Russie-Grande-Bretagne
L’événement
- Les terroristes nucléaires qui
venaient du froid
On
est désormais sûr qu’Alexandre Litvinenko a
été empoisonné au Polonium 210, une substance
radioactive provenant de l’industrie nucléaire et
baptisée ainsi par celle qui l’a découverte
en 1898, Marie Curie, en hommage à son pays d’origine,
la Pologne. Accusés d’avoir fourni du polonium aux
assassins de Litvinenko, les scientifiques russes de Krasnoïarsk,Sibèrie,
d’où aurait pu provenir cette substance, ont répondu
en déclarant qu’on pouvait commander sur Internet
du Polonium 210 à une entreprise US du Nouveau-Mexique,
pour la modique somme de 69$.
Cette entreprise,
United Nuclear, s’est empressée de répondre
que les isotopes de Polonium 210 qu’elle vendait étaient
microscopiques et contenus dans une tête d’épingle,
et qu’il en faudrait 150 000 doses pour atteindre une quantité
toxique. Or, ils n’en vendent que quelques-uns par an. Et
l’entreprise a immédiatement mis sur le marché
la tasse à café ci-contre, pour 10$, indice d’un
humour pour le moins douteux.
Depuis le 11
septembre 2001, on nous a bassinés avec les dangers terroristes
les plus divers et variés : anthrax, bombes atomiques sales
et autre explosifs liquides. Le danger était toujours censé
venir d’Al Qaïda, du Pakistan, d’Iran ou d’ailleurs
dans le monde musulman. Dans la réalité, les nouvelles
armes « sales » viennent de Russie.
Alexander Litvinenko est mort, Mario Scaramella, l’avocat
italien qui l’avait rencontré dans le désormais
fameux bar a sushis de Piccadilly, va sans doute aussi mourir.
Des dizaines d’autres personnes ont pu être intoxiquées
et on découvre chaque jour de nouveaux sites contaminés
au polonium, en particulier des avions de la British Airways assurant
la liaison Londres-Moscou.
On connaissait
déjà le parapluie bulgare et le yaourt irakien (un
opposant irakien avait été empoisonné par
les services secrets de Saddam Hussein avec un yaourt contenant
de la botuline à Stockholm dans les années 80),
mais il faut reconnaître que les services de Vladimir Poutine
ont fait plus fort que tous leurs prédécesseurs.
L’affaire Litvinenko offre un scénario parfait pour
un roman de John Le Carré. Si le socialisme, c’était,
selon Lénine, « les soviets plus l’électricité
», la démocratie, pour Poutine, c’est «
le FSB plus le Polonium ».
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« Les salauds m’ont eu » : Alexandre Litvinenko est
mort à Londres, empoisonné par les services de Vladimir
Poutine
L'ancien espion russe, hospitalisé à Londres après
un possible empoisonnement, est décédé jeudi.
L 'ancien agent secret russe Alexandre Litvinenko, empoisonné
début novembre à Londres, est décédé
jeudi 23 novembre, a fait savoir l'hôpital où il était
soigné.
"Litvinenko est mort à 21h21 à l'University College
de Londres", a déclaré un porte-parole.
"Il était gravement malade lorsqu'il a été
admis, le vendredi 17 novembre, et l'équipe médicale de
l'hôpital assure avoir fait tout son possible pour le sauver",
a-t-il ajouté.
Agé de 43 ans, cet ancien membre du FSB, les services de sécurité
russes qui ont succédé au KGB, a dit être tombé
malade après avoir rencontré deux Russes dans un hôtel.
Opposant au président russe Vladimir Poutine, il menait une enquête
sur le meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, spécialiste
de la Tchétchénie, tuée le 7 octobre à Moscou.
Le Kremlin accusé
L'unité antiterroriste de la police britannique
a ouvert une enquête lorsqu'il s'est avéré, la semaine
dernière, qu'il avait été empoisonné. Pour
Scotland Yard, sa mort reste pour le moment "inexpliquée".
Les proches de Litvinenko accusent le Kremlin d'avoir orchestré
son empoisonnement, allégation jugée "insensée"
par Moscou.
"Il luttait contre les forces du mal en Russie,
contre le KGB, contre les autorités qui portent atteinte à
la démocratie et aux libertés fondamentales", a affirmé
Oleg Gordievski, ami du défunt et, comme lui, ancien membre des
services secrets exilé en Grande-Bretagne, interrogé par
la chaîne Sky Television. "C'est une victime de (...) la
rancune et de la malveillance de ces forces en Russie", a-t-il
ajouté.
"Les salauds m'ont eu"
Une implication des autorités russes pourrait
avoir de lourdes conséquences diplomatiques. Aucun incident de
ce genre ne s'est produit depuis la fin de la Guerre froide.
"Les salauds m'ont eu. Mais ils n'auront pas tout le monde",
a déclaré cette semaine l'ancien agent secret, s'adressant
à un ami et au réalisateur Andreï Nebrasov, avant
de perdre conscience, rapporte le Times dans son édition de vendredi.
Litvinenko, qui a obtenu le mois dernier la citoyenneté britannique,
est passé à Londres il y a six ans, devenant l'un des
transfuges les plus importants du FSB.
"C'est une tragédie. L'homme a été empoisonné.
Mais les accusations à l'encontre du Kremlin sont trop incroyables,
trop folles pour donner lieu à un commentaire du président
ou de qui que ce soit du côté russe", a déclaré
un membre de la délégation qui accompagne Vladimir Poutine
à Helsinki pour un sommet russo-européen.
Livre
Avant d'intégrer les rangs du FSB, Alexandre
Litvinenko avait servi au sein de l'unité de contre-espionnage
du KGB.
Il s'est attiré les foudres de ses camarades, en 1998, en affirmant
lors d'une conférence de presse en présence d'hommes masqués
présentés comme des agents secrets russes que le FSB avait
eu l'intention d'assassiner l'oligarque russe Boris Berezovski.
Le FSB l'a arrêté à plusieurs reprises, mais la
justice a ordonné sa remise en liberté et l'abandon des
poursuites.
Litvinenko a cosigné en 2002 un livre évoquant le "terrorisme
intérieur russe" qui impute à des agents du FSB la
responsabilité des attentats de 1999 à l'origine de la
deuxième guerre de Tchétchénie.
Source : Reuters, 24 novembre
06/09/06 - La pomme véreuse que le ministre
Ivanov a poliment repoussée
Par Piotr Romanov, RIA Novosti, 2 septembre 2006.
Source : http://fr.rian.ru/analysis/20060830/53327380.html
La vie politique moderne fournit parfois des sujets
vraiment bibliques. Un exemple: voici quelques jours le patron du Pentagone,
Donald Rumsfeld, a suggéré à son homologue russe,
Sergueï Ivanov, une idée qui pourrait fort bien être
comparée à la pomme fatale présentée à
Eve par le serpent tentateur.
Le prétexte était des plus nobles: rendre
plus efficace la lutte contre le terrorisme international. Il était
proposé à la Russie d'appuyer la proposition des Etats-Unis
de recourir pour d'éventuelles frappes contre des terroristes
à des missiles balistiques intercontinentaux dont les têtes
nucléaires seraient remplacées par des charges conventionnelles.
Sergueï Ivanov a repoussé poliment le fruit
proposé en déclarant que "pour la Russie ce projet
soulevait certaines questions".
Donald Rumsfeld a fait triste mine, mais il n'a pas
perdu tout espoir de convaincre Moscou: "Les Etats-Unis jugent
possible de remplacer les têtes nucléaires de ces missiles
par des ogives ordinaires. Nous voudrions que la Russie fasse de même".
A en croire le secrétaire américain à la Défense,
la nécessité d'employer de tels missiles pour prévenir
le danger terroriste pourrait se faire sentir dans les 5-10 années
à venir.
A propos, Donald Rumsfeld n'est nullement le pionnier
dans ce domaine. Les deux ministres américains de la Défense
précédents avaient lancé la même idée.
