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TCHETCHENIE |
Chamil Bassaïev nommé vice-Premier ministre du gouvernement national
Mémorial accuse la Russie de transformer la Tchétchénie en "réserve"
160 000 morts, au bas mot ?
L'Emir Abdallah Shamil revendique le méga-sabotage de Moscou
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| 29/04/05 - Des membres de la famille de Doka Oumarov,
le ministre de la défense Tchétchène, dont son
père âgé de 65 ans, son épouse et son fils
de 1 an, ont été enlevés par des terroristes russes
mardi 4 mai vers 12h 30. Après les membres de la famille du président Maskhadov, dont les corps n’ont jamais été retrouvés, c’est donc à la famille d’un ministre tchétchène que Poutine s’attaque. Combien d’années, la communauté internationale se taira -t-elle encore ? Combien d’enfants le criminel contre l’humanité Poutine devra-t-il encore tuer avant que les gouvernements occidentaux n’interviennent ? |
le vendredi 18 MARS à 17h PARVIS BEAUBOURGAppel du COMITE TCHETCHENIE à une MANIFESTATION INTERPELLATION de L'EUROPE, MOBILISATION pour la PAIX en TCHETCHENIE A l'occasion de la venue de V. Poutine à Paris, où il doit rencontrer MM.Chirac, Schroeder et Zapatero. Le silence complice face au pouvoir russe doit enfin cesser et les dirigeants européens s'engager enfin en faveur d'une logique de paix en Tchétchénie. Rassemblement à 17h puis défilé : départ de la manifestation à 18h30
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03/02/05 - Le leader indépendantiste tchétchène Maskhadov ordonne un cessez-le-feu
Le leader indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov a ordonné à tous les combattants séparatistes d'observer un cessez-le-feu durant le mois de février contre les soldats russes, a annoncé tôt jeudi matin un site internet des séparatistes tchétchènes, citant un proche du chef de guerre Chamil Bassaïev.
Ce cessez-le-feu
unilatéral a été présenté comme un
signe de bonne volonté et sera appliqué sur le territoire
de la Tchétchénie ainsi qu'au delà de ses frontières,
précise le site kavakazcenter.com.
Chamil Bassaïev, l'homme le plus recherché par les Russes
et responsable de la sanglante prise d'otages l'an dernier à
l'école de Beslan, en Ossétie du nord, a accepté
d'obéir à Aslan Maskhadov et ordonné à ses
troupes d'arrêter toutes leurs opérations contre les soldats
russes, indique également le site.
"J'ai ordonné à tous les moujahidine sur tout le
territoire de la république tchétchène d'Ichkeria
(nom de la Tchétchénie pour les séparatistes) et
en Russie d'arrêter toutes leurs actions militaires pendant le
mois de février", écrit le chef de guerre dans un
communiqué publié par Kavkazcenter.com.
L'ordre donné par Aslan Maskhadov courrait seulement jusqu'au
22 février, relève Chamil Bassaïev. Selon Kavkazcenter.com,
qui ne l'a annoncé que jeudi matin, l'ordre de cessez-le-feu
a été signé le 14 janvier par celui qui avait été
élu président de cette république du Caucase russe
en 1997.
L'annonce faite par ce site n'avait pas encore été confirmée
ou commentée officiellement jeudi. Les troupes russes sont entrées
en Tchétchénie en octobre 1999 (après une première
guerre russo-tchétchène de décembre 1994 à
août 1996), et y sont toujours harcelées quotidiennement
par les rebelles.
Six militaires russes ont été tués et dix-sept
autres ont été blessés au cours des dernières
24 heures en Tchétchénie, a rapporté mercredi à
l'AFP un responsable de l'administration tchétchène pro-russe
à Grozny, sous couvert de l'anonymat.
Fin 2004, le bilan officiel russe de la deuxième guerre russo-tchétchène
s'élevait à environ 4 500 morts alors que le comité
des Mères de soldats estimait que le nombre de morts était
trois fois supérieur à celui annoncé, les autorités
ne reprenant pas les blessés morts de leurs blessures dans des
hôpitaux situés hors de Tchétchénie.
Le bilan des morts parmi les rebelles et les civils demeure inconnu.
Cette guerre s'est étendue à d'autres régions voisines,
menaçant de déstabiliser tout le Caucase du Nord et atteignant
même Moscou où les séparatistes tchétchènes
ont lancé ces dernières années des attaques meurtrières,
notamment avec des kamikazes.
Source : Le Monde, avec AFP, 3 février 2005
02/02/05
- Ce n'était pas un accident de voiture ...
La mort de 9 ou 10 miliciens appartenant aux forces de Ramzan Kadyrov,
le chef du "service de sécurité présidentielle",
le 28 janvier près du village d'Alkhan-Kala, dans le distrcit
d'Urus-Martan, n'était pas due à un "accident de
voiture", comme l'avait d'abord déclaré le ministère
de l'Intérieur, mais bien à une attaque de la résistance
tchétchène.
Source : http://eng.kavkaz.memo.ru/, 31 janvier 2005
25/01/05
- L’avocat Makhmut Magomadov enlevé par les “kadyrovtsy”
à Grozny
Un groupe d’hommes armés en tenues de camouflage, appartenant
aux troupes de Ramzan Kadyrov et surnommés les “kadyrovtsy”
ont enlevé le 20 janvier à 6 h 30 du matin l’avocat
tchétchène Makhmut Magomadov au domicile d’un de
ses amis à Grozny et l’ont emmené vers le centre-ville.
On est depuis sans nouvelles de cet avocat engagé dans des enquêtes
sur les disparitions forcées et bien connu des organisations
internationales de défense des droits humains. Rien qu’en
2004, selon l’ombudsman russe chargé des droits humains,
1 700 personnes ont été victimes de disparitions forcées.
Source : Kavkaz Center, 23 janvier 2005
24/01/05
- 9 ans de prison pour Zara Murtazaliyeva
Le 17 janvier, un tribunal de Moscou a condamné à 9 ans
de prison l'étudiante tchétchène de 22 ans Zara
Murtazaliyeva pour préparation de crime, terrorisme et transport
d'explosifs. Le procès a été entaché de
nombreuses irrégularités. Ainsi les explosifs qui auraient
été trouvés en possession de l'accusée ont
été détruits par la police au cours d'un test pour
pour voir s'ils étaient fonctionnels. Impossible donc de trouver
des empreintes digitales de l'accusée. Au début du procès,
il a été affirmé que Zara avait été
entraînée dans un "camp terroriste" tchétchène
près de Bakou. Les autorités azerbaïdjanaises ont
formellement démenti qu'un quelconque camp tchétchène
se trouve sur leur territoire. Enfin, la mère du témoin
à charge Anna Kulikova - une amie de l'accusée - a déposé
une requête au Comité d'assistance civique déclarant
que sa fille avait été forcée à faire son
témoignage par des coups, des menaces et des insultes. Les avocats
de Zara, Vladimir Suvorov et Zezag Usmanova, ont annoné qu'ils
feraient appel et iraient jusqu'à la Cour européenne des
droits de l'homme si nécessaire.
