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Iran Vingt centimes : la décision iranienne de passer à l’Euro dans
ses échanges implique la fin du dollar et de l’hégémonie usaméricaine Par Alberto Cruz, 4 janvier 2006
Le GEI fait 79 propositions au gouvernement
de Bush, mais il faut en souligner trois qui révèlent la raison principale
de l’invasion de l’Irak. Il s’agit des numéros 28, 62 et 63, et elles
ont un même dénominateur commun : la privatisation du pétrole.
En Irak on assiste à une augmentation progressive de la production,
modeste mais soutenue, d’un mois sur l’autre. La stratégie énergétique
de Washington suppose qu’à la mi-2007 l’Irak aura atteint 2, 8 millions
de barils par jour (nous en sommes presque à
2, 1) ce qui garantira un argument de poids au sein de l’OPEP
pour faire baisser le prix du baril aux environs de $30. Il faut tenir
compte du fait que l’Irak n’est pas tenu aux engagements de l’OPEP pour
réajuster les prix selon l’évolution du marché. En ce moment, le prix s’est stabilisé à
$61, après avoir atteint les $74 pendant la guerre d’Israël contre le
Liban, pendant l’été 2006, après la décision de l’OPEP, sur l’initiative
du Vénézuéla, de restreindre la production pour empêcher les prix de
continuer à descendre. Il faut ajouter à cela l’entrée récente de l’Angola
dans l’OPEP, à l’occasion de la rencontre qui s’est tenue au Nigeria
le 14 décembre dernier. Apparemment, ce fait n’a guère de signification,
si ce n’est pour les USA qui voient augmenter leur dépendance immédiate
du cartel pétrolier. Le Financial Times l’a reflété à la perfection :
« avec l’entrée de l’Angola dans l’OPEP, les USA ont accru leur
niveau de dépendance , revenant à ce qu’il était il y a 15 ans »
[3]. Selon ce journal, l’entrée de l’Angola implique que l’OPEP contrôle
désormais 54% du total des importations de pétrole des pays industrialisés,
même si cette adhésion ne va pas donner lieu à une augmentation de prix
pour le moment. Comme chacun sait, le dollar est la monnaie
des transactions pétrolières, du moins jusqu’à maintenant. Le 18 décembre
dernier, l’Iran a annoncé sa décision formelle d’adopter l’Euro comme
monnaie officielle pour ses échanges, ce qui implique que ses transactions
financières internationales vont se faire à partir de ce moment en Euro.
L’Iran avait annoncé tout au long de l’année 2006 son intention de mettre
en marche une bourse du pétrole en Euro [4] mais la décision qu’il vient
de prendre va au-delà. L’effet de cette mesure n’est pas immédiat. De
fait, Gholanhossein Nozari, directeur de Comment interpréter la décision iranienne ?
Le pays se justifie en disant que le changement de divise signifie que
les pays producteurs perdront moins d’argent. Le baril est à 61 dollars,
comme nous le disions, et il est monté jusqu’à $74. Mais si ce prix
avait été énoncé en Euro, la fluctuation aurait été moindre, de 48 à
58. « Le dollar est faible, et l’Euro est fort », disent les
Iraniens, « ce pourquoi il nous faut commencer à faire du commerce
avec une monnaie forte, comme cela a été fait jadis avec le dollar,
après l’abandon de l’étalon-or, il y a presque 40 ans ». Et ils
se justifient en disant que L’objectif du taux de change à 1=1,50 Mais il s’agit aussi bien sûr d’une mesure
politique. Cette initiative de l’un des pays producteurs de l’OPEP constitue
un défi sans précédent pour l’économie usaméricaine dans la mesure où
le commerce du pétrole est justement ce qui soutient le dollar. Ce n’est pas la première fois que cela
se produit ; Saddam Hussein avait déjà agi de la sorte en tant
que gouvernant de l’Irak avant l’invasion, mais à cette époque l’exportation
de pétrole était soumise à un régime de sanctions qui était relativement
efficace, ce qui n’empêchait pas quelques contournements, et le prix
du pétrole tournait autour de $30 le baril. L’une des premières mesures
imposées par les occupants à leurs collabos fut le retour à l’étalon-dollar
dans les transactions pétrolières, ce qui reste en vigueur aujourd’hui.
