15/12/04
- Protestations contre une disparition forcée à Malgobek
Des habitants du rayon de Malgobek ont protesté contre l'enlèvement
de leur compatriote Adam Bersanov, 27 ans, dans la nuit du 4 au 5 décembre,
par des hommes s'identifiant comme des membres du Service fédéral
de sécurité. Ces hommes ont dit à la police locale
qu'ils avaient l'intention d'emmener le jeune homme dans la capitale
ingouche Magas. Depuis, on n'a plus de nouvelles d'Adam. Peut-être
retrouvera-t-on un jour son corps...
Dix
ans de conflit en Tchétchénie : l'islamisme gagne la région
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 12 décembre 2004
Sur les
20 millions de musulmans que compte la Russie (un habitant sur sept),
un tiers environ vivent dans le Caucase du Nord. Au bout de dix ans
de conflit en Tchétchénie, une partie croissante de la
jeunesse de cette région se tourne vers l'islam extrémiste.
Témoignages.
Vladikavkaz
(Ossétie du Nord), Grozny (Tchétchénie), Nazran
(Ingouchie) Naltchik (Kabardino-Balkarie), de notre envoyée spéciale
- « Depuis des siècles, la Russie impériale écrase
les populations musulmanes en envoyant ses troupes. -Vladimir- Poutine
se maintient au pouvoir en versant le sang. Il est dans l'impasse. L'islam
renaît aujourd'hui et le Caucase est au c¦ur du processus.
Cette lutte, vous allez peut-être sourire, mais je crois qu'elle
ne prendra fin que lorsque toute la Russie aura adopté l'islam.
» Ce n'est pas un combattant tchétchène fruste,
descendu des montagnes du Caucase où la guérilla a ses
bases, qui parle. C'est un jeune chirurgien et professeur d'anatomie
à la faculté de médecine de Vladikavkaz, le chef-lieu
de la République d'Ossétie du Nord.
* En Ossétie,
Souleiman Mamiev. Souleiman Mamiev a 28 ans. En Ossétie, les
musulmans sont une minorité, 30 % de la population. Mais ici
comme ailleurs dans le Caucase du Nord, une frange de la jeunesse éduquée
se radicalise. Elle est courtisée par des prédicateurs
islamistes, et éprouve un sentiment de solidarité croissant
avec les Tchétchènes, dont elle perçoit de plus
en plus le sort comme partie intégrante d'une "croisade
frappant les musulmans à travers le monde". La guerre en
Tchétchénie a étendu ses métastases à
travers le Caucase du Nord, comme l'ont montré l'opération
d'un commando en juin en Ingouchie, et l'attaque terroriste en septembre
contre l'école de Beslan, qui a fait plus de 330 morts dans l'Ossétie
voisine.
M. Mamiev pourrait incarner à lui tout seul le cauchemar du président
russe, qui évoquait à son arrivée au pouvoir en
2000 le risque de voir "des forces extrémistes réussir
à s'implanter dans le Caucase" et que "cette infection
remonte la Volga et se répande dans d'autres Républiques".
Dix ans après le déclenchement de la première guerre
tchétchène (1994-1996), les tensions religieuses et le
risque d'embrasement n'ont fait que s'accroître.
Issu d'une famille soviétique laïque, M. Mamiev s'est converti
à l'islam en 1995, au contact d'un missionnaire palestinien venu
du Koweït. Il est devenu l'imam de l'unique mosquée de Vladikavkaz,
qui dresse ses trois minarets au-dessus des eaux grises du Terek, rivière
qui coule vers la Tchétchénie. M. Mamiev communique par
téléphone portable, parle anglais, utilise Internet, et
publie un journal diffusé à 5 000 exemplaires, Al-Azan
("L'Appel", www.al-azan.ru).
A la sortie de la prière du vendredi, les jeunes fidèles
rencontrés à cet endroit, d'origines ethniques diverses,
ossète, lezguine et avar (certains venus du Daghestan), tiennent
le même discours que leur imam. "Ce qui se déroule
en Tchétchénie est un génocide", dit l'un.
"Le monde entier a condamné l'attaque de Beslan, mais qui
s'est soucié des 40 000 enfants tués en Tchétchénie
depuis dix ans ?"Leur référence est l'imam Chamil,
chef du soulèvement armé des peuples montagnards du Caucase
au XIXe siècle contre les troupes tsaristes.
Ayant rompu avec la tradition musulmane locale, ils rejettent les préceptes
du courant soufiste modéré, implanté dans le Caucase
depuis le XVIIIe siècle. Ils croient en l'avènement, un
jour, d'un "vrai pouvoir islamiste, un califat". "Nos
ancêtres et nos parents ont fait fausse route avec le soufisme,
qui porte en lui le paganisme et le culte des cheikhs. L'islam doit
être pur", expliquent ces étudiants et employés,
tous réclamant l'anonymat car ils disent craindre le FSB, les
services de sécurité russes, qui multiplient les arrestations
dans la région. "Partout, en Tchétchénie,
en Irak, en Afghanistan, les musulmans sont frappés, disent-ils.
Partout en Russie, les musulmans sont regardés de travers."
* En Tchétchénie,
Kazbek. Grozny, un soir d'hiver. Rendez-vous est pris, au pied d'un
immeuble bombardé, avec Kazbek, ancien combattant wahhabite.
Il a vingt-cinq ans. La description qu'il fait du conflit est celle
d'une "sale guerre". Il a rompu il y a peu avec sa "djamaat",
son unité de sept combattants, par lassitude. "On priait,
on écoutait des cassettes en arabe. On recevait de l'argent pour
poser des mines au passage de convois russes. On transportait des armes
en provenance d'Ingouchie, dans des faux fonds de camionnettes, après
les avoir achetées à l'armée russe par des intermédiaires,
qui vendaient aussi des informations",dit-il tranquillement.
Quand un de ses amis, arrêté et torturé par des
militaires russes, a été relâché, Kazbek
a renoncé. "Personne ne l'a aidé, il s'est retrouvé
abandonné par les chefs, ça m'a déçu".
Kazbek affirme qu'en Tchétchénie des "émirs"
wahhabites sont manipulés par le FSB, et se rassemblent parfois
sur la base militaire de Khankala, à la sortie de Grozny, "où
on les paie".
En Tchétchénie, l'expérience de la charia (loi
islamique), décrétée pendant une courte période
sous la présidence d'Aslan Maskhadov, quand les troupes russes
étaient retirées de la République (1996-1999),
a laissé un souvenir amer. A la vue des scènes de punitions
publiques violentes, perpétrées par les groupes radicaux
islamistes, les Tchétchènes ont eu, dans leur ensemble,
une réaction de rejet, et ce dégoût perdure à
ce jour. "Ceux qui prennent les armes aujourd'hui veulent avant
tout venger le sang versé, dit une jeune femme dont deux frères
ont été tués dans les combats. Et ça ne
finira jamais".
* En Ingouchie,
Moussa. Non loin de Nazran, capitale de l'Ingouchie, une maison soignée
faite de briques rouges, entourée d'une haute palissade, abrite
la famille de Moussa, policier ingouche. Son témoignage en dit
long sur la pénétration du courant islamiste radical au
sein même des structures officielles. Il est né au Kazakhstan,
où l'ensemble de la population ingouche, comme les Tchétchènes,
a été déportée par Staline en 1944. Son
épouse, Mariam, se tient discrètement à l'écart,
les yeux baissés, un long voile enserrant son visage.
Moussa a étudié, après la chute du régime
soviétique, dans une madrasa locale, ouverte à l'aide
de fonds saoudiens, puis fermée en 1998 par les autorités.
Un de ses cousins, lui aussi officier de police, a trouvé la
mort en juin quand un groupe de plusieurs centaines de combattants,
emmené par le chef islamiste Chamil Bassaev, a lancé un
assaut sur Nazran. Moussa condamne cette attaque car il craint l'extension
de la guerre, mais il critique avec autant de virulence la politique
de Moscou. "Si le pouvoir ne met pas fin à la répression
aveugle contre les musulmans, dit-il, ce qui s'est déroulé
ici ne sera rien en comparaison avec ce qui va se produire dans le Caucase
du Nord. Les jeunes sont en état de révolte et ne reconnaissent
plus l'autorité du muftiyat (autorités musulmanes officielles).