Il s'agit de Harold Brown et de James Schlesinger, qui voici quelques
mois avaient expliqué dans le quotidien Washington Post ce que
cette suggestion avait d'avantageux. Il suffirait d'obtenir les coordonnées
de bases de terroristes pour que, quelques minutes plus tard, leur porter
une frappe destructrice. Plus besoin de faire décoller des bombardiers,
de diriger des porte-avions ou des sous-marins vers des rivages étrangers.
Tout serait vite fait et bien fait. Il est surtout proposé de
remplacer les charges des missiles balistiques emportés par les
sous-marins nucléaires "Trident II D5", dotés
d'ogives mirvées (comprenant plusieurs têtes autoguidées).
Pour quelle raison donc le ministre Sergueï Ivanov
ne s'est-il pas précipité sur cet appât? Tout simplement
parce que le remède proposé pourrait s'avérer plus
redoutable que le mal lui-même.
Premier argument. Rien n'existe de mieux que les ogives
conventionnelles mirvées adaptées aux missiles balistiques
intercontinentaux pour dissimuler des charges nucléaires. En
d'autres termes, si les Etats-Unis ou la Russie lancent un missile de
ce genre, personne ne sera en mesure de dire avec certitude ce qu'il
emporte: une charge conventionnelle ou nucléaire. On peut aisément
imaginer la suite. Bien sûr, pendant la guerre froide Moscou et
Washington avaient fait bien des pas au-devant l'un de l'autre, néanmoins
on ne saurait soumettre la confiance qui s'est créée à
des tests par trop poussés. Et puis les nerfs des gens ne sont
pas en acier. "Les systèmes les plus perfectionnés
peuvent défaillir, un missile balistique pourrait brusquement
dévier de sa trajectoire et filer vers une ville russe ou américaine.
Réussirait-on alors à le détruire? Dans ce cas,
le téléphone rouge servirait-il à quelque chose?
On peut en douter.
Le deuxième inconvénient présenté
par les ogives conventionnelles, c'est qu'elles ne tombent pas sous
le coup du contrôle des armements stratégiques offensifs.
Les Etats-Unis pourraient annoncer que des missiles dotés d'ogives
"ordinaires" se trouvent à bord d'un certain nombre
de sous-marins nucléaires sans qu'il soit possible de vérifier
la chose. La Russie ne serait pas sûre que le 31 décembre
2012, date à laquelle les parties contractantes ne devront plus
posséder que de 1.700 à 2.200 ogives mirvées, les
Etats-Unis disposeraient effectivement de cette quantité d'ogives
et qu'ils ne conserveraient pas en réserve un nombre appréciable
de munitions nucléaires classées "conventionnelles".
Dans ce cas, il est évident qu'il serait préférable
d'oeuvrer au renforcement de la confiance qu'à sa fragilisation.
Troisième argument. Même si la charge
emportée par le missile intercontinental "antiterroriste"
était "ordinaire", il s'agirait évidemment d'une
arme superpuissante, autrement elle n'aurait aucune raison d'être.
La grande question, c'est de savoir où "pèterait"
cette mégacharge quant on sait que les terroristes ont pour habitude
de se tenir au plus près des sites civils. Ce site pourrait être
un barrage qui en cédant ferait de nombreuses victimes civiles,
ou encore une centrale nucléaire ou des réservoirs de
carburant, ce qui se traduirait par une catastrophe écologique
de grande ampleur. Le choix ici est illimité.
Quatrième et dernier argument. Nul besoin d'être
expert en terrorisme pour savoir que plusieurs choses essentielles manquent
à la communauté internationale dans la lutte contre ce
fléau. Ce sont l'unité, des renseignements complets sur
l'ennemi, un droit international débarrassé de ses lacunes.
Ce sont aussi des moyens tactiques et militaires performants pour porter
des frappes ponctuelles sans mettre en danger les populations civiles.
En d'autres termes, la pomme proposée à
la Russie était véreuse, c'est bien pourquoi le ministre
Ivanov l'a poliment repoussée. Du pied...
30/05/06 - Arrestations de suspects de meurtres
racistes
La police de Saint-Petersbourg a arrêté 8 membres dun groupe
extrémiste soupçonnés dêtre mêlés
à une série de meurtres racistes, notamment celui de Khursheda
Sultanova, une fillette tadjike de 9 ans battue à mort en 2004,
et celui de létudiant énégalais Samba Lampsar Sall,
abattu à la sortie dune discothèque le 7 avril dernier.
Un suspect, Dmitry Borovikov, a été abattu par la police
à la mi-mai alors quil résistait à son interpellation.
Source : agences russes, 22 mai 2006
Un étudiant sénégalais
abattu à Saint-Pétersbourg par des racistes
Un étudiant sénégalais a été tué
vendredi matin en pleine rue à Saint-Pétersbourg par des
inconnus munis d'un fusil à pompe ornée d'une croix gammée,
nouvel épisode d'une longue série d'agressions et de meurtres
racistes contre les étrangers dans la deuxième ville de
Russie.
Samba Lampsar Sall, un étudiant en télécommunications
originaire du Sénégal, a été tué
d'une balle dans la tête alors qu'il sortait, avec un groupe d'Africains,
du club Apollo, une boîte de nuit où était organisée
une fête estudiantine.
La chaîne de télévision NTV a montré les
images du corps du Sénégalais gisant dans une mare de
sang et recouvert d'une couverture bleue.
Les policiers ont indiqué avoir retrouvé l'arme présumé
du crime: un fusil à pompe ornée d'une croix gammée.
"En raison de l'absence apparente de raison pour ce crime, nous
considérons que le mobile est la haine raciale", déclaré
le vice-procureur de Saint-Pétersbourg Andreï Lavrenko interrogé
par NTV.
Le groupe de cinq ou six étudiants africains venaient juste de
quitter l'Apollo quand ils ont été attaqués, selon
Désiré Défaut, le président de l'Unité
africaine, une association réunissant des ressortissants des
pays africains à Saint-Pétersbourg.
"L'un (des étudiants) est tombé au sol, il était
mort", a-t-il déclaré. "Les agresseurs ont tiré
dans leur dos et personne n'a vu combien ils étaient", a
ajouté M. Défaut.
NTV a interrogé un jeune homme noir affirmant avoir été
témoin de la scène. "J'ai entendu un tir. Nous nous
sommes mis à courir. Et puis j'ai dit +Stop, attendez, il manque
quelqu'un. Notre ami gisait par terre", a-t-il dit.
Les médias russes ont fait remarquer qu'un commissariat de police
se trouvait à quelques mètres du lieu du crime.
Saint-Pétersbourg, ville de tradition libérale dans les
années 90 et "fenêtre" sur l'étranger,
est le théâtre d'une série ininterrompue de passages
à tabac et de meurtres racistes commis souvent par des skinheads.
En avril, une ONG spécialisée dans l'étude des
violences racistes rapportait que six personnes avaient été
tuées et 79 autres blessées lors de plus de 40 agressions
recensées en Russie depuis le mois de janvier seulement.
Ces agressions visent généralement des Caucasiens et des
ressortissants des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale,
mais aussi des Asiatiques et des Africains.
Pour la presse russe et plusieurs ONG, les verdicts cléments
prononcés contre les rares agresseurs déférés
devant les tribunaux ont favorisé le sentiment d'impunité
chez les groupes extrémistes qui n'hésitent plus à
agir.
La presse russe a abondamment évoqué un site de néo-nazis,
"la patrouille blanche", qui a publié une série
d'"instructions" sur la manière de passer à
tabac les "nègres" et proposé de "nettoyer"
Saint-Pétersbourg.
Ce site a 'salué' vendredi matin le "ratissage qui continue"
avec la mort de l'étudiant sénégalais.
Selon l'agence Interfax, le ministère de l'Intérieur a
dépêché à Saint-Pétersbourg un groupe
d'enquêteurs, notamment des experts du service de lutte contre
la criminalité organisée et le terrorisme.
Fait rare, le ministère russe de Affaires étrangères
a publié un message de condoléances adressé à
la famille du Sénégalais.
Face à la multiplication des crimes racistes à Saint-Pétersbourg,
comme dans toute la Russie, son gouverneur, Valentina Matvienko, avait
défendu en mars l'image de la ville et réfuté toute
"tendance xénophobe" au sein de sa population.
