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Asie : dans l'oeil du typhon

Philippines

Syndicalistes, femmes et paysans: tous hors-la-loi! Assassinats politiques inquiétants


En Colombie, on assassine toujours plus de syndicalistes ; en Irak, toujours plus de journalistes. Mais depuis tout un temps, les Philippines sont le pays le plus dangereux pour les défenseurs des droits du peuple.

Par Wim De Ceukelaire, Solidaire, Bruxelles, 6 septembre 2006


« Chaque mois, des membres de la famille des victimes se réunissent à Manille pour honorer leurs morts. » (Photo www.arkibongbayan.org)
- Cliquez sur la photo pour l'agrandir --
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Le compteur est à 729. C'est le nombre de Philippins victimes d'assassinats politiques depuis que la présidente Arroyo est arrivée au pouvoir en 2001. La plupart des victimes étaient actives au sein de partis politiques, syndicats, associations de paysans ou de femmes progressistes.
C'est pourquoi la Confédération internationale des syndicats libres (CISL ¬ la coordination internationale dont font partie la FGTB et la CGSLB) a adressé le 11 juillet une lettre salée à Arroyo1. La lettre reprend en détail le rapport d'une mission internationale qui, en mai, est allée enquêter sur les droits syndicaux aux Philippines et à laquelle participait un syndicaliste belge. «Votre pays finit par ressembler de plus en plus à la Colombie, le pays détenant l'horrible record du nombre de dirigeants syndicaux assassinés», disent les dirigeants syndicaux internationaux.
Un mois plus tard, c'était le tour d'Amnesty International2. Le rapport d'enquête de l'organisation des droits de l'homme est formel: le nombre d'assassinats politiques aux Philippines croît à une vitesse inquiétante. Pour le seul premier semestre de cette année, il y en a eu au moins 51.
Amnesty présume que les assassinats systématiques de dirigeants du mouvement populaire progressiste ont été perpétrés avec la complicité active ou tacite de l'armée ou de la police. En outre, l'organisation insiste sur le fait que les sommités de l'armée et de l'administration philippines ont justifié ces assassinats. «Dans un tel climat, nous pouvons nous attendre à une escalade», déclare Amnesty.
Amnesty explique également la stratégie qui sous-tend ces assassinats à l'aide des manuels de l'armée philippine. Celle-ci a toutes les peines du monde à contrôler la guérilla du Parti communiste des Philippines. Selon la nouvelle stratégie, il ne suffit pas de ne s'en prendre qu'à l'opposition armée. En éliminant les dirigeants des organisations populaires non armées et absolument légales, on espère également mettre enfin à genoux la guérilla armée. La terreur va intimider le peuple ¬ dixit la théorie ¬ de sorte que la guérilla perdra le soutien qu'elle reçoit actuellement des paysans et des travailleurs.
Ces stratégies font penser à la politique de terreur menée jadis par les États-Unis au Vietnam ainsi qu'à celle des pions des EU en Amérique latine. C'est depuis la guerre américaine «contre le terrorisme» que le gouvernement philippin, un important allié en Asie, a intensifié sa répression. Personne ne serait donc étonné si, dans cette vague d'assassinats politiques, Arroyo puisait son inspiration du côté des EU.
1 www.icftu.org • 2 http://web.amnesty.org


Un accueil chaleureux pour Gloria


Le 12 septembre, la présidente philippine Gloria Arroyo rendra visite à la Commission européenne à Bruxelles. À 12h30, militants syndicaux et travailleurs de la solidarité l'accueilleront par une action de protestation au rond-point Schuman au cur du quartier européen. Cette action fait partie de la campagne «Stop the killings in the Philippines» (cessez les assassinats aux Philippines).
www.stopthekillings.be

 

Pétard mouillé : Gloria Arroyo lève l'état d'urgence


La présidente Gloria Arroyo semble bien avoir pété un câble : une semaine après avoir proclamé l'état d'urgence sous prétexte d'un "complot" associant, selon elle, des "communistes" et des "aventuristes militaires d'extrême-droite", elle a annoncé vendredi 3 mars que cet état d'urgence était levé. Et Gloria de déclarer à la télévision nationale : « Je suis heureuse d'annoncer que nous avons démantelé les tentatives de sabotage », ajoutant : « Il est important pour nos opposants politiques et les opportunistes de cesser leurs nuisances et les embarras causés aux Philippines par leurs charades (sic) unutiles. » Décidément, Gloria a un style rhétorique unique.
Le complot s'est donc révélé être un pétard mouillé. En tout et pour tout, deux personnes ont été inculpées pour le "complot" et on a ressorti une vieille affaire de mutinerie militaire de 2003 pour faire bonne mesure en inculpant sept autres militaires. Cinq députés, dont Teodoro Casino, poursuivis pour "rébellion", restent retranchés dans le bâtiments du parlement pour éviter l'arrestation.
Source : http://quibla.net, 3 mars 2006

