Kadyrov City, capitale radioactive d’une
Tchétchénie transformée en enfer
Les parlementaires tchétchènes veulent rebaptiser
leur capitale pour honorer la mémoire de l’ancien président,
feu Akhmad Kadyrov.
Le Parlement prorusse de Tchétchénie, doux pléonasme,
s’est réuni pour sa session inaugurale le 12 décembre,
en recevant la visite surprise de Vladimir Poutine. Celui-ci, qui
s’était maintes fois félicité du processus
électoral qui a conduit à la naissance de cette assemblée
où, rappelons-le, les députés de Russie Unie,
son parti, ont obtenu la majorité des 58 sièges, a promis
que la reconstruction de Grozny serait l'une des priorités
du gouvernement. Deux jours plus tard, le Parlement tchétchène
émet sa première proposition : rebaptiser la capitale
Grozny en « Akhmad-Kala » (ville d’Akhmad), en hommage
au président Akhmad Kadyrov, victime d’un attentat terroriste
le 9 mai 2004.
Depuis le début du XIXe siècle, et l’expansion
panrusse, la forteresse de Groznaïa gardait les marches caucasiennes
de l’Empire. La ville fut fondée en 1818 à partir
de ce même fort tenu par des Cosaques. En 1870, elle pris le
nom de Grozny qui signifie « Terrible » en russe, sans
doute à cause du caractère irréductible de ses
habitants. Beaucoup plus tard, dans les années 1990, la capitale
fut nommée officieusement « Djokhar-Kala » par
les séparatistes tchétchènes, fidèles
à leur président Djokhar Doudaïev, assassiné,
en 1995.
Ce projet s’inscrit dans la continuité de la politique
du gouvernement russe, relayée par ses inféodés,
visant à installer sur le « trône » tchétchène
une dynastie prorusse et donc farouchement opposée aux indépendantistes.
Et quelle meilleure solution pour y parvenir que d’imposer aux
habitants un culte voué à la personnalité de
Kadyrov, déjà inauguré par une avenue portant
son nom et une place centrale ornée d’une statue à
son effigie. On se doute que l’homme fort du pouvoir à
Grozny, Ramzan Kadyrov, fils de la nouvelle icône, vice Premier
ministre en exercice et leader des milices sanguinaires qui sillonnent
le pays, n’est pas étranger à cette proposition…
Une radioactivité atteignant jusqu'à... 58.000
fois la normale, c'est ce qui a été constaté
dans un quartier de Grozny, la capitale de la Tchétchénie,
a annoncé le procureur de la république caucasienne,
Valéri Kouznetsov.
Une enquête a été ouverte au sujet de l'entreposage
inadéquat de matières radioactives par la société
publique Industrie pétrochimique tchétchène.
Selon le procureur, près d'une trentaine d'éléments
radioactifs non sécurisés émettent des radiations
dans cette usine située dans les faubourgs de la capitale tchétchène,
non loin d'immeubles d'habitation et d'une station d'autobus.
La présence de cobalt-60 pose un danger particulier, indique
le procureur. "Il s'agit d'une menace pour la population car
la direction de l'usine ne prend aucune initiative quelconque pour
déplacer les matières radioactives ou pour isoler l'accès
à l'usine", a-t-il expliqué vendredi.
Selon la chaîne de télévision russe NTV, les installations
de l'usine ont été sérieusement endommagées
en 1999 lors du bombardement de Grozny par l'armée russe. Par
la suite, l'usine est restée en grande partie sans surveillance.
3ème info : Les écoles de la région de Chelkovsky,
dans le nord-est de la Tchétchénie, ont été
fermées mercredi 21 décembre jusqu'à nouvel ordre,
après l'empoisonnement mystérieux qui a frappé
au moins 70 personnes, dont 53 écoliers, a annoncé le
porte-parole du ministère des Situations d'urgence.
Des examens sanguins des malades sont en cours à Moscou, la
thèse dominante étant pour l'instant celle d'un empoisonnement
avec une forme ou une autre de gaz neurotoxique.
Les responsables sanitaires n'excluent pas que le nombre de malades
augmente, alors que les écoles de quatre villes de la région
sont touchées.