Elle avait fait cette déclaration après le procès
de sept adolescents impliqués dans le meurtre d'une fillette
tadjike de 9 ans tuée de 11 coups de couteau.
Les jurés n'avaient pas voulu reconnaître les chefs d'inculpation
de "meurtre" et de "crime raciste" se contenant
de condamner les accusés à des peines de 18 mois à
5 ans et demi de prison pour "hooliganisme".
Une autre fillette, Liliana Sissoko, 9 ans, de père malien et
de mère russe, a été poignardée le 25 mars
par deux adolescents dans l'escalier de son immeuble.
Source : AFP, 7 avril 2006
Saint-Pétersbourg, au
coeur du racisme russe
par Olivier Péguy, RFI, 7 avril 2006
Samba Lampsar Sall, 28 ans, étudiant en télécommunications,
de nationalité sénégalaise, a été
tué ce vendredi matin, en pleine rue à Saint-Pétersbourg.
D'après les premiers éléments de l'enquête,
les meurtriers auraient utilisé un fusil à pompe orné
d'une croix gammée, symbole nazi. Cet assassinat s'ajoute à
une liste de plus en plus longue. Les étrangers affirment être
victimes d'actes racistes à répétition, notamment
dans cette ville russe. Les organisations de défense des droits
de l'Homme dénoncent l'impunité dont bénéficient
souvent les auteurs de ces violences, qui s'inspirent parfois ouvertement
des thèses néo-nazies.
«Je ne comprends pas ce qui se passe : presque
toutes les semaines, on entend parler d'agressions racistes».
Sacha Petrova est étudiante à l'université de Saint-Pétersbourg.
Cette demoiselle blonde est russe. Des jeunes qui, comme elle, manifestent
leur étonnement, leur indignation, il n'y en a pas beaucoup.
Comme si les violences racistes tendaient à se banaliser dans
les esprits, dans les rues. Sacha jette un ¦il sur la photo de
Samba Lampsar Sall accrochée sur le mur de l'université.
Le jeune homme, qui étudiait là, est mort quelques heures
plus tôt, tué à la sortie d'une boîte de nuit,
alors qu'il était en compagnie de camarades étudiants.
«Et encore un !», déplore Sacha.
Le 25 mars dernier, c'est une fillette métisse Liliana Sissoko,
âgée de 9 ans, qui a été victime d'une agression
à caractère raciste, poignardée par deux adolescents
dans l'escalier de son immeuble, à Saint-Pétersbourg.
Le 24 décembre 2005, Léon Kanhem, 28 ans, étudiant
camerounais, était assassiné, sans mobile, toujours à
Saint-Pétersbourg. Fin octobre, c'était un étudiant
chinois. Mi-septembre, un étudiant congolais. La liste détaillée
serait longue. Selon une organisation non-gouvernementale spécialisée
dans l'étude des agressions racistes, six personnes ont été
tuées et 79 autres blessées, depuis le mois de janvier,
dans toute la Russie. Mais c'est dans la deuxième ville du pays,
Saint-Pétersbourg, que la plupart des violences à caractère
raciste sont perpétrées.
La «Venise du Nord» s'enfonce dans le racisme
Haut-lieu du patrimoine culturel mondial, l'ancienne capitale de Russie
est parfois appelée la «Venise du Nord» en raison
de ses nombreux canaux et de ses innombrables ponts. Outre les touristes,
elle accueille, dans ses universités, des milliers d'étudiants
de toutes nationalités. Mais ceux-ci, dès lors qu'ils
ont la peau un peu trop foncée aux yeux des jeunes russes, sont
victimes de discrimination. Et ce racisme frappe indistinctement les
personnes originaires d'Afrique, d'Asie centrale, du sud et du sud-est,
d'Amérique latine, et même des ressortissants de la Fédération
de Russie, notamment les Caucasiens.
«Nous venons ici pour étudier, je ne comprends pas pourquoi
on nous tue», déplore Emmanuel. En fait, cet étudiant
malien a bien sa réponse : «(Samba Lampsar Sall) a été
tué parce qu'il était noir (..) Moi-même, j'ai déjà
été agressé quatre fois par des jeunes Russes,
trois fois dans la rue et une fois dans le métro».
Face à la multiplication de ces violences à caractère
raciste, le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Valentina Matvienko
avait pourtant défendu en mars dernier, l'image de sa ville et
réfuté toute «tendance xénophobe» au
sein de sa population. Il faut dire que l'image de la ville en pâtit
au niveau international. D'autant plus qu'un sommet du G8 doit s'y dérouler
en juillet prochain.
Mais entre les déclarations d'intention et les actions concrètes
pour éradiquer les actes racistes, il y a comme un fossé.
C'est ce qu'osent dénoncer plusieurs journalistes. Ainsi Alexandre
Minkine, du Moskovski Komsomolets, qui interpelle le président
de la Fédération de Russie : «Vladimir Vladimirovitch
(Poutine), pourquoi vous taisez-vous ? Vous êtes le président,
le garant de la Constitution. Cela se passe dans votre ville natale,
où vous allez recevoir les dirigeants du G8.»
Dénoncer le climat d'impunité
De leur côté, les organisations non-gouvernementales rappellent
que la Fédération de Russie est signataire d'un grand
nombre de traités relatifs aux droits humains et à la
discrimination raciale en particulier. En 2003, l'ONG Amnesty international
a publié un rapport intitulé «Combattre le racisme
pour mettre fin au climat d'impunité». L'organisation de
défense des droits de l'Homme reproche aux autorités de
ne pas tout mettre en ¦uvre pour assurer le bon déroulement
des enquêtes et des procès. Or, déclare Amnesty
International, «ne pas demander des comptes à ceux qui
commettent, encouragent ou approuvent les violences racistes a fréquemment
pour effet d'aggraver le problème et contribue à instaurer
un climat d'impunité dont profitent ceux qui commettent de tels
actes».
Pendant longtemps, les victimes elles-mêmes ont manifesté
des réticences à porter plainte à la police, pour
la simple raison que les policiers semblent peu enclins à résoudre
ce type d'affaires racistes, préférant parler d'actes
de «hooliganisme». «Les autorités disent que
ce sont des voyous qui sont à l'origine de ces attaques, regrette
Aliu Tunkara président d'une association qui regroupe des ressortissants
des pays africains vivant en Russie. Ce n'est pas vrai. C'est du racisme
!» Un autre responsable, Désiré Defot dénonce
«l'indifférence des forces de l'ordre et du pouvoir».
D'après plusieurs ONG, les agresseurs, lorsqu'ils sont présentés
à la justice, sont rarement punis avec la sévérité
pourtant attendue face à ce type de violence. Ce qui renforce
le sentiment d'impunité chez les groupes extrémistes qui
n'hésitent plus à agir. Ces groupes extrémistes
puisent parfois ouvertement leur inspiration dans les thèses
nazies.
Plusieurs marches ont été organisées ces derniers
mois, pour dénoncer les violences racistes, mais sans réussir
à mobiliser beaucoup de monde.
Après le massacre de Beslan
Arrestation d'un gourou qui promettait de «ressusciter»
les victimes de la prise d'otages
Le Parquet de Moscou a annoncé jeudi l'arrestation et l'ouverture
d'une enquête judiciaire pour «escroquerie» contre
un gourou russe qui avait rencontré des familles de victimes
de la prise d'otages de Beslan et avait promis de «ressusciter»
leurs enfants.
«Le chef d'une secte, Grigori Grabovoï, a été
arrêté le (mercredi) 5 avril sous l'inculpation d'escroquerie»,
a indiqué à l'AFP un porte-parole du Parquet de Moscou,
se refusant à tout autre précision.
Grigori Grabovoï avait proposé aux membres du Comité
des mères de Beslan de «ressusciter» leurs proches
disparus dans la prise d'otages de l'école n°1, en Ossétie
du Nord, du 1er au 3 septembre 2004, qui avait fait 331 morts (dont
186 enfants), sans compter 31 membres du commando pro-tchétchène
tués.
La présidente du Comité des mères de Beslan avait
confirmé à l'AFP avoir rencontré le gourou et affirmé
«être prête à tout pour revoir (son) fils,
y compris en rêve».
