritaires [1]. De son côté, le Kremlin répondit en affirmant que la prise d'otages serait sans lien avec le conflit tchétchène, lequel serait en voie de normalisation, mais montrerait que la Russie serait devenue une cible du terrorisme international. Cette version fut bientôt modifiée, des experts russes laissant entendre que l'opération aurait en réalité été commanditée par les services britanniques pour affaiblir le pays [2].

Un an après, que savons-nous de ce drame, des objectifs politiques de ses protagonistes et de ses conséquences ?


Le drame tchétchène


Pour répondre à ces questions, il convient d'abord de resituer cette affaire dans son contexte. La Tchétchènie est un État membre de la Fédération de Russie qui a connu deux guerres successives en une décennie et reste plongée dans le chaos [3]. Pour ceux qui ont une vision ethnique de la Russie, blanche et orthodoxe, la question ressort des classiques guerres coloniales. À l'inverse, pour ceux qui ont définition eurasiatique de la Fédération, le problème actuel est une conséquence de l'effondrement de l'État dans la période 1991-1999 au cours de laquelle le président Eltsine hésita entre la guerre à outrance contre sa propre population et l'indépendance de fait. La vacance du pouvoir aurait à la fois profité aux bandes armées et aux précheurs islamistes selon un schéma comparable à celui qu'a connu l'Afghanistan à la même époque.

Ces deux points de vue peuvent être également étayés, mais il importe de bien comprendre les idéologies qui les sous-tendent. La vision ethnique est défendue, en Russie et en Tchétchènie même, par l'extrême droite, et en Occident par les partisans du « choc des civilisations ». La vision eurasiatique est promue par le président Poutine qui ne manque pas une occasion de célébrer l'apport musulman dans l'édification de la Russie [4].

L'analyse historique donne raison aux eurasiates, comme l'a noté le professeur Francisco Veiga de l'université de Barcelone [5], mais il n'infirme pas pour autant le point de vue ethnique qui peut constituer un projet politique.

Quoi qu'il en soit, la question tchétchène est aussi, et peut-être surtout, une question stratégique internationale : cet État est traversé par un réseau d'oléoducs indispensable à l'expoitation russe du pétrole de la Caspienne. Dès lors, il y va de l'intérêt des rivaux et adversaires de la Russie, et singulièrement des États-Unis, que le conflit s'éternise voire qu'il s'étende à tout le Caucase [6]. Ceux-ci déploient des efforts visibles dans la région. Ils ont placé des hommes à eux en Géorgie dont ils encadrent l'armée et contrôlent l'espace aérien depuis leur base turque d'Incirlik [7]. En réponse, les Russes soutiennent en sous-main, en Géorgie, les séparatistes d'Ossétie du Sud [8].


Les élections d'août 2004


Le processus politique en cours permet à la Fédération de Russie d'organiser des élections en Tchétchènie, le 29 août 2004. Les observateurs internationaux unanimes, y compris ceux de la Ligue arabe, attestent de la sincérité du scrutin, tandis que, fidèle à elle même, la presse occidentale persiste à dénoncer une mascarade organisée par l'apprenti-dictateur Poutine.

L'appel des indépendantistes à boycotter le scrutin est peu suivi, puisque le taux de participation atteint 79 %. Le général Alkanov, candidat pro-Fédération, est élu sans difficulté. Mauvaise joueuse, la presse occidentale voit dans ce résultat la preuve d'une manipulation. Deux jours plus tard, le président français, Jacques Chirac, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui ont une toute autre analyse, font le voyage de Sochi pour féliciter le président Poutine d'avoir réussi à rétablir des institutions démocratiques en Tchétchénie.

Les partisans du chaos n'avaient pourtant pas ménagé leur peine pour faire échouer le processus politique : le 24 août, un Tupolev 154 reliant Moscou à Sochi et un Tupolev 134 reliant Moscou à Volgograd explosaient en vol, provoquant la mort de 90 personnes. Après avoir évoqué de possibles accidents, les autorités russes admettaient que les deux avions avaient fait l'objet d'attentats. L'action était revendiquée par les Brigades Al-Islambouli (Kata'ib al-Islambuli) [9]. Le 31 août, la même organisation faisait exploser une bombe à Moscou, devant la station de métro Rizhskaya, tuant dix personnes et en blessant une cinquantaine. Mais le plus terrible restait à venir.


Le massacre de Beslan


Le 1er septembre, 32 hommes et femmes en armes pénétrent dans l'école de Beslan (Ossétie du Nord, Fédération de Russie) au cours de la cérémonie du « jour de la connaissance ». Ils rassemblent 1300 otages, élèves, parents d'élèves et personnels, dans le gymnase de l'établissement, qu'ils piégent avec quantité d'explosifs.

Les forces de sécurité encerclent l'école, tandis que le docteur Leonid Roshal (qui avait déjà été le négociateur lors de la crise des otages du théâtre de Moscou) vient parlementer. Cependant, les preneurs d'otages n'expriment aucune revendication, refusent de donner à manger et à boire aux otages, et en abattent 20 chaque fois que l'un d'entre eux est blessé par les forces de sécurité.

Pendant ce temps, le Kremlin, qui ne considére pas cette affaire comme émanant de la cause tchétchène, mais comme commanditée par une puissance étrangère, saisit le Conseil de sécurité des Nations Unies. Celui-ci refuse de débattre d'un projet de résolution et se contente d'un communiqué de condamnation de la prise d'otage et des attentats aéronautiques exhortant la communauté internationale à coopérer avec les autorités russes pour arrêter et juger les coupables [10].