Source : Caucasian Knot, 18 janvier 2005
Lettre
ouverte à Poutine sur la prise d'otages de parents du président
Maskhadov
La Fédération internationale d'Helsinki pour les droits
humains et la Fédération internationale des droits de
l'homme ont écrit une lettre ouverte à Vladimir Poutine
pour protester contre la prise en otages de 8 membres de la famille
du président tchétchène Aslan Maskhadov. Ils dénoncent
comme responsable principal de cette prise d'otages, intervenue après
la prise d'otages de Beslan, Ramzan Kadyrov, vice-Premier ministre du
gouvernement tchétchène pro-russe, récemment décoré
comme "Héros de Russie". Les 8 parents de Maskhadov
seraient détenus illégalement à Tsenteroi, dans
le district de Gudermès. Les signataires demandent donc la libération
des otages et la poursuite contre les responsables de leur séquestration
illégale, condamnée par la Convention des Nations unies
de 1979 contre la prise d'otages.
Source : Caucasian Knot, 20 janvier 2005
11/01/05 - Lannée a bien commencé en Tchétchénie
La résistance
a infligé de nouvelles pertes aux forces doccupation dans les
premiers jours et nuits de la nouvelle année, qui est la sixième
de la deuxième guerre de tchétchénie. Ainsi, 14
soldats russes ont été abattus les 5 et 6 janvier dans
plusieurs attaques de moujahidine, notament dans la capitale Jokhar
(Grozny), à Noviye Atagui et dans la région de Vedeno,
dans le soud-ouest. Dautre part, deux officiers de police tchétchènes
et un garde du corps du président fantoche tchétchène
ont subi la justice.
Source : AFP, 6 janvier 2005
L’Émir
du Qatar fait un cadeau de Noël à Poutine : il lui rend
Belachkov et Bogachev, les assassins de Zelimkhan Iandarbiev
L’Émir du Qatar Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani vient
de faire un beau cadeau de Noël à Vladimir Poutine et à
son FSB (ex-KGB) : il a fait extrader en Russie les deux agents des
services secrets russes condamnés le 30 juin dernier à
Doha à la prison à vie, après avoir échappé
à la peine capitale, pour l’attentat terroriste qui avait
coûté la vie à Zelimkhan Iandarbiev le 13 février
dernier à Doha. Les deux gardes du corps du dirigeant tchétchène
avaient été tués et son fils Daoud grièvement
blessé dans l’explosion du véhicule 4X4 à
bord duquel ils se trouvaient.
Selon l’information officielle russe faisant état de cette
“extradition” (alors qu’il n’existe pas d’accord
d’extradition entre la Russie et le Qatar), les deux fonctionnaires
terroristes seront à nouveau jugés par un tribunal russe.
On peut être sûr qu’ils reprendront rapidement du
service pour la cause de la grande Russie.
Vendredi 24 décembre, Vladimir Poutine a eu une conversation
téléphonique chaleureuse avec Hamad Ben Khalifa, qu’il
a remercié pour la “bonne volonté” dont il
a fait preuve pour “régler ce problème”. Le
président et l’Émir ont tous deux affirmé
leur volonté de développer des relations amicales dans
tous les domaines, “dans l’intérêt de la stabilité
et de la paix au Moyen-Orient et dans le Golfe”.
Selon des sources tchécthènes, Moscou et Doha auraient
convenu de cet “arrangement” au moment même du procès
de Belachkov et Bogachev.
Rappel
historique de l’affaire
Zelimkhan Iandarbiev (aussi orthographié Iandarbaïev, Iandarbiyev,
Yandarbiyev) était né en 1952 au Kazakhstan, où
sa famille avait été déportée par Staline
en 1944. Écrivain et poète, il était actif à
l’Union des écrivains soviétiques. En mai 1990 il
crée le Parti démocratique des Vaïnakhs, qui milite
pour un État démocratique et indépendant en Tchétchénie.
De 1991 à 1993, il préside le comité pour les médias
et la libre parole du Parlement tchétchène. En avril 1993,
le président tchétchène Djokhar Doudaïev le
nomme vice-président par intérim. En 1995, le parquet
tchétchène lance des poursuites contre lui et six autres
dirigeants tchétchènes pour abus de pouvoir, haute trahison
et banditisme. Après l’attentat terroriste russe qui coûte
la vie à Doudaïev le 22 avril 1996, il devient président
par intérim et dirige la délégation tchétchène
qui signe le cessez-le-feu et l’accord de paix du 27 mai 1996
avec Boris Eltsin et Tchernomyrdine. Il se présente à
l’élection présidentielle du 27 janvier 1997, où
il est battu par Aslan Maskhadov. En 1998, il ouvre une ambassade tchétchène
à Kaboul et un consulat à Kandahar. En 2000, il s’installe
à Doha, dans l’Émirat du Qatar. En octobre 2001,
sous pression russe, Interpol lance un mandat d’arrêt contre
Iandarbiev, Maskhadov, Zakaïev, Noukhaïev et Makhachev pour
l’opération armée menée par les Tchétchènes
au Daguestan en août 1999. En 2003, les Nations unies l’inscrivent
sur une liste de personnes soupçonnées de relations avec
Al Qaïda, suite à son inscription par les USA sur la liste
rouge des personnes soupçonnées de terrorisme et donc
soumises à des sanctions financières. À trois reprises
au moins, de 2002 à 2004, Moscou demande son extradition au Qatar,
bien qu’aucun accord n’existe entre les deux pays.
Le vendredi 13 février 2004, Iandarbiev monte dans son Toyota
4X4 avec son fils Daoud, 13 ans, et ses deux gardes du corps après
avoir participé à la grande prière du vendredi.
Le véhicule explose près de la mosquée. Au Qatar,
l’émotion est grande : c’est la première bombe
qui explose dans l’histoire de l’émirat. Iandarbiev
mourra de ses blessures au Hamad General Hospital.
Aussitôt la propagande russe se déchaîne et attribue
l’attentat aux conflits entre Tchétchènes pour la
récupération du “trésor de guerre”
collecté par Iandarbiev pour les besoins de la résistance
tchétchène dans les pays du Golfe. Malheureusement pour
les Russes, deux “hommes d’affaires” russes et le
premier secrétaire de l’ambassade russe à Doha,
Alexander Fetisov, sont arrêtés dans la nuit du 18 au 19
février. Le diplomate sera relâché grâce à
son immunité diplomatique et rentrera en Russie le 24 mars. Les
deux agents secrets Anatolii Belachkov et Vassilii Bogachev font rapidement
des aveux et font preuve d’esprit de coppération avec les
enquêteurs. Ils sont inculpés de neuf chefs d’accusation.