L'affaire avait fait grand bruit en Russie, les télévisions
russes montrant des images d'un congrès de la secte où
participaient des mères de Beslan.
Certains médias russes avaient évoqué un coup monté
par les services secrets russes ou tout du moins une utilisation de
la situation pour discréditer un Comité qui critique violemment
l'enquête et le procès de la prise d'otages.
Dans une lettre ouverte au Parquet, les mères avait demandé
en septembre dernier de prendre les «mesures légales nécessaires
concernant les activités criminelles du charlatan Grigori Grabovoï».
Source : AFP, 6 avril 2006
Ouverture d'un centre de psychothérapie
financé par des Français à Beslan
L'ambassade de France à Moscou annonce qu'un centre de psychothérapie
familiale a été inauguré lundi 27 mars à
Beslan en présence des autorités locales, de représentants
de l'UNICEF et de l'Ambassadeur de France en Russie, M. Jean Cadet.
Etait également présente Mme Florence Schaal, journaliste
à TF1 et ancienne correspondante à Moscou, qui, grâce
à l'opération " N'oublions pas les enfants de Beslan
", a aidé l'UNICEF a recueillir 150 000 euros de dons en
France pour le financement du centre.
Ce dernier, destiné à apporter une aide psychothérapique
aux victimes de la prise d'otages de l'école n°1 de Beslan
en septembre 2004, ainsi qu'à leurs familles, vient compléter
l'action du centre de Vladikavkaz, plus spécialisé dans
le traitement des enfants.
Les dons recueillis en France ont aussi permis d'appareiller 120 enfants
devenus sourds, et doivent servir à financer d'autres opérations.
Dans le cadre de ce déplacement à Beslan, l'Ambassadeur
de France, accompagné de son épouse, a également
déposé une couronne devant le monument aux victimes de
l'attaque de l'école n°1, ainsi qu'une gerbe de fleurs dans
le bâtiment détruit du gymnase. Il a rencontré les
membres du comité des " Mères de Beslan " et
a été reçu par le président de la république
d'Ossétie du Nord, M. Teimouraz Mamsourov.
Source : RIA NOVOSTI, 29 mars 2006
D'anciens otages de Beslan suivront un traitement médical en
Chine
Des médecins chinois examinent les enfants victimes de la prise
d'otages de Beslan pour en envoyer quelques uns se faire soigner en
Chine, a déclaré mardi le ministre nord-ossète
de la Santé publique Alexandre Reoutov.
Six médecins chinois se sont rendus mardi à l'hôpital
du district Pravoberejny de Beslan pour examiner les anciens otages
qui ont besoin d'un traitement supplémentaire, selon les médecins
ossètes. La visite de la délégation médicale
chinoise durera trois jours.
L'attaque terroriste contre l'école N°1 de Beslan début
septembre 2004 avait fait 331 morts, dont 186 enfants. Au total, les
terroristes avaient pris en otages 1.128 personnes.
Source : RIA NOVOSTI, 28 mars 2006
Une opposante, collaboratrice de Kasparov, assommée
par un inconnu à Moscou : elle enquête sur la prise d'otages
de Beslan
Une collaboratrice de l'ancien champion du monde d'échecs Garry
Kasparov, engagé dans l'opposition au président Vladimir
Poutine, Marina Litvinovitch, a affirmé mardi 21 mars 2006 avoir
été frappée jusqu'à en perdre connaissance
par un inconnu lundi soir dans une rue de Moscou.
"Je sortais du travail hier à 21h15 lorsqu'on m'a frappée
par derrière à trente mètres de ma voiture. J'ai
immédiatement perdu connaissance et me suis réveillée
40 minutes plus tard étendue sur le trottoir", a-t-elle
raconté mardi.
"J'associe cela sans le moindre doute au fait que je fais de la
politique. Ce n'est pas un vol avec agression car j'avais avec moi un
ordinateur portable, un portefeuille, un téléphone et
rien n'a été volé. C'est une sorte d'avertissement",
dit Mme Litvinovitch qui n'en est pas à sa première agression
ou menace.
Agée de 31 ans, elle est membre du Front civique uni de Garry
Kasparov, créé en février 2005. Elle mène
une enquête indépendante sur la prise d'otages de Beslan
dans le Caucase en septembre 2004 où 331 personnes avaient péri,
dont 186 enfants, sans compter les preneurs d'otages. Elle enquête
également sur une autre prise d'otages, elle aussi meurtrière,
dans un théâtre moscovite en octobre 2002.
Mme Litvinovitch mène une campagne pour la démission du
ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, vu comme un possible
dauphin de Vladimir Poutine, et a participé à la collecte
de 9.000 signatures en ce sens déposées au Kremlin mardi.
La révélation de cas de bizutages dans l'armée
ayant conduit à l'amputation des jambes de jeunes appelés
a suscité la colère de nombreux Russes contre la conscription
et contre le ministre qui a minimisé ces affaires.
Source : http://www.armenews.com, 28 mars 2006
L'ex-chancelier Schröder veut créer
un centre de lobbying russe en Allemagne
L'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, engagé dans
le projet de gazoduc germano-russe en mer Baltique, veut créer
un centre de lobbying des intérêts russes en Allemagne,
a affirmé mardi le quotidien des affaires russes Kommersant.
M. Schröder, en visite privée en Russie depuis lundi, doit
faire une proposition en ce sens au président russe Vladimir
Poutine, croit savoir le quotidien.
L'ancien chancelier a commencé sa visite sur un programme "privé"
mais participera "le 30 mars à une réunion statutaire"
sur le gazoduc, a-t-on indiqué au service de presse de Gazprom,
actionnaire principal du futur gazoduc, sans autre précisions.
M. Schröder s'est rendu mardi à Novy Ourengoï, dans
la région d'Iamal (Sibérie septentrionale) où Gazprom
possède d'énormes réserves gazières, selon
les agences russes et des images de la chaîne de télévision
publique RTR.
Il a visité le musée de Gazprom à Ourengoï
et s'est informé de l'exploitation des gisements. "Je suis
très content de voir de mes propres yeux comment les ouvriers
gaziers travaillent", a-t-il dit, cité par l'agence Itar-Tass,
alors que l'Allemagne a reçu 40 milliards de m3 de gaz de cette
région en 2005.
Selon Kommersant, M. Schröder veut créer un centre de lobbying
pour "promouvoir l'image de la Russie dans les médias allemands
et accompagner les projets communs russo-allemands, y compris celui
du gazoduc de la Baltique".
M. Schröder voudrait que ce centre soit financé par des
entreprises russes et songe à en confier la direction à
un ancien ministre allemand de la Défense, Volker Ruehe, poursuit
le quotidien.
Le Kremlin s'inquiète toutefois qu'un tel projet ait "un
impact négatif sur les relations" de la Russie avec la nouvelle
chancelière allemand, Angela Merkel, affirme encore Kommersant.
Quelques mois après avoir quitté la chancellerie, M.
Schröder a accepté fin 2005 de présider le comité
d'actionnaires du consortium chargé du projet de gazoduc entre
l'Allemagne et la Russie, une décision qui a été
très critiquée en Allemagne jusque dans son propre parti
(social-démocrate). Source : AFP, 28 mars 2006
Après le massacre de Beslan
Beslan : procès de 3 policiers accusés de «négligence»
Le procès de trois policiers accusés de «négligence»
ayant permis la prise d'otages meurtrière de septembre 2004 dans
une école de Beslan s'est ouvert jeudi dans cette ville d'Ossétie
du Nord (Caucase russe).
Le procureur Vladimir Lazitski s'est immédiatement prononcé
contre la présence de journalistes lors des audiences.
«Je pense, Votre Honneur, que la présence des journalistes
n'est pas obligatoire. Il ne faut pas permettre aux journalistes de
faire des enregistrements audio et vidéo pour qu'il n'y ait pas
de divergences avec le procès-verbal», a déclaré
le procureur s'adressant au juge.
Mais les parents des victimes ont insisté pour que les journalistes
soient présents.