L’adoption de l’Euro comme monnaie officielle d’une nation productrice
de pétrole aussi importante que l’Iran, avec des prix au-dessus de $60,
constitue une énorme menace stratégique pour l’économie des USA parce
que cela signifie le début de la fin. Les experts considèrent que l’effondrement
du dollar se produira quand le taux de change par rapport à l’Euro atteindra
1, 5 ; pour d’autres, il faudrait plutôt 1, 70. Actuellement, un
Euro vaut $1, 32. Vingt centimes, voici ce qui retient les USA au bord
du déclin et de la disparition de leur hégémonie en tant que super-puissance.
Voilà pourquoi ils sont si pressés d’imposer des sanctions à l’Iran,
et c’est la raison du délai de 60 jours avant d’augmenter les sanctions,
au cas où l’Iran ne renoncerait pas à son programme nucléaire, le tout
dans le cadre du chapitre VII de En politique internationale rien n’est
le fruit du hasard. L’Iran a retardé cette décision autant qu’il a pu.
C’est quand la résolution de l’ONU est entrée dans les faits qu’il a
franchi le pas. Cette résolution a été précédée par des manœuvres militaires
des USA, de Mais l’est-elle vraiment ? Il y a
beaucoup d’intérêts économiques en jeu, et une guerre contre l’Iran
ne resterait pas circonscrite au territoire de ce pays. Voyons-en quelques
décors possibles. Sur le plan économique, Dans le domaine militaire, les installations
de pétrole et de gaz des pays du Golfe et d’Arabie Saoudite sont extrêmement
vulnérables à une attaque iranienne en réponse à une attaque éventuelle,
ce qui produirait la panique sur les marchés financiers, en faisant
grimper le baril de pétrole aux alentours de $100. Il ne faut pas perdre
de vue, en outre, que dans ces pays le pourcentage de population chiite
n’est nullement négligeable. A Bahreïn, il est de 80% (malgré le fait
que les sunnites contrôlent le pouvoir) ; au Koweït, il est de
30% ; Dubaï, qui s’inscrit dans les Emirats Arabes Unis, est un
centre d’influence iranienne, où font des affaires et résident 200 000
Iraniens ; l’Arabie Saoudite a une minorité chiite précisément
dans la province où se situent les principales réserves de pétrole. Que reste-t-il donc, alors ? Ou bien
une action unilatérale d’Israël , et là il faut tenir compte de ce que
publie la presse israélienne sur « le manque d’énergie de Bush
pour attaquer l’Iran, alors qu’une attaque usaméricaine sur l’Iran est
indispensable pour assurer notre existence » [7] et la nécessité
de renforcer le lobby sioniste aux USA, particulièrement à l’intérieur
du Parti Démocrate pour qu’il soutienne publiquement une action militaire
contre l’Iran ; et on finit par dire que « si les Américains
ne font rien nous devons le faire nous-mêmes » ; ou bien la
déstabilisation interne, qui se pratique déjà sur deux fronts :
le front occidental, avec les USA et Les USA sont déjà investis dans cette seconde
option. Ils ont installé à Dubaï leur principale station d’espionnage
[9] et prétendent influer sur les résidents iraniens là-bas pour qu’ils
suscitent un changement de régime. On sait déjà que le régime de Bush
pousse à la révolte au Baloutchistan, en Azerbaïdjan et au Kazakhstan
[10] ; ajoutons le contact établi avec les Kurdes iraniens, ce
qui a été révélé par Seymour Hersh [11]. Mais le facteur le plus important
est l’affrontement sectaire entre sunnites et chiites. Le 12 décembre dernier, le New York Times a informé que l’Arabie Saoudite
avait fait parvenir à l’administration Bush un document posant trois
conditions : que les troupes ne soient pas retirées d’Irak avant
2008, qu’aucune négociation ne s’engage avec l’Iran, et que soient reprises
« immédiatement » les négociations de paix entre Israël et
l’Autorité Palestinienne pour contrer l’influence croissante de l’Iran
dans le Hamas, dont le Premier ministre allait se rendre dans les jours
suivants à Téhéran pour demander un soutien politique et économique.
Les trois conditions sont bel et bien en train de se réaliser. Le facteur chinois L’économie des USA est de plus en plus
vulnérable. Si l’initiative iranienne se consolide, il s’agira d’un
coup brutal, mais c’est Notes [1] Alberto Cruz, “Muqtada al Sader, el verdadero
problema de EEUU en Iraq” http://www.rebelion.org/noticia.php?id=41022 Original : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=44199 Moritz Alberto
Cruz Blanco est économiste, et professeur
à l’Université Nationale de Mexico UNAM Traduit de l’espagnol
par Maria Poumier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs. |
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