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Nepal

17/06/06 - La griffe des léopards rouges


par Amit Sengupta, Tehelka (Inde), 3 juin 2006.

Article paru sous le titre After Voctory, Revolution ! dans http://www.tehelka.com/story_main18.asp?filename=Ne060306after_victory_SR.asp
Traduit de langlais par Himalove pour http://mai68.org

La nuit est emplie du parfum des mangues et des montagnes ; la Karnali chante les légendes sauvages de louest du Népal. Un miracle, cette rivière? Cest peut-être la dernière parmi les 6000 torrents et fleuves à ne pas être emprisonnée par la soif de pouvoir des hommes.

Les fleuves Gandak et Mahakali sont devenus des bêtes de somme, prisonnières de barrage, vendues par les Ranas de Katmandou au grand frère voisin, lInde.

Les traités infâmes, signés avec la puissance indienne, ont laissé les sols du Népal sec et les peuples assoiffés.

Les amis japonais ont construit ici au-dessus de la Karnali un pont suspendu comme un arc de Kyudo.

De la forêt, près de la rivière blanche, surgissent des voix hautes comme des montagnes, qui dégringolent des rizières :

« Loktantric Ganatantra, loktantric Ganatranta »

Ce sont des enfants qui sépuisent à crier les mots magiques " république ", " démocratie ", qui ont libéré le pays de 230 ans de sortilèges.

Le village auquel les gamins appartiennent a pendant dix-neuf jours, en avril, bloqué les routes et crié les slogans populaires :

« Paras goondas, rukh mein jhunda » (Paras truand, pendons-le à un arbre)

« Gyan chor, desh chod » (Gyanendra voleur, quittes le pays !)

Paras est le fils délinquant de lautocrate Gyanendra ; leur effigie un rat, un porc ou un chien crevés sert aujourdhui de ballon de foot à tous les enfants du Népal.

Mais Gyanendra et Paras, "amateur du noble art surtout contre les femmes", ne sont pas dhumeur à quitter le royaume.

Le roi demeure comme la branche sinueuse du banyan, collé au tronc darbre, caché derrière une armée de 90 000 Gurkhas, dirigé par le criminel de guerre, Pyar Jung Thapa?

Avec le roi et son armée, toute une bourgeoisie et leurs chowkidars (vigiles) ont peur.

Ceux qui ont loué les meilleurs de leurs enfants comme soldats ou esclaves, à des pays du Golfe, volé la force des rivières, prostitués la beauté des montagnes et démembré les statues du Bouddha ou de Shiva, vendus en petits morceaux à New York, Paris, Londres, Delhi, Pékin, craignent la colère des masses.

Pour sauver leur peau, des mercenaires ont tué des braves gens, dinnocents intellectuels, des femmes, des enfants, et un nombre incroyable de militants du parti communiste...

Afin deffacer ces crimes, dautres encore, avec laide de complices à létranger, ont détruit les institutions, censuré la presse, muselé les artistes?

Ces gens-là ont instauré pendant plus dun an une longue nuit des couteaux dont les lames sont encore figées dans le dos du peuple népalais !

La Karnali roule des cadavres dhommes, de femmes et denfants, lestés de pierres, sans nom ni visage.

À minuit, nous la traversons, frissonnant. La nuit est dencre, seule la couleur de la rivière éclaire la terre et le ciel.

Un homme crépu en uniforme croise notre chemin puis disparaît dans les ténèbres.

"Maopati", chuchote Guruji, notre chauffeur.

Nous avons roulé près de 1000 Km, en 9 jours, à travers les régions quils contrôlent, aussi sommes-nous habitués à leur présence.

"Ils sont comme de fidèles léopards qui gambadent à nos côtés", sourit Guruji.

Nous poursuivons encore plus à lOuest, dans les collines et forêts encore chaudes de lempreinte de leurs combats.

Carcasse de matériel, jerrycan, ferrailles, sacs de plastique phosphorescents décorant les manguiers jalonnent la route, souvent une piste mangée par la guerre et les pluies.

Derrière des barbelés et des sacs de sable recouvert de filets, pour empêcher les "socket bomb" (grenades artisanales), de jeunes Gurkhas, en battle-dress, incrédules, nous regardent passer le doigt soudé sur la queue de détente de leurs M16.

Nous franchissons la ligne et entrons en zone de guerre.

Grand silence. Les obus de mortier ont redessiné la silhouette des arbres et vidé de présence humaine les blockhaus et les tranchées. Inquiétant. Tout semble attendre une prochaine conflagration. Même le vent a cessé de souffler.

Nous ralentissons et arrêtons le véhicule.

Tout peut arriver. "Ils" peuvent tirer et nous tuer. "Ils" nont confiance en personne. Nous pouvons être leur ennemi.

Dans ces montagnes et jungles épaisses, les maopatis peuvent surgir à tout moment de tous côtés.

"Même de dessous la terre" nous avait dit un officier Gurkha.

La force des maopatis est leur connaissance du terrain ; ils compensent la faiblesse de leur armement par une utilisation maximale du relief, de la végétation, du climat et de quelque chose qui est, pour le soldat professionnel Gurkha, de lordre de linvisible et du mystère.

Parfois, ils attaquent larmée là où elle semble la plus forte, autour des états-majors comme à Kapilavastu, en avril ; des vagues de 5000 à 6000 combattants, fortement armés, avaient submergé, un instant, la position.

Comme à Tanzen où plusieurs divisions maopaties, dirigées par des amazones communistes Larmée populaire de libération est constituée de 40% de femmes , capturèrent la ville?

Nous hésitons. La peur nous glace les tempes. Soudain, le faisceau dune torche nous cloue au siège de la Jeep.