Alors que cet empoisonnement collectif reste mystérieux, le
procureur général de Tchétchénie Valeri
Kouznetsov affirmait mardi qu'il était "prématuré
de parler d'un acte terroriste", mais que "toutes les possibilités
étaient envisagées".
C’était les dernières nouvelles de la Tchétchénie
à l’ère de Vladimir Poutine.
Source : www.marianne-en-ligne.fr, 18 décembre 2005, AP, 16
& 21 décembre 2005
Tout va bien
Les candidats du parti pro-Kremlin Russie Unie ont dominé,
comme prévu, les élections législatives tchétchènes
de dimanche, recueillant près de 60% des voix, et les communistes
se sont placés deuxièmes, avec près de 12%, a
indiqué lundi matin la commission électorale tchétchène,
citant des résultats partiels.
Les hommes de Russie Unie ont obtenu 59,26% des suffrages exprimés,
ceux du PC 11,93% et les libéraux de l'Union des forces de
droite (SPS), 10,57%, selon les résultats de 171 bureaux de
vote sur 430, a indiqué le président de la commission
Ismaïl Baïkhanov. Ils sont suivis par l'Union eurasienne
(5,15%), le parti réformateur Iabloko (4,07%) et les nationalistes
de La Patrie (3,05%). La participation a atteint 66,09%, selon Baïkhanov.
À Moscou, Vladimir Poutine a déclaré, péremptoire
: "Les élections finalisent le processus légal
de restauration de l'ordre constitutionnel dans cette république".
Autrement dit : circulez, il n'y a plus rien à voir...
Le déroulement des élections a été implicitement
critiqué dans la nuit de dimanche à lundi par le chef
de la délégation du Conseil de l'Europe, le Suisse Andreas
Gross. Ce dernier a déclaré à Grozny qu'il nourrissait
des sentiments "ambivalents" à propos de ce scrutin
- les premières législatives tchétchènes
en huit ans -, estimant que le "pouvoir réel" dans
la république n'était pas fondé sur la démocratie.
"Le pouvoir réel (...) est basé sur une légitimité
qui n'est pas démocratique", a ajouté M. Gross,
qui est rapporteur de l'Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe (APCE) sur la Tchétchénie. Il faisait référence
à l'homme fort de la république, le Premier ministre
tchétchène Ramzan Kadyrov, qui dirige une force de plusieurs
milliers de combattants pro-russes. M. Gross a estimé que les
indépendantistes tchétchènes devraient être
inclus dans le processus politique et appelé à l'organisation
d'une table ronde.
Près de 600.000 électeurs tchétchènes,
dont quelque 34.000 soldats ou officiers des forces fédérales
basées dans la république, étaient appelés
à choisir les 58 députés de leur Parlement local.
Le Kremlin et le gouvernement tchétchène pro-russe avaient
eu à c¦ur depuis un an de présenter ces législatives
locales comme un pas supplémentaire et définitif vers
le retour à une vie normale, dans la république caucasienne
où les troupes russes sont à nouveau déployées
depuis 1999. Une Constitution a été adoptée en
mars 2003 et deux élections présidentielles se sont
déroulées en octobre 2003 et août 2004.
Source : AFP, 28 novembre 2005
Dans la Tchétchénie en guerre,
Moscou organise des élections législatives qualifiées
de "farce" par les ONG
par Marie Jégo, Le Monde, 26 novembre 2005
La Tchétchénie n'a plus de capitale mais elle aura bientôt
un Parlement. Dimanche 27 novembre, les électeurs tchétchènes
sont appelés à se rendre aux urnes pour élire
leurs députés. Le scrutin, présenté comme
le point d'orgue de la "normalisation", verra la participation
de 35 000 officiers russes — sur 80 000 hommes basés
sur place — invités à prendre part au vote, eux
aussi, tandis que cinq militaires se sont portés candidats.
Aucun observateur occidental ne suivra le vote, si ce n'est une mission
envoyée par l'Assemblée parlementaire du Conseil de
l'Europe (ACPE) pour "recueillir des informations". En revanche
la Communauté des États indépendants (CEI), le
groupe de Shanghaï (Chine, Russie, et trois pays d'Asie centrale)
et le parti de la jeunesse poutinienne Nachi, ont envoyé les
leurs. Évoquant "l' atmosphère tranquille"
de la campagne, les chaînes publiques russes ont filmé
— en plan serré — les affiches électorales
placardées sur les murs en ruines de Grozny, sans s'attarder
sur l'état de cette ville du Caucase russe, aujourd'hui rasée
mais qui comptait jadis 450 000 habitants.