 

En 2005, 120 militants politiques et sociaux ont été assassinés par des militaires et des escadrons de la mort - Tour d'horizon de la situation aux Philippines


par Wim De Ceukelaire, Groupes Philippines Belgique, 23 novembre 2005
La liste des progressistes assassinés aux Philippines s'allonge. Cette année, 120 activistes ont été tués par des escadrons de la mort et des militaires.
Mardi 25 octobre 2005, dans la soirée, Ric Ramos et quelques autres militants syndicalistes trinquent à la victoire. Et effectivement, il y a de quoi faire la fête puisque la direction des moulins à sucre de la Hacienda Luisita, où Ramos est président du syndicat, a finalement versé les 50.000 euros de salaires impayés. Mais quelques instants plus tard, Ramos s'écroule sur le sol, tué de deux balles à la tête.
Cet assassinat est survenu près d'un an après la tuerie du piquet de grève au cours de laquelle sept grévistes avaient été abattus par balles et 35 autres blessés. Les 4.000 travailleurs et ouvriers agricoles de la plantation de cannes à sucre étaient en grève depuis dix jours et réclamaient la réintégration de 327 collègues licenciés, des salaires décents ainsi que la parcelle de terrain leur revenant légitimement.
Les syndicalistes sont persuadés que l'armée philippine est derrière ces meurtres. En effet, Ric Ramos a été tué par une arme militaire. Cela faisait plusieurs mois que des soldats étaient cantonnés dans le petit village où il vivait. Le jour de son assassinat, deux soldats s'étaient rendus à deux reprises à son domicile et quelques minutes avant le meurtre, les villageois ont aperçu un petit groupe d'hommes en uniforme dans les parages.

Du sang dans le café
Jeudi 22 septembre, au soir, des inconnus à moto tirent deux balles dans le dos de Diosdado «Ka Fort» Fotunato alors qu'il quitte le poste de grévistes chez Nestlé pour rentrer chez lui. Ka Fort était, depuis 1988, président du syndicat dans l'usine Nestlé de Cabuyao, au sud de la capitale Manille. Il occupait ce poste depuis la mort de son prédécesseur, lui aussi assassiné par balles devant les portes de l'usine.
Les travailleurs de l'usine Nestlé sont en grève depuis plus de trois ans à présent, depuis que la direction a décidé de suspendre les droits à la pension des travailleurs et a refusé de reprendre les pensions dans la cct. Tous les grévistes ont été licenciés et remplacés par d'autres, mais ils ont tout de même traîné Nestlé devant les tribunaux. Ils attendent toujours le jugement. Comme les grévistes postés devant les portes de l'usine étaient constamment chassés brutalement, ils ont décidé de lancer une campagne de boycottage avec comme slogan: «Il y a du sang dans ton café.» Aux Philippines, la firme Nestlé est en effet surtout connue en tant que producteur de café soluble.
Ka Fort était l'une des figures centrales de la grève et de l'action syndicale dans toute la région. La veille de son assassinat, il avait dans la matinée prononcé un discours lors d'une manifestation et avait mené dans l'après-midi une action devant les portes de l'usine. A chaque fois, l'armée et la police avaient tenté d'intimider les militants en les photographiant et en les filmant. Aujourd'hui, on ne sait toujours rien concernant les auteurs et les commanditaires du meurtre.