« Qui êtes-vous ? Où allez-vous dans cette nuit noire ? »

La voix est ferme et sexprime en anglais.

Léblouissement nous empêche de discerner notre questionneur.

« Sont-ils plusieurs ? »

« Maopati ou gurkha ? »

Guruji ne cherche pas à deviner et répond immédiatement dans la langue de Shakespeare "nous sommes des journalistes indiens".

Par bonheur, cette nuit-là, les soldats rencontrés ne sont ni agressifs ni fébriles.

Après de longues années de répression, le Népal est en train de recouvrir le sourire ; les dix-neuf jours dune révolution non-violente, Jana Andolan, ont délivré les curs de lempire de la haine.

Les pluies, généreuses, de baisaki ont lavé le sang des buffles sacrifiés et les malédictions.

Lempereur des hindous, né le 1er juin 2001, lors dun massacre royal, est devenu la risée des enfants.

Il ne reste que labsence du monstre qui inquiète les parents.

Va-t-il revenir à la tête de légions de thugs, réinstaller le dieu Yama (Divinité du panthéon hindou qui juge les morts), sur une montagne de cadavres, comme promis par les fascistes hindous indiens ?

Le vieux Koirala et lalliance des 7 partis politiques sauront-ils, cette fois-ci, ne pas trahir ?

Les maopatis entreront-ils au gouvernement ?

Demanderont-ils la saisie de la montagne dor, appartenant au roi ?

[Le roi est considéré comme un des hommes les plus riches du monde ; un paradoxe pour une nation classée parmi les dix dernières?]

Comment réagira larmée lorsque les maopatis sortiront de la jungle et défileront, en uniforme, sur les grandes avenues à Katmandou ?

À Lazimpat, dans les ambassades, les Gurkhas et les Indiens fomentent-ils une annexion du royaume comme en 1975 au Sikkim?

La vérité est que les maopatis suivent scrupuleusement le cessez-le-feu et contrôlent, sans arme ni bâton, 75% des 75 districts ; les soldats royaux ne gouvernent que ce qui est à portée immédiate de leurs fusils. Cest-à-dire peu de chose.

En dépit de leur invisibilité, les maopatis ont créé une légende ; les léopards rouges sont craints et admirés même par leurs ennemis. Ils donnent leur vie généreusement pour la défense du pauvre des pauvres. Contre ce fait-là, aucune propagande gouvernementale ou indienne ne tient. Ils construisent des routes, des dispensaires, des ponts, des écoles, sans argent ni moyen.

Et disposent dune arme imparable pour combattre Gyanendra.

Le roi lui-même et sa famille. Lhistoire du Népal jusquà peu se résumait à la vie et aux frasques des maharadjas et maharanis, pour la plupart issus des ex-royaumes du sous-continent indien.

La volonté de réduire lhistoire du Népal complexe, composé de 60 ethnies, de plusieurs religions et dun nombre incroyable de couleurs aux alliances, mésalliances et potins mondains "de gypsies hindous, échappés du Rajasthan" sest retournée contre la monarchie.

Le massacre inexpliqué du 1er juin 2001 de toute la famille royale a ôté dun coup toute légitimité et superbe à la dynastie des Shahs Dev.

Une prise dassaut du Palais Nayanhantini par les divisions maopatis naurait pu faire mieux.

Le camarade Athak, secrétaire du district de Bardia, près de Nepalganj avoue : « Nous nous servons deux : nous les insultons, les roulons dans la fange, les exposons aux rires des gens ; ces féodaux stupides sont notre meilleure propagande. »

Les maopatis nécrivent pas seulement la légende et des fabliaux ; ils réécrivent lhistoire dune nation, exhumant les noms de grands rebelles oubliés par les jeunes générations.

La ville de Mahendranagar, à la frontière de lUttaranchal Pradesh, par exemple, a été débaptisée et renommée Bhimnagar ; du nom de Bhim Dutt Pant qui conduisit une armée de paysans dans les années 60 et qui fut exécuté par les mercenaires du roi Mahendra, père de Gyanendra.

Krisna Dutt, fils de Bhim, membre du parti communiste (UML) reconnaît : « Les maopatis sont une force invisible partout à luvre ; ils doivent participer au gouvernement parce que, sans eux, le Jana Andolan neut pas été possible. »

De la vallée de Rolpa, berceau de la rébellion, à la frontière du Bihâr, dans le teraï, la griffe des léopards rouges barbouille le moindre muret :

« Détruisons le criminel autocrate, meurtrier du roi ; créons la république populaire démocratique du Népal ! »

« Lalliance des 7 partis politiques, le peuple et les maopatis sont les trois composantes du Jana Andolan, mais les maopatis sont, sans aucun conteste, la plus importante des forces », confirme lavocat Gopal Sivakuti Chintan qui prévient la bourgeoisie dorée de Katmandou :

« Les maoïstes doivent être intégrés dans le gouvernement intérimaire au plus vite ; la constitution de 1990 doit être abrogée, et une nouvelle ébauche, soumise aux votes dune assemblée constituante ; le procès du roi doit être lordre du jour, ses biens confisqués? Les prisonniers politiques, relâchés et ceux qui ont commis des crimes contre le peuple, en particulier les officiers de la RNA, châtiés ! Sinon le Népal connaîtra, dans les mois qui viennent, une seconde révolution? »

Cependant la seconde révolution a déjà commencé.

Des millions de crimes, enterrés par lancien régime, sortent de terre comme les lombrics après la pluie. Les rues, les places, les villes et les villages sont rebaptisés du nom des camarades, tombés au combat.

Des enquêteurs publics bénévoles dressent la liste infinie des disparus, des torturés, des violées ; et commencent à interroger les soldats.