Le processus électoral a été qualifié
de "farce" par les ONG russes Memorial et Demos, soutenues
par la Fédération d'Helsinki et la Fédération
internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH). "La communauté
internationale commet une erreur irréparable en faisant semblant
de croire que la situation en Tchétchénie s'améliore,
comme si des élections sous la menace de fusils étaient
des élections", ont-elles indiqué. Évoquant
le parallèle fait par les responsables russes avec les élections
en Irak, Oleg Orlov, de Memorial, a évoqué la "terreur
d'Etat" en Tchétchénie.
Le résultat du scrutin devrait renforcer le vice-premier ministre
Ramzan Kadyrov, chef d'une bande de 5 000 hommes qui font régner
leur loi, gèrent des centres de détention secrets, torturent
et font disparaître leurs victimes. Malgré la "normalisation",
racket, arrestations, passages à tabac, mauvais traitements
sont le lot quotidien comme le souligne le dernier rapport publié
par la FIDH et Memorial : "L'un des cas les plus significatifs
(...) a été enregistré à Novye Atagui.
En septembre 2005, les disparitions n'y ont pas cessé (...),
presque toujours accompagnées de passages à tabac ou
de traitements cruels et de tortures. Certains détenus avaient
12, 13 ou 14 ans."
L'impunité demeure écrit le rapport : "Les enquêtes
criminelles — quand elles sont ouvertes — sont fermées
peu après, les dossiers se perdent ou disparaissent, ainsi
que des preuves (...) Les témoins sont menacés. "
Lundi 21 novembre, deux cents personnes s'étaient rassemblées
à Grozny pour protester après la mort de trois civils,
tués d'une balle dans la nuque par des soldats ivres.
La nouvelle stratégie de la résistance
tchétchène : quand la BBC tente d'analyser la situation
au Caucase
Dans les années 1990, les peuples du Caucase ne s'étaient
guère solidarisés avec les Tchétchènes,
qui se sont battus seuls contre les forces fédérales.
Mais la situation serait en train de changer, notamment au Daguestan,
où des opérations, de mieux en mieux organisées
se produiraient quasiment tous les jours.
Le groupe kabardino-balkar "Jamaat Yarmouk" a revendiqué
la responsabilité des événements du 13 octobre
2005 à Naltchik.
Créé par un certain Mouslim Ataïev, il est formé
avant tout de membres originaires comme lui de la région de
l'Elbrouz. Il a fait parler pour la première fois de lui en
juillet 2002 par une déclaration publiée sur le site
Kavkaz-Center. En 1999, Ataïev a subi l'influence d'islamistes
de la République karbardino-balkare. Ses hommes et lui ont
suivi un entraînement militaire sur le plateau de Betchassyne,
proche de l'Elbrouz, avant de se rendre dans les gorges de Pankissi
en Géorgie. C'est là qu'Ataïev et ses hommes suivirent
un entraînement auprès de Rouslan Guélaïev.
Ils soutinrent celui-ci lors de la prise par l'unité de Guélaïev
du village de Galachki en Ingouchie au cours de l'automne 2002. Ataïev
revint ensuite en Kabardino-Balkarie et commença à recruter
des membres pour agir dans la République. Il fut tué
en janvier 2005 par les forces de l'ordre et remplacé par l'émir
Seïfoullah.
Selon des sources locales, il y avait en novembre 2003 en Kabardino-Balkarie
une cinquantaine de personnes qui avaient combattu en Tchétchénie.
Le Jamaat, qui revendique une composition pluriethnique, appelle les
musulmans au djihad contre les autorités "fantoches imposées
par la Russie" et accuse cette dernière d'être responsable
de la toxicomanie et de la corruption ambiantes.
Il revendique deux conditions pour cesser la lutte : que les autorités
de Kabardino-Balkarie reconnaissent et condamnent le génocide
des Tchétchènes commis par la Russie et qu'elles exigent
l'ouverture de négociations entre le président Poutine
et l'Ichkérie.