" Celles-ci ont la caution du Kremlin et sont regroupées
depuis l'époque soviétique dans des "directions spirituelles"
que les services secrets contrôlent étroitement. Après
les combats de Nazran, le mufti d'Ingouchie, a démissionné,
mais cela n'a guère apaisé les esprits.
* L'"émir
de Kabardino-Balkarie". Assis dans le salon dépouillé
d'une maison cossue de Naltchik, à deux heures de route de là,
Moussa Moukojev se présente comme l'"émir de Kabardino-Balkarie".
Sept mosquées affiliées à son autorité religieuse
ont été fermées cette années sur ordre des
autorités russes. Dans un coin, une télévision
à écran plat diffuse des reportages d'une chaîne
satellite arabe. Moussa Moukojev a étudié dans les années
1990, en Jordanie. Il se réclame du courant salafiste. Chaque
semaine, il parcourt les villages environnant pour prêcher. En
2001, il a été détenu pendant trois mois à
la prison de Piatigorsk, accusé d'avoir fomenté une attaque
terroriste, puis relâché.
En octobre, un de ses fidèles, un jeune étudiant du nom
de Rassoul Tsakouev, a été détenu et battu à
mort par une unité du FSB. Cet épisode a galvanisé
les salafistes locaux, qui y ont vu le début du "djihad
en Kabardino-Balkarie". Des sites Internet en langue russe ont
relayé leur appel. Moussa Moukojev affirme que "la patience
des musulmans dans la région a atteint ses limites face aux crimes
-des forces de l'ordre-. Tout se passe comme si les Russes voulaient
la guerre ici". Interrogé sur l'attaque de Beslan, il esquive
: "Je n'approuve pas et je ne condamne pas. Je doute qu'ils -les
terroristes-aient tiré dans le dos des enfants." Il ajoute
: "Un chahid -martyr- est quelqu'un qui donne sa vie pour sa foi."
La Russie compte, selon certaines évaluations, 20 millions de
musulmans (un habitant sur sept), dont environ un tiers vivent dans
le Caucase du Nord. Chez une partie de la jeunesse, la recherche d'un
fondement identitaire dans l'islam radical a balayé les différences
ethniques et linguistiques.
La région tout entière, a déclaré en novembre
le ministre russe de l'intérieur, Rachid Nourgaliev, est "un
terreau pour le wahhabisme, soutenu de l'étranger". Le pouvoir
russe attribue la multiplication des actes terroristes à la "crise
sociale et économique", sans jamais reconnaître de
lien avec la prolongation du conflit en Tchétchénie.
Tchétchénie
: dix ans déjà
|
Le 11 décembre
1994, l'armée russe envahissait la Tchétchénie,
proclamée république indépendante par Jokhar
Doudaïev trois ans plus tôt, en pénétrant
à trois endroits différents. Ainsi Boris Eltsine
trahissait sa parole, puisque des négociations avaient
été décidées entre Moscou et Grozny
et devaient s'ouvrir le 12 décembre 1994 à Mozdok,
en Ossétie du Nord. 15 jours plus tôt, des combattants
tchgétchènes pro-russes, encadrés par des
officiers russes, avaient tenté une prise de pouvoir
à Grozny, qui avait lamentablement échoué
et s'était soldée par la capture de plus de 100
envahisseurs, dont une douzaine d'officiers russes. Le 31 décembre,
les tanks russes attaquaient Grozny. La population offrit une
résistance incroyable : en deux jours, 1 000 soldats
russes étaient tués et 3 000 autres blessés.
Cette première guerre s'achevait par une victoire tchétchène
en août 1996. En octobre 1999, la Russie, cette fois-ci
sous la direction de Vladimir Poutine, lançait une nouvelle
guerre contre les héroïques Tchétchènes.
5 ans et des centaines de milliers de victimes plus tard, l'envahisseur
est toujours enlisé dans la république rebelle
du Caucase.
Les Tchétchènes sont un exemple unique : en trois
générations, ils ont subi trois tentatves de génocide
(1944, 1994-1996, 1999-2004). Ce peuple irréductible
n'acceptera jamais d'être soumis. Il mérite notre
admiration et notre solidarité.
Combien
de victimes en 10 ans ?
Étant donné que le ministère russe de la
Défense ne publie aucun chiffre sur les pertes militaires
russes en Tchétchènie, comme il en aurait l'obligation
par la loi, il est impossible de savoir combien de soldats russes
sont morts en Tchétchènie depuis dix ans. La fourchette
se situe donc quelque part entre le minimum Œivanovien"
et la maximum "supyanien". Le 17 novembre, Sergueï
Ivanov, le ministre russe de la Défense, a déclaré
que 148 soldats avaient été tués en 2004,
291 en 2003, 480 en 2002 et 499 en 2001, soit 1418 en 4 ans.
Selon le commandant tchétchène Amir Supyan, de
40 000 à 42 000 soldats russes ont été
tués depuis 1999, tandis que les moujahidine auraient
eu 7 200 morts.
En revanche, un accord semble régner sur les chiffres
des morts civiles de Tchétchènes depuis 1994,
à savoir : 200 000, dont environ 40 000 enfants, c'est-à-dire
environ un quart de la population tchétchène.
Un chiffre terrible, qui ne nécessite aucun commentaire.
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15
soldats d'occupation tués les 10 et 11 décembre
Au moins 15 soldats des forces d'occupation ont été tués
le vendredi 10 et le samedi 11 décembre dans 4 attaques réussies
de la Résistance tchétchène. La première
attaque a eu lieu près du village de Zhugurty. Bilan : un camion
KAMAZ détruit, 4 soldats russes tués et au moins 8 blessés.
la seconde attaque a eu lieu près de Tserantoi. Bilan : un transport
de troupes BMP détruit, 3 soldats russes tués. Troisième
attaque vendredi matin près de Zhanni-Vedeno. Bilan : plusieurs
véhicules blindés détruits et au moins 6 agresseurs
tués. Samedi 11 décembre, un véhicule APC a été
détruit près d'Agishty. Bilan : 2 agresseurs tués.
Source : Kavkaz Center, 13 décembre 2004
11/12/04
- Sabotage sur un oléoduc du Daghestan
Une explosion due à un acte de sabotage a provoqué une
explosion sur le plus important oléoduc du Daghestan, a annoncé
jeudi le ministère de l'Intérieur de cette république
du sud de la Russie, ajoutant qu'une enquête criminelle avait
été ouverte pour fait de terrorisme.
L'explosion de mercredi soir, suivie d'un immense incendie, était
la quatrième enregistrée cette année sur la section
daghestanaise de l'oléoduc Mozdok-Gazimagomed, d'une longueur
totale de 1.200 kilomètres.
Une partie de cette canalisation géante, qui enjambe la rivière
Terek séparant le Daghestan de la Tchétchénie,
a même été éventrée à trois
reprises depuis 1996, a indiqué Oulloubi Erbolatov, porte-parole
de la compagnie locale de gaz naturelle.
De forte puissance, la déflagration n'a pas été
revendiquée, mais les soupçons des enquêteurs se
portent sur les résistants tchétchènes, auxquels
ont été imputées de précédentes attaques
de ce genre, visant des oléoducs, des installations électriques
et d'autres infrastructures russes.
Deux pompiers ont été blessés en combattant les
flammes sur les lieux de l'explosion, à un kilomètre de
la capitale Makhachkala, selon Mourtazali Gadjïev, ministre daghestanais
des Situations d'urgence. Neuf passants ont dû être hospitalisés
pour soigner des brûlures.
Source : AP, 9 décembre 2004
08/12/04
- Des parents d'Aslan Maskhadov à nouveau pris en otages
De nouveau, des parents du président tchétchène
Aslan Maskhadov ont été arrêtés, frappés
et humiliés par des occupants russes et leurs collaborateurs,
les hommes de Kadyrov, qui les ont enfermés dans le village de
Hosi-Yurt, le 4 décembre. On n'en sait pas plus pour l'instant.
De nombreux parents du président tchétchène avaient
été arrêtés par les occupants au moment de
la prise d'otages de Beslan.