Les statues, les monuments à la gloire des maharadjas, sont détruits ou couverts dun voile.

À Katmandou en face de Singh Darbar (le Parlement) est hissé le drapeau frappé de la faucille et du marteau ; et pas un policier en faction ne vient y toucher !

De nouveaux poèmes et chansons, saluant la révolution et vilipendant lancien régime, apparaissent sur les ondes des radios.

La télévision gouvernementale elle-même doit se familiariser avec la couleur rouge.

Sous lil des vigiles dambassade, à Lazimpat, en plein jour, les peintres maopatis fleurissent les murs de longs et larges slogans, appelant à la révolution mondiale.

[À noter qu'à lambassade de France, le vigile de garde porte un pistolet à la ceinture, chose qui nexistait pas, il y a quelques années.]

À Pokhara, lors dune réunion rassemblant des milliers de personnes, le camarade Karan, jeune secrétaire de District prévient : « s'ils nous trahissent (entendez les partis politiques), nous népargnerons personne ! »

Laffiche a été placardée, en plein jour, par des groupes décoliers de Nepalganj ; du temps du régime royal et de son couvre-feu, elle aurait été collée la nuit, sous les tirs des véhicules blindées qui sillonnaient les rues.

Laffiche de couleur bleue salue la mémoire des 21 martyrs qui donnèrent leur vie, lors du Janan Andolan, la révolution dite non-violente de 2006.

Un journaliste britannique, installé à Katmandou, agacé par leur omniprésence, sétait moqué, dans le Nepalî Times, de la manière dont les Népalais fabriquaient des héros.

Les maopatis avaient répondu sèchement : « les martyrs sont les sentinelles de la mémoire ; ils disparaîtront lorsque justice sera faite ! »

Les visages de ces gens simples, réduits à la dimension dune photo didentité, sont partout présents et nul ne savise à les arracher.

Grands yeux ouverts, au milieu des gens, ils traquent leurs bourreaux parmi les flics et les Gurkhas qui, sans honte, osent encore patrouiller.

Les écoliers qui ont collé laffiche connaissent par cur le nom de leurs assassins : Gyanendra et Paras Shah Dev, Pyar Jung Thapa, Tulsi Giri? Jusquau nom même de lofficier Durja Kumar Raï, qui tira à bout portant et tua un dentre eux à Katmandou?

Le SSP Durja Kumar Raï est un des rares policiers assassins à avoir été suspendu par le gouvernement Koirala.

Ordre avait été donné aux forces armées et policiers de tirer dans les jambes des manifestants.

Yamlal du village de Guleria, fermier dans le district de Bardia, malgré son genou brisé par une balle, est prêt à retourner manifester à Nepalganj :

« Si les politiques nous trahissent, je redescends dans la rue. Quils me fusillent ! Je mourrais pour la nation. Mes enfants verront une république au Népal et plus jamais de roi ! »

Lorsque nous traversons en voiture la colonie dalit de Kajura, dans le district de Bardia, nous sommes poursuivis par 3 enfants en haillons, aux visages émaciés :

« Noubliez pas notre mère, elle a été tuée par le roi ! »

Setu, 26 ans, leur mère, avait marché 10 Km pour rejoindre le cortège qui se rendait à Nepalganj.

Sushma, une voisine, se souvient : « Nous étions cent mille sur la route ; une bombe au gaz toucha Situ à la tempe ; elle mourut sur le coup. »

« Notre maman était courageuse ; elle navait pas peur du roi et de ses Gurkhas »

Dans leur naïveté et dignité, les trois enfants racontent lincroyable vaillance du peuple népalais qui, démuni, affamé, sans arme, sest levé contre une monarchie soutenue par les pays les plus puissants au monde.

Setu est morte près du Mémorial Gyanendra chowk ; des personnes de Bhimnagar, toutes castes confondues, folles de colère après lassassinat, ont détruit complètement lédifice ; sur les ruines du monument royal a été planté un drapeau rouge et une pancarte avec le nom de "lintouchable", Shahid Setu Bika Chowk.

Les "léopards rouges", grâce au sacrifice de gens comme Setu, commencent à sortir de la jungle, mais restent sur leur garde. Les gouvernements népalais et indien ont déchiré les avis de recherche les concernant. Officiellement, à lexception des Américains, le monde ne taxe plus les maopatis du label infâmant de "terroriste".

Comment les léopards rouges apprécient-ils cette nouvelle liberté ?

Le camarade Ramil Ram, 25 ans, profite de cette occasion pour expliquer "au monde libre" :

« Si nous pouvons parler, marcher, nous exprimer librement, aujourdhui, cest grâce au peuple népalais. Tant que nous sommes protégés par lui et quil est fort, nous navons rien à craindre. Toutefois, nous savons que des forces sont à luvre, à Katmandou, Delhi, Londres, Washington, pour nous détruire? Que les gens qui mécoutent, sache ! Ce sont eux, les impérialistes et leurs valets féodaux, au Népal, qui ont déclenché la guerre civile. Les journaux, les radios, les télés et Internet disent que nous serions responsables de la mort de 12 000 personnes !

« Or, larmée et la police ont tué, en 10 ans, 5000 maoïstes dont nous pouvons dévoiler les identités et 7000 citoyens népalais, sympathisants communistes ou non. 2000 maoïstes sont encore emprisonnés, 1400 cadres communistes et sympathisants sot portés disparus? Les associations des Droits de lHomme qui travaillent avec lONU le savent mais ne peuvent prendre parti? Souvenez-vous deux semaines après le coup d'État militaire du 1er février 2005, la secrétaire générale dAmnesty International, Irène Khan, pour loccasion messagère de lONU, avait rencontré le tyran Gyanendra, lui accordant une étrange reconnaissance politique. »

Ram a raison ; lors des 14 mois du régime royal, toutes les dénonciations des crimes perpétrés par la Royal Nepal Army contre les peuples du Népal portées à la connaissance de la commission des Droits de lHomme basée à Genève ont été bloquées par deux puissances ayant droit de veto au conseil de sécurité de lONU, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

LUnion indienne, qui ne siège pas au Conseil de sécurité, na pas ce pouvoir?