En réaction, les autorités régionales ont fermé
toutes les mosquées sauf une, qui est étroitement contrôlée
par la milice. Le Jamaat a adhéré au "Front caucasien",
créé en mai 2005 par un décret du nouveau président
tchétchène Abdoulkhalim Sadoulaïev. Alors que Maskhadov
tentait de limiter la guerre contre les forces fédérales
à la Tchétchénie, son successeur a cédé
à la pression des chefs militaires tchétchènes
en changeant officiellement de stratégie.
La nouvelle stratégie viserait à étendre la
guerre russo-tchétchène en coordonnant de petits groupes
régionaux de francs-tireurs et en contribuant à une
aggravation des problèmes politiques dans les République
du Caucase du Nord.
Ainsi, les combattants tchétchènes espèrent-ils
détourner de Tchétchénie des ressources de l'armée
fédérale russe et faire pencher l'équilibre des
forces en leur faveur.
Cela leur permettrait de passer d'une guerre de résistance
à des opérations militaires coordonnées à
grande échelle qui favorisaient un soulèvement populaire.
Une étape ultérieure consisterait à porter
la guerre dans le "c¦ur économique" de la
Russie au début de l'année prochaine. Face à
cette dégradation de la situation dans le Nord du Caucase,
il faut bien constater que la réaction des forces de maintien
de l'ordre et du Kremlin est insuffisante et tardive.
Source : site russe de BBC World Service, http://news.bbc.co.uk/hi/russian/russia/newsid_4340000/4340578.stm.
Traduction résumée de l'anglais par PF.
4 proches de Maskhadov en danger
On peut craindre le pire pour Viskhan Khadjimouradov, Vakhid Mourdachev,
Ilias Iriskhanov et Andarbek Ioussoupov, arrêtés le 8
mars 2005 à Doïkour-Evl (Tolstoï-Iourt, district
de Staro-Iourt/Grozny).
Leur procès, qui s'est ouvert le 10 octobre, devrait être
"équitable et ouvert" selon les autorités
de Russie. Mais le Comité de travail spécial chargé
de l'enquête sur le Président de la République
tchétchène d'Ichkérie Aslan Maskhadov craint
que celles-ci ne cherchent à les éliminer à la
faveur d'un transfert d'un lieu de détention
dans un autre.
Viskhan Khadjimouradov, qui était un parent de Maskhadov, le
président tchétchène assassiné par les
Russes, était arrêté pour la seconde fois. Vakhid
Mourdachev, général de la Résistance depuis 1996,
était chargé de
rédiger les discours du Président avant son arrestation.
Source : Fédération internationale des ligues des droits
de l'Homme (FIDH)
Six soldats russes tués et sept blessés
en 24 heures
Six soldats des forces fédérales russes ont été
tués et sept blessés au cours des dernières 24
heures en Tchétchénie, selon une source administrative
tchétchène pro-russe. Les positions des forces russes
ont fait l'objet de tirs à 14 reprises.
Trois militaires sont morts et quatre ont été blessés
dans ces attaques. Vendredi 21 octobre, un accrochage à proximité
du village Nojaï-Iourt, non loin de la frontière avec
le Daguestan, a fait deux morts et deux blessés parmi les soldats.
En outre, un camion militaire a sauté sur une mine près
du village Kourtchaloï (centre-sud), faisant un mort et un blessé.
Source : ATS, 22 octobre 2005
Réponse à l'article de Thierry
Meyssan, "Beslan : un an après le mystère s'éclaircit"
par Fausto Giudice, 1er septembre 2005
Cher Thierry Meyssan,
J'ai été, je l'avoue, littéralement abasourdi
par ton article, paru le 31 août et intitulé "Beslan
: un an après le mystère s'éclaircit ".
Réseauvoltairenet se présente comme un "réseau
de presse non-alignée". Après cet article, il devrait
plutôt s'intituler "réseau de presse aligné
sur Moscou". Il contient en effet une série d'affirmations
péremptoires non-étayées et d'omissions qui appellent
une réponse.