Une campagne organisée
Tout comme Ric Ramos, Ka Fort a été victime d'une campagne organisée visant à massacrer les activistes progressistes. Leurs syndicats sont affiliés au Kilusang Mayo Uno (KMU), la fédération syndicale combative de gauche. Depuis l'arrivée au pouvoir en 2001 de la présidente Gloria Arroyo, plus de 480 activistes politiques, journalistes, syndicalistes, dirigeants agricoles et hommes d'église progressistes ont déjà été assassinés par des escadrons de la mort et des militaires. Depuis le début de cette année, 120 personnes ont déjà trouvé la mort. Nombre d'entre elles sont des membres ou des sympathisants des partis populaires progressistes comme Bayan Muna, Anakpawis et Gabriela, qui sont également représentés au Parlement philippin.
«Il n'y a pas si longtemps, les autorités déclaraient qu'il était préférable pour la guérilla communiste (qui mène une lutte armée aux Philippines, ndlr) de déposer les armes et de participer aux élections» a écrit un commentateur politique dans le magazine web populaire www.bulatlat.com, «mais cette campagne organisée est la preuve qu'une opposition parlementaire de gauche n'est pas tolérée et semble donner raison à l'opposition armée de gauche lorsqu'ils disent que dans ce pays les réformes ne pourront être obtenues que par les armes.»

La présidente philippine cible de la protestation populaire
Populaire, Gloria Macapagal-Arroyo ne l'a jamais été. On se demande même si elle a jamais été élue. Elle est arrivée au pouvoir en 2001 lorsque le président de l'époque et ex-star de cinéma, Joseph 'Erap' Estrada, dut se retirer suite aux protestations massives. Lors des élections présidentielles de l'an dernier, de nombreuses plaintes pour irrégularités ont été soulevées mais avec le soutien des USA, Arroyo a néanmoins été déclarée présidente «élue».
Au mois de juin dernier, des enregistrements de conversations téléphoniques entre la présidente et un membre de la commission électorale «indépendante» étaient dévoilés. La présidente Arroyo demandait à cet homme de lui donner au moins un million de voix d'avance lors des élections. «Sans problème, madame», avait-il répondu. Et ce fut fait.
La fraude électorale est à présent incontestable. En ce qui concerne la corruption, là aussi on dépasse les bornes. Chaque fois qu'une affaire louche est mise à jour, le nom de l'époux de la présidente y est mêlé. A un moment donné, la présidente Arroyo l'a même envoyé aux USA, le temps que les choses se calment un peu. La répression en constante augmentation est aussi un motif de protestation populaire. Les manifestations dans la capitale ne sont plus tolérées et on a recours à la violence pour chasser les manifestants. Les évêques et l'ancien vice-président d'Arroyo n'ont pas été épargnés par les canons à eau.
Les trois partis populaires jouent un rôle-clé dans l'opposition contre la présidente. Ils ont joué un rôle de déclencheur lors de la procédure de destitution intentée contre la présidente au sein du Parlement. Mais en vain, la majorité du Parlement, principalement des grands propriétaires fonciers et de richissimes hommes d'affaires, ont soutenu la présidente.

Opposition sur tous les fronts
Puisque le Parlement n'est pas parvenu à rendre justice, un congrès populaire a été constitué afin d'examiner les différentes plaintes pour fraude, corruption et violations des droits de l'homme. L'initiative est massivement soutenue: hommes politiques, évêques, religieux, avocats notables et artistes ont prêté leur aide.
Le mouvement populaire joue un rôle fondamental au sein de ce congrès populaire et est à l'origine des protestations de rue de ces derniers mois. Une première grande victoire a été remportée en juillet dernier lorsque 80.000 Philippins se sont rassemblés pour protester contre l'ouverture de l'année parlementaire par la présidente Arroyo. Après plusieurs semaines d'agitation marquées par des actions et des manifestations quasi quotidiennes, un nouveau succès a été remporté le 21 octobre dernier lorsque des dizaines de milliers de paysans se sont rendus au palais.
Même si jusqu'à présent la vague de meurtres politiques a épargné les dirigeants nationaux du mouvement populaire, les menaces sont chaque jour plus explicites. Le jour de la grande manifestation des paysans le 21 octobre, le porte-parole de l'armée a déclaré devant les caméras que le parlementaire populaire, Satur Ocampo, avait donné de l'argent à la NPA, la guérilla communiste, pour acheter des explosifs. Par de telles insinuations, le commandant de l'armée tente de justifier la campagne d'assassinats contre les membres du parti d'Ocampo, Bayan Muna, et autres partis progressistes.
La NPA (Nouvelle Armée Populaire), qui depuis 1969 mène une lutte armée pour délivrer le peuple de l'exploitation et l'oppression, n'a d'ailleurs pas participé aux manifestations de rue. Elle ne veut surtout pas donner au gouvernement un prétexte pour recourir à la violence contre les manifestants.
Sous la direction du Parti communiste des Philippines, l'armée populaire combat les grands propriétaires terriens et la grande bourgeoisie, et ce principalement dans les campagnes. Elle a d'ailleurs distribué des coups bien envoyés qui non seulement ont été très pénibles pour l'armée mais qui en plus sapent le moral des soldats. Ka Oris, le porte-parole populaire de la guérilla sur l'île méridionale de Mindanao, a déclaré lancer au moins une attaque par jour contre une cible militaire. Dans les autres régions des Philippines, les attaques se produisent à une même cadence. Au cours de ces dernières semaines, au moins 37 soldats du gouvernement ont perdu la vie.