La question des disparus et des complicités internationales dont ont profité Gyanendra et Pyar Jung Thapa, dans leur entreprise de démolition du pays, sont au centre des préoccupations népalaises.

Les protections internationales de Gyanendra et de Pyar Jung Thapa et leur armée de 90 000 Gurkhas leur permettent, pour lheure, déchapper à tout châtiment.

Limpunité dont ils bénéficient ajoute de la colère au malheur de Arti Sharma, une modeste épicière de la commune de Dhulegauda, près de Pokhara.

Son mari a été enlevé par la police et a disparu depuis.

« Cest vrai, mon mari, Tanka Sharma était maoïste ; est-ce une raison pour le faire disparaître ? Quils me rendent son corps ou quils me disent où ils lont enterré ! "

La police et larmée ne veulent pas rendre les corps ni même parler aux familles.

Selon Ians Martins, représentant de lONU au Népal, "les gens arrêtés par la police et larmée ont été tous systématiquement torturés", avant dêtre, pour beaucoup, achevé dune balle dans la tête.

Comme le mari de Tara Adhikari, 34 ans, une pauvre paysanne de Saimaran, dans le district de Kaski. Son mari Chabi Adhikari et sa sur, Muna, tous deux maopatis, ont été tués lors dune rencontre "arrangée" avec la police (fake encounter) ; seul le corps de Muna a été retrouvé?

« Les yeux bandés par un chiffon, les mains liées dans le dos par du barbelé, elle gisait recroquevillée dans un fossé ; une colonne dinsectes signalaient la blessure derrière la nuque... »

La détermination des femmes, surs, frères, mères, pères, à travers tout le Népal, de faire toute la lumière sur les disparitions et leurs circonstances, aussi atroces soient-elles, est immense.

Ce qui souligne le niveau de conscience et la politisation extrême du peuple népalais.

Rares sont les nations frappées par autant de calamités où les habitants ne cherchent pas à fuir mais à affronter.

Écrasés par le Talon de fer, la misère et loppression, les Népalais sont prêts à mourir pour un idéal dégalité, de liberté et de justice.

Le camarade Suraj, du district de Kaski, a 25 ans ; il se bat et vit dans la clandestinité depuis lâge de 17 ans ; Suraj a participé à de nombreuses batailles, entre autres celle de Beni, près de Pokhara, où 64 de ses camarades sont morts au combat.

« Cétait comme au cinéma, les hélicoptères nous mitraillaient et nous leur tirions dessus. Javais de la peine pour les camarades qui tombaient autour de moi, mais je continuais à tirer? » (?)

« La guerre nest quune étape ; nous avons partagé le malheur ensemble ; maintenant nous devons construire une société communiste pour nos enfants ».

Suraj se souvient : traqué dans la jungle par larmée, il était resté 8 jours sans manger avec son groupe. « À ce moment-là, ça nous semblait très difficile ; avec le recul, aujourdhui, je trouve lexpérience enrichissante. »

Très difficile pour sa femme, Nischal, 21 ans, den dire autant.

Avec 4 de ses camarades femmes, elle fut capturée par larmée, torturée pendant dix jours, et laissée pour morte.

Elle ne dit pas ce quelle a enduré entre les mains des commandos Gurkhas. En Asie, les femmes violées ne peuvent trouver de mari et portent cette honte jusquau bûcher?

« Si je ne me marie pas, qui portera les armes à la prochaine génération ? »

Les maopatis ont révolutionné les murs au Népal et encouragé les mariages inter-castes parmi les veuves et les femmes blessées dans leur intimité.

Tout ce qui na pas détruit les maoïstes les a renforcés.

La prison est le passage obligé pour beaucoup dentre eux.

Au début mai 2006, il y a encore à la prison de Kaski Karagath de nombreux pensionnaires remuants : 14 filles et 73 garçons, tous dans leur vingt ans.

Asha, Sharmila, Lila poursuivent un jeûne pour réclamer leur libération. Leurs faibles corps portent les stigmates de sévices, mais elles nen parlent pas.

Le front ceint dun large bandeau rouge à la manière de Phoolan Devi, poings levés au-dessus de leurs têtes, elles chahutent leurs gardiens, leur promettant, sils ne respectent la dignité des prisonnières, le travail dans les rizières et de longs cours de rééducations communistes.

Pourquoi vous vous battez ? demandais-je aux trois rebelles.

Pour la liberté, la justice, légalité et la démocratie !

Pourquoi êtes-vous maoïstes ?

Parce que nous sommes nés au Népal, dans les campagnes, et que nous souhaitons la révolution mondiale !

Lal Salaam, camarades !

 

 

L'armée continue à tuer...