Source : Kavkaz Center, 6 décembre 2004
07/12/04
- 17 soldats russes tués dans 3 engagements
Nozhay-Yurt : deux groupes de combattants tchétchènes
ont tendu une embuscade à un convoi ennemi, détruisant
2 véhicules UAZ et tuant 5 ennemis.
Eshelkhatoy (région de Veden) : le 4 décembre, un détachement
mobile de la Résistance a tendu une embuscade à une unité
de reconnaissance russe, faisant 8 morts parmi les occupants. La tentative
d’amener des renforts russes héliportés a échoué
devant les tirs de la résistance. L’hélicoptère,
gravement atteint, a du atterrir d’urgence près de Vedeno.
les moiujahidine ont perdu un homme dans les combats.
Dans la capitale Jokhar (Grozny), la résistance a fait sauter
un transport de troupes Oural, avec à son bord 15 soldats, dans
le quartier de Zavodskoy, le 4 décembre à 18 heures. 4
soldats ont été tués sur le coup, les autres ont
été blessés.
Source : Kavkaz Center, 6 décembre 2004
02/12/04
- Attaques victorieuses de la résistance
Au cours de 16 attaques menées les 28 et 29 novembre, les moujahidine
tchétchènes ont infligé des pertes aux forces d'occupation
russes, qui ont eu au moins 15 morts et plusieurs dizaines de blessés.
En représailles, les foces russes ont procédé à
des bombardements aériens dans plusieurs zones, dont la vallée
de la rivière Vashtar et les forêts situées au sud
de Selmentauzen.
Source : Kavkaz Center, 1er décembre 2004
27/11/04
- Exécution d’un traître à Grozny
Un groupe de moujahidine tchétchènes sous le commandement
du Commandant Ibadullah ont procédé, dans la soirée
du 21 novembre, à l’exécution d’un collaborateur
haut placé des forces d’occupation russes. L’homme,
surnommé “Grozny” (le Terrible), a été
abattu avec un lance-grenades alors qu’il quittait, ivre, le domicile
de sa maîtresse, une dame de petite vertu, dans le Bloc 4 de la
capitale tchétchène. En représailles, les forces
d’occupation ont opéré un ratissage dans tout le
quartier dès le lendemain matin.
Source : Daymokh news agency, 25 novembre 2004
Découverte
de charniers
Le corps ligoté de fil de fer barbelé de M. Avtugeriev
a été découvert le 19 novembre près de Barzoï,
dans le district de Shatoy. Il avait été kidnappé
par les forces d’occupation.
11 corps non identifiés de jeunes âgés de 12 à
20 ans ont été découverts près du village
de Jalka, dans le district de Gudermès, le 20 novembre. 3 autres
corps ont été découverts dans les collines de Sunzha,
où, le 16 novembre, 3 corps portant de nombreuses traces de tortures,
d’hommes âgés de 20 à 40 ans, avaient été
découverts, près de la Ferme laitière n°15
du district rural de Grozny.
Le 6 octobre dernier, les corps de femmes vraisemblablement assassinées
il y a 4 ans, avaient été découverts dans le district
industriel de la capitale.
Source : Kavkaz Center, 26 novembre 2004
Monsieur
Poutine, je vous provoque en duel ! (lettre ouverte à Vladimir
Poutine, l'homme et l'officier)
par Oleg Nikolaevich Azovsky, citoyen russe, 25 novembre 2004
M. Poutine,
je suis citoyen de la Fédération de Russie, je suis un
ancien
officier de l'armée russe, et je vous provoque en duel. En voici
les raisons
:
J'affirme que vous, Vladimir Poutine, êtes le seul responsable
direct de la
mort de centaines d'enfants et d'adultes à Beslan, parce que
c'est vous qui
avez donné l'ordre, immédiatement, de refuser toute négociation
avec les
séparatistes tchétchènes. Ce faisant, vous avez
condamné tous les otages à une mort certaine.
J'affirme que vous avez agi de manière délibérée,
parce qu'aujourd'hui vous
tirez profit de la MORT de ces enfants ! Parce que ce n'est qu'après
que le
drame de Beslan ait connu une TELLE fin que vous avez pu vous déchaîner
et déchaîner vos chiens, de la police et du KGB, qui imposent
aujourd'hui une véritable tyrannie à la Tchétchénie.
Ce n'est qu'après CE genre d'issue au drame de Beslan que vous
pouvez
cracher à votre guise sur la Constitution de la Russie et installer
un
régime totalitaire et brutal dans le pays, tout en espérant
que personne n'
osera plus jamais censurer votre politique, (en disant) : « comme
vous le
voyez, une guerre impitoyable contre le terrorisme est en cours ».
Mais, en réalité, ce qui est en cours, c'est une guerre
impitoyable faite à
tous ceux qui osent dire la vérité : contre des journalistes
et contre des
militants des droits de l'homme qui sont demeurés en Russie.
Contre ceux qui ont le courage de dire sans hésiter que vous,
et votre famille, vous vous
moquez totalement du nombre de personnes innocentes qui ont été
tuées et qui vont être tuées, parce que votre famille,
qui a le pouvoir REEL dans le
pays, ainsi que vos généraux du KGB et la Police fédérale,
et vos
fonctionnaires - tout le monde TIRE PROFIT de la guerre en Tchétchénie
:
tous, chacun d'entre vous, vous TIREZ PROFIT des attentats terroristes.
Il fut un temps où Hitler déclara que toute une nation,
celle des juifs,
était l'ennemie de l'Allemagne. Aujourd'hui, M. Poutine, tous
les
Tchétchènes sont devenus des ennemis de la Russie.
Non, bien sûr, vous ne le dites pas à haute et intelligible
voix, mais cela
découle de votre politique envers cette petite nation. Vous savez
pertinemment que la Tchétchénie n'a jamais fait partie
des territoires de la
Russie, et que cela fait seulement un siècle et demi qu'elle
a été intégrée
à la Russie, par la force (à propos des territoires des
autochtones russes,
on comprendrait plutôt que l'Ukraine devienne partie intégrante
de la Russie
: tout écolier a entendu parler de la Principauté (russe)
de Kiev.)
Vous savez parfaitement bien que c'est la nation tchétchène
toute entière
qui se bat contre votre armée, femmes et enfants compris (si
ce n'est en
prenant eux-mêmes les armes, c'est tout au moins en aidant les
combattants, d'une manière ou d'une autre).
Toute nation a le droit de choisir si elle s'intègrera dans un
autre Etat
ou si elle continuera à vivre de manière indépendante.
Quant aux raisons
mentionnées plus haut, vous essayez de garder la Tchétchénie
comme une
colonie au sein de l'Empire russe. Ce faisant, vous insultez tous les
gens
qui respectent la Liberté et qui ne veulent pas vivre dans les
colonies d'
autres pays, mais veulent avoir leur propre pays souverain ! Cela signifie
que vous m'insultez, moi, personnellement, aussi.
Et c'est
la raison pour laquelle je vous défie en duel, Monsieur Poutine
!
Vous savez
très bien qu'il n'y a que DEUX VRAIES RAISONS au génocide
déclenché contre le PEUPLE tchétchène (génocide
que vos médias appellent : « restauration de l'ordre constitutionnel
») :
La première raison : vos généraux retirent des
profits énormes du vol d'
armes et vos fonctionnaires font du profit en détournant des
fonds envoyés
en Tchétchénie à des fins de prétendue «
aide humanitaire » et pour « la
reconstruction de la Tchétchénie ».
La seconde raison, c'est le pétrole tchétchène,
des profits énormes retirés
de la vente de ce pétrole aboutissant dans les poches des mêmes
fonctionnaires, cités plus haut.
Résultat de l'horrible boucherie déclenchée afin
de réaliser ces «
missions » : des militaires russes ont tué des centaines
de milliers de
paisible civils tchétchènes : des femmes, des enfants,
des vieillards. Les
soldats russes ont violenté plus de 940 femmes et jeunes filles
tchétchènes! Sur ce nombre, 360 ont été
tuées (et ce chiffre a été relevé à
la fin 2003). Des centaines de milliers de paisibles civils tchétchènes
sont restés en Tchétchénie, et ils y vivent dans
la précarité la plus complète, sans toit, beaucoup
sont devenus des réfugiés.