À te lire, Vladimir Poutine est un démocrate qui est
en train d'instaurer la démocratie dans la Fédération
de Russie et de "normaliser" la situation en Tchétchénie.
Tu en veux comme preuves les "élections" d'août
2004, modèle d'élections démocratiques, selon
les "observateurs internationaux unanimes". Simultanément,
le gouvernement Maskhadov est qualifié par toi de "gouvernement
en exil ayant pignon sur rue à Washington et à Londres".
Or, que je sache :
- Aslan Maskhadov était le président élu de Tchétchénie.
- Il a été assassiné par les forces spéciales
russes en Tchétchénie et non pas à Washington
ou à Londres.
- Les seuls membres du nouveau gouvernement tchétchène
constitué après l'assassinat de Maskhadov, à
vivre en dehors de Tchétchénie sont Ahmet Zakaïev,
réfugié à Londres, d'où il a échappé
de peu à l'extradition vers la Russie, et Osman Ferzauli, ministre
des Affaires étrangères, qui est réfugié
politique au Danemark
Pour revenir aux "élections" du 29 août 2004,
j'aimerais bien savoir d'où tu tiens le chiffre de taux de
participation de 79%. La moitié de la population tchétchène
vit aujourd'hui en dehors de Tchétchénie. Alors, 79%
des électeurs inscrits, c'est pratiquement impossible.
Venons-en à Beslan. Pourquoi ne pas parler dans ton article
du procès de Nourpachi Koulaïev, qui traîne à
Vladikavkaz depuis le mois de mai ? Pourquoi ne pas dire que Nourpachi
Koulaïev était détenu depuis de longs mois par
les Russes avant la prise d'otages de Beslan et qu'il a été
amené sur place pour faire de la figuration, après la
prise d'otages ?
Et enfin, Chamil Bassaïev. Tu écris :
« Pour réaliser l'attaque de Beslan, Chamil Bassaïev
n'a pas pu compter sur des forces militantes. Il a dû utiliser
des toxicomanes, rétribués en drogues, encadrés
par quelques combattants aguerris. M. Bassaïev ne dispose pas
en effet de légitimité en Tchétchénie
et n'a pas de partisans. C'est un chef de guerre qui a connu une carrière
de mercenaire dans divers conflits, avant de tenter en vain une percée
politique en Tchétchénie, puis de revenir à des
activités militaires. »
Je ne sais pas sur quoi tu te fondes pour cette série d'affirmations
péremptoires. Ce qui est en revanche évident, c'est
que Bassaïev n'est pas seul, qu'il n'est pas en exil mais vit
en Tchétchénie et qu'il a des "partisans"
puisqu'il est le principal commandant de la résistance armée
tchétchène à l'occupation russe. S'il n'était
que ce que tu dis, un "chef de guerre" sans base, il y a
longtemps que les Russes l'auraient liquidé.
Il est suffisamment difficile d'y voir clair dans le bourbier tchétchène
- il n'y a pratiquement plus aucun journaliste sur place - pour ne
pas en rajouter dans les analyses fondées sur une idéologie
directement héritée de la guerre froide. Avec cette
idéologie, on peut faire de la propagande, mais pas de l'information.
Allez Thierry, encore un effort pour devenir "non-aligné"
!
PS (3 septembre) : Thierry Meyssan n'ayant ni daigné répondre
à ce courrier ni le publier, je le rends donc public.
Ci-dessous l'article de Meyssan.
Mercenariat
Beslan : un an après, le mystère
s'éclaircit
par Thierry Meyssan, voltairenet.org, 31 août
2005
L'auteur est journaliste et écrivain, président
du Réseau Voltaire.
Il n'est pas prudent de considérer l'actualité internationale
en faisant abstraction des réalités stratégiques.
Lors de la prise d'otages du 3 septembre 2004 à Beslan, en Russie,
qui causa la mort de 186 enfants, les relais médiatiques dominants
s'étaient démarqués de l'horreur en affirmant leur
soutien aux « Tchéchènes modérés »
d'Aslan Maskhadov, appuyés par Londres et Washington. Pourtant,
un an plus tard, Chamil Bassaïev, organisateur de l'opération
conçue pour occasionner un carnage, vient d'être proclamé
vice-Premier ministre du gouvernement en exil. Avec du recul, on constate
donc qu'une fois de plus l'émotion immédiate sert des
intérêts plus complexes : le contrôle des ressources
de la Caspienne.