Mais l’intervention d’un cabinet d’avocats mandaté
par le gouvernement russe - Yegorov, Puginsky, Afanasyev et Partenaires
- leur fait changer de tactique : ils se rétractent et disent
avoir été contraints à faire des aveux sous la
“torture”. Leur procès s’ouvre le 11 avril
2004 à Doha. Les autorités qataris ont choisi d’adopter
un profil bas, celui de la discrétion. Le procès passe
presque inaperçu. La défense ne parviendra pas à
démontrer que les deux hommes ont été torturés
pendant leurs interrogatoires. Le procureur réclame la peine
de mort pour les terroristes. Les Russes lancent une campagne pour les
“droits de l’homme” des deux agents terroristes et
dénoncent les “tortures” qu’ils auraient subies
au Qatar. Finalement, les deux hommes sont condamnés à
la prison à vie, ce qui signifie au Qatar 25 ans de détention.
En guise de rétorision, les Russes interpellent et détiennent
pendant quelques semaines des sportifs qataris en transit par la Russie.
Un appel interjeté par les condamnés est rejeté.
Finalement, les pressions russes auront eu raison de l’Émir
du Qatar, qui fint par accepter d’extrader les deux terroristes
russes. Il faut signaler que cet attentat terroriste n’a suscité
aucune protestation des leaders du monde “libre” et “démocratique”
ni même des defenseurs des droits de l’homme. Iandarbiev
n’était après tout qu’un méchant barbu,
n’est-ce-pas ? Selon certaines informations, les Russes auraient
eu le feu vert de leurs amis de Washington pour l’attentat contre
Iandarbiev. Pour empêcher la diffusion de ces informations, les
services US ont donc répandu une rumeur, selon laquelle ils auraient
collaboré avec les services qataris pour identifier et arrêter
les agents russes. C’est vrai que, quand même, ça
la fout mal, pour Washington, engagée dans la croisade mondiale
contre le terrorisme, de tolérer un attentat terroriste sur le
territoire d’un pays qui lui sert de base pour la guerre contre
l’Iraq et pour le contrôle du Moyen-Orient !
Les
Russes déclarent avoir tué le combattant tchétchène
Akikhan Machougov
Le général Ilya Chabalkine, porte-parole des forces russes
d’occupation, a déclaré jeudi 23 décembre
que les “services spéciaux ont tué un certain Akikhan
Machougov dans le village de Chervlnyonnaya, dans le district de Shelkovskaïa.
Il était recherché pour le meurtre de deux officiers du
FSB, dont le chef adjoint du bureau du FSB de Grozny, l’été
dernier.”
Source : Interfax, 23 décembre 2004
«S’il
vient en Belgique, Zakaïev sera arrêté »
Ahmed Zakaïev n’est pas bienvenu en Belgique : « S’il
apparaît où que ce soit sur le territoire belge, nous l’arrêterons
et nous le renverrons vraisemblablement en Grande-Bretagne »,
a déclaré le ministre belge des Affaires étrangères
Karel De Gucht à la radio Écho de Moscou le mercredi 22
décembre. Il a ajouté : « Ça, c’est
la réponse technique. La réponse politique, c’est
que nous ne voulons pas que des négociations se tiennent sur
le territoire belge avec des gens dont on dit qu’ils sont des
terroristes. »
Ce commentaire de De Gucht au projet de l’Union des comités
des mères de soldats russes de rencontrer Zakaïev au siège
de l’Union européenne pour entamer des discussions sur
la Tchétchénie appelle au moins une remarque : Zakaïev
a obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne, pays membre de
l’Union européenne. Il a donc un passeport qui lui permettrait
en principe de voyager dans les 25 pays membres de l’Union sans
problème. Comment le gouvernement belge peut-il justifier, du
point de vue du droit, le refus de le laissser entrer sur le territoire
belge, qui appartient à l’Union européenne ?
Source : Interfax, 22 décembre 2004
Zara
Murtazaliyeva plaide non coupable
Zara Murtazaliyeva a comparu devant le tribunal correctionnel de Moscou
mercredi 22 décembre pour être officiellement inculpée.
Elle a plaidé non coupable. Cette jeune Tchétchène
de 21 ans est de toute apparence la victime d’une “affaire”
montée de toutes pièces par le FSB dans la plus pure tradition
kagébiste.
Zara a été arrêtée le 4 mars 2004 près
d’un hôtel dans le sud-ouest de Moscou. La police a déclaré
avoir trouvé 200 grammes d’explosifs dans ses bagages.
La jeune femme avait fait la connaissance de deux autres jeunes femmes
dans un mosquée. Les 3 femmes sont allées dans une chambre
de dortoir qui était mise sur écoutes par les services
de renseignement. Arrêtées, les jeunes femmes ont déclaré
que Zara avait tenté de les recruter pour un attentat “kamikaze”.
Son avocat et des organisations de défense des droits humains
ont déclaré que les témoignages des deux jeunes
femmes avaient extorqués sous la pression.
Source : Interfax, 22 décembre 2004, MosNews, 23 décembre
2004
25/12/04
- Que sont devenus les “pieds-noirs” de Tchétchénie
? Reportage sur les victimes russes de la guerre en Tchétchénie
par Ivan Soukhov, Vremia Novostieï. Traduit du russe par Courrier
international, 23 décembre 2004
Les médias se soucient peu du sort des 200 000 Russes qui vivaient
à Grozny avant la guerre. Reportage à Tambov, où
végète une communauté de rapatriés, toujours
en attente d’un statut, d’un toit ou d’une indemnisation.
Les débats sur le sort des réfugiés de Tchétchénie
sont devenus chose courante. Les journaux et les chaînes de télévision
rappellent de temps à autre combien de familles sont encore hébergées
sous des tentes en Ingouchie [République voisine de la Tchétchénie],
combien sont retournées vivre dans leurs foyers et combien ont
reçu des indemnisations pour leurs habitations détruites.
Les visages que l’on voit sur les photographies des journaux et
dans les reportages télévisés sont principalement
tchétchènes.
Or, avant le début de la première guerre, il n’y
avait pas que des Tchétchènes en Tchétchénie.
A l’époque soviétique, on dénombrait en Tchétchéno-Ingouchie
environ 350 000 Russes de souche. Au moins la moitié de la population
du Grozny d’avant-guerre était russe. Aujourd’hui,
cette composante est réduite à une poignée. On
ne sait pratiquement rien sur ce départ, pourtant aussi important
que la fuite des Tchétchènes face aux bombes, aux tirs
et aux zatchistki [opérations de nettoyage effectuées
par les forces fédérales]. Si les Tchétchènes
peuvent, dans leur majorité, encore rentrer chez eux –
même si leurs maisons sont détruites et leurs familles
assassinées, ils retrouveront quand même les leurs –,
les Russes, eux, ne peuvent retourner nulle part. Des milliers de familles
russes de Grozny sont dispersées dans des villes et des villages
de la Russie centrale. Le correspondant de Vremia Novostieï a retrouvé
une communauté de Russes de Grozny dans la région de Tambov
[au sud-est de Moscou]. Le départ massif des Russes de Tchétchénie
a eu lieu il y a dix ans, en 1994. A l’époque, il était
clair que l’on courait à la guerre, et celle-ci débuta
au mois de décembre.