Des « escadrons de la mort », constitués d'officiers
de la police fédérale
et du FSB (Forces de sécurité de la Fédération
de Russie, ex-KGB) opèrent
aujourd'hui en Tchétchénie. Ils ont déjà
kidnappé et tué, à visage
découvert, des milliers de civils : cela est généralement
qualifié aujourd'
hui d' « exécutions extrajudiciaires », c'est aussi
du terrorisme
international !
Tout ça, vous le savez certainement. Human Rights Watch a rédigé
des
rapports sur ces faits, fondés sur les témoignages de
centaines de
personnes. La presse indépendante en a fait état, et les
organisations de
défense des droits de l'homme de Russie en ont parlé.
J'affirme que les agissements de l'armée et de la police russes
en
Tchétchénie, à cause desquels des otages sont morts
durant le siège du
théâtre de Moscou et durant la prise d'assaut de l'école
de Beslan, sont des
crimes contre l'humanité !
Certes, la guerre russe en Tchétchénie a été
déclenchée avant que vous
accédiez aux affaires. Mais le fait que vous ne mettiez pas un
terme à cette
boucherie sanglante, alors que vous connaissez tous les détails
de la
réalité de la situation, est pour moi une insulte, tout
comme il l'est pour
toute personne honnête !
C'est la raison pour laquelle je vous défie en duel, Monsieur
Poutine.
L'un de nous deux devra quitter la Russie : soit ce sera l'une des dernières
personnes honnêtes à encore l'habiter, soit ce sera vous
et votre famille
(bien entendu, vous comprenez que je ne désigne pas par là
vos proches
inscrits à l'Etat civil, mais bien votre Famille, cette Famille
de mafiosi
qui vous a placé sur le fauteuil présidentiel.) Mais je
vous avertis : moi,
je veux rester dans ce pays !
C'est pourquoi je vous provoque en duel, Monsieur Poutine.
Si vous n'avez pas oublier ce que signifient les mots « officier
» et «
honneur », et si vous n'êtes pas un couard, vous ne déclinerez
certainement
pas cette demande.
Selon la coutume, vous avez le choix des armes.
Vous pouvez me contacter à l'adresse e-mail suivante :
azovs@list.ru
J'ai bien l'honneur !
Source : Kavkaz Center, 25 novembre 2004
23/11/04
- Nouvelles victoires militaires de
la résistance
Selon des communiqués du Conseil militaire du Conseil de défense
de la République tchétchène d'Ichkérie,
les combattants de la résistance ont livré une série
de combats victorieux contre les forces d'occupation et leurs supplétifs
tchétchènes.
District d'Itum-Kala, 15 novembre : dans une embuscade tendue par la
résistance sur la route Ushkaloi Itum Kala, les occupants
ont eu quatre morts et un véhicule brûlé.
Martan-Chu, 16 novembre : affrontement avec des Spetznaz, qui ont eu
deux morts. Les résistants ont eu un blessé.
Ersenoi, district de Vedeno, 16 novembre : deux occupants tués
et quatre blessés. Aucune perte tchétchène.
Route de Sayasan à Nozhai-Yurt, 17 novembre : un transport blindé
de troupes russes a sauté sur une mine. pertes ennemies inconnues.
Elistanji, 19 novembre : 5 soldats russes tués, sept blessés
et un véhicule brûlé. Plusieurs combattants tchétchènes
ont été légèrement blessés.
Makheti, 20 novembre : affrontements avec des hommes de Kadyrov, qui
ont eu 4 morts et de nombeux blessés. 1 moujahid est tombé
martyr.
Shatoy, 20 novembre : 5 membres des Spetznaz ont été éliminés
par les moujahidine dans les gorges de la rivière Vashtar. Les
survivants du commando russe ont été évacués
par hélicoptère.
Source : Kavkaz Center, 23 novembre 2004
Les
chiffres des pertes russes selon Ivanov très loin de la réalité
Le Commandant Supyan, membre du Conseil militaire tchétchène,
aréfuté les chiffres des pertes russes avancé par
Sergueï Ivanov, ministre de la défense russe, comme absurdes.
Alors que, selon Ivanov, les troupes russes ont eu 148 morts depuis
le début de l'année 2004, les pertes russes se sont élevées,
selon Supyan, à "environ 5 000 tués". "Les
Russes et les traîtres nationaux ont perdu en moyenne de 30 à
40 hommes par jour". Les combattants tchéttchènes
tombés au combat durant ces cinq dernières années
se sont, selon Supyan, élevées à 7 200 hommes,
tandis que les pertes russes auraient été de 40 à
42 000 hommes.
Source : Kavkaz Center, 23 novembre 2004
Des
criminels de guerre serbes combattent en Tchétchènie
Selon des informations émanant des services de renseignement
bosniaques et confirmées par le commandement militaire et la
presse US, un groupe de criminels de guerre serbes sont engagés
dans les combats en Tchétchènie, aux côtés
des occupants russes. Ces criminels sont dirigés par Rajko Kusic,
commandant du Bataillon Borika de la 1ère Brigade du Corps de
la Drina, responsable du massacre de plus de 349 civils durant le nettoyage
ethnique de la zone de Rogatica. Les tueurs serbes ont reçu un
entraînement, avant leur départ en Tchétchénie,
dans le camp de Slapovi près de la ville de Zepa. Kusic est en
relation étroite avec les deux criminels de guerre serbes les
plus recherchés, Radovan Karadzic et Ratko Mladic.
Source : Kavkaz Center, 23 novembre 2004
Le
gouvernement belge empêche une rencontre entre Ahmed Zakaïev
et des mères de soldats russes
Le gouvernement belge a refusé d'accorder des visas d'entrée
à Ahmed Zakaïev, réfugié en Grande-Bretagne,
et à des mères de soldats russes, qui devaient le rencontrer
au parlement euroépen le 23 novembre. Une fois de plus, l'Europe
"démocratique" montrer sa collusion avec le criminel
de guerre Poutine.
Source : AFP, 23 novembre 2004
20/11/04
- Le CICR a dépensé 21 millions de dollars dans des programmes
au Caucase
Le Comité international de la croix rouge (CICR) a jusqu'ici
dépensé 21 millions de dollars dans le financement de
ses programmes dans le nord du Caucase, rien que cette année.
Selon un rapport du CICR, le Comité a maintenant 20 employés
étrangers et 350 employés locaux travaillant au Caucase
où ils fournissent non seulement de l'aide alimentaire, mais
travaillent également pour le développement des infrastructures
comme les réseaux de distribution d'eau dans les pays comme la
Tchétchénie et le Daghestan.
Source : www.islamicnews.org, 6 Chawwal 1425 H / 18 novembre 2004
22/10/04
- La Cour européenne des droits de l'homme examine ses premiers
cas tchétchènes
Pour la première fois, la Cour européenne des
droits de
l'Homme a examiné jeudi 14 octobre des cas d'abus présumés
perpétrés par l'armée russe contre la population
civile en Tchétchénie.
L'audience était consacrée aux requêtes déposées
contre la Russie par six
civils, dont cinq assistaient à l'audience. Tous ont perdu des
proches ou
des biens lors de bombardements ou d'opérations de ratissage
des troupes
russes dans la république séparatiste.
Leurs avocats ont fait valoir devant les sept juges de la cour, que
les
autorités russes avaient violé la Convention européenne
des droits de
l'Homme de 1950. La Russie, en tant que membre du Conseil de l'Europe,
est
tenue de respecter le texte.
De son côté, le représentant du gouvernement russe
auprès de la cour, Pavel
Laptev, cité par l'agence russe Interfax, a dit espérer
que l'affaire ne
serait pas "politisée". "Nous voyons cette affaire
comme une sorte de test
pour la cour européenne: respectera-t-elle tous les principes
de la
Convention européenne, et surtout, évitera-t-elle de faire
deux poids, deux
mesures dans son verdict"?
Les six civils réclament entre 10.000 et 30.000 € au titre
du préjudice
moral et une compensation distincte pour leurs biens et revenus perdus.