Alors que l'opposition démocratique népalaise a accepté de mettre fin à sa campagne contre le roi Gyanendra, des médecins ont annoncé mercredi que la répression des manifestations par les autorités avaient fait une quinzième victime.
Un homme est décédé mardi dans la ville de Pokhara, dans l'ouest du Népal, de blessures contractées samedi, selon les médecins de l'hôpital de cette ville.
Il avait été touché par des tirs alors qu'il distribuait de l'eau aux manifestants dans la ville de Kusma, à 250km à l'ouest de Katmandou.
L'opposition démocratique a mis un terme mardi à 19 jours de manifestations, parfois réprimées dans le sang, après la décision du roi Gyanendra de rétablir le Parlement. AP
D'autre part, des manifestants venus protester mercredi 26 avril, devant un camp militaire de l'Est du pays ont vu les soldats répliquer à balles réelles. Les tirs de l'armée ont fait six morts et trois blessés, a annoncé un responsable de l'armée.
Les manifestants rassemblés autour du camp ont tiré à deux reprises pour protester contre la mort d'une femme tuée la veille au soir par des soldats au cours d'une "embuscade" dans les environs, a indiqué le porte-parole. C'est ensuite que les soldats ont ouvert le feu, a-t-il ajouté.
"Ils ont ouvert le feu pour assurer leur autodéfense et ont tué six personnes et blessé trois autres", selon ce responsable de l'armée qui parlait sous couvert de l'anonymat.
Source : AP et nouvelobs.com, 26 avril 2006

 

 

 

et les maoïstes annoncent une trêve de trois mois


La rébellion maoïste du Népal a annoncé un cessez-le-feu unilatéral de trois mois, a rapporté dans la nuit de mercredi à jeudi l'agence de presse indienne Press Trust of India (PTI).
"Notre parti annonce une nouvelle fois un cessez-le-feu unilatéral de trois mois avec effet immédiat", a déclaré le leader de la rébellion maoïste, Pushpa Kamal Dahal, alias Prachanda, dans un communiqué publié à Katmandou, a indiqué PTI.
La rébellion, dont la guérilla contre la monarchie lancée en 1996 a fait plus de 12.500 morts, avait décrété en septembre 2005 un cessez-le-feu qui avait duré quatre mois.
La déclaration de Prachanda intervient à la suite de la décision du roi Gyanendra du Népal, annoncée lundi après 19 jours de grève générale et de manifestations, de rétablir le Parlement qu'il avait dissous en 2002.
"Pendant le cessez-le-feu, l'Armée populaire de libération ne lancera aucune action militaire", a déclaré Prachanda, tout en affirmant que le roi Gyanendra n'avait toujours pas répondu aux revendications des maoïstes.
Les rebelles continuent de réclamer l'élection d'une Assemblée constituante qui serait chargée d'élaborer une nouvelle Constitution limitant les pouvoirs du roi.
L'alliance de sept partis politiques d'opposition, qui a conclu en novembre 2005 un accord avec les maoïstes, a réitéré mercredi son engagement en faveur de l'élection d'une Assemblée constituante.
"Toutes nos actions seront guidées par notre feuille de route et l'accord que nous avons conclu avec les rebelles", a promis G. P. Koirala, Premier ministre désigné du futur gouvernement intérimaire, choisi par l'opposition à la demande du roi.
A la suite de cet engagement renouvelé de l'alliance, la rébellion a annoncé mercredi qu'elle levait le blocus qu'elle avait instauré autour de Katmandou.
Mais elle a souligné que cette mesure était conditionnelle.
"Nous avons levé notre blocus jusqu'à la première session du Parlement en prenant en compte l'engagement en vue de l'élection d'une Assemblée constituante", a précisé Prachanda dans un précédent communiqué.
"Nous voulons qu'il soit très clair que si la première session du Parlement n'annonce pas l'élection d'une Assemblée constituante et ne prend pas d'autres décision positives, nous nous verrons dans l'obligation d'imposer à nouveau le blocus", a averti le leader maoïste.
Le Parlement doit se réunir en session inaugurale vendredi.
Dans son nouveau communiqué, cité par PTI, Prachanda souligne que le cessez-le-feu unilatéral des maoïstes vise à encourager les partis politiques à entamer le processus menant à la réunion d'une Assemblée constituante.
Le roi Gyanendra s'est attribué les pleins pouvoirs le 1er février 2005, il y a près de quinze mois, accusant le gouvernement d'alors d'être corrompu et incapable de mater la rébellion maoïste.
Lundi, après des manifestations presque quotidiennes lors desquelles au moins 14 personnes ont été tuées par les forces de sécurité et des centaines d'autres blessées, Gyanendra a accepté de rétablir le Parlement.
Dans un premier temps, cette annonce a été catégoriquement rejetée comme insuffisante par les maoïstes. Mais le déferlement de joie populaire qui l'a suivie et l'acceptation de l'offre du roi par les partis a amené les rebelles à infléchir leur position. Policy | About TWT | Search | Source : AFP, 27 avril 2006

 


Document


« Si la guerre contre la monarchie britannique en 1648 et celle contre la monarchie française en 1789 étaient justes, alors comment se fait-il que la guerre que nous menons en ce vingt-et-unième siècle contre une monarchie à tout le moins aussi despotique, sinon plus, comme celle qui règne au Népal, puisse être considérée comme étant injuste ? »

Baburam Bhattarai : « La guerre populaire constitue désormais un pouvoir parallèle »
NDLR Quibla : Baburam Bhattarai, 50 ans, est le numéro 2 du Parti communiste du Népal (maoïste), qui a engagé une lutte aréme contre le régime monarchique il y a exactement dix ans et a, à l'ehure qu'il est, gagné le contrôle sur la qusi-totalité du territoire népalais en dehors des villes. Bhattarai avait été l'année dernère mis à l'écart de la direction du parti par Prachanda, le lader suprême, mais il a retrouvé sa place et s'occupe désormais du Front uni que les maoïstes sont en train de construire avec les partis politiques ³bourgeois² et légalistes représentéés au parlement jsuqu'à sa dissolution en 2002 (le Parlement doit à nouveau siéger ce vendredi 27 avril). Qui sont ces maoïstes népalais ? des nouveaux Khmers rouges. La réponse n'est pas facile car le népal est très mal connu à l'étranger. Pour tenter d'en savoir plus, nous publions cette interview, publiée par le Washington Times en 2003. Elle peut nous éclairer quelque peu sur ces maoïstes qui, au-delà de leur langue de bois, ne semblent pas complètement fous.