Quelques anciens habitants de Grozny vivent dans le village de Khobotovo,
à une centaine de kilomètres de Tambov. Ils ne se sont
pas encore complètement intégrés, mais on les connaît
bien. Svetlana Nikolaevna Tchernycheva est la plus ancienne à
Khobotovo : elle a quitté Grozny bien avant la guerre. Après
avoir réussi à tirer quelque argent de la vente de son
appartement, elle a acheté ici une maison rurale abandonnée.
Son fils est né à Grozny mais a grandi ici. Puis il est
parti faire l’armée et s’est retrouvé en Tchétchénie
comme jeune appelé. On raconte qu’à Grozny il a
vu sa maison détruite. Lorsqu’il est rentré, il
a commencé à travailler dans la police. En mai dernier,
son frère cadet est parti faire son service – la famille
a catégoriquement refusé d’essayer de le faire exempter.
Les Tchernychev espèrent qu’il n’aura pas à
faire la guerre. Environ 250 personnes, dont 132 Russes, vivent aujourd’hui
au foyer du Service fédéral de l’immigration de
Tambov, l’ancien foyer de l’Institut d’études
techniques. Dans la cage d’escalier du foyer, sous un long verset
écrit de travers, louant les vaillants Itchkères [d’Itchkérie,
nom autochtone des Tchétchènes] qui affrontent les mécréants
dans les gorges caucasiennes, un plaisantin du coin a gravé en
anglais “Welcome to the future”. Le “futur”,
ce sont des pièces étroites, qui n’ont pas été
rafraîchies depuis longtemps, des couloirs aux sols gondolés,
des “commodités” à l’étage et
une cuisine commune équipée d’une grande cuisinière
électrique. Elle est si vide qu’elle en paraît vaste.
En théorie, ceux qui ont le statut de réfugié de
guerre peuvent espérer tôt ou tard obtenir un appartement.
Mais le Service fédéral de l’immigration n’en
a pas assez à proposer. Il y a 457 familles en attente de logement.
“L’an dernier, nous avons réussi à acheter
douze appartements et vingt familles ont reçu une aide financière”,
raconte le colonel Alexandre Timofeev, chef de la Direction des affaires
de l’immigration de Tambov. Au rythme actuel, il faudra quinze
ans pour arriver au bout de la liste.
Lorsque j’ai demandé au colonel de me parler des réfugiés
russes rentrés de Tchétchénie, il m’a d’abord
rembarré : “Primo, il s’agit de réfugiés
de guerre, et il ne faut pas dire qu’ils rentrent de Tchétchénie
en Russie. La Tchétchénie, c’est aussi la Russie.
Et deuxièmement, en tournant la question de cette manière,
on risque d’attiser la haine interethnique.” Tout en restant
politiquement correct, le colonel Timofeev s’apprête à
expulser vingt-sept personnes du foyer : selon lui, elles n’ont
aucun droit formel d’occuper des lieux appartenant à l’Etat
et de dépenser l’argent public. Le logement d’un
réfugié coûte à l’Etat 680 roubles
[18 euros] par mois.
L’an dernier, 114 procès ont été engagés.
Selon le colonel, il en a gagné la moitié. Cent quatre-vingt-douze
personnes qui se trouvaient sous sa tutelle ont reçu des compensations
pour leurs maisons détruites. Il n’y a qu’en Tchétchénie
qu’on peut recevoir les fameux 350 000 roubles de Kadyrov [président
de la Tchétchénie qui a été assassiné
en mai dernier]. Si l’on se réinstalle ailleurs, les indemnités
n’excèdent pas 120 000 roubles pour l’habitation,
plus 4 000 roubles pour les biens. En ce sens, les Russes sont encore
une fois discriminés, puisque la plupart ne peuvent pas rentrer
en Tchétchénie, car les permis de résidence ont
été modifiés.
“Travailleur émérite de la culture” de Tchétchéno-Ingouchie,
le professeur d’histoire et de sciences sociales Aïda Balachova
vend maintenant des pantoufles sur le marché central de Tambov.
Son fils lui vient en aide. Il était autrefois lieutenant dans
les troupes de transmission, mais il a démissionné lorsqu’en
1992 l’armée russe a quitté la Tchétchénie.
Le 11 janvier 1995, vers la fin de l’assaut de Grozny, des soldats
russes sont entrés chez eux et leur ont dit : “Allez-vous
en !” A la différence de nombreux réfugiés,
qui ont quitté la ville à tout jamais après cet
assaut cauchemardesque, Aïda Balachova a essayé à
deux reprises d’y retourner. “Grozny, c’est notre
ville, vous comprenez ? Nulle part ailleurs on ne nous attend.”
Mais on ne les attendait pas non plus à Grozny.
La famille Verolski a réussi à figurer parmi les indemnisés
d’office, bien qu’il ait aussi fallu pour cela aller devant
le tribunal. Avec l’argent qu’ils ont reçu, Iouri
Verolski et son épouse ont acheté deux petites chambres
et une cuisine dans une vieille maison de plain-pied. Quelques mètres
carrés supplémentaires de surface habitable ont été
construits à côté de chez eux, et, maintenant, ils
vivent avec la famille de leur fille. A Grozny, Iouri Verolski, chargé
de cours à la faculté des lettres de l’université
d’Etat de Tchétchéno-Ingouchie, possédait
une maison de cinq pièces en briques et une bibliothèque
de 20 000 livres de linguistique et d’histoire du Caucase. La
maison existe toujours, selon lui, mais elle est occupée par
des Tchétchènes. En revanche, la bibliothèque a
disparu. “Nous vivions en parfaite harmonie avec nos voisins,
raconte Valentina Verolski. J’ai été le professeur
de leurs quatre enfants. Lorsque c’est devenu dangereux, ils allaient
patrouiller dans le quartier, et criaient tout le temps : ‘Valentina
Vassilievna, nous y allons – ne vous inquiétez pas, vous
êtes bien gardés.’ En fin de compte, c’est
le voisin qui s’est emparé de tous nos biens.”
Les Verolski attendaient les fédéraux comme des libérateurs.
Mais, au lieu de leur apporter le salut, ils leur ont apporté
le malheur. “Une fois les combats commencés, il aurait
d’abord fallu évacuer les gens qui ne participaient pas
à la guerre, des Russes et des civils tchétchènes,
estime Valentina Verolski. Nous, les Russes, nous nous trouvions dans
une situation particulièrement difficile : les Tchétchènes
n’avaient plus besoin de nous, nous étions une charge pour
eux. Et la Russie, elle non plus, n’avait pas besoin de nous.