Mais
ils espèrent surtout attirer l'attention de la communauté
internationale sur
les violations généralisées des droits de l'Homme
lors des campagnes
militaires en Tchétchénie, selon leur avocat Bill Bowring,
professeur de
droit à Londres.
Les avocats des premiers plaignants, Magomed Khachiyev et Roza Akayeva,
ont
expliqué que leurs clients avaient perdu plusieurs de leurs proches,
qui
auraient été torturés et tués en 2000 lors
d'opérations dites de ratissage
des forces russes.
De leur côté, Medka Issayeva, Zina Youssoupova et Libkan
Bazayeva accusent
l'aviation russe d'avoir bombardé des civils russes qui fuyaient
Grozny pour
tenter de se réfugier en Ingouchie, en octobre 1999. Mme Issayeva
a été
blessée et ses deux enfants et sa belle-fille tués, Mme
Youssoupova a été
blesssée, tandis que selon Mme Bazayeva le camion qui transportait
les biens
de la famille a été détruit. Les autorités
russes ont ensuite expliqué avoir
visé un camion des rebelles.
Enfin, Zara Issayeva a porté plainte après que son fils
et ses trois nièces
eurent été tués dans un bombardement russe sur
le village de Katyr-Yourt en
février 2000. La justice russe a jugé l'action légitime,
le village étant
occupé par des combattants tchétchènes qui refusaient
de se rendre.
L'audience de jeudi a duré environ deux heures et demie. Un arrêt
ne sera
pas rendu avant plusieurs mois, selon des responsables de la cour.
Source : AP, 14 octobre 2004
13/10/04
- Gorbatchev : « un statut spécial pour la Tchétchénie
»
L'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev,
en visite aux USA en tant que chef du fond environnemental de
la Croix verte internationale, a déclaré : « Mon
idée est la suivante: la Tchétchénie fait partie
de la Russie, la Russie toute entière devrait aider à
la reconstruction de la Tchétchénie, et la Tchétchénie
devrait avoir un statut spécial en Russie. » Il a ajouté
: « J'ai l'intime conviction que certains pays voudraient voir
la Russie s'enliser dans le bourbier tchétchène »,
mais il n’a pas nommé les pays en question.
Source : AP, 12 octobre 2004
06/10/04
- Alkhanov, un “président” en sursis
Le nouveau “président” tchétchène,
Alou Alkhanov, qui a prêté serment mardi au cours d'une
cérémonie sous très haute surveillance, a reconnu
qu'il était une cible prioritaire des séparatistes.
"Je sais qu'en tant que chef de la République tchétchène,
qui combat le terrorisme international, je deviens également
la cible numéro un de toutes sortes d'extrémistes",
a-t-il dit à l'issue de la cérémonie.
Le lieu de son investiture, une tente érigée dans un complexe
gouvernemental, avait été tenu secret jusqu'à la
dernière minute pour réduire les risques d'une attaque
des séparatistes.
Alkhanov, ex-ministre régional de l'Intérieur et policier
de carrière, soutenu par le Kremlin, a été élu
à une majorité écrasante de près de 75%
en août dernier pour succéder à Akhmad Kadirov,
tué dans un attentat à la bombe en mai dernier à
Grozny.
"Je poursuivrai sur la voie du défunt président tchétchène",
a-t-il dit, promettant de "rétablir la loi et l'ordre en
Tchétchénie" et d'en finir avec "le cauchemar
des dernières années".
L'investiture d'Alkhanov intervient alors que la Russie redoute de nouvelles
attaques de la guérilla tchétchène après
la sanglante prise d'otage à l'Ecole N°1 de Beslan, en Ossétie
du Nord, qui s'est achevée par la mort de plus de 330 personnes,
dont une moitié d'enfants.
L'assassinat de son prédécesseur a démontré
que la stratégie de Vladimir Poutine de "tchétchénisation"
de la question tchétchène était très précaire.
En optant pour cette politique (mise en place d'une administration souveraine
tchétchène loyale au pouvoir central, éléments
d'autonomie), le président russe, qui avait décidé
du retour de l'armée russe en Tchétchénie en 1999
après la première guerre de 1994-96, souhaitait encourager
les Tchétchènes pro-Russes à régler la question.
Et Kadirov, un ancien mufti de la rébellion, avait dirigé
la région avec fermeté pendant près de quatre ans,
incitant les séparatistes modérés à changer
de camp, tout comme lui l'avait fait.
Mais sa mort et les raids contre Grozny cet été ont démontré
que son administration ne contrôlait pas vraiment la situation.
Dans son message adressé à Alkhanov, Vladimir Poutine
réitère cependant qu'il suivra cette ligne - par ailleurs
opposée à son initiative en cours visant à réaffirmer
l'autorité du pouvoir central sur les quelque 88 autres régions
autonomes russes.
"Votre succès électoral donne l'espoir d'une renaissance
économique et sociale poussée plus avant de la République",
écrit-il.
Source :
Reuters, 5 octobre 2004
05/10/04
- Des Algériens impliqués dans la prise d'otages de Beslan
Les services de sécurité russes ont annoncé avoir
arrêté un citoyen britannique d'origine algérienne
alors qu'il tentait de quitter la Russie pour se rendre en Azerbaïdjan
pour s'y faire soigner. Selon le général russe Ilya Shabalkin,
Kamel Rabat Bouralha, 46 ans, serait un "adjoint clé"
de Chamil Bassaïev. Les services russes disent avoir également
identifié deux autres membres algériens du commando de
Beslan : Osmane Laroussi et Yacine Benalia. Les 3 hommes auraient quitté
Londres, où ils auraient fréquenté la mosquée
de Finsbury Park, pour la Tchétchénie en 2001.
Ces révélations posent une question brûlante : les
services secrets algériens, très bien implantés
dans les "milieux islamistes" de Londres, ont-ils infiltré
les groupes tchétchènes ?
Source : The Observer, 3 octobre 2004
04/10/04
- Massacres et répression en Tchétchènie
Le silence est retombé une fois de plus sur la tchétchénie
martyre après le massacre de Beslan. Et pourtant, “ça”
continue. Petite chronique :
Le 29 septembre, les forces fédérales d’occupation
ont arrêté 11 élèves de l’école
de Nozhaï-Yourt. le même jour, Taus Abuyova, une résidente
de Grozny en visite chez des parents, a été tuée
dans un échange de coups de feu à Nozhaï-Yourt.
12 miliciens et 17 soldats russes ont été tués
dans des affrontements avec la résistance dans le village d’Alera
du distrist de Kurchaloïev durant les derniers jours de septembre.
Durant la nuit du 29 septembre, les forces d’occupation ont pilonné
à l’artillerie lourde les zones montagneuses et forestières
des districts d’Urus-Martan, Achkoï-Martan et Shatoï.
Deux maisons ont été détruites dans le village
d’Orekhovo du district d’Achkoï-Martan.
Les “siloviki” (miliciens collabos tchétchènes)
ont arrêté le 23 septembre sept personnes dans le village
de Starye Atagi. Deux d’entre elles, relâchées le
29 septembre, ont dit avoir été torturées et forcées
à avouer des crimes imaginaires durant leur détention.
le 29 septembre, les forces d’occupation ont bouclé la
frontière ente la Tchétchénie et le Daghestan,
pour empêcher la fuite vers le Daghestan d’habitants des
villages de Gansol-Chu et Meskety, soumis à des “opérations
spéciales” des “siloviki”.
Source : PRIMA-News
29/09/04
- Poutine cherche l’aval du Conseil de sécurité
pour sa sale guerre
Le Kremin est furieux que les USA aient donné l’asile politique,
en août, à Ilyas Akhmadov, ministre des Affaires étrangères
de la République d’Ichkérie, présidée
par Aslan Maskhadov. La Russie a donc introduit une proposition de résolution
au Conseil de sécurité des Nations unies, établissant
une liste de “terroristes” tchétchènes qui
pourraient faire l’objet d’extradition vers la Russie. L’argument
développé par le ministre des Affaires étrangères
Lavrov, jeudi dernier, dans un discours devant l’Assemblée
générale de l’ONU, est qu’il faut “renforcer”
le “front uni antiterroriste”. Colin Powell a répondu
à Lavrov que le sort d’Akhmadov ne dépendait pas
du département d’État, mais du système judiciaire.