The Washington Times : La situation au Népal préoccupe de plus en plus les amis du Népal à l'étranger. Quel bilan faites-vous de la situation politique et militaire actuelle ?

B. Bhattarai : Le fait que la communauté internationale soit désormais sensibilisée à la réalité de la guerre civile qui s'intensifie au Népal et qu'elle s'inquiète de sa conclusion prévisible constitue une bonne chose. La situation a atteint un point culminant depuis que le régime fratricide et régicide du « roi » Gyanendra et de son fils Paras ont réalisé un coup d'État réactionnaire -contre la démocratie parlementaire indolente le 4 octobre dernier, et rétabli une monarchie autocratique. Ces événements ont confirmé ce que nous disions quant à nous depuis longtemps, à savoir que les droits démocratiques limités remportés suite au mouvement populaire de 1990 n'ont pas suffi à assurer une démo-cratie à part entière, et que la souveraineté et l'autorité réelle de l'État se trouvent toujours aux mains de la monarchie, étant donné le contrôle qu'elle exerce traditionnellement sur l'armée royale, la bureaucratie et l'économie.

Le mouvement populaire révolutionnaire (mieux connu sous le nom de guerre populaire) qui se développe depuis près de sept ans, constitue désormais un pouvoir populaire parallèle, qui inclut une armée, une activité économique et une vie culturelle qui s'étendent sur une vaste partie du territoire, à l'exception des grandes villes. De -manière générale, nous avons maintenant atteint une situation d'équilibre stratégique.

Étant donné le rapport de force actuel entre les trois grands groupes que constituent les monarchistes, les démocrates parlementaires et les démocrates révolutionnaires, si les forces démocratiques s'avèrent capables de mener une lutte commune contre les forces féodales autocratiques, il y a de fortes chances que la démocratie l'emporte dans un avenir rapproché. []

Plusieurs voix se font entendre, tant au Népal qu'à l'étranger, qui favorisent un règlement négocié pour mettre fin à la guerre civile. Seriez-vous prêts à accepter un compromis avec le gouvernement du roi Gyanendra pour arrêter le bain de sang, voire à reconnaître la monarchie constitutionnelle ?

Il ne s'agit pas d'accepter ou de -refuser la « monarchie constitutionnelle ». Le récent coup d'État perpétré par le roi prouve hors de tout doute que Gyanendra lui-même n'accepte pas la monarchie constitutionnelle limitée découlant du changement politique qui s'est produit en 1990, et qu'il favorise au contraire le maintien d'une monarchie autocratique toute-puissante.

Nos amis occidentaux, en particulier, devraient réaliser que les rapports -sociaux et économiques pré-capitalistes qui prévalent encore dans la plupart des pays du tiers-monde comme le Népal exigent soit une monarchie autocratique, soit son abolition complète. L'histoire n'a encore jamais connu l'existence d'une monarchie constitutionnelle authentique dans quelque société pré-industrielle que ce soit. Comment le Népal, si pauvre, pourrait-il faire exception ?

Quelles conditions posez-vous à un règlement pacifique ? Croyez-vous que vos revendications pourront être satisfaites ?

-Tant notre parti, notre président (Prachanda) que nos diverses publications ont insisté maintes et maintes fois sur le fait que notre objectif politique immédiat est l'achèvement d'une république démocratique. À noter que nous ne pressons pas pour une « république communiste », mais pour une république démocratique bourgeoise. C'est pourquoi nous avons mis de l'avant des revendications immédiates telles que la mise sur pied d'une table-ronde réunissant l'ensemble des forces politiques, la formation d'un gouvernement intérimaire et l'élection d'une assemblée constituante : ces revendications -reçoivent d'ailleurs un appui grandissant parmi l'immense majorité de la -population.

Étant donné que l'assemblée constituante constitue historiquement la plus haute manifestation de la démocratie bourgeoise, nous comprenons mal comment il se fait que des gens qui se prétendent démocrates refusent d'en reconnaître la pertinence.

Des gens ont manifesté leur inquiétude aux États-Unis, de même que dans d'autres pays amis, quant au fait que l'arrivée au pouvoir des maoïstes au Népal pourrait conduire à un génocide semblable à celui perpétré par les -Khmers rouges au Cambodge. Les gouvernements de Washington, Londres, Bruxelles et New Delhi ont annoncé publiquement leur soutien, économique et militaire, à votre adversaire. Que répondez-vous à ces inquiétudes et à ces promesses d'aide militaire ?

Premièrement, il faut dire qu'aucun compte-rendu indépendant et authentique des événements qui se sont produits au Cambodge sous le régime des -Khmers rouges n'est encore disponible. Ce qu'en disent les médias occidentaux nous apparaît comme étant nettement exagéré.

Deuxièmement, nous ne sommes pas les Khmers rouges, mais le Parti communiste du Népal (maoïste) : nous ne croyons pas à l'utilisation de la terreur aveugle à l'encontre de qui que ce soit, mais bien à l'application créative, dans les conditions concrètes du Népal, de la loi universelle du développement de la nature et de la société que le marxisme-léninisme-maoïsme constitue.

Nous avons déjà commencé à faire le bilan de notre expérience concrète dans le cadre de la révolution démocratique : c'est ce que nous avons appelé la « voie de Prachanda ». Et nous avons l'intention d'aller encore plus loin en ce sens dans la période qui vient.