«Si ces gens sont coupables, il faut que la société
le sache. Si le verdict ne nous arrange pas, nous avons l'intention
de faire appel et nous avons besoin pour cela de preuves de ce qui se
passe au tribunal», a argumenté Anneta Gadieva, représentante
du comité des mères de Beslan.
Selon l'acte d'accusation que le procureur a commencé à
lire jeudi, Miroslav Aïdarov, chef d'une unité de police
à Beslan, a reçu des informations de ses supérieurs
sur un attentat en préparation le 26 août 2004, à
cinq jours de la prise d'otages.
Il a communiqué cette information à ses adjoints, Taïmouraz
Mourtazov et Gouram Driaïev, qui se retrouvent avec lui sur le
banc des accusés. Ils n'ont pas pris de mesures préventives,
a affirmé le procureur.
Les trois policiers sont accusés de «négligence
ayant entraîné mort d'homme» pour avoir laissé
les terroristes pénétrer dans Beslan. Ils risquent jusqu'à
sept ans de prison.
Ce procès sera le deuxième après celui de Nourpachi
Koulaïev, le seul des 32 terroristes ayant survécu à
la prise d'otages qui est jugé depuis plusieurs mois par la Cour
suprême d'Ossétie du Nord.
Pour le Comité des mères de Beslan, ces accusés
ne sont pas les seuls coupables de la prise d'otages perpétrée
dans une école de Beslan du 1er au 3 septembre 2004 par un commando
pro-tchétchène, qui s'était soldée par la
mort de 331 personnes (sans compter les terroristes) dont plus de la
moitié étaient des enfants.
Source : AFP, 16 mars 2006
Les chiffres terribles ou : le prix de la liberté
Les chiffres que le ministre russe de la Santé vient de rendre
publics en disent plus long sur l'état de la Russie "démocratique"
que bien des discours. Qu'on en juge plutôt :
715 000 enfants sans domicile fixe, c'est-à-dire à la
rue
Taux de fécondité : 1,34 (prévisions 2015 : 1,65)
Nombre de naissances : 700 000 par an (prévision 2015 : 800 000)
Espérance de vie moyenne : 65,6 ans (prévision 2015 :
70)
Le lieutnenant-colonel Vladimir Poutine, dératiseur
en chef
Le président russe Vladimir Poutine a retrouvé mardi ses
accents guerriers pour ordonner à ses services spéciaux
de traquer les terroristes jusqu'au fond de leurs "cavernes"
et les y "exterminer comme des rats", lors d'une réunion
au siège du FSB, l'ex-KGB. "Il faut frapper de manière
ciblée au bon endroit, dans chaque caverne, il faut chercher
ces cavernes et exterminer comme des rats les terroristes qui s'y cachent",
a déclaré le président russe lors d'un discours
repris en partie par les télévisions russes.
Vladimir Poutine, ancien lieutenant-colonel du KGB et ex-directeur
des services secrets en 1998 et 1999, s'exprimait devant des responsables
du FSB. Le président russe se rend mercredi à Madrid pour
une visite officielle où il doit notamment discuter avec le Premier
ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero de lutte antiterroriste.
Le président russe a multiplié dans le passé
les déclarations musclées à l'égard des
indépendantistes tchétchènes qualifiés de
"bandits" et de "terroristes" par le Kremlin et
les forces de sécurité russes. En septembre 1999, nommé
Premier ministre depuis moins d'un mois, il avait affirmé qu'il
fallait "buter les terroristes jusque dans les chiottes" après
les attentats, attribués par Moscou aux indépendantistes
tchétchènes, contre des immeubles d'habitation et un centre
commercial dans la capitale qui avaient fait plus de 300 morts.
En novembre 2002 à Bruxelles, M. Poutine avait invité
un journaliste français à se faire "circoncire"
de "manière à ce que plus rien ne repousse"
en réponse à une question sur la guerre en Tchétchénie.
Le président russe a annoncé fin janvier que la Tchétchénie,
une république russe du Caucase du Nord, "était complètement
revenue sous l'égide de la Constitution russe" et que "l'opération
antiterroriste" était finie, malgré la poursuite
des affrontements entre rebelles et soldats, les enlèvements
et disparitions de civils, dont les ONG Human Rights Watch ou Memorial
accusent les forces russes ou tchétchènes pro-russes.
Les troupes russes, entrées en Tchétchénie en octobre
1999 pour une "opération antiterroriste" censée
mettre fin à un pouvoir séparatiste après une première
guerre (1994-1996), enregistrent des pertes quasi-quotidiennes dans
cette république du Caucase.
Berezovski annonce qu’il prépare
un coup d’État
Le milliardaire russe Boris Berezovski, exilé en Grande-Bretagne,
a affirmé investir sa fortune dans l'organisation d'un coup d'Etat
en Russie pour "rétablir", d'ici à 2008, la
Constitution russe "violée" selon lui par Vladimir
Poutine. "Le président Poutine viole la Constitution et
toute action violente de la part de l'opposition est aujourd'hui justifiée,
y compris une prise de pouvoir par la force, sur laquelle justement
je travaille", déclare l'oligarque russe, auquel ses cinq
années d'exil n'ont rien enlevé de sa vitalité,
en recevant l'AFP à Londres.
Ces derniers 18 mois, "nous préparons une prise de pouvoir
par la force en Russie", a-t-il assuré avant de préciser
que sa "fortune a triplé" en cinq ans d'exil. "Il
s'agit de milliards de dollars". Eminence grise de l'ex-président
russe Boris Eltsine et patron à l'époque d'un empire médiatique,
l'homme d'affaires sulfureux est poursuivi pour escroquerie et fraude
à grande échelle en Russie. Le milliardaire, qui dénonce
ces poursuites comme politiquement motivées, avait quitté
la Russie en 2000 avant d'obtenir l'asile politique en Grande-Bretagne
en 2003.
Entre plusieurs types de révolutions, seul "un coup d'Etat
effectué par une élite contre celle au pouvoir" peut
actuellement aboutir en Russie, selon le milliardaire, qui fêtait
lundi en grande pompe à Londres son 60e anniversaire.
"Je ne mise pas sur une seule élite, militaire, médiatique,
celle des affaires ou celle des services secrets, mais sur toutes, sans
exclure même une union des ennemis d'hier", a-t-il ajouté
sans vouloir donner plus de détails. "Les personnes que
je finance en Russie sont des gens qui défendent leurs principes,
au vu du résultat de la politique destructrice de Poutine",
selon M. Berezovski. "Le Kremlin a démoli le fédéralisme
russe, notamment par sa loi sur la nomination des gouverneurs"
de régions, adoptée fin 2004 par le Parlement sur proposition
de M. Poutine.
Supprimant l'élection au suffrage universel des chefs régionaux,
cette réforme a suscité de nombreuses critiques en Russie
et des inquiétudes à l'étranger sur une dérive
autoritaire de la direction russe. "Il est clair aussi que la Russie
sous Poutine a pratiquement perdu le Caucase du Nord où le séparatisme
se renforce, mais a perdu aussi son influence en Ukraine, en Géorgie,
au Kirghizstan et en Moldavie, et elle commence à céder
ses positions en Arménie", a estimé M. Berezovski.
"Tout ce qui sera fait pour rétablir la Constitution russe
sera constitutionnel par définition, et cela adviendra d'ici
à 2008", l'année de la prochaine présidentielle,
a-t-il assuré. "La majorité et la foule ne m'ont
jamais intéressé, elles sont toujours conservatrices.
Tous les changements sont effectués par une minorité active,
comme en Ukraine", poursuit M. Berezovski.