Le lendemain, l'ancien président d'Ingouchie, Ruslan Aushev, tente à son tour une médiation, et obtient des libérations au compte-goutte. Les enfants sont toujours privés d'eau et de nourriture, contraints de boire leur urine pour survivre. Les preneurs d'otages se montrent particulièrement insensibles et sarcastiques. Leur chef déclare agir sur ordre du chef de guerre Chamil Bassaïev, sans formuler d'exigence. Il joue le pourrissement de la situation, tandis que les médias du monde entier affluent dans la petite ville. Soudain, il requiert la venue de plusieurs personnalités et déclare qu'il ne donnera à boire aux enfants que lorsque le président Poutine aura annoncé à la télévision l'indépendance de la Tchétchénie.

Le troisième jour, les preneurs d'otages autorisent les services médicaux à venir évacuer les cadavres de 21 otages abattus car, la chaleur et l'humidité aidant, ils commencent à se décomposer. Une explosion retentit à ce moment-là sans que l'on sache exactement s'il s'agissait d'un coup de feu tiré par un parent d'élève de l'extérieur de l'école, ou plus probablement d'une des bombes déclenchée accidentellement. L'explosion fut le signal d'une fusillade générale au cours de laquelle les forces de l'ordre donnèrent l'assaut. Les tirs et les bombes firent 376 morts, dont 11 soldats russes et 32 preneurs d'otages.

Un seul preneur d'otages survivra et sera jugé. Les autopsies révéleront que 22 de ses compagnons d'armes étaient des toxicomanes en état de manque au moment de leur mort. L'identification des attaquants est toujours sujette à caution.

L'action a été revendiquée par Chamil Bassaïev et condamnée par le porte-parole du gouvernement tchétchène en exil à Londres, Ahmed Zakaïev.


Quelques remarques


Pour réaliser l'attaque de Beslan, Chamil Bassaïev n'a pas pu compter sur des forces militantes. Il a dû utiliser des toxicomanes, rétribués en drogues, encadrés par quelques combattants aguerris. M. Bassaïev ne dispose pas en effet de légitimité en Tchétchénie et n'a pas de partisans. C'est un chef de guerre qui a connu une carrière de mercenaire dans divers conflits, avant de tenter en vain une percée politique en Tchétchénie, puis de revenir à des activités militaires.

L'opération était conçue pour se terminer en carnage. Le gymnase avait été piégé avec des bombes accrochées aux plafonds par des sparadraps. Un système si précaire que l'on se demande comment il a bien pu tenir trois jours complets. Il semble que l'encadrement militaire du groupe avait prévu de prendre la fuite en sacrifiant sa piétaille, mais a été pris de court par les évènements.

Le commando n'a pas formulé de revendication avant la fin du second jour, c'est-à-dire avant l'arrivée des journalistes étrangers. Au demeurant cette revendication était irréaliste et de pure forme. L'objectif était donc de créer une situation de crise, pas de marchander quoi que ce soit.

La prise d'otage intervient trois jours après l'élection présidentielle en Tchétchénie et quelques heures après la fin du sommet russo-germano-français de Sochi, saluant la normalisation politique de la Tchétchénie. Son objectif principal est de stopper le processus politique et la reconnaissance internationale de l'action de Vladimir Poutine pour établir la démocratie.


Les masques tombent


À l'approche du premier anniversaire du massacre de Beslan, Chamil Bassaïev, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international, a donné une interview à une chaine de télévision états-unienne. Puis, il a été nommé vice-Premier ministre du gouvernement tchétchène en exil à Washington et à Londres, qui avait pourtant officiellement condamné l'opération de Beslan. La distinction, imaginée par les partisans ouest-européens de l'indépendance de la Tchétchènie, entre les « durs » comme Bassaïev (que tous les Occidentaux condamnent) et les « modérés » du gouvernement provisoire (avec lesquels on déplore que le président Poutine refuse de discuter) n'est donc qu'un artifice de communication.
Ce gouvernement est appuyé par l'American Committee for Peace in Chechnya de l'ancien conseiller national de sécurité Zbigniew Brzezinski, installé dans les locaux de la Freedom House [11] de l'ancien directeur de la CIA James Woolsey.
Chamil Bassaïev revendique des liens récents avec Oussama Ben Laden que les États-Unis prétendent aujourd'hui rechercher en vain.

M. Brzezinski est connu pour avoir personnellement recruté Oussama Ben Laden lorsque celui-ci vivait à Beyrouth et lui avoir confié l'organisation d'attentats en Afghanistan visant à provoquer l'intervention soviétique. Dans ces divers ouvrages et conférences, M. Brzezinski n'a cessé de préconiser le démantélement non pas seulement de l'URSS, mais de la Fédération de Russie et d'apporter son soutien à tous les séparatismes pourvus qu'ils soient anti-Russes.


Ce que l'on peut en conclure


L'opération de Beslan a été perpétrée non par des militants, mais par des mercenaires. Elle ne visait donc pas à défendre une cause, que ce soit l'indépendance de la Tchétchénie ou l'instauration d'un Califat. Elle participe du « grand jeu » qui oppose les grandes puissances pour le contrôle du Caucase et des ressources de la Caspienne. Son organisateur, Chamil Bassaïev, est aujourd'hui vice-Premier ministre d'un gouvernement en exil ayant pignon sur rue à Washington et à Londres. Ce dernier dispose de toute l'aide logistique nécessaire fournie par le gouvernement des États-Unis via des officines connues de la CIA.