La deuxième conférence nationale du parti qui a eu lieu l'an dernier [2001] a convenu de laisser de côté les expériences négatives et nuisibles du mouvement communiste international en particulier celles qui se sont produites à l'époque de Staline , tout en développant et en enrichissant les expériences positives, notamment en ce qui -concerne la démocratie de masse. Les sceptiques peuvent se rendre dans les nombreuses bases d'appui que nous avons établies et constater par eux--mêmes comment nous pratiquons la démo-cratie parmi des millions de personnes provenant de classes, de nationalités, de régions, de castes et de sexes différents.

Troisièmement, nous aimerions demander aux gouvernements que vous mentionnez et aux autres qui sont en désaccord avec nos positions idéologiques de tenir compte du fait que nous sommes présentement en train de constituer un front uni avec les forces parlementaires démocratiques pour lutter contre la monarchie autocratique féodale et achever la démocratie bourgeoise dans notre pays.

Si la guerre contre la monarchie britannique en 1648 et celle contre la monarchie française en 1789 étaient justes, alors comment se fait-il que la guerre que nous menons en ce vingt-et-unième siècle contre une monarchie à tout le moins aussi despotique, sinon plus, comme celle qui règne au Népal, puisse être considérée comme étant injuste ?

Dans ce contexte, nous souhaitons exprimer nos plus sincères remerciements aux parlementaires, aux intellectuels, aux journalistes et aux masses populaires en général qui aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique et dans d'autres pays, se sont opposés aux man¦uvres des gouvernements qui ont choisi d'armer la monarchie géno-ci-daire au Népal. Nous espérons sincèrement que tôt ou tard, ces gouvernements retrouveront la raison.

Pourriez-vous nous donner quelques indications quant à la force et la logis-tique de votre Armée populaire de libération ? Comment cette armée est-elle financée ? D'où proviennent ses -armes ?

Comme vous l'avez sans doute noté, nous avons mené des opérations militaires très fructueuses au cours des derniers mois contre des quartiers généraux ennemis au niveau de district et de zone et ce, de manière simultanée, autant dans l'Ouest que dans l'Est du pays. Ces actions ont été menées par des brigades régulières de l'Armée populaire de -libération (APL).

Parallèlement, nous avons également mené des raids de moindre envergure, des embuscades, des actes de sabotage, etc., dans l'ensemble des 75 districts que compte le pays. J'estime que vous êtes en mesure de tirer vos propres conclusions quant à la force et la logistique de l'APL.

Étant donné que la guerre que nous menons est une authentique guerre popu-laire, son financement repose principalement sur le peuple. Nous percevons également des impôts auprès des gens d'affaires et des industriels ; à l'occasion, il nous arrive aussi de saisir l'argent des banques. En ce qui concerne les armes, ce n'est un secret pour personne que l'ennemi constitue notre plus importante source d'approvisionnement. Comme Mao l'a dit, même les puissances étrangères sont appelées à nous approvisionner en armes, lorsqu'elles en fournissent à notre ennemi. []

Vous avez récemment exprimé dans diverses déclarations votre confiance dans la victoire. Dans l'éventualité où vous prendriez le pouvoir à Katmandou, quel type de structure politique mettriez-vous en place ? Comment -traiterez-vous les autres partis politiques ?Avez-vous l'intention de vous mesurer à eux dans le cadre d'élections nationales ?

Nous avons déjà fait connaître publiquement notre position quant à un éventuel système de gouvernement et à l'État qui seront mis en place, dans le cadre du programme minimum en 75 points adopté par le Conseil populaire révolutionnaire uni. Nous y avons établi très clairement notre engagement envers un système multipartiste.

Notre parti étudie présentement les expériences passées des sociétés post-révolutionnaires dans le but d'en arriver à déve-lopper un modèle démocratique adapté aux exigences du vingt-et-unième siècle. Cela ne concerne pas seulement la phase actuelle de la révolution bourgeoise démocratique dans- -laquelle nous sommes engagés, mais aussi la phase suivante celle de la -révolution socialiste. Nous voulons -développer un nouveau modèle de démo-cratie, qui institutionnalisera le droit du peuple à se révolter et à exprimer sa dissidence.

La suspicion et la crainte que nous imposions une dictature d'un parti unique lorsque nous prendrons le pouvoir à Katmandou sont donc absolument non fondées.

Quels seront les objectifs de votre politique étrangère ? Comment -comptez-vous rassurer New Delhi, qui craint qu'un État maoïste au Népal lui fasse du tort ?

Nous avons exprimé clairement et ce, à maintes reprises déjà, que nous comptons maintenir des relations diplomatiques et amicales avec l'ensemble des pays du monde, sur la base des cinq grands principes de la coexistence -pacifique à savoir le respect mutuel de la souveraineté et de l'intégrité nationales, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, l'égalité, le bénéfice mutuel et la coexistence pacifique.

Étant donné la position géo-stratégique particulière de notre pays, qui est pris en sandwich entre ces deux grands États hostiles que sont l'Inde et la Chine, nous allons nous efforcer de maintenir des relations amicales et équilibrées avec nos deux voisins.

Il est un peu ridicule de penser qu'un État de la taille et de la puissance du Népal puisse infliger quelque tort que ce soit au géant que constitue l'Inde, d'autant plus qu'il s'agit d'une puissance nucléaire. Le Népal a plutôt été victime, de longue date, de rapports inégaux avec l'Inde, en particulier depuis le traité de Sugauli en 1815-16. Nous devrons trouver une manière amicale de nous défaire de ce type de rapports.

 

3 morts à Katmandou : Sa Majesté, à force de nen faire quà sa tête, finira par la perdre !