Il y a un an exactement, le 1er septembre 2004, un
groupe d'hommes armés faisait irruption dans une école
à Beslan (Ossétie du Nord) et prenait enfants, parents
et professeurs en otages. Au bout de trois jours de crise, d'une série
d'explosions et d'un assaut des forces de l'ordre, 376 personnes trouvèrent
la mort, dont 186 enfants. Cette action fut revendiquée par Chamil
Bassaïev, un chef de guerre tchétchène. Étrangement,
la presse occidentale, loin d'exprimer la moindre compassion pour les
Russes, s'acharna contre le président Poutine, accusé
d'être responsable du carnage à la fois parce qu'il entretiendrait
une atroce guerre coloniale en Tchétchénie et parce qu'il
aurait ordonné un assaut aveugle. Certains auteurs allérent
plus loin en accusant Vladimir Poutine d'avoir délibéremment
provoqué le bain de sang pour justifier de nouvelles mesures
autoritaires [1]. De son côté, le Kremlin répondit
en affirmant que la prise d'otages serait sans lien avec le conflit
tchétchène, lequel serait en voie de normalisation, mais
montrerait que la Russie serait devenue une cible du terrorisme international.
Cette version fut bientôt modifiée, des experts russes
laissant entendre que l'opération aurait en réalité
été commanditée par les services britanniques pour
affaiblir le pays [2].
Un an après, que savons-nous de ce drame, des
objectifs politiques de ses protagonistes et de ses conséquences
?
Le drame tchétchène
Pour répondre à ces questions, il convient d'abord de
resituer cette affaire dans son contexte. La Tchétchènie
est un État membre de la Fédération de Russie qui
a connu deux guerres successives en une décennie et reste plongée
dans le chaos [3]. Pour ceux qui ont une vision ethnique de la Russie,
blanche et orthodoxe, la question ressort des classiques guerres coloniales.
À l'inverse, pour ceux qui ont définition eurasiatique
de la Fédération, le problème actuel est une conséquence
de l'effondrement de l'État dans la période 1991-1999
au cours de laquelle le président Eltsine hésita entre
la guerre à outrance contre sa propre population et l'indépendance
de fait. La vacance du pouvoir aurait à la fois profité
aux bandes armées et aux précheurs islamistes selon un
schéma comparable à celui qu'a connu l'Afghanistan à
la même époque.
Ces deux points de vue peuvent être également
étayés, mais il importe de bien comprendre les idéologies
qui les sous-tendent. La vision ethnique est défendue, en Russie
et en Tchétchènie même, par l'extrême droite,
et en Occident par les partisans du « choc des civilisations ».
La vision eurasiatique est promue par le président Poutine qui
ne manque pas une occasion de célébrer l'apport musulman
dans l'édification de la Russie [4].
L'analyse historique donne raison aux eurasiates, comme
l'a noté le professeur Francisco Veiga de l'université
de Barcelone [5], mais il n'infirme pas pour autant le point de vue
ethnique qui peut constituer un projet politique.
Quoi qu'il en soit, la question tchétchène
est aussi, et peut-être surtout, une question stratégique
internationale : cet État est traversé par un réseau
d'oléoducs indispensable à l'expoitation russe du pétrole
de la Caspienne. Dès lors, il y va de l'intérêt
des rivaux et adversaires de la Russie, et singulièrement des
États-Unis, que le conflit s'éternise voire qu'il s'étende
à tout le Caucase [6]. Ceux-ci déploient des efforts visibles
dans la région. Ils ont placé des hommes à eux
en Géorgie dont ils encadrent l'armée et contrôlent
l'espace aérien depuis leur base turque d'Incirlik [7]. En réponse,
les Russes soutiennent en sous-main, en Géorgie, les séparatistes
d'Ossétie du Sud [8].
Les élections d'août 2004
Le processus politique en cours permet à la Fédération
de Russie d'organiser des élections en Tchétchènie,
le 29 août 2004. Les observateurs internationaux unanimes, y compris
ceux de la Ligue arabe, attestent de la sincérité du scrutin,
tandis que, fidèle à elle même, la presse occidentale
persiste à dénoncer une mascarade organisée par
l'apprenti-dictateur Poutine.
