Les USA s’apprêtent à attaquer les sites
nucléaires iraniens à partir de bases en Bulgarie et en Roumanie
Un rapport suggère que le « bouclier défensif US » puisse être un
nouveau front dans la guerre contre le terrorisme
Par
Gabriel Ronay, 28 janvier 2007

Le Président Bush se prépare à attaquer les installations nucléaires
de l'Iran avant la fin avril et les nouvelles bases de l’US Air Force
en Bulgarie et en Roumanie seraient utilisées pour cette attaque, selon
un rapport officiel de Sofia.
«Les Forces armées usaméricaines pourraient utiliser leurs deux bases
aériennes en Bulgarie et une autre sur la côte roumaine de
la Mer Noire pour lancer une
attaque contre l'Iran en avril», indique l'agence de presse bulgare
Novinite.
Le déploiement militaire usaméricain le long de la Mer Noire, couplé avec
le déploiement récent dans le Détroit d’Hormuz de deux groupes expéditionnaires
de porte-avions US, semblent indiquer que le Président Bush a manqué
de patience face aux déclarations frauduleuses de Téhéran [concernant
le dossier] nucléaire de même qu’à son insoumission à la résolution
du Conseil de sécurité de l'ONU. [Pour sa part,] le Président iranien
Ahmadinejad a fait monter la tension dans la région en exposant
publiquement son système de défense antimissiles russe de dernier cri
TOR-MI, récemment acquis. Que les nouvelles publiées en Bulgarie soient
une tactique de diversion ou un événement stratégique est difficile
à discerner à ce stade. Mais, en même temps que sont renforcées des
bases US en Italie et que la République Tchèque
et la Pologne
acquièrent des systèmes de défense antimissiles, ces développements
dans les Balkans semblent indiquer une nouvelle phase dans la guerre
globale contre le terrorisme de Bush.
Les nouvelles de Sofia sur les préparatifs avancés de guerre le long
de la Mer Noire sont confirmées
par quelques détails effrayants. L’un concerne l'établissement de nouvelles
stations de réapprovisionnement en combustible pour les bombardiers
US Stealth, qui seraient le fer de lance d’une attaque contre l'Iran.
«Le positionnement dans des endroits inhabituels des équipements vitaux
de ravitaillement en combustible pour les bombardiers B-2, y compris
la Bulgarie, entre dans la
perspective d'une telle attaque», a déclaré, selon Novinite, le colonel
Sam Gardiner, «un officier des services secrets US posté en Bulgarie ».
Curieusement, bien que le rapport souligne que Tony Blair, l'allié principal
de Bush dans la guerre globale contre le terrorisme, est sur le point
de quitter ses fonctions, le président a choisi d’insister sur le projet
d’attaque contre l'Iran en avril.
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Avant fin mars, il est prévu que 3000 hommes de troupe US arrivent
«par rotation» sur les bases US en Bulgarie. Selon
l’accord de coopération militaire USA-Bulgarie, signé en avril 2006,
une base aérienne à Bezmer, un deuxième terrain d'aviation à
Graf Ignitievo et une aire de tir à Novo Selo ont été loués au USA.
De manière significative, les négociations de l’année dernière sur ces
bases ont à un certain point achoppé sur la demande de Sofia «de savoir
à l’avance si Washington prévoit utiliser le sol bulgare pour attaquer
d'autres nations, en particulier l’Iran».
La Roumanie,
l'autre pays hôte de la
Mer Noire pour les militaires US, bénéficie d’un pactole
de dollars depuis que sa base de Mihail Kogalniceanu à Constanza
est transformée en «place d’arme (1)» usaméricaine. Cette base est également
vitale dans le scénario [d’une guerre contre] l'Iran.
La semaine dernière, le quotidien de Bucarest Evenimentual Zilei a indiqué
que l’US Air Force est sur le point
de diriger plusieurs vols d'avion F-l5, F-l6 et Al0 sur la base
de Kogalniceanu. L’Amiral Gheorghe Marin, chef d’État-major de l’armée
roumaine, a confirmé que «jusqu'à 2000 hommes de troupe usaméricains
seront temporairement postés en Roumanie».
