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Asie - Inde
L'Administration
Bush a entamé le processus de rapprochement avec l'Inde sur la question
nucléaire en mars 2006, en même temps que commençait la crise nucléaire
avec l'Iran (2). Ce rapprochement consistait en la reconnaissance
de la part des USA de la capacité nucléaire de l'Inde et se justifiait
comme partie de l'acharnement de Bush à prévenir l'extension d'armes
nucléaires, à éviter la course aux armements entre l'Inde et le Pakistan
et à renforcer les relations entre les USA et l'Inde. Elle se terminait
avec un embargo nucléaire de 30 années, imposé à l'Inde- qui n'est pas
signataire du Traité de Non Prolifération des Armes Nucléaires, alors
que l'Iran l'est- en 1974, quand elle a réalisé son premier essai nucléaire.
En vertu de cet accord, qui est aujourd'hui dans l'air, l'Inde accepterait
la présence d'inspecteurs de l'Organisation Internationale pour l'Energie
Atomique (OIEA) sur 14 de ses installations nucléaires et séparerait
clairement les aspects civils et militaires de son programme nucléaire. Mais l'accord irait plus loin : il exigerait que l'Inde rompe tous
ses accords, énergétiques et militaires, avec l'Iran. L'offre des USA
inclurait un renforcement des liens commerciaux avec le Kazakhstan et
le Turkménistan, deux États asiatiques aux grandes réserves énergétiques,
en particulier de gaz, ainsi qu'avec l'Afghanistan et le Pakistan pour
compenser la carence énergétique de l'Inde si elle rompait avec l'Iran. Tant l'Inde que le Pakistan ont signé une convention avec l'Iran
pour construire un oléoduc, l' « oléoduc de la paix », pour
fournir du gaz aux trois pays- pour un montant de 7.000 millions de
dollars - et qui doit se conclure de manière formelle le 30 juin. C'est
là une chose que les USA tentent d'empêcher à tout prix, ayant prévu
d'intervenir pour la fin de ce mois au Conseil de Sécurité de l'ONU,
avec une nouvelle batterie de sanctions, plus dures, contre l'Iran pour
n'avoir pas arrêté son programme nucléaire. Les premières pressions
usaméricaines se produisent auprès des pays qui composent le Conseil
de Sécurité pour que les entreprises gazières soient incluses dans les
sanctions (3). Comme de coutume, la politique extérieure des
USA comporte une indéniable dose de pression et dans ce cas, ce n'est
pas rien : en échange de la signature de l'accord nucléaire, l'Administration
Bush appuiera l'entrée de l'Inde au Conseil de Sécurité de l'ONU en
qualité de membre permanent, quoique sans droit de vote.
L'insurrection maoïste et la lutte pour la terre L'inde aspire à devenir un pouvoir régional sans rivaux à l'horizon
Cependant, durant les 18 dernières années l'Inde, s'est mise à impulser
des politiques néolibérales, démantelant progressivement son économie
centralisée et privatisant les principaux secteurs à l'abri d'une batterie
des lois qui ont protégé les Investissements Étrangers Directs, en particulier
ceux d'origine usaméricaine qui sur la période sont passés de 76 millions
de dollars à 4.000 millions. Le produit intérieur brut de l'Inde est
quant à lui de 786.000 millions de dollars, soit quatre fois celui des
autres pays du sud de l'Asie. Cette politique a favorisé l'essor d'une classe moyenne de près de
300 millions de personnes, ceux qui voient les films de Bollywood, émigrent
en Europe ou aux USA et s'isolent toujours plus des classes plus défavorisées,
non seulement par les traditionnelles divisions en castes, mais sur
le terrain économique. On estime que plus de 700 millions d'Indiens
vivent dans la pauvreté la plus absolue. La quasi-totalité d'entre eux
sont des paysans qui vivent de leurs parcelles de terrain qui n'atteignent
pas un hectare et dépendent des grandes entreprises privées pour la
fourniture de graines, d'engrais et de matériaux. De plus, ils doivent
survivre au milieu d'impressionnants projets industriels (extraction
de minerais, en particulier) et hydrauliques qui inondent leurs terres
ou les exproprient à des prix dérisoires. A cela il faut ajouter l'oppression
traditionnelle dont souffrent les castes inférieures depuis des temps
immémoriaux et la présence, toujours plus importante, des paramilitaires