Mais concernant la “liste rouge”, il a déclaré
que la proposition russe pourrait permettre aux USA d’ajouter
à la liste rouge des Nations unies les groupes arabes tenus pour
responsables d’attaques terroristes contre Israël. Quant
à Jack Straw, il a déclaré soutenir la proposition
russe mais a ajouté qu’aucun pays européen n’accepterait
d’extrader vers la Russie un suspect menacé par la peine
de mort.
Souce : The New York Times, 27 septembre 2004
27/09/04
- Le Conseil de l'Europe tente d'amorcer un "dialogue" en
Tchétchénie
Le Conseil de l'Europe a organisé, vendredi 24 septembre à
Grozny, une conférence sur les droits de l'homme présentée
comme le début d'un "dialogue" entre le pouvoir et
la société. Elle a réuni des représentants
des autorités civiles et militaires, d'ONG russes et tchétchènes,
ainsi que le délégué russe aux droits de l'homme,
Vladimir Loukine, et la présidente de la commission ad hoc auprès
du président russe, Ella Pamfilova.
La conférence a été ouverte par une minute de silence
à la mémoire des victimes de la prise d'otages de Beslan
(339 morts selon le bilan officiel).
Le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro
Gil Robles, a appelé dans son discours d'ouverture à l'implication
de "tous ceux, en Tchétchénie, qui renoncent à
la lutte armée, y compris les plus critiques" , pour parvenir
à "la fin de l'impunité des violences" ainsi
qu'à des "élections libres" . La présidente
du groupe Helsinki de Moscou, l'ancienne dissidente soviétique
Lioudmila Alexeïeva, venue de la capitale russe, a déclaré
: "Bien qu'il y ait officiellement une justice, un parquet local,
c'est le règne des armes, des exécutions sommaires et
des arrestations arbitraires qui continue en toute impunité,
non seulement de la part des rebelles, mais aussi des forces fédérales
et de différentes milices locales" , ajoutant : "Tant
que la terreur menée -par les militaires- contre la population
civile continuera, se poursuivra en retour celle tournée contre
la population du reste de la Russie, et on aura d'autres Beslan et d'autres
Doubrovka -la prise d'otages dans un théâtre moscovite,
en octobre 2002- ."
Alvaro Gil Robles, selon lequel la réunion a eu l'assentiment
du Kremlin, avait souhaité la participation de "représentants
de tous bords" . Mais la plupart des groupes tchétchènes
représentatifs n'étaient pas présents, a observé
un responsable de l'ONG russe Mémorial, Alexandre Tcherkassov,
estimant qu'ils redoutaient une tentative de récupération,
le simulacre d'une ouverture politique. -Source : AFP, 25 septembre
2004
25/09/04
- Beslan: Maskhadov veut faire juger Bassaïev après la guerre
Le président tchétchène élu Aslan Maskhadov
a déclaré qu'il avait l'intention de faire juger, "après
la fin de la guerre", Chamil Bassaïev pour la sanglante prise
d'otages de Beslan, dans une déclaration rapportée vendredi
par un site internet proche des indépendantistes.
"Suite à la déclaration de Chamil Bassaïev par
laquelle il revendique la responsabilité de l'acte terroriste
à Beslan en Ossétie du Nord (...) je déclare officiellement
qu'après la fin de la guerre, les personnes coupables d'actes
illégaux, seront traduites en justice, y compris Chamil Bassaïev",
déclare Maskhadov sur le site chechenpress.com.
Le dirigeant indépendantiste réaffirme son rejet et sa
condamnation "de telles méthodes de faire la guerre, quel
que soit leur utilisateur". Dans le même texte, il appelle
la communauté internationale à "créer un tribunal
international pour examiner tous les aspects de tous les crimes commis
au cours de cette guerre par les deux parties". La prise d'otages
de Beslan, entre le 1er et le 3 septembre, a fait au moins 339 morts
(sans compter les ravisseurs), dont plus de la moitié d'enfants.
Comme il l'a déjà fait à la suite d'autres actes
terroristes revendiqués par Bassaïev, Aslan Maskhadov affirme
que ces actions sont "la conséquence et la réaction"
à la "guerre de génocide livrée par la direction
russe contre la nation tchétchène, au cours de laquelle
l'armée russe a tué 250.000 personnes, dont 42.000 enfants".
"La prolongation de cette guerre peut aboutir à ce que la
situation échappe à tout contrôle, ce qui conduira
inévitablement à accroître encore le nombre et l'ampleur
des actes terroristes", poursuit le dirigeant séparatiste.
Accusant le "colonialisme russe" de vouloir empêcher
les Tchétchènes d'exercer leur droit légitime à
l'autodétermination, Maskhadov réclame une fois de plus
une "solution politique" avec des "garanties internationales".
Chamil Bassaïev, que Moscou accuse de liens avec le terrorisme
international, a revendiqué plusieurs actes terroristes de grande
ampleur, dont la prise d'otages au théâtre de la Doubrovka
à Moscou en 2002 (130 morts) et, plus récemment un double
attentat contre des avions de ligne (90 morts). Ses relations avec Aslan
Maskhadov évoluent en zig-zag.
Pour Moscou les deux hommes sont considérés comme des
terroristes et portent la même responsabilité dans le conflit
tchétchène, déclenché par l'entrée
des troupes russes dans la république caucasienne le 1er octobre
1999 pour mettre fin au pouvoir indépendantiste.
Source : AFP, 24 septembre 2004
La
situation se détériore au Daghestan, poudrière
du Caucase du Nord
par Natalie Nougayrède, Le Monde, 24 septembre 2004
Moscou, de notre correspondante - Le Daghestan, République russe
de 2 millions d'habitants, qui s'étire entre la Tchétchénie
et les rives de la mer Caspienne, suscite de plus en plus l'inquiétude
des spécialistes du Caucase du Nord. "On sent des tremblements,
des signes d'instabilité, mais personne ne sait quand les choses
peuvent éclater" , affirme, à Moscou, l'historien
arabisant Mikhaïl Roschine, rattaché à l'Institut
des études orientales de l'Académie des sciences.
"Les habitants de la République redoutent un débordement
du conflit tchétchène. A cela s'ajoute d'intenses luttes
politiques entre clans locaux, sur fond de radicalisation islamiste
d'une partie de la jeunesse" , dit-il.
Les agences de presse russes ont récemment fait état d'une
série d'incidents armés et de "tentatives d'actes
terroristes" au Daghestan, région montagneuse où
vivent plus d'une centaine de groupes ethniques différents, dont
aucun ne peut se prévaloir d'une position démographique
dominante. Des échanges de tirs entre la police et des "rebelles
armés" ont fait deux morts la semaine dernière dans
un village au sud de Makhatchkala, la capitale daghestanaise. Les services
secrets ont affirmé, cette semaine, avoir déjoué
un attentat à la voiture piégée dans cette localité,
et découvert sur un toit d'immeuble deux missiles antichars dirigés
vers un bâtiment du gouvernement local. Corruption
L'autorité du dirigeant local, Magomedali Magomedov, un ancien
responsable communiste âgé de 74 ans, au pouvoir depuis
1994, est de plus en plus contestée. Le maire de la ville de
Khassaviourt (100 000 habitants), près de la frontière
tchétchène, s'est positionné comme principal opposant.
Ce responsable municipal, Saït Pacha Oumakhanov, un ancien champion
de lutte dont le neveu, Mourad, faisait partie de la délégation
russe aux Jeux olympiques d'Athènes, a organisé cet été
d'importantes manifestations, réclamant la démission du
dirigeant de la République, accusé de régner par
la corruption et d'avoir fait assassiner en 1998 le mufti daghestanais
Hadji Aboubakarov.
Les tensions sont ravivées entre les Avars (28 % de la population)
auquel est rattaché le maire de Khassaviourt, et les Darguines
(16 % de la population), le groupe de Magomedali Magomedov, le président
de l'Assemblée. Les réformes annoncées par Vladimir
Poutine sur la nomination directe des gouverneurs de régions
russes pourraient avoir un impact important. La République devait
se préparer à tenir sa première élection
présidentielle au suffrage universel en 2006. Ce scrutin, qui
ne pourra désormais avoir lieu, était perçu par
le maire de Khassaviourt comme le moyen d'accéder au pouvoir.