Elle avait installé son artillerie sur la crête de Tersk
et pilonnait méthodiquement la ville. Pendant plus d’un
mois, ils n’ont envoyé aucun véhicule pour évacuer
les gens. Puis nous avons attendu debout, soixante-douze heures durant,
une voiture du ministère des Situations d’urgence. C’était
la cohue, tout le monde était malade, blessé, les enfants
étaient bleus de froid. On nous a emmenés à Mozdok,
sans nous donner ni à boire ni à manger. Les gens devenaient
fous. Tout était sens dessus dessous. Rien n’était
prêt.”
Tambov a accepté de les accueillir, mais là non plus rien
n’était prêt. On a installé les gens dans
des hôtels surpeuplés. “Allez savoir pourquoi, ils
prenaient nos empreintes, comme si c’était nous les criminels.”
Valentina Verolski pense que les véritables criminels sont les
nationalistes tchétchènes et la partie du commandement
russe qui, avec leur aide, a décidé, en 1991, de se débarrasser
du régime de Dokou Zavgaev [président communiste de la
Tchétchéno-Ingouchie], parce qu’il avait fait cause
commune avec les auteurs de la tentative de putsch [du 19 août
1991 à Moscou]. “Tout cela doit être jugé
du point de vue politique”, disent les Verolski. Notre Etat est
multiethnique, et le nationalisme aura toujours tendance à relever
la tête.
Valentina Verolski réfléchit et ajoute : “Vous savez,
si j’avais été tchétchène, personne
n’aurait occupé ma maison. Je veux simplement que l’on
nous traite à l’égal des Tchétchènes.
Je veux que ma maison, la maison du grand-père de mon mari, appartienne
un jour à mes enfants. Et pas ce cagibi dans lequel nous sommes
obligés de vivre aujourd’hui. Je veux simplement que l’on
nous rende ce que la guerre nous a pris.”
Aslan
Maskhadov : celui qui a perdu la paix
par Vladimir Voronov, Ejenedelny Journal, Moscou, décembre 2004.
Traduit du russe par Courrier international, 23 décembre 2004
Depuis 1999, le président tchétchène est considéré
comme un terroriste et traqué comme tel. En janvier 1995, il
avait été le héros de la bataille de Grozny, mettant
en pièces les fédéraux. Mais il ne sut pas relever
les défis de la présidence. Portrait.
C’était fin septembre 2004. Les communiqués de triomphe
se succédaient : Maskhadov était encerclé dans
les montagnes de Nojaï-Iourt, il allait être capturé
et rapporté comme trophée pour la prestation de serment
du nouveau président tchétchène, Alou Alkhanov
[le 5 octobre]. Ramzan Kadyrov [fils du président assassiné
le 9 mai, actuel vice-Premier ministre, chef de la sécurité]
et Soulim Iamadaev, dont les unités avaient déjà
en leur possession une inestimable prise de guerre, le bâton de
marche de Maskhadov, distribuaient les interviews. Encore quelques jours
et ils allaient pouvoir se partager les 300 millions de roubles [10
millions de dollars] de récompense si convoités. Seul
bémol, le calme olympien des militaires fédéraux
et, surtout, des hommes du FSB [ex-KGB]. Alexandre Potapov, vice-responsable
du FSB pour la Tchétchénie, faisait même remarquer
que le président de l’Itchkérie [nom de la “Tchétchénie
indépendante”] bénéficiait d’un tel
soutien de la part de la population qu’il ne fallait pas espérer
qu’il soit pris de sitôt.
Maskhadov est recherché avec un tel acharnement que l’on
en vient à se demander s’il existe vraiment. Par ailleurs,
seuls les autochtones sont à ses trousses, alors que les hommes
“de la métropole” semblent s’en désintéresser.
Akhmad Kadyrov [le président assassiné] avait même
accusé un jour les fédéraux de laisser volontairement
Maskhadov leur échapper. Et, de toute façon, on ne sait
toujours pas ce que changerait sa capture. Ce ne serait tout de même
pas la fin de la guerre ? On s’obstine tellement à nous
répéter qu’en Tchétchénie tout est
régi par les Arabes d’Al Qaida et que Maskhadov n’est
qu’une marionnette entre leurs mains…
Dans la capitale, l’évocation de l’ancien colonel
de l’armée soviétique [que fut Maskhadov] irrite
beaucoup moins que celle de Bassaïev. Revendiquant tous les attentats
les plus monstrueux de ces derniers temps, celui-ci incarne le mal absolu,
une émanation de l’enfer. Aslan Aliévitch, même
de loin, dénonce les attentats les plus atroces : Nord-Est ?
Pas bien ! Je n’ai jamais donné un ordre pareil. Beslan
? C’est inconcevable ! Nous allons juger Bassaïev ! Mais
après la guerre…
L’étoile du stratège Maskhadov s’était
mise à briller en janvier 1995, à Grozny [la guerre avait
commencé le mois précédent]. L’“assaut
hivernal”, lamentable fiasco lancé par Pavel Gratchev,
alors ministre de la Défense, et Anatoli Kvachnine, qui venait
d’être nommé commandant des troupes fédérales
de Tchétchénie et avait lui-même organisé
cette opération, avait représenté, pour le chef
d’état-major des Tchétchènes, une vraie bataille
de Toulon*. Ce colonel d’artillerie venait de damer le pion à
une brochette de généraux. Et de quelle manière
! C’est cet événement qui a déterminé
l’ensemble de la première campagne de Tchétchénie.
Au tout début de la guerre, rares étaient les Tchétchènes
persuadés de pouvoir résister longtemps à l’armée
russe régulière. Après que leurs salves de lance-grenades
eurent défait les colonnes de chars qui avaient pénétré
dans Grozny, ils s’aperçurent qu’ils pouvaient non
seulement s’opposer aux généraux russes, mais même
les tailler en pièces.
Militaire de carrière, Maskhadov comprenait parfaitement que
les forces étaient inégales et que la capitale tomberait
tôt ou tard. Il paraît que c’est lui qui proposa à
ce moment-là au général Doudaev [alors président
de l’Itchkérie] d’éviter un bain de sang dans
les zones habitées, en renonçant aux combats frontaux
contre l’ennemi, pour se consacrer plutôt à organiser
la guérilla. Mais Doudaev ne l’écouta pas. Il estimait
que cette démarche terrible, qui allait coûter la vie à
des dizaines de milliers d’habitants de Grozny et à environ
cinq mille soldats russes, était politiquement indispensable.
Sans la bataille de Grozny, il n’y aurait pas eu de résistance
tchétchène ; sans l’assaut barbare [donné
par les Russes], accompagné de bombardements et de tirs massifs,
il n’y aurait pas eu cet afflux de volontaires avides de venger
leurs proches.