Une élite russe "devra influencer une partie de la société
pour la faire sortir dans la rue" pour prendre le pouvoir, prévoit
l'oligarque, propriétaire du plus influent quotidien d'opposition
russe, Kommersant. Le coup d'Etat en Russie "se déroulera
pourtant sur un scénario différent de celui de la révolution
en Ukraine", dit M. Berezovski, refusant catégoriquement
de donner plus de détails sur son plan d'action. "Mon but
politique est de transformer la Russie en un Etat démocratique
moderne, pour empêcher sa disparition en tant qu'Etat, je ne le
cache pas, par contre je ne veux pas dévoiler ma tactique",
proclame-t-il. La Fondation des libertés civiles de M. Berezovski
avait récemment admis avoir transféré à
partir de 2003 "21 millions de dollars à des structures"
contrôlées par des proches du président ukrainien
Viktor Iouchtchenko porté au pouvoir par la Révolution
orange fin 2004. Source : AFP, 23 janvier 2006
Les chiffres des agressions racistes et xénophobes
Le Camerounais Léon Kahem, assassiné à Saint-Pétersbourg
le 24 décembre dernier n’était que la dernière
victime d’une longue série de crimes racistes commis durant
l’année 2005. Le SOVA Center de Moscou a publié
en octobre 2005 ces statistiques partielles sur les agressions graves
motivées par la haine raciale et ethnique en Russie en 2005.
Ces chiffres incluent les agressions contre des citoyens russes et des
étrangers supposés ne pas être slaves, ainsi que
contre des “gauchistes” et des jeunes censés, selon
les skinheads, “trahir la race blanche” par leur apparence
et leur tenue.
Région Total agressions Tués Blessés
Total
Moscou et région 40 6 96 102
Petersburg 13 1 19 20
Voronezh 10 2 19 21
Ekaterinbug et région 7 4 6 10
Nizhnij Novgorod 6 2 8 10
Joshkar-Ola 1 0 15 15
Kaluga 1 0 10 10
Kurgan 4 0 6 6
Rostov-on-Don 5 0 5 5
Blagoveschensk 2 0 7 7
Krasnodar region 3 1 3 4
Irkutsk region 1 2 4 6
Vladivostok 3 0 3 3
Lipetsk 3 0 3 3
Syktyvkar 2 0 3 3
Krasnoyarsk 2 1 1 2
Ufa 2 0 2 2
Région de Samara 2 0 2 2
Khabarovsk 1 0 3 3
Belgorod 1 0 3 3
Perm 1 0 2 2
Kaliningrad 1 0 2 2
Astrakhan 1 0 2 2
Smolensk 1 0 2 2
Volgordad 1 0 1 1
Ryazan 1 0 1 1
Bryansk 1 0 1 1
Kirov 1 0 1 1
Izhevsk 1 0 1 1
Novosibirsk 1 0 1 1
Petrozavodsk 1 0 1 1
TOTAL 119 19 233 252
Source : “Nationalisme et xénophobie”,
http://www.xeno.sova-center.ru/3BF1358/6362F81
Dossier
L'affaire Léon Kanhem, étudiant camerounais assassiné
à Saint-Petersbourg le 24 décembre
« Que nous soyons 10, 20, 30 ou 1000, le plus important, c'est
le symbole. On doit montrer qu'on existe et, qu'en tant que Camerounais
et Africains, on ne saurait continuer de porter un regard indifférent
sur les actes ignobles dont sont victimes nos compatriotes de par le
monde.
Clarisse Mbango morte l'année dernière en Russie, les
étudiants Camerounais tabassés en Ukraine, et Léon
Kanhem aujourd'hui, ça commence à faire beaucoup ! C'en
est trop ! »
C'st par ces mots que des camerounais résidant en région
parisienne concluaient leur appel à manifester le vendredi 30
décembre devant l'ambassade de Russie à Paris pour protester
contre l'assassinat à Saint-Petersbourg de leur compatriote Léon
Kanhem. Une nouvelle affaire qui révèle la dégénérescence
de la société russe post-soviétique.
Lire notre dossier :
> Un Camerounais tué
et un Zambien blessé à Saint-Pétersbourg
> Manifestation à Saint-Petersbourg après la mort d'un
Camerounais
> Manifestation à l'ambassade de Russie à Yaoundé
> Affaire Kanhem : la Russie condamne
> Affaire Kanhem: L'ambassadeur de Russie au Cameroun s'explique
> La Russie brigue le leadership du racisme européen par Mariam
Séri Sidibé
Un Camerounais tué et un Zambien blessé
à Saint-Pétersbourg
Un étudiant camerounais a été tué et un
autre zambien gravement blessé samedi soir 24 décembre
par un "groupe de jeunes" à Saint-Pétersbourg,
a indiqué dimanche matin à l'AFP la police de la ville.
"Deux étudiants africains ont été attaqués
par un groupe de jeunes. L'un a été tué sur place,
l'autre a été blessé et hospitalisé",
a déclaré à l'AFP l'officier de permanence de la
police de Saint-Pétersbourg, Alexeï Grebtsov, joint par
téléphone.
Selon la chaîne de télévision russe NTV, la victime
était un étudiant camerounais de 28 ans habitant depuis
trois mois en Russie. Il a été "poignardé
à deux reprises dans le cou" par les jeunes, selon un témoin,
aussi étudiant africain, interrogé par la chaîne.
Les six jeunes ont ensuite grièvement blessé d'un coup
de couteau au ventre un étudiant originaire de Zambie qui a été
transporté à l'hôpital.
Le procureur de la région, interrogé par NTV, a déclaré
que toutes les pistes, "hooliganisme", "acte raciste"
ou "vol avec violence", étaient étudiées.
Selon l'agence Interfax, des étudiants étrangers ont décidé
de se rendre sur les lieux du crime et réfléchissent à
la manière de protester contre cette nouvelle agression qu'ils
considèrent comme raciste.
Le plus souvent, les forces de l'ordre russes préfèrent
utiliser le terme de "hooliganisme" pour qualifier des attaques
qu'elles rechignent à qualifier de "racistes".
Parfois mortelles, ces agressions commises souvent par des bandes de
skinheads, se sont multipliées ces dernières années
en Russie et notamment à Saint-Pétersbourg. Elles visent
généralement les personnes originaires du Caucase et les
ressortissants des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale,
mais aussi les Asiatiques et les Africains.
Fin octobre, un étudiant chinois avait ainsi été
agressé par trois jeunes Russes. Mi septembre, un étudiant
congolais attaqué par quatre jeunes avait succombé à
ses blessures. Et en avril, deux Chinois avaient été hospitalisés
après une agression dans le métro.
Selon l'ONG Bureau moscovite pour les droits de l'Homme, 44 meurtres
racistes ont été commis en Russie en 2004.
Source : AFP, 25 décembre 2005
Manifestation à Saint-Petersbourg
après la mort d'un Camerounais
Quelque
150 à 200 personnes, dont des étudiants étrangers
et des jeunes libéraux, ont manifesté contre le racisme
et le "fascisme" mardi à Saint-Pétersbourg (nord-ouest),
trois jours après la mort d'un étudiant camerounais tué
par un "groupe de jeunes".
Les manifestants se sont rassemblés devant le bâtiment
de Smolny, siège du gouvernement local, en brandissant des pancartes
"Stop au racisme!" et "Mort au fascisme".
"Nous appelons le gouvernement et les autorités de Saint-Pétersbourg
à assurer la sécurité des étudiants étrangers",
a déclaré Désiré Defot, responsable de l'organisation
"Unité africaine" regroupant des ressortissants des
pays d'Afrique vivant en Russie.
Samedi soir, Léon Kanhem, un étudiant camerounais de 28
ans vivant depuis trois mois en Russie, a été poignardé
à mort en pleine rue par des jeunes Russes. Les six jeunes, âgés
de 16 à 20 ans, selon la police, avaient ensuite grièvement
blessé d'un coup de couteau au ventre un étudiant originaire
du Kenya qui a été hospitalisé. Selon M. Defot,
les attaques racistes se multiplient en Russie en raison "de l'indifférence
des forces de l'ordre et du pouvoir". Les agressions racistes visent
souvent des étudiants africains ou asiatiques, ainsi que des
Caucasiens et des ressortissants des ex-républiques soviétiques
d'Asie centrale.
Source : AFP, 27 décembre 2005
Manifestation à l'ambassade
de Russie à Yaoundé
par Jean-Bruno Tagne, Yaoundé, 28 décembre 2005
Au quartier Bastos à Yaoundé, devant le grand portail
de l'ambassade de Russie et sous un soleil de plomb, ce mardi 27 décembre
2005, les membres de la famille de Léon Kanhem, 28 ans, assassiné
le 24 décembre dernier à Saint-Pétersbourg en Russie,
ont crié leur colère.