Le Daghestan a été depuis la fin de l'Union soviétique
une plateforme pour la pénétration du courant religieux
wahhabite en Russie, en provenance d'Arabie saoudite. En 1999, la République
avait été le théâtre d'une attaque de groupes
armés tchétchènes radicaux, emmenés par
le chef de guerre Chamil Bassaev, un des épisodes ayant servi
de prétexte au déclenchement de la guerre de Tchétchénie.
De nombreux enlèvements (notamment celui du représentant
de MSF, Arjan Erkel, libéré en avril 2004 après
vingt mois de détention) et des assassinats de chefs politiques
ont eu lieu ces dernières années. Divers trafics y prospèrent
(armes, drogues) et les structures locales du FSB, les services de sécurité
russes, sont notoirement corrompues.
22/09/04
- Le Parlement russe propose une loi antiterroriste
Le Parlement russe, qui a ouvert une enquête sur la prise d'otages
sanglante de Beslan (Ossétie du Nord), a présenté
lundi les grandes lignes d'un projet de loi antiterroriste.
La Russie a d'ores et déjà renforcé ses mesures
de sécurité après une série d'attentats
et d'attaques revendiqués par les rebelles tchétchènes
et a affirmé être prête à agir de façon
préventive contre des bases terroristes, y compris à l'étranger.
"Nous pensons qu'il est nécessaire de préparer et
d'adopter une loi fédérale antiterroriste car la législation
existante ne nous permet pas totalement de résoudre les problèmes
qui découlent de la situation dans le pays", a déclaré
Sergueï Mironov, le président du Conseil de la Fédération,
la chambre haute du Parlement.
Le Conseil de la Fédération a réclamé une
loi qui punirait plus sévèrement les personnes liées
aux terroristes, notamment celles qui les financent. Il a également
demandé qu'un inventaire complet des armes utilisées par
les forces de sécurité soit dressé.
Le document présenté par la chambre haute doit être
de nouveau examiné la semaine prochaine même s'il a déjà
obtenu un accord de principe. Il doit encore être approuvé
par la Douma (la chambre basse), puis par le président Vladimir
Poutine.
Le Conseil de la Fédération a également proposé
des amendements aux lois existantes sur les forces de sécurité.
La chambre haute a par ailleurs lancé lundi son enquête
sur la prise d'otages de Beslan, qui a fait plus de 300 victimes, pour
la moitié des enfants. Des représentants du Conseil ont
été envoyés dans cette ville du Nord-Caucase.
Le dénouement sanglant de la prise d'otages dans l'Ecole N°1
de Beslan avait soulevé des questions sur la compétence
des services de sécurité. Des sondages ont montré
que la population reprochait à la police d'avoir été
incapable d'empêcher cette prise d'otages.
Environ 1.200 parents, enfants et professeurs avaient été
retenus par un commando armé au début du mois.
Selon des experts, l'enquête du Conseil de la Fédération,
dont les membres ne disposent que de peu de pouvoir, aura peu de valeur.
La Douma, où siègent des députés élus,
envisage de conduire sa propre enquête.
Source : Reuters, 21 septembre 2004
Mylène Sauloy, l'amie des Tchétchènes
par Marie Jégo, Le Monde, 22 septembre 2004
La documentariste française se rend souvent dans cette République
du Caucase ravagée par six ans de guerre. Séduite par
ce pays, elle en a rapporté des vidéos qui disent la terrible
répression infligée par les Russes.
Réalisatrice de documentaires, Mylène Sauloy se rend souvent
en Tchétchénie, cette petite république caucasienne
ravagée par six ans de guerre, mais se défend d'aller
"à la chasse aux images". "J'ai l'impression d'y
aller pour voir mes amis plutôt que pour tourner des sujets ,raconte-t-elle.
Comment vont-ils ? Est-ce que le petit dernier est né ? Comment
s'organisent-ils dans ces conditions infra-humaines ? Leur sort m'obsède.
A une époque, j'y allais tous les trois mois."
Chacun de ses périples est clandestin. Comment faire autrement
? Les autorités russes ont interdit aux journalistes de se rendre
en Tchétchénie, sinon avec une autorisation du Kremlin
et dans les fourgons des "fédéraux". "Il
y a très peu d'images de là-bas. Et si les télés
n'y vont pas, ce n'est pas un hasard, c'est parce que c'est vraiment
dangereux" ,explique-t-elle.
En 1999, au moment du déclenchement de la guerre et malgré
le déluge de feu sur les villes et les montagnes tchétchènes,
de nombreux reporters de guerre avaient afflué. Cinq ans plus
tard, le huis clos est total. Les bombardements intensifs ont cessé
mais les arrestations, les tortures, les disparitions et les viols sont
le lot commun des Tchétchènes, prisonniers de ce goulag
à ciel ouvert quadrillé par 100 000 soldats russes.
"Dans cette guerre, les médias se sont montrés incapables
de défendre les droits des acteurs de l'information ,déplore-t-elle.
Le droit d'informer, c'est bien sûr le droit de circuler librement
pour le journaliste, mais c'est aussi le droit à la parole pour
toutes les parties. Or les Tchétchènes n'ont pas le droit
de s'exprimer."
Comment cette réalisatrice indépendante fait-elle pour
passer les contrôles, éviter les patrouilles, filmer, ramener
les bandes sans se faire prendre ? "A chacun sa recette" ,répond-elle.
A la mi-août 2004, alors qu'elle tourne quelques images dans Grozny,
elle est arrêtée et emmenée au poste, ses cassettes
sont confisquées. Elle a tout juste le temps de cacher sur elle
la vidéo contenant l'essentiel des images : elle laisse la police
tchétchène s'emparer de bandes presque vierges.
"Je les ai baratinés comme j'ai pu, une fois de plus je
suis passée entre les gouttes ,raconte-t-elle. Evidemment c'est
plus compliqué pour la cassette que pour le crayon." Ne
comptez pas sur elle pour s'épancher, raconter comment elle se
déguise en femme tchétchène, foulard et jupe longue,
pour franchir les contrôles : "Ce sont les Tchétchènes
qui prennent des risques, pas moi." Et toujours cette idée
fixe : "Je me sens responsable de ceux que je filme. Sans cesse,
je me demande si cela vaut le coup de les faire parler, sachant ce qu'ils
encourent, eux et leurs proches."
Depuis près de dix ans qu'elle arpente la région, elle
a multiplié les contacts. A l'automne 2000, elle passe un mois
dans un immeuble dévasté de Grozny, la capitale - cette
ville qui comptait 350 000 habitants a été rasée
à l'hiver 1999-2000 par les forces russes -, et filme le quotidien
de ses habitants. Dans un univers dévasté, elle décrit
les ombres qui errent parmi les ruines et s'accrochent à la vie.
Son film, Le 51 , un 26-minutes diffusé sur Arte en 2001, retrace
la vie d'un immeuble à Grozny. Il donne à voir des ménagères
occupées à trouver une canalisation d'eau ou de gaz pour
préparer le repas, des jeunes garçons qui se terrent chez
eux en attendant l'arrestation, de très jeunes filles qui vont
à l'université sur leur trente et un, talons aiguilles
et robes moulantes. Il se dégage d'eux une grande dignité,
une incroyable volonté de résistance à cet environnement
morbide, à la peur. "À QUOI BON ? VOUS SAVEZ DÉJÀ..."
Parmi les locataires du 51 se trouvent des familles de policiers. Aucun
n'ignore que la réalisatrice est là sans autorisation.
"Tout l'immeuble s'est mis d'accord pour me protéger. Tant
que j'y étais, je ne risquais rien" , raconte-t-elle. Désormais,
à chacun de ses périples, elle retourne voir ceux du 51,
comme elle rend visite aux petits danseurs de Grozny, ces enfants de
la troupe Marcho Doryla (en tchétchène : "Que la
liberté soit avec toi") venus en tournée en Europe
à l'invitation de plusieurs théâtres parisiens qui
les ont aidés.