Des syndicalistes belges pour témoins
«Les Philippins qui défendent leurs droits civils, politiques ou économiques ont la vie dure. Ils doivent faire face non seulement à des actes de répression mais aussi, et cela arrive de plus en plus souvent, à la mort. Je l'ai vu de mes propres yeux lorsque je me suis rendu aux Philippines avec un groupe de 8 militants LBC pour un séjour de trois semaines.» C'est par ces phrases que débute un article paru dans le numéro d'octobre de Raak, le mensuel du mouvement ouvrier chrétien flamand (KWB).
Les huit syndicalistes sont des témoins privilégiés de l'actuelle crise des droits humains aux Philippines. L'un d'entre eux a écrit dans un article paru dans Ons Recht, la revue de la LBC, ses impressions sur le drame de la Hacienda Luisita: «Aux yeux des riches propriétaires terriens, les travailleurs n'ont aucune espèce d'importance. Ils sont juste bons à couper les cannes ou presser le sucre. Et s'ils ne cadrent plus avec les objectifs de production, ils n'ont plus qu'à disparaître. S'ils ne sont pas d'accord, s'ils tentent d'enrayer le développement économique, s'ils cherchent le salut dans le syndicat, alors ils devront affronter les canons à eau et les gaz lacrymogènes. Les balles sont réservées aux têtus.»
Les militants syndicalistes belges sont également impressionnés par la combativité des syndicats et organisations paysannes aux Philippines. Notamment lorsqu'ils leur ont remis des lettres de soutien et de l'argent: «Une jeune avocate qui défend les grévistes nous a dit : «L'argent nous en avons besoin mais ces lettres nous les conserverons chèrement. A chaque fois que l'un de nous perdra courage, il relira ces lettres et saura que vous soutenez notre lutte.» L'article paru dans Ons Recht conclut en ces termes: «Même si l'on abat un gréviste par balles, il ne meurt pas pour autant. Et ça, les hacenderos ne l'ont pas encore compris.»

Mission Solidarité Internationale
Les meurtres de Ric Ramos et de Ka Fort ne sont malheureusement pas des exceptions. Depuis 2001, Karapatan, l'organisation des droits de l'homme des Philippines, a recensé près de 4.207 violations des droits humains, c'est-à-dire, meurtres, tentatives de meurtre, disparitions, arrestations illégales et évacuations brutales. Ces violations concernent 232.796 individus, 24.299 familles et 237 communautés. Les comparaisons avec la répression sous le dictateur Marcos sont légion. Certaines associations philippines ont organisé au mois d'août dernier une mission de solidarité internationale «pour défendre un peuple qui lutte contre la répression». Une délégation belge composée de quatre femmes y a participé: deux avocates de PROGRESS Lawyers Network, une collaboratrice des Groupes Philippines - Belgique et une stagiaire d'intal. Elles ont couché sur papier leurs expériences rassemblées dans un rapport (actuellement disponible en langue néerlandaise uniquement) en vente chez intal (fgb@intal.be) au prix de 2 euros.

Nations unies: «La guérilla n'est pas terroriste»
«Les impérialistesusaméricains, ce sont eux les plus grands terroristes !» Il s'agit d'un slogan populaire scandé lors des manifestations du mouvement populaire aux Philippines. Ce pays est une ancienne colonie des USA et jusqu'en 1992, de gigantesques bases usaméricaines y étaient implantées.
A l'heure actuelle, le pays est le champ d'expérimentation d'une nouvelle stratégie de l'armée usaméricaine. A la place de grandes bases massives, on a opté pour une mise en place flexible. Depuis quelques années, il y a aux Philippines un va-et-vient de militaires usaméricains. Si au départ, ils n'étaient que quelques centaines, ils sont à présent des milliers à se relayer pour des «exercices» ou des «actions humanitaires». De cette manière, le pays est toujours prêt à servir de base d'opérations en cas d'agression ususaméricaine dans la région asiatique. Bien entendu, tout ceci se passe sous le prétexte de la guerre «contre la terreur».
La Nouvelle Armée Populaire, ou NPA, figure sur la liste des organisations terroristes élaborée par les USA et l'Union européenne. Le programme de développement des Nations Unies n'est pas d'accord. Selon le Philippine Human Development Report 2005, «la guerre ususaméricaine contre la terreur» n'a fait qu'attiser les conflits armés aux Philippines. «Pour faire droit à la réputation de la NPA», dit le rapport, «nous devons dire que jamais elle n'a eu recours au terrorisme ou à des actes terroristes contre les citoyens.»1
1 The Philippine Star, 1 novembre 2005