Réunis au sein de ce qu'ils appellent le "Collectif justice
pour Léon Kanhem", ils sont un peu plus de 20, vêtus
de noir. Ils tiennent entre les mains des pancartes sur lesquelles ont
peut lire des phrases du genre : " Lâchement assassiné
par les racistes russes ", " Nous voulons sa dépouille
", etc. Ils demandent à voir l'ambassadeur, mais un des
vigiles leur dit qu'il est occupé.
Il est environ 9h. Les membres de la famille du défunt
s'énervent et commencent à cogner violemment sur le portail.
La police arrive et les maintient de l'autre côté de la
rue. C'est à 11h30 que trois hommes, dont le consul, M. Puzikov,
sortent de l'ambassade. Très brièvement, ce dernier dit
à la famille les regrets du gouvernement russe et souhaite que
ce crime soit le dernier. Il ajoute également que le gouverneur
de Saint-Pétersbourg prend l'affaire très au sérieux
et que, pour la dépouille, il faudra attendre environ 10 jours.
Puis, il disparaît derrière le portail, laissant la mère
de la victime et quelques-unes de ses s¦urs à leurs larmes.
Inconsolables.
Rêve
"C'était notre seul espoir. C'était
lui l'héritier de notre père.. Tous les sacrifices consentis
sont partis.. ", sanglote Eugénie Kamguem l'une des soeurs.
La mère elle, a perdu la voix et n'a que ses yeux pour pleurer,
loin du portail fermé de l'ambassade de Russie. Elle souhaite
cependant avoir au plus tôt la dépouille de son fils. Ses
filles, quant à elles, exigent que justice et réparation
soient faites.
Selon la s¦ur aînée du défunt, Florence Fankam,
après l'obtention de son baccalauréat, Léon Kanhem
a dû passer quelques années sans rien faire, faute de moyens.
Vivant de petits métiers, il tente de rassembler de l'argent
pour aller " se chercher ". La famille met la main à
la pâte et Léon dépose ses valises en septembre
dernier dans la région glaciale de Saint-Pétersbourg au
nord de la Russie. Objectif affiché par ce premier garçon
d'une famille modeste de 10 enfants, orpheline de père: apprendre
la médecine. Le rêve tournera malheureusement court la
nuit du 24 décembre 2005, où il a été agressé
avec ses amis africains. L'assassinat du jeune homme fait monter la
liste des Camerounais tués dans ce pays à six. Des crimes
présentés par la police russe elle-même comme ayant
des motivations racistes.
Par ailleurs, selon des informations relayées par L'Afp, quelques
150 à 200 personnes, dont des étudiants étrangers
et des jeunes libéraux, ont manifesté contre le racisme
et le "fascisme" mardi à Saint-Pétersbourg (nord-ouest),
trois jours après la mort du jeune homme Les manifestants se
sont rassemblés devant le bâtiment de Smolny, siège
du gouvernement local, en brandissant des pancartes "Stop au racisme!"
et "Mort au fascisme". "Nous appelons le gouvernement
et les autorités de Saint-Pétersbourg à assurer
la sécurité des étudiants étrangers",
a déclaré Désiré Defot, responsable de l'organisation
"Unité africaine" regroupant des ressortissants des
pays d'Afrique vivant en Russie.
A cela, le consul de Russie au Cameroun, M. Puzikov, n'apporte pas de
réponse et se contente d'indiquer qu'il reste en contact avec
son gouvernement, qui transmettra les informations au fur et à
mesure qu'elles arrivent. L'ambassade elle-même n'a rien prévu,
confie-t-il au reporter de Mutations.
Source : http://www.worldnet3.com/camerlock/?url=details.php&id=1959&canal=camer&t=2
Affaire Kanhem : la Russie condamne
par AFA, Cameroon Tribune,Yaoundé, 29 Décembre 2005
Les regrets de la Fédération de Russie ont été
officiellement présentés hier au ministre camerounais
des Relations extérieures.
Ambiance quelque peu morose hier au ministère des Relations extérieures.
Il n'était un secret pour personne que l'ambassadeur de la Fédération
de Russie, Abdoulayev Poulate, qui a été reçu dans
la matinée par le ministre Laurent Esso, est venu officiellement
exprimer les regrets du ministère des Affaires étrangères
de la Fédération de Russie au gouvernement camerounais.
L'audience faisait suite au décès de l'étudiant
camerounais Léon Kanhem de la Faculté préparatoire
de l'Université des communications nautiques survenu samedi,
24 décembre dernier, dans la ville de Saint-Pétersbourg,
à près de 300 km au sud-Ouest de Moscou, la capitale.
Les circonstances du drame, relatées dans le communiqué
du ministère russe des Affaires étrangères, reprenant
une information du ministère de l'Intérieur, font état
de l'agression de deux étudiants (un Camerounais et un Zambien)
qui ont été attaqués par un groupe de jeunes gens
" qui leur ont porté des coups de couteau et se sont enfuis
".
Parlant de l'objet de ses échanges avec son hôte, l'ambassadeur
russe a confirmé ce qui n'était plus qu'un secret de Polichinelle.
" Je peux confirmer qu'il s'est agi, entre le ministre des Relations
extérieures et moi, du meurtre du citoyen camerounais du nom
de Léon Kanhem ", a-t-il déclaré. " Pour
le moment, nous ignorons les raisons pour lesquelles il a été
tué, mais il est fort probable qu'il s'agit d'un crime raciste
", a-t-il ajouté avant de condamner, à la suite des
autorités de son pays, cet acte barbare. " Je viens de transmettre
au MINREX l'information selon laquelle le gouverneur de Saint-Pétersbourg,
Mme Valentina Matvienko, une personnalité très importante,
a fait une déclaration en disant qu'elle condamne d'une manière
très énergique ce meurtre ", a affirmé Abdoulayev
Poulate. " Le gouverneur de Saint-Pétersbourg a affirmé
superviser personnellement l'enquête qui a été ouverte
à cet égard et fait la promesse que les criminels seront
retrouvés et immédiatement châtiés ",
a-t-il poursuivi.
Evoquant les procédures de rapatriement de la dépouille
mortelle de Léon Kanhem, l'ambassadeur russe a dit que toutes
les démarches nécessaires sont en train d'être faites
par les autorités russes pour un rapatriement rapide du corps
de la victime " dans de bonnes conditions ". " Nous sommes
actuellement en train de rechercher les parents de la victime ",
a-t-il dit avant de demander à toute personne susceptible d'avoir
des informations complémentaires sur la famille de feu Léon
Kanhem de prendre l'attache soit du MINREX, soit de l'ambassade de la
Fédération de Russie au Cameroun, sise au quartier Bastos
à Yaoundé.
Affaire Kanhem: L'ambassadeur
de Russie au Cameroun s'explique
par Bertille M. Bikoun, Mutations , Yaoundé, 29 décembre
2005
Le ministre des Relations extérieures exige
des détails sur les circonstances de l'assassinat de l'étudiant.
Né en 1977, Léon Kanhem a posé
ses valises en Russie en septembre dernier, en provenance du Cameroun.
Arrivé en situation régulière, il était
étudiant à la faculté préparatoire de l'Université
des communications nautiques à Saint Petersbourg. Telles sont
en substance, les informations fournies hier, 28 décembre par
l'ambassadeur de la Fédération de Russie au Cameroun,
au ministre des Affaires étrangères, au sujet de l'étudiant
Léon Kanhem. Son assassinat, le 24 décembre dernier, est
un crime raciste, mais qui n'était pas spécialement dirigé
contre le Cameroun, a poursuivi le diplomate russe.
Ce n'est pas ce que pensent les membres de la famille du jeune garçon,
qui sont allés manifester mardi dernier devant l'ambassade de
Russie au quartier Bastos, à Yaoundé. De leur côté,
les autorités camerounaises ont souhaité avoir "plus
de détails sur les circonstances de l'assassinat" de Léon
Kanhem, samedi dernier. C'est la raison pour laquelle l'ambassadeur
de la Fédération de Russie au Cameroun, Abdoulayev Poulate,
a été convoqué par le ministre des Relations Extérieures,
Laurent Esso. Ce qui, en diplomatie, serait la marque de la préoccupation
du gouvernement pour une affaire qui suscite l'émoi de tous les
Camerounais.