Avec l'argent gagné, beaucoup ont pu reconstruire leurs maisons
bombardées. "Il fallait voir la joie de ces gamins, tellement
contents d'être appréciés pour leur talent, de ne
plus être vus comme des "terroristes"" , se réjouit-elle.
Son film Danse avec les ruines , un 52-minutes tourné en 2002,
retrace le parcours du chorégraphe de la troupe, qui rentre en
Tchétchénie après des mois d'exil en Turquie et
décide de rebâtir sa maison pulvérisée par
les bombardements.
Mylène Sauloy a beaucoup filmé dans le quartier où
vit la troupe à Grozny. Aujourd'hui, ce n'est plus possible.
Pourquoi ? "Les gens ont peur. Il y a des tireurs d'élite
sur les toits. La situation s'est dégradée , estime-t-elle.
Jusqu'en 2002, tout le monde parlait. A présent plus rien. La
phrase qui revient sans cesse, c'est : "A quoi bon ? Tout ce que
je vais vous raconter, vous le savez déjà, le monde entier
le sait. Qu'est-ce que cela change ?""
Depuis l'instauration d'un pouvoir local choisi par le Kremlin, de nombreuses
milices tchétchènes ont été créées.
Partagés entre la perspective d'être un jour arrêtés
par les forces russes comme "terroristes" ou celle de rejoindre
les rangs des insurgés dans les montagnes, les jeunes trouvent
une échappatoire en s'enrôlant dans ces milices, l'une
des rares activités rémunérées dans un endroit
où 80 % de la population n'a pas de travail. "En civil,
en uniforme, il y a des gens armés partout, on ne sait plus qui
est qui , explique Mylène Sauloy. Cela a changé la donne.
Aujourd'hui, les représailles sont beaucoup plus ciblées."
Et les femmes ? Elles étaient au centre de son premier film,
Le Loup et l'Amazone , un 52-minutes tourné entre 1996 et 2000
pour la chaîne de télévision La 5. La légende
de ces cavalières intrépides avait bercé l'enfance
de Mylène Sauloy, élevée au Maroc, à Marrakech,
entre un père marocain et une mère mi-russe, mi-hongroise
: "J'ai été séduite tout de suite par la présence,
la faconde, l'humour des femmes tchéchènes. Aujourd'hui,
elles sont laminées. Toutes ont des problèmes psychiques,
physiologiques. L'une a recours aux voyantes, l'autre parle en rêve
avec ses disparus..."
Il y a un an, une "maison des femmes" s'est ouverte à
Grozny. On y vient pour un cours de chant ou de couture, pour une consultation
médicale. Certaines, victimes de viols ne peuvent en parler.
Le code de l'honneur les contraint à garder le silence pour épargner
au clan la pire chose qui soit : la honte. Celle de Mylène Sauloy,
c'est de se laisser aller à penser que "le droit de savoir
est sans doute un luxe de pays riche" .Filmographie
2001
"Kurdistan, musiques pour mémoire", avec Antoine Cuche.
"Grozny. Le 51".
2002
"Les Petits Danseurs des ruines".
"Danse avec les ruines".
2003
"Le drôle de pays des Kurdes d'Irak".
Des
vidéos qui accusent
Voilà plusieurs mois, à l'occasion d'un séjour
en Tchétchénie, Mylène Sauloy se fait remettre
deux vidéos tournées par des soldats russes le 5 mars
2000, lors de la reprise du village de Komsomolskoïe, dans le piémont
tchétchène. Présentée par la TV russe comme
un succès militaire assorti de la capture de "76 bandits",
l'opération telle qu'elle est rapportée dans cette vidéo
amateur a une tout autre tournure.
Acculés, 200 Tchétchènes qui faisaient le coup
de feu à Komsomolskoïe se rendent, moyennant la promesse
d'une amnistie proclamée par le Kremlin. La reddition a beau
avoir lieu sous le patronage du général russe Mikhaïl
Labounets, elle se solde par l'extermination de la plupart des maquisards.
Les combattants tchétchènes encore valides doivent creuser
des fosses. Les blessés, qui avaient reçu l'assurance
d'être soignés, sont achevés. Une autre vidéo
amateur montre les tortures infligées aux quelques survivants
de Komsomolskoïe. L'un a l'oreille à moitié arrachée,
un blessé est achevé à terre, sous les rires de
dizaines de militaires russes. La violence n'a pas épargné
les 5 000 villageois qui, cinq jours durant, vont servir de boucliers,
parqués dans un champ, sous le feu des canons russes. Une femme
raconte : "A la fin, on a dû payer pour chercher les cadavres
des nôtres, et payer encore quand on les trouvait."
A partir de ces vidéos, Mylène Sauloy reconstitue le fil
de ce qui s'est passé, retrouve des survivants, des civils aujourd'hui
réfugiés en France ou en Belgique. Son film de 34 minutes,
Tchétchénie, la vidéo qui accuse ,récemment
diffusé sur Canal+, a été projeté au Parlement
européen à Strasbourg, mercredi 15 septembre, à
l'initiative du groupe des Verts.
03/09/04 -Les «
veuves noires », épouses, mères ou sœurs de
combattants indépendantistes
L’attentat à l’explosif qui a fait au moins 10 morts
mardi soir à Moscou, attribué à une kamikaze tchétchène,
intervient après une série d’actes terroristes commis
par des femmes kamikazes tchétchènes depuis juin 2000.
Appelées « veuves noires » par les médias
russes, ces jeunes femmes qui s’habillent généralement
de noir seraient, selon des enquêtes publiées en Russie,
le plus souvent les épouses, mères ou sœurs de combattants
indépendantistes tchétchènes tués lors des
affrontements avec les forces fédérales ou enlevés
par des hommes armés et disparus sans laisser de traces. Une
opinion partagée par l’ancien représentant de la
présidence indépendantiste tchétchène à
Moscou, Salambek Maïgov : les femmes kamikazes auraient pour la
plupart perdu leur fils ou leur mari à la guerre, et agiraient
ainsi pour les venger.
Les attentats-suicide commis par des femmes tchétchènes
ont commencé en Russie avec la seconde guerre de Tchétchénie,
après l’entrée de troupes fédérales
russes dans la République caucasienne le 1er octobre 1999, et
connaissent une recrudescence depuis plusieurs mois.
La prise d’otages au théâtre de la Doubrovka à
Moscou, en octobre 2002, avait marqué un tournant dans le rôle
des femmes combattantes tchétchènes. Sur 41 membres du
commando-suicide, 19 étaient des femmes, portant des voiles islamiques
et des ceintures d’explosifs.
Mais cette participation des femmes aux actions des indépendantistes
avait eu des précédents. Le premier attentat-suicide commis
par des combattantes tchétchènes remonte en effet au 7
juin 2000, lorsque deux femmes avaient attaqué une base militaire
russe à Alkhan-Iourt.
Le 12 mai 2003, une femme kamikaze a participé, aux côtés
de deux hommes, à un attentat-suicide visant un bâtiment
des forces de l’ordre à Znamenskoïe, dans le nord
de la Tchétchénie. Le bilan a atteint une soixantaine
de morts. Le 14 mai et le 5 juin 2003, deux attentats perpétrés
par des femmes kamikazes, le premier en Tchétchénie, le
second à Mozdok en Ossétie du Nord, ont fait respectivement
18 et 20 morts.
Le 5 juillet 2003, deux femmes ont commis un attentat-suicide à
l’explosif au cours d’un festival rock à Moscou,
faisant 15 morts, sans compter les kamikazes.
La double catastrophe aérienne du 24 août dernier, tuant
90 personnes à bord de deux avions Tupolev, est également
attribué à des femmes kamikazes.
Dans une enquête intitulée « Les fiancées
d’Allah », publiée fin 2003, une journaliste russe
avait affirmé que parmi ces « femmes de la mort »
seulement une sur dix serait mue par une idée, tandis que les
neuf autres, souvent gavées de psychotropes, seraient manipulées
par des chefs de guerre, une thèse que l’on retrouve souvent
dans les déclarations des responsables des services spéciaux.
Source : L’Orient-Le Jour, 2 septembree 2004 |