L'appel des indépendantistes à boycotter
le scrutin est peu suivi, puisque le taux de participation atteint 79
%. Le général Alkanov, candidat pro-Fédération,
est élu sans difficulté. Mauvaise joueuse, la presse occidentale
voit dans ce résultat la preuve d'une manipulation. Deux jours
plus tard, le président français, Jacques Chirac, et le
chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui ont une toute autre
analyse, font le voyage de Sochi pour féliciter le président
Poutine d'avoir réussi à rétablir des institutions
démocratiques en Tchétchénie.
Les partisans du chaos n'avaient pourtant pas ménagé
leur peine pour faire échouer le processus politique : le 24
août, un Tupolev 154 reliant Moscou à Sochi et un Tupolev
134 reliant Moscou à Volgograd explosaient en vol, provoquant
la mort de 90 personnes. Après avoir évoqué de
possibles accidents, les autorités russes admettaient que les
deux avions avaient fait l'objet d'attentats. L'action était
revendiquée par les Brigades Al-Islambouli (Kata'ib al-Islambuli)
[9]. Le 31 août, la même organisation faisait exploser une
bombe à Moscou, devant la station de métro Rizhskaya,
tuant dix personnes et en blessant une cinquantaine. Mais le plus terrible
restait à venir.
Le massacre de Beslan
Le 1er septembre, 32 hommes et femmes en armes pénétrent
dans l'école de Beslan (Ossétie du Nord, Fédération
de Russie) au cours de la cérémonie du « jour de
la connaissance ». Ils rassemblent 1300 otages, élèves,
parents d'élèves et personnels, dans le gymnase de l'établissement,
qu'ils piégent avec quantité d'explosifs.
Les forces de sécurité encerclent l'école,
tandis que le docteur Leonid Roshal (qui avait déjà été
le négociateur lors de la crise des otages du théâtre
de Moscou) vient parlementer. Cependant, les preneurs d'otages n'expriment
aucune revendication, refusent de donner à manger et à
boire aux otages, et en abattent 20 chaque fois que l'un d'entre eux
est blessé par les forces de sécurité.
Pendant ce temps, le Kremlin, qui ne considére
pas cette affaire comme émanant de la cause tchétchène,
mais comme commanditée par une puissance étrangère,
saisit le Conseil de sécurité des Nations Unies. Celui-ci
refuse de débattre d'un projet de résolution et se contente
d'un communiqué de condamnation de la prise d'otage et des attentats
aéronautiques exhortant la communauté internationale à
coopérer avec les autorités russes pour arrêter
et juger les coupables [10].
Le lendemain, l'ancien président d'Ingouchie,
Ruslan Aushev, tente à son tour une médiation, et obtient
des libérations au compte-goutte. Les enfants sont toujours privés
d'eau et de nourriture, contraints de boire leur urine pour survivre.
Les preneurs d'otages se montrent particulièrement insensibles
et sarcastiques. Leur chef déclare agir sur ordre du chef de
guerre Chamil Bassaïev, sans formuler d'exigence. Il joue le pourrissement
de la situation, tandis que les médias du monde entier affluent
dans la petite ville. Soudain, il requiert la venue de plusieurs personnalités
et déclare qu'il ne donnera à boire aux enfants que lorsque
le président Poutine aura annoncé à la télévision
l'indépendance de la Tchétchénie.
Le troisième jour, les preneurs d'otages autorisent
les services médicaux à venir évacuer les cadavres
de 21 otages abattus car, la chaleur et l'humidité aidant, ils
commencent à se décomposer. Une explosion retentit à
ce moment-là sans que l'on sache exactement s'il s'agissait d'un
coup de feu tiré par un parent d'élève de l'extérieur
de l'école, ou plus probablement d'une des bombes déclenchée
accidentellement. L'explosion fut le signal d'une fusillade générale
au cours de laquelle les forces de l'ordre donnèrent l'assaut.
Les tirs et les bombes firent 376 morts, dont 11 soldats russes et 32
preneurs d'otages.
Un seul preneur d'otages survivra et sera jugé.