Lors de cette audience qui a duré une vingtaine de minutes, le
diplomate était accompagné par le consul de Russie à
Yaoundé, Serguey Pouzikov. Il a repris les termes d'un communiqué
de presse du ministère de l'Intérieur de la Fédération
de Russie sur les circonstances de l'assassinat de l'étudiant
camerounais Léon Kanhem. Selon les informations contenues dans
ce communiqué rendu public par le ministère russe des
Affaires étrangères, le mardi 27 décembre dernier,
"le soir du samedi 24 décembre à Saint Petersbourg,
deux étudiants de la faculté préparatoire de l'Université
des communications nautiques ont été victimes d'agression
d'un groupe de jeunes gens, qui leur ont porté des coups de couteau
et se sont enfuis. L'une des victimes Kanhem Léon, né
en 1977, citoyen camerounais, est mort sur place- l'autre citoyen
de Zambie a été hospitalisé. Les services de maintien
de l'ordre de Saint-Petersbourg ont commencé une instruction
criminelle".
Au-delà de la condamnation de cet assassinat, le gouverneur de
Saint Petersbourg, Valentina Ivanovna Matvienkoc, a par ailleurs, déclaré
que "les coupables seraient retrouvés et châtiés",
a soutenu Abdoulayev Poulate au sortir de l'audience chez le ministre
Laurent Esso. Des propos qui trahissent l'embarras des autorités
de la Fédération de Russie. En rappel, dans le communiqué
suscité, le ministère de l'Intérieur russe affirme
"[suivre] de près le cours de l'enquête qui a été
ouverte à cet égard". En attendant de connaître
un jour les conclusions, l'ambassadeur de la Fédération
de Russie a cependant rassuré le ministre des Relations extérieures
que son gouvernement prendrait des mesures pour le rapatriement de la
dépouille de Léon Kanhem.
La Russie brigue le leadership
du racisme européen
par Mariam Séri Sidibé, 1er janvier 2006. Courriel : mariamserisidibe@yahoo.fr
Pas de trêve de la nativité pour le racisme anti-noir qui
explose littéralement dans la Russie poutinienne, ex-soviétique,
radicalisée contre les autonomistes tchétchènes
et en plein dans les grands écarts sociaux du néolibéralisme
dont le peuple désemparé goûte les saveurs trompeuses.
Un comble ! On casse du noir dans un pays qui doit une part de son âme
à Pouchkine, le père de la littérature russe moderne,
descendant d'africain, de nègre. Le 25 Décembre 2005 a
été l'occasion pour des jeunes de Saint-Pétersbourg,
une ville du Nord de la Russie où les agressions racistes et
mélanophobes sont devenus monnaies courantes, de se livrer à
leur folle et intolérable passion. Bilan macabre et provisoire
: un étudiant camerounais tué à coups de couteau
et un kKényan grièvement blessé, tous deux à
la sortie du métro, non loin de leur université. Ce n'est
pas la première fois que de tels crimes sont perpétrés,
souvent par des bandes de pudiquement qualifiés de hooligans
par la police qui n'ignore pas leurs agissements. Un étudiant
congolais en avait déjà été victime en Septembre
2005. C'est que derrière cete appelation commode qui veut "charger"
un groupe social admis comme marginal, il y a la tentative de masquer
le développement à grande vitesse d'un racisme ordinaire
qui fait des ravages parmi les populations estudiantines noires. Agressions
physiques, crachats, insultes, bastonnades sont en passe de devenir
le lot commun des étrangers vivant en Russie, et le phénomène
a fait l'objet de rapports et de recommandations par des institutions
traditionnellements jugées sérieuses. En 2003, Amnesty
International dans son rapport sur la Russie intitulé : "Vos
Papiers ! La discrimination raciale en fédération de Russie",
tirait déjà la sonnette d'alarme devant les dérives
racistes de la société russe et la passivité, voire
la complicité des autorités politiques. Selon les différentes
associations qui se penchent sur la question, le Centre SOVA, Institut
russe de recherche sur la xénophobie, les actes racistes répertoriés
au sein de la Fédération se sont montés à
une vingtaine en 2003 contre 45 en 2004, soit un doublement en volume.
Naturellement les statistiques sont à manipuler avec prudence
quand on sait que les actes racistes sont souvent, pour ce qui est de
la négrophobie, sous-estimés dans les enregistrements
et par le biais du regard quantitatif qui ignore la dimension symbolique
des relégations, des insultes, et de la hiérarchie structurelle
des anti-racismes européens dans lesquels peu de mélanodermes
sont admis. Pour autant, la tendance à la poussée raciste
européenne ces années 2000, singulièrement dans
une Russie à cette instance en normalisation culturelle rapide
est inquiétante pour les populations victimes et pour la forme
des Etats et Sociétés modernes concernées. Il est
évident que l'agression caractéristique, durable et relativement
impunie des autorités européennes, à l'encontre
de citoyens du fait d'une différence ethnique apparente, ne saurait
être compatible avec la république comme telle. De plus,
l'existence de ces discriminations au sein des processus administratifs,
de la gestion du personnel et des renouvellements politiques, ne pourrait
être renvoyé à la contingence où à
l'arbitrage du hasard. C'est la nature juridique effective des Etats
d'Europe qui vacille sans conteste. La Russie s'est progressivement
laissée emporter par les courants xénophobes en fonction
de ses mutations internes et de son inscription dans l'européanisation,
et dans la mondialisation ultra-libérale. Dans les années
60, guerre froide aidant, l'empire soviétique avait une politique
d'attraction des étudiants étrangers, africains singulièrement
avec les arrières-pensées d'en faire des propagateurs
de la foi révolutionnaire marxiste ou plus prosaïquement
de la doctrine et des intérêts du soviétisme. La
fin de cette ère a modifié les préférences
des autorités russes engagées sur un cap de transition
économique vers un capitalisme plus ou moins nationaliste. De
fait, le statut de l'Afrique et des étudiants africains s'en
est trouvé décoté, d'autant plus vite que l'urgence
de l'entrée dans le libéralisme économique a eu
son douloureux prix social : le chômage et les difficultés
économiques des populations témoins de l'accroissement
indécent des inégalités sociales, de la formation
d'une richissime oligarchie au standard de vie international. Comme
souvent, la xénophobie offre un mirage de solution, des victimes
sacrificielles faciles, face à des problèmes autrement
différents. Les rationnements matériels génèrent
l'impatience des populations qui, dans le même temps, voient affluer
dans leur pays, du fait de la mondialisation, des populations ethniquement
inattendues ou en nombre croissant et des produits en provenance du
monde entier. Les résidents originaires d'Asie Centrale, du Caucase,
les Ouzbeks, les Tadjiks, les asiatiques sont plus nombreux et leur
présence dans les marchés et les petits emplois subalternes
mais visibles (balayeurs de rues) amplifie l'impression d'un envahissement.
"La Russie aux Russes" est donc le slogan à la mode que la guerre
contre les indépendantistes tchétchènes rend plus
disgeste, et plus démentiel à la limite dans l'imaginaire
stimulé. Et là, le vieux fond européen de supériorité
raciale, de racisme anti-noir, fait le reste. Populations vulnérables,
que jamais ou quasiment jamais leurs représentations (abus de
langage) diplomatiques ne se risquent à défendre, à
peine réellement pris en considération dans les dispositifs
classiques (ou leur réception) de protection des droits de l'homme,
les Noirs paient les frais sanglants des transformations difficiles
de la société russe. Des organismes de défense
de leurs droits sont encore embryonnaires malheureusement, mais il serait
temps que les victimes accroissent leur savoir-faire en mobilisation
nationale et internationale et qu'elles trouvent les moyens et stratégies
pour mouiller les états et les organisations africaines. Le standard
européen des droits de l'homme en Italie, dans le sport, en Espagne
(le journaliste Mbengué violenté), en France ou en Grande-Bretagne
s'avère borné à la frontière de la race
... qui, bien sur n'existe pas génétiquement comme les
savants aiment à le scander. En attendant ...
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