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| L'Empire contre
l'Iran |
Par Immanuel
Wallerstein, 15 février 2007
Les USA ont envoyé leur flotte dans la région et investi un amiral
connu pour sa compétence dans les attaques par mer et par air. Les USA
font pratiquement chaque jour des déclarations sur les prétendus méfaits
iraniens. En bref, ils font des rodomontades. De surcroît, un très grand
nombre de gens semblent prendre tout ça vraiment au sérieux. Trois retraités
parmi les plus gradés de l’armée US ont publiquement averti qu’une attaque
de l’Iran serait une folie. C’est ce qu’a fait Zbigniew Brzezinski,
que l’on peut difficilement qualifier de colombe, ainsi que de nombreux
politiciens et diplomates du monde entier. Mais Cheney a établi clairement
que le gouvernement US ferait ce qu’il voudrait, quels que soient le
nombre et la qualité des opposants. Les USA trouveront-ils des alliés
pour les soutenir dans une telle aventure? Probablement très peu. Pas
le Congrès des USA , bien que Bush et Cheney puissent compter sur le
fait qu’il soit plus difficile pour les Démocrates de s’opposer à eux
sur l’Iran que sur l’Irak. Ils auront le soutien du gouvernement israélien.
Et ils semblent compter sur l’appui des Saoudiens. Mais c’est méconnaître
la position des Saoudiens. Les Saoudiens entendent bien sûr limiter
les prétentions hégémoniques de l’Iran sur la région, ainsi que contenir
la marge de manoeuvre du chiisme militant dans les Etats qu’il contrôle,
avant tout en Arabie Saoudite. Mais les Saoudiens aussi croient clairement
qu’une attaque militaire contre l’Iran nuirait aux objectifs politiques
saoudiens, plutôt qu’ils ne les favoriseraient. Leur médiation active
dans la dispute Fatah-Hamas en Palestine indique qu’ils cherchent à
se distancer nettement de la stratégie US au Moyen-Orient. En Europe, même les Britanniques donnent de la voix pour exprimer
leur rejet de l’idée d’une attaque contre l’Iran. Ainsi, supposons qu’en
dépit de tout cela, Bush et Cheney décident de faire une fuite en avant
vers la guerre pour tenter de se sortir de leur situation désastreuse.
Que se passerait-il, et pourquoi feraient-ils cela? Ce qui se passerait
paraît clair. Une attaque aérienne contre l’Iran ne parviendrait pas
à démanteler le programme nucléaire iranien, même si elle pourrait l’affaiblir.
L’envoi de troupes au sol, si les USA peuvent en trouver, conduirait
à des pertes US très importantes. Le gouvernement iranien s’en trouverait
politiquement renforcé – chez lui et dans le monde islamique. Les Russes
et les Chinois soutiendraient de facto l’Iran. Et pire que tout pour les USA, ceux qu’ils considèrent comme leurs
plus proches alliés en Irak commenceraient à appeler assez bruyamment
au retrait immédiat et unilatéral des USA de leur pays. L’ancien Premier
ministre Ibrahim al-Jaafari a déjà commencé à s’engager sur cette voie.
Personne en Irak, personne ne veut que les USA attaquent l’Iran, et
personne ne se sent proche émotionnellement des USA sur cette question.
Ceci dit, Cheney est un politicien intelligent, et je pense qu’il
peut se rendre compte de tout cela. Dans ce cas, pourquoi pousserait-il
malgré tout à la guerre? Est-ce raisonnable de croire que le fait de
créer un désastre encore plus grand pour les USA lui semble la meilleure
option pour parvenir à ses objectifs politiques réels? Cheney (et Bush)
savent qu’ils ne contrôleront le gouvernement des USA que pour deux
ans de plus. Après cela, ils ne savent pas qui sera au pouvoir, mais
ils ont de bonnes raisons de croire que ce ne seront pas leurs clones.
La dernière chose qu’ils veulent, c’est un transfert pacifique de pouvoir
à quiconque pourrait démanteler ce qu’ils ont construit ou essaie, même
essaie, de ramener les USA à leur position initiale – sur les plans
intérieur et international – durant les années de Nixon à Clinton. Ils entendent augmenter et non réduire la conflictualité interne
aux USA . Ils veulent poursuivre le démantèlement des libertés civiles,
qui n’ont jamais été parfaites, mais ont permis de mettre quelques limites
au pouvoir gouvernemental. Ils souhaitent une nouvelle régression dans
la sphère des droits sociaux. Ils veulent des USA plus sombres dans
un monde plus sombre. Quelqu’un peut-il les arrêter? C’est possible. On assiste maintenant
à la résistance large et bruyante des forces armées. Pour la première
fois au cours de ma vie, j’ai entendu des spéculations dans la presse
sur un coup d’Etat militaire. Je doute qu’il ait lieu, mais de telles
spéculations montrent combien les craintes sont répandues. Et il y a
la résistance des politiciens, qui sont pour la plupart essentiellement
des centristes modérés, dont la préoccupation principale est de garder
leur siège et de voir où souffle le vent de leurs électeurs. Cela sera-t-il
suffisant? C’est difficile de le dire, mais nous le verrons plus clairement
dans les prochains deux à trois mois. Commentaire n° 203, du 15 février 2007. Publiées deux fois par mois,
ces chroniques sont conçues comme des réflexions sur le monde contemporain
envisagé sur le long terme, au-delà des gros titres conjoncturels. Traduction
française du bimensuel suisse solidaritéS (www.solidarites.ch), revue par I’auteur.
© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits
et autorisations, y compris de traduction et mise en ligne sur des sites
non commerciaux, contacter: rights@agenceglobal.com. Le téléchargement
ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers est autorisé, pourvu
que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit
conservée. Un documentaire de 53' (en français/ persan) d’Emmanuel PRESSELIN
et Aline DEFORGE, projection- débat en présence de réalisateurs le samedi
17 mars 2007 à 18 h 30 au cinéma
Réalisateurs indépendants, nous terminons le montage d'un documentaire sur l'Iran après un séjour dans le pays de mars à juillet 2006. Ce film de 53 minutes est une production entièrement indépendante, dégagée des contraintes qui pèsent souvent sur le documentaire destiné aux chaînes de télévision. Notre objectif est désormais de diffuser ce documentaire sous la forme de projections publiques suivies d'un échange ou d'un débat. Nous cherchons actuellement des lieux ou réseaux intéressés par cette initiative, et pouvant nous aider à organiser des projections. L'idée qui a présidé à sa réalisation était de mieux appréhender la réalité iranienne, trop souvent réduite aux images chocs de l'intégrisme. Nous avons cherché à donner la parole aux Iraniens sur des sujets quotidiens, tels que l'argent, les relations amoureuses, la vision de l'occident, l'émigration, la pratique personnelle de la religion. Nous espérons, au travers des images et des idées qui s'expriment, amener à prendre conscience des clichés qui formatent les esprits, d'un côté comme de l'autre. Ce film plaide en faveur du dialogue, de la compréhension mutuelle et engage aussi une réflexion sur l'utilisation des images et leur impact sur notre jugement. Si vous avec une connexion haut débit vous pouvez visionner notre film à l'adresse suivante : http://epresselin.free.fr/DocuIran.html Le film sera projeté le 17 mars à 16h au ciné "La clef",
21 rue de |
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