Maskhadov avait forcé les troupes fédérales à
combattre dans les conditions les plus défavorables pour elles,
dans une ville très peuplée, où il était
impossible de tirer parti des atouts d’une armée régulière.
Cette opération, censée être une action de police
punitive et exemplaire, dégénéra en une longue
guerre, qui devait avoir un effet destructeur sur l’armée
et la Russie tout entière. Evidemment, les succès de Maskhadov
étaient une conséquence du manque de professionnalisme
de ses adversaires. Par la suite, il allait d’ailleurs s’interroger
très sincèrement sur leur totale incapacité à
s’adapter à la situation. Pourtant, pratiquement jusqu’à
ce jour, son credo est resté le suivant : l’armée
russe est une grande armée, destinée à faire la
guerre à des superpuissances. Au début, il a même
tenté d’aider ses adversaires à ne pas perdre la
face. Toujours en janvier 1995, alors que les rues de Grozny étaient
jonchées de cadavres de soldats, il contacta le commandement
des forces fédérales et proposa un cessez-le-feu afin
qu’elles puissent récupérer les corps de leurs hommes.
En réponse, le général Babitchev lui offrit…
de capituler ! Un an plus tard, Maskhadov me confia à quel point
l’attitude des gradés envers les simples soldats tombés
au feu l’avait choqué.
Il faut également dire que Maskhadov se distinguait des autres
chefs de guerre par sa volonté d’interdire les atrocités
et d’éviter les morts inutiles, y compris parmi les soldats
ennemis. “Je demeure catégoriquement opposé aux
actes terroristes. Chacun aura à répondre de la façon
dont il aura combattu et traité les prisonniers.” Ce sont
de magnifiques paroles. Mais cela n’a pas suffi à lui permettre
de maîtriser le déchaînement de la guérilla.
Certes, il a planifié des opérations remarquables, dignes
de figurer dans des manuels militaires, sauf qu’elles n’ont
pas été exécutées par des combattants disciplinés,
mais par des rebelles sans foi ni loi. Cependant, il était clair
pour tout le monde, aussi bien au Kremlin qu’au sein de l’état-major
général, que la seule personne avec qui l’on pouvait
discuter parmi tous ces chefs de guerre, c’était Maskhadov.
La victoire militaire de 1996 [il signe un cessez-le-feu en août
avec le général Lebed] lui a joué un mauvais tour
: vainqueur des généraux russes, il n’a pu prendre
l’ascendant sur ses compagnons tchétchènes. Bien
sûr, pour Bassaïev, Radouev, Kadyrov, Arsanov, Iandarbaev,
il était une autorité, mais dépassée et
strictement militaire. Il avait beau être le premier [élu
président en 1997], tous étaient égaux. Lorsque
la guerre est finie, la gloire militaire devient un capital difficile
à monnayer – surtout lorsqu’il n’y a pas d’économie,
que le pays est en ruine, avec, pour seul filon, le pétrole.
Il n’y en a pas assez pour tout le monde, il faut assurer le bien-être
de son clan, entretenir les hommes de son détachement, sans quoi,
dans la Tchéstchénie de l’après-guerre, on
n’est rien.
Maskhadov, qui avait gagné la guerre, a perdu la paix. C’était
fatal. Ce qui lui faisait le plus peur, ce n’était pas
d’affronter les Russes, mais de voir se déclencher une
guerre fratricide entre Tchétchènes. Or il n’existe
que deux moyens d’éviter cela : soit soumettre à
la volonté de fer d’un seul homme tous les héros
de la guerre, soit les supprimer. Maskhadov ne voulait pas se battre
contre les siens, et d’ailleurs il ne l’aurait pas pu. Résultat,
en 1999, il s’est retrouvé entre le marteau et l’enclume
: d’un côté, Moscou, qui planifiait déjà
ouvertement sa revanche et une “petite guerre victorieuse”
; de l’autre, ses anciens compagnons d’armes, qui s’entre-déchiraient
à cause du pétrole. Dans la pagaille de l’après-guerre,
il n’est devenu ni le de Gaulle, ni le Staline de la Tchétchénie.
Il ne s’est pas dressé contre ses anciens camarades de
combat, qui se livraient désormais sans retenue aux razzias,
aux enlèvements en vue d’esclavage ou de demandes de rançon.
Ce sont finalement eux qui ont fait parler les armes.
A l’été 1998, les détachements de Radouev
manœuvrent en Tchétchénie ; les derniers hommes de
confiance meurent. Des bombes explosent sans arrêt au passage
du cortège de Maskhadov. [En août 1999] Bassaïev entre
au Daghestan. Et quelle importance que Maskhadov n’ait rien à
voir là-dedans ? On peut toujours rétorquer qu’il
n’a pas su l’empêcher… La seconde bataille de
Grozny n’a pas valu à Maskhadov de nouveau triomphe militaire.
Cette fois, c’est lui qui aurait, à l’encontre de
l’opinion des chefs de guerre, insisté pour mener une guerre
de positions : tenir la ville, pour que le monde entier voie ça
! Bassaïev aurait alors fait preuve d’un meilleur sens tactique,
conscient qu’il était impossible de tenir Grozny longtemps,
qu’ils allaient juste y perdre des hommes et qu’il fallait
recourir à la guérilla… Mais il a obéi aux
ordres.
Beaucoup de sang a coulé depuis, et il est aujourd’hui
difficile de voir en Maskhadov cet officier sans peur et sans reproche
qu’il avait semblé tout d’abord être. Une guerre
bestiale n’a pas et ne peut pas avoir de logique chevaleresque,
ni de chevaliers. En bon militaire, Maskhadov comprend parfaitement
qu’il est en mauvaise posture : soit il est commandant en chef
et donc responsable de tout ce que font ses hommes, soit il n’en
répond pas, et alors, de quelle autorité peut-il se prévaloir
? Il est pourtant le seul à être reconnu. La guérilla,
c’est comme une meute de loups : soit on en est le chef, même
si ce n’est qu’en théorie ; soit elle vous déchiquette.
Impossible de s’écarter, sans quoi une bande de jeunes
loups avides va se précipiter pour prendre la place. Ils se battent
chacun pour soi, mais ils ont au moins un étendard, sans quoi
ils ne pourraient rien faire. C’est l’étendard qui
attire les volontaires, qui conditionne l’afflux d’argent
et, avec un étendard, l’ennemi accepte de discuter…
Si l’on y réfléchit, Maskhadov est plus utile au
Kremlin vivant et libre que mort ou bouclé dans une cellule.
Sinon, qui accuser pour cette guerre qui n’en finit pas, pour
les femmes kamikazes, pour les attentats ? Et, au cas où, avec
qui négocier ? Pas avec Bassaïev, tout de même ! C’est
peut-être pour cela que seuls des gens comme Kadyrov recherchent
Maskhadov – des gens à qui une Tchétchénie
sans guerre n’offre aucune perspective.