Source : http://www.ptb.be/scripts/article.phtml?lang=2&obid=29142

 

En direct de Manille


par Herbert Docena, Manille, 25 février 2006. Courriel > herbert@focusweb.org
Traduit de l'anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en copyleft.

L'auteur de cette lettre est l'un des animateurs du Focus on the Global South, un programme de recherche, d'analyse et d'action dans le domaine de la recherche sur les politiques de développement, fondé en 1995 et qui a trois bureaux : à Manille, à Bangkok et à Mubai > http://www.focusweb.org.

Hier matin vendredi, la présidente Gloria Macapagal-Arroyo a décrété un "état d'urgence national" pour une durée indéterminée. Émis le semaine même où les Philippins célébraient le 20ème anniversaire de l'insurrection du "pouvoir populaire" qui mit fin à la dictature de 14 ans de Ferdinando Marcos, l'ordre d'Arroyo autorise la pôlice et le pouvoir militaire à faire tout ce qui sera nécessaire pour neutraliser les "enemis" de l'État, interdit tout rassemblement de protestation et menace de prendre le contrôle des médias. En plaçant de fait le pays sous la loi martiale, Arroyo a restauré ce à quoi les Philippins avaient mis un terme il y a 20 ans.
10 000 d'entre nous ont défié l'ordre présidentiel et ont défilé sur l'autoroute la plus fréquentée de Manille. Nous avons été dispersés violemment. 26 d'entre nous, dont des mineurs qui ont été battus par la police, ont été arrêtés.
Bien que nous ayons été ensuite relâchés - sans doute dans une tentative du gouvernement de faire entendre que "l'état d'urgence" n'est pas si mauvais que les gens le craignent - ces arrestations ne sont que la continuation d'une répression qui va en s'intensifiant dans le pays. Avant même la proclamation de l'état d'urgence, 33 militants ont été tués . On suspecte qu'ils l'ont été par des agents militaires ou des groupes paramilitaires. La police a de manière routinière étouffé dans l'oeuf des protestations de rue.
Mais avec la proclamation de l'état d'urgence, nos arrestations pourraient n'être que le début d'une répresssion accrue, de plus graves atteintes aux libertés civiques et de violations plus flagrantes des droits humains. Aujourd'hui, les bureaux d'un journal ont fait l'objet d'un raid policier et un parlementaire a éé arrêté. Nous avons des craintes pour les jours à venir. Les derniers développements montrent que des régimes illégitimes ne peuvent régner que par la force. Le gouvernement Arroyo devenant plus désespéré, on peut s'attendre à ce qu'il devienne plus brutal encore.
Nous espérons votre soutien et votre solidarité avec ceux d'entre nous qui vont être les victimes de cette brutalité, même si nous continuons à exprimer notre solidarité avec les peuples victimes de la violence en Iraq, en Palestine et dans les autres pays occupés ou soumis à dictatures à travers le monde.
La proclamation de l'état d'urgence d'hier n'est que la dernière réponse d'un gouvernement accusé de fraude électorale et de corruption depuis juin 2005. Mais ce qui est en jeu, c'est plus que la présidence d'Arroyo. C'est tout le système politique de l'après-1986, qui a vu les élites se retrancher au pouvoir derrière une façade de démocratie libérale, qui est mis en question. De fait l'oppositon au régime d'Arroyo est divisée entr ceux qui veulent sauver ce systèm et ceux qui veulent une bone fois pour toutes donner un sens réel au "pouvoir populaire".
Nous espérons recevoir votre soutien, nous qui sommes de ce côté-ci du monde, tout en continuant à être solidaires des gens qui résistent à travers le monde.