au service des grands propriétaires. Il n'est donc pas étonnant que dans cette situation se soit répandue
une insurrection maoïste qui s'étend désormais à 14 des 28 États de
l'Inde (Chatisgarh, Jharkhand, Uttar Pradesh, Asma, Uttaranchal, Kerala,
Tamil Nadu, Bengale Occidental, Gujarat, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh,
Orissa, Maharashtra et Bihar) et que, en chiffres, cela signifie que
dans 165 districts sur un total de 602 qui composent administrativement
le pays, ce sont les maoïstes qui contrôlent la situation. De fait,
dans les cinq derniers États mentionnés on peut dire qu'il s'agit de
« pouvoir populaire de nouvelle démocratie » que proclament
les maoïstes étant donné que ce sont eux qui contrôlent le pouvoir dans
tous les domaines, recouvrent les impôts sur les grandes entreprises
dans leurs zones d'influence, construisent des digues, des systèmes
d'irrigation, rendent la justice, tranchent les problèmes de limite
de terres entre les paysans et ont supprimé, par exemple, les mariages
entre enfants. Le premier ministre Singh a reconnu l'avance maoïste
le 23 août 2006 en affirmant, de manière solennelle au Parlement, « qu'ils
sont devenus le défi interne le plus grand pour la sécurité de l'Inde »
(4). Paramilitaires à la manière centre-américaine
Payés par les propriétaire terriens et par l'État indien lui-même,
les paramilitaires reçoivent un salaire estimé à 1.500 roupies par mois
(environ 26 euros). La guerre contre-insurrectionnelle, comme dans les
pays d'Amérique centrale ou le Pérou et Cette stratégie est en marche prioritairement dans la « zone
rouge », dénomination que le gouvernement indien décerne aux États
d'Andhra Pradesh, de Madhya Pradesh, d'Orissa, de Maharashtra et du
Bihar, bien qu'au cours des derniers mois se soit déclenchée une impressionnante
campagne militaire de la guérilla à Chhattisgarh, qui fait que l'exécutif
de
Les maoïstes ont l'habitude d'être très avares à l'heure de revendiquer
leurs actions. C'est un fait que le contrôle guérillero de cet État
est quasi total, avec 10 des 16 districts qui le composent en son pouvoir
(8) et que ses actions militaires sont toujours plus audacieuses,
incluant des attentats contre les autorités, la police, les représentants
politiques et les objectifs économiques et industriels. L’objectif gouvernemental est de circonscrire la présence maoïste
dans cette « zone rouge » et d'éviter qu'elle ne s'étende
dans le reste du pays avec une égale force. Une fois atteint cet objectif,
la répression se centrera sur ce qu'on peut appeler les « bases
d'appui » ou zones libérées. Néanmoins, ce sont les différents
États qui ont la responsabilité en matière de sécurité et non le gouvernement
central, et c'est donc la police et non l'armée qui mène la répression,
et il y a différentes opinions sur la meilleure manière d'affronter
l'essor de la guérilla. Dans l'Andhra Pradesh il y a une tendance à entamer des négociations directes alors que dans le Chatisgarh se développe le phénomène paramilitaire, pour prendre les deux exemples les plus extrêmes. Dans ces positions influe le rôle joué par la gauche modérée dans ces différents gouvernements ainsi que dans le gouvernement central qui tomberait sans son appui, comme on l'a déjà dit. C'est la raison pour laquelle on entreprend de timides réformes agraires dans toute l'Inde avec comme expérience pilote celle engagée en 2005 dans l'État d'origine de la guérilla : le Bengale Occidental. Pour le moment la guérilla laisse de côté les villes pour se centrer
sur le contrôle total des campagnes, suivant la vieille stratégie d'encerclement
des villes par les campagnes. La stratégie est de pénétrer dans les
zones rurales, de se renforcer en leur sein et, une fois sécurisées
ses bases d'appui, établir des coordinations efficaces et effectives
entre les différentes cellules dans d'autres États. C'est la stratégie
classique qui a donné de si bons résultats au Népal. De même que leurs
camarades népalais, les maoïstes indiens respectent les autorités locales-
y compris les policiers- si le peuple considère qu'elles sont honnêtes
et non compromises dans des affaires de corruption ou la répression.