En Europe centrale, la République Tchèque et la Pologne se sont également
trouvées dans la mire de la stratégie du Pentagone. La semaine dernière,
le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek de même que le Conseil de
sécurité nationale du pays ont donné leur accord pour le déploiement
d'un système US de défense antimissiles par radar à Nepolisy. La Pologne a également donné
son accord pour avoir une base US de missiles antimissiles et une force
d’interception aérienne postés dans le pays.
Cependant, la Russie
ne perçoit pas cet ensemble de nouvelles bases US à sa porte comme un
« bouclier défensif ». Le chef de la défense russ a blâmé
les sites d’emplacements prévus de missiles antimissiles sur
le sol tchèque et polonais comme étant une « menace ouverte envers
la Russie ».
Sergueï Ivanov, ministre de la Défense russe, a été plus circonspect en exprimant
les inquiétudes de Moscou. Il a dit : «La Russie n’est aucunement
inquiétée. Ses forces nucléaires stratégiques peuvent assurer en toute
circonstance sa sécurité. Mais puisque ni Téhéran ni Pyongyang ne possèdent
des missiles intercontinentaux capables de menacer les USA, de qui ce
nouveau bouclier de missiles est-il censé protéger l'Ouest? Tout ceci
ne vise qu’à une chose : démontrer la loyauté de Prague et Varsovie
à l’égard à Washington. »
Le plan d'attaque contre l'Iran de Bush a mis en lumière le prix qu’auraient
à payer l’Europe Centrale et de l’Est pour être des « piliers de
la Pax Americana ».
(1)
En
français dans le texte.
Original : http://www.sundayherald.com/international/
Traduit
de l’anglais par Dany Quirion et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour
tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition
d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1982&lg=fr
Conférence
d’Herzliya - Tout tient en un mot de quatre lettres : I.R.A.N.
par
Haviv Rettig, 25 janvier 2007
À
en juger à la tonalité de la Conférence d’Herzliya, cette année, l’establishment
israélien, bien que s’extirpant à grand-peine d’un scandale pour tomber
immédiatement dans un autre, n’a qu’une obsession : l’Iran.
Panel après panel, les conférenciers ont décliné jusqu’à la nausée la
« menace existentielle » censée émaner du gouvernement « messianique
totalitaire » aux manettes à Téhéran. Des membres de cabinets ministériels,
des représentants de l’armée, la smala habituelle des anciens généraux,
des analystes politiques et jusqu’à la poignée des responsables du Mossad,
ont débattu tant publiquement qu’en petit comité, de la menace nucléaire
[iranienne], de ses implications géostratégiques et psychologiques et
des méthodes susceptibles de l’éliminer.
Et mises à part des observations initiales relatives au Président Moshe
Katsav, le Premier ministre Ehud Olmert a consacré la totalité de son
discours, lors de la cérémonie de clôture de la conférence annuelle,
à ce même sujet.
Observons toutefois que cette focalisation sur l’Iran n’était pas le
seul fait des Israéliens présents à la conférence. Le sous-secrétaire
d’État [usaméricain] pour les questions politiques, Nicholas Burns,
vint à Herzliya, cette semaine dire aux participants que la menace iranienne
était « sans conteste, le défi le plus important que nous ayons
à relever, aujourd’hui ».
Thomas Pickering, qui assumait les fonctions de Burns avant lui, avertit
contre le fait que « la prolifération nucléaire est véritablement
la caractéristique de la présente ère nucléaire, et son danger majeur ».
Peter MacKay, ministre canadien des Affaires étrangères, a affirmé que
son pays était « profondément préoccupé au sujet de l’Iran »,
insistant sur le fait que « Téhéran ne doit pas être autorisé à
obtenir des armes nucléaires. »
Et ce fut toujours et encore la même chose, avec des parlementaires
allemands, l’ancien Premier ministre espagnol José Maria Aznar, le député
d’opposition et ancien ministre de la
Justice canadien Irwin Cotler, entre autres.