 

 

La présidente Arroyo décrète l'état d'urgence après une tentative présumée de putsch


La présidente des Philippines Gloria Arroyo a décrété vendredi l'état d'urgence et affirmé avoir déjoué un putsch fomenté par des hauts gradés de l'armée "fourvoyés" et placés le même jour sous les verrous. L'"ordre général" (arrêté n°5) rendu public en application de la proclamation n°1017 de l'état d'urgence commence par une phrase surréaliste accusant pêle-mêle "l'extrême-gauche autoritaire" et "l'extrême-droite des militaires aventuristes" d'avoir comploté ensemble pour mettre à bas le régime républicainissu des élections de mai 2004. Cet ordre n° 5 rappelle furieusement aux Philippins le sinistre "amendement n°6" par lequel Ferdinand Marcos avait suspendu toutes les libertés publiques en 1972 et instauré de fait une dictature qui devait durer jusqu'à sa chute le 7 février 1986.
"Le gouvernement a écrasé cette action illicite", a dit la présidente dans une allocution télévisée prononcée peu après la proclamation écrite de l'état d'urgence. "En tant que chef des armées, je contrôle la situation", a-t-elle affirmé, quelques heures après l'annonce par l'armée de l'arrestation de plusieurs hauts gradés de l'armée et de la police pour tentative présumée de putsch.
Le général Danilo Lim, commandant l'unité d'élite des "Scout Rangers", ainsi que le colonel Ariel Quevedo, du prestigieux corps des "Marines" philippins, ont été relevés de leurs fonctions et placés en détention. Les "Scout Rangers" et les "Marines", considérés commes parmi les unités les plus dures du pays, sont à l'avant-poste du combat contre la rébellion communiste et les séparatistes musulmans du sud du pays.
Le général Lim avait été impliqué dans une tentative de coup d'Etat sanglante en 1989 contre la présidente d'alors Corazon Aquino. Il avait cependant bénéficié d'un pardon et avait été promu pour devenir un des responsables militaires les plus réputés dans le pays. Le commandant des forces d'actions spéciales de la police nationale Narzalino Franco a également été interpellé, a précisé l'armée dans un communiqué. Des civils pourraient également être arrêtés, ont prévenu les autorités.
"Nous n'allons pas oublier ceux qui ont fourni soutien et financement à cette entreprise", a averti la présidente, dénonçant une "alliance tactique" entre la droite et les communistes afin de mettre fin à la démocratie dans l'archipel.
Des blindés et des renforts de troupes ont été dépêchés dans les quartiers généraux de l'armée à Manille. La sécurité a également été renforcée sur d'autres bases de l'armée, a-t-on appris de sources militaires. La police anti-émeutes a été déployée dans Manille tandis que des conteneurs ont été installés autour du palais présidentiel afin d'en bloquer l'accès. Au moins huit autres personnes, des militaires et des civils, devaient également être arrêtés vendredi pour implication présumée dans une tentative de putsch, a précisé le chef d'état-major de la présidente, Michael Defensor.
Les suspects ont tous participé à une "action armée" contre Mme Arroyo menée par des "membres de l'armée fourvoyés", a affirmé le responsable, sans nommer les personnes en passe d'être arrêtées. Le chef d'état-major des forces armées, le général Generoso Senga, ainsi que des commandants de plusieurs unités, sont apparus à la télévision pour déclarer leur soutien à la présidente.
La Bourse de Manille a perdu environ 1% vendredi tandis que le peso reculait par rapport au dollar. Les rassemblements ont été interdits dans la capitale Manille mais plusieurs opposants ont promis de défier l'interdiction, dont l'ancienne présidente et figure de la démocratie Corazon Aquino.
Plusieurs groupes d'opposition avaient annoncé pour ce vendredi des défilés destinés à marquer le vingtième anniversaire, samedi, de la "Révolte du peuple" qui avait renversé le dictateur Ferdinand Marcos en 1986. Corazon Aquino avait alors pris le pouvoir. L'opposition entend profiter de l'événement pour accentuer la pression sur la présidente Arroyo.
La présidente, elle-même arrivée au pouvoir en 2001 à la suite d'une autre "révolte du peuple", a déjà échappé à une tentative de coup d'Etat en juillet 2003 et à plusieurs procédures de destitution l'an dernier. Sa popularité est au plus bas depuis des accusations de fraude électorale dont elle est l'objet depuis de longs mois. L'état d'urgence est une mesure moins forte que la loi martiale. Il permet à l'armée d'écraser toute rébellion mais n'empêche pas le fonctionnement normal du système judiciaire.
Source : AFP, 24 février 2006

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