* En 1793, le capitaine Bonaparte est chef de l’artillerie lors
de la reprise de Toulon aux Anglais.
23/12/04
- L’affaire Youri Bagrov, ou comment se débarrasser des
journalistes gênants
Le journaliste d’origine géorgienne Youri Bagrov, correspondant
au Caucase de l’agence Associated Press et de Radio Free Europe/Radio
Liberty, a vu ses ennuis commencer le 25 août dernier, soit 4
jours avant l’ élection présidentielle en Tchétchénie.
La police fait une descente à son domicile à Vladikavkaz,
capitale d’Ossétie du Nord et saisit tout son matériel
et, surtout, son passeport, ce qui le paralyse dans ses activités
de reporter. En septembre, il sera inculpé pour faux et usage
de faux dans ses démarches pour obtenir un passeport russe. Et
le 17 décembre, il a été condamné par un
tribunal de Vladikavkaz à une amende de 15 000 roubles [=402
$] et son passeport a été invalidé, ce qui fait
de lui un étranger sans papiers, susceptible d’être
expulsé à tout instant. Il ne lui restait plus qu’à
faire appel de cette condamnation auprès de la Cour suprême.
Ce que lui reprochent les autorités russes, c’est en fait
ses reportages sans complaisance sur la guerre en Tchétchénie,
le dernier en date concernait, en mai dernier, une vague d’enlèvements
mystérieux en Ingouchie.
Source : CPJ, 17 décembre 2004 et RFE/RL, 20 décembre
2004
Une
proposition originale de députés géorgiens
Un groupe de parlementaires géorgiens vient de faire une proposition
originale qui risque d’être plutôt mal accueillie
à Moscou. Ils proposent en effet d’ériger à
Tbilissi et à Grozny des statues de Zviad Gamsakhurdia et de
Djokhar Doudaïev. Le président géorgien s’était
réfugié à Grozny en 1993 après l’échec
de sa tentative de reprendre le pouvoir et était mort dans des
circonstances mlystérieuses. Il a été enterré
à Grozny, mais on ne sait pas où. Quant à Doudaïev,
premier Président de la Thcétchénie indépendante,
il a été assassiné par les terroristes moscovites
en 1996.
Source : Caucasus Press, 20 décembre 2004
Amitié
personnelle et relation stratégique entre Poutine et Schroeder
Le chancelier allemand Gerhard Schroeder et le président russe
Vladimir Poutine ont encore approfondi leurs liens de confiance lors
de leur rencontre, lundi et mardi à Hambourg et Schleswig, renforçant
ce qui paraît de plus en plus un partenariat stratégique,
estiment des experts mercredi.
Plusieurs entretiens ont permis aux deux hommes de balayer la controverse
autour du groupe pétrolier Ioukos, qualifiée de "problème
interne à la Russie", d'avoir un entretien relativement
ouvert sur la Tchétchénie, de se montrer coopératifs
et confiants sur l'avenir de l'Ukraine.
Au plan bilatéral, la Russie s'est engagée à rembourser
par anticipation une part consistante de sa dette, a signé des
contrats dans le secteur énergétique, et apporté
sa caution à la candidature de l'Allemagne à un siège
permanent au Conseil de sécurité de l'ONU.
Les deux dirigeants ont été longuement photographiés
en train d'aimablement converser : dans le train les emmenant de Hambourg
à Schleswig, lors de la signature de contrats par leurs ministres
sous l'oeil bienveillant de l'ancien numéro un soviétique
Mikhaïl Gorbatchev, enfin à Hanovre, lors d'une visite d'amitié
du président russe au domicile de la famille Schroeder.
"Notre relation a atteint une intensité que nous n'avions
jamais encore connue dans notre histoire", a déclaré
M. Schroeder pendant cette rencontre, la 28e depuis qu'ils sont au pouvoir.
Les unes des journaux allemands arboraient mercredi des photos des tête-à-tête,
mais les éditorialistes s'interrogeaient sur leur contenu.
"Il faut espérer que le chancelier a autant d'influence
qu'il semble en avoir, et qu'il en use", observe le quotidien Tagesspiegel.
"Le chancelier est-il trop gentil avec Poutine ?", s'interroge
le journal à grand tirage Bild Zeitung, qui demande : "Schroeder
n'aurait-il pas dû exprimer ses opinions plus ouvertement et clairement
?"
Le Financial Times Deutschland a estimé que la position de M.
Schroeder, en dépit de son silence sur Ioukos, était défendable.
"On verra que Schroeder a raison dans son approche", écrit-il,
car "l'intention affirmée de ne plus traiter le conflit
tchétchène comme une +affaire interne+ (...) constitue
un progrès".
Le coordinateur du gouvernement allemand pour les questions russes,
Gernot Erler, a estimé que le ton adopté par M. Poutine
et la possibilité d'un nouveau dialogue entre Berlin et Moscou
constituaient un élément nouveau.
Ce qui peut être mis au compte de l'amitié personnelle
dans ces résultats n'est pas évident, mais la proximité
entre les deux hommes d'Etat est incontestable, qu'elle corresponde
ou non à une affinité authentique.
Tous deux s'entretiennent en langue allemande que Vladimir Poutine maîtrise
puisqu'il a été agent du KGB à Dresde à
l'époque de l'ex-RDA. Il a été le seul dirigeant
étranger présent à la fête que le chancelier
a donnée pour son 60e anniversaire en avril à Hanovre
(nord).
Ils avaient célébré ensemble la Pâque orthodoxe
à Moscou en 2001, et en août, Schroeder et son épouse
Doris ont adopté une petite fille russe de trois ans, Victoria,
dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg.
M. Schroeder a aussi téléphoné à deux reprises
à M. Poutine au plus fort de la crise politique en Ukraine, pour
souhaiter une solution dans le cadre du respect de la Constitution de
ce pays.
"C'est après cette discussion --et non avant-- que le gouvernement
russe a dit qu'il voulait coopérer avec tout nouveau président
élu", avait remarqué par la suite un porte-parole
du gouvernement allemand.
Nul doute
que ces liens personnels servent aussi à renforcer les relations
économiques. Les exportations allemandes vers la Russie ont plus
que doublé depuis 1999, tandis que l'Allemagne importe 30% de
son gaz de Russie avec l'objectif d'accroître ce pourcentage.
Source : AFP, 22 décembre 2004
22/12/04
- Pas de trêve hivernale pour la résistance tchétchène
L'hiver est particulièrement rude en Tchétchénie,
en particulier dans les régions montagneuses, mais la résistance
ne connaît pas de trêve. Les dernières informations
en provenance de la république martyre en font foi. Plusieurs
attaques ont eu lieu dans la capitale, que les Russes appellent Grozny
et les Tchétchènes Jokhar.