Tout ceci soulève une question évidente : Que pensent – de
spécifique – l’establishment sécuritaire israélien, ainsi que les participants
américains et européens à la conférence, qu’il soit possible de faire,
et qui doive être fait, à ce sujet ?
Tous sont tombés d’accord sur le fait que la menace émanant du gouvernement
du président Mahmoud Ahmadinejad était réelle et immédiate. D’après
le professeur de Princeton, le célèbre spécialiste d’histoire islamique,
j’ai nommé Bernard Lewis, « Ahmadinejad croit réellement au message
apocalyptique qu’il propage [au sujet du retour imminent du Mahdi messianique].
Cela fait de lui un homme extrêmement dangereux. « Une Destruction
Mutuelle Garantie », pour lui, ça n’est pas une dissuasion, mais
une incitation. »
S’ajoute
à cela, pour le Dr. Dan Schueftan, de l’Université de Haïfa (un expert
très respecté ès sécurité israélienne), le fait qu’une « bombe
chiite » amènerait les pays arabes sunnites à construire leur propre
« bombe sunnite », transformant un Moyen-Orient perclus de
conflictualité en un environnement ingérable et spectaculairement plus
dangereux encore.
Pourtant,
il y a de très bonnes raisons d’être extrêmement préoccupé par toute
frappe occidentale entendant éliminer le programme nucléaire iranien.
D’après Shmuel Bar, analyste de l’Institut pour la Politique et la Stratégie du Centre
Interdisciplinaire d’Herzliya, qui a travaillé pour les milieux du renseignement
israélien durant trois décennies, une frappe usaméricaine déclencherait
les impulsions primales de survie du régime iranien. Cela aurait à coup
sûr pour conséquence une agression totale de l’Iran contre les champs
pétrolifères koweïtiens et saoudiens, dans une tentative pour extorquer
un niveau de prix [du pétrole] capable de dissuader l’Occident d’amplifier
son assaut pour le porter au niveau du changement de régime [en Iran],
a-t-il déclaré au Jerusalem Post.
De plus, il existe un « danger réel » que le régime iranien
soit en mesure d’instiguer des grèves chez les chiites du Sud de l’Irak,
a déclaré le Dr. Ian Bremer, président de la compagnie de consultants
en matière de risques économiques, Eurasia Group. Cela pourrait considérablement
faire baisser la production de pétrole, qui pourrait même passer de
plus d’un million de barils par jour jusqu’à zéro baril, ne serait-ce
que pour une courte période », a-t-il averti.
De plus, comme l’ont fait observer plusieurs analystes, toute frappe
qui ne serait pas assez drastique pour renverser le régime iranien et
discréditer totalement Ahmadinejad ne pourrait que déclencher une vague
de soutien à la faction Ahmadinejad au sein du régime, lui donnant un
avantage décisif dans la lutte complexe de pouvoir qui caractérise la
vie politique iranienne.
Pour toutes ces raisons, Robert Satloff, Directeur de l’Institut de
Washington pour la
Politique Moyen-Orientale, pense qu’ « à
propos de l’Iran, la majorité des analyses diplomatiques usaméricaines
proposent des moyens dissuasifs et non pas la prévention. N’était le
fait qu’Israël se focalise sur la prévention, l’élite politique usaméricaine
aurait glissé vers la dissuasion, et dans ce cas, l’attention se concentrerait
sur Israël, et non pas sur l’Iran ».
De fait, beaucoup de participants ont évoqué – et ont reflété, dans
leurs opinions propres – une préférence usaméricaine pour l’encouragement
au changement de régime. « Ahmadinejad s’est aliéné beaucoup d’Iraniens,
et même le leader Khomeiny [l’auteur de l’article et/ou l’interviewé
confondent le défunt Khomeiny et Ali Khamenei, NdR] commence à voir
en lui un handicap », a déclaré au Jerusalem Post Robert Einhorn,
ex-assistant au Secrétaire d’État chargé de la non-prolifération, et
membre du Conseil des Relations Extérieures. « Voici encore seulement
six mois de cela, les Iraniens étaient fiers de leur pays, qui était
considéré comme un leader du monde musulman, jusque dans la rue arabe
sunnite. Aujourd’hui, il est critiqué publiquement pour avoir provoqué
les résolutions de l’ONU [critiquant le programme nucléaire iranien] »,
a-t-il expliqué, ajoutant que le gouvernement iranien « pourrait
juger de son propre intérêt de mettre à la décharge ce véritable paratonnerre
attirant sur lui les foudres des critiques ».