Les autopsies révéleront que 22 de ses compagnons d'armes
étaient des toxicomanes en état de manque au moment de
leur mort. L'identification des attaquants est toujours sujette à
caution.
L'action a été revendiquée par
Chamil Bassaïev et condamnée par le porte-parole du gouvernement
tchétchène en exil à Londres, Ahmed Zakaïev.
Quelques remarques
Pour réaliser l'attaque de Beslan, Chamil Bassaïev n'a pas
pu compter sur des forces militantes. Il a dû utiliser des toxicomanes,
rétribués en drogues, encadrés par quelques combattants
aguerris. M. Bassaïev ne dispose pas en effet de légitimité
en Tchétchénie et n'a pas de partisans. C'est un chef
de guerre qui a connu une carrière de mercenaire dans divers
conflits, avant de tenter en vain une percée politique en Tchétchénie,
puis de revenir à des activités militaires.
L'opération était conçue pour
se terminer en carnage. Le gymnase avait été piégé
avec des bombes accrochées aux plafonds par des sparadraps. Un
système si précaire que l'on se demande comment il a bien
pu tenir trois jours complets. Il semble que l'encadrement militaire
du groupe avait prévu de prendre la fuite en sacrifiant sa piétaille,
mais a été pris de court par les évènements.
Le commando n'a pas formulé de revendication
avant la fin du second jour, c'est-à-dire avant l'arrivée
des journalistes étrangers. Au demeurant cette revendication
était irréaliste et de pure forme. L'objectif était
donc de créer une situation de crise, pas de marchander quoi
que ce soit.
La prise d'otage intervient trois jours après
l'élection présidentielle en Tchétchénie
et quelques heures après la fin du sommet russo-germano-français
de Sochi, saluant la normalisation politique de la Tchétchénie.
Son objectif principal est de stopper le processus politique et la reconnaissance
internationale de l'action de Vladimir Poutine pour établir la
démocratie.
Les masques tombent
À l'approche du premier anniversaire du massacre de Beslan, Chamil
Bassaïev, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international,
a donné une interview à une chaine de télévision
états-unienne. Puis, il a été nommé vice-Premier
ministre du gouvernement tchétchène en exil à Washington
et à Londres, qui avait pourtant officiellement condamné
l'opération de Beslan. La distinction, imaginée par les
partisans ouest-européens de l'indépendance de la Tchétchènie,
entre les « durs » comme Bassaïev (que tous les Occidentaux
condamnent) et les « modérés » du gouvernement
provisoire (avec lesquels on déplore que le président
Poutine refuse de discuter) n'est donc qu'un artifice de communication.
Ce gouvernement est appuyé par l'American Committee for Peace
in Chechnya de l'ancien conseiller national de sécurité
Zbigniew Brzezinski, installé dans les locaux de la Freedom House
[11] de l'ancien directeur de la CIA James Woolsey.
Chamil Bassaïev revendique des liens récents avec Oussama
Ben Laden que les États-Unis prétendent aujourd'hui rechercher
en vain.
M. Brzezinski est connu pour avoir personnellement
recruté Oussama Ben Laden lorsque celui-ci vivait à Beyrouth
et lui avoir confié l'organisation d'attentats en Afghanistan
visant à provoquer l'intervention soviétique. Dans ces
divers ouvrages et conférences, M. Brzezinski n'a cessé
de préconiser le démantélement non pas seulement
de l'URSS, mais de la Fédération de Russie et d'apporter
son soutien à tous les séparatismes pourvus qu'ils soient
anti-Russes.
Ce que l'on peut en conclure
L'opération de Beslan a été perpétrée
non par des militants, mais par des mercenaires. Elle ne visait donc
pas à défendre une cause, que ce soit l'indépendance
de la Tchétchénie ou l'instauration d'un Califat. Elle
participe du « grand jeu » qui oppose les grandes puissances
pour le contrôle du Caucase et des ressources de la Caspienne.
Son organisateur, Chamil Bassaïev, est aujourd'hui vice-Premier
ministre d'un gouvernement en exil ayant pignon sur rue à Washington
et à Londres. Ce dernier dispose de toute l'aide logistique nécessaire
fournie par le gouvernement des États-Unis via des officines
connues de la CIA.
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