Dimanche 12 décembre, un groupe mobile de moujahidine a attaqué
une patrouille russe dans le district de Zavodskoi, tuant 2 ennemis
et en blessant un autre. Un autre groupe a fait sauter un véhicule
KAMAZ. 3 mercenaires russes ont été tués, plusieurs
autres blessés. Le même jour, la guérilla a attaqué
un poste de contrôle russe près de Chernorechie à
l'ouest de la capitale, blessant deux occupants.
Le soir du 11 décembre, un affrontement entre moujahidine et
hommes de Ramzan Kadyrov à Tsitsig-Irzu Lam dans la région
de Vedenski a causé la mort de deux collaborateurs. Cinq autres
ont été blessés.
Le 12 décembre, dans la région d'Itum-Kalinski, près
de la localité de Bugrai, une unité de reconnaissance
a fait incursion dans une base abandonnée par les moujahidine
et en a surpris un, qui se reposait. Celui-ci a ouvert le feu et a pu
tuer 4 mercenaires avant de succomber.
Dans la nuit du 12 au 13 décembre, rue Jukhovskogo dans la capitale,
une unité mobile de moujahidine a fait sauter à l'aide
d'une mine artisanale une voiture Niva, tuant et blessant 3 des occupants
russes à bord.
Les hommes de Kadyrov, réputés pour leur cruauté
face aux gens désarmés et leur lâcheté face
aux combattants, ont continué au fil des jours à kidnapper
des civils innocents : un à Nozhai-Yurt, un à Chechen-Aul
et trois personnes dans le district de Staropromyslovski de la capitale.
Aucune des personnes "arrêtées" n'avait participé
ni à la première ni à la seconde guerre de Tchétchénie.
Source : Kavkaz Center, 21 décembre 2004
Gerhard
et Vladimir : l'entente cordiale
Ce sont les meilleurs amis du monde et ils le font savoir. Vladimir
Poutine a eu une rencontre chaleureuse et intensive avec Gerhard Schröder
lundi à Hambourg et mardi à Schleswig. C'était
la 28ème rencontre entre les deux hommes en quatre ans. Prévue
en septembre, elle avait été reportée à
cause de la prise d'otages de Beslan, en Ossétie du Nord. Poutine
a déclaré : « Nous avons reçu par certains
canaux des propositions pour une plus grande implication de l'Allemagne
et de l'Union européenne dans la résolution du problème
tchétchène. Je suis tout à fait prêt à
en discuter de manière approfondie avec vous. » Les propositions
de l'Allemagne sont "analysées minutieusement à Moscou.
Nous voulons reprendre totalement ces propositions", a ajouté
Poutine. Selon un haut responsable du gouvernement allemand, il s'agirait
d'un "projet de dialogue" entre la Russie et l'Europe à
l'initiative du coordinateur allemand pour les affaires russes, Gernot
Erler, membre du Parti social-démocrate (SPD) de Gerhard Schroeder,
lors de discussions à la mi-novembre à Moscou avec des
dirigeants politiques russes.
Un autre source gouvernementale allemande a précisé que
ce dialogue portait sur une démocratisation de la société
tchétchène, la reconstruction économique et une
coopération renforcée avec cette République du
Caucase, dans le cadre de... "la lutte contre le terrorisme".
Bref, Schröder est à Poutine ce que Bush est à Sharon.
Et il suffit de citer un seul chiffre pour expliquer cette idylle amoureuse
: en 2003, l'Allemagne a importé de Russie 31% de son pétrole
et 38% de son gaz naturel. Ceci explique cela.
Source : AFP, 21 décembre 2004
20/12/04
- Échouant au sol, les Russes bombardent
Ne parvenant pas à repousser les attaques de la résistance
tchétchène par voie terrestre, les forces d'occupation
russes n'ont que la ressource de bombardements aériens. C'est
ainsi que dans la soirée du 15 et dans la nuit du 15 au 16 décembre,
l'aviation russe a procédé à une série de
bombardements. Un certain nombre de maisons ont ainsi été
détruites dans la banlieue de Vedeno et au moins 5 habitants
ont été blessés et hospitalisés. Puis ça
a été au tour des gorges d'Argunskoye et des zones montagneuses
dans le sud des régions de Vendensky et de Nozjai-Yurtovski.
les pertes tchétchènes dues à ces bombardements
sont inconnues. Dans la nuit du 16 au 17 décembre, les bombes
ont frappé les environs de Dargo, Belgatoi, Ersenoi ainsi que
la route de vedeno. Au cours des jours précédant les bombardements,
au moins 20 soldats russes avaient été tués lors
d'attaques victorieuses des moujahidine ou dans des explosions de mines.
Source : Kavkaz Center, 18 décembre 2004
17/12/04
- Une nouvelle provocation des services russes
Le ministère des Affaires étrangères de la République
tchétchène d’Ichkérie a mis en garde les
gouvernements européens contre un faux mis en circulation par
les services de sécurité russes. Il s’agit d’un
message attribué au président Aslan Maskhadov mettant
en garde contre attentats tchétchènes en Russie et sur
le territoire européen. Le ministère n’exclut pas
que ce faux soit un prélude à des “actions terroristes”
préparées par les services russes sur le territoire russe
ou européen. Avec le Kremlin, on peut s’attendre à
tout...
Source : service de presse du ministère tchétchène
des Affaires étrangères, 16 décembre 2004
16/12/04
- Le groupe Iarmouk dévalise l'armurerie de l'unité antidrogues
de Naltchik
Des hommes armés ont attaqué dans la nuit de lundi à
mardi les locaux d'une unité de lutte antidrogue dans le Caucase
russe, dérobant de grandes quantités d'armes après
avoir tué les quatre vigiles, rapportent les agences de presse
russes.
Un groupe islamique du nom de Iarmouk a revendiqué l'attaque
en accusant l'unité d'avoir poussé des personnes dans
la drogue.
"Grâce aux efforts de cette organisation criminelle (l'unité
antidrogue), le nombre de toxicomanes dans les régions de Naltchik
et Maïsk (...) a dépassé la moyenne de la Fédération
de Russie", dit un communiqué publié sur le site
www.kavkazcenter.com.
Les assaillants ont incendié les locaux de l'unité antidrogue
de Naltchik, la capitale de Kabardie-Balkarie, après s'être
emparés de 36 mitraillettes, de 136 pistolets et de munitions.
"Les assaillants ont menotté (les quatre vigiles), les ont
emmenés dans les sous-sols du bâtiment de l'agence publique
de lutte antidrogue où ils les ont abattus", a déclaré
un responsable régional de cette administration cité par
l'agence de presse Interfax.
Il s'agit de la deuxième attaque revendiquée par le groupe
Iarmouk qui avait dit en septembre avoir tué deux policiers.
Dmitry Kozak, représentant du président Vladimir Poutine
dans le Caucase, s'est rendu sur place et a demandé pourquoi
les autorités locales n'avaient pas réussi à prévenir
l'attaque.
Source : Reuters, 14 décembre 2004
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