Est-ce du à la consommation de haschich, le meilleur, dit-on, du monde ? Ou plutôt à la pénurie de cette matière depuis que les maoîstes contrôlent la quesi-totalité du petit royaume himalayen ? En tout cas, depuis un an quil est parvenu au pouvoir, suite au massacre de sa famille, le roi Gyanendra nen fait quà sa tête, montrant un mépris total pour les injonctions, discrètes mais fermes, de la communauté internationale. Il a donc réussi, en sarrogeant tous les pouvoirs, devenant ainsi le Père Ubu des montagnes les plus hautes du monde, non seulement à provoquer une intensification de la lutte armée menée par les maoïstes, mais de plus à saliéner la totalité des partis actifs dans le pays. Et, ce jeudi 20 avril, le roitelet na pas trouvé mieux que de faire donner la troupe contre une manifestation massive de lopposition légale et non-violente qui se déroulait dans la banlieue de Katmandou, puisque toute manifestation est désormais interdite au centre-ville de la légendaire capitale. Au moment même où le Britannique Ian Martin, délégué au Népal de la Haute-commissaire aux droits de lhomme de lONU, tenait une conférence de presse à Genève, les soldats de sa Majesté tiraient sur les manifestants, faisant au moins 3 morts. Suite à quoi, un couvre-feu total de 18 heures a été décrété, dont seuls les désormais rares touristes étrangers ont été exemptés, pour pouvoir quitter en quatrième vitesse ce paradis qui est devenu un enfer. Ces nouveaux morts portent à 12 le nmbre de manifestants tués par la police ces derniers quinze jours. Pour Gyanendra, une seule solution : labdication !
quibla.net, 21 avril 2006

 

"Le sang des martyrs n'aura pas été versé en vain" devant le raz-de-marée démocratique, le roi promet de rendre le pouvoir au peuple, mais ne précise pas comment


Sous la pression de la rue et de la communauté internationale, le roi Gyanendra du Népal s'est engagé vendredi à rendre le pouvoir au peuple, 14 mois après s'être arrogé les pleins pouvoirs, et alors que des dizaines de milliers de personnes manifestaient pour la démocratie ces dernières semaines. La sortie de crise ne paraissait pas imminente pour autant, l'opposition appelant à continuer les manifestations.

Le souverain du petit royaume himalayen a affirmé dans une allocution radiotélévisée à la nation que "le pouvoir exécutif serait rendu au peuple à compter de ce jour", mais il n'a pas précisé comment.

Il a assuré que l'engagement de sa dynastie pour "la monarchie constitutionnelle et la démocratie multipartite" était "inconditionnel" et a appelé les sept principales formations politiques à désigner un Premier ministre aussitôt que possible.

L'allocution de Gyanendra ne semblait cependant pas devoir entamer la détermination de l'opposition, à l'origine des manifestations. Vendredi soir, l'organe de coordination des sept partis de l'opposition a déclaré dans un communiqué que "la grève générale et les autres manifestations vont s'intensifier davantage". Il n'était toutefois pas clair dans l'immédiat si cette déclaration était une réponse directe à celle du roi.

Une résolution pacifique de la crise actuelle paraissait d'autant plus lointaine qu'une partie croissante des manifestants réclament désormais que le souverain renonce à l'ensemble de ses prérogatives.

"Ceci est incomplet", a déclaré Minendra Risal, du Parti du Congrès démocratique, membre de l'opposition. Le roi n'a pas fait signe de vouloir rappeler le Parlement, ni de convoquer une assemblée constituante chargée de la rédaction d'une nouvelle constitution. Cette dernière est "une aspiration du peuple", a déclaré Risal.

Plus tôt dans la journée, plus de 100.000 Népalais avaient maintenu la pression sur le roi en défilant en périphérie de Katmandou pour le rétablissement de la démocratie, défiant ouvertement le couvre-feu imposé au lendemain d'une manifestation réprimée dans le sang.

Dans le même temps, l'émissaire indien Karan Singh annonçait depuis New Delhi une "avancée majeure" après avoir été reçu jeudi par le monarque népalais.

La pression de la communauté internationale s'est accentuée au cours des derniers jours pour contraindre le roi Gyanendra à rendre les pouvoirs confisqués en février 2005 au motif qu'il entendait écraser la guérilla maoïste, qui a fait plus de 13.000 morts au cours des dix dernières années.

"Son temps est compté", a estimé vendredi l'ambassadeur des Etats-Unis au Népal, James Moriarty. "Je crois qu'il commence à comprendre que la situation lui échappe, et pas seulement à Katmandou", a commenté le diplomate américain.

Malgré cette tentative d'apaisement, deux dirigeants de l'opposition ont été arrêtés vendredi alors qu'ils tentaient de revenir à Katmandou. Jhala Nath Khanal et Bamdev Gautam, du Parti communiste du Népal, supervisaient les négociations entre les partis d'opposition et les rebelles maoïstes.

Dans les faubourgs de Katmandou, trois groupes de plusieurs milliers de manifestants chacun ont convergé vers l'ouest de la capitale où trois personnes ont été tuées jeudi et des dizaines blessées. Un journaliste de l'Associated Press a évalué la foule à plus de 100.000 personnes. La chaîne télévisée privée Kantipur a elle avancé le chiffre de 150.000 manifestants.

Les policiers encerclant le centre de la capitale népalaise avaient reçu l'ordre de tirer à vue sur toute personne tentant d'entrer dans Katmandou. Quatorze personnes sont mortes dans les rassemblements qui se succèdent au Népal depuis deux semaines.

Les manifestants ont rebaptisé en immenses lettres rouges et blanches "place des Martyrs" le faubourg Kalanki, situé à l'ouest de Katmandou, où trois personnes sont mortes jeudi. "Longue vie à la démocratie! Le sang des martyrs n'aura pas été versé en vain", scandaient-ils en brandissant les étendards des sept partis d'opposition.
Source : AP, 22 avril 2006