De même ils respectent les entreprises qui sont installées dans leurs
zones d'influence, mais elles doivent payer un « impôt révolutionnaire »,
qui varie entre 15 et 20% de leurs bénéfices, avec lequel ils financent
leurs activités. Histoire des naxalites Les maoïstes en Inde sont connus sous le nom de Naxalites, dénomination qui vient du village de Naxalbari, dans l'État du Bengale Occidental, où eurent lieu les premières actions armées d'une organisation dénommée Groupe Guerrier du Peuple, bras armé du Parti Communiste de l'Inde (marxiste-léniniste), qui avec la consigne d'une réforme radicale de la propriété de la terre, tient en échec depuis les années 60 le gouvernement indien. Néanmoins la rébellion qu'ils impulsèrent- prise de terres, incendie des registres de propriété cadastrale, annulation des dettes hypothécaires des paysans et exécution des principaux oppresseurs et usuriers- dura à peine trois mois, finit par une terrible répression qui fit plus de 10.000 morts et la quasi-disparition des cadres de l'organisation. Mais quelques groupes restèrent actifs bien que sans contact entre eux. Cela a provoqué le fractionnement du PCI (m-l) qui a duré jusqu'à l'année 2003, quand le Centre Communiste Maoïste et le Centre Révolutionnaire Communiste de l'Inde s'unifièrent pour former le Centre Communiste Maoïste de l'Inde (CCMI) et, une année plus tard, en 2004, il se produisit une autre unification avec une tendance du PCI (m-l) dénommée « Guerre Populaire ». C'est ainsi qu'a surgit l'actuel Parti Communiste de l'Inde (maoïste) dont le principal mot d'ordre est « combat contre le féodalisme et l'impérialisme ».
S'il faut en croire les rapports des services de renseignements de l'Inde, les maoïstes de ce pays se sont « aguerris » dans la guerre populaire révolutionnaire du Népal, où ils ont acquis une plus grande formation politique et une expérience militaire. Ces services de renseignements estiment que l'Armée de guérilla de libération du peuple (nom de la branche militaire des maoïstes indiens) comptait l'année dernière 8.000 combattants, 25.000 miliciens - défendant les bases d'appui et réalisant des travaux de renseignement et d'aide logistique aux combattants - et 50.000 cadres politiques. Des chiffres faibles si on prend en compte que l'Inde est un pays qui compte près d’un milliard d'habitants, mais le rapide développement du mouvement maoïste a allumé les alarmes parmi l'élite politique indienne (9). La misère des deux tiers de la population indienne s'oppose aux désirs de l'élite de se transformer en une puissance régionale à l'abri de l'arme nucléaire et de l'accord avec les USA. Aujourd'hui les naxalites sont une réalité qu'il faut prendre en compte. Les Occidentaux qui vont en Inde auront peut-être pu constater que « naxa » est rentré dans le vocabulaire des Indiens comme une expression équivalente à « paysan rebelle » et que la lutte, actuelle et passée des naxalites fait partie de la culture indienne moderne, y inclus dans le domaine cinématographique.
Notes (1) Rajiv Sikri, « Estan los lideres
de India, China y Rusia preparados para un desarrollo radical? », http://www.nodo50.org/ceprid/territorios/rrii (3) Asia Times, 1er juin 2007 (4) Cristian Science Monitor, 28 août 2006 (5) France Press, 15 mars 2007 (6) The Indian Express, 7 juin 2007 (7) The Hindu, 3 juin 2007. Voir aussi http://www.dnaindia.com/report.asp?newsid=1101513 (8) Prensa Latina, 15 mars 2007 (9) The Pioneer, 27 avril 2006 Original :http://www.rebelion.org/noticia.php?id=52681
Alberto Cruz est journaliste, politologue et écrivain, spécialiste
en relations internationales. Traduit de l'espagnol par Gérard Jugant
et révisé par Fausto Giudice, membres
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle
est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et
d’en mentionner sources et auteurs. Naxalbari,
25 mai 1967 : « Tonnerre de printemps»
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