À la question de savoir comment il interprétait le déploiement récent
de deux porte-avions de la marine usaméricaine dans le Golfe persique,
et si cela était une indication de préparatifs américains en vue d’une
opération militaire contre l’Iran, le président de la conférence, Uzi
Arad, un ancien directeur du Mossad, nous a déclaré : « J’ai
posé exactement cette question à des amis usaméricains ».
Ces « amis » l’ont rabroué, en lui demandant de ne « pas
être ethnocentrique à ce point », a-t-il dit, avec malice. « L’Usamérique
a bien deux ou trois autres intérêts, au Moyen-Orient, mis à part la
protection d’Israël », a-t-il ajouté, et le déploiement usaméricain
entendait en réalité uniquement calmer quelques nerfs à vif chez certains
alliés de l’Usamérique, dans le Golfe.
La plupart des participants à la Conférence d’Herzliya, toutefois, ne considérèrent
pas que le changement de régime soit une conséquence probable de pressions
internationales, et prédirent un échec retentissant de l’initiative
diplomatique. Ils voulurent voir dans le récent déploiement naval un
signe que cette vision des choses était partagée par l’administration
Bush.
Comme l’a expliqué Bar à la conférence, il est extrêmement peu probable
qu’Ahmadinejad tombe en raison des critiques internationales, les Gardiens
de la Révolution du régime
qu’il dirige contrôlant près de 30 % de l’économie iranienne, « et
absolument tous les flingues », dans ce pays.
Un analyste ayant de la bouteille a indiqué au Post que si Arad a sans
doute de bons amis dans les milieux civils
du renseignement, c’est au Ministère de la Défense que se fie, quant à elle, l’administration
Bush en matière de planification stratégique.
Plusieurs observateurs à la conférence d’Herzliya ont procédé à une
évaluation des intentions de l’administration usaméricaine, et ont fait
part de leur impression que le déploiement dans le Golfe persique avait
sans doute une signification beaucoup plus large.
« Il me semble que je sens le brouillard de la guerre »,
a dit le colonel (réserviste) Eran Lerman, ancien analyste en chef à
la direction du renseignement de l’armée israélienne, résumant l’impression
des autres participants, qui ont refusé d’être enregistrés.
Burns a lui-même fait observer que « l’Iran, de par les politiques
qui sont les siennes, a causé une sévère réaction aux USA, qui ont,
depuis lors, provoqué un regain d’efforts d’espionnage et d’obtention
d’informations paramilitaires concernant ce pays ». Il a même déclaré,
à la tribune, que l’ « Iran n’est plus en position offensive,
mais plutôt sur la défensive ».
Était-ce
là une indication que les ennemis de l’Iran étaient, quant à eux, en
position offensive ? Et qu’a voulu dire Olmert, quand il a affirmé
le « droit d’Israël à une liberté totale de réaction », déclarant
qu’il y a un moment à partir duquel « plus aucune des lois de la
diplomatie classique ne tient plus » ?
Les préparatifs en vue d’une frappe usaméricaine, ou israélienne, contre
l’Iran, tant en termes militaro-logistiques que diplomatiques et psychologiques,
vont bon train.
Pour citer Bremer : « Il y a deux horloges en train de cliqueter » :
celle de la réforme – ou du changement – du régime iranien, et celle
de la course du régime iranien à l’acquisition de l’arme nucléaire.
Le consensus général, à Herzliya, était que si l’horloge nucléaire devait
être perçue, en Occident, comme avançant plus vite que la première [celle
de la réforme ou du renversement du régime iranien], une frappe militaire
usaméricaine totale – en dépit des terribles risques encourus – deviendrait
inévitable.
Original : Jerusalem
Post
Traduit de l’anglais par
Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est
en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction,
à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1983